- il y a 3 jours
Marcel De Corte (1905-1994) fut un des acteurs du renouveau thomiste au début du XXème siècle. Cet ouvrage : "Les mutations de l'Eglise catholique au XXème siècle" rassemble les nombreux articles qu'il a publiés en observateur lucide de la crise de l'Eglise et de la société à partir des années 60.
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00:00TVL, on va vous crever.
00:02C'est le commentaire que j'ai découvert sous l'une de nos vidéos d'appel au don pour TV
00:07Liberté.
00:07Ce message provenait de ces canailles, de ces crapules qui pullulent sur les réseaux sociaux
00:12et ne rêvent que d'une chose, faire taire toutes les voix libres, non conformistes, non soumises à la pensée
00:17dominante.
00:19En réalité, le courageux anonyme n'a rien dit de plus que ces petits hommes de l'ombre
00:23qui ont ordonné la fermeture de nos comptes bancaires.
00:26TVL, on va vous crever. En provoquant un manque à gagner de près de 450 000 euros,
00:31ils sont aujourd'hui en passe d'y arriver.
00:34Taper, frapper TV Liberté au portefeuille était donc la solution la plus efficace pour nous faire disparaître,
00:40pour réduire au silence un média indépendant de tout et de tous.
00:44Susceptible de peser dans le débat public, à l'approche de 2027,
00:48une échéance où se jouera l'avenir de la France et surtout des Français.
00:51Pour déjouer le plan des petits hommes de l'ombre,
00:54il n'existe qu'un seul recours, le sursaut, le sursaut des téléspectateurs de TV Liberté,
00:59un sursaut décisif, un sursaut vital.
01:02Soutenez financièrement TV Liberté maintenant, avant que le coup près ne tombe.
01:06Faites un don, avant qu'il ne soit trop tard.
01:09De tout cœur, merci.
01:24Bonjour ma mère.
01:25Bonjour monsieur.
01:26Vous êtes dominicaine enseignante de la congrégation du Saint Nom de Jésus de Fanjot
01:30et vous avez été le maître d'œuvre d'un ouvrage qui vient d'être publié aux éditions
01:35Aura Decima, les mutations de l'Église catholique au XXe siècle de Marcel Decorte.
01:41Alors commençons par le début.
01:42Qui est Marcel Decorte ?
01:44Marcel Decorte est un universitaire belge, un professeur de philosophie.
01:49Marcel Decorte est né en 1905 dans ce qu'il aimait appeler le roman pays de Brabant.
01:56Il en était très fier, ses origines terriennes.
02:01Et il a passé l'essentiel de sa vie à Liège, où il est décédé en juin 1994.
02:09Il a été pendant 40 ans professeur à l'université de Liège.
02:14Il tenait la chaire de, si je ne m'abuse, d'histoire de la philosophie ancienne et médiévale
02:19et puis de philosophie morale et politique.
02:22Je dirais un homme enraciné, dans un terroir, dans une tradition.
02:30La province de Liège est une très ancienne province.
02:32Dans le temps, c'était la principauté de Liège, gouvernée par des princes évêques.
02:40Un professeur, un écrivain, un ferrailleur, si je peux risquer le terme.
02:46Il se définissait lui-même comme franc-tireur.
02:48– Alors, la génération spontanée n'existe pas dans le domaine intellectuel
02:52comme dans le domaine naturel.
02:54Qui ont été ces maîtres naturels, ces maîtres intellectuels ?
02:57Comment devient-on Marcel de Corte ?
02:59– Ah, grande question.
03:01Je pense qu'il faut commencer avec l'éblouissement de ses 15 ans.
03:06Il a 15 ans, il est passionné de grec.
03:09Et comme les élèves passionnés, il ouvre son livre,
03:14il lit pour le plaisir et il découvre Aristote.
03:17– Dans le texte grec.
03:19– Dans le texte grec, ce summum de la métaphysique d'Aristote,
03:22le livre Lambda, donc livre 12, où Aristote parle de Dieu.
03:27Dieu qui est un vivant parfait dont l'activité est la connaissance,
03:33la contemplation et quel est l'objet digne de lui sinon lui-même.
03:37Donc, pensée de pensée.
03:38Il découvre ça dans le texte grec et c'est inoubliable.
03:42Tant et si bien qu'ultérieurement, il devient un des plus éminents aristotédiciens du XXe siècle,
03:52vraiment un philosophe de référence.
03:53Sa thèse de doctorat a été consacrée à Aristote,
03:58la vision, la doctrine de l'intelligence chez Aristote exactement.
04:01Et je ne pense pas me tromper en disant que c'est à travers Aristote
04:05qu'il aborde saint Thomas d'Aquin pour commencer.
04:07Saint Thomas comme commentateur d'Aristote.
04:10Ensuite, il lira la somme théologique, la somme contre les gentils.
04:14On peut réellement le déclarer thomiste.
04:16Il n'y a pas de doute sur le sujet.
04:18Donc, saint Thomas, il découvre Étienne Gilson qui a écrit sur saint Thomas d'Aquin
04:24et il découvre Maritain.
04:27Marcel Decorte, qui était un jeune homme brillant,
04:33il est lauréat du concours interuniversitaire belge
04:36et il reçoit une bourse d'études de deux ans
04:39qui lui permet d'aller étudier à Paris pendant un an
04:42et de suivre les cours de Jacques Maritain à l'Institut catholique.
04:46Et on est en quelle année là alors ?
04:48– Alors, si je ne me trompe, on est en 1930 ou 1931,
04:53je ne suis pas sûre, à deux années près,
04:56mais je suis sûre de la période.
04:58Parce qu'en 1934, il va commencer à donner des cours à l'Université de Liège,
05:03nommé professeur en 1935 et il y est professeur jusqu'à son émerita,
05:08à l'époque à 70 ans, donc 1975.
05:12Mais simultanément, il faut quand même dire que Marcel Decorte
05:14a toujours été quelqu'un de très libre,
05:17c'est-à-dire que par exemple, il reconnaît sa dette à l'égard de Maritain,
05:21mais il n'hésite pas à s'en séparer, à le quereller si j'ose dire,
05:26Maritain ne l'a pas très bien pris,
05:27mais quand il n'est pas d'accord avec lui,
05:29ce n'est pas parce qu'ils étaient amis qu'il va abandonner sa position…
05:35– Amicus Plato, c'est de magis amica veritas.
05:38– C'est tout à fait cela, c'est ce à quoi on pense spontanément.
05:41Et puis je dirais peut-être dans une autre direction
05:43qu'il faut mentionner Maurras.
05:45et c'est aussi un amour de jeunesse,
05:47c'est-à-dire là il est peut-être un petit peu plus âgé,
05:50est-ce que c'est 18 ans ou est-ce que je me demande si je force,
05:53c'est même encore plus jeune que cela,
05:55il déroule un condisciple en train de lire l'Action française,
05:58qu'il ne connaissait pas.
06:00Et ce n'est pas tellement, me semble-t-il,
06:03le combat royaliste directement, c'est plutôt là encore un penseur,
06:08quelqu'un qui réfléchit sur l'homme, sur la société,
06:10sur les formes de gouvernement.
06:12Et il y a un attachement durable à cette réflexion de Maurras.
06:18– Alors de quoi est composé ce travail,
06:21cet ouvrage de 500 pages, qu'y a-t-il ?
06:24– Une petite soixantaine d'articles,
06:28la moitié d'entre eux provient d'itinéraires,
06:33la revue qu'avait fondée Jean Madiran,
06:35Jean Arvel dit Madiran, avec Louis Saleron,
06:40Marcel Clément, Henri, Henri, son nom m'échappe, excusez-moi,
06:47Henri Charlier.
06:49– Donc une moitié, une petite moitié vient d'itinéraires,
06:54d'autres viennent du Courrier de Rome,
06:57deux, non, huit viennent de l'Ordre français,
07:01d'autres de la revue universelle des faits et des idées,
07:04deux viennent de la Libre Belgique,
07:06ce sont des articles écrits dans l'immense majorité d'entre eux,
07:09entre 1966 et 1982,
07:13que je n'ai pas conservés entiers,
07:17dans la plupart des cas,
07:19parce que ce sont de très longs articles,
07:23et qu'ils se reprenaient, qu'ils se redisaient,
07:26inévitablement, de sorte que j'ai plutôt pratiqué
07:29des coupures pour essayer de les agencer selon un plan d'ensemble
07:34qui déborde le plan d'aucun article particulier, me semble-t-il.
07:39Et puis ces articles, on les a donc collationnés avec les originaux,
07:43autant que faire se peut, les originaux,
07:44les tapuscrits, les manuscrits, aux archives de Liège.
07:47– Alors la première partie de cet ouvrage est consacrée,
07:51puisque le plan est extrêmement clair,
07:53les origines philosophiques de la crise de l'Église
07:56et de la société que nous vivons aujourd'hui.
07:58Alors quelles sont-elles pour Marcel Decorte ?
08:00– Le subjectivisme, le volontarisme,
08:07la liste peut être longue et elle peut être courte aussi,
08:10il dit nominalisme, volontarisme, idéalisme, agnosticisme, pragmatisme,
08:17peut-être que je peux résumer cela avec cette fameuse image
08:23de Kant lui-même, la révolution copernicienne.
08:26C'est-à-dire que dans la préface à la deuxième édition
08:30de la Critique de la raison pure,
08:31donc le célèbre philosophe allemand,
08:34explique que de même qu'il y a eu changement
08:37de conception astronomique, donc du géocentrisme,
08:42on est passé à l'héliocentrisme,
08:43eh bien il faudrait faire de même en philosophie.
08:46On pensait jusqu'à présent que l'intelligence
08:48devait tourner autour de l'objet et s'y adapter.
08:52Voyons donc si nous ne serions pas plus heureux
08:54dans les problèmes de métaphysique, écrit-il,
08:57en supposant au contraire que ce sont les objets
08:59qui doivent s'adapter à l'intelligence.
09:02Donc ce qu'on a appelé la révolution copernicienne.
09:06Et par conséquent, si on est sorti du réalisme,
09:09si l'intelligence ne se soumet plus à ce qui est,
09:14quel devient le critère de la vérité ?
09:17Est-ce que la notion même de vérité subsiste ?
09:19Quelle devient la règle de la pensée ?
09:22Et là, ce n'est pas chez Marcel Decorte que j'emprunte
09:25cette réflexion, le penseur brésilien Gustave Corsao
09:30dit qu'en pareil cas, c'est la volonté.
09:33Naturellement, qu'est-ce qui règle les opinions ?
09:35Ce qui vous convient, ce qui vous plaît, votre volonté.
09:38Et donc nous sommes en plein dans le volontarisme.
09:41Et, explique Marcel Decorte, ceci nous mène tout droit
09:44au naufrage non seulement de la raison, mais encore de la foi.
09:48Comment croire en une vérité objective ?
09:51Comment même reconnaître l'existence d'un dieu ?
09:53Comment se soumettre à un dogme ?
09:56Comment avoir une religion objective ?
09:59– Alors, le concept le plus connu du grand public
10:02ou en tout cas d'une partie du grand public de Marcel Decorte,
10:05c'est l'expression souvent reprise de « dissociété ».
10:08Il parle de « dissociété ».
10:10Alors, qu'est-ce que cela signifie pour lui ?
10:12– Alors, « dissociété », vous voyez, c'est le préfixe latin « dis »
10:16qui implique la division, la séparation, voilà,
10:20ou la négation, l'absence, discorde.
10:24Alors, « dissocier », c'est le contraire de « associer ».
10:28Donc, c'est l'idée que notre société est en fait une société éclatée,
10:33que nous avons un individu comme l'a conçu Jean-Jacques Rousseau,
10:38un homme seul, dans un état idéal, de liberté, soumis à personne.
10:44Oui, mais c'est-à-dire sans aucune pierre d'attente pour quelque construction,
10:51quelque édifice, quelques liens sociaux que ce soit.
10:54Un homme qui est comme, je crois que l'expression est chez Aristote,
10:58c'est comme un pion isolé dans un jeu de dames.
11:01C'est-à-dire qu'on ne peut pas faire une société avec un homme
11:04qui serait essentiellement asocial.
11:07sauf avec une force extérieure, une pression extérieure
11:12pour maintenir ensemble tous ces grains de sable
11:15qui tendent à s'envoler à tout vent.
11:20Donc, voilà comment Marcel Decorte analyse le problème
11:25de la société moderne, l'aboutissement de cette pensée rousseauiste,
11:31de cette démocratie rousseauiste.
11:34– Alors, si on revient au titre, les mutations de l'Église catholique
11:38au XXe siècle et l'événement marquant de la vie de l'Église au XXe siècle,
11:42c'est bien sûr le Concile Vatican II.
11:44Ce Concile Vatican II, Marcel Decorte le vit alors qu'il est dans la pleine possession
11:49de ses moyens intellectuels et physiques, en plein moment de maturité,
11:53puisqu'il a un peu plus de 55 ans à ce moment-là.
11:56Alors, quel regard porte-t-il sur cet événement, d'une part immédiatement
12:02et puis d'autre part avec un peu de recul ?
12:04– La plupart des articles que nous avons conservés
12:07ont été composés dans la décennie qui a suivi le Concile.
12:12– Oui, ça m'est noté.
12:12– Marcel Decorte a cette expression très frappante
12:16que Vatican II, c'était l'assemblée constituante de la religion nouvelle.
12:21Il n'a pas complètement inventé, si j'ose dire, le cardinal Sunens,
12:26alors en France on dit habituellement Suénens,
12:28mais en Belgique on prononce Sunens.
12:30– Donc, le cardinal archevêque de Malines.
12:32– C'est cela, tout à fait.
12:34On disait, c'est bien connu, que Vatican II, ça avait été 1789 dans l'Église.
12:40Donc, la révolte du tiers-État, la révolte contre l'autorité,
12:46donc plus l'autorité du roi, mais l'autorité du pape,
12:50l'instauration d'une démocratie collégiale.
12:56Marcel Decorte, à la fois, nous montre des pères conciliaires à l'écoute du monde,
13:01à l'écoute de l'opinion publique, à l'écoute de l'homme, majusculaire,
13:06et en même temps, des pères conciliaires qui, pour les plus progressistes d'entre eux,
13:12n'ont plus le sens de la contemplation, et qui cherchent à faire, à construire,
13:16à faire du nouveau, construire une nouvelle Église, mettre en place de nouvelles valeurs,
13:21pour un monde nouveau, je dirais que tel est le regard qu'il porte sur cette Assemblée.
13:31– Alors, à cette occasion, justement, ce système d'Assemblée,
13:34il fait une remarque qui m'a tout à fait interpellé, comme on dit aujourd'hui,
13:41sur le régime d'Assemblée.
13:43Alors, que dit-il du fonctionnement d'un régime d'Assemblée ?
13:47– Ah oui, nous avons ça à la page 345, c'est vraiment très très frappant.
13:50Il cite le sociologue Célestin Bouglet, qui avait coutume de dire à ses élèves
13:56que le quotient intellectuel moyen des membres d'une Assemblée quelconque
14:00s'obtenait au terme d'une opération simple,
14:03diviser le quotient intellectuel du plus bête des membres de cette Assemblée
14:09par le nombre des membres présents.
14:12– Voilà, ce qui va nous faire un tout petit chiffre au bout du compte,
14:15et qui est donc le QI de cette Assemblée.
14:18J'ai été très marqué par cette expression, cette formulation que j'ai trouvée très intéressante.
14:24Alors, il y a la question du Concile, et puis, et ensuite,
14:28et vous y consacrez, vous avez récupéré, colligé plusieurs textes,
14:33quel regard porte-t-il d'abord sur Paul VI, et puis ensuite sur Jean-Paul II,
14:38puisqu'il a vécu sous les pontificats de l'un et de l'autre ?
14:40– Paul VI, les contradictions de Paul VI, il est très, faut-il dire, intrigué.
14:48Il est là à dire, il y a deux possibilités.
14:51Soit c'est un homme faible qui est victime des contradictions, son caractère,
14:57soit dit-il, en fait, il s'agit d'opportunisme.
15:01Il sait très bien ce qu'il veut, et nous avons là une nouvelle forme de machiavélisme.
15:07C'est-à-dire, il y a les nécessités de l'action, et si ceci implique la contradiction,
15:13eh bien, la contradiction y passera.
15:15Il le montre comme un esprit faux, quelqu'un qui ne sait pas voir les choses comme elles sont,
15:20et qui a le culte de l'homme, encore une fois, l'homme majusculaire,
15:25qui, dit-il, s'accompagne toujours de cruauté pour les hommes concrets.
15:28Il y a des pages très, très émouvantes sur son attitude à l'égard du cardinal Minsenti.
15:32– Oui, alors, pouvez-vous nous en dire plus, justement,
15:35parce que je suis au courant du cardinal Minsenti,
15:38mais peut-être pas obligatoirement, tous nos téléspectateurs.
15:41Qu'est-il arrivé à ce pauvre primat de Hongrie ?
15:44– Eh bien, il a été emprisonné par les communistes.
15:50On l'a d'ailleurs drogué pour lui faire faire des déclarations
15:55contraires à ce qu'il avait toujours pensé.
15:57– Il a réussi à se constituer prisonnier dans l'ambassade américaine,
16:03c'est-à-dire à se réfugier.
16:04– Voilà, au moment de l'insurrection de 1956,
16:08il se réfugie à l'ambassade des États-Unis.
16:10– Voilà, et puis le pape Paul VI va finalement lui intimer l'ordre.
16:17– Voilà, où il va rester, je crois, 12 ou 13 ans, il va rester très longtemps.
16:20– Ah oui, oui, oui.
16:22Et puis, il y a des dates bien choisies, comme fait remarquer Marcel Decorte,
16:26c'est-à-dire l'anniversaire de son incarcération, par exemple.
16:29Le pape va lui envoyer de ses ordres, qu'il faut bien appeler perfides,
16:34lui assurant qu'il restera toujours primat de Hongrie,
16:38et puis il le fait venir à Rome, et finalement, il l'écarte.
16:41Et le cardinal Minzenti le supplie, lui disant qu'il doit rester là
16:44pour soutenir le peuple dans sa foi.
16:47Et en fait, il est trahi, il est trahi par le Vatican.
16:52Marcel Decorte, un long article dont nous avons gardé
16:55un certain nombre de pages sur ce sujet-là.
16:59– Alors, du cardinal Minzenti, on peut lire, j'avais beaucoup aimé ça,
17:02« La mer miroir de Dieu ».
17:03Il a écrit un très beau livre, qui sont des réflexions,
17:08des méditations sur le rôle de la mer dans la société.
17:10C'est vraiment un très, très beau livre.
17:12– C'est vrai, c'est vrai.
17:13– Paul VI également, on peut recommencer.
17:15Alors, par rapport aux deux thèses que vous évoquez,
17:17il y a un historien qui, lui, fait le choix d'une des deux thèses,
17:21c'est Yves Chiron, dans son livre, « Paul VI, le pape écartelé ».
17:26Il dit qu'il n'y a pas de machiavélisme, mais en fait, il ne sait pas ce qu'il
17:29veut.
17:30– Alors, Marcel Decorte pense le contraire.
17:32– Oui.
17:33– Je pense que Paul VI sait très bien ce qu'il veut.
17:36Est-ce que c'est de lui qu'il dit que sa mère disait toujours
17:38qu'il y avait une volonté de faire ?
17:40– Oui, vous le citez.
17:42– Voilà.
17:42Pour lui, c'est un visionnaire, c'est un utopiste.
17:45– Ça, c'est une grande idée de Marcel Decorte.
17:48Je pense qu'il faudra consacrer un livre à l'avenir.
17:51Cette réflexion sur la vision poétique,
17:57c'est-à-dire celui qui voit son idée,
18:00qu'il veut incarner dans la réalité,
18:02qui s'oppose au réaliste,
18:04qui lui, comment dire, modèle ses idées sur le réel.
18:10– Alors, vous l'avez évoqué tout à l'heure,
18:11je pense également sur le fond,
18:13c'est peut-être une réflexion qui peut être faite
18:15sur le Concile Vatican II.
18:16C'est-à-dire, on parle d'un homme,
18:18vous avez évoqué Rousseau tout à l'heure,
18:20et en particulier, je pense,
18:22un de mes maîtres, Jacques Oswald,
18:24il disait, le drame du Concile,
18:27c'est qu'en fait, il ne croit pas au péché originel.
18:29C'est-à-dire, on croit en un homme,
18:32il suffit de voir la vérité pour y adhérer,
18:35et on oublie, le péché originel fait que
18:38ça ne va pas toujours se passer comme ça.
18:42– Et alors, Jean-Paul II,
18:43quel regard pose-t-il sur Jean-Paul II ?
18:45– C'est intéressant de voir qu'au début de son pontificat,
18:50il est plein d'espoir.
18:51Il reconnaît que ce pape polonais a une foi très profonde.
18:54– Oui, il écrit ça.
18:56– Voilà, et il espère qu'il va pouvoir sortir l'Église
19:00des difficultés, je n'ose pas dire où elle s'embourbe,
19:03mais des difficultés où elle s'est engagée.
19:05Et il faut dire que d'encyclique en encyclique,
19:07puisque nous avons eu la chance de trouver trois articles
19:10sur les encycliques de Jean-Paul II,
19:15malheureusement, Marcel Decorte est de plus en plus déçu.
19:18Là encore, disant non, intellectuellement,
19:21il faut dire théologiquement, non, les idées ne sont pas en place,
19:25et il est bien dans la continuité des précédents.
19:29– Et en particulier, je crois qu'il insiste,
19:32alors on le voit avec l'encyclique de Jean-Rédemptor au ministre,
19:35voilà, je crois qu'un des éléments de fond de la pensée de Marcel Decorte,
19:39c'est qu'on dit, on passe d'une religion transcendante, théo-centrée,
19:44à une religion horizontale, anthropo-centrée.
19:47Je crois qu'il y a ça un peu dans le fond de la pensée de Marcel Decorte.
19:51Alors, il ne se contente pas de le dire comme ça,
19:53il le démontre, il prend des textes.
19:55– Bien sûr, et voilà, en ce sens-là,
19:57on est tout à fait dans la logique de Paul VI,
20:00qui disait déjà, nous avons, nous, plus que quiconque,
20:04le cul de l'âme.
20:05– Le cul de l'âme, voilà, le discours de clôture du Concile
20:07en décembre 1965.
20:09Alors, on a parlé du Concile, on a parlé de Paul VI,
20:12on a parlé de Jean-Paul II,
20:14quel regard pose Marcel Decorte sur la réforme liturgique,
20:18puisque les laïcs ont d'abord été concernés
20:20par la réforme liturgique ?
20:21– Eh oui, du théâtre.
20:23Disons, là encore, l'expression d'une religion
20:26qui s'est tournée vers l'homme,
20:28donc c'est une activité humaine, maintenant,
20:31la messe est devenue un repas,
20:33un temps fort de l'Assemblée chrétienne,
20:36et puis, Marcel Decorte y voit aussi,
20:38un espace de liberté pour la créativité des clercs.
20:42– Alors, j'avoue que je ne me suis pas énormément étendue
20:46dans ce livre, pensant que nous avions déjà
20:49beaucoup d'analyses, peut-être, de la Nouvelle-Mais,
20:51c'est que ce n'était peut-être pas l'originalité principale
20:54de Decorte, c'est-à-dire que nous avons aussi des articles
20:58que je n'ai pas mis du tout, où il s'agissait plutôt
21:02de rendre compte, concrètement, ou au jour le jour,
21:06de telles célébrations scandaleuses.
21:09Je ne sais même pas si j'ai mis ici ce passage
21:11où Marcel Decorte confie que quand il se rend
21:13à la messe, la mort dans l'âme, la Nouvelle-Messe,
21:17il se met dans l'Église, le plus loin possible,
21:20derrière le pilier le plus large qui soit,
21:23il augmente sa surdité naissante en se mettant
21:27des bouchons dans les oreilles pendant l'Homélie,
21:30et puis il se plonge dans un vieux paroissien romain
21:32pour lire le texte traditionnel,
21:35pendant que les clercs font ce qu'ils veulent.
21:37– Alors, ces textes, vous l'avez dit,
21:39ils sont maintenant un petit peu anciens.
21:42Quel est l'intérêt de lire Marcel Decorte en 2026 ?
21:45– C'est une bonne question.
21:46– Ah, je crois, celle que se posent nos téléspectateurs.
21:50– On pourrait penser, évidemment, que c'est démodé
21:52ou que c'est dépassé.
21:54Il aime parler de Teilhard de Chardin,
21:56il aime parler du communisme,
21:57on peut se dire que tout cela, c'est fini.
21:59Bon, d'abord, je ne suis pas sûre que ce soit fini.
22:01Enfin, l'esprit du marxisme, cette inversion,
22:04là aussi, c'est un thème central de la pensée de Decorte.
22:06Cette inversion dans les opérations de l'homme,
22:08de mettre en premier l'activité technique,
22:12l'activité de production,
22:14au lieu de commencer par ce qu'il y a de plus élevé,
22:16à savoir la contemplation.
22:18D'abord la contemplation,
22:19et puis l'intelligence pratique,
22:22c'est-à-dire comment mener sa vie,
22:24la réflexion morale et politique.
22:27Et ensuite, l'activité de transformation,
22:33je simplifie un peu, disons,
22:34la réflexion qui est présente dans l'artisanat
22:37ou dans la technique.
22:38Donc il y a cela, et c'est toujours vrai.
22:41Donc en ce sens-là, ce n'est pas terminé.
22:43L'évolutionnisme, à mon avis,
22:44est toujours omniprésent dans les programmes scolaires.
22:47Et puis dans l'Église, tout bouge.
22:49D'où le titre d'ailleurs,
22:50Les mutations.
22:50À la page 431,
22:53je me suis noté, j'avais un extrait d'article,
22:55où Marcel Decorte parle de mutation.
22:59Il dit ce terme de mutation de l'Église
23:01dont les turiféraires du complot
23:02se gargarisaient en public.
23:04Il dit bien ce qu'il veut dire.
23:06Il dit mutation de la messe,
23:07mutation du catéchisme,
23:08mutation de l'écriture sainte,
23:10voire mutation des sacrements.
23:12Donc en ce sens-là, c'est toujours vrai.
23:14Nous y sommes encore.
23:15Mais il me semble surtout que Marcel Decorte
23:17nous donne des principes.
23:19Et les principes, c'est intemporel.
23:21C'est-à-dire qu'il nous aide
23:25à réfléchir.
23:25C'est ce que les papes disent d'ailleurs
23:27de saint Thomas d'Aquin lui-même.
23:28Et nous y trouvons de quoi nous guider,
23:32de quoi réfléchir encore
23:34sur ce que nous vivons,
23:35ce que nous connaissons,
23:36et puis ce que l'avenir nous réserve.
23:38Je pense peut-être qu'en 2026,
23:40l'urgence, c'est d'apprendre
23:42ou de réapprendre à penser.
23:44Vous savez ce que disait
23:46Villiers de Lille-Adam ?
23:48Vivre, les serviteurs feront cela pour nous.
23:50On pourrait transposer et penser
23:52l'intelligence artificielle fera cela pour nous.
23:55Je pense qu'il y a une grande menace
23:58qui est la disparition de la vie intellectuelle,
24:02une espèce de paresse intellectuelle peut-être.
24:05Beaucoup d'enfants sont là,
24:07les adultes peut-être aussi.
24:08Pour reprendre un titre de Marcel Decorte,
24:10il faut encore et toujours sauver
24:12l'intelligence qui est en péril de mort.
24:15– C'est vrai.
24:15– Alors, à vous écouter,
24:17on a quand même l'impression que,
24:20d'une part, l'Église a les paroles
24:22de la vie éternelle, nous le savons,
24:24mais est-ce que Marcel Decorte
24:25nous donne des clés
24:27pour le renouveau de l'Église
24:29ou est-ce qu'il se contente
24:31de dénoncer, de pleurer
24:33sur les malheurs des temps
24:34ou est-ce qu'il nous propose
24:35des voies de sortie ?
24:37– Les articles de Decorte,
24:39quand on les prend intégralement,
24:41se terminent toujours
24:41sur une note d'espérance.
24:43Toujours, c'est très, très frappant.
24:45Il nous dit, alors comment
24:47on résumait cela ?
24:49Il nous dit à la fois que, bien sûr,
24:50c'est Dieu qui nous sortira
24:51de la crise et non pas l'homme
24:53avec ses seules forces.
24:54Donc, il insiste énormément
24:55sur la nécessité de l'espérance théologale,
24:58la foi en Dieu,
25:00disons la confiance en Dieu.
25:03Simultanément, de notre côté à nous,
25:06il dit bien qu'il ne faut
25:07absolument pas abandonner.
25:09Nous n'allons pas abandonner le vaisseau,
25:13nous n'allons pas abandonner la foi,
25:15donc c'est une nécessité
25:16d'une fidélité indéfectible,
25:21fidélité irréductible
25:22et que c'est cela qui vaincra.
25:24Donc oui, l'espérance, la prière,
25:28la prière, c'est une des notes
25:30sur lesquelles nous avons aussi
25:31terminé l'ouvrage.
25:33Notre Seigneur a dit,
25:34frappez et on vous ouvrira.
25:37Voilà, frappez, je vous ouvrirai.
25:40Je dirais aussi, pour être fidèle
25:42à la pensée de Marcel Decorte,
25:43il y a un sauvetage de la nature,
25:45un sauvetage de l'intelligence
25:47qui est indispensable
25:47au sauvetage de la foi.
25:52– Alors, une ultime,
25:54à qui s'adresse ce livre ?
25:56Y a-t-il des prérequis
25:58et quelle exhortation finale
26:01pourriez-vous adresser
26:02à nos téléspectateurs
26:03pour qu'ils se ruent dans les librairies ?
26:05– Alors, pour être honnête,
26:07je suis professeure de philosophie
26:08à des élèves de la classe de Terminal.
26:11Il m'est arrivé de leur lire
26:13des extraits de Marcel Decorte
26:14ou encore tout récemment,
26:16d'ouvrir le livre,
26:17de leur en citer l'une ou l'autre page.
26:19Donc, je pense qu'un jeune adulte
26:23modérément cultivé,
26:24disons qu'un jeune adulte prêt à réfléchir
26:26est un bon lecteur de ce livre.
26:30Personne n'a dit que ce livre
26:31se lisait comme un roman.
26:32C'est un livre d'études.
26:34Donc, on peut en lire un chapitre
26:37et puis un autre.
26:37D'ailleurs, c'est peut-être surprenant
26:39de ma part,
26:39mais on peut le lire à l'envers
26:41si on veut.
26:41C'est-à-dire qu'on peut commencer…
26:42Le livre commence par des principes philosophiques
26:45et la deuxième partie,
26:46on montre l'application.
26:49Donc, en un sens,
26:50on retrouve les analyses
26:51de la première partie.
26:52On n'est pas obligé de tout lire
26:55dans l'ordre, à mon avis,
26:56de toute façon.
26:58Donc, je dirais…
26:58Oui, je dirais que ceci est abordable
27:02pour tout catholique,
27:04mais non catholique,
27:05mais en fait tout catholique
27:05qui s'interroge sur l'Église.
27:09D'ailleurs, nous avons mis un sous-titre
27:10à ce livre.
27:11Il ne paraît pas sur la couverture.
27:12Où en est le catholicisme ?
27:17Merci beaucoup, ma mère.
27:19Donc, je renvoie
27:19à nos téléspectateurs.
27:20Voilà, une excellente lecture d'été.
27:23Donc, les mutations
27:24de l'Église catholique
27:25au XXe siècle.
27:26Donc, un ouvrage
27:28de Marcel de Corte
27:29que vous nous avez fait l'honneur
27:31de présenter
27:32puisque c'est vous
27:33qui avez collationné les textes.
27:35Merci beaucoup, ma mère.
27:36Merci, monsieur.
27:37Merci.
27:38Merci.
27:40Merci.
27:41Merci.
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