- il y a 2 jours
Journaliste, essayiste et chroniqueur au Figaro Littéraire, Paul-François Paoli est l'un des observateurs les plus fins de la vie intellectuelle française. Avec "La Tentation de Paris", il délaisse l'essai pour signer un roman largement inspiré d'un univers qu'il connaît de l'intérieur : celui des rédactions de la presse écrite, des écrivains, des éditeurs et des grandes querelles d'idées qui ont animé la Capitale pendant plusieurs décennies. À travers le destin de deux jeunes provinciaux venus conquérir Paris, il ressuscite une époque où le journalisme était encore une aventure littéraire et où les grandes plumes façonnaient le débat public. De la fin des années 1970 jusqu'au début du nouveau siècle, Paul-François Paoli compose un vaste tableau de mœurs, celui d'un monde aujourd'hui largement disparu, où des écrivains de renom irriguaient de leur talent une presse écrite encore puissante et influente. Roman d'apprentissage autant que roman de mémoire, "La Tentation de Paris" est aussi un portrait profondément nostalgique du Paris d'antan, lorsque la Capitale demeurait le cœur battant de la vie intellectuelle, journalistique et littéraire française.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00TVL, on va vous crever.
00:02C'est le commentaire que j'ai découvert sous l'une de nos vidéos d'appel au don pour TV
00:07Liberté.
00:08Ce message provenait de ces canailles, de ces crapules qui pullulent sur les réseaux sociaux
00:12et ne rêvent que d'une chose, faire taire toutes les voix libres, non conformistes, non soumises à la pensée
00:17dominante.
00:19En réalité, le courageux anonyme n'a rien dit de plus que ces petits hommes de l'ombre
00:23qui ont ordonné la fermeture de nos comptes bancaires.
00:26TVL, on va vous crever. En provoquant un manque à gagner de près de 450 000 euros,
00:31ils sont aujourd'hui en passe d'y arriver.
00:34Taper, frapper TV Liberté au portefeuille était donc la solution la plus efficace pour nous faire disparaître,
00:40pour réduire au silence un média indépendant de tout et de tous.
00:44Susceptible de peser dans le débat public, à l'approche de 2027,
00:48une échéance où se jouera l'avenir de la France et surtout des Français.
00:51Pour déjouer le plan des petits hommes de l'ombre, il n'existe qu'un seul recours,
00:56le sursaut, le sursaut des téléspectateurs de TV Liberté, un sursaut décisif, un sursaut vital.
01:02Soutenez financièrement TV Liberté maintenant, avant que le coup près ne tombe.
01:06Faites un don, avant qu'il ne soit trop tard.
01:09De tout cœur, merci.
01:23Paul-François Paoli est notre invité. Bonjour monsieur.
01:26Bonjour.
01:27Vous êtes une figure singulière du paysage intellectuel français contemporain, chroniqueur au Figaro littéraire.
01:32Et votre dernier ouvrage en date s'intitule La Tentation de Paris, quand le journalisme était un roman.
01:38Avec La Tentation de Paris, vous avez choisi la forme romanesque.
01:41Pourquoi la fiction, avec des noms d'emprunt par exemple, vous a-t-elle semblé le meilleur moyen de raconter
01:46le début des années 1980,
01:48de raconter cette époque et cette aventure humaine ?
01:52Bien, parce que la fiction, c'est quand même ce qu'il y a de mieux pour intéresser le lecteur,
01:58à moins de faire un document.
02:00Je n'ai pas voulu faire un document, j'ai voulu faire un roman nourri en partie de ma vie
02:06personnelle,
02:07mais où beaucoup, beaucoup de scènes sont inventées et recréées.
02:11Et en fait, l'important pour un livre comme ça, qui est quand même un roman, ce n'est pas
02:17tant que les choses soient vraies,
02:18c'est qu'elles soient crédibles.
02:19C'est qu'elles soient crédibles. Et si vous retrouvez dans ce roman un certain nombre de scènes,
02:25de réalités que vous avez vous-même côtoyées ou éprouvées, c'est que mon livre, il est pertinent,
02:30parce qu'en fait, c'est toujours mieux de prendre le biais de la fiction pour revenir au réel.
02:36– Ce livre est très personnel, vous le dites, mais est-ce que ça vous a peut-être évité aussi
02:40d'être prisonnier du récit autobiographique ?
02:42Parce qu'on a quand même vraiment le sentiment que derrière votre héros, Frédéric, se cache Paul-François Paoli.
02:47– Oui, alors ça, c'est évident. C'est de mon propre parcours que j'ai tiré ce roman.
02:57J'ai aussi retrouvé un certain nombre de personnages, j'en ai créé d'autres.
03:03Mais surtout, il se trouve que dans ce milieu journalistique et littéraire que je fréquente depuis maintenant plus de 30
03:09ans,
03:09les personnages en eux-mêmes sont romanesques.
03:12Et au bout d'un moment, on ne sait plus très bien ce qu'on a inventé et ce qui
03:17était finalement…
03:18– La réalité.
03:19– La réalité crue.
03:22– Et en fait, ce que j'ai aimé dans ce travail, c'est que finalement, moi-même, au bout
03:27d'un moment,
03:28j'ai finalement presque perdu pied au sens où si je relis certains passages,
03:32je me demande si je les ai vraiment vécus ou si je les ai recréés ou si je les ai
03:36rêvés.
03:36– Votre roman évoque alors immédiatement les illusions perdues de Balzac,
03:41comme du sien de Rubenpré, votre personnage ou vos personnages principaux
03:44montent à Paris avec des ambitions littéraires et journalistiques.
03:47– Moi, je pense aussi à Barrès, ce que vous citez d'ailleurs dans l'ouvrage,
03:51parce que comme les héros des Déracinés, Frédéric et Simon,
03:54font leur entrée hasardeuse dans le grand théâtre de la capitale.
03:58Est-ce que vous faites vôtre ces deux traditions romanesques ?
04:02– Oui, complètement, complètement.
04:03Moi, j'ai mon roman de formation, mon roman d'apprentissage, mon roman fondamental,
04:08celui qui a orienté tout mon fantasme d'adolescent, c'est les illusions perdues.
04:14– Vous savez, vous connaissez la célèbre formule de Vigny,
04:17une vie réussie à l'âge adulte, c'est une vie réussie, entre guillemets,
04:22parce que je n'ai pas la prétention d'avoir réussi ma vie,
04:25mais entre guillemets, une vie relativement réussie,
04:28c'est un rêve d'adolescent qu'on a réalisé à l'âge adulte.
04:31Et ce rêve, je l'ai réalisé, parce qu'en fait, mon rêve, c'était d'être journaliste.
04:36Et c'était d'être journaliste, mais dans un milieu
04:38où le journalisme a encore une dimension romanesque,
04:42c'est-à-dire une dimension, on va dire, poétique.
04:45Et c'est vrai que ces illusions perdues, c'est le roman qui m'a le plus marqué,
04:51parce que c'est un roman très littéraire et très métaphysique.
04:56C'est un roman sur le drame d'un certain nombre de jeunes
04:58qui se brûlent les yeux dans le domaine de l'ambition,
05:05qui savent qu'ils vont y perdre une partie de leur âme, certainement,
05:09mais au moins, ils savent qu'ils auront vécu.
05:11Ils auront payé, ils se seront dépensés, ils auront été déçus,
05:15ils auront connu la désillusion, ils auront connu la vie parisienne,
05:18qui est quand même une vie très dure, très cruelle,
05:20mais au moins, ils auront vécu.
05:22Et quand j'avais 16-17 ans, je savais que je serais attiré par cet univers.
05:27Et ce que je raconte, c'est quand même assez stupéfiant,
05:30c'est que pendant des années, je suis passé dans la devanture du Figaro,
05:34le Figaro historique, pendant des années, je me suis dit,
05:36mais c'est là que j'aimerais être, c'est là que je rêve d'être professionnellement,
05:40et un jour, ça m'est arrivé.
05:41Et c'est ce que je raconte.
05:42Alors ça, c'est vrai, c'est digne de Balzac.
05:45Un jour, je rencontre le plus grand critique littéraire de Paris dans la rue,
05:50devant le Figaro, on échange quelques mots,
05:53il m'invite à prendre un verre, un café,
05:55et deux heures plus tard, il m'introduit dans cet univers.
05:58Et c'est un peu comme dans Les Illusions perdues.
06:02Et à ce moment-là, j'ai compris que le journalisme,
06:06l'essence même du journalisme est romanesque.
06:08On ne fait ce métier que pour des raisons aussi romanesques et romantiques.
06:13Alors c'est vrai qu'aujourd'hui, le journalisme a perdu beaucoup de son sel.
06:16Il a perdu beaucoup de son sel, il a perdu beaucoup de son pouvoir,
06:19il a perdu beaucoup de son pouvoir de fascination.
06:21Mais jusque dans les années 80, rentrer dans un journal comme Le Figaro,
06:27pénétrer dans un journal comme Le Monde,
06:29c'est une aventure extraordinaire pour un jeune homme.
06:32– Frédéric Madey, votre héros,
06:33un de vos héros connaît un itinéraire intellectuel et politique troublant,
06:37puisqu'il passe des jeunesses communistes à Aix-en-Provence,
06:41à une position, disons, beaucoup plus conservatrice au fil…
06:44– Réactionnaire, vous pouvez même dire.
06:45– Réactionnaire, si vous voulez.
06:46Est-ce que ce parcours est atypique ou il est représentatif d'une génération
06:49qui a vu s'effondrer à cette époque-là, dans les années 80, les utopies ?
06:52– Alors en fait, il est très personnel, ce parcours, il aurait pu être différent,
06:57mais en même temps, il est quand même très significatif de l'époque.
07:00C'est-à-dire que j'ai été… j'ai connu la fin des années rouges,
07:05c'est-à-dire les années 75.
07:06La fin des années rouges, c'est-à-dire ces années où le marxisme était vraiment plus que prédominant,
07:13était hégémonique dans la vie intellectuelle française.
07:16J'ai connu la fin et j'ai adhéré aux jeunesses communistes à l'âge de 15 ans, jusqu'à
07:2217 ans.
07:23Il me semble qu'en deux ans, j'ai compris, assez vite, que c'était fini, que c'était terminé.
07:29Et en fait, je suis resté, j'ai connu une sorte de deuil, de deuil idéologique,
07:33et presque de deuil religieux, parce qu'en fait, comme tout le monde sait aujourd'hui,
07:37le communisme a été une religion, ça a été une religion extraordinaire.
07:40Et comme j'ai eu aussi une éducation catholique,
07:43j'ai été aussi très immergé dans le milieu catholique, aix-sois, avignonné,
07:47j'ai compris que le communisme, au fond, c'était une idéologie d'origine chrétienne,
07:56évidemment perverse, si vous voulez, perverse, c'est-à-dire déviante par rapport aux dogmes chrétiens,
08:04mais en fait, sans le christianisme, sans l'impression chrétienne,
08:09le communisme n'aurait pas existé, à mon avis, comme un fait religieux.
08:13Et cela, je l'ai vécu entre 15 et 17 ans, parce qu'entre 15 et 17 ans, c'est
08:17l'adolescence,
08:17et l'adolescence, c'est le moment où on croit, c'est-à-dire la croissance,
08:21et c'est aussi le moment où on croit, c'est-à-dire où on cherche la foi.
08:25J'ai connu ce moment-là, et après, j'ai connu une période de deuil.
08:30Et c'est vrai que j'ai eu une période anarchiste, comme beaucoup de jeunes de cette époque,
08:33et un jour, un camarade du lycée Henri IV m'amène au cours d'un bonhomme
08:39dont je n'avais jamais entendu parler, qui s'appelle Pierre Boutang,
08:41c'était à la Sorbonne, c'était en 82, c'était dans les années 80,
08:45c'était à la fin de son parcours, et j'ai été stupéfait et sidéré
08:50par la puissance de la parole de ce professeur, de ce vieux professeur
08:55qui maniait la pensée de Saint-Thomas, qui maniait la pensée de Kant, de Nietzsche,
09:01qui les maniait avec une facilité, une virtuosité extraordinaire,
09:06et j'ai été aimanté.
09:09– On va parler des personnages, on va parler de tous les personnages principaux du livre,
09:13et puis il y en a un, c'est Paris, Paris, c'est pour un jeune homme
09:17qui voulait devenir journaliste, écrivain, à cette époque, un passage obligatoire,
09:21est-ce qu'elle a vraiment exercé sur vos héros, et donc sur vous,
09:24un réel pouvoir d'attraction ? Est-ce que c'était un pouvoir d'attraction pour les ambitieux ?
09:29– Paris, la ville de Paris, bien sûr.
09:32– Vous allez en Corse ?
09:33– C'est la ville symbole, Paris c'est le symbole de l'ambition.
09:37– Vous allez en Corse ?
09:38– Oui, parce qu'en fait nous sommes un pays ultra centralisé, culturellement,
09:44et si vous voulez briller, entre guillemets, dans un domaine littéraire ou journalistique,
09:51il faut aller à Paris.
09:52– Il faut encore aujourd'hui aller à Paris, encore aujourd'hui,
09:55même si, évidemment, le rayonnement et la puissance de rayonnement culturel
10:03et intellectuel d'une ville comme Paris n'est plus du tout ce qu'elle était,
10:07ce qu'elle a pu être jusque dans les années 60-70.
10:10Comme je le dis dans ce roman, on a eu de très grandes figures dans la presse
10:15qui étaient en fait des grands écrivains.
10:17Le Figaro, c'est quand même un journal où on signait Mauryac et avant lui Barès.
10:25Et donc Barès et Mauryac pour un journal comme Le Figaro,
10:28ça vous donne, ça donne l'identité de ce titre,
10:33ça lui donne son caractère pour de très longues années.
10:38– Paris, un des principaux personnages du livre.
10:41Question qui n'est pas d'éthlétique, les femmes aussi occupent une place importante
10:44dans le dessin de ces personnages.
10:45Est-ce qu'on peut dire que la sexualité ou les relations amoureuses
10:49constituent dans le roman finalement une autre forme d'apprentissage
10:52parallèle à l'apprentissage intellectuel ?
10:54– Oui, en fait, ce personnage, le personnage principal du roman,
10:58il est puceau dans tous les domaines.
11:00Quand il arrive, je veux dire, il a 18 ans, il a 20 ans, il ne comprend rien.
11:05Il est naïf, il est nié presque.
11:07Et j'ai envie de dire, il est innocent.
11:10Et il rencontre un monde où effectivement, il faut avoir du répondant,
11:17des capacités d'adaptation et au fond, il faut être capable aussi
11:21de développer une certaine double personnalité et une certaine forme de cynisme
11:26pour pouvoir survivre.
11:28Et en fait, c'est vrai que ce que je raconte, c'est la perte d'une innocence.
11:32Mais je crois qu'en même temps, c'est relativement couru,
11:38c'est-à-dire c'est dans l'ordre des choses.
11:39Le métier de journalisme, c'est un métier qui vous déniaise.
11:43C'est fondamentalement un métier qui vous déniaise.
11:46C'est un métier qui vous endurcit et qui vous déniaise.
11:48Parce que vous voyez le monde de l'autre côté du miroir.
11:54Vous pénétrez le réel par l'autre côté du miroir.
11:56Vous voyez la comédie humaine, mais vraiment comme personne ne la voit.
12:01C'est-à-dire que vous voyez les hommes politiques, vous voyez les écrivains,
12:04vous rencontrez des tas de gens.
12:06Et vous êtes là dans une relation quasiment spéculaire avec eux
12:11et ils attendent beaucoup de vous, ils dépendent de vous.
12:15Et en même temps, vous savez que ça reste une comédie.
12:18Et donc, la vérité humaine des illusions perdues, elle est toujours actuelle.
12:26– Le livre, vous l'avez dit, là aussi, est peuplé de grandes figures, du journalisme.
12:31À un moment où on a une presse écrite qui est encore tournée vers une création littéraire
12:36plutôt que sur un lieu de simple information.
12:40Et alors là, les grandes figures que vous croisez,
12:42Dormissons, Roi, Rinaldi, Jean-Édernalier, Pierre-Boutan, que vous l'avez évoqué.
12:46Quels souvenirs vous gardez de cette génération d'écrivains et de journalistes ?
12:50– Souvent les mêmes.
12:51– En fait, il y a eu…
12:53Moi, j'étais un petit poussé, j'étais un petit garçon devant tous ces gens.
12:56C'était des gens qui, il faut le dire, même s'ils pouvaient être odieux,
13:02ils avaient tous un côté, un caractère flamboyant.
13:05– Qui était odieux ?
13:07– Angelo Rinaldi était quelqu'un qui pouvait être méchant.
13:10– Édernalier était quelqu'un qui exudait la méchanceté.
13:14Il était méchant.
13:16– Vraiment.
13:16– Et c'était immédiatement perceptible.
13:20Mais il était méchant avec talent.
13:23Il n'était pas méchant de manière vulgaire et de manière minable,
13:29comme aujourd'hui la méchanceté s'exerce sur les réseaux sociaux,
13:32on vous attaque à tout niveau pour un rien.
13:35Il était méchant, mais il avait du style dans sa méchanceté et dans sa cruauté.
13:39Voilà.
13:40Angelo Rinaldi, bien sûr, j'ai eu beaucoup d'amitié pour lui,
13:43il en a eu pour moi, j'ai eu une énorme dette envers lui,
13:47et c'était quelqu'un qui était avec la plume d'une méchanceté et d'une cruauté étonnante.
13:53Mais vous savez, il faut se le permettre,
13:55il faut pouvoir se le permettre d'être méchant avec la plume.
13:57Ça demande beaucoup de talent, sinon ça se retourne contre vous.
14:01Dormesson, lui, n'était pas méchant, je l'ai très peu connu,
14:03je l'ai rencontré deux, trois fois.
14:05C'était un homme charmant qui voulait être aimé,
14:08qui voulait être approuvé.
14:10Et à mon avis, ça lui a fait un peu du tort,
14:13parce qu'en fait, autant Édernalier faisait peur,
14:16mais finalement, son œuvre littéraire était caduque.
14:21Elle était finalement assez faible, l'œuvre littéraire d'Édernalier.
14:24Et l'œuvre littéraire de Dormesson, elle est consistante, elle existe.
14:27Mais à la fin, il ne faisait plus que du Dormesson.
14:31Et finalement, les gens achetaient du Dormesson.
14:33– C'est-à-dire quoi ? Il était trop consensuel ?
14:35– Oui, il était trop consensuel.
14:36Oui, il était trop bon, il était trop…
14:40– En 2017, c'était flagrant, il a soutenu François Fillon au premier tour.
14:44Et puis ensuite, au second tour, il a mis tout son charme au service de Macron.
14:50Donc les gens l'ont vu quand même.
14:53Voilà, ce côté un petit peu ondoyant, duplice.
14:59– En même temps.
14:59– Et en même temps, ce côté taoïste chic, un taoïsme chic.
15:04J'utilise l'image d'un taoïsme chic, oui, vous savez, c'est un peu ça.
15:08– À travers ces personnages-là, vous décrivez quand même un monde
15:11où les journaux étaient des foyers de pensée.
15:13– Oui, oui, oui.
15:14– Est-ce que ce monde, il a disparu ?
15:16– Pas complètement, non.
15:17– Les journaux qui pensent qu'ils sont encore des foyers de pensée.
15:19Le journal Le Monde considère qu'il est un foyer incontournable de pensée, obligatoire.
15:23– Le Monde…
15:24– Pas le Figaro.
15:25– Le Figaro, alors, ce n'est pas parce que je suis pigiste au Figaro
15:28que je vais défendre systématiquement le Figaro.
15:31Le Figaro reste un journal où il y a une palette de talents et d'idées
15:37qui restent indiscutables.
15:40Et la grande différence entre le Figaro et Le Monde,
15:43c'est que le Figaro, vous n'êtes pas…
15:47Le Figaro est un journal très hétérogène,
15:49c'est-à-dire que vous avez différentes sensibilités
15:52qui se côtoient au Figaro, qui se respectent au Figaro.
15:55Vous avez, ça va du centre-gauche à la droite identitaire ou souverainiste.
16:02Et donc, vous avez toute une palette.
16:04Et c'est un journal qui reste de qualité.
16:06Voilà.
16:07Mais de toute façon, le niveau d'exigence des lecteurs a baissé.
16:11C'est une réalité historique.
16:13Je pense que jusque dans les années 110-80,
16:18Le Monde et Le Figaro étaient des journaux de référence
16:22qui avaient un niveau d'exigence qui était supérieur à celui qu'il est aujourd'hui.
16:26Mais parce que le niveau d'exigence a baissé partout,
16:29y compris dans l'écriture romanesque, y compris dans l'écriture ordinaire.
16:35Si vous voyez la façon dont les gens écrivent sur les réseaux sociaux,
16:39c'est épouvantable, c'est abominable.
16:41– Et quand vous regardez cette presse quotidienne, nationale,
16:45ce qu'il en reste, est-ce que vous considérez qu'elle tient encore son rôle
16:49ou est-ce que, comme le quotidien Le Monde, on peut parler quasiment de naufrage ?
16:52– En fait, le Monde se considère, les journalistes du Monde considèrent qu'ils sont l'institution.
16:59Mais cette institution, elle a été très violemment ébranlée il y a une vingtaine d'années
17:05par le livre que vous connaissez, le livre de Durand et Cohen,
17:10qui a fait énormément de tort à ce journal,
17:13parce qu'ils ont décrit le journal de l'intérieur à l'époque où le Triumvirat,
17:20Edwin Plenel, Colombani et Alamain dirigeaient ce journal.
17:24Et je raconte cet épisode, je le relate cet épisode,
17:28les coups qu'ils ont pris à ce moment-là, ils ne s'en sont jamais remis.
17:32C'est-à-dire que le magistère qu'ils exerçaient jusque dans les années 2000 a été ébranlé aujourd'hui.
17:39Et aujourd'hui, on sait très bien que le monde est le vecteur, le viatique d'une idéologie.
17:47Voilà, le monde, ça va…
17:51Les sensibilités, c'est de Raphaël Glucksmann à Mélenchon.
17:55Alors que le Figaro, c'est beaucoup plus ouvert.
17:57Vous avez des gens du centre, vous avez des gens de gauche, vous avez des gens de droite.
18:00C'est une réussite de la presse quotidienne nationale, une nouvelle fois.
18:03Qu'est-ce que vous considérez comme journal qui a réussi ?
18:06Il y a le Figaro, il y a Libération, l'Humanité, l'Opinion, le Parisien…
18:09Alors, il existe encore… Aujourd'hui, c'est lancer, créer un journal aujourd'hui, c'est pratiquement impossible.
18:16Parce que tout simplement, les gens d'au moins de 40 ans n'achètent plus de papier.
18:21Donc, on sait que si on crée un journal, un titre aujourd'hui, ce sera pour les seniors.
18:26Les gens qui auront au-delà de 50 ans.
18:28Les gens qui ont moins de 50 ans, ils ont renoncé, ils ne lisent plus le papier.
18:33Ils n'ont pas cette jouissance à avoir un journal dans la main.
18:36Et ça, c'est générationnel.
18:37Et je crois que c'est irréversible.
18:39Je pense que c'est irréversible.
18:40Ça ne veut pas dire que le papier va disparaître, que le journal va disparaître.
18:44Mais les gens lisent directement sur Internet, sur le web.
18:48Donc, l'épopée du journalisme, la grande épopée du journalisme, malgré tout, elle est derrière nous.
18:53– Par exemple, un grand reportage aujourd'hui sur le Soudan, à l'écrit, ça n'intéresse personne, pas grand
18:59monde.
19:00Vous voyez ?
19:01Même les grands reportages sur l'Ukraine, bon, ça n'intéresse pas grand monde.
19:06Et alors, je ne suis pas défaitiste en disant ça, je ne suis pas pessimiste.
19:10C'est simplement le réel du journalisme aujourd'hui.
19:14– Mais est-ce que ça tient à la valeur de ces journaux ?
19:17Ou est-ce que ça tient à des questions techniques ?
19:18Par exemple, ils ont de plus en plus de mal à trouver des lieux de diffusion,
19:20donc ils sont moins diffusés.
19:22L'IA, les conférences, les réseaux sociaux, vous voyez ?
19:25– C'est un ensemble, mais il y a aussi, je vois ce que vous voulez…
19:29– Est-ce que c'est la qualité ou c'est parce que c'est un environnement qui est hostile
19:32à la presse écrite ?
19:32– C'est un ensemble de problèmes techniques, mais c'est aussi un problème idéologique.
19:37C'est-à-dire qu'aujourd'hui, c'est sur les réseaux sociaux,
19:41c'est sur les sites que la transgression, c'est-à-dire la transgression intellectuelle,
19:49la provocation s'exprime.
19:52Un journal comme Le Figaro ou un journal comme Le Monde,
19:55il y a peu de grandes polémiques comme il pouvait y avoir autrefois.
20:00Il y a beaucoup moins.
20:01Les journalistes aujourd'hui sont prudents parce qu'on est dans un pays
20:06où il y a toute une batterie juridique, une batterie de lois
20:09qui fait que vous pouvez être attaqué à tout moment sur n'importe quel sujet.
20:15Et tous les sujets qui ont trait à l'islam, qui ont trait à l'antisémitisme,
20:18qui ont trait à l'immigration, qui ont trait à soi-disant l'extrême droite,
20:22ce sont des sujets qui sont tendus et ce sont des sujets qui sont plombés.
20:26Or, aujourd'hui, vous avez beaucoup de gens qui justement ne lisent plus les journaux
20:30parce qu'ils ne s'y retrouvent plus, parce qu'on est rentré dans une période quand même
20:34de violence extrême, on le voit, pas seulement verbale,
20:40c'est une violence qui se produit aussi dans la rue,
20:43alors que dans les grands journaux comme Le Monde, Le Figaro ou autres,
20:47ou même Libération, on reste très prudent au niveau de la forme.
20:52Il faut savoir, Léon Daudet disait que la polémique, c'est le sale du journalisme.
20:56C'est vrai qu'aujourd'hui, des éditos flamboyants, très violents,
20:59du genre de Louis Pauels, qui dans les années 80, dans le Figaro Magazine,
21:04avaient parlé de sida mental, bon, il fallait le faire.
21:07Et vous avez vu ce que ça avait déchaîné.
21:11Donc aujourd'hui, les éditorialistes, même s'ils sont dans la rupture,
21:16même s'ils sont dans la polémique, ils y vont mollo, excusez-moi.
21:19C'est les termes, il faut utiliser des termes prudents.
21:21Donc en fait, la violence, elle se déchaîne ailleurs.
21:24Elle se déchaîne ailleurs.
21:25Il faut savoir que la presse française, c'est une histoire quand même violente.
21:29C'est-à-dire qu'il y avait autrefois des grands éditorialistes,
21:31et c'était, bon, Angelo Rinald, il n'a jamais été éditorialiste,
21:35mais il était virulent, il a écrit des articles violents.
21:38Mais comme c'était dans un domaine littéraire,
21:41qui se cantonnait au domaine littéraire, c'était pas trop dangereux.
21:45Et Dernalier, lui, était un polémiste qui allait sur le terrain politique
21:48et sur le terrain personnel.
21:50– C'est pas contre François Mitterrand.
21:51– Voilà, alors lui, il y allait à fond.
21:53Il y allait à fond, et c'était comme dans la grande époque des années 30.
21:57Alors il a été, évidemment, il a écrit des choses ordurières, c'est vrai,
22:01mais il a écrit aussi des vérités, et avant les autres.
22:05Les histoires de Mitterrand et de sa fille, les histoires de Mitterrand et Bousquet,
22:10et bien, Dernalier, dans les années 80,
22:13quand il a relancé l'idée internationale en 1984,
22:16j'étais pigiste, j'ai pigé un peu à cette époque,
22:19j'avais 23 ans, et bien, à cette époque, il y allait à fond,
22:26il y allait à la tronçonneuse.
22:28C'est plus possible aujourd'hui, parce que je pense que, d'un point de vue,
22:33vous avez tout de suite, vous allez tout de suite à la 17ème chambre.
22:37– J'ai encore quelques questions, est-ce que ce monde que vous indiquez
22:42qui a disparu, celui d'une presse écrite flamboyante,
22:45est-ce que ça entraîne aussi la disparition des grandes plumes,
22:48des grands écrivains journalistes qui peuplent votre roman encore ?
22:51– Oui, oui, d'une certaine manière, oui, parce qu'en fait…
22:55– C'est parce que, par exemple, quand on voit Annie Arnaud
22:57qui cherche à occuper les places centrales, on se dit que tout est fini.
23:01– Annie Arnaud, par exemple, Angelo Rinaldi lui avait réglé son compte
23:05dans un article du… je ne sais plus si c'était au Figaro littéraire
23:08ou à l'Express, il lui avait réglé son compte.
23:12J'ai réalisé un grand entretien avec Angelo Rinaldi
23:15dans la revue des deux mondes, deux ans avant sa mort,
23:17il lui a encore remis une couche.
23:19Mais aujourd'hui, personne n'attaque Annie Arnaud,
23:24c'est pourtant quelqu'un qui dit des bêtises énormes,
23:28des énormetés dans un domaine qui n'est pas le sien,
23:32qui est le domaine politique, où malgré tout,
23:33il faut quand même avoir certaines connaissances en géopolitique,
23:37en sciences politiques.
23:38Bon, on avait eu ça avec Marguerite Duras qui disait n'importe quoi.
23:42Mais quand Marguerite Duras écrivait et disait n'importe quoi,
23:45il y avait des gens comme Edernali ou Rinaldi qui lui réglaient son compte.
23:48Aujourd'hui, plus personne ne règle son compte à Annie Arnaud
23:51ou à des gens comme ça qui sont, ou à Jean-Marie Leclésio,
23:55qui peut écrire des sottises sur le Moyen-Orient
23:58ou sur des régions du monde qui ne connaissent absolument pas.
24:02Donc, aujourd'hui, il y a une sorte de mollesse, en fait.
24:08Alors, c'est paradoxal, alors qu'il y a une ultra-violence
24:11qui se développe dans le domaine politique et dans le domaine sociétal.
24:15– Allez, dernière question, parce que le temps tourne,
24:18j'invite bien évidemment les téléspectateurs à découvrir ce roman.
24:21C'est l'été, un été chaud.
24:23La tentation de Paris, quand le journalisme était un roman,
24:26c'était aux éditions de Paris, Max Chalailly,
24:29mais c'est surtout en vente sur le site de TVL, tvl.fr.
24:33Vous allez dans la rubrique boutique pour vous procurer cet ouvrage
24:36qui fera votre bonheur cet été.
24:38Ma dernière question, le titre est La tentation de Paris avec le recul.
24:42– Avec le recul, pensez-vous que Paris fut pour vous une promesse tenue ?
24:47Ou alors, pour reprendre vos images balzakiennes, une magnifique illusion ?
24:51– Les deux.
24:53Les deux, parce qu'en fait, je savais qu'il y avait un domaine,
24:56je savais qu'il y avait, que Paris était aussi un miroir aux alouettes.
25:00Je le savais.
25:01Mais en même temps, je ne le regrette pas.
25:04Vous savez, on sait très bien, vous savez, dans la pensée indienne,
25:10il y a ce qu'on appelle le maya, c'est-à-dire le voile d'illusion.
25:13Et on sait très bien que la vie, elle est parsemée d'illusions,
25:18que l'illusion et la vie, l'imaginaire et le réel, sont fondus l'un dans l'autre
25:22et qu'il n'y a pas de vie, il n'y a pas de parcours sans des illusions.
25:29Et c'est beau aussi de pouvoir se faire des illusions.
25:32C'est beau aussi de pouvoir…
25:33– Il y en a eu des Corses à Paris, il y en a eu,
25:35au plus haut niveau de la capitale, souvent.
25:37Ça s'est un peu éteint aussi ?
25:39– Non, c'est-à-dire que la Corse s'éloigne de la France, en fait,
25:44comme vous savez, comme vous voyez.
25:45Et c'est vrai que Paris n'est plus le domaine,
25:54n'habite plus l'imaginaire forcément des jeunes ambitieux aujourd'hui.
25:58D'abord, l'ambition littéraire n'est plus ce qu'elle était.
26:00Et puis aujourd'hui, nous vivons dans un monde quand même encore plus matérialiste
26:04qu'il y a 40-50 ans.
26:05Et aujourd'hui, les footballeurs font beaucoup plus rêver
26:09que les grands écrivains, pour beaucoup de jeunes, malheureusement.
26:11– Voilà, retrouver les journalistes stars des années 80,
26:14ça vous dira quelque chose.
26:15Cet ouvrage est en vente, je vous l'ai dit, sur le site tvl.fr.
26:19Paul-François Paoli, merci d'être venu sur TVL.
26:21– Sous-titrage Société Radio-Canada
26:24– Sous-titrage Société Radio-Canada
26:27– Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires