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  • il y a 13 heures
Après le succès du premier tome rédigé par Arnaud Florac et illustré par Romée de Saint Céran, "Éducation Minimum 2" (Editions Magnus) s’ouvre sur une phrase brutale et un tantinet provocatrice : "La République, elle veut ta peau !". La phrase ne doit pas être interprétée comme un slogan mais comme un diagnostic : quand la transmission disparaît, l’individu est laissé sans défense. Ce livre part de là : de l’effondrement du minimum culturel commun.
Arnaud Florac et Romée de Saint Céran refusent la culture utilitaire, la pédagogie infantilisante, le savoir sans chair. Ils défendent une éducation du goût, de la hiérarchie, de l’héritage assumé. Un minimum vital : lire, admirer, préférer. Pas pour se distinguer, mais pour ne pas disparaître car quand le minimum n’est plus transmis, il ne reste que la soumission.
"Education Minimum 2" n’est pas une anthologie subjective et encore moins un programme, c’est un bréviaire culturel expéditif, nostalgique, provocateur et même grivois. A vous de juger à l’écoute du chroniqueur et polémiste Arnaud Florac et du dessinateur de presse Romée de Saint Céran.

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00Bonjour Arnaud Florac, vous êtes chroniqueur, polémiste, essayiste, vous écrivez pour Boulevard Voltaire, L'Incorrect et La Furia,
00:13et vous êtes accompagné de Romé de Saint-Séran, qui est lui, dessinateur de presse. Bonjour Monsieur.
00:17Bonjour.
00:17Et vous êtes notamment dessinateur de presse pour La Furia et Européenne Conservatis.
00:22Steve, et vous venez ensemble nous parler de votre nouveau bébé, le deuxième, Éducation Minimum, Éducation Minimum 2, la poursuite de votre exploration culturelle.
00:33Pourquoi avoir choisi le mot minimum ? Est-ce une provocation, une modestie feinte, ou l'idée qu'aujourd'hui même, le minimum culturel est devenu difficile à transmettre ?
00:42Alors il y a probablement tout ça. Sachez que la raison pour laquelle on a choisi Éducation Minimum est d'abord cinématographique.
00:47Je pense que vous connaissez comme nous l'excellent film d'Ikenec, dans lequel on voit un personnage interprété par François Damien,
00:54qui agonie d'injure une dame qui mange des chips trop fort, et qui termine en disant Éducation Minimum.
01:01Parce que la moindre des choses, c'est de se tenir correctement quand on est dans un lieu public.
01:05Et donc partant de cette référence qu'à notre avis tout le monde connaissait, l'idée c'était d'avoir un titre qui parle au plus large public,
01:10pour présenter un certain nombre d'entrées qu'on considérait comme faisant partie de la culture.
01:14– Romain Saint-Sérent, dessinateur, pour les éditions Magnus, la Furia, pour les livres des éditions Magnus,
01:20ils ont le monopole du dessinateur ? Vous appartenez à Magnus ?
01:26– Alors pour l'édition Magnus, je pense que c'est surtout Marceau qui a plutôt un monopole.
01:31Ça m'arrive de collaborer sur leur magazine et sur certains ouvrages, donc toujours avec plaisir.
01:35– Voilà, et là vous avez collaboré sur l'Éducation Minimum, à nouveau.
01:38– L'illustration, l'illustration, et puis on a travaillé avec Arnaud sur les sélections des thématiques ensemble,
01:43qu'il a brillamment écrits et que j'ai illustrés.
01:46– Eh bien, on va parler de ces chroniques.
01:47– Tout aussi brillant.
01:48– La série des chroniques proposées dans l'Éducation Minimum 2, on va en parler,
01:53et elle s'ouvre sur un premier texte, qui est un texte que je trouve assez intriguant,
01:57puisque c'est presque un manifeste, et donc on passe d'un livre de chroniques à un livre politique,
02:02je cite le titre, « La République veut ta peau ».
02:05La République ne veut pas ton bien, elle veut ta peau, camarade,
02:08elle ne veut nous rendre fous, esclaves ou morts.
02:11Un appel à la sédition.
02:13– Alors, d'abord, on ne dit pas « La République veut ta peau », on dit « La République, elle veut ta peau ».
02:17Depuis François Hollande, la jurisprudence s'établie, quand on parle de la République,
02:20on utilise le double sujet.
02:21La République, elle veut ta peau.
02:23La République, c'est toi, c'est moi, c'est chacune et chacun d'entre nous,
02:26en responsabilité, très important dans le parler républicain également.
02:29Donc, « La République, elle veut ta peau », ce n'est pas un appel à la sédition,
02:32c'est simplement une manière un petit peu décalée de dire que,
02:34quand on essaie de définir les fameuses valeurs de la République,
02:38que personne ne définit jamais, on s'était déjà un peu attardé dessus dans le premier tome,
02:43puisque la Vendée, c'est quand même le laboratoire de la mise en place des valeurs de la République
02:47dans leur expression la plus complète.
02:49Et donc, en disant « La République, elle veut ta peau »,
02:51l'idée, c'est aussi de dire qu'on n'est pas simplement des contribuables qui paient 50% d'impôts,
02:57on n'est pas simplement des citoyens qui rasent les murs pour ne pas se faire égorger,
03:00on est aussi des gens qui doivent se saisir de leur destin,
03:02y compris face à une République qui, parfois, ne se donne pas les moyens de nous prouver qu'elle veut notre bien.
03:08Appel à la sédition ?
03:09Non, rappel. C'est un rappel.
03:11C'est un rappel. Bon.
03:13Mais ça ouvre quand même l'ouvrage, c'est-à-dire qu'on est quand même sur une note,
03:16j'allais dire, plus pugnace que dans l'éducation minimum, premier tome.
03:20Alors, vous avez raison de dire que le deuxième tome est peut-être un petit peu plus de l'ordre de la profession de foi,
03:26alors que le premier tome était plus léger.
03:29Peut-être que ça correspond aussi à l'évolution, à notre évolution à nous d'abord,
03:32puisqu'on écrit des livres qu'on aurait envie de lire, c'est toujours un peu comme ça.
03:36Et puis, ça correspond probablement à l'état d'esprit de ceux qui auront lu le premier,
03:40qui se diront, en fait, très bien, mais où est-ce qu'ils vont ?
03:42Votre livre est une anthologie, un subjectif, pas un manuel, encore moins d'ailleurs un programme, malgré tout.
03:48J'ai donc cherché plusieurs adjectifs pour caractériser ce qui constitue finalement ce brévière culturel.
03:52Le premier adjectif que j'ai mis en exergue, c'est le mot expéditif, expéditif dans vos jugements.
04:00Exemple, l'écrivain Saint-Jean de Perse, sauvé par son recueil éloge.
04:04Paul Claudel, complexe, danse, chiant.
04:06Pas de cadeau.
04:07Alors, Claudel, ce n'est pas moi qui dis chiant, c'est Georges Brassens, il ne le dit pas exactement comme ça,
04:13mais vous connaissez cette chanson 95 fois sur 100 qui dit que les femmes que leur mari n'honore pas correctement se récitent du Claudel.
04:20Du Claudel, j'ai bien dit, dit Brassens. Donc, on pourrait partir du principe que Claudel est un écrivain chiant.
04:24Et même chose pour Saint-Jean de Perse qui est passé à la postérité contemporaine grâce au bronzé,
04:30où Christian Clavier, en string, déclame un extrait de Saint-Jean de Perse.
04:35Donc, l'idée, c'était de...
04:35Et rentrer dans la pléiade grâce à Saint-Jean de Perse, je vous rappelle.
04:37Bien sûr, comme quoi. L'idée, c'est de prendre ses écrivains tels qu'ils sont dans l'idée que les gens s'en font
04:43et après, de tirer le fil pour dire, mais en fait, ce n'est pas simplement ça.
04:47Vous pouvez lire, effectivement, Claudel, c'est magnifique, Saint-Jean de Perse, c'est magnifique.
04:50Et voilà, il l'est rattrapé.
04:52Mais en effet, pour un public qui lit peu, je pense que le public de la Furia est un public qui est venu à la lecture
04:58et qui est peut-être même venu à l'engagement politique, quoi que ça veuille dire,
05:03par des articles courts, par des formats percutants.
05:06L'idée, c'est d'utiliser ce biais de caractère expéditif pour les emmener vers autre chose.
05:11– Mais dans le panthéon des écrivains, s'en prendre à Paul Claudel ?
05:14– On ne s'en prend pas forcément à Paul Claudel, en fait, c'est vraiment une porte d'entrée qu'on propose à l'acteur.
05:18– C'est le pilier de Notre-Dame qui lui donne une claque, si j'ose dire.
05:24Donc non, on n'a pas ce sentiment-là de s'en prendre au panthéon des écrivains de votre famille de pensée, dans la réalité.
05:31– C'est toujours bien de secouer un peu les idoles, même dans notre famille de pensée.
05:38Quoi que ça veuille dire, d'ailleurs, parce que je ne sais pas ce que recouvre exactement notre famille de pensée,
05:41mais de prendre le cliché que les gens s'en font et d'emmener le lecteur vers autre chose.
05:46– On va se passer sur un deuxième adjectif, peut-être contradictoire avec le premier d'ailleurs, nostalgique.
05:51La nostalgie, c'est le désir dont ne sait quoi, disait Saint-Exupéry.
05:54Eh bien, ce n'est pas votre cas, parce que vous connaissez vos nostalgies,
05:58celle des trains d'autrefois, celle du tango chez Hercie Marchand,
06:01ou celle du patriarche Jean Gamin.
06:03Voilà, ça, on est dans la nostalgie.
06:05Ça, c'est bien une valeur de droite.
06:06– La nostalgie, c'est une valeur de droite, et je ne pense d'ailleurs pas que ça soit entièrement une bonne chose, en tous les cas.
06:13Il y a dans la nostalgie, donc, étymologiquement, la nostalgie, c'est la douleur qu'on ressent quand on a envie de retourner chez soi.
06:19C'est la douleur d'Ulysse qui a envie de revenir à Itaq, alors que ça fait 7 ans qu'il est au lit avec Calypso.
06:23Et la nostalgie, c'est la morphine de l'homme de droite.
06:28La nostalgie, c'est le souvenir de, parfois, de choses qu'on n'a pas connues,
06:31mais qui nous manquent quand même confusément, sans qu'on puisse vraiment expliquer pourquoi.
06:34Alors, du coup, si on essaie de mettre des petites étiquettes sur des petits moments,
06:37ou des figures que l'on regrette, souvent les 30 glorieuses par facilité, mais pas uniquement,
06:44voilà, c'est une façon de s'adresser un peu à ce paysage,
06:48et on a besoin d'un peu de nostalgie, mais pas trop.
06:50– Les trains d'autrefois, vous les avez illustrés, on va le voir.
06:54De toute façon, alors c'était des compartiments où tout le monde était,
06:56tout le monde déjeunère en même temps, les odeurs se mélangeaient,
06:59les gens dormaient à la place des bagages au-dessus.
07:01C'est ça, la nostalgie, c'est ce temps-là ?
07:05– Ça serait réducteur, mais c'est vrai que les trains d'autrefois,
07:09nous, on est peut-être la dernière génération à les avoir connus.
07:12Ces compartiments où, effectivement, on passait quelques heures avec des inconnus,
07:15partager un saucisson, lire un journal, puisqu'on n'avait pas de smartphone
07:18et on n'avait pas des sièges individuels.
07:19Et c'est vrai que c'est une forme de vivre ensemble
07:22qui nous plaisait assez bien, finalement.
07:25Et on n'est pas dans une nostalgie quand on le dit,
07:27effectivement, on se souvient de cette époque.
07:29L'idée, c'est de retrouver dans nos modes de transport et dans nos vies,
07:32cette façon de…
07:32– On est le TGV quand même, non ?
07:35– Bien sûr, mais on s'aperçoit justement que dans le TGV,
07:37il y a une forme de vivre ensemble, comme on dit aujourd'hui,
07:40qui est très artificielle.
07:41Les gens sont tous ensemble mais seuls.
07:44Et la seule chose qu'on entend, c'est le barista qui surjoue la cordialité
07:49des boissons chaudes, boissons fraîches avec les autres de propreté, etc.
07:52Et en fait, tout ça, c'est un enfer un petit peu tiède,
07:55alors qu'il y avait une connivence…
07:57Alors, je parle dans les trains d'autrefois des trains corail fumeurs.
08:00Il y a une connivence des gens qui fument,
08:02comme il y a une connivence des gens qui commandent leur café au comptoir.
08:04Et c'était des gens qui ne se connaissaient pas
08:05et qui partageaient pendant 2-3 heures un vague sentiment de transgression.
08:10– Transgression, transgression, provocateur.
08:13Autre adjectif, un autre adjectif qui trouve toute son ampleur
08:15avec la description de la splendeur des exécutions publiques
08:18ou l'éloge du club des écrivains Col-Labo,
08:21et je cite Brasillac, Drieu-La Rochelle et Robatet, l'art de provoquer.
08:25– Alors, évidemment, sur la splendeur des exécutions publiques,
08:29il y a peut-être un côté volontairement excessif, bien sûr,
08:33qui permet de poser quand même la question de la peine capitale,
08:36qu'on soit pour ou qu'on soit contre,
08:38avec le fait qu'on peut ironiser là-dessus,
08:40mais autrefois, en place de grève, les gens louaient leur chambre Airbnb
08:44dans les conditions de l'époque pour que les exécutions soient réellement publiques.
08:48Et il y avait une valeur de catharsis un peu exotique,
08:52un châtiment qui était thématique avec le crime du coupable.
08:54Donc, on en rigole, mais finalement, on pose de vraies questions.
08:57Et puis, sur les écrivains Col-Labo, ça pose une autre question,
09:00qui n'est pas une provocation.
09:02Vous savez qu'on sépare beaucoup à gauche l'homme de l'œuvre,
09:06en disant, oui, alors peut-être que rétrospectivement,
09:09Sartre, Foucault et je ne sais pas qui sont des salauds,
09:11mais leurs œuvres leur survivent.
09:13On ne s'est jamais posé cette question, ni pour Céline, ni pour Brasillac,
09:16ni pour Robatet, ni pour Drieu, qui sont peut-être des salauds,
09:18mais qui ont quand même écrit des choses magnifiques, denses,
09:22et qui méritent quelques heures d'intérêt.
09:25– Parce que ça, c'est quand même une information que vous donnez,
09:28en disant, derrière ces écrivains, il y a effectivement une œuvre,
09:31et cette œuvre-là, il faut la redécouvrir.
09:32On peut lire le Gilles de Drieu, etc., cette couleur de Brasillac,
09:37et on tombe sur une littérature qui est encore accessible,
09:41parce que des fois, on a, ça c'est une petite information
09:46qui n'est pas dans l'ouvrage, mais on a souvent le sentiment
09:48que ces écrivains-là, dits de droite, dits d'extrême droite,
09:51pour les stigmatiser, n'ont pas passé la rampe, si vous voyez,
09:56et qu'il y a un petit côté désuet pour Barès, pour Maurras,
10:00mais aussi pour des gens comme Drieu, etc.
10:01Est-ce que c'est, vous pensez, le cas ?
10:04– Alors, le Gilles de Drieu est peut-être très marqué entre deux guerres,
10:08et encore, si les gens relisent Aragon, enfin Aurélien d'Aragon,
10:12qui est le pendant un peu de gauche de Gilles, c'est qu'ils peuvent relire Gilles.
10:15Je pense que le feu follé n'a pas vieilli,
10:17parce que c'est toujours la même histoire de romantisme un peu autodestructeur, etc.
10:20Je pense que Brasillac a écrit une anthologie de la poésie grecque.
10:25Pour le coup, puisqu'on parle de l'Antiquité, ça ne vieillira pas.
10:28On peut penser aussi, alors, Rebatté, on peut commencer par le plus accessible,
10:32peut-être ses chroniques cinématographiques.
10:34Il y a une magnifique recension d'Orange Mécanique par Rebatté,
10:39qui n'a pas pris une ride.
10:42Donc, en fait, ils n'ont pas passé la rampe,
10:43parce qu'ils ne sont pas du bon côté de l'histoire.
10:45Mais c'est une autre question.
10:47– Provocateur, passionné, passionné, ça je pense que vous serez d'accord.
10:51Un autre mot qui caractérise votre démarche, une démarche de passionnés,
10:53qui veulent faire partager leur bonheur, leur joie, leurs engagements.
10:57Par exemple, pour Debussy, pour Junger, un héros dégagé, un génie, je vous cite.
11:02Et puis aussi, d'un seul coup, Romy Schneider.
11:05Pourquoi pas ?
11:05– Pourquoi pas ?
11:06– Et pourquoi ?
11:07– Romy Schneider, alors, je vais laisser la parole à Romy ensuite, puisque…
11:12– C'est lui le fan.
11:12– Ah non, non, c'est le ouf.
11:13– On est l'un comme l'autre.
11:14– On est fan l'un comme l'autre, mais…
11:16– C'est-à-dire que quand vous écrivez, Arnaud, c'est vous qui écrivez,
11:19Arnaud Florek, c'est vous qui écrivez,
11:20mais il faut que Romy partage ce point de vue ?
11:22– Toute la trame est faite à deux, oui.
11:24– La trame est faite à deux, après, je ne suis pas toujours d'accord avec Arnaud.
11:28– Sur quoi vous n'êtes pas d'accord, par exemple ?
11:30– Peut-être sur Cyrano, peut-être sur Cyrano,
11:33même si je comprends son point de vue, mais…
11:35– Quel est son point de vue sur Cyrano ?
11:36– Alors ça, je te laisse le présenter.
11:38– Mon point de vue, c'est qu'il y a un contresens sur l'interprétation
11:41du personnage de Cyrano, même si on ne revient pas sur la pièce qui est parfaite.
11:45Le personnage de Cyrano, qu'on considère comme un personnage très français,
11:49très panache, magnifique, etc.
11:50– En réalité, c'est un pauvre type, c'est le saint patron des losers,
11:54il est peut-être très courageux, il est peut-être très enthousiaste, etc.
11:57mais il n'a strictement rien produit sur Terre.
11:59Et puis il est victime d'une maladie de droite,
12:03c'est-à-dire qu'il se perçoit comme l'homme providentiel,
12:06enfin comme l'homme de l'ombre qui écrira pour un homme providentiel
12:09qu'il considère meilleur que lui.
12:10Dans un monde normal, si Cyrano s'était donné les moyens,
12:13il aurait fait abstraction de sa propre laideur
12:14pour essayer de conquérir Roxane par tous les moyens.
12:16– Et d'ailleurs, Christian n'est pas meilleur que lui,
12:17c'est juste qu'il considère que Christian a plus de chances de gagner.
12:20Et donc du coup, il se dit, je me mets dans la route, Christian,
12:22pour aider à gagner, parce qu'il a plus de chances de conquérir Roxane.
12:25– Donc vous n'avez pas le même point de vue qu'Arnaud Florac ?
12:27– Je comprends le point de vue d'Arnaud Florac,
12:29mais je dessine Cyrano de bon cœur, toujours, quand même, non merci.
12:32– Bon, alors passionné, on le voit, y compris pour des personnages littéraires.
12:37Romy Schneider, je reviens, sur elle, grande actrice,
12:42mais est-ce que, pourquoi dans votre panthéon, elle apparaît ?
12:45Il y a beaucoup d'autres, non ?
12:46– Bardot ?
12:47– Alors Bardot, on en a parlé dans le premier.
12:49– C'était dans le premier, oui, contact.
12:51– Il y a quelque chose de très touchant chez Romy Schneider,
12:53qui avait aussi chez Brigitte Bardot d'une manière un peu différente,
12:55mais au lieu de la résumer au fait que ce soit une actrice de grand talent, etc.,
13:00je pense que c'est d'abord une femme fragile, sensible et blessée.
13:04Et une des raisons pour lesquelles on peut revoir une partie,
13:07alors je donne quelques pistes de films qu'on peut revoir avec Romy Schneider,
13:10il faut les revoir avec ce regard-là,
13:13avec le regard que comporte sur une femme qui apparemment a tout réussi,
13:18mais que la vie n'a pas ménagé.
13:20Et on peut lui accorder post-mortem peut-être la tendresse qu'elle aurait aimé recevoir.
13:24– Et Debussy, alors Debussy, là, c'est pas dans le panthéon,
13:27c'est le grand compositeur français,
13:30vous le remettez en haut de la pyramide,
13:32où il n'est plus forcément, convenons-en.
13:35– Probablement, c'est notre meilleur compositeur,
13:39c'est notre plus grand compositeur,
13:41c'est quelqu'un qui a inventé une expression harmonique qui est très riche
13:45et qui est complètement libre.
13:47Les gens connaissent en général le prélude à l'après-midi d'un faune,
13:50mais tout est bien chez Debussy,
13:52et ce qui est intéressant, c'est que Debussy,
13:54mais aussi Ravel, Fauret, etc.,
13:55ont inspiré le jazz des années 50 et suivantes,
14:00et à partir de là, ont irrigué l'ensemble de la musique contemporaine jusqu'à maintenant.
14:03– Oui, je pense que jusqu'à Aya Nakamura,
14:07c'est sans doute un de nos meilleurs musiciens français.
14:09– Alors évidemment…
14:09– La question se pose depuis 50 ans, effectivement.
14:10– Oui, depuis qu'Aya Nakamura a percé,
14:12la question entre Debussy et elle n'est pas tranchée, bien sûr.
14:15– L'histoire le tranchera.
14:16– L'histoire le tranchera, on laisse ça en suspens, donc.
14:18– Laissons-le en suspens.
14:19– Voilà, mais elle n'est pas totalement abouti non plus,
14:21donc laissons-lui encore quelques années.
14:23Cato, cato, cato, cato,
14:25de l'efficacité du bénédicité à la réussite du pèlerinage de Chartres,
14:29en passant par le vrai scoutisme,
14:30« Éducation minimum » est écrit et dessiné avec une plume
14:34et un pinceau trempés dans l'eau bénite.
14:36Il y en a partout.
14:38– Pourquoi pas ?
14:39On ne va pas changer ce qu'on est.
14:41En revanche, l'idée pour les lecteurs qui ne sont pas forcément catholiques…
14:45– C'est pas très la furia, quoi.
14:46Cato…
14:47– Détrompez-vous.
14:48– Détrompez-vous.
14:48– La furia, c'est pas seulement un harakiri réactionnaire.
14:54Il y a de tout dans la furia.
14:55Et c'est ça qui rend le magazine intéressant.
14:57Et d'ailleurs, Marceau, avec beaucoup de finesse,
14:59on ne se connaissait pas avec Romé quand la furia a été lancée,
15:01nous a binommés, a fait illustrer mes articles par les dessins de Romé.
15:04Et c'est comme ça qu'on est devenus amis
15:06et qu'on a commencé cette série de livres.
15:08Donc oui, il y a des cato qui travaillent pour la furia,
15:10nous et d'autres.
15:11– Mais est-ce que c'est pas tout ça un peu associé à d'autres adjectifs ?
15:17Nostalgie ?
15:19– On a l'impression que vous parlez d'un monde qui n'existe plus.
15:22Mais c'est quand même quelquefois le sentiment que l'on a.
15:26Je sais aussi être provocateur, un adjectif que je peux aussi…
15:29– On a fait attention pourtant à inscrire ce bouquin…
15:33– C'est incérant, le bénédicité, enfin je veux dire.
15:35– Alors il est quotidien pour nous, mais…
15:36– Oui, pas pour tout le monde, si.
15:38– Oui, mais bon, c'est pas une photo de l'état actuel du monde.
15:41C'est aussi une exhortation.
15:42Donc l'idée, c'est au contraire de proposer à nos lecteurs,
15:45dire en fait, vous savez que cette chose existe,
15:46cette chose est une façon de rappeler à vos enfants
15:49pourquoi est-ce qu'ils ont quelque chose à manger dans leur assiette
15:51et de rendre grâce à toute cette chaîne
15:54qui, du bon Dieu à l'agriculteur en passant par la maman,
15:57a fait qu'on a un place taguette.
15:59– Et on quitte le livre de chronique pour revenir à un manifeste ?
16:02– Mais vous l'avez vu, on n'a pas trempé…
16:05Moi, je n'ai pas trempé ma plume dans l'eau bénite,
16:07pas davantage que Romain a trempé son pinceau dans l'eau bénite,
16:10puisqu'on est capable de parler dans le même livre du bénédicité et d'autres choses.
16:15On peut par exemple se dire qu'un livre dans lequel on trouve
16:17à la fois le pèlerinage de Chartres et un hommage à S.A.S. de Gérard de Villiers
16:22n'est pas forcément un livre de catéchisme.
16:25– Eh oui, oui, bien sûr, parce que moi j'ai trouvé un autre,
16:26effectivement, adjectif qui vient contredire.
16:29Je suis d'accord avec vous ce que j'ai essayé de définir
16:32il y a quelques instants.
16:33C'est effectivement le terme grivois, avec un nouvel adjectif,
16:37grivois, les aventures du prince Malco,
16:38qui ont, je vous cite, fait beaucoup pour l'éveil des adolescents
16:41des années 70-90, car je cite encore le héros des romans de Gérard de Villiers,
16:46des fourrailles comme un dingue, mais on ne parle pas ici de pistolet extra-plat.
16:52De quoi on parle ?
16:53– On parle de l'activité charnelle du prince Malco,
16:56qui a un pistolet extra-plat, mais dont ce n'est pas l'arme principale.
16:59Et je disais que ça avait fait beaucoup pour l'éveil des adolescents
17:03des années 70-90, vous savez que c'est des sujets
17:05qu'on n'abordait pas sereinement en famille dans ces époques-là.
17:08Donc je pense que beaucoup de vos spectateurs verront que,
17:13enfin se souviendront qu'il y a un coin maudit
17:16dans beaucoup de bibliothèques familiales,
17:18dans lesquelles on trouvait des rayonnages de SAS un peu cornés,
17:21dont on ne parlait pas trop, etc.
17:22Et au-delà de l'aspect grivois qui est drôle et qui a plutôt bien vieilli,
17:26ce sont quand même des livres qui géopolitiquement sont très pointus,
17:33sont très bien sourcés.
17:36Au point que Hubert Védrine avait convoqué Gérard de Villiers
17:38pour lui dire qu'ils avaient probablement les mêmes sources
17:40quand il était ministre des Affaires étrangères.
17:42Donc il y a ça aussi.
17:43Et puis voilà, c'est un hommage à un écrivain de la famille Villiers
17:46qui est peut-être injustement méconnu,
17:48mais qui ne rend garde point à Pierre ou Philippe en termes de succès littéraire.
17:51– Voilà, on parle bien de Gérard de Villiers.
17:54Un énorme succès à l'époque,
17:56énorme succès, aujourd'hui quasiment oublié au fond des bibliothèques.
18:02– Je ne crois pas qu'il ait été oublié,
18:03je pense que sa disparition laisse les lecteurs de SAS un peu orphelins,
18:09mais qui peut écrire SAS après Gérard de Villiers ?
18:11Mais je pense que les gens connaissent encore très bien les aventures de Malco.
18:16– Prince Malco.
18:17C'est votre adolescence alors ?
18:19– C'est mon adolescence et pas seulement la mienne, oui.
18:21– D'accord.
18:21– Je ne vais plus être coupable.
18:22– D'accord, c'est clair.
18:23– Deux adjectifs protecteurs, protecteurs, avec un très beau chapitre,
18:28je dois dire sur les enfants trisomiques et cette sentence,
18:30on croit au caractère sacré de la vie, mais de la sienne uniquement.
18:35Et là, on n'est plus dans le manifeste, on n'est plus dans la chronique,
18:39on est dans l'essentiel, dans le cœur nucléaire de ce qu'est l'humanité,
18:43défendre le plus faible.
18:44– Oui, il y avait un chapitre que j'avais fait dans le premier tome sur la tendresse,
18:48qui était à mon sens une valeur typiquement,
18:51alors je ne sais pas ce que ça veut dire de droite,
18:52mais en tout cas une valeur méconnue et parfois un peu moquée.
18:57– Dans laquelle on doit se reconnaître en tout cas, et qu'on doit promouvoir.
19:00– Et donc, oui, la protection de ce qui est plus faible,
19:06la protection de ce qui est plus fragile,
19:08est probablement une des choses principales d'une éducation futile minimum.
19:12Et je pense qu'en effet, dans notre société post-moderne,
19:15on croit au caractère sacré de la vie, mais la sienne uniquement.
19:17Et raison pour laquelle, vous savez qu'on traverse un âge glaciaire démographique,
19:21là les chiffres sont tombés il n'y a pas très longtemps,
19:23on n'a pas envie de s'embêter avec des enfants,
19:26mais je ne vous parle même pas d'enfants handicapés.
19:27Donc voilà, il y a quelque chose à rétablir dans la hiérarchie de l'humanité.
19:32– Vous comprenez que la société, par les moyens de santé aujourd'hui,
19:37et l'introspection de l'enfant à naître,
19:40puisse mettre un terme à l'existence d'un enfant trisomique
19:43dont on sait qu'il aura une vie compliquée, difficile, pour les parents bien sûr,
19:50mais aussi pour lui, et on sait bien évidemment qu'un enfant trisomique
19:53n'ira pas au-delà de 50 ans à peu près,
19:57je pense que ça va être la moyenne, sans dire de grosses bêtises,
20:00est-ce que vous comprenez que l'on puisse éviter cela ?
20:03– Oui, et vous avez dit plus haut, avant de nous parler du prince Malco,
20:08qu'on était catho, effectivement à vue humaine,
20:11c'est une vie qui ne semble pas enviable,
20:13un trisomique, il ne fera pas HEC, il ne roule pas en Mercedes, c'est sûr.
20:17Mais la question qui se pose, c'est de savoir si c'est à nous
20:20de juger ce qu'est une vie enviable, mais je ne le pense pas.
20:23– Et d'ailleurs, vous avez très bien pointé, vous avez parlé des parents,
20:26en fait le sujet, ce n'est pas forcément la vie de l'enfant trisomique,
20:29qui souvent, pour en connaître quelques-uns, sont plutôt des gens heureux.
20:32– Il y avait des évolutions heureuses, d'ailleurs, souvent, il y avait des évolutions heureuses,
20:35parce que… – C'est plutôt la question de l'entourage,
20:37de l'acceptation, du regard que des parents,
20:42pour qui l'enfant est devenu un projet ces 30 ou 40 dernières années,
20:45ce qui est un sujet par ailleurs, un enfant, nos yeux, n'est pas un projet,
20:49du coup, oui, forcément, un enfant trisomique, comme un enfant chauve,
20:52ça ne rentre pas forcément dans le projet.
20:55Non, mais dans ce cas-là, parlons de tous les handicaps au sens large,
20:59et avortons Beethoven, c'est absurde, en fait,
21:03si on tire le sujet jusqu'au bout, or, comme on le dit et comme on l'écrit,
21:06oui, aujourd'hui, 97% des grossesses, je ne sais pas quel terme,
21:11mais avec un enfant qui peut être identifié comme portant un risque de trisomie,
21:14parce qu'on ne parle même pas d'enfant trisomique,
21:16mais portant un risque, une clarté nucale plus élevée de trisomie,
21:20sont avortés.
21:21C'est une vraie question.
21:22C'est une vraie question, ce sont des choix de société qui ont été faits,
21:25avec lesquels, en tant que catholique, on l'assume, on n'est pas forcément d'accord,
21:28et on a choisi, effectivement, d'en parler.
21:30– Et c'est important d'en parler, parce qu'on est dans un livre
21:33qui manie l'humour, qui manie l'ironie,
21:35et à ce moment-là, on est un peu comme quand la République,
21:37elle veut ta peau, dans un autre domaine,
21:39on sort de ce climat, si je laisse dire, littéraire, ironique, humoristique,
21:44vers quelque chose de beaucoup plus dur, de beaucoup plus compliqué aussi.
21:48– Il y a un peu d'ironie quand même,
21:50parce que mon idée, c'est que beaucoup d'adultes trisomiques,
21:54qui servent par exemple dans les merveilleux Cafés Joyeux,
21:57pourraient utilement tenir des emplois de fonctionnaires rébarbatifs,
22:01et qu'on leur pardonnerait volontiers.
22:03Moi, j'aurais plus de mal à pardonner à un adulte,
22:05en apparence tout à fait normal, même si ça ne veut pas dire grand-chose,
22:08de me relancer pour l'énième fois, de rater ses courriers,
22:11d'envoyer des pièces justificatives sans que ni tête,
22:15je pourrais pardonner volontiers à un trisomique de faire ce genre d'erreur,
22:17et beaucoup moins à un fonctionnaire, en apparence,
22:22dont les chromosomes sont nickels.
22:23– Mais là, on entre dans le sujet,
22:26on entre dans une lecture utilitariste de l'enfant ou de l'adulte trisomique.
22:30Or, ce n'est pas sur notre terrain, là, on va sur le terrain de l'adversaire,
22:33quand on a une lecture utilitariste du trisomique,
22:35c'est un être humain, c'est une vie qui est aimée de Dieu, point.
22:37En fait, on n'a pas à justifier de dire, oui, ils peuvent être utiles,
22:41ils peuvent servir, c'est le sujet.
22:43– C'est une raison de lire cet ouvrage,
22:44parce que ça amène des questionnements, comme on dit aujourd'hui,
22:47ça amène à se poser des questions,
22:49parce que personne ne dispose de la vérité,
22:51avec un survet sur cette question-là,
22:53et puis bien évidemment, de ceux qui le vivent témoignent souvent,
22:56et d'ailleurs témoignent dans votre sens plus souvent,
22:58que dans le sens de ce n'est pas un bon choix,
23:01mais c'est plutôt quelque chose qui est rapporté à la fois des joies,
23:05des bonheurs, des merveilles.
23:06Ce beau texte que j'évoquais, il ne doit pas cacher l'humour et l'ironie,
23:12qui sont les signatures quand même de ces chroniques.
23:14L'humour, c'est ma dernière question,
23:16est-ce que c'est aujourd'hui la dernière arme civilisée
23:20pour défendre notre culture française ?
23:22– Depuis la disparition du duel, probablement, oui.
23:26– Un regret.
23:27– Un regret, oui, alors Bernard Lugand en a parlé beaucoup mieux que moi
23:32de la disparition du duel.
23:33– Oui, que vous évoquez Bernard Lugand, bien évidemment,
23:35j'ai oublié de le citer. – Oui, il y a quelque chose d'intéressant
23:38quand même dans le fait d'assumer les paroles qu'on prononce,
23:40on le voit aujourd'hui.
23:42Mais pour revenir sur votre question, oui, peut-être que l'humour,
23:44alors je ne dirais pas que c'est la dernière arme,
23:45je dirais que c'est la première en fait.
23:48La raison pour laquelle on a inventé un certain nombre de dispositifs,
23:52la politesse, la galanterie, l'humour, etc.
23:53C'est pour domestiquer les passions primales.
23:58Et donc, au lieu de sortir le colt, on répond avec une ironie ou une…
24:04– Ce n'est pas de l'ironie, je pense que c'est plus une forme de légèreté
24:07qu'on essaye de… on n'est pas des ironiques, on n'est pas des cyniques.
24:10Je pense que c'est… ouais, c'est plus une politesse.
24:13C'est l'emploi qu'Arnaud fait de l'humour dans le bouquin,
24:16c'est plus une forme de correction, c'est-à-dire que les sujets peuvent être graves,
24:20on n'a pas des trisomiques, peuvent être plus légers.
24:22Bon, on essaye de garder une forme de légèreté dans le ton
24:25pour ne pas apesantir le propos.
24:27– Éducation minimum 3, c'est quand ? Je le sache quand je vous reçois.
24:31– Dans deux ans, vous le recevez dans deux ans, prenons date dès maintenant.
24:34– Ce sera TVL qui vous recevra.
24:36– On essaie d'en sortir tous les deux ans.
24:37– En attendant, je vous invite à découvrir cette Éducation minimum 2,
24:41c'est aux éditions Magnus, éditions que vous connaissez bien sur TV Liberté,
24:45et vous savez que cet ouvrage, vous pouvez l'acheter tout de suite sur tvl.fr,
24:49vous allez sur le site de TVL et vous allez dans la boutique de TVL pour vous le procurer.
24:54Merci à vous, messieurs.
24:55– Merci à vous.
24:56– Merci beaucoup.
24:56– Merci beaucoup.
24:57– Sous-titrage ST' 501
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