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  • il y a 1 jour
Que reste-t-il à transmettre à une jeunesse qui grandit dans un monde où l'histoire, les traditions et la foi sont sans cesse remises en question ? Dans "Lettres à mes petites-filles", Anne Brassié livre un véritable testament spirituel et culturel. À travers ses souvenirs, ses lectures et son expérience, elle rappelle que l'on ne construit pas son avenir en faisant table rase du passé. Famille, mémoire, beauté, féminité, foi chrétienne : autant de repères qui, selon elle, permettent aux jeunes de ne pas devenir les proies des modes, des idéologies ou de l'air du temps.
Une conversation sur la transmission, l'enracinement et ce qui donne la force de rester libre.

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Transcription
00:00TV Liberté est en danger. Aujourd'hui, je ne vais pas y aller par quatre chemins.
00:04L'avenir de TVL est menacé. Nous faisons les frais d'un effet ciseau.
00:08Je vous explique. D'une part, les politiques catastrophiques des deux quinquennats Macron ont appauvri les Français.
00:13Les conséquences se font sentir. Même nos plus fidèles téléspectateurs peinent à soutenir TVL autant qu'ils voudraient le faire.
00:19De l'autre côté, les attaques du pouvoir nous ont infligé de sévères blessures.
00:23Un an après la fermeture arbitraire de notre compte bancaire, les pertes et les coûts globaux de plus de 442
00:30000 euros mettent évidemment en péril la pérennité de TV Liberté.
00:34À cela s'ajoute un dernier facteur, la censure insidieuse des géants du numérique.
00:40Malgré le cap d'un million d'abonnés à la chaîne TVL, un cap historique pour un média alternatif, nos
00:45émissions, comme nos appels aux dons, sont invisibilisées pour réduire notre impact.
00:49Face à cette pression croisée, inédite, du système, je vous garantis toutefois que toute l'équipe a su garder intacte
00:57son envie de vous informer.
00:58Mais nous ne pourrons pas poursuivre cette mission si la mobilisation pour TVL ne s'amplifie pas vaillamment.
01:04Il nous manque encore beaucoup pour que nous puissions finir l'année.
01:07Alors je vous le demande, si vous le pouvez, faites dès à présent un don à TV Liberté pour battre
01:13en brèche le pouvoir et imposer la liberté d'informer.
01:15Mais rappelez-vous, chaque don à TVL est déductible à 66% de vos impôts.
01:20Il vous coûtera donc le tiers de la somme versée.
01:22Alors je compte sur vous avant qu'il ne soit trop tard.
01:25– Bonjour à tous et bienvenue dans notre Zoom aujourd'hui en compagnie d'Anne Brassier.
01:43Bonjour chère Anne.
01:44– Bonjour Pierre, bonjour chers amis de TV Liberté.
01:47– Anne Brassier est écrivain, journaliste, l'animatrice pour TVL de l'émission Perle de Culture.
01:54Et vous publiez ce bel ouvrage, Lettres à mes petites filles, préfacé par Guillaume de Thieu-Lois,
02:00qui est également l'animateur pour TV Liberté de l'émission Terre de Mission, l'émission religieuse de la chaîne.
02:08Alors Anne, pourquoi avoir ressenti l'urgence d'écrire cette lettre à vos petites filles aujourd'hui ?
02:15– Eh bien tout simplement parce qu'on a si peu de temps pour s'aimer sur la Terre.
02:21C'est Anna Nenohai qui parle.
02:25Elles arrivent et moi je vais bientôt partir, c'est dans la règle du jeu.
02:29Et j'ai eu cette conscience-là, l'enterrement d'un vieil ami,
02:34qui était un homme que j'aimais beaucoup, qui était très brillant.
02:38Les premiers rangs de l'église étaient occupés par plein de petits-enfants.
02:42Et je me suis dit, ils ne connaîtront pas leur grand-père.
02:45Et je me suis dit, quelle tristesse.
02:49Donc je me suis dit, bon, je vais témoigner pour comme ça,
02:53quand je serai sous la dalle, il y aura quelque chose qui restera.
02:57C'est retenir le temps, c'est ça l'idée.
03:01Et puis leur expliquer d'où elles viennent,
03:06d'où, qui étaient leurs parents, arrière-grands-parents,
03:10arrière-arrière-grands-parents.
03:12Et je suis remontée jusqu'en Bretagne, juste après la Révolution.
03:18J'ai trouvé une petite bretonne drôlement dynamique,
03:23qui s'appelait Anne-Marie,
03:25et qui a été enceintée, comme on dit en Afrique,
03:30mais qui n'a pas été épousée.
03:33Et c'était une situation très difficile à l'époque.
03:36Et donc elle a accouché,
03:39et elle a pris son petit beluchon,
03:41et elle a tracé une ligne droite,
03:44et elle a marché probablement,
03:47ou pris des carrioles, jusqu'à Bernay.
03:49Et donc la famille de Bretonne est devenue normande.
03:54Voilà.
03:55Et vous écrivez que notre époque souffre d'une forme d'amnésie.
03:59Qu'est-ce que les Français ont oublié, selon vous ?
04:03Ah ben là, je vous réponds avec la préface de Guillaume de Thionois,
04:06qui est une petite merveille.
04:08Nous vivons dans un monde qui valorise l'instant au détriment de la durée,
04:13l'émotion fugace au détriment de la fidélité,
04:16la nouveauté au détriment de l'héritage.
04:19Tout concourt à nous persuader que nous pouvons nous inventer nous-mêmes
04:23comme si nous ne devions rien à personne,
04:27comme si notre histoire commençait avec nous.
04:30Cette illusion moderne n'est pas une erreur seulement,
04:34c'est une mutilation monstrueuse.
04:37Ça me paraît fou, on est pétris de nos ancêtres.
04:41Moi je me suis rendu compte en faisant ces études
04:43que j'étais vraiment la réincarnation d'une de mes grands-mères.
04:48J'ai retrouvé, après avoir fini ce petit travail, cette lettre,
04:53j'ai retrouvé le début, les 15 premières pages d'un journal intime
04:58écrit par ma grand-mère paternelle.
05:01C'est quand même inouï.
05:02Elle commence sa lettre dans les mêmes termes que moi,
05:0580 ans avant moi.
05:07C'est inouï.
05:08Il y a un héritage des gènes, vous voyez ?
05:12Et cet héritage-là, il n'est pas taxé.
05:15– Et cet héritage que les Français ont perdu ?
05:18– Complètement, ils ne savent pas.
05:20Alors d'abord, vous le savez, les familles sont éclatées par le monde,
05:24donc les enfants n'ont plus de contact avec les grands-parents, d'une part.
05:30D'autre part, il y a cette espèce d'éloge de la jeunesse qui est tragique
05:36parce que quand même, la jeunesse a tout à faire pour s'instruire
05:40et acquérir un peu d'expérience et travailler.
05:45Et si vous voulez, il faut absolument leur montrer
05:51comment ont travaillé leurs ancêtres.
05:53Moi, j'ai découvert que mes parents étaient…
05:55Mais ma généalogie a été faite de gens, de sacrés travailleurs.
06:02Le grand-père paternel était un journalier à Bernay.
06:06Il était répertorié dans l'honneur administratif comme journalier,
06:10c'est-à-dire celui qui travaille à la journée.
06:12Et il a si bien travaillé et il était probablement si intelligent
06:17qu'il a fini dans la direction d'Astra Calvé,
06:22vous savez, cette maison célèbre qui faisait cette margarine
06:27dont il ne mangeait pas parce qu'en bon breton,
06:29il ne mangeait que du beurre et du beurre salé.
06:32Alors, votre ouvrage, Anne Brassier, est traversé par une idée.
06:36Nous héritons avant de transmettre.
06:38Cette chaîne de transmission est aujourd'hui rompue, selon vous.
06:42Comment, au-delà de l'écriture, de votre volonté de transmettre
06:47par ce livre, peut-on rétablir la transmission ?
06:51– Je crois que c'est témoigner.
06:54C'est témoigner ce qui a fait nos vies,
06:58ce qui a fait notre culture,
07:00ce qui a fait nos amitiés et nos admirations.
07:04Moi, dans ce livre, je leur dis de filer à Rome,
07:09je leur dis de visiter toute l'Italie du nord au sud,
07:14et je leur explique pourquoi.
07:17Et j'ai choisi sciemment l'Italie parce que c'est un pays
07:20qui respecte son passé.
07:24C'est un pays qui garde absolument toutes ses traditions
07:29et qui en est fier.
07:33Alors que chez nous, on a un petit peu l'impression
07:35que le sport principal, c'est d'abîmer,
07:40construire une pyramide devant Louvre,
07:42mettre un niqui de Saint-Fal devant la fontaine des Saints-Innocents,
07:48notre culture contemporaine est une attaque permanente
07:53contre le passé.
07:56C'est fatigant.
07:57– Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui vous diront
08:00« Anne Brassé, il faut vivre avec son temps » ?
08:02– Alors, je vais vous dire que le temps est une idée
08:06tout à fait sotte.
08:08Je sais, mes petites filles m'en le disent,
08:10les temps ont changé.
08:11Mais les temps n'ont pas changé.
08:14D'abord, j'ai l'habitude de répondre drastiquement.
08:17Les enfants apparaissent toujours par le même petit trou.
08:21Ça, c'est une certaine permanence, n'est-ce pas ?
08:24Alors, d'abord, il y a cette permanence-là.
08:26Et par ailleurs, les règles de la vie en société, l'esthétique,
08:31les règles du bonheur, parce qu'il y en a,
08:34sont toujours les mêmes depuis qu'Adam et Ève sont descendus sur la Terre.
08:38Et quand on fait des bêtises, on les paye.
08:40C'est l'histoire d'Adam et Ève, vous voyez ?
08:42Donc, cette idée de dire que les temps ont changé,
08:46c'est l'idée la plus sotte qui soit.
08:51Et puis, si vous voulez, c'est une phrase qui a été dite
08:55depuis les Grecs et les Latins.
08:58Et les vieux écrivains ont toujours répondu
09:00non, les temps ne changent pas.
09:02C'est une mode et ça passera.
09:05Alors, vous racontez vos grands-parents, vos parents,
09:08vos souvenirs d'enfance.
09:09Pourquoi la mémoire familiale est-elle, selon vous,
09:13devenue un acte de résistance ?
09:15Alors, c'est un acte de résistance
09:18et c'est aussi un acte de...
09:20C'est une source de joie.
09:23Dostoevsky, dans Les Frères Karamazov, dit
09:26« Vous devez savoir qu'il n'est rien de plus élevé,
09:30de plus puissant, de plus sain, ni de meilleur
09:33pour votre vie à venir que quelques beaux souvenirs,
09:37et en particulier les souvenirs d'enfance.
09:40Si un homme emporte beaucoup de tels souvenirs avec lui dans la vie,
09:44il est garanti jusqu'à la fin de ses jours.
09:47Et s'il ne lui reste...
09:49ne serait-ce qu'un beau souvenir dans son cœur,
09:52même cela peut être, en quelques moments,
09:55une planche de salut.
09:57Donc, si vous voulez, un bagage de souvenirs,
09:59c'est une assurance de bonheur jusqu'au dernier jour.
10:04Et on le voit bien, d'ailleurs,
10:06toutes les personnes âgées vous parlent de leur enfance.
10:09Et je me suis rendue compte que
10:12se plonger dans ses souvenirs,
10:14c'est manger une glace au caramel ou à la vanille tous les jours.
10:22Enfin, c'est d'une douceur exquise.
10:24En plus de ça, vous tirez sur un souvenir.
10:28Vous le respirez, vous vous charmez avec lui.
10:31Et tous les autres viennent après.
10:33Ils arrivent en cavalcade.
10:34C'est ça qui est inouï.
10:36Alors, vous parliez de l'Italie tout à l'heure.
10:39Comment ce pays a réussi à maintenir ses traditions ?
10:43Comment ses habitants ont réussi à rester dans leurs traditions ?
10:46Pourquoi la France a perdu ce respect de son passé ?
10:50– Nous, si vous voulez, on a connu une révolution.
10:54La révolution, c'est…
10:55Les Italiens, ils n'ont pas eu cette révolution.
10:58Nous devons chaque matin, du passé, faire table rase.
11:02C'est quand même un axiome bien connu.
11:05Et toute personne qui est tournée vers le passé
11:08est discréditée, traitée de crétin à pince.
11:11– Et de réactionnaire.
11:13– Et de réactionnaire, ce qui est une accusation très sotte,
11:18parce que de toutes les façons, tout le monde,
11:20chacun de nous est pétri de ce passé.
11:23Donc, et puis, je veux bien qu'on ne soit pas attaché au passé.
11:29Mais alors, il faut raser toutes les villes,
11:31il faut raser toutes les églises, il faut raser toutes nos cathédrales.
11:34Allons-y gaiement, je veux bien.
11:36– Et vous êtes très critique envers l'idée moderne
11:39selon laquelle chacun se réinvente lui-même.
11:43Alors, pourquoi vous considérez cette vision comme une impasse ?
11:46– Parce qu'on ne se réinvente pas.
11:49Vous savez, il y avait une émission très, très célèbre
11:52qui disait « c'est mon choix ».
11:55C'est mon choix.
11:56Et les sujets les plus escabreux étaient annoncés.
12:00Il y avait des femmes qui venaient en disant « c'est mon choix d'avorter ».
12:04La loi sur l'avortement, on n'était pas encore dans les tiroirs.
12:08Il y a sûrement eu des « c'est mon choix de m'habiller en dégueulasse,
12:11c'est mon choix de ne pas me coiffer le matin,
12:14c'est mon choix de montrer mon nombril ».
12:18Vous voyez ?
12:19Et moyennant quoi, si vous voulez, on arrive dans une société
12:23qui a quand même des petits problèmes de barbarie patent.
12:27Enfin, je veux dire, vous n'avez qu'à vous promener dans la rue,
12:31c'est sidérant ce qu'on voit, sidérant.
12:36Les pauvres jeunes…
12:37– Les Français ont oublié leurs devoirs ?
12:39– Leurs devoirs de…
12:41Mais je ne veux pas dire seulement au niveau moral,
12:43bien évidemment, la morale, quelle drôle d'idée,
12:46c'est complètement ridicule.
12:48Mais c'est tout ce qu'on appelle les lois du vivre ensemble,
12:51pour prendre un mot à la mode.
12:54Si nous vivons ensemble, il faut être présentable,
12:58il faut avoir le sourire, il faut être lavé et coiffé et habillé
13:05de façon à ce que les gens que l'on rencontre soient heureux de vous rencontrer.
13:08Et non pas, vous savez, ces jeunes filles qui sont en noir,
13:15avec des percings partout et des signes sataniques sur le front,
13:20qui sont terrorisantes, et on se dit « Où est-ce qu'on est tombé ? »
13:25Et ça, si vous voulez, c'est interdit.
13:27Et tenez-vous bien, les grands-mères n'ont même plus le droit de le faire.
13:30On dit aux grands-mères « Vous êtes là pour donner des bonbons
13:36et payer les stages, le voile de tennis et de machin,
13:40mais vous ne devez pas vous ingérer l'éducation. »
13:46Non, ça, ce n'est pas votre problème.
13:48Et c'est quand même supprimer le pouvoir des grands-mères et des grands-pères.
13:55Ce qui est d'ailleurs tout à fait idiot,
13:57parce que ça se fera sans la permission des parents.
14:00C'est évident, parce qu'on est des témoignages.
14:02– Alors vous, consacrez par ailleurs plusieurs pages à la féminité,
14:07à la mode, au féminisme contemporain.
14:10Est-ce que, selon vous, les femmes ont gagné en liberté ?
14:14– Bien sûr que non.
14:15Elles sont devenues des objets.
14:18On peut louer leur ventre, vous le savez.
14:21Ça coûte très…
14:22– Pas en France.
14:23– Oui, pas encore en France.
14:25Mais enfin, c'est pareil.
14:26Si on le fait en Ukraine, n'est pas aux ukrainiennes,
14:28c'est quand même assez triste.
14:30– Elles sont devenues un objet du capitalisme.
14:34– Elles ont le droit de travailler, vous diront-elles.
14:36– Et elles ont travaillé depuis…
14:37– D'avoir un chéquier, d'avoir un compte en banque, de voter…
14:41– Quel pouvoir, le chéquier ?
14:43– De s'acheter des chaussures.
14:44– De voter, n'oubliez pas le pouvoir de voter pour tous…
14:48– 1946 ou 1945.
14:50– Pour tous ces gens qui nous empapahoutent tous les jours.
14:52Non, non.
14:53Là, elle ferait liberté, d'ailleurs.
14:55– Elle est où, alors ?
14:56– Il faut lire, Régine Bernou,
14:59« La femme au temps des cathédrales ».
15:01Je peux vous dire que les femmes d'aujourd'hui
15:03n'ont pas beaucoup de leçons, de liberté à donner
15:06aux femmes du Moyen-Âge.
15:08Elles géraient leur patrimoine.
15:10Elles étaient totalement indépendantes.
15:13C'est Napoléon qui a vissé les femmes
15:18en leur retirant beaucoup de droits.
15:20Mais les femmes du Moyen-Âge étaient tout à fait indépendantes.
15:24Maintenant, j'ai écrit un petit pamphlet
15:26qui s'appelle « Cessez de nous libérer ».
15:29Je vous renvoie à ce livre.
15:31La messe est dite.
15:33Vous y m'indignez, la liberté…
15:34– Mais qui a libéré les femmes, d'ailleurs, un mois-ci ?
15:37– Le grand capital et des féministes de gauche
15:43qui se sont créés, des fantasmes.
15:48Enfin, où est la liberté quand vous êtes obligés
15:50de partir à 8h du matin, de rentrer à 7h du soir,
15:54de déléguer vos enfants à quelqu'un d'autre
15:57qui s'en occupe, comme nous le voyons,
15:59dans les maternelles de Paris avec une attention particulière.
16:03Enfin, je veux dire…
16:04Et donc, elle n'a pas une journée de travail.
16:07Elle en a deux ou trois.
16:08Elle rentre, il faut la nourriture,
16:10coucher les enfants et repartir le matin.
16:12Non, la liberté est très, très relative.
16:15C'est une vaste plaisanterie.
16:18– Sur la crise actuelle que la société française traverse,
16:23vous dites qu'elle est surtout spirituelle.
16:25Alors, comment peut-on encore transmettre la foi chrétienne
16:29dans une société qui s'en éloigne ?
16:31– Alors, la crise est spirituelle.
16:33Et alors, je vais vous citer encore,
16:37mais vous savez, j'adore les citations.
16:39Et j'ai découvert, en faisant ce livre,
16:43un Nicolas Gomez d'Avila, qui est assez inouï.
16:48– Un argentin ?
16:49– Un colombien.
16:50– Un colombien.
16:50– Un colombien.
16:51Et il est assez merveilleux,
16:55parce qu'il nous dit
16:56« La société moderne, tout entière attachée,
17:01a libéré sa débauche. »
17:04Une citation comme ça, mais je vais la retrouver.
17:06– Qu'est-ce que vous entendez par « débauche » ?
17:08– Oui, voilà la citation de Nicolas Gomez d'Avila,
17:12qui est colombien, au début du siècle.
17:14« L'homme moderne ne défend énergiquement que son droit à la débauche. »
17:19C'est assez d'actualité, non ?
17:21– Mais qu'est-ce que vous entendez par « débauche » ?
17:23– Écoutez, vous voulez que je vous fasse un schéma ?
17:26La débauche, tout azimut, évidemment,
17:30la débauche sexuelle, la débauche intellectuelle,
17:33le grand mélange, la grande confusion.
17:36– La grande inversion.
17:37– La grande inversion, très très bon.
17:40Très très bon, oui.
17:41Alors, vous me posiez cette question sur le christianisme.
17:43Le problème, c'est que le même type qui est vraiment extraordinaire,
17:48donc ce Nicolas Gomez,
17:50« Là où le christianisme disparaît,
17:54cupidité, jalousie et luxure
17:58inventent mille idéologies pour se justifier. »
18:02C'est fabuleux, non ?
18:03On y est encore.
18:04C'est pour ça que j'aime, moi,
18:06ces réflexions de gens qui ont vécu il y a cent ans
18:10et qui ont compris le monde dans lequel on est.
18:14Alors, le même Nicolas est très drôle aussi.
18:16Il dit « Toute idée qui n'a pas mille ans
18:19n'est pas fiable. »
18:20Ça, j'aime beaucoup.
18:23Voilà, je suis une horrible réactionnaire.
18:25Je suis désolée.
18:26– Anne, quels seraient selon vous les trois plus grands dangers
18:30dans la société auxquels il faut résister aujourd'hui ?
18:35– Eh bien, c'est l'objet de la troisième partie de mon livre.
18:41C'est cette question, pour en tout cas les petites filles,
18:47mais pour les petits garçons aussi,
18:49c'est celle d'être ce problème de débauche sexuel,
18:52ne pas être des proies sexuelles.
18:55Mais il faut aussi ne pas être des proies politiques.
18:59Nous sommes envahis de propagande,
19:01nous sommes abreuvés de mensonges.
19:04Et donc, les parents et les grands-parents
19:08ont le devoir de témoigner et de rectifier
19:11toutes les bêtises qui sont dites là, ça et là.
19:16Et ça, je crois que c'est très important.
19:19Et le troisième danger, c'est d'être une proie spirituelle.
19:25On voit bien que tout est fait aussi pour une église
19:32qui va s'adapter au monde,
19:35alors que c'est le monde qui doit s'adapter à l'église.
19:37C'était une citation de Jean Madiran.
19:41Et si le monde ne va quand même pas très très bien,
19:44notre pauvre monde, c'est bien que l'église n'y a plus
19:51cette action bénéfique et ce guidage
19:55qui était celui des anciens.
19:57Alors, le monde a toujours mal marché, disait Benville.
20:01Mais tout de même, il y avait des avenues droites
20:05et on pouvait y marcher.
20:08Là, ça devient quand même une grande cacophonie.
20:13Et je suis inquiète pour elle.
20:16Je me dis, mais ce n'est pas possible.
20:19– Et parmi tous les conseils que vous laissez
20:22à vos petites filles dans cet ouvrage, Anne Brassier,
20:25quel serait celui que vous aimeriez transmettre
20:27à tous les jeunes Français ?
20:31– Eh bien, écoutez.
20:32Écoutez, faites parler vos grands-parents
20:34pendant qu'ils sont encore là.
20:36Écoutez-les.
20:39Il faut qu'ils suggèrent à leurs grands-parents
20:42d'écrire leur propre mémoire.
20:44Il faut qu'ils laissent quelque chose.
20:47parce que les grands-parents, surtout ceux de ma génération,
20:50ils ont quand même connu deux guerres.
20:52Vous imaginez ?
20:53Les crises y connaissent.
20:55Il y a eu des crises énormes, économiques.
20:58Et donc, tout ça est très instructif, d'une part.
21:01Et puis, encore une fois, je reviens à l'idée du début,
21:09c'est que le souvenir de leur petite enfance
21:12où ils ont vu leurs grands-parents
21:13est un très beau souvenir.
21:15Beaucoup de gens que j'ai interrogés
21:17se souviennent avec bonheur
21:18des moments passés avec les grands-parents.
21:20Donc, que les grands-parents écrivent leurs souvenirs
21:23est un grand cadeau pour les enfants.
21:26Et puis, c'est une façon intelligente
21:28d'occuper son troisième âge.
21:31Bon, on ne va plus faire de bicyclette,
21:34de ski ou de parapente,
21:37mais récolter ses souvenirs.
21:40Alors, en plus de ça, maintenant,
21:42vous avez des tas de gens qui écoutent vos souvenirs.
21:44Soit vous êtes capable d'écrire,
21:46vous rédigez toute seule.
21:48Sinon, vous pouvez raconter ou dire au téléphone
21:51vos souvenirs à une femme qui les prend en script.
21:54J'ai des adresses, j'ai plusieurs adresses.
21:56Et je donne ces adresses dans mon petit bouquin.
22:01Et sinon, vous pouvez même...
22:04Enfin, tout peut être fait, tout peut être délégué.
22:07Et je pense que c'est un grand bonheur
22:11que, si vous voulez, nous sommes là
22:15de ce qui n'est pas éternel.
22:18C'est une phrase de Thierry Mollnier
22:20que j'aime beaucoup.
22:21Moi, je suis très attachée à ce qui est éternel.
22:24Rien n'est éternel, évidemment.
22:26Mais j'aime ce qui dure.
22:29Et j'ai moi-même perdu,
22:32mais je n'ai pas connu mes grands-mères.
22:34L'une est morte le 6 juin 1944.
22:36L'autre avait un Parkinson très prononcé,
22:39donc elle ne pouvait plus communiquer.
22:43J'ai perdu mes grands-pères assez tôt.
22:46Et j'étais en manque.
22:48Et donc, en faisant ce travail,
22:50je les ai ressuscités.
22:52Bon, alors, il faut dire
22:53que c'est une déformation professionnelle.
22:55J'ai écrit trois biographies.
22:57Donc, il était normal que je m'intéresse
22:59à mon ascendance.
23:01Mais j'y ai pris beaucoup,
23:03beaucoup de plaisir.
23:05Et le communiquer...
23:07Ces petites-filles sont trop jeunes,
23:08à l'heure actuelle,
23:09pour tirer bénéfice du livre.
23:12Mais quand elles seront plus vieilles,
23:14elles le liront.
23:15– Et à ceux qui vous diront, Anne Brassé,
23:18que vous êtes une réactionnaire,
23:20qu'est-ce que vous leur diriez à ceux-là,
23:21pour terminer ?
23:22– Le plaisir d'être à la mode
23:24est un plaisir de feuilles mortes.
23:26– Une ambition de feuilles mortes.
23:29– Bravo.
23:30Et puis, je donnerais ce dernier conseil.
23:33Si notre âme a valu quelque chose,
23:35c'est qu'elle a brûlé plus ardemment
23:37que quelques autres.
23:39Je trouve ça très joli.
23:41Voilà.
23:42– Lettre à mes petites-filles,
23:43c'est signé Anne Brassé.
23:45L'ouvrage est à retrouver,
23:47comme d'habitude,
23:47sur la boutique de TV Liberté.
23:49Merci à vous, Anne.
23:50– Et sinon,
23:52Livres en famille.
23:53Vous téléphonez à Livres en famille,
23:55et Anne-Charlotte, lundi,
23:56vous envoie le livre.
23:57– Merci, Anne Brassé.
23:59– Merci, Pierre.
24:00Au revoir, chers amis de TV Liberté.
24:03– Sous-titrage Société Radio-Canada
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