- il y a 4 mois
L'école française agonise, elle est devenue la honte de l'Occident ! Notre Ecole ne cherche pas à rendre intelligents ceux qu'elle accueille. Elle veut juste des connaisseurs, des récitants, re-cracheurs (de matières) à l'examen. Pourquoi s'est-elle effondrée ? Manquerait-elle de moyens financiers ? Pas vraiment... La Cour des comptes évoque tout de même une mauvaise utilisation des deniers publics : trop d'heures de cours, trop d'options, trop de matières soumises au Baccalauréat, trop d'établissements scolaires.
Michel Fize, sociologue et politologue publie "L'Ecole, une fabrique d'échecs - Pour une re-création scolaire". Pour l'auteur, si l'école se meurt, c'est parce qu'elle n'a pas changé, se bornant à faire des élèves de "bons petits soldats" aptes à se débrouiller sur "le champ de bataille social. Face à la baisse des résultats, Michel Fize préconise une véritable révolution à travers une démocratie scolaire fédérative : des structures plus petites et décentralisées, une réorganisation des cycles d'enseignement, et surtout réapprendre aux élèves à apprendre...
Michel Fize, sociologue et politologue publie "L'Ecole, une fabrique d'échecs - Pour une re-création scolaire". Pour l'auteur, si l'école se meurt, c'est parce qu'elle n'a pas changé, se bornant à faire des élèves de "bons petits soldats" aptes à se débrouiller sur "le champ de bataille social. Face à la baisse des résultats, Michel Fize préconise une véritable révolution à travers une démocratie scolaire fédérative : des structures plus petites et décentralisées, une réorganisation des cycles d'enseignement, et surtout réapprendre aux élèves à apprendre...
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00:00– Bonjour à tous, bienvenue dans ce Zoom en compagnie de Michel Fize.
00:09Bonjour, monsieur. – Bonjour.
00:11– Michel Fize, sociologue, politologue, essayiste,
00:14auteur d'une cinquantaine d'ouvrages.
00:16Vous rééditez, monsieur, cet ouvrage,
00:18« L'école, une fabrique d'échecs pour une recréation scolaire ».
00:23Alors, évidemment, vous faites le constat dans ce livre,
00:27Michel Fize, de l'échec de l'école française,
00:34l'une des plus médiocres d'Occident.
00:36Alors, est-ce qu'il faut tenter de la redresser
00:39ou, au contraire, faut-il tout liquider, épurer ?
00:43Alors, d'abord, il faut faire un constat,
00:45un constat global, sans complaisance,
00:49à partir des données que l'on a,
00:51qui sont à la fois des statistiques officielles,
00:53mais également des études et des recherches scientifiques,
00:58en particulier sociologiques.
01:00Alors, dans la première édition,
01:02qui date d'il y a cinq ans maintenant,
01:04je faisais le constat d'une faillite générale
01:07de l'éducation nationale,
01:09principalement l'école publique,
01:11parce que l'école privée s'en sort beaucoup mieux.
01:15Alors, il est vrai qu'elle a moins d'effectifs,
01:17mais elle a aussi une autre philosophie d'approche,
01:20de cet individu qu'on appelle élève.
01:24Je crois que la France a été victime, en réalité,
01:26d'un mythe que je qualifie, moi,
01:28de la plus grande escroquerie de ces 50 dernières années,
01:32c'est le mythe du niveau-monte.
01:34Donc, pendant des années,
01:36on a affiché cette idée
01:38que l'école française était évidemment la meilleure du monde,
01:43et on pouvait retrouver quantité de littérature sur le sujet.
01:47Voilà. Et donc, on a oublié qu'en réalité,
01:51si on regardait les choses d'un petit peu plus près,
01:53la loupe, non seulement le niveau ne montait pas,
01:57mais il baissait.
01:59Aujourd'hui, c'est plus grave.
02:00Le niveau, il est effondré.
02:02Effondré.
02:03Alors, il y a deux domaines
02:05qui sont les domaines majeurs de l'effondrement, bien sûr,
02:09le français et les maths.
02:12Alors, j'ai repris quelques données
02:14pour, évidemment, que nos téléspectateurs
02:17prennent conscience des dégâts de cette école.
02:22Bon, évidemment, l'orthographe.
02:24Bon, l'orthographe est sinistrée depuis longtemps,
02:28avec ce qui va avec, la grammaire, évidemment.
02:30Mais quelque chose qu'on a oublié
02:32et qui me paraît peut-être même plus grave encore,
02:34parce qu'à la limite,
02:35on peut commettre des fautes d'orthographe,
02:37c'est la pauvreté du vocabulaire.
02:39La pauvreté du vocabulaire.
02:41Alors, ça se traduit d'ailleurs par une étude.
02:43J'ai retrouvé ça en CE1.
02:46En CE1, 47% des élèves n'atteignent pas
02:49ce qu'on appelle le seuil de fluence attendu,
02:52c'est-à-dire 50 mots par minute.
02:55D'ailleurs, on n'est plus capable de former une phrase,
02:58de tenir un discours.
03:00Et je dirais, il suffirait de faire un micro-trottoir.
03:04J'ai comparé un micro-trottoir d'il y a 50 ans
03:07et un micro-trottoir d'aujourd'hui.
03:09Eh bien, aujourd'hui,
03:11et quelle que soit la personne interrogée,
03:14quelle difficulté !
03:15Avec d'ailleurs un mélange de mots français
03:17et de mots, à la limite, un peu jargonesques,
03:22un peu grossiers.
03:24Il y avait beaucoup plus de spontanéité autrefois.
03:26Il n'y avait pas la difficulté de buter.
03:30La langue n'était pas un obstacle.
03:31Oui, mais il y avait surtout beaucoup plus de connaissances des mots.
03:35Et on avait appris sujet, verbe, complément.
03:38Donc, on était face à la caméra sans difficulté.
03:42Alors, aujourd'hui, 12% des élèves, selon certaines études,
03:49arrivent en sixième avec au moins un an de retard.
03:53Évidemment, plus on est dans des milieux sociaux défavorisés,
03:57dans des zones urbaines sinistrées,
04:00plus le niveau de retard est important.
04:03Alors, l'autre faillite, c'est en maths, évidemment.
04:06Là, les enquêtes internationales PISA,
04:10depuis des années et des années,
04:13montrent que, finalement, à 15 ans,
04:15le niveau des jeunes français dans cette discipline fondamentale
04:19est évidemment très bas.
04:22Alors, on pourrait parler des langues étrangères,
04:25qu'on apprend toujours avec autant de difficultés.
04:28Alors, j'ai peut-être une petite astuce,
04:30peut-être pour qu'on change de méthode
04:32et qu'on arrive non seulement à connaître la langue,
04:34mais à la prononcer correctement.
04:37Donc, parler anglais avec l'accent anglais
04:40et pas l'accent Maurice Chevalier,
04:43si on peut prendre cet exemple.
04:45Voilà.
04:46Donc, il y a, évidemment, ces faillites.
04:49Alors, ce n'est pas tout.
04:50Il y a les manques de moyens humains.
04:53Des manques de moyens humains.
04:54Alors, expliquez-nous, revenez sur les facteurs
04:56qui expliquent cette chute, ce déclin de l'école française.
04:59Eh bien, dans les années 60...
05:02Est-ce que les budgets sont en cause, déjà ?
05:03Première question.
05:04Non, non, non, pas véritablement.
05:06Puisque, bon, l'année dernière, en 2024,
05:10on avait un budget de mémoire de 63 milliards d'euros,
05:13ce qui est quand même un bon budget.
05:15Alors, évidemment...
05:16Vous expliquez que ce budget, il a doublé en 40 ans.
05:19Oui, tout à fait, tout à fait, tout à fait.
05:22Mais le nombre...
05:23Mais comment se fait-il qu'on manque de moyens humains, alors ?
05:26Mais parce que le nombre d'élèves a plus que doublé en 40 ans.
05:29Dans les années 60, face à une économie qui avait besoin de davantage de main-d'œuvre,
05:35on a ouvert les portes.
05:37C'est ce qu'on a appelé la massification.
05:39Donc, l'école qui était une école bourgeoise,
05:43pour employer le terme que l'on employait à l'époque,
05:46est devenue une école de masse,
05:48s'ouvrant à tous les représentants de toutes les générations.
05:53Et donc, on a ouvert les portes, mais sans changer la structure.
05:58Oui, vous dites, l'école n'a pas changé.
06:01On aurait dû revoir les méthodes pédagogiques,
06:04une nouvelle formation pour les enseignants,
06:06mais il n'y a pas eu de débat, de changement sur cela.
06:10Oui, parce que dans le même temps,
06:12notre école républicaine est devenue aussi une école démocratique.
06:17C'est-à-dire que la démocratie a poussé,
06:20et donc avec de nouveaux principes, de nouvelles valeurs,
06:24notamment davantage d'argumentation, davantage de dialogue,
06:29toutes sortes de choses qui étaient quand même quasiment inconnues
06:31de l'école traditionnelle,
06:33où on avait un scénario classique,
06:35un enseignant face à un groupe d'élèves,
06:38l'enseignant dispense son cours, l'élève écoute.
06:41Voilà, et ça a été comme ça pendant des siècles.
06:45Voilà, alors avec la démocratie,
06:47évidemment, il y a des exigences de davantage de compréhension,
06:52d'expression, de pouvoir davantage prendre la parole.
06:56Voilà, et la formation des maîtres ne s'est pas adaptée.
07:01Voilà, alors pour le coup...
07:02Mais qui sont les responsables de cette situation ?
07:04Qui sont les dirigeants, les ministres,
07:06qui n'ont à l'époque pas fait leur travail d'adaptation ?
07:10Ce sont tous les politiques qui sont succédés depuis 40 ans
07:13et qui nous expliquent que finalement...
07:17Et ça a commencé sous qui ?
07:18Sous Giscard ?
07:20Oh, ça a commencé, ça a commencé.
07:22Alors, Giscard, probablement, oui.
07:24Alors, il y a eu cette invention du collège unique en 1975,
07:28donc c'est vraiment, évidemment, le septennage Giscard d'Estaing.
07:33Mais il y a eu, je crois, cette incompréhension
07:36que quand on avait une masse d'élèves importante,
07:41donc avec une hétérogénéité qui venait bousculer l'homogénéité d'avant,
07:47eh bien, il fallait prendre des mesures d'adaptation.
07:51Voilà.
07:51Et en clair, on n'a pas pris le virage de ce que j'appelle la démocratisation.
07:57Voilà.
07:57Alors, attention...
07:59C'est un point du doigt, Michel Fize,
08:00les pédagogistes gauchistes
08:03qui n'ont pas fait ce travail d'adaptation à la massification scolaire.
08:12C'est-à-dire qu'en fin de compte,
08:13comme cela se passe souvent en France,
08:15on change le curseur et on le mène jusqu'à ses extrémités.
08:21Donc, on est passé d'une école qui pouvait être une école très rigide,
08:25très hiérarchique,
08:27à une école qu'on a voulu presque libertaire.
08:30Bon.
08:31Or, en réalité, moi, je pense qu'il faut inventer la synthèse.
08:36La synthèse de la tradition et de la modernité.
08:39Il ne s'agit pas de jeter les profs avec les livres au milieu,
08:42comme on dit, selon l'expression convenue.
08:44Il s'agit de redonner du sens à la fonction d'enseignant.
08:49Peut-être en faire moins, mais en faire mieux.
08:52Peut-être dialoguer davantage.
08:53Oui, vous dites qu'il y a trop d'heures de cours.
08:55C'est ce que la cour des comptes rapporte.
08:58Trop d'heures de cours, de matière et d'options.
09:01Oui, là, je pense...
09:03J'ai toujours, moi, à l'esprit l'école allemande,
09:05avec un système très simple.
09:08Les cours le matin, le sport l'après-midi.
09:10Le sport et les activités culturelles l'après-midi.
09:12Alors, ça peut-être pas toute l'après-midi,
09:14mais bon, à partir de 14 ou 15 heures, oui.
09:17Voilà.
09:18De manière à, effectivement, être aussi dans la logique,
09:22un esprit sain dans un corps sain.
09:24Donc, il faut aussi développer,
09:25puisqu'on sait qu'on est quand même très, très en retard
09:27au niveau sportif en France,
09:30malgré les médailles qu'on peut récolter de temps à autre.
09:33L'obésité nous gagne,
09:35parce qu'il y a une sédentarisation des élèves.
09:39Alors, du fait des écrans, notamment.
09:42Bon, du fait que l'activité sportive n'est pas considérée
09:45comme une activité noble,
09:47alors que le sport devrait être considéré
09:49comme une activité à part entière.
09:51Je pense qu'il faudrait sortir de cette hiérarchie
09:53des matières principales, des matières secondaires,
09:56des profs importants,
09:57puis des profs qui ne seraient pas importants.
09:59Non, il y a une communauté éducative
10:02qui doit fonctionner ensemble
10:04sur des, je dirais, sur des bases partagées.
10:08Alors, vous dites que,
10:10alors que certains disent que le niveau aurait baissé,
10:14ce fameux nivellement par le bas,
10:17vous dites que l'école, elle est super élitiste.
10:20Oui, parce qu'elle reste axée sur le principe ancien
10:25qu'il faut faire réussir les meilleurs, l'élite.
10:31Le bac a été inventé pour ça, d'une certaine manière,
10:34c'est-à-dire une sélection,
10:37car le bac, évidemment, il y a 50 ans,
10:39et au-delà, était une épreuve extrêmement difficile.
10:43D'ailleurs, il y a eu une époque
10:44où il y avait les deux bachos, comme on disait,
10:46donc il y avait double travail à faire.
10:51Voilà, et je pense qu'on n'a pas tenu compte
10:54de cette homogénéité,
10:56du fait que les rythmes scolaires,
10:58eh bien, ne sont pas les mêmes.
11:00Chacun a un rythme, chacun a une forme d'intelligence.
11:04Donc, je pense que ce qu'il aurait fallu faire,
11:07c'est passer de l'école prête à porter
11:10à l'école sur mesure.
11:12Mais vous dites aussi que l'âge, l'enfant,
11:16à l'âge où il va à l'école,
11:18il a envie plutôt de s'amuser, de courir,
11:22de découvrir le monde,
11:23et que, en fait, l'école l'astreint
11:25à des tâches qui sont tout l'inverse.
11:27Oui, alors...
11:28Mais en même temps, est-ce que la réussite d'autrefois,
11:30ce n'était pas d'être en classe,
11:32assis à écrire et d'écouter son professeur ?
11:35Alors, autre temps, autre meurt.
11:37Pompse-Servec, on était dans des sociétés
11:39très hiérarchisées autrefois,
11:41où le principe d'autorité,
11:44alors surtout le principe de pouvoir,
11:46était très très fort.
11:47Oui, mais 68 est passé par là depuis,
11:49mais est-ce que c'est pour le meilleur ?
11:51Alors, il faut faire attention
11:53de ne pas non plus...
11:5468 n'a pas voulu tous les travers
11:56où elle a été conduite.
11:59Moi, je pense que le principal fautif,
12:02c'est l'évolution des mentalités
12:03vers un individualisme roi.
12:05C'est-à-dire, on s'est débarrassé
12:07des catégorisations sociales,
12:10on s'est débarrassé des cultures spécifiques,
12:13on a tout égalisé.
12:15Et d'ailleurs, ça se traduit par le fait
12:17que, par exemple,
12:19c'est tout à fait symbolique,
12:20plus personne ne porte d'uniforme.
12:23Vous avez connu, peut-être comme moi,
12:26les agents EDF
12:28portaient un uniforme,
12:31les facteurs portaient un uniforme,
12:33les policiers portaient
12:35un uniforme quasi-militaire, d'ailleurs.
12:38Et tout à l'heure, je passais en arrivant
12:40devant une, je dirais,
12:44une cérémonie de pompes funèbres.
12:46Même les pompes funèbres
12:47ont quitté l'uniforme.
12:48D'ailleurs, elles n'osent même plus
12:50mettre ces grandes tentures
12:54qu'on avait.
12:55Les voitures sont banalisées,
12:57les porteurs de cercueils
12:58sont banalisés également.
12:59Vous nous dites que cette école
13:00serait plutôt libertaire,
13:02alors que vous nous dites
13:03qu'elle a plutôt des allures dictatoriales.
13:06– C'est contradictoire, cela.
13:07– Alors, c'est un peu les deux.
13:09C'est un peu les deux.
13:10C'est-à-dire qu'en fin de compte,
13:11on est toujours sur le principe
13:13que le président Chirac
13:15avait appelé le lycée napoléonien.
13:19C'est-à-dire, bon,
13:20c'est le même système aujourd'hui
13:21qu'il y a un siècle ou deux.
13:24Bon, sauf que les élèves
13:25ne sont pas les mêmes
13:26et les enseignants ne sont pas les mêmes.
13:29Parce que je voudrais rajouter
13:31aux baisses de niveau
13:32dont je parlais tout à l'heure,
13:33il n'y a pas simplement
13:34la baisse du niveau des élèves.
13:35Il y a aussi la baisse du niveau
13:37des enseignants.
13:39– Et on engage n'importe qui, maintenant.
13:41– C'est-à-dire, bon,
13:43on est d'abord face à une pénurie,
13:45à une pénurie de recrutement,
13:46une pénurie de main-d'œuvre.
13:48Bon, pour donner encore quelques chiffres,
13:51on manque de tout.
13:52On manque de profs
13:53à l'éducation nationale,
13:54on manque d'infirmières,
13:55on manque de médecins scolaires.
13:58Je retrouvais tout à l'heure
13:59cette statistique.
14:01Il y a un médecin pour 12 000 élèves,
14:05une infirmière pour 1 500 élèves.
14:08Avec les infirmières, d'ailleurs,
14:09qui ne sont pas à demeure dans l'établissement,
14:11qui font un peu comme nos curés de campagne,
14:13qui vont d'une église à une autre.
14:14– Un verreau, oui.
14:15– Voilà.
14:16Manque de surveillants.
14:17– D'ailleurs, je pense qu'on devrait
14:20réhabiliter le mot de surveillant,
14:23parce que c'est bien de ça dont il s'agit,
14:25dans une école qui est aussi gangrénée
14:27par les violences.
14:28Parce qu'au tableau un peu apocalyptique
14:31que j'indiquais tout à l'heure,
14:32il y a évidemment, bon,
14:35une montée vertigineuse des violences,
14:39à commencer par les violences verbales.
14:41Donc, l'école, la cour de récréation,
14:46comme je le dis, est devenue la première zone
14:48de non-droit en France.
14:50Bon, c'est là où, sous le regard de personnes,
14:54parce qu'on surveille encore un peu
14:55dans les écoles primaires,
14:58mais ensuite, au niveau du collège,
14:59eh bien, faute évidemment de personnel.
15:01Voilà, donc, il y aurait une mission,
15:03pas simplement d'éducation dans la cour,
15:05mais une mission de surveillance, de prévention.
15:09C'est-à-dire, le pion devrait être aussi,
15:11quelque part, un médiateur,
15:12un médiateur des conflits.
15:14Voilà.
15:15Et puis, surtout, le grand défi,
15:18et ça, on passe peut-être à la deuxième partie,
15:21c'est de redonner du sens à l'école.
15:23L'école, ça sert à quoi, aujourd'hui ?
15:24Mais vous dites que l'école ne cherche plus
15:26à rendre intelligents ceux qui y rentrent.
15:29Alors, c'est quoi l'objectif officiel
15:31ou officieux de l'école d'aujourd'hui ?
15:34C'est de faire des enfants
15:36qui savent recracher un cours sans comprendre ?
15:39L'école, d'abord, ne respecte pas
15:41ses propres règles.
15:43Devenir un bon citoyen de la République.
15:45Voilà.
15:46C'est-à-dire, l'école, en réalité,
15:48a une mission d'instruction,
15:50a une mission de formation de la personne,
15:53ce que, d'ailleurs, l'école privée
15:54fait à peu près correctement,
15:56et puis, une mission de formation du citoyen.
15:59Voilà.
15:59Ce qui montre que l'école doit être
16:01à la fois instructive et éducative.
16:05Voilà.
16:05Alors, c'est extrêmement difficile
16:06parce que les enseignants se vivent
16:09comme des instructeurs
16:10et pas comme des éducateurs.
16:12Estimant, d'ailleurs, à juste titre,
16:14que leur rôle n'est pas d'élever les enfants,
16:17que c'est l'affaire des familles.
16:21Non, je pense que l'école est confrontée
16:24à une masse.
16:26Représentez-vous 12 millions d'élèves
16:29dans 60 000 établissements
16:32qui, par ailleurs,
16:34sont en voie eux-mêmes de naufrage,
16:36parce qu'il y a une étude récente
16:38qui a été faite par un collectif d'enseignants
16:42qui montre que 86 %
16:45de nos établissements scolaires
16:47sont à rénover d'ici à 2050
16:50parce qu'il fait trop chaud en été
16:53et trop froid en hiver.
16:55Donc, on ferme des classes en été
16:57quand, évidemment, il y a 40 degrés,
17:00ce qui se produit maintenant
17:01de plus en plus avec les canicules.
17:04Et puis, en hiver,
17:05il n'y a plus le poêle à bois
17:09au fond de la classe comme autrefois.
17:11Il y a surtout des situations
17:15de délabrement,
17:16faute de moyens pour,
17:18peut-être pas climatiser
17:20tous les établissements,
17:21mais au moins les insonoriser,
17:24refaire des travaux
17:25qu'on a oubliés de faire.
17:27probablement aussi.
17:28Parce qu'on préfère mettre le fric ailleurs.
17:31Vous parlez bien aussi
17:32de la façon dont, aujourd'hui,
17:35les élèves sont complètement démoralisés,
17:38les professeurs complètement déprimés
17:41et vous prenez une véritable révolution scolaire.
17:45Alors, qu'est-ce que vous voulez pour l'école ?
17:47Qu'est-ce que vous proposez pour l'école ?
17:49Alors, d'abord, d'abord, évidemment,
17:52quand on veut construire une belle maison,
17:55on fait une table rase.
17:57C'est-à-dire, on rase tout,
17:58on pose les fondations.
17:59Bon, ce serait peut-être l'idéal.
18:01Mais je pense qu'il ne faut peut-être pas
18:03non plus tout jeter.
18:05Moi, je ne suis pas pour remplacer
18:08l'école intégrale de la pédagogie nouvelle,
18:12qui remplacerait, donc, l'école traditionnelle.
18:16Il faut marier les deux.
18:18Il faut marier les deux.
18:19C'est-à-dire, l'école doit conserver
18:21une fonction d'instruction,
18:24mais il faut revoir
18:25ce qu'il faut instruire.
18:28Sur quelle manière ?
18:30Alors, aujourd'hui, on est en train de redécouvrir
18:32que ce serait peut-être bien
18:33que les élèves savent lire, écrire et compter.
18:38C'est quand même la moindre des choses.
18:40Lire, écrire, compter.
18:41Et puis, je rajouterais savoir s'exprimer,
18:45savoir faire une phrase.
18:47L'esprit critique, ça fait partie aussi
18:49de la mission de l'école.
18:51L'école doit éveiller les consciences.
18:53Je vous cite, Michel Fils,
18:55c'est vous souhaiter des structures scolaires
18:57plus petites, décentralisées,
18:59réorganiser les cycles d'enseignement.
19:02Et vous avez cette notion
19:04de démocratie scolaire fédérative.
19:07Qu'est-ce que ça veut dire ?
19:08Ça veut dire, bon, effectivement,
19:09à partir de petites unités,
19:11on sait bien qu'une école sera d'autant plus performante,
19:15accueillante.
19:17On s'y sentira d'autant mieux
19:18qu'elle sera de petites dimensions.
19:22Bon, c'est vrai que c'est plus facile
19:25dans une école qui accueille 200 élèves
19:28que dans un établissement qui en accueille 2000,
19:31où là, on est face à une sorte d'usine,
19:32de grandes structures mécaniques quasiment ingérables,
19:39surtout avec un personnel manquant.
19:43Donc, l'idéal, ce serait des petites unités
19:45permettant peut-être de personnaliser davantage
19:49la relation éducative.
19:51Encore une fois, la psychologie et la pédagogie
19:54nous enseignent depuis très, très longtemps.
19:55On était d'ailleurs plus attentifs à tout ça
19:58il y a 50 ou 60 ans.
20:00Il faut se servir aussi des acquis des psychologues.
20:03L'enfant grandit d'une certaine manière,
20:06l'adolescent a besoin de certaines choses.
20:10D'ailleurs, c'est le paradoxe,
20:12on a probablement l'une des meilleures écoles primaires
20:14au monde.
20:16Oui.
20:17J'ai envie de dire que ça commence bien,
20:19à l'école française.
20:20On sait qu'en CM2,
20:22il y a, je ne sais plus combien,
20:23un tiers d'enfants qui sortent pour aller en sixième
20:27et qui ne savent pas lire,
20:28qui ne comprennent pas un texte.
20:30Voilà.
20:31Donc, ce n'est pas forcément la meilleure école du monde
20:34si autant de gamins sortent de l'école sans savoir lire.
20:36Alors, c'est vrai que notre école primaire,
20:38elle a peut-être davantage performé
20:41sur le plan éducatif,
20:43sur le plan épanouissement,
20:44sur le plan éveil,
20:45les activités dont on parle beaucoup
20:47dès l'école maternelle.
20:50Bon, elle a peut-être un peu oublié, évidemment...
20:53Les fondamentaux.
20:54Oui, voilà, les fondamentaux.
20:56Mais encore une fois,
20:57personne n'interdit à un professeur des écoles
20:59d'apprendre à ses élèves
21:01à lire, écrire et compter.
21:03Voilà.
21:03Et savoir s'exprimer.
21:04Pourquoi les gosses savent son savoir lire ?
21:07Parce qu'encore une fois,
21:09on a oublié les fondamentaux.
21:12Alors, peut-être parce qu'on a pensé
21:14que c'était plus important
21:16l'éveil des enfants
21:18que leur instruction.
21:20Mais je reviens à mon idée de synthèse,
21:22ce n'est pas l'un sans l'autre,
21:23c'est l'un avec l'autre.
21:25Il faut à la fois tenir compte
21:26de la personnalité de l'élève,
21:28mais aussi le nourrir,
21:31le nourrir intellectuellement.
21:33Non, bon, c'est le rôle,
21:35c'est le rôle, évidemment,
21:36de l'enseignant aujourd'hui.
21:37Voilà, qui est confronté quand même
21:39à l'immensité diabolique
21:42pour beaucoup des réseaux sociaux.
21:45Voilà.
21:45Où vous apprenez tout,
21:47mais avec...
21:48Je lisais l'autre jour,
21:50vous vous rendez-vous compte
21:50que l'intelligence artificielle,
21:52elle nous produit presque
21:53la moitié de fausses informations.
21:56Si vous ne contrônez pas,
21:57ne contrôlez pas
21:58ce que vous demandez à l'IA,
22:00elle vous raconte n'importe quoi.
22:02Moi, je passe mon temps à dire,
22:03mais attendez, là,
22:05vous me racontez une ânerie.
22:08Et alors l'IA,
22:09ah ben oui, excusez-nous,
22:11vous avez raison, etc.
22:13Voilà, bon,
22:13Wikipédia,
22:15c'était un formidable outil
22:16il y a quelques années.
22:17Maintenant, c'est devenu
22:18à peu près n'importe quoi.
22:20Voilà.
22:21Donc, les enfants sont abreuvés
22:23d'informations.
22:24Tout le monde, d'ailleurs.
22:24Donc, on a 50 000 informations
22:27par jour.
22:28Voilà.
22:29Et on ne sait plus
22:30ni lire les images,
22:32ni lire un texte
22:34qu'on vous présente.
22:35C'est vrai,
22:36c'est pas vrai,
22:37c'est mensonger,
22:39partiellement mensonger.
22:40Voilà.
22:41D'où tout ce qu'on peut trouver,
22:43la terre est plate.
22:44Voilà.
22:45Les gens disent,
22:45ben oui,
22:45mais c'est une opinion
22:46par une autre.
22:46Mais non,
22:47c'est pas une opinion,
22:48c'est une ânerie,
22:49la terre est plate.
22:50Bon, c'est vrai que les savoirs
22:52sont constamment
22:53à remettre en question,
22:54mais je doute qu'un jour,
22:55on arrive à prouver
22:56que la terre est plate,
22:58voilà,
22:58et qu'elle ne tourne pas.
23:00Et vous avez cité Peggy
23:03qui disait déjà au début
23:04du XXe siècle,
23:05quand une société
23:06ne peut pas enseigner,
23:08c'est qu'elle a honte,
23:09c'est qu'elle ne s'aime pas
23:10assez elle-même.
23:11alors de quelle société
23:13l'homme du XXIe siècle
23:15a-t-il besoin ?
23:17Ben d'abord,
23:17notre société
23:19doit permettre
23:20à chacun
23:21de vivre
23:23et de vivre
23:24décemment.
23:25ne pas être en situation
23:28de survie.
23:30Donc les parents
23:30dont on attend beaucoup,
23:32notamment vis-à-vis
23:33de l'éducation,
23:34il faut aussi leur permettre,
23:36voilà,
23:37en les rappelant
23:37à l'ordre au besoin,
23:38leur permettre
23:39d'être des éducateurs.
23:42Car les premiers éducateurs
23:44des enfants
23:45sont quand même
23:45les parents.
23:46Voilà.
23:47Alors,
23:47bon,
23:48c'est évident
23:49qu'aujourd'hui,
23:49avec des configurations
23:51familiales différentes,
23:53une maman seule,
23:54en situation précaire,
23:56évidemment,
23:57c'est un peu plus
23:57compliqué.
24:00Vous savez,
24:01je crois qu'il n'y a pas
24:01que l'école
24:02qu'il faut rebâtir,
24:04c'est toute la société
24:05qu'il faut reconstruire,
24:07voilà,
24:08en réapprenant
24:09ce que je disais
24:10ici même,
24:10je crois,
24:11il y a quelques mois,
24:13la bienveillance,
24:14voilà,
24:15la bienveillance.
24:15La morale.
24:16Autour à la morale.
24:18Oui,
24:19je lisais l'autre jour
24:20un préfet qui disait
24:22mais finalement,
24:23l'assassinat
24:24ne peut pas devenir
24:25un mode
24:26de résolution
24:27des conflits.
24:28Vous vous rendez compte
24:28qu'un préfet
24:29dit ça,
24:31ça en dit long.
24:32On a vu encore
24:33récemment
24:34sept policiers
24:36littéralement
24:36lynchés
24:37à Reims.
24:39Voilà,
24:39donc,
24:41il faut que chacun
24:42se remette
24:42à sa place
24:43et que peut-être
24:44on réhabilite
24:46les gens
24:46dans les rôles
24:48qu'ils doivent assumer.
24:50Voilà,
24:50un préfet
24:51est un préfet,
24:52un enseignant
24:52est un enseignant,
24:54voilà,
24:54on n'est pas tous
24:55pareils.
24:56Et pour imposer
24:57cette table rase,
24:58il faut une dictature
24:59alors ?
25:00Il faut d'abord
25:01réfléchir collectivement.
25:03J'avais dit,
25:04bon,
25:04ce serait peut-être
25:05bien de mettre
25:05en place
25:06des sortes
25:07de grands états généraux
25:09de la rénovation
25:10morale et sociale.
25:12je pense qu'à partir
25:14de tout ce que l'on voit
25:15au quotidien,
25:16c'est maintenant
25:16une urgence absolue.
25:18L'école,
25:19une fabrique d'échecs
25:20pour une recréation scolaire,
25:22c'est le titre
25:23de votre ouvrage
25:24que nos amis
25:24téléspectateurs
25:25pourront trouver
25:26sur la boutique
25:28de TV Liberté.
25:29Merci à vous,
25:30monsieur.
25:30Merci.
25:31Merci.
25:31Sous-titrage Société Radio-Canada
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