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  • il y a 1 jour
Docteur en histoire contemporaine, spécialiste de l’histoire russe et du mouvement communiste international, Gaël-Georges Moullec revient sur les discours de Vladimir Poutine prononcés entre 2022 et 2025, réunis dans son nouvel ouvrage publié aux Éditions SPM. Pouvant être accusé d’être "prorusse" dès lors qu’il analyse la pensée stratégique du Kremlin, l’historien assume une démarche scientifique : comprendre plutôt que caricaturer. Que disent réellement les discours de Vladimir Poutine sur la guerre en Ukraine, la puissance militaire russe, la dissuasion nucléaire, l’économie sous sanctions ou encore la vision historique de la Russie ? Faut-il croire à la menace d’une invasion russe de l’Europe occidentale ? La Russie est-elle militairement affaiblie ou au contraire engagée dans une stratégie de long terme ? Vladimir Poutine cherche-t-il à reconstituer l’empire soviétique ou poursuit-il un tout autre objectif ? De la question des missiles hypersoniques aux relations entre Moscou et l’Occident, en passant par l’artificialité de l’État ukrainien et la rupture géopolitique en cours, une analyse sans concessions d’un conflit qui redessine l’équilibre mondial.

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Transcription
00:00Générique
00:00Bonjour et bienvenue dans notre Zoom, aujourd'hui en compagnie de Gaëlle-Georges Moulek.
00:11Bonjour Monsieur.
00:12Bonjour Monsieur.
00:13Gaëlle-Georges Moulek, docteur en histoire contemporaine, spécialiste de l'histoire russe et du mouvement communiste international.
00:20Vous êtes l'auteur de plusieurs ouvrages, Ukraine à la fin des illusions, Vladimir Poutine, discours 2007-2022.
00:28Vous venez aujourd'hui nous présenter la suite de ces discours avec cet ouvrage, discours 2022-2025, aux éditions SPM, édition pour lesquelles vous dirigez la collection La Voix Russe,
00:43où a été récemment publié un livre sur Alexandre Neski, dont nous avions déjà parlé dans une émission précédente.
00:51Alors, Gaëlle-Georges Moulek, vous publiez donc cet ouvrage qui reprend les discours du président Poutine entre 2022 et 2025.
01:02On va vous accuser d'être un agent pro-russe, anti-démocratie, anti-droit de l'homme, anti-état de droit.
01:09Est-ce que vous n'avez pas peur ici de verser dans la propagande pure et dure ?
01:13– Vous savez, je suis d'accord avec vous que la recherche de l'ennemi de l'intérieur est bien lancée, la chasse même.
01:20Et je dois dire que les deux premiers à tomber ont été Xavier Moreau et Jacques Baud,
01:25qui ont été sanctionnés par l'Union Européenne, sanctionnés administrativement.
01:28– Ce qui peut porter question quand même, mais cette publication n'est pas une prise de position.
01:35Elle est la mise à disposition des chercheurs, du public, de ce qu'a dit Vladimir Poutine.
01:42C'est une source. On ne peut pas toujours parler de la Russie, toujours parler de Poutine,
01:46sans savoir ce qu'il a dit, après tout.
01:50Et on ne pourra pas dire non plus, on ne savait pas. Il y a des traces.
01:54Et si maintenant la publication de sources devient répréhensible,
02:01c'est un signe particulièrement mauvais pour la démocratie européenne.
02:04– Alors, on l'a vu dans l'actualité ces derniers jours, le président Macron,
02:10c'était lors de ses voeux aux armées, a exprimé le souhait que l'Union Européenne
02:16se mette à développer, à produire des missiles comparables à ceux qu'utilisent les Russes,
02:23à savoir ce missile Oreschnik. Est-ce que vous pouvez nous parler de son fonctionnement ?
02:31Quelle est cette arme ?
02:32– Alors, c'est une arme particulière. C'est une arme d'abord hypersonique,
02:36c'est-à-dire un missile hypersonique qui va donc plus vite que Mach 5,
02:39il va jusqu'à Mach 10, c'est-à-dire 10 fois la vitesse du son,
02:43qui est d'une portée dite intermédiaire, entre 500 et 5500 kilomètres,
02:48et qui peut être au choix munie de charges conventionnelles nucléaires
02:54ou sans aucune charge. C'est-à-dire que sa vitesse est telle
02:58que son énergie cinétique lui permet de détruire des objectifs
03:04sans avoir même à le charger d'une charge quelconque nucléaire ou conventionnelle.
03:09Et c'est ce qui s'est passé, par exemple, lors du second tir de janvier
03:14qui a touché une usine aéronautique du côté de Lvov.
03:18– En Ukraine ?
03:18– En Ukraine, bien évidemment.
03:20Alors, vous dites le missile, mais ce qu'il faut bien comprendre,
03:23c'est que du côté russe, il y a de nombreux missiles différents.
03:26Simple exemple, pour, les spécialistes vont m'en vouloir,
03:29mais quelque chose qui va très vite mais pas trop loin,
03:32c'est par exemple le Kinjal, qui va jusqu'à 2000 kilomètres
03:36et qui est, lui, lancé par avion.
03:38Là aussi, le missile est hypersonique.
03:41Mais la vraie question que posent certains missiles russes
03:45est leur capacité unique, et là je dis bien unique,
03:47à être tout à la fois hypersonique, balistique, à tête multiple,
03:52planante et guidée, comme par exemple les systèmes avant-garde
03:56ou encore le missile à propulsion nucléaire,
03:58Burevesnik, qui a été testé et qui a fait 14 000 kilomètres.
04:02Il faut bien comprendre ce que ça veut dire, planante et guidée.
04:06Peut-être que je vais m'exprimer avec les mains,
04:09ce qui peut être utile. Habituellement, au début,
04:11les missiles intercontinentaux, balistiques,
04:14c'est-à-dire ils partent d'un point, ils arrivent à un autre point.
04:17On peut le calculer, avec les moyens modernes, bien évidemment.
04:23Les années passant, on passe aux missiles à tête multiple.
04:28Donc vous avez un missile qui part,
04:29et puis les têtes qui se séparent,
04:31et qui, elles aussi, selon les lois balistiques, retombent.
04:33Maintenant, ce qu'ont réussi à créer les Russes,
04:37c'est un missile qui part, qui se divise,
04:41et dont les têtes sont guidables et planantes.
04:44C'est-à-dire qu'elles ne peuvent pas être calculées,
04:46leur point d'impact ne peut pas être calculé,
04:49avec les techniques présentes de calcul,
04:53même les plus sophistiquées,
04:54ce qui remet donc en cause l'ensemble
04:56de la défense antimissile américaine,
05:00du moins telle qu'elle avait été prévue,
05:02aussi bien au temps de Reagan qu'au temps d'Obama.
05:07– Donc ce missile part à MAC-10, et…
05:10– Attendez, je ne parle pas du Oreschnik,
05:12on parle du Oreschnik ou des autres ?
05:13– Vous parlez du Kinjal, là ?
05:15– Non, là je parle du Burevesnik ou avant-garde.
05:17– D'accord.
05:18– Le avant-garde étant une tête montée,
05:20qui, elle, est planante et…
05:21– D'accord.
05:22– Voilà.
05:23– Alors parlez-nous du Oreschnik.
05:24– Le Oreschnik, c'est simplement quelque chose
05:26qui va vite et sans plus.
05:27– D'accord, ok.
05:29– Mais qui est dangereux du fait même
05:31de son utilisation multiple,
05:34qui peut être conventionnelle, nucléaire
05:36ou simplement vide.
05:37– On avait vu des missiles s'abattre sur Israël
05:41à des vitesses extrêmement rapides.
05:47Est-ce qu'il s'agissait aussi
05:48de missiles Oreschnik russes tirés par l'Iran ?
05:51– Non, non, non, non, non.
05:53– Le seul pays qui dispose de Oreschnik
05:55à l'heure actuelle est la Biélorussie,
05:57mais sous contrôle, je pense, sous contrôle russe.
05:59– D'accord.
05:59– Voilà, en cas d'attaque sur le territoire biélorusse.
06:03– Donc l'Iran ne dispose pas de missiles hypersoniques ?
06:06– Non, voilà, honnêtement, je ne pense pas.
06:10– D'accord.
06:11– Du moins, provenant de la Russie,
06:13peut-être de leur propre conception s'ils y sont arrivés,
06:15mais voilà.
06:16– D'accord.
06:16– Alors la plupart des dirigeants européens
06:18estiment qu'il faut réarmer l'Europe
06:21pour faire face à une potentielle menace russe.
06:24Que faut-il penser d'abord de cette idée
06:27du réarmement de l'Europe ?
06:30– C'est une question importante, mais complexe.
06:33Tout d'abord, en premier lieu,
06:35l'Europe doit-elle réarmer ?
06:37Oui.
06:38Mais non pas pour faire face à la menace russe,
06:42qui peut être certainement illisoire,
06:44mais simplement pour reprendre sa place dans le monde,
06:46être écouté et résister à des pressions diverses et multiples,
06:50comme le montre la crise actuelle du Groenland.
06:53Inimaginable, il y a encore quelques mois.
06:55Alors surtout, ce qu'il faut faire attention,
06:57c'est qu'un tel réarmement ne doit pas se transformer
07:01en faunée de l'élargissement des compétences européennes,
07:05comme par exemple les villéités actuelles
07:07de contrôler les ventes d'armes de la France,
07:09qui est le deuxième exportateur mondial.
07:11Il ne faut pas non plus que ce soit un tour de passe-passe
07:15permettant de gommer les errements budgétaires
07:18en les faisant passer sous des sommes encore plus importantes.
07:21Les cacher, si vous voulez.
07:23Et puis, au-delà de ces questions stratégiques, je dirais,
07:28nous avons aussi des simples questions pratiques, voire tactiques.
07:32Avons-nous des combattants ?
07:33Et puis surtout lesquels ?
07:34Existe-t-il un patriotisme européen ?
07:37Pour qui allons-nous mourir ?
07:39Quelles armes allons-nous acheter ou produire ?
07:42Quelles sont les idées qui nous guident ?
07:44L'ennemi réel est-il intérieur ou extérieur ?
07:47Disposons-nous d'un personnel politique capable de conduire une tâche d'exception ?
07:52– Oui, quelles armes allons-nous acheter ?
07:54On sait que depuis juillet dernier, l'Union européenne s'est engagée
07:59à acheter pour des milliards de dollars de matériel militaire américain.
08:03– Pas de matériel militaire, d'investir, d'investir pour des milliards de dollars.
08:08Oui, 600 je crois, quelque chose comme ça.
08:10Mais voilà, c'est la question qui se pose.
08:14Est-ce que nous voulons une indépendance déjà française et puis européenne ?
08:18C'est une question à laquelle on ne répond pas pour le moment.
08:22– Quand vous entendez le président français affirmer lors de ses voeux aux armées
08:26de dire que pour être respecté, il faut être craint,
08:30qu'est-ce que cela vous évoque par rapport à, on en parlera dans un instant,
08:34à la stratégie russe ?
08:37– Je dirais qu'à partir de 2007-2008, la Russie s'est mise en position
08:42de redevenir un élément important du jeu international
08:47en priorisant ou en ayant une politique de développement de son armement,
08:53en particulier de son armement stratégique nucléaire
08:57dans lequel elle a atteint, je dirais, des niveaux inconnus jusqu'à maintenant
09:03en dehors de ce pays, si vous voulez, des niveaux de capacité.
09:07– Alors, faut-il voir, on parlera de la puissance nucléaire militaire russe
09:12dans un instant, mais cette menace russe existe-t-elle pour l'Europe occidentale ?
09:17– Alors, la menace en tant que telle, c'est-à-dire on appuie sur un bouton,
09:19il n'y a plus d'Europe, j'y pense, je ne pense pas.
09:23Par contre, que la Russie soit un pays, on peut dire même presque un continent,
09:29capable désormais d'influer sur la politique internationale, c'est clair,
09:35ce qu'elle n'était pas capable de faire dans les années 90.
09:38Souvenons-nous de ce qui s'est passé au Kosovo ou à Belgrade.
09:43Voilà, donc ce qu'il faut bien voir, c'est que la Russie en se réarmant,
09:46elle s'est réarmée, on ne peut pas le nier, avec des problèmes,
09:50si on ne rentrera peut-être pas, on peut rentrer dans les détails,
09:52mais avec des problèmes, a acquis une nouvelle position internationale.
09:56Mais comme les Américains font montre aussi, eux,
09:59ils n'avaient pas besoin de se réarmer, ils étaient déjà armés,
10:02ils utilisent désormais leur puissance militaire pour affirmer ou demander des choses.
10:07Les Chinois, leur puissance militaire se développe,
10:10elle reste pour le moment très concentrée, je dirais,
10:14dans la défense de la Chine ou de ses intérêts immédiats,
10:16elle ne va peut-être pas plus loin, mais elle existe aussi.
10:18L'Inde ne perd pas son temps, le Pakistan non plus.
10:23Il semble que l'Europe ait, au cours des dernières 30 années,
10:27bénéficié, justement, des bénéfices de la paix,
10:30et se soit un peu arrêté dans sa pensée stratégique,
10:34et surtout dans la mise en place d'armées aptes à combattre de façon intense.
10:41On peut envoyer des militaires en Afrique,
10:45se battre contre des terroristes,
10:46j'ai les chiffres en tête, mais je ne voudrais pas dire de bêtises,
10:50on tient quelques jours au niveau de la guerre en Ukraine.
10:53La France tient quelques jours sur une partie du front limitée.
10:56– Oui, certains disaient trois, en termes de munitions, de stocks de munitions.
11:01– Et de gens aussi.
11:03– La puissance militaire russe, est-ce qu'on peut estimer ce qu'elle représente
11:08par rapport à la puissance militaire de l'OTAN ?
11:11– Ah oui, c'est un dixième.
11:12– Un dixième de l'OTAN ?
11:14– Oui, si on regarde les chiffres.
11:15– D'accord.
11:16– Clairement.
11:17Et la population de l'OTAN, ça doit être aux environs de 800 millions,
11:22la population russe c'est 150, quelque chose comme ça.
11:24La Russie investit beaucoup moins dans son armement que,
11:31ça dépend, les chiffres qu'on prend bien évidemment,
11:32mais les chiffres reconnus par tout le monde montrent que la Russie
11:36investit moins que les plus… comment on pourrait dire ça ?
11:43Les pays de l'OTAN, les États-Unis, qui eux investissent d'autres sommes,
11:46si vous voulez.
11:47Je pense qu'on ne va pas être loin des 1 000 milliards par an.
11:50– Dans ses discours, le président Poutine a remis sur la table
11:57la question de la force du feu nucléaire,
12:02notamment dans ce qui se passe en Ukraine,
12:05par rapport à la réaction des Occidentaux face à l'invasion russe.
12:10Est-ce que cette puissance nucléaire russe représente réellement un danger ?
12:15– Alors, si vous me permettez, parce que là c'est des questions très importantes,
12:18où chaque virgule compte, donc je ne vais pas le lire notamment,
12:23mais je vais essayer quand même de m'aider de mes petites notes,
12:25parce que c'est quelque chose où, je dirais, l'illusion ou le laisser-faire
12:30n'a pas de place.
12:31Donc ce qu'il faut bien comprendre, c'est que cette doctrine d'emploi
12:34de l'arme nucléaire, l'avant-dernière datait de 2020,
12:38elle a été revue en 2024, et donc ce qu'il faut bien penser,
12:42c'est que voir, c'est que le curseur a changé.
12:44Si, avant, l'utilisation de l'arme nucléaire par la Russie
12:49était un peu celle de la France, c'est-à-dire,
12:52si tout va mal, on fait tout péter.
12:54– Tu voulais dire avant 2022 ?
12:56– Avant 2024, avant la nouvelle donne de 2024,
12:59c'était, si tout va mal, on fait tout péter.
13:01En gros, pour faire simple, sans rentrer trop dans les détails,
13:04alors que je voulais y rentrer.
13:06Mais ce qu'il faut bien, donc on passe de la notion
13:09de menace critique, pardon, menace d'existence de l'État,
13:15en 2020, à menace critique à la souveraineté.
13:20Donc on descend le niveau d'utilisation de l'arme atomique.
13:25On peut aussi voir que, alors qu'en 2020,
13:31c'était vraiment l'attaque nucléaire qui était prise en considération,
13:35maintenant, ce sont les attaques aérospatiales de grande ampleur,
13:39avec des drones, des missiles de croisière, des armes hypersoniques,
13:42des incursions aériennes, sans obligatoirement que ce soit nucléaire.
13:45– Vous nous expliquez bien que, en fait, la Russie a baissé le curseur
13:50de la potentialité d'une utilisation de son arme nucléaire, en réalité.
13:55– Tout à fait, en réalité.
13:57Je prends d'autres exemples, donc la prise en compte des États non nucléaires,
14:01qui pourrait être soutenue par des États nucléaires,
14:03donc là aussi, ça peut conduire à une frappe.
14:06Ces actions sont désormais qualifiées d'attaques conjointes.
14:10Et le Bélarus est désormais cité comme État allié,
14:14couvert par le parapluie, par la parapluie russe,
14:17et peut-être même l'implantation d'armes là-bas.
14:20Alors, moi, je dirais en conclusion,
14:22je ne dirais pas que la puissance militaire russe représente un danger
14:25pour l'Europe de l'Ouest, car son cadre d'emploi est connu.
14:29Par contre, ce sont les actes de certains pays de l'Europe de l'Ouest
14:33qui pourraient représenter un danger pour cette région du monde.
14:37En effet, le document russe est libre d'accès.
14:41Il suffit d'en tenir compte pour avoir une vue relativement claire
14:44des conséquences possibles des actes de nos dirigeants.
14:48Habituellement, les Russes, s'ils le disent, ils le font.
14:51D'où la nécessité de bien maîtriser les sources,
14:55de préparer l'avenir, tout en évitant de tendre la situation
14:58avec des déclarations guerrières intempestives,
15:01du fait même de leur vacuité.
15:03– Alors, le territoire, en tout cas russe, a été modifié au cours de son histoire
15:10avec l'époque des Tsars, avec l'Union soviétique.
15:16Dans ce territoire qui a changé, qui continue encore de changer aujourd'hui,
15:20où en est Vladimir Poutine ?
15:21Est-ce qu'il veut récupérer des territoires de l'époque des Tsars
15:25ou reconstituer, comme certains le disent, la Grande Union soviétique ?
15:29– Alors, la Grande Union soviétique était plus petite que l'Empire tsariste.
15:34Parce que l'Empire tsariste, il allait jusqu'à Varsovie
15:36et la Finlande était dedans.
15:39Donc, voilà.
15:40Moi, je dirais que si on peut extrapoler ce que souhaite Poutine,
15:45ce qu'il souhaite, c'est réunir les populations russes
15:49qui seraient soumises à une discrimination.
15:52Je pense que c'est ça son but particulier.
15:55C'est-à-dire que, quand est-ce que les Russes sont intervenus ?
15:59Les Russes sont intervenus, l'armée russe est intervenue
16:01sous forme d'unités constituées, uniquement en février 2022.
16:06Alors que la guerre civile ukrainienne,
16:10où une partie du territoire peuplée par les Russes
16:13était soumise au bombardement du régime ukrainien,
16:17ces questions débutent en 2014.
16:20Donc, pendant 8 ans, la Russie a, je dirais, retenu ses capacités.
16:28Elle a négocié.
16:29Les négociations de Minsk ont été qualifiées de trompeuses,
16:33à la fois par Merkel, c'est pas à Hollande.
16:35– Pour gagner du temps, pour réarmer le traîne, c'est elle.
16:37– Voilà, et ça c'est sourcé, c'est die welt, il suffit de le rechercher.
16:45Voilà, donc ce qu'il faut bien voir, c'est qu'on a eu toute une période
16:48à partir de la fin de l'Union soviétique, mais même déjà avant,
16:52où les populations russes étaient considérées comme de deuxième sorte,
16:56en dehors de la Russie.
16:58Donc, je pense que l'idée de Poutine, c'est à la fois de profiter
17:02des possibilités qu'il y a d'utiliser cette situation,
17:06mais surtout de mettre un terme à cette situation.
17:09– Vous me disiez en préparant cette émission que cette guerre est d'un nouveau type.
17:12Qu'est-ce qui a changé exactement ?
17:14– Alors, déjà, et là aussi, je dirais qu'il faut essayer de voir
17:19quelle est la stratégie du Kremlin, si on essaye de finaliser un peu les choses.
17:25Alors, la stratégie du Kremlin, d'abord, c'est que pour gagner une guerre,
17:28il ne faut pas la perdre.
17:30C'est-à-dire, il ne faut pas demander à la population un effort supérieur
17:33à ce que la population peut réellement donner, apporter.
17:37L'année 1917, l'année de la chute du tsarisme,
17:42est réellement marquée dans l'esprit des dirigeants russes.
17:47Ils ont peur d'une révolution.
17:50Ils ont peur d'avoir à se confronter avec une population qui ne suit plus.
17:55Parce que 1917, c'est l'effort de guerre maximum de la Russie tsariste,
17:58les lignes qui ne tiennent plus, l'approvisionnement qui n'arrive plus dans les villes.
18:05Voilà, c'est un moment catastrophique.
18:06– Poutine reste soutenu par sa population ?
18:09– Je pense que plus que certains présidents européens, oui, c'est clair.
18:16Et puis alors, ce qu'il faut bien voir aussi,
18:20c'est que cette guerre, elle est particulière.
18:23Parce que ce n'est pas une guerre totale.
18:24Pourquoi ce n'est pas une guerre totale ?
18:26Poutine l'a dit, je crois que c'était en décembre,
18:28il a indiqué qu'avec l'Ukraine, nous prenons des précautions.
18:33Toutefois, si l'Europe veut nous attaquer, nous sommes prêts.
18:36Et ce sera une guerre moderne.
18:41Et après quelques jours, je ne suis pas sûr que nous ayons quelqu'un avec qui négocier.
18:47Voilà, ce qu'il faut bien voir, et pourquoi ?
18:48Parce que l'Ukraine est un pays où il y a des Russes.
18:52Un pays qu'il faut garder, quoi qu'il arrive, en amitié, dans la sphère, si on veut dire russe.
19:00Et puis surtout, vous avez aussi des intérêts économiques, de familles, d'intérêts,
19:07qui fait que, pourquoi bombarder ?
19:09Et puis si vous voulez être bien avec les gens, ce n'est pas la peine de les bombarder.
19:11Et soyons clairs, les bombardements russes, bien évidemment, je préfère ne pas y être,
19:16mais ce ne sont pas les bombardements sur Dresde ou sur les villes normandes.
19:23C'est autre chose.
19:24C'est ciblé, militaire ou énergétique.
19:28Vladimir Poutine dénonce l'artificialité de l'État ukrainien.
19:34Le président a rappelé que l'Ukraine avait été créée par Lénine.
19:40– Pas tout à fait, c'était agrandi, agrandi grâce au bolchevique.
19:45– Exactement, et c'est le fruit d'une décision du gouvernement bolchevique.
19:49Est-ce que, finalement, le président Poutine dénonce le pouvoir bolchevique
19:54dans cette prise de décision ?
19:56– Alors, si je me permets de résumer votre question,
19:59c'est quelle est l'idéologie de Poutine ?
20:01On n'est pas rendu, on a le temps, j'espère.
20:03Donc, l'idéologie de Poutine, qu'est-ce que ça peut être ?
20:05– Tout à fait, tout d'abord, c'est quelqu'un qui peut critiquer
20:09les actions des bolcheviques.
20:12Il peut aussi promouvoir certains penseurs
20:14que certains pourraient qualifier de droite,
20:16voire d'extrême droite, de nationaliste.
20:18Il peut aussi être un fervent défenseur du libéralisme économique,
20:23ce qu'il est.
20:24Mais, et là, je n'irai pas jusqu'à votre position,
20:29il ne peut pas critiquer ni le bolchevisme, ni le communisme.
20:33Pourquoi ?
20:34Parce qu'il suffit de voir quels sont les emblèmes
20:36sur les chars, les personnes, les véhicules
20:42qui combattent actuellement dans le Donbass.
20:45Et vous avez l'ensemble des positions idéologiques de la Russie.
20:50Vous avez le drapeau d'Yvan le Terrible
20:53avec la tête de Jésus-Christ dessus.
20:55Vous avez le drapeau russe d'aujourd'hui,
21:02ce qui semble normal pour des troupes.
21:04Et là, il faut siller le marteau.
21:05Alors, attendez, vous avez le drapeau soviétique,
21:07il faut siller le marteau.
21:08Vous avez le drapeau qui a été hissé en haut du Reichstag,
21:13qui est le drapeau soviétique avec l'indication de l'unité
21:16qui avait pris le Reichstag.
21:17C'est toute l'histoire de l'armée russe, en réalité.
21:19C'est toute l'histoire de l'armée russe, y compris maintenant.
21:22De l'armée rouge.
21:23L'armée russe, l'armée rouge.
21:24Il n'y a pas de différence, voilà.
21:27Enfin, il y a une différence, mais bon, pas maintenant.
21:29Et aussi, les unités qu'on pourrait qualifier d'ethniques,
21:33comme par exemple, on parle souvent des Tchétchènes,
21:35mais vous avez aussi des volontaires bashkirs
21:38qui sont présents sur le front
21:39et qui ont leur propre signe distinctif.
21:42Voilà, donc ce qu'il faut bien comprendre,
21:43c'est qu'il a réussi à réunir l'ensemble de l'histoire russe
21:48dans le but d'en finir avec la maltraitance des populations russes
21:55présentes en dehors de la Russie.
21:58– Oui.
21:58– Voilà.
21:59– Alors, la vision de Vladimir Poutine, vous l'expliquez,
22:01elle s'inscrit dans une logique de continuité
22:04qui nie la séparation radicale entre Russes et Ukrainiens.
22:08Alors, pourquoi cette négation, alors qu'on voit bien aujourd'hui
22:12toute une dimension nationaliste au sein du pouvoir russe,
22:16au sein du pouvoir ukrainien, excusez-moi.
22:18– Oui, voilà.
22:20Alors, on va faire ça et on va essayer de faire simple.
22:23Bon, pour Poutine, ça il l'a écrit,
22:25les peuples russes et ukrainiens sont frères,
22:28leur destin est indissociable,
22:30l'un comme l'autre ne pouvant être grand
22:31sans arriver à faire revenir
22:36ou avoir de bonnes relations avec l'autre.
22:40Et ce qu'il faut bien voir,
22:40c'est que ce que vous qualifiez de nationalisme ukrainien
22:44est plutôt un nationalisme galicien,
22:46c'est-à-dire un nationalisme né dans l'ouest du pays
22:49qui n'était pas russe,
22:51qui était à l'époque sous domination austro-hongroise.
22:54Donc, il faut bien voir que ce nationalisme-là
22:57a été attisé à la fois par l'Autriche-Hongrie au début,
23:03la Pologne dans l'entre-deux-guerres,
23:06l'Allemagne nazie aussi.
23:08Et désormais, maintenant, ce sont les États-Unis et l'Europe
23:11qui ont permis, au cours des 30 dernières années,
23:14à ce nationalisme-là de prendre de l'ampleur
23:17sur l'ensemble du territoire ukrainien.
23:19Voilà.
23:19Le but de Vladimir Poutine est simple,
23:22il tente de reconstituer, si on peut dire,
23:24une unité, au moins une unité intellectuelle,
23:27dans les trois Russies,
23:28la Russie blanche, la petite Russie, l'Ukraine, le Sud,
23:33et la Grande Russie.
23:35Voilà.
23:35C'est ce qui semble le plus logique dans sa conduite.
23:40– On sait au début de ce conflit, avant l'invasion russe,
23:44que les habitants du Donbass ont été empêchés,
23:47interdits de parler russe.
23:51Les Ukrainiens, en fait, d'où vient leur langue exactement ?
23:56– C'est une question qui divise les spécialistes
23:59et je dirais que, comme vous avez le français,
24:04vous avez le cajun, vous avez…
24:05Voilà, donc il y a une langue qui a été la langue d'un peuple
24:08qui a développé son État,
24:13et puis une langue qui a été plus ou moins influencée
24:20par d'autres langues, puisque le peuple ukrainien n'avait pas
24:24d'État à lui.
24:27Voilà.
24:28Donc c'est une adaptation, je dirais, de la langue russe.
24:32– Après le début de l'invasion russe en Ukraine, en France,
24:38on a entendu un ministre de l'Économie, en l'occurrence Bruno Le Maire,
24:43affirmer qu'il allait mettre l'économie russe à genoux.
24:47– On est en 2026, où en est-on économiquement de la situation russe ?
24:56– Je dirais que c'était un peu présomptueux.
24:59Si on prend les chiffres, en 2022, donc la Russie a fait moins 1,4,
25:04la croissance du PIB de l'Union européenne était 3,6.
25:07En 2023, la Russie a fait 4,10, l'Union européenne a fait 0,4.
25:12En 2024, la Russie 4,30, l'Union européenne 0,9.
25:17Au début de 2025, la Russie fait 0,60 et l'Union européenne fait 1,4.
25:23Donc ce n'est pas vraiment en lambeaux.
25:25Et ce qu'il faut bien comprendre, c'est que les difficultés actuelles
25:27viennent d'une question particulière, qui est celle de l'équilibre
25:32entre investissement et inflation.
25:35Si vous faites trop d'investissement, il y a beaucoup d'inflation.
25:37Donc qu'est-ce qu'ils font ?
25:38Ils font un taux d'intérêt relativement élevé, même très élevé,
25:42pour tout ce qui n'est pas militaire ou défense.
25:44Ce qui fait que, quand vous voulez ouvrir une usine, lancer quelque chose,
25:50vous devez prendre des crédits.
25:52Les crédits sont très chers.
25:53Donc je dirais que ce que l'on voit à l'heure actuelle,
25:57le ralentissement actuel est plus dû à une politique monétaire,
26:01en cours d'adaptation, s'ils ont compris, qu'à un problème structurel.
26:05– Oui, on a entendu la présidente de la Banque centrale russe baisser son taux.
26:09– Voilà.
26:10– Doucement d'ailleurs.
26:11– Doucement.
26:12– Les sanctions, cette guerre entre Russes et Ukrainiens
26:16ont conduit à une rupture profonde de la diplomatie
26:19entre l'Occident d'un côté et la Russie de l'autre.
26:23Quelles peuvent être, si on considère que la paix est proche,
26:29quelles peuvent être les relations diplomatiques entre les deux blocs à venir ?
26:33– Je dirais, vous parlez d'Occident, moi je parlerais d'Europe en premier lieu.
26:37Parce qu'avec les États-Unis, je dirais que je ne peux pas dire qu'ils s'entendent,
26:41mais au moins ils se comprennent.
26:44Voilà.
26:44Et ce qu'il faut bien voir, c'est que, donc j'aurais dit,
26:47qu'avant l'affaire du Groenland,
26:50je vous aurais dépeint un tableau particulièrement sombre
26:53de l'avenir des relations entre l'Europe et la Russie.
26:56mais il semblerait toutefois que les choses bougent lentement dans ce domaine,
27:01avec une meilleure compréhension entre les intervenants.
27:05Alors que les actions de Poutine ont conduit la Finlande et la Suède
27:08à entrer dans l'OTAN, ce n'est pas un succès,
27:12celles de Trump au Groenland remettent en question l'existence même de l'OTAN.
27:16Donc on voit que l'Europe devient une source, je dirais,
27:21elle ne décide plus réellement son avenir,
27:25elle rentre dans le jeu, dans une sorte de, peut-être, balkanisation,
27:30si on peut utiliser le terme, entre des puissances.
27:33Pourquoi Trump veut le Groenland ?
27:35Parce qu'il a peur que le Groenland aille officiellement à la Russie ou à la Chine.
27:39Que fait l'Europe ?
27:40Voilà.
27:40Votre ouvrage, Gaël Georges Mouleg, Vladimir Poutine, discours 2022-2025,
27:46ouvrage à retrouver sur la boutique de TV Liberté.
27:49Merci à vous, monsieur.
27:50Merci, monsieur. Bonne journée.
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