- il y a 7 mois
Gaël-Georges Moullec, docteur en histoire spécialiste de la Russie, évoque l'actualité du conflit russo-ukrainien :
- Pourquoi les tentatives de paix initiées par Donald Trump ont-elles échoué ?
- Quelle est la stratégie de Poutine face au président Zelensky ?
- Dans quel état se trouvent les économies russe et ukrainienne ?
- Comment l’UE va-t-elle gérer cette guerre ?
- L’Europe est-elle à l’abri d’une extension du conflit ?
Gaël-Georges Moullec, présente également la collection qu'il dirige : "La voie russe" aux Editions SPM et en présente le premier ouvrage "Alexandre Nevski - Stratégie et transformations civilisationnelles du XIIIème siècle" de Vardan E. Bagdasaryan et du prêtre Sylvestre.
- Pourquoi les tentatives de paix initiées par Donald Trump ont-elles échoué ?
- Quelle est la stratégie de Poutine face au président Zelensky ?
- Dans quel état se trouvent les économies russe et ukrainienne ?
- Comment l’UE va-t-elle gérer cette guerre ?
- L’Europe est-elle à l’abri d’une extension du conflit ?
Gaël-Georges Moullec, présente également la collection qu'il dirige : "La voie russe" aux Editions SPM et en présente le premier ouvrage "Alexandre Nevski - Stratégie et transformations civilisationnelles du XIIIème siècle" de Vardan E. Bagdasaryan et du prêtre Sylvestre.
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NewsTranscription
00:00Générique
00:00Bonjour et bienvenue dans ce Zoom, aujourd'hui en compagnie de Gaël-Georges Moulek.
00:10Bonjour Monsieur.
00:11Bonjour Monsieur.
00:12Gaël-Georges Moulek, vous êtes docteur en histoire contemporaine,
00:16habilité à diriger des recherches, spécialiste de l'histoire russe
00:19et du mouvement communiste international.
00:22Vous êtes l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Ukraine, la fin des illusions,
00:26que vous étiez venu présenter sur notre plateau.
00:29L'entretien avait d'ailleurs enregistré plus de 340 000 vues,
00:33je le rappelle à nos téléspectateurs.
00:34Et Vladimir Poutine, discours 2007-2022,
00:38vous venez aujourd'hui nous présenter cet ouvrage.
00:42Alexandre Nevsky, stratégie et transformation civilisationnelle du XIIIe siècle,
00:48signé de Monsieur Bagdasarian et du prêtre Sylvestre,
00:52prêtre orthodoxe, je le signale à nos invités.
00:56C'est un ouvrage évidemment que vous pourrez retrouver sur la boutique officielle de TV Liberté.
01:02Alors c'est aux éditions SPM, on en parlera un petit peu plus tard.
01:05Et vous êtes le directeur d'une nouvelle collection au sein de cette édition
01:12qui s'appelle La Voix Russe.
01:14Mais avant de parler de Nevsky, j'aimerais vous entendre, Gaël-Georges Moulek,
01:18sur l'actualité du conflit russo-ukrainien.
01:21Pourquoi les tentatives de paix de Donald Trump ont-elles échoué selon vous ?
01:28Alors il y a plusieurs niveaux de réponse.
01:31Je dirais la première, c'est que vous aviez tout d'abord à rétablir des relations plus ou moins normales
01:38entre les États-Unis et la Russie, avant de parler de paix.
01:41Du côté russe, vous aviez certains de leurs locaux diplomatiques qui avaient été confisqués par les États-Unis
01:49et certaines pressions aussi qui avaient pu s'exercer sur la Russie au niveau des sanctions.
01:56Et donc le premier niveau de ma réponse, c'est qu'avant de parler de paix, il faut rétablir une confiance,
02:02il faut rétablir certains aspects de la vie diplomatique, première chose.
02:07Deuxième chose, pourquoi ce problème de ne pas trouver la paix, c'est que peut-être qu'on ne la cherchait pas non plus.
02:15On ne la cherchait peut-être pas du côté américain, puisqu'il y avait une volonté de rétablir des relations commerciales avec la Russie.
02:22Parce que la Russie a certaines capacités ou certaines productions qui sont très intéressantes pour les États-Unis.
02:29Donc repartir sur de nouvelles bases, première chose.
02:33Et puis deuxième chose, troisième chose pardon aussi, c'est le fait que pour faire la paix, il faut que les deux belligérants soient d'accord.
02:43Pour le moment, la Russie n'a pas assez gagné pour elle.
02:46Et pour l'Ukraine, l'Ukraine a trop perdu pour accepter de discuter de paix.
02:52Voilà, c'est là où nous en sommes.
02:53– Qu'est-ce que la Russie n'a pas assez gagné ?
02:55– Parce qu'elle n'a pas assez gagné, c'est les différents territoires qui sont inclus dans sa constitution
03:02et qui ne sont pas encore, selon le terme russe, libérés de l'occupation ukrainienne.
03:07Le Donbass, par exemple, n'est pas encore, est loin d'être libéré.
03:12En utilisant la terminologie, une partie est encore, appartient encore à l'Ukraine.
03:20Voilà. Donc, pour trouver une paix, il faut que les deux parties comprennent qu'ils ne pourront pas gagner plus.
03:28Or, des deux côtés, chacun espère pouvoir l'un gagner plus et l'autre perdre moins.
03:33– C'est la stratégie aujourd'hui de Poutine de continuer cette guerre jusqu'à conquérir la totalité des quatre blasts
03:42qu'il veut intégrer à l'antité russe.
03:45– Alors, je ne sais pas ce que pense Poutine, c'est du moins ce qui est indiqué dans la constitution russe.
03:51Donc, un président, logiquement, ça respecte la constitution, voilà, simplement.
03:56Et du côté ukrainien, il y a toujours l'espoir, aidé par les Européens et les Américains,
04:03un peu moins maintenant, que la Russie s'effondre.
04:06Il y a aussi cette attente.
04:08Donc, chacun pense que le moment n'est pas venu.
04:10– C'est-à-dire cette attente que la Russie s'effondre.
04:13Qui est dans cette attente ? Les Américains et les Européens ? Seulement les Européens ?
04:19Est-ce que Trump rêve d'une Russie à genoux, d'un Vladimir Poutine qui serait forcé de démissionner
04:26tant la situation lui serait devenue difficile ?
04:30– Je dirais que les Américains ont une politique mouvante,
04:33aussi bien à l'intérieur que à l'extérieur et vis-à-vis du conflit russo-ukrainien,
04:38qu'ils ne s'empêchent pas de penser que la Russie pourrait avoir une défaillance.
04:44Les Européens, eux, jouent réellement le réarmement et la défaillance russe.
04:49Les Ukrainiens, c'est, je dirais, peut-être pas leur dernière chance,
04:52mais leur principal espoir.
04:54– Est-ce que vous pouvez nous expliquer dans quel état se trouve
04:59l'économie russe d'un côté et l'économie ukrainienne de l'autre ?
05:03– Alors, l'économie ukrainienne, soyons clairs, elle est sous perfusion.
05:06Tant que les perfusions continuent, le malade continue de vivre.
05:10Voilà, c'est simple, les perfusions, c'est nous qui les faisons.
05:14Voilà, tant qu'il y a un accord européen, ou plus large encore,
05:18de subventionner et d'aider l'Ukraine, l'Ukraine continuera.
05:22Du côté russe, comment dire, il y a une compréhension maintenant
05:27qu'il est nécessaire réellement d'entrer dans une économie de guerre.
05:31Pourquoi ? Parce que vous aviez les taux d'intérêt bancaires.
05:36Donc, quand vous voulez créer une entreprise, développer une entreprise,
05:38vous prenez de l'argent, vous avez un taux, les taux étaient à 20%,
05:41ils sont descendus à 18%.
05:43Donc, il est évident qu'avec de tels taux, on ne peut pas encourager l'investissement,
05:50on ne peut pas encourager le développement industriel,
05:52ce qui est maintenant indispensable pour la Russie.
05:56Sans parler, bien évidemment, du coût des combats, du coût de l'armement,
06:01du coût des personnels qui sont, pour beaucoup, volontaires,
06:06et donc payés de façon plus intéressante, je dirais.
06:10– Qu'est-ce qu'il faut comprendre, Gaël Georges Moulec, par économie de guerre ?
06:16Quel pourcentage de la production nationale est engagé à l'industrie de guerre ?
06:21– Honnêtement, je ne le sais pas, je dirais qu'au minimum 15%,
06:26c'est ce qu'il faut pour que ça puisse marcher,
06:29mais ce qu'il faut bien comprendre, c'est que pour le moment,
06:32l'intervention russe a été, pour que les Français comprennent mieux,
06:38ça a plus été comme la guerre d'Indochine que la guerre d'Algérie,
06:42c'est-à-dire qui participe au conflit, ce sont pour beaucoup,
06:46à part les 300 000 anciens militaires réservistes
06:51qui ont été convoqués pour aller sur le front,
06:56la plupart des combattants sont des volontaires.
06:59Donc ce sont des gens qui ont choisi d'aller combattre,
07:02comme au temps de la guerre d'Indochine.
07:05Par contre, ce ne sont pas des appelés qui combattent en ce moment,
07:08c'est justement ce qu'essaye de maintenir le gouvernement russe
07:12afin de ne pas avoir de problème avec sa population.
07:15Les gens qui ont voulu aller faire la guerre la font
07:17et sont bien payés pour la faire.
07:21Voilà, donc tant que le pouvoir russe arrive à maintenir cela,
07:25c'est-à-dire à compter sur les volontaires
07:27et à ne pas faire venir les réservistes,
07:30plus de réservistes ou les appeler, les choses peuvent durer.
07:34– Donc on voit une Union européenne aujourd'hui
07:36qui est prête à continuer de financer cette guerre
07:40aux côtés du président Zelensky,
07:43de l'autre un président Poutine qui est en train de déployer
07:47toute sa force industrielle dans cette guerre.
07:50Donc est-ce qu'on peut imaginer aujourd'hui
07:52combien de temps peut encore durer ce conflit
07:55en voyant les forces de part et d'autre, se concentrer ?
08:00– Je dirais de toute façon il va durer trop longtemps.
08:03Trop longtemps aussi bien pour l'Ukraine que pour la Russie,
08:06des gens meurent.
08:06Et puis il y a surtout un risque,
08:10un risque qu'on voit petit à petit monter,
08:13c'est-à-dire le risque d'interférence extérieure
08:16donnant des possibilités de dégradation de la situation
08:19allant jusqu'à un possible conflit.
08:22J'explique.
08:23On voit monter diverses rumeurs ou réalités,
08:26par exemple les drones,
08:28qui ne sont pas officiellement russes,
08:30mais qui sont au-dessus du Danemark,
08:32de l'Allemagne ou d'autres pays.
08:34Donc vous allez avoir une situation qui va continuer de se dégrader
08:40au niveau international, pas simplement sur le front,
08:42mais une situation qui va se dégrader.
08:43– Oui, on a vu des avions russes survoler à un pays otanien.
08:47– Voilà, je crois que c'était l'Estonie.
08:49Les Russes ont dit qu'ils étaient sur les voies internationales
08:52et qu'ils n'avaient pas en frein.
08:55Vrai ou pas, je n'ai pas les moyens de juger.
08:58Ce que je veux dire, c'est qu'il va y avoir une multiplication de ces incidents
09:02et qu'il va falloir réellement que les dirigeants,
09:05aussi bien européens, américains, russes, ukrainiens,
09:08gardent leurs nerfs parce que c'est là le vrai problème pour nous.
09:13On paye déjà pour l'Ukraine.
09:15Essayons de ne pas infecter en plus ce conflit de rumeurs
09:21ou de tentatives de déséquilibre
09:24ou des tentatives de fake news et ainsi de suite
09:28qui vont tendre la situation.
09:31– Donc l'Europe n'est pas du tout à l'abri
09:33d'une généralisation de ce conflit sur son territoire,
09:37jusqu'à l'Occident, jusqu'à la pointe occidentale française par exemple.
09:42– Alors à l'abri, elle ne cherche pas à être à l'abri
09:44puisqu'elle est en avant, je dirais, en avant par rapport même aux États-Unis
09:49sur l'opposition, la lutte, le conflit avec la Russie.
09:54Donc pourquoi pas ? C'est un choix politique.
09:58Mais à ce moment-là, il faut réellement à la fois être conscient des enjeux
10:02et conscient que des petits incidents multipliés
10:06ne permettent pas de se lancer dans une campagne menant à la paix
10:13ou à un armistice ou un arrêt des combats.
10:16Voilà, c'est tout.
10:17– Est-ce qu'on peut imaginer un Vladimir Poutine aujourd'hui
10:19se fixer une ligne rouge sur l'action des Européens dans ce conflit ?
10:26Se disant, les Européens vont trop loin, donc je tape à Paris, Londres, Berlin.
10:32– Alors je dirais qu'il y a la doctrine nucléaire russe
10:36qui a été modifiée il y a quelques mois
10:38et qui indique clairement qu'une attaque massive par un pays nucléaire ou non
10:50peut entraîner des réponses jusqu'à la réponse nucléaire.
10:55Donc voilà, il suffit de… je la cite de façon imagée.
11:00Il faut la lire.
11:01La lire sérieusement avec un stylo.
11:02– Vous avez l'air de rester tout à fait serein
11:05malgré ce que vous êtes en train de nous dire.
11:07– Oui, vous savez, je pense que dans chaque famille française,
11:12ils ont connu des choses qui n'étaient pas peut-être
11:15pas beaucoup plus réjouissantes.
11:17– Passons avec vous, Gaël Georges Moulec, à ce personnage, Alexandre Nevsky.
11:25Et donc, je disais en introduction que vous alliez diriger
11:29au sein des éditions SPM cette collection La Voix Russe.
11:32Pourquoi cette initiative ?
11:34Vous me disiez en préparant cette émission
11:36qu'il s'agit aujourd'hui d'un combat pour l'histoire, pour la vérité historique.
11:41– Alors, nous étions entre nous, donc c'est pour ça que je me suis peut-être
11:44laissé aller à l'enthousiasme.
11:46Je dirais simplement, plus pour les téléspectateurs,
11:50que c'est une tentative de remettre un peu, comme on dit, l'église au milieu du village.
11:54C'est-à-dire, on nous présente la Russie comme étant une construction plus ou moins psychédélique,
12:01avec des tyrans qui se développent, qui meurent, qui reprennent.
12:06Enfin, un hydre à plusieurs têtes sur plusieurs siècles.
12:10Moi, j'essaye simplement de décrire ce qu'a pu être l'histoire de la Russie,
12:15avec des moments particuliers.
12:17Vous parlez d'Alexandre Nevsky, le prochain, si tout va bien, sera sur Pierre Legrand.
12:23D'autres moments aussi de l'histoire russe,
12:27comme par exemple le blocus de Leningrad,
12:30où là, on va vraiment voir ce que c'est qu'une économie de guerre.
12:34Combien ça coûte ?
12:35Combien ça coûte ?
12:36En personne, en mort.
12:38On parlera aussi du plan Ost,
12:40qui est le plan allemand d'implantation allemande,
12:43donc sur les territoires soviétiques occupés,
12:45avec la disparition de la population soviétique, bien évidemment.
12:48On parlera aussi des Anglo-Saxons et de la Russie,
12:54sur une période historique, donc XVIe siècle et 1917.
12:59Voir un peu quelles ont été les relations,
13:00qui ne sont pas nées d'hier, si vous voulez, ces relations.
13:03Et puis enfin, des choses un peu plus, comme on pourrait dire,
13:07d'histoire locale, quoique,
13:08un général, un général Bashkir, donc Shai Muratov,
13:13qui a été espion en Chine pour l'Union soviétique de l'époque,
13:17et puis un de ceux qui ont libéré le Donbass en 1943.
13:21Voilà.
13:21– Est-ce que votre objectif aujourd'hui, Gaël Georges Moulek,
13:24c'est un petit peu de combattre la russophobie ambiante ?
13:29– Je dirais, la russophobie, elle a toujours existé.
13:31Là, on prépare le livre,
13:34« L'Anglo-Saxon et Russie »,
13:36ça commence, je dirais, dès Yvan le Terrible.
13:40Donc on a toujours une vision de la Russie,
13:43c'est l'ours russe,
13:44c'est les étendues de Sibérie,
13:46les mines de sel,
13:48– Est-ce que c'est fondé, tout cela,
13:50ou est-ce que c'est…
13:52– Ça existe.
13:53– C'est fondé.
13:53– Ça existe,
13:54mais c'est souvent une interprétation occidentale de réalité russe, voilà.
14:03– Alors, vous expliquez que l'année 2021 a été marquée
14:07par les célébrations du 800e anniversaire de la naissance d'Alexandre Nevsky,
14:14comment ce prince russe devenu saint de l'Église orthodoxe
14:18est-il devenu la personnalité personnifiant le plus la Russie ?
14:23Si c'est possible par rapport à vos caméras,
14:26est-ce que vous pourriez montrer le dos du livre ?
14:29Donc sur le dos du livre, vous avez une décoration.
14:31Alors c'est une décoration soviétique du temps de la Seconde Guerre mondiale,
14:37où justement vous avez Nevsky,
14:38et c'est pour ça qu'il représente la Russie, la Russie millénaire.
14:42Pourquoi ? Parce que c'est déjà un prince,
14:46un combattant, un saint,
14:47mais aussi la représentation de la plus haute distinction soviétique de l'époque.
14:54Donc c'est quelqu'un qui représente la volonté russe de survivre,
15:01de se battre, et si possible à la fin de gagner.
15:04C'est pour ça que tout au long des générations,
15:06il a été respecté pour ses diverses qualités, voilà.
15:11– Qu'est-ce que votre livre apporte de plus ?
15:13Qu'est-ce que l'on apprend de plus sur le personnage Nevsky ?
15:16– Alors je dirais que, et même si vous reprenez maintenant à l'envers,
15:21excusez-moi le livre, voilà.
15:23Donc sur la couverture, vous avez ce qu'on a l'habitude de voir,
15:28c'est-à-dire le chevalier russe qui combat les teutons,
15:30qui combat les suédois.
15:32Ce livre par contre explique plus pourquoi
15:34Aleksandr Nevsky est allé voir la Horde,
15:37pourquoi il s'est entendu avec la Horde,
15:39afin de garantir, je dirais, ses frontières est par rapport…
15:44– La Horde c'est les Mongols.
15:45– Les Mongols, oui d'accord.
15:46– Tatar, Tatar-Mongol.
15:48Et donc garantir ses frontières est,
15:52afin de pouvoir encore mieux combattre les assaillants
15:55qui étaient sur les frontières ouest.
15:58– Alors justement cette volonté de s'allier avec l'est,
16:04est-ce qu'on peut faire un parallèle avec ce qu'est aujourd'hui
16:07en train de faire Vladimir Poutine ?
16:09– Son alliance avec la Chine, son alliance contre nature,
16:13expliquait-il, il a toujours voulu tendre la main aux Occidentaux
16:18et les Occidentaux ne l'ont jamais saisi cette main tendue.
16:21– Vous venez exactement d'expliquer aux téléspectateurs
16:25pourquoi ce livre est le premier de la collection.
16:29Voilà.
16:29– C'est montré comment ça se passe.
16:31– Oui, explicité.
16:33– Ah, explicité, d'accord.
16:35Eh bien, bon, Alexandr Nevsky se trouve,
16:38et comme l'a dit le friarche Kyrie…
16:42– Vous dites une réponse militaire impitoyable face à l'ouest,
16:45doublée d'une coopération contrainte avec l'est.
16:47– Exactement, vous allez plus vite que moi.
16:50– Simplement, pourquoi ?
16:51Parce qu'il faut comprendre que les chevaliers teutons
16:54et autres Suédois, ce qu'ils cherchaient,
16:56c'était à contraindre les Russes de changer de religion,
17:00donc à atteindre leur âme, à atteindre leur croyance,
17:04tandis que les Mongols demandaient, entre guillemets,
17:07simplement qu'on leur paye un tribut.
17:09Donc c'est deux choses différentes.
17:11Payer le tribut, c'est régulier, c'est lourd,
17:16mais ça ne vous oblige pas de changer vos croyances.
17:20Parce que pour les chrétiens de l'époque,
17:24et ça c'est repris par un des auteurs du livre,
17:27les orthodoxes étaient pires que des païens.
17:311054, 1203, croisades, voilà, c'est contre ça qu'Alexandr Nevsky,
17:39c'est pour cela qu'Alexandr Nevsky fait son accord avec l'est
17:43pour combattre l'ouest.
17:44– Je reprends cette citation du patriarche de Moscou, Kyrill,
17:47qui dit « Ceux qui ont essayé de nous contrôler depuis l'est
17:50s'intéressaient à nos biens, ceux de l'ouest à nos âmes. »
17:54Explicité à nos téléspectateurs ce que recherche l'ouest
17:59dans le fait de vouloir s'accaparer l'âme russe.
18:03– C'est les faire changer de religion, simplement,
18:05de passer de l'orthodoxie à la chrétienté romaine.
18:10Donc c'est de détruire les bases qui fondent la société russe à l'époque
18:14et encore maintenant.
18:15– Mais aujourd'hui, ce n'est pas de convertir les russes à la chrétienté romaine.
18:19– Ah, c'est convertir.
18:20– La religion a changé.
18:21– La religion reste la même en Russie.
18:24– Oui, oui.
18:24– En Occident, elle est moins importante.
18:26Je dirais, c'est les convertir à, comment on pourrait dire,
18:29à une autre religion, celle de la modernité, du mondialisme,
18:34du globalisme et autres amusements.
18:39– Et comme il y a huit siècles, au temps de Nevsky,
18:42la Russie doit faire face à trois forces, dites-vous,
18:45l'expansionnisme occidental, la percée économique de la Chine
18:49et la menace islamique avec la renaissance de l'idéologie penture
18:53qu'on est en plein dedans, avec le retour du président Erdogan
18:58sur le devant de la scène et sa puissance ottomane.
19:02– Tout à fait, mais ce qu'il faut bien voir,
19:04c'est qu'en Russie, les populations musulmanes
19:07sont des populations tout à fait autochtones.
19:09Dans certaines régions, elles étaient même là avant les Russes.
19:12Donc, il faut voir que la Russie a réussi à créer,
19:16dans la difficulté et avec certains problèmes,
19:20à créer une volonté de vivre ensemble.
19:24Et ce que propose l'Occident n'est peut-être pas
19:27ce que veulent, quelle que soit leur religion,
19:30ou quelle que soit leur ethnie, les populations de la Russie,
19:33qui sont tout à fait différentes.
19:35Je pense qu'il y a plus de 150 ethnies différentes.
19:38Il y a toutes les religions, y compris le bouddhisme,
19:41qui est représenté.
19:42Mais ils sont habitués à vivre ensemble.
19:44Et venir pour changer leur habitude de vie,
19:48ça risque de ne pas se passer aussi facilement.
19:50– On se souvient des guerres avec la Tchétchénie,
19:53c'était dans les années 80 ou 90, selon mon souvenir.
19:58Comment Vladimir Poutine a-t-il réussi à pacifier la situation dans son pays ?
20:04– Pas dans son pays, dans cette zone.
20:06– Dans cet empire, dans ce qui a été l'empire russe.
20:10– Oui, mais il a eu à pacifier uniquement la Tchétchénie.
20:13– Oui.
20:14– Parce qu'ailleurs, ça ne l'est pas.
20:15Alors qu'ailleurs, il y a aussi pas mal de musulmans.
20:17La Tchétchénie a été une tentative de déstabilisation
20:21largement subventionnée par des États extérieurs.
20:27Donc il a fallu lutter contre cette tentative de subversion.
20:32Et il a fallu trouver le garant de l'intérêt russe au sein de la Tchétchénie.
20:38Et de l'intérêt des Tchétchènes aussi.
20:40Si vous regardez comment ils vivent maintenant,
20:42et je pense qu'ils vivent mieux qu'au début des années 80 ou 90.
20:47– Un certain nombre de notions sont attribuées,
20:51sont données à Alexandre Nevsky,
20:55c'est-à-dire la civilisation d'État, le racisme,
20:58l'identité orthodoxe, le service public.
21:02Toutes ces notions-là, on a l'impression
21:03qu'elles sont aussi reliées aujourd'hui à Vladimir Poutine.
21:07– Je dirais que…
21:08– Est-ce que, Alexandre, je vais être un peu large,
21:11mais est-ce que Poutine est une sorte de réincarnation de Nevsky aujourd'hui ?
21:16– Alors pour la sainteté, ce ne sera peut-être pas immédiat.
21:20Voilà.
21:20Il y a une volonté, il y a une volonté.
21:22Mais si vous voulez, la question avec le président Poutine,
21:26la question que tout le monde se pose,
21:28c'est qu'il y a-t-il dans l'esprit de Vladimir Poutine ?
21:34Je dirais qu'il y a certainement des aspects d'Alexandre Nevsky.
21:38Je dis des aspects, ce n'est pas les seuls, mais il y en a.
21:41Encore pour la sainteté, il faut encore un peu travailler, je pense.
21:46– Gaël Georges-Moulet, je rappelle le titre de votre ouvrage.
21:51– Merci beaucoup.
21:51– Alexandre Nevsky, stratégie et transformation civilisationnelle du XIIIe siècle
21:57au sein des éditions SPM et au sein même de la collection La Voix Russe
22:02que vous dirigez depuis peu.
22:04Merci à vous de nous avoir suivis et merci à vous d'avoir accepté notre invitation.
22:08Merci monsieur.
22:08– Merci monsieur.
22:08– Sous-titrage Société Radio-Canada
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