00:00Bonjour Arnaud Florac, vous êtes chroniqueur, polémiste, essayiste, vous écrivez pour Boulevard Voltaire, L'Incorrect et La Furia,
00:13et vous êtes accompagné de Romé de Saint-Séran, qui est lui, dessinateur de presse. Bonjour Monsieur.
00:17Bonjour.
00:17Et vous êtes notamment dessinateur de presse pour La Furia et Européenne Conservatis.
00:22Steve, et vous venez ensemble nous parler de votre nouveau bébé, le deuxième, Éducation Minimum, Éducation Minimum 2, la poursuite de votre exploration culturelle.
00:33Pourquoi avoir choisi le mot minimum ? Est-ce une provocation, une modestie feinte, ou l'idée qu'aujourd'hui même, le minimum culturel est devenu difficile à transmettre ?
00:42Alors il y a probablement tout ça. Sachez que la raison pour laquelle on a choisi Éducation Minimum est d'abord cinématographique.
00:47Je pense que vous connaissez comme nous l'excellent film d'Ikenec, dans lequel on voit un personnage interprété par François Damien,
00:54qui agonie d'injure une dame qui mange des chips trop fort, et qui termine en disant Éducation Minimum.
01:01Parce que la moindre des choses, c'est de se tenir correctement quand on est dans un lieu public.
01:05Et donc partant de cette référence qu'à notre avis tout le monde connaissait, l'idée c'était d'avoir un titre qui parle au plus large public,
01:10pour présenter un certain nombre d'entrées qu'on considérait comme faisant partie de la culture.
01:14– Romain Saint-Sérent, dessinateur, pour les éditions Magnus, la Furia, pour les livres des éditions Magnus,
01:20ils ont le monopole du dessinateur ? Vous appartenez à Magnus ?
01:26– Alors pour l'édition Magnus, je pense que c'est surtout Marceau qui a plutôt un monopole.
01:31Ça m'arrive de collaborer sur leur magazine et sur certains ouvrages, donc toujours avec plaisir.
01:35– Voilà, et là vous avez collaboré sur l'Éducation Minimum, à nouveau.
01:38– L'illustration, l'illustration, et puis on a travaillé avec Arnaud sur les sélections des thématiques ensemble,
01:43qu'il a brillamment écrits et que j'ai illustrés.
01:46– Eh bien, on va parler de ces chroniques.
01:47– Tout aussi brillant.
01:48– La série des chroniques proposées dans l'Éducation Minimum 2, on va en parler,
01:53et elle s'ouvre sur un premier texte, qui est un texte que je trouve assez intriguant,
01:57puisque c'est presque un manifeste, et donc on passe d'un livre de chroniques à un livre politique,
02:02je cite le titre, « La République veut ta peau ».
02:05La République ne veut pas ton bien, elle veut ta peau, camarade,
02:08elle ne veut nous rendre fous, esclaves ou morts.
02:11Un appel à la sédition.
02:13– Alors, d'abord, on ne dit pas « La République veut ta peau », on dit « La République, elle veut ta peau ».
02:17Depuis François Hollande, la jurisprudence s'établie, quand on parle de la République,
02:20on utilise le double sujet.
02:21La République, elle veut ta peau.
02:23La République, c'est toi, c'est moi, c'est chacune et chacun d'entre nous,
02:26en responsabilité, très important dans le parler républicain également.
02:29Donc, « La République, elle veut ta peau », ce n'est pas un appel à la sédition,
02:32c'est simplement une manière un petit peu décalée de dire que,
02:34quand on essaie de définir les fameuses valeurs de la République,
02:38que personne ne définit jamais, on s'était déjà un peu attardé dessus dans le premier tome,
02:43puisque la Vendée, c'est quand même le laboratoire de la mise en place des valeurs de la République
02:47dans leur expression la plus complète.
02:49Et donc, en disant « La République, elle veut ta peau »,
02:51l'idée, c'est aussi de dire qu'on n'est pas simplement des contribuables qui paient 50% d'impôts,
02:57on n'est pas simplement des citoyens qui rasent les murs pour ne pas se faire égorger,
03:00on est aussi des gens qui doivent se saisir de leur destin,
03:02y compris face à une République qui, parfois, ne se donne pas les moyens de nous prouver qu'elle veut notre bien.
03:08Appel à la sédition ?
03:09Non, rappel. C'est un rappel.
03:11C'est un rappel. Bon.
03:13Mais ça ouvre quand même l'ouvrage, c'est-à-dire qu'on est quand même sur une note,
03:16j'allais dire, plus pugnace que dans l'éducation minimum, premier tome.
03:20Alors, vous avez raison de dire que le deuxième tome est peut-être un petit peu plus de l'ordre de la profession de foi,
03:26alors que le premier tome était plus léger.
03:29Peut-être que ça correspond aussi à l'évolution, à notre évolution à nous d'abord,
03:32puisqu'on écrit des livres qu'on aurait envie de lire, c'est toujours un peu comme ça.
03:36Et puis, ça correspond probablement à l'état d'esprit de ceux qui auront lu le premier,
03:40qui se diront, en fait, très bien, mais où est-ce qu'ils vont ?
03:42Votre livre est une anthologie, un subjectif, pas un manuel, encore moins d'ailleurs un programme, malgré tout.
03:48J'ai donc cherché plusieurs adjectifs pour caractériser ce qui constitue finalement ce brévière culturel.
03:52Le premier adjectif que j'ai mis en exergue, c'est le mot expéditif, expéditif dans vos jugements.
04:00Exemple, l'écrivain Saint-Jean de Perse, sauvé par son recueil éloge.
04:04Paul Claudel, complexe, danse, chiant.
04:06Pas de cadeau.
04:07Alors, Claudel, ce n'est pas moi qui dis chiant, c'est Georges Brassens, il ne le dit pas exactement comme ça,
04:13mais vous connaissez cette chanson 95 fois sur 100 qui dit que les femmes que leur mari n'honore pas correctement se récitent du Claudel.
04:20Du Claudel, j'ai bien dit, dit Brassens. Donc, on pourrait partir du principe que Claudel est un écrivain chiant.
04:24Et même chose pour Saint-Jean de Perse qui est passé à la postérité contemporaine grâce au bronzé,
04:30où Christian Clavier, en string, déclame un extrait de Saint-Jean de Perse.
04:35Donc, l'idée, c'était de...
04:35Et rentrer dans la pléiade grâce à Saint-Jean de Perse, je vous rappelle.
04:37Bien sûr, comme quoi. L'idée, c'est de prendre ses écrivains tels qu'ils sont dans l'idée que les gens s'en font
04:43et après, de tirer le fil pour dire, mais en fait, ce n'est pas simplement ça.
04:47Vous pouvez lire, effectivement, Claudel, c'est magnifique, Saint-Jean de Perse, c'est magnifique.
04:50Et voilà, il l'est rattrapé.
04:52Mais en effet, pour un public qui lit peu, je pense que le public de la Furia est un public qui est venu à la lecture
04:58et qui est peut-être même venu à l'engagement politique, quoi que ça veuille dire,
05:03par des articles courts, par des formats percutants.
05:06L'idée, c'est d'utiliser ce biais de caractère expéditif pour les emmener vers autre chose.
05:11– Mais dans le panthéon des écrivains, s'en prendre à Paul Claudel ?
05:14– On ne s'en prend pas forcément à Paul Claudel, en fait, c'est vraiment une porte d'entrée qu'on propose à l'acteur.
05:18– C'est le pilier de Notre-Dame qui lui donne une claque, si j'ose dire.
05:24Donc non, on n'a pas ce sentiment-là de s'en prendre au panthéon des écrivains de votre famille de pensée, dans la réalité.
05:31– C'est toujours bien de secouer un peu les idoles, même dans notre famille de pensée.
05:38Quoi que ça veuille dire, d'ailleurs, parce que je ne sais pas ce que recouvre exactement notre famille de pensée,
05:41mais de prendre le cliché que les gens s'en font et d'emmener le lecteur vers autre chose.
05:46– On va se passer sur un deuxième adjectif, peut-être contradictoire avec le premier d'ailleurs, nostalgique.
05:51La nostalgie, c'est le désir dont ne sait quoi, disait Saint-Exupéry.
05:54Eh bien, ce n'est pas votre cas, parce que vous connaissez vos nostalgies,
05:58celle des trains d'autrefois, celle du tango chez Hercie Marchand,
06:01ou celle du patriarche Jean Gamin.
06:03Voilà, ça, on est dans la nostalgie.
06:05Ça, c'est bien une valeur de droite.
06:06– La nostalgie, c'est une valeur de droite, et je ne pense d'ailleurs pas que ça soit entièrement une bonne chose, en tous les cas.
06:13Il y a dans la nostalgie, donc, étymologiquement, la nostalgie, c'est la douleur qu'on ressent quand on a envie de retourner chez soi.
06:19C'est la douleur d'Ulysse qui a envie de revenir à Itaq, alors que ça fait 7 ans qu'il est au lit avec Calypso.
06:23Et la nostalgie, c'est la morphine de l'homme de droite.
06:28La nostalgie, c'est le souvenir de, parfois, de choses qu'on n'a pas connues,
06:31mais qui nous manquent quand même confusément, sans qu'on puisse vraiment expliquer pourquoi.
06:34Alors, du coup, si on essaie de mettre des petites étiquettes sur des petits moments,
06:37ou des figures que l'on regrette, souvent les 30 glorieuses par facilité, mais pas uniquement,
06:44voilà, c'est une façon de s'adresser un peu à ce paysage,
06:48et on a besoin d'un peu de nostalgie, mais pas trop.
06:50– Les trains d'autrefois, vous les avez illustrés, on va le voir.
06:54De toute façon, alors c'était des compartiments où tout le monde était,
06:56tout le monde déjeunère en même temps, les odeurs se mélangeaient,
06:59les gens dormaient à la place des bagages au-dessus.
07:01C'est ça, la nostalgie, c'est ce temps-là ?
07:05– Ça serait réducteur, mais c'est vrai que les trains d'autrefois,
07:09nous, on est peut-être la dernière génération à les avoir connus.
07:12Ces compartiments où, effectivement, on passait quelques heures avec des inconnus,
07:15partager un saucisson, lire un journal, puisqu'on n'avait pas de smartphone
07:18et on n'avait pas des sièges individuels.
07:19Et c'est vrai que c'est une forme de vivre ensemble
07:22qui nous plaisait assez bien, finalement.
07:25Et on n'est pas dans une nostalgie quand on le dit,
07:27effectivement, on se souvient de cette époque.
07:29L'idée, c'est de retrouver dans nos modes de transport et dans nos vies,
07:32cette façon de…
07:32– On est le TGV quand même, non ?
07:35– Bien sûr, mais on s'aperçoit justement que dans le TGV,
07:37il y a une forme de vivre ensemble, comme on dit aujourd'hui,
07:40qui est très artificielle.
07:41Les gens sont tous ensemble mais seuls.
07:44Et la seule chose qu'on entend, c'est le barista qui surjoue la cordialité
07:49des boissons chaudes, boissons fraîches avec les autres de propreté, etc.
07:52Et en fait, tout ça, c'est un enfer un petit peu tiède,
07:55alors qu'il y avait une connivence…
07:57Alors, je parle dans les trains d'autrefois des trains corail fumeurs.
08:00Il y a une connivence des gens qui fument,
08:02comme il y a une connivence des gens qui commandent leur café au comptoir.
08:04Et c'était des gens qui ne se connaissaient pas
08:05et qui partageaient pendant 2-3 heures un vague sentiment de transgression.
08:10– Transgression, transgression, provocateur.
08:13Autre adjectif, un autre adjectif qui trouve toute son ampleur
08:15avec la description de la splendeur des exécutions publiques
08:18ou l'éloge du club des écrivains Col-Labo,
08:21et je cite Brasillac, Drieu-La Rochelle et Robatet, l'art de provoquer.
08:25– Alors, évidemment, sur la splendeur des exécutions publiques,
08:29il y a peut-être un côté volontairement excessif, bien sûr,
08:33qui permet de poser quand même la question de la peine capitale,
08:36qu'on soit pour ou qu'on soit contre,
08:38avec le fait qu'on peut ironiser là-dessus,
08:40mais autrefois, en place de grève, les gens louaient leur chambre Airbnb
08:44dans les conditions de l'époque pour que les exécutions soient réellement publiques.
08:48Et il y avait une valeur de catharsis un peu exotique,
08:52un châtiment qui était thématique avec le crime du coupable.
08:54Donc, on en rigole, mais finalement, on pose de vraies questions.
08:57Et puis, sur les écrivains Col-Labo, ça pose une autre question,
09:00qui n'est pas une provocation.
09:02Vous savez qu'on sépare beaucoup à gauche l'homme de l'œuvre,
09:06en disant, oui, alors peut-être que rétrospectivement,
09:09Sartre, Foucault et je ne sais pas qui sont des salauds,
09:11mais leurs œuvres leur survivent.
09:13On ne s'est jamais posé cette question, ni pour Céline, ni pour Brasillac,
09:16ni pour Robatet, ni pour Drieu, qui sont peut-être des salauds,
09:18mais qui ont quand même écrit des choses magnifiques, denses,
09:22et qui méritent quelques heures d'intérêt.
09:25– Parce que ça, c'est quand même une information que vous donnez,
09:28en disant, derrière ces écrivains, il y a effectivement une œuvre,
09:31et cette œuvre-là, il faut la redécouvrir.
09:32On peut lire le Gilles de Drieu, etc., cette couleur de Brasillac,
09:37et on tombe sur une littérature qui est encore accessible,
09:41parce que des fois, on a, ça c'est une petite information
09:46qui n'est pas dans l'ouvrage, mais on a souvent le sentiment
09:48que ces écrivains-là, dits de droite, dits d'extrême droite,
09:51pour les stigmatiser, n'ont pas passé la rampe, si vous voyez,
09:56et qu'il y a un petit côté désuet pour Barès, pour Maurras,
10:00mais aussi pour des gens comme Drieu, etc.
10:01Est-ce que c'est, vous pensez, le cas ?
10:04– Alors, le Gilles de Drieu est peut-être très marqué entre deux guerres,
10:08et encore, si les gens relisent Aragon, enfin Aurélien d'Aragon,
10:12qui est le pendant un peu de gauche de Gilles, c'est qu'ils peuvent relire Gilles.
10:15Je pense que le feu follé n'a pas vieilli,
10:17parce que c'est toujours la même histoire de romantisme un peu autodestructeur, etc.
10:20Je pense que Brasillac a écrit une anthologie de la poésie grecque.
10:25Pour le coup, puisqu'on parle de l'Antiquité, ça ne vieillira pas.
10:28On peut penser aussi, alors, Rebatté, on peut commencer par le plus accessible,
10:32peut-être ses chroniques cinématographiques.
10:34Il y a une magnifique recension d'Orange Mécanique par Rebatté,
10:39qui n'a pas pris une ride.
10:42Donc, en fait, ils n'ont pas passé la rampe,
10:43parce qu'ils ne sont pas du bon côté de l'histoire.
10:45Mais c'est une autre question.
10:47– Provocateur, passionné, passionné, ça je pense que vous serez d'accord.
10:51Un autre mot qui caractérise votre démarche, une démarche de passionnés,
10:53qui veulent faire partager leur bonheur, leur joie, leurs engagements.
10:57Par exemple, pour Debussy, pour Junger, un héros dégagé, un génie, je vous cite.
11:02Et puis aussi, d'un seul coup, Romy Schneider.
11:05Pourquoi pas ?
11:05– Pourquoi pas ?
11:06– Et pourquoi ?
11:07– Romy Schneider, alors, je vais laisser la parole à Romy ensuite, puisque…
11:12– C'est lui le fan.
11:12– Ah non, non, c'est le ouf.
11:13– On est l'un comme l'autre.
11:14– On est fan l'un comme l'autre, mais…
11:16– C'est-à-dire que quand vous écrivez, Arnaud, c'est vous qui écrivez,
11:19Arnaud Florek, c'est vous qui écrivez,
11:20mais il faut que Romy partage ce point de vue ?
11:22– Toute la trame est faite à deux, oui.
11:24– La trame est faite à deux, après, je ne suis pas toujours d'accord avec Arnaud.
11:28– Sur quoi vous n'êtes pas d'accord, par exemple ?
11:30– Peut-être sur Cyrano, peut-être sur Cyrano,
11:33même si je comprends son point de vue, mais…
11:35– Quel est son point de vue sur Cyrano ?
11:36– Alors ça, je te laisse le présenter.
11:38– Mon point de vue, c'est qu'il y a un contresens sur l'interprétation
11:41du personnage de Cyrano, même si on ne revient pas sur la pièce qui est parfaite.
11:45Le personnage de Cyrano, qu'on considère comme un personnage très français,
11:49très panache, magnifique, etc.
11:50– En réalité, c'est un pauvre type, c'est le saint patron des losers,
11:54il est peut-être très courageux, il est peut-être très enthousiaste, etc.
11:57mais il n'a strictement rien produit sur Terre.
11:59Et puis il est victime d'une maladie de droite,
12:03c'est-à-dire qu'il se perçoit comme l'homme providentiel,
12:06enfin comme l'homme de l'ombre qui écrira pour un homme providentiel
12:09qu'il considère meilleur que lui.
12:10Dans un monde normal, si Cyrano s'était donné les moyens,
12:13il aurait fait abstraction de sa propre laideur
12:14pour essayer de conquérir Roxane par tous les moyens.
12:16– Et d'ailleurs, Christian n'est pas meilleur que lui,
12:17c'est juste qu'il considère que Christian a plus de chances de gagner.
12:20Et donc du coup, il se dit, je me mets dans la route, Christian,
12:22pour aider à gagner, parce qu'il a plus de chances de conquérir Roxane.
12:25– Donc vous n'avez pas le même point de vue qu'Arnaud Florac ?
12:27– Je comprends le point de vue d'Arnaud Florac,
12:29mais je dessine Cyrano de bon cœur, toujours, quand même, non merci.
12:32– Bon, alors passionné, on le voit, y compris pour des personnages littéraires.
12:37Romy Schneider, je reviens, sur elle, grande actrice,
12:42mais est-ce que, pourquoi dans votre panthéon, elle apparaît ?
12:45Il y a beaucoup d'autres, non ?
12:46– Bardot ?
12:47– Alors Bardot, on en a parlé dans le premier.
12:49– C'était dans le premier, oui, contact.
12:51– Il y a quelque chose de très touchant chez Romy Schneider,
12:53qui avait aussi chez Brigitte Bardot d'une manière un peu différente,
12:55mais au lieu de la résumer au fait que ce soit une actrice de grand talent, etc.,
13:00je pense que c'est d'abord une femme fragile, sensible et blessée.
13:04Et une des raisons pour lesquelles on peut revoir une partie,
13:07alors je donne quelques pistes de films qu'on peut revoir avec Romy Schneider,
13:10il faut les revoir avec ce regard-là,
13:13avec le regard que comporte sur une femme qui apparemment a tout réussi,
13:18mais que la vie n'a pas ménagé.
13:20Et on peut lui accorder post-mortem peut-être la tendresse qu'elle aurait aimé recevoir.
13:24– Et Debussy, alors Debussy, là, c'est pas dans le panthéon,
13:27c'est le grand compositeur français,
13:30vous le remettez en haut de la pyramide,
13:32où il n'est plus forcément, convenons-en.
13:35– Probablement, c'est notre meilleur compositeur,
13:39c'est notre plus grand compositeur,
13:41c'est quelqu'un qui a inventé une expression harmonique qui est très riche
13:45et qui est complètement libre.
13:47Les gens connaissent en général le prélude à l'après-midi d'un faune,
13:50mais tout est bien chez Debussy,
13:52et ce qui est intéressant, c'est que Debussy,
13:54mais aussi Ravel, Fauret, etc.,
13:55ont inspiré le jazz des années 50 et suivantes,
14:00et à partir de là, ont irrigué l'ensemble de la musique contemporaine jusqu'à maintenant.
14:03– Oui, je pense que jusqu'à Aya Nakamura,
14:07c'est sans doute un de nos meilleurs musiciens français.
14:09– Alors évidemment…
14:09– La question se pose depuis 50 ans, effectivement.
14:10– Oui, depuis qu'Aya Nakamura a percé,
14:12la question entre Debussy et elle n'est pas tranchée, bien sûr.
14:15– L'histoire le tranchera.
14:16– L'histoire le tranchera, on laisse ça en suspens, donc.
14:18– Laissons-le en suspens.
14:19– Voilà, mais elle n'est pas totalement abouti non plus,
14:21donc laissons-lui encore quelques années.
14:23Cato, cato, cato, cato,
14:25de l'efficacité du bénédicité à la réussite du pèlerinage de Chartres,
14:29en passant par le vrai scoutisme,
14:30« Éducation minimum » est écrit et dessiné avec une plume
14:34et un pinceau trempés dans l'eau bénite.
14:36Il y en a partout.
14:38– Pourquoi pas ?
14:39On ne va pas changer ce qu'on est.
14:41En revanche, l'idée pour les lecteurs qui ne sont pas forcément catholiques…
14:45– C'est pas très la furia, quoi.
14:46Cato…
14:47– Détrompez-vous.
14:48– Détrompez-vous.
14:48– La furia, c'est pas seulement un harakiri réactionnaire.
14:54Il y a de tout dans la furia.
14:55Et c'est ça qui rend le magazine intéressant.
14:57Et d'ailleurs, Marceau, avec beaucoup de finesse,
14:59on ne se connaissait pas avec Romé quand la furia a été lancée,
15:01nous a binommés, a fait illustrer mes articles par les dessins de Romé.
15:04Et c'est comme ça qu'on est devenus amis
15:06et qu'on a commencé cette série de livres.
15:08Donc oui, il y a des cato qui travaillent pour la furia,
15:10nous et d'autres.
15:11– Mais est-ce que c'est pas tout ça un peu associé à d'autres adjectifs ?
15:17Nostalgie ?
15:19– On a l'impression que vous parlez d'un monde qui n'existe plus.
15:22Mais c'est quand même quelquefois le sentiment que l'on a.
15:26Je sais aussi être provocateur, un adjectif que je peux aussi…
15:29– On a fait attention pourtant à inscrire ce bouquin…
15:33– C'est incérant, le bénédicité, enfin je veux dire.
15:35– Alors il est quotidien pour nous, mais…
15:36– Oui, pas pour tout le monde, si.
15:38– Oui, mais bon, c'est pas une photo de l'état actuel du monde.
15:41C'est aussi une exhortation.
15:42Donc l'idée, c'est au contraire de proposer à nos lecteurs,
15:45dire en fait, vous savez que cette chose existe,
15:46cette chose est une façon de rappeler à vos enfants
15:49pourquoi est-ce qu'ils ont quelque chose à manger dans leur assiette
15:51et de rendre grâce à toute cette chaîne
15:54qui, du bon Dieu à l'agriculteur en passant par la maman,
15:57a fait qu'on a un place taguette.
15:59– Et on quitte le livre de chronique pour revenir à un manifeste ?
16:02– Mais vous l'avez vu, on n'a pas trempé…
16:05Moi, je n'ai pas trempé ma plume dans l'eau bénite,
16:07pas davantage que Romain a trempé son pinceau dans l'eau bénite,
16:10puisqu'on est capable de parler dans le même livre du bénédicité et d'autres choses.
16:15On peut par exemple se dire qu'un livre dans lequel on trouve
16:17à la fois le pèlerinage de Chartres et un hommage à S.A.S. de Gérard de Villiers
16:22n'est pas forcément un livre de catéchisme.
16:25– Eh oui, oui, bien sûr, parce que moi j'ai trouvé un autre,
16:26effectivement, adjectif qui vient contredire.
16:29Je suis d'accord avec vous ce que j'ai essayé de définir
16:32il y a quelques instants.
16:33C'est effectivement le terme grivois, avec un nouvel adjectif,
16:37grivois, les aventures du prince Malco,
16:38qui ont, je vous cite, fait beaucoup pour l'éveil des adolescents
16:41des années 70-90, car je cite encore le héros des romans de Gérard de Villiers,
16:46des fourrailles comme un dingue, mais on ne parle pas ici de pistolet extra-plat.
16:52De quoi on parle ?
16:53– On parle de l'activité charnelle du prince Malco,
16:56qui a un pistolet extra-plat, mais dont ce n'est pas l'arme principale.
16:59Et je disais que ça avait fait beaucoup pour l'éveil des adolescents
17:03des années 70-90, vous savez que c'est des sujets
17:05qu'on n'abordait pas sereinement en famille dans ces époques-là.
17:08Donc je pense que beaucoup de vos spectateurs verront que,
17:13enfin se souviendront qu'il y a un coin maudit
17:16dans beaucoup de bibliothèques familiales,
17:18dans lesquelles on trouvait des rayonnages de SAS un peu cornés,
17:21dont on ne parlait pas trop, etc.
17:22Et au-delà de l'aspect grivois qui est drôle et qui a plutôt bien vieilli,
17:26ce sont quand même des livres qui géopolitiquement sont très pointus,
17:33sont très bien sourcés.
17:36Au point que Hubert Védrine avait convoqué Gérard de Villiers
17:38pour lui dire qu'ils avaient probablement les mêmes sources
17:40quand il était ministre des Affaires étrangères.
17:42Donc il y a ça aussi.
17:43Et puis voilà, c'est un hommage à un écrivain de la famille Villiers
17:46qui est peut-être injustement méconnu,
17:48mais qui ne rend garde point à Pierre ou Philippe en termes de succès littéraire.
17:51– Voilà, on parle bien de Gérard de Villiers.
17:54Un énorme succès à l'époque,
17:56énorme succès, aujourd'hui quasiment oublié au fond des bibliothèques.
18:02– Je ne crois pas qu'il ait été oublié,
18:03je pense que sa disparition laisse les lecteurs de SAS un peu orphelins,
18:09mais qui peut écrire SAS après Gérard de Villiers ?
18:11Mais je pense que les gens connaissent encore très bien les aventures de Malco.
18:16– Prince Malco.
18:17C'est votre adolescence alors ?
18:19– C'est mon adolescence et pas seulement la mienne, oui.
18:21– D'accord.
18:21– Je ne vais plus être coupable.
18:22– D'accord, c'est clair.
18:23– Deux adjectifs protecteurs, protecteurs, avec un très beau chapitre,
18:28je dois dire sur les enfants trisomiques et cette sentence,
18:30on croit au caractère sacré de la vie, mais de la sienne uniquement.
18:35Et là, on n'est plus dans le manifeste, on n'est plus dans la chronique,
18:39on est dans l'essentiel, dans le cœur nucléaire de ce qu'est l'humanité,
18:43défendre le plus faible.
18:44– Oui, il y avait un chapitre que j'avais fait dans le premier tome sur la tendresse,
18:48qui était à mon sens une valeur typiquement,
18:51alors je ne sais pas ce que ça veut dire de droite,
18:52mais en tout cas une valeur méconnue et parfois un peu moquée.
18:57– Dans laquelle on doit se reconnaître en tout cas, et qu'on doit promouvoir.
19:00– Et donc, oui, la protection de ce qui est plus faible,
19:06la protection de ce qui est plus fragile,
19:08est probablement une des choses principales d'une éducation futile minimum.
19:12Et je pense qu'en effet, dans notre société post-moderne,
19:15on croit au caractère sacré de la vie, mais la sienne uniquement.
19:17Et raison pour laquelle, vous savez qu'on traverse un âge glaciaire démographique,
19:21là les chiffres sont tombés il n'y a pas très longtemps,
19:23on n'a pas envie de s'embêter avec des enfants,
19:26mais je ne vous parle même pas d'enfants handicapés.
19:27Donc voilà, il y a quelque chose à rétablir dans la hiérarchie de l'humanité.
19:32– Vous comprenez que la société, par les moyens de santé aujourd'hui,
19:37et l'introspection de l'enfant à naître,
19:40puisse mettre un terme à l'existence d'un enfant trisomique
19:43dont on sait qu'il aura une vie compliquée, difficile, pour les parents bien sûr,
19:50mais aussi pour lui, et on sait bien évidemment qu'un enfant trisomique
19:53n'ira pas au-delà de 50 ans à peu près,
19:57je pense que ça va être la moyenne, sans dire de grosses bêtises,
20:00est-ce que vous comprenez que l'on puisse éviter cela ?
20:03– Oui, et vous avez dit plus haut, avant de nous parler du prince Malco,
20:08qu'on était catho, effectivement à vue humaine,
20:11c'est une vie qui ne semble pas enviable,
20:13un trisomique, il ne fera pas HEC, il ne roule pas en Mercedes, c'est sûr.
20:17Mais la question qui se pose, c'est de savoir si c'est à nous
20:20de juger ce qu'est une vie enviable, mais je ne le pense pas.
20:23– Et d'ailleurs, vous avez très bien pointé, vous avez parlé des parents,
20:26en fait le sujet, ce n'est pas forcément la vie de l'enfant trisomique,
20:29qui souvent, pour en connaître quelques-uns, sont plutôt des gens heureux.
20:32– Il y avait des évolutions heureuses, d'ailleurs, souvent, il y avait des évolutions heureuses,
20:35parce que… – C'est plutôt la question de l'entourage,
20:37de l'acceptation, du regard que des parents,
20:42pour qui l'enfant est devenu un projet ces 30 ou 40 dernières années,
20:45ce qui est un sujet par ailleurs, un enfant, nos yeux, n'est pas un projet,
20:49du coup, oui, forcément, un enfant trisomique, comme un enfant chauve,
20:52ça ne rentre pas forcément dans le projet.
20:55Non, mais dans ce cas-là, parlons de tous les handicaps au sens large,
20:59et avortons Beethoven, c'est absurde, en fait,
21:03si on tire le sujet jusqu'au bout, or, comme on le dit et comme on l'écrit,
21:06oui, aujourd'hui, 97% des grossesses, je ne sais pas quel terme,
21:11mais avec un enfant qui peut être identifié comme portant un risque de trisomie,
21:14parce qu'on ne parle même pas d'enfant trisomique,
21:16mais portant un risque, une clarté nucale plus élevée de trisomie,
21:20sont avortés.
21:21C'est une vraie question.
21:22C'est une vraie question, ce sont des choix de société qui ont été faits,
21:25avec lesquels, en tant que catholique, on l'assume, on n'est pas forcément d'accord,
21:28et on a choisi, effectivement, d'en parler.
21:30– Et c'est important d'en parler, parce qu'on est dans un livre
21:33qui manie l'humour, qui manie l'ironie,
21:35et à ce moment-là, on est un peu comme quand la République,
21:37elle veut ta peau, dans un autre domaine,
21:39on sort de ce climat, si je laisse dire, littéraire, ironique, humoristique,
21:44vers quelque chose de beaucoup plus dur, de beaucoup plus compliqué aussi.
21:48– Il y a un peu d'ironie quand même,
21:50parce que mon idée, c'est que beaucoup d'adultes trisomiques,
21:54qui servent par exemple dans les merveilleux Cafés Joyeux,
21:57pourraient utilement tenir des emplois de fonctionnaires rébarbatifs,
22:01et qu'on leur pardonnerait volontiers.
22:03Moi, j'aurais plus de mal à pardonner à un adulte,
22:05en apparence tout à fait normal, même si ça ne veut pas dire grand-chose,
22:08de me relancer pour l'énième fois, de rater ses courriers,
22:11d'envoyer des pièces justificatives sans que ni tête,
22:15je pourrais pardonner volontiers à un trisomique de faire ce genre d'erreur,
22:17et beaucoup moins à un fonctionnaire, en apparence,
22:22dont les chromosomes sont nickels.
22:23– Mais là, on entre dans le sujet,
22:26on entre dans une lecture utilitariste de l'enfant ou de l'adulte trisomique.
22:30Or, ce n'est pas sur notre terrain, là, on va sur le terrain de l'adversaire,
22:33quand on a une lecture utilitariste du trisomique,
22:35c'est un être humain, c'est une vie qui est aimée de Dieu, point.
22:37En fait, on n'a pas à justifier de dire, oui, ils peuvent être utiles,
22:41ils peuvent servir, c'est le sujet.
22:43– C'est une raison de lire cet ouvrage,
22:44parce que ça amène des questionnements, comme on dit aujourd'hui,
22:47ça amène à se poser des questions,
22:49parce que personne ne dispose de la vérité,
22:51avec un survet sur cette question-là,
22:53et puis bien évidemment, de ceux qui le vivent témoignent souvent,
22:56et d'ailleurs témoignent dans votre sens plus souvent,
22:58que dans le sens de ce n'est pas un bon choix,
23:01mais c'est plutôt quelque chose qui est rapporté à la fois des joies,
23:05des bonheurs, des merveilles.
23:06Ce beau texte que j'évoquais, il ne doit pas cacher l'humour et l'ironie,
23:12qui sont les signatures quand même de ces chroniques.
23:14L'humour, c'est ma dernière question,
23:16est-ce que c'est aujourd'hui la dernière arme civilisée
23:20pour défendre notre culture française ?
23:22– Depuis la disparition du duel, probablement, oui.
23:26– Un regret.
23:27– Un regret, oui, alors Bernard Lugand en a parlé beaucoup mieux que moi
23:32de la disparition du duel.
23:33– Oui, que vous évoquez Bernard Lugand, bien évidemment,
23:35j'ai oublié de le citer. – Oui, il y a quelque chose d'intéressant
23:38quand même dans le fait d'assumer les paroles qu'on prononce,
23:40on le voit aujourd'hui.
23:42Mais pour revenir sur votre question, oui, peut-être que l'humour,
23:44alors je ne dirais pas que c'est la dernière arme,
23:45je dirais que c'est la première en fait.
23:48La raison pour laquelle on a inventé un certain nombre de dispositifs,
23:52la politesse, la galanterie, l'humour, etc.
23:53C'est pour domestiquer les passions primales.
23:58Et donc, au lieu de sortir le colt, on répond avec une ironie ou une…
24:04– Ce n'est pas de l'ironie, je pense que c'est plus une forme de légèreté
24:07qu'on essaye de… on n'est pas des ironiques, on n'est pas des cyniques.
24:10Je pense que c'est… ouais, c'est plus une politesse.
24:13C'est l'emploi qu'Arnaud fait de l'humour dans le bouquin,
24:16c'est plus une forme de correction, c'est-à-dire que les sujets peuvent être graves,
24:20on n'a pas des trisomiques, peuvent être plus légers.
24:22Bon, on essaye de garder une forme de légèreté dans le ton
24:25pour ne pas apesantir le propos.
24:27– Éducation minimum 3, c'est quand ? Je le sache quand je vous reçois.
24:31– Dans deux ans, vous le recevez dans deux ans, prenons date dès maintenant.
24:34– Ce sera TVL qui vous recevra.
24:36– On essaie d'en sortir tous les deux ans.
24:37– En attendant, je vous invite à découvrir cette Éducation minimum 2,
24:41c'est aux éditions Magnus, éditions que vous connaissez bien sur TV Liberté,
24:45et vous savez que cet ouvrage, vous pouvez l'acheter tout de suite sur tvl.fr,
24:49vous allez sur le site de TVL et vous allez dans la boutique de TVL pour vous le procurer.
24:54Merci à vous, messieurs.
24:55– Merci à vous.
24:56– Merci beaucoup.
24:56– Merci beaucoup.
24:57– Sous-titrage ST' 501
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