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  • il y a 2 jours
À l’heure des écrans omniprésents, de l’information instantanée et désormais de l’intelligence artificielle, "La lecture en question" (éditions Via Romana) de Jean-Pierre Maugendre interroge un geste devenu fragile : lire véritablement.

Dans ce court essai incisif, nourri de nombreuses citations et références, l’auteur dresse le constat d’un affaiblissement progressif de la lecture, moins par manque de livres que par perte d’attention, de temps long et d’exigence intérieure. Pour Jean-Pierre Maugendre, lire n’est plus un simple loisir ni un divertissement : c’est un acte de résistance intellectuelle. Résister à la dispersion, à la superficialité, à l’oubli de la transmission.

Animateur de l’émission "Terre de Missions" sur TVL (chaque dimanche à 11h), il rappelle que la lecture construit l’esprit, forge le jugement et relie les générations. Il ne s’agit donc pas seulement de lire davantage, mais de lire mieux.

L’ouvrage mêle réflexion culturelle, observations concrètes et conseils pratiques. Il s’adresse à tous ceux qui refusent de renoncer à la profondeur. Un texte bref, clair et stimulant, pour redonner à la lecture sa juste place.

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Transcription
00:00On ne l'attendait peut-être pas là, mais Jean-Pierre Mojante publie un petit ouvrage intitulé
00:11Lecture en question chez Via Romana, très belle maison d'édition, un hymne à la lecture résumé
00:16en une phrase de Montesquieu, je n'ai jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture n'est dissipée.
00:23Bonjour Jean-Pierre.
00:23Que c'est beau, merci Martial de m'accueillir.
00:26Alors cette phrase de Montesquieu, c'est dans cet ouvrage que je l'ai trouvé.
00:28Derrière la jolie phrase, et cette très jolie phrase de Montesquieu, il y a un constat,
00:34la lecture est en crise et les chiffres sont cruels.
00:38Alors effectivement, toutes les enquêtes le montrent, les gens lisent de moins en moins
00:42avec un premier élément qu'il faut prendre en compte, qui peut apparaître peut-être un peu surprenant,
00:48c'est que les femmes lisent beaucoup plus que les hommes.
00:51Aujourd'hui on est rendu, pour l'année 2024, on a eu les chiffres, les gens en moyenne ont lu
00:5618 livres sur l'année, mais c'est 4 livres de moins que les années précédentes.
01:03Et puis également, quand on parle de la lecture, il y a une distinction qu'il faut faire intervenir,
01:08il y a lire sur un livre et puis il y a lire sur une tablette.
01:12Et l'expérience montre qu'en particulier pour tout ce qui a trait à la mémorisation,
01:17ça n'est pas exactement la même chose.
01:19Donc effectivement, la lecture est en crise, ce qui se voit aussi dans la diminution des ventes de livres
01:28et puis également la diminution des salons de livres qui pouvaient être existés,
01:34qui pouvaient exister à travers tout notre pays.
01:38Est-ce que c'est un mouvement de fond, Jean-Pierre Maugent,
01:40ou est-ce que ce sont des réalités un peu grossières finalement qui justificent cette baisse de la lecture ?
01:46Je prends comme exemple le coût du livre.
01:48Aujourd'hui, un livre, c'est cher.
01:50– Oui, alors je crois qu'avant le coût du livre,
01:54une des raisons majeures de ce discrédit d'une certaine manière de la lecture,
01:59c'est la difficulté que les gens ont à lire.
02:02Il est paru en 2022 un document du ministère de l'Éducation nationale
02:07disant qu'en arrivant en sixième, la moitié des élèves avaient du mal à lire.
02:12Bon, et pour un certain nombre d'entre eux, quand on est rendu en sixième,
02:16on a 11, 12 ans, c'est un retard qui va être difficilement rattrapable
02:23puisqu'en fait les progrès dans les neurosciences nous le montrent.
02:28La lecture, c'est un certain nombre de connexions neurologiques qui se font dans le cerveau
02:34et quand elles ne sont pas faites à 4, 5, 6, 7, 8 ans, ça devient très compliqué.
02:40On en a un bon exemple très concret avec la fameuse histoire de Victor de Laveyron.
02:45Voilà, Victor de Laveyron, donc cet enfant sauvage, nous sommes au 19e siècle,
02:49il n'a jamais pu apprendre à lire et à écrire parce que tout petit,
02:53à la période à laquelle on apprend à lire et à écrire,
02:55les collections neurologiques ne s'étaient pas faites.
02:58– Ce que vous appelez dans l'ouvrage le manque d'aisance,
03:00et vous mettez directement en cause la méthode globale
03:03qui a été longtemps en activité, en nuisance, si j'ose dire.
03:06– Alors, la méthode globale, alors aujourd'hui, officiellement,
03:10la méthode globale est supprimée, mais il reste des méthodes semi-globales,
03:14qui sont en fait un mélange entre la méthode globale et les méthodes syllabiques
03:18et qui sont effectivement un désastre, un désastre dont,
03:24et je crois que c'est aussi un vrai sujet de préoccupation,
03:27dont les enfants qui sont devenus aujourd'hui des adultes.
03:31Voilà, j'ai eu un échange commercial à propos de ma voiture
03:36avec la secrétaire d'une concession automobile, etc.
03:40Bon, et à un moment donné, je lui ai dit, je lui ai dit,
03:42vous êtes charmante, mais vous êtes deux fautes d'orthographe par ligne,
03:46ça ne fait pas professionnel, quoi.
03:48Et la pauvre, la pauvre n'y est pour rien, mais n'empêche que c'est une réalité.
03:52– Vous évoquez aussi le manque de temps, tout au moins le manque de temps pour la lecture,
03:56car on consacre de plus en plus de temps, à contrario, aux réseaux sociaux.
04:00Vous parlez d'addiction aux réseaux sociaux, addiction, maladie,
04:04et donc la lecture en forme d'antidote, alors ?
04:07– Alors, en forme d'antidote, sous quel aspect ?
04:10Quand on parle d'addiction, c'est une certaine forme d'esclavage.
04:17Bon, et en particulier l'addiction aux réseaux sociaux est liée au pouvoir de séduction de l'image animée.
04:24Voilà, l'image animée, alors on le voit bien avec, en particulier avec les enfants.
04:29Bon, ben, vous leur passez un dessin animé, un film, quel qu'il soit.
04:32De manière physique, ces images qui scintillent, attirent leur attention et la captent.
04:39Bon, il est certain que les réseaux sociaux, aujourd'hui, un certain nombre de nos contemporains,
04:44sont effectivement dans un phénomène d'addiction.
04:47Je le vois dans le cadre de mon activité professionnelle.
04:50Bon, ben, il y a des personnes, leur demander pendant trois heures
04:53de ne pas consulter leur portable.
04:56Ben, pour un certain nombre, ça ne pose aucune difficulté.
05:00Pour certains, je sens bien que c'est extrêmement compliqué.
05:04Donc, il y a une véritable dépendance.
05:06Et pendant qu'on fait ça, on ne fait pas autre chose.
05:08Ça, c'est la loi de la vie.
05:09– J'ai une fois une petite contradiction, par exemple, sur les livres pour les enfants.
05:12À notre époque, c'est à peu près le même âge,
05:14ce n'est pas antidéluvien, mais c'est un petit peu ancien,
05:17il y avait assez peu de livres pour les enfants, destinés aux enfants,
05:20avec des formes pour les enfants, avec des images pour les enfants.
05:23Aujourd'hui, vraiment, ça s'est démultiplié.
05:25Et l'accès du livre pour les enfants est beaucoup plus simple, finalement.
05:28– Oui, alors moi, les souvenirs que j'ai,
05:31les premières lectures, c'était la Bibliothèque Rose,
05:34et puis après, c'était la Bibliothèque Verte.
05:36Mais, effectivement, ça demandait un petit effort de concentration.
05:43Là aussi, je crois que c'est un élément tout à fait essentiel
05:46par rapport aux réseaux sociaux.
05:48C'est que la lecture, ça demande de la concentration.
05:51C'est-à-dire, si vous êtes sur un raisonnement logique,
05:54ou si vous êtes sur une histoire dans le cadre d'un roman, etc.,
05:57vous ne pouvez pas vous arrêter.
06:00Voilà, ça demande un minimum d'attention.
06:02Or, toute la culture autour des réseaux sociaux est la culture du zapping.
06:06C'est-à-dire, je fais 30 secondes sur un sujet,
06:08puis une minute sur un autre, puis 30 secondes sur un troisième.
06:11On est là dans deux cultures antagonistes
06:14dont l'expérience montre qu'elles sont difficiles à concilier.
06:18Les gens qui sont, effectivement, très dépendants des réseaux sociaux,
06:23la lecture, la lecture continue, la lecture suivie,
06:27la lecture régulière, leur demandent un effort, une attention.
06:32On en a un bon exemple.
06:34Voilà, prenez le métro et regardez combien sont sur leur tablette
06:38à regarder des préférences des vidéos,
06:41parce qu'il y a, comme on vient de l'évoquer,
06:44il y a une attractivité de l'image animée.
06:47Et combien sont en train de lire ?
06:48Je crois que les résultats sont frappants.
06:5090% des gens sont sur leur portable.
06:53Alors, il va y avoir une lecture,
06:54c'est celles qui sont consacrées,
06:56les pages qui sont consacrées à l'intelligence artificielle.
06:58Quand on va sur Grock, quand on va sur ChatGPT,
07:00et beaucoup d'autres, on lit forcément les informations qui sont données.
07:04Et vous parlez, vous, d'un outil formidable.
07:06Mais vous précisez en même temps que l'intelligence artificielle
07:08ne doit pas se substituer à la nature humaine.
07:12Ce sont vos termes.
07:13Alors, deux éléments.
07:16D'abord, il est clair que l'intelligence artificielle,
07:20comme les moteurs de recherche,
07:22dont elle est d'une certaine manière le prolongement,
07:25a un impact direct sur la mémoire.
07:28C'est-à-dire, à quoi sert-il de mémoriser telle ou telle chose ?
07:32Puisqu'il suffit d'aller consulter Google,
07:35ou d'interroger ChatGPT,
07:36pour avoir la réponse à la question que je me pose.
07:40Donc, on a, objectivement,
07:42là, j'ai encore eu l'exemple il y a trois jours,
07:46en faisant des courses, etc.
07:48Un truc pas bien compliqué de...
07:51Comment ?
07:54Deux bottes de cresson, très bien.
07:56Bon, ben, deux bottes de cresson,
07:582,95 la botte de cresson.
08:01Bon, ben, j'ai trouvé, avant le brave gars
08:03qui était sur sa calculette, combien ça faisait, quoi.
08:05Je pense que, de tête, il était incapable de faire.
08:09Bon, ça, c'est quand même un petit peu affligeant.
08:12Et puis, l'autre aspect pour l'intelligence artificielle,
08:16pour l'avoir explicité,
08:18il faut avoir en tête que l'intelligence artificielle,
08:22c'est une compilation d'informations.
08:24C'est-à-dire qu'on nourrit l'intelligence artificielle,
08:28et en fonction de ce qu'on lui a donné,
08:30elle vous répond.
08:30Si tout le monde, demain matin,
08:32se met à écrire que la Terre est plate,
08:34et si vous interrogez l'intelligence artificielle
08:37pour savoir si la Terre est plate,
08:39elle vous répondra que la vie quasiment unanime
08:43est que la Terre est plate.
08:44Donc ça, c'est quand même un petit peu contrariant.
08:47Et puis, un deuxième élément, c'est
08:49on ne peut obtenir de bonnes réponses
08:54que si on pose les bonnes questions.
08:57Et les bonnes questions, il faut qu'on ait,
09:01je dirais, une culture générale
09:02qui permet de poser la bonne question.
09:05J'aime à citer régulièrement,
09:07ce sera ma seule citation gaulliste de l'émission,
09:11donc cette phrase du général de Gaulle,
09:14disant que derrière les victoires d'Alexandre le Grand,
09:19on trouve toujours Aristote.
09:21C'est-à-dire qu'il y a toujours une réflexion générale
09:25qui préside aux bonnes décisions,
09:28même si elles apparaissent liées aux qualités personnelles de la personne.
09:32Et seule la culture générale,
09:34seul un éventail large des possibles
09:37et des questions que je vais pouvoir poser
09:40vont me permettre de poser les bonnes questions.
09:44En voyant aussi, pour l'avoir expérimenté
09:46en ayant posé récemment des questions
09:49sur le phénomène de la laïcité,
09:52la brave intelligence artificielle,
09:57comme en fait c'est une compilation de références,
10:02si toutes les références sont des bêtises,
10:04la réponse sera aussi une bêtise.
10:06Cette question de l'IA,
10:07de l'intelligence artificielle,
10:08elle va être importante.
10:09Par exemple, on sait,
10:10et là je me tourne plutôt vers l'animateur de Terre de Mission,
10:12que Léon XIV va consacrer son prochain encyclique
10:15à cette question de l'IA.
10:16C'est effectivement le bruit qui court.
10:17Luminatis, la magnifique humanité,
10:20c'est le bruit qui court sur l'IA,
10:21c'est donc quelque chose qui reste aujourd'hui
10:23un obstacle ou un outil.
10:26Je n'arrive pas à saisir comment vous voyez cette IA.
10:31Alors j'ai envie de vous répondre
10:32comme Aesop disait de la langue,
10:36c'est-à-dire que c'est la pire et la meilleure des choses,
10:38c'est-à-dire avec la langue,
10:39vous pouvez chanter les mérites,
10:42les louanges de votre ami,
10:43et puis lui partager les vérités que vous avez découvertes.
10:47Et puis ça peut être aussi la pire des choses,
10:49parce que vous pouvez dire du mal de votre voisin
10:52ou colporter des erreurs.
10:54Et moi je pense que l'intelligence artificielle,
10:56c'est la même chose,
10:57c'est-à-dire que ça peut être la pire et la meilleure des choses.
10:59C'est-à-dire que c'est un outil,
11:01mais ça doit être conçu,
11:03et ça doit rester conçu comme un outil.
11:06Je crois que c'est Bernanos,
11:08qui dans La France contre les robots,
11:10écrit qu'un des drames que vit notre humanité aujourd'hui,
11:13et il écrit dans les années 50,
11:15c'est qu'en fait la maturité spirituelle,
11:19la maturité intellectuelle des êtres humains
11:22n'est plus aujourd'hui en phase avec le progrès technologique.
11:25C'est-à-dire que le progrès technologique va plus vite
11:28que ne va le progrès spirituel,
11:31le perfectionnement spirituel de chacun d'entre nous,
11:34et il y a un moment où effectivement la machine nous dépasse.
11:39Alors votre livre est aussi un ouvrage de conseil,
11:41pour reprendre l'habitude de lire,
11:42c'est même peut-être l'essentiel de l'ouvrage.
11:45Et vous trouvez une première réponse chez Saint-Bernard,
11:47et je me suis dit qu'il fallait remonter au XIIe siècle,
11:49c'était aussi prendre le risque de perdre vos lecteurs en route,
11:52mauvaise habitude.
11:54Non, Saint-Bernard, qu'est-ce qu'il nous dit ?
11:56Il nous dit qu'il y a des gens qui étudient pour se glorifier,
12:00il y a des gens qui étudient pour le plaisir de savoir,
12:04et c'est l'occasion de distinguer la curiosité de la studiosité.
12:08Voilà, la studiosité, c'est j'apprends,
12:12parce que je suis à la recherche de la vérité,
12:14parce que notre intelligence est faite pour découvrir la vérité,
12:17pour appréhender la vérité,
12:19et cette vérité que j'ai acquise,
12:21que j'ai découverte dans quelques domaines que ce soit,
12:23dans le domaine scientifique,
12:25dans le domaine historique, etc.,
12:27dans le domaine de la connaissance,
12:28j'ai un long développement sur le sujet,
12:30sur la connaissance de la nature humaine,
12:32et bien cette vérité que j'ai découverte,
12:34que mon intelligence a appréhendée,
12:36je suis en mesure de la partager.
12:38C'est-à-dire que cette découverte n'est pas une découverte égoïste,
12:43elle est une découverte pour le partage,
12:46pour mon édification à moi, si possible,
12:48et pour l'édification des autres aussi,
12:50c'est ce qu'il faut souhaiter.
12:51Avec beaucoup de rigueur,
12:52vous dites l'intérêt réel de la lecture,
12:54je pensais que ça pourrait être, par exemple,
12:55le plaisir, l'agrément, le divertissement,
12:58la recherche de l'évasion,
12:59Non, vous, vous allez beaucoup plus loin en affirmant
13:01que c'est de découvrir la vérité.
13:03Ben oui, parce que,
13:05alors je donne une petite anecdote aussi
13:09qui concerne les Pères du Désert avec Saint Antoine.
13:13Je pense que le délassement,
13:15ce que les Pères de l'Église,
13:16ce que Saint Thomas d'Aquin appelle l'Eutrapélie,
13:20c'est-à-dire l'art de bien se récréer,
13:24c'est l'art de bien se récréer
13:25pour trouver des moments de relâche
13:30dans l'accomplissement de ces différents devoirs d'État.
13:32L'exemple qui est donné par les Pères des Déserts
13:34est le suivant,
13:36alors qu'effectivement,
13:37un Père est en train de se délasser,
13:40un autre frère, un petit peu rigide,
13:44lui en fait la remarque en lui disant,
13:46voilà, qu'est-ce que c'est que ça ?
13:47Et donc le Père lui dit,
13:48ben voilà, tu prends un arc et tends-le.
13:51Voilà, il prend un arc et il le tend.
13:52Très bien.
13:53Voilà, il l'envoie à la fin.
13:54Très bien.
13:55Eh bien, recommence.
13:56Et il recommence.
13:57Et puis, il recommence encore.
13:59La troisième fois, il dit,
14:00moi, je ne peux plus.
14:02Mon ami, vous avez besoin de vous détendre,
14:04semble-t-il.
14:05Eh bien, c'est aussi ce que je fais.
14:07Nous avons besoin de nous détendre,
14:09mais la détente,
14:10et c'est peut-être ce qui différencie
14:14la société moderne,
14:16ce que d'aucuns ont appelé
14:17la société du spectacle,
14:19des sociétés plus traditionnelles
14:21et plus anciennes,
14:22la détente n'est pas une finalité
14:24en tant que telle.
14:25Je pense que la société moderne,
14:27elle a tendance à considérer
14:29que la société du loisir,
14:31l'objectif, c'est de travailler
14:32le moins possible
14:34et de s'amuser le plus possible.
14:36Il n'est pas certain
14:36que cela réponde aux aspirations
14:38les plus profondes de la nature humaine.
14:40Nature humaine.
14:41Il y a un but suprême
14:42et de haute vue dans la lecture.
14:44Explorer les méandres
14:45de la nature humaine,
14:46de l'âme humaine.
14:48Vous n'hésitez pas d'ailleurs à écrire
14:49que les écrivains ont su,
14:51avant la communauté scientifique,
14:53avant la communauté médicale,
14:55mettre des mots, M-O-T-S,
14:56sur les mots, M-A-U-X, humains.
14:59– Alors, les mots humains, M-A-U-X,
15:02ce sont les passions
15:03qui animent le cœur de l'homme.
15:05Quand vous avez lu les Grecs,
15:08quand vous avez lu l'Iliade
15:10et l'Odyssée,
15:11tout commence par des affaires de jalousie,
15:16des affaires de vanité,
15:18des affaires d'orgueil.
15:19Et ce qui était vécu
15:21il y a 2500 ans par les Grecs,
15:24il est vécu encore pour nous aujourd'hui.
15:26Et c'est, à mon avis,
15:26un des aspects fondamentaux de la lecture
15:29que l'on retrouve dans les œuvres romanesques,
15:32mais que l'on retrouve aussi
15:33dans des pièces de théâtre,
15:35dans la poésie,
15:37également dans différentes œuvres de ce type,
15:40c'est d'explorer,
15:42d'explorer les mystères
15:45du fond de l'âme humaine.
15:46Voilà, je pense au père Goriot.
15:50Voilà, le père Goriot,
15:51son attachement à ses filles,
15:53mais également son avarice.
15:55Voilà, ce sont des...
15:56C'est des exemples.
15:57Moi, un homme admirable aussi
15:59pour explorer les méandres
16:01de la nature humaine,
16:02c'est bien sûr Molière.
16:03Voilà, donc ce qui était écrit
16:06il y a quelques siècles,
16:08je crois, reste pertinent pour nous aujourd'hui
16:11et nous permet de mieux nous connaître,
16:14c'est ce que disaient les anciens,
16:16Gnotis et Autone,
16:17connais-toi toi-même,
16:18et puis de mieux connaître les autres
16:20de manière à bénéficier
16:22de l'expérience de ceux
16:24qui nous ont précédés sur cette terre
16:26et qui, pour un certain nombre d'entre eux,
16:28ont été confrontés aux mêmes difficultés que nous.
16:31J'ai tout un développement
16:32sur ce sujet,
16:34c'est que la lecture,
16:35elle est aussi
16:35un cumul d'expériences.
16:38C'est-à-dire,
16:38nous avons souvent tendance
16:39à croire
16:40que les difficultés
16:42auxquelles nous sommes confrontés
16:44sont uniques.
16:45Mais avec un peu de recul,
16:47ça n'est pas vrai.
16:48Les difficultés auxquelles
16:49nous sommes confrontés,
16:50d'autres avant nous
16:51les ont connues,
16:52d'autres avant nous
16:53y ont été confrontés,
16:54et par la lecture,
16:56par les thunes,
16:57je peux chercher
16:57à m'inspirer
16:58de la manière
16:59dont ils ont traité
17:00ces difficultés.
17:01– Dans le chapitre
17:01« Pourquoi lire ? »
17:02il y a une notion
17:04qui me paraît quand même
17:05beaucoup moins convaincante,
17:06si vous me permettez de vous le dire,
17:07c'est de voir derrière la lecture
17:08la possibilité de résister
17:10à la pensée unique.
17:10Alors, si on tombe
17:11sur un bouquin d'Annie Arnaud,
17:12il faut mieux regarder
17:13TV Liberté,
17:14qui est de l'image
17:15pour trouver un rempart
17:16à la pensée unique,
17:17Jean-Pierre Mollon.
17:18– Oui, c'est vrai.
17:18Alors, il y a,
17:19mais c'est d'ailleurs
17:20la conclusion
17:22que vous avez vue,
17:23cet échange
17:24entre M. de Bonal
17:25et Joseph de Maître,
17:26il y a des bons livres
17:27et il y a de mauvais livres.
17:29Et dans la discussion
17:30qu'avaient ces deux penseurs,
17:33l'inconvénient d'un mauvais livre,
17:35c'est qu'il ne cesse jamais
17:36de faire du mal.
17:38Ce qui la contrepartit,
17:41c'est que l'avantage
17:41d'un bon livre,
17:42c'est qu'il ne finit pas,
17:44il ne finit jamais
17:45de faire du bien.
17:46Donc, un livre
17:47n'est pas, par principe,
17:50parce que c'est un livre,
17:51parce que c'est un support écrit,
17:53supérieur à une image animée
17:55ou à un film, etc.
17:57Il y a de bons
17:58et de mauvais livres.
17:59Il y a de bons
18:00et de mauvais films.
18:02Ce sur quoi
18:02j'attire l'attention,
18:04c'est que le livre,
18:05aujourd'hui,
18:06me permet d'échapper
18:07à la doxa dominante
18:09dans la mesure
18:10où l'ensemble des médias,
18:12l'ensemble de la culture
18:14dans laquelle nous sommes immergés,
18:17est quand même
18:17une culture
18:18sensiblement opposée
18:21à ce que nous croyons
18:23et puis à la tradition
18:24de ce pays.
18:25Par la lecture,
18:26je peux m'extraire
18:28de l'information en continu,
18:31des messages
18:32qui sont diffusés partout.
18:33Voilà.
18:33si les livres trouvent
18:34un éditeur,
18:35si les livres sont autorisés,
18:37toutes ces questions-là,
18:38elles ne sont plus politiques,
18:39mais elles se posent aussi.
18:40Vous expliquez comment lire,
18:41mais aussi que lire,
18:43avec une liste de livres
18:44à découvrir,
18:45que l'on soit un enfant
18:46ou un adulte.
18:48Et je vais vous poser
18:48une question simple,
18:49parce qu'il nous reste
18:49peu de temps, Jean-Pierre.
18:50Vous savez que…
18:51Fujitimpus.
18:52Fujitimpus.
18:53Voilà.
18:53Vous savez qu'il y a
18:54un chronomètre
18:55qui est au-dessus
18:56de notre tête
18:56et qui nous rappelle
18:57que nous avons
18:58quelques instants encore.
19:00S'il y avait un ouvrage
19:01à lire,
19:02ce serait lequel ?
19:03Attention,
19:04j'ai retiré de la liste
19:05la Bible,
19:05parce que je vous connais bien.
19:06Ah, j'avais dit.
19:06C'est facile.
19:08J'anticipais la réponse,
19:09vous savez.
19:10J'écoute Terre de Mission
19:11tous les dimanches.
19:12C'est bien.
19:13Je n'ai pas d'inquiétude.
19:14Je ne peux pas vous le reprocher.
19:14J'étais précurseur
19:15dans les émissions religieuses
19:16sur les télévisions
19:18autres que France 2.
19:21Terre de Mission le dimanche.
19:22Alors, on retire la Bible,
19:23bien évidemment,
19:24le livre avec L majuscule
19:26à le et à livre.
19:28Alors, ensuite.
19:30Alors, je peux faire
19:31une réponse à la Normande.
19:33Pas le livre qui vous plaît,
19:34Jean-Pierre Monjean,
19:35le livre que vous proposeriez.
19:37Alors, je proposerais aussi,
19:39ce serait d'actualité
19:40avec l'élection du nouveau
19:43souverain pontife,
19:44donc Léon XIV,
19:45qui est un religieux augustin.
19:50C'est quoi un religieux augustin ?
19:51Alors, un religieux augustin.
19:52On n'est pas à Terre de Mission, là.
19:53Augustin, c'est l'évêque d'Hippone.
19:56Donc, on est à la chute
19:58de l'Empire romain,
19:59quatrième siècle après Jésus-Christ.
20:01C'est un des pères de l'Église,
20:02un des pères de l'Église lassine.
20:04C'est un des grands penseurs
20:06de l'Église.
20:07Et en particulier…
20:08Ça n'a pas toujours été un saint ?
20:09Ça n'a pas toujours été un saint.
20:11Il a été…
20:12Il a sombré dans deux écueils.
20:15Il a d'abord sombré
20:16dans un écueil intellectuel,
20:19puisqu'il était manichéen.
20:21Et puis, il a sombré
20:23dans un écueil plus classique,
20:25puisqu'il a eu un enfant
20:27avant d'être marié.
20:29– Et il est devenu saint, quand même ?
20:30– Et il est devenu saint.
20:31C'est ça qu'il doit nous soutenir.
20:34Et alors, c'est à lui que je pensais,
20:35parce que je crois qu'à notre époque
20:38de grands bouleversements,
20:39voilà, lui, il vit la chute
20:41de l'Empire romain.
20:42Je pense que nous sommes
20:43à cet égard,
20:45avec des points de convergence identiques.
20:48Donc, il vit la chute
20:49de l'envie romain.
20:51Il vit également,
20:52je dirais,
20:54ses errements,
20:55qui sont les errements
20:56de sa jeunesse.
20:57Alors, il a été soutenu
20:59dans ses épreuves
20:59par sa mère,
21:00qui est Sainte Monique.
21:01Tout le monde n'a pas une mère
21:03qui est une sainte.
21:04Mais il décrit tout cela,
21:06je crois,
21:06avec beaucoup d'enthousiasme
21:10dans un livre
21:11qui s'appelle
21:12Les Confessions de Saint-Augustin.
21:14Voilà,
21:14Les Confessions de Saint-Augustin,
21:16c'est la fin d'un monde,
21:17nous en sommes un peu là,
21:19et puis c'est la conversion
21:20d'un homme
21:20qui a été séduit
21:21par ce monde
21:22et qui, finalement,
21:23est saisi
21:25par l'amour du Christ
21:26et qui devient
21:27le saint que nous connaissons.
21:29– Je pensais que vous alliez
21:30proposer un livre
21:30plus politique.
21:31J'avais même misé
21:32sur Jean Madirant,
21:33à qui vous rendez hommage
21:34dès la première page.
21:35– Alors, effectivement,
21:36je rends hommage…
21:36– Jean Madirant,
21:37journaliste,
21:37essayiste,
21:38philosophe.
21:39– Voilà, je rends hommage
21:40à Jean Madirant
21:41avec cette petite épitaphe,
21:43à Jean Madirant
21:44qui m'a appris
21:45à lire un texte.
21:47Voilà.
21:48Parce qu'il ne suffit pas
21:49de lire,
21:50il faut comprendre
21:51ce que l'on lit.
21:52J'avais,
21:53je l'évoque
21:53dans ce petit livre,
21:55une discussion
21:55avec un professeur
21:56d'université
21:57il y a quelques mois
21:59qui me disait,
22:00voilà,
22:00cher monsieur,
22:01jusqu'ici,
22:02en première année,
22:04voilà,
22:05c'était compliqué,
22:06il y avait plein
22:06de fautes d'orthographe,
22:07mais enfin,
22:07globalement,
22:08je voyais ce qu'il voulait dire.
22:10Le drame aujourd'hui,
22:11c'est que je ne comprends
22:12plus ce qu'il veut dire.
22:13Voilà.
22:14Donc, c'est également,
22:15je le cite,
22:16une phrase de Peggy,
22:18c'est un…
22:18Si on peut apprendre
22:19à lire,
22:20tout est sauvé.
22:21Jean Madirant,
22:22puisque vous l'évoquez,
22:24donc c'est un auteur
22:24contemporain,
22:25ça n'a rien à voir
22:26avec Saint-Augustin,
22:29il nous livre
22:32une grille d'analyse,
22:34me semble-t-il,
22:35sur la société moderne,
22:36avec cette conviction centrale
22:39dans son œuvre,
22:41et en particulier dans un de ses livres
22:42qui s'appelle
22:43« Une civilisation blessée au cœur ».
22:45Il dit,
22:46le drame
22:47de la société moderne,
22:49c'est l'impiété.
22:51L'impiété,
22:51c'est-à-dire,
22:52pour la civilisation qui est la nôtre,
22:54la civilisation civile,
22:56de refuser de reconnaître
22:58ce qu'elle doit
22:59à ses anciens,
23:00et malheureusement aussi,
23:01cette impiété
23:02atteint,
23:04contamine un peu
23:05la société religieuse
23:07dans le refus
23:08de,
23:09par un certain nombre
23:10de personnes,
23:11de la tradition
23:11qui fut celle de l'Église
23:12pendant 2000 ans.
23:14Jean-Pierre Mojande,
23:16on se retrouve,
23:17je l'ai peut-être déjà dit,
23:18un dimanche sur deux
23:19à onze heures
23:20pour l'émission religieuse
23:21Terre de Mission
23:22sur TV Liberté,
23:23et puisqu'il me reste
23:24alors une minute,
23:24c'est un siècle d'irégiterie.
23:27Une petite question,
23:27il y a un grand débat
23:28sur la taille
23:29plus ou moins volumineuse
23:30des livres
23:31pour qu'ils soient lus
23:32ou pour qu'ils soient achetés.
23:33Est-ce que vous avez fait
23:34votre choix
23:34en faisant un court ouvrage
23:36qui va à l'essentiel ?
23:37Alors, en fait,
23:38c'est une commande
23:40de l'éditeur,
23:41donc Benoît Mancheron
23:42qui est le directeur
23:43des éditions
23:44Via Romana.
23:45Nous avons démarré,
23:47puisque nous en sommes
23:48au deuxième ouvrage,
23:49une série de petits livres
23:51qui font une centaine de pages.
23:52On se dit,
23:53ça doit pouvoir être lu
23:55en une heure et demie.
23:56La cible,
23:57ce sont les plus jeunes.
23:58On a fait un premier numéro
23:59sur l'obéissance,
24:00l'obéissance en question.
24:01Là, on est sur la lecture
24:03en question.
24:04Essayer de mettre
24:05à la portée
24:05des gens
24:06qui ont le moins de facilité,
24:09et pas obligatoirement
24:09de leur faute,
24:11à lire des éléments
24:13qui leur permettront
24:15de mener au mieux
24:16leur vie.
24:17Puisqu'on n'étudie pas
24:18pour le plaisir de savoir,
24:20on étudie
24:21pour mieux mener sa vie.
24:23Merci beaucoup,
24:24Jean-Pierre Mojean.
24:25La lecture en question,
24:26c'est chez Via Romana.
24:26Et c'est en vente
24:27sur le site tvl.fr
24:28dans la boutique de TVL.
24:30Nous avons un point commun.
24:31Un de nos points communs,
24:32c'est de lire beaucoup,
24:33vous et moi.
24:35Et j'ai l'habitude de dire
24:36que j'aime bien lire
24:37entre les lignes.
24:38Et j'ai trouvé,
24:39grâce à vous,
24:39une phrase de Sacha Guitry.
24:40Je me suis dit,
24:41je finirai là-dessus.
24:42Il est bon de lire
24:43entre les lignes,
24:44ça fatigue moins les yeux.
24:45Voilà, tout est dit.
24:46Merci Jean-Pierre.
24:47Merci Martial.
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