- il y a 4 mois
Simone Signoret : monstre sacré ou sacré monstre ? Il y a 40 ans, disparaissait la comédienne. L’occasion de la sortie d’un film de Diane Kurys sur le couple Montand-Signoret et de la publication d’un très beau livre de Nicolas d’Estienne d’Orves : "Simone Signoret, histoire d’un amour".
L’écrivain a choisi de s’éloigner du modèle de la biographie traditionnelle pour adopter la forme d’un journal intime romancé, comme il l’avait déjà fait avec Arletty. Fidèle à son goût pour les personnalités indomptables, il revendique avec malice son attrait pour "les grandes emmerdeuses".
Figure majeure du cinéma d’après-guerre, rare Française couronnée d’un Oscar et intellectuelle engagée, l’actrice de "Casque d’or" apparaît ici sous un jour contrasté. Nicolas d’Estienne d’Orves explore les zones d’ombre d’une légende : marxiste de salon prête à suivre Montand en URSS un an après l’écrasement sanglant de Budapest par les chars soviétique, personnalité ombrageuse, parfois dure, voire inhumaine, épouse fascinée par un mari volage, violent, brutal, égoïste - un "sale type" assumé.
Nicolas d’Estienne d’Orves lève ainsi le voile sur la véritable personnalité de Simone Signoret, mélange de grandeur et de failles, de combats et de terribles contradictions.
L’écrivain a choisi de s’éloigner du modèle de la biographie traditionnelle pour adopter la forme d’un journal intime romancé, comme il l’avait déjà fait avec Arletty. Fidèle à son goût pour les personnalités indomptables, il revendique avec malice son attrait pour "les grandes emmerdeuses".
Figure majeure du cinéma d’après-guerre, rare Française couronnée d’un Oscar et intellectuelle engagée, l’actrice de "Casque d’or" apparaît ici sous un jour contrasté. Nicolas d’Estienne d’Orves explore les zones d’ombre d’une légende : marxiste de salon prête à suivre Montand en URSS un an après l’écrasement sanglant de Budapest par les chars soviétique, personnalité ombrageuse, parfois dure, voire inhumaine, épouse fascinée par un mari volage, violent, brutal, égoïste - un "sale type" assumé.
Nicolas d’Estienne d’Orves lève ainsi le voile sur la véritable personnalité de Simone Signoret, mélange de grandeur et de failles, de combats et de terribles contradictions.
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00:00Il y a tout juste 40 ans, le 30 septembre 1985, disparaissait Simone Signoret.
00:12Mercredi, ce mercredi, sort le film de Diane Curis sur le couple Signoret-Mon-Temps, intitulé
00:18« Moi qui t'aimais ». Et puis aussi, vient d'être publié un nouveau très beau livre
00:22de Nicolas Destiendorf, Simone Signoret, histoire d'un amour.
00:26Et je reçois bien évidemment son auteur.
00:28Monsieur, merci d'être sur TVL.
00:30Pour ce nouvel ouvrage concernant, je l'ai dit, Simone Signoret, les téléspectateurs
00:35de TVLiberté, vous avez quitté sur l'évocation d'Arletti, un cœur libre, et on vous retrouve
00:41avec un portrait de Simone Signoret.
00:43Vous êtes toujours dans le projet d'une série de biographies de ce que vous appelez
00:46donc « Les grandes emmerdeuses ».
00:47Absolument.
00:48J'avais commencé par Mardrichard, ensuite Arletti, ensuite Simone Signoret.
00:52Donc ce sont des femmes de caractère, de poigne, des femmes en fait assez masculines
00:57d'un certain point de vue, et dont la destinée traverse aussi l'histoire, la grande histoire
01:01et la petite histoire, et qui sont très amusantes à mettre en scène, à incarner.
01:05Et mon principe, c'est de me mettre dans leur peau et de l'écrire au jeu, à la
01:08première personne.
01:10– Mais dans le choix de votre, pour Arletti ou Simone Signoret, qu'est-ce que vous retenez
01:15le plus ? C'est-à-dire le caractère de la personne ? Sa dimension humaine ? Sa dimension
01:20professionnelle ? Ou c'est un ensemble ?
01:23– C'est un ensemble, c'est des gens qui ont du relief, c'est des gens qui restent,
01:25qui restent dans nos mémoires, malgré tout, on sait encore, on savait un peu qui était
01:30Arletti, on sait encore qui est Simone Signoret, aussi grâce à Yves Montand.
01:33Et puis il y avait aussi l'opportunité ou l'opportunisme, si je puis dire, d'un anniversaire,
01:38les 40 ans de sa mort, je me souviens très bien du jour où je l'ai appris.
01:41Et puis c'est une figure qui est passionnante à réincarner, à mettre en scène,
01:46elle reste dans les mémoires, il y a des films, il y a des prises de position,
01:49il y a des livres, il y a des films, il y a beaucoup d'exaspération aussi.
01:53Je sais qu'elle ne plaisait pas à tout le monde, c'est ça qui est amusant,
01:57elle était beaucoup plus polémique d'un certain point de vue que Mardrichard et même qu'Arletti.
02:03– Simone Signoret, vous avez fait le choix, vous l'avez dit à l'instant,
02:06non pas de faire une biographie classique, c'était pourtant ce que vous aviez indiqué au début,
02:12vous avez pris le style d'un journal intime romancé, vous l'aviez fait pour Arletti,
02:16et est-ce que c'est parce que c'est un travail finalement plus proche de votre passion,
02:20j'allais dire de votre métier de romancier ?
02:22– Exactement, c'est-à-dire qu'en fait j'avais fait au départ une version beaucoup plus longue
02:26qui partait de sa naissance à sa mort, à la troisième personne, de façon beaucoup plus classique,
02:31et un livre qui faisait presque trois fois cette taille-là,
02:34et quand j'ai eu fini, je me suis rendu compte que ça n'avait pas de relief,
02:37ça n'avait pas de sel, c'était plat, c'était gris,
02:40et je me suis dit, mais il y a un problème, j'en ai parlé avec mon éditrice,
02:42Cheikh Alman Levy, qui m'a dit, mais parce que ce n'est pas incarné,
02:46et en fait, Simone Signore a écrit ses mémoires en 76,
02:49La Nostalgie n'est plus ce qu'elle était, qui est vraiment un très bon bouquin,
02:52parce que Signore, en fait, s'est révélé être vraiment un bon écrivain,
02:55c'est un livre passionnant, voilà, 600 000 exemplaires vendus,
02:58au seuil, en 76,
03:00et donc je n'osais pas le faire au jeu,
03:03parce qu'elle l'a fait avec beaucoup de talent,
03:04ce qui n'était pas le cas d'Arletti ou de Mardricha,
03:05et en fait, je me suis désinhibé,
03:09je me suis dit, allez, vas-y, fais ce que tu sais faire,
03:11et j'ai osé me mettre dans sa peau,
03:13j'ai osé refaire les mémoires de Simone Signore à la première personne,
03:18et en fait, ça s'est fait très simplement,
03:19mais il a fallu, j'ai eu deux mois pour tout réécrire,
03:21et j'ai décidé aussi de refermer le curseur
03:25et de me concentrer sur l'époque clé, un peu,
03:27entre la rencontre avec Yves Montand et la mort de Marilyn Monroe,
03:31c'est-à-dire une petite quinzaine d'années
03:32qui englobe toutes les années 50,
03:34c'est-à-dire des années complexes,
03:36politiquement, intellectuellement, artistiquement,
03:38que les Montand traversent dans des convolutions assez paradoxales,
03:42et donc, pour un romancier, vous l'avez dit,
03:44c'était passionnant à écrire.
03:45Alors, dans ce Signore, il y aurait Histoire d'un amour,
03:49vous lui donnez donc à Simone la parole
03:51pour raconter sa passion avec Yves Montand,
03:53un couple de légendes qui incarne à vos yeux
03:56la jeunesse de l'après-guerre
03:58et aussi les nouvelles conventions.
04:01Absolument, c'est-à-dire que, en fait,
04:03ce sont des gens dont la carrière a éclos pendant l'occupation,
04:07c'est-à-dire que ni l'un et l'autre,
04:08qui ont été des gens très, très engagés après la guerre,
04:11ni l'un et l'autre n'ont été résistants,
04:12ne se sont vraiment impliqués dans la politique de leur époque.
04:16En fait, Montand et Signoret,
04:18ça a été un tremplin pour leur carrière.
04:20Montand est devenu un chanteur pendant l'occupation
04:21et Signoret a commencé à faire du cinéma.
04:24Et en fait, ils deviennent vraiment des vedettes
04:26à la fin des années 40.
04:27Ils se rencontrent de façon assez romanesque,
04:30je le raconte, à la Colondan en 49.
04:32Et ils vont, disons, naître,
04:36leur couple va naître quasiment en direct à la télévision,
04:41à la radio, dans les actualités du cinéma
04:43et dans la presse people,
04:45ce qu'on ne dit pas encore ce mot-là.
04:46C'est-à-dire qu'en fait, leur couple va naître
04:47au moment de l'essor de tous ces médias
04:49et ce qui fait qu'ils vont devenir le couple iconique,
04:52bon, que je n'aime pas, mais enfin, c'est assez efficace,
04:54iconique des années 50.
04:56C'est-à-dire, c'est notre petite famille royale.
04:58Dès qu'il se passe quelque chose,
04:59les Signoret sont là.
05:01Dès qu'ils achètent un appartement,
05:03la télévision est là et ils nous montrent
05:04où ils vivent, leur maison à Hauteuil,
05:07les tours de champs de l'un,
05:08les prises de position de l'autre.
05:09Ils sont là tout le temps, tout le temps, tout le temps.
05:10Ils sont homenés présents.
05:11– Des nouvelles conventions, c'est-à-dire,
05:12véritablement, une modernisation de l'image du couple.
05:15– Absolument, c'est-à-dire…
05:16– Plus proche de ce qu'on connaît aujourd'hui
05:18que des grands acteurs un peu intouchables et invisibles.
05:21– Oui, on est loin des acteurs d'avant-guerre,
05:24on est loin de Viviane Romance,
05:25on est loin d'Arletti,
05:26on est loin de toute cette génération-là,
05:28même de Gabin.
05:30C'est-à-dire que, tout à coup, ce sont nos cousins.
05:32Mais en même temps, c'était des gens
05:33qui étaient aussi assez distants,
05:34qui avaient une cour d'admirateurs.
05:36C'est-à-dire qu'ils jouent,
05:37ils jouent avec les médias,
05:39ils jouent avec la proximité.
05:40C'est-à-dire que, tout à coup,
05:40c'est à la fois des comédiens et c'est des copains.
05:43C'est-à-dire que c'est des gens avec qui on a envie de…
05:45enfin, en théorie, on a envie de boire un coup
05:48et de manger un sandwich au pâté,
05:49parce que c'est comme ça qu'ils vivaient.
05:51Mais tout ça est très, très, très, très calculé.
05:53Et un jour, le boubranc va leur revenir au visage
05:55quand il va y avoir l'histoire avec Marilyn Bondreau
05:57quelques années plus tard.
05:58– On va revenir, bien évidemment,
05:59à la première ligne du livre.
06:00On va commencer par le commencement.
06:02J'ai toujours associé l'amour à la lumière.
06:05C'est donc Simone Signoret qui dit cela, la lumière.
06:07Alors, c'est tout d'abord,
06:08cette rencontre Signoret montant,
06:11vous l'avez dit, en 49, en août 49.
06:13Et vous parlez, vous, d'un instant absolu, définitif.
06:18– En fait, c'est vraiment le coup de foudre.
06:19Et ce livre, le sous-titre aura pu être
06:21« Vie et mort d'un coup de foudre ».
06:22Parce que le coup de foudre commence en août 49,
06:25lorsque Simone Signoret se repose à la Colombe d'Or,
06:27le fameux hôtel de Saint-Paul-de-Vence.
06:29Et il se trouve que montant est en train
06:31de faire un tour de chant à Nice
06:33et il était venu passer la journée juste pour se reposer.
06:35Et ces deux êtres se voient.
06:38Et vraiment, c'est comme dans les films.
06:39Il y a le tonnerre, il y a les éclairs
06:40et ça leur tombe dessus.
06:42Et c'est le coup de foudre absolu.
06:43Elle est prête à tout quitter.
06:45C'est-à-dire qu'elle va littéralement quitter son mari Yves Allégrée
06:47avec qui elle a la petite Catherine.
06:49Et lui va, disons, renoncer à sa vie de patachon
06:52parce qu'il était très, très, très, très coureur.
06:54Et ça va être une histoire d'amour flamboyante
06:57qui va les porter pendant quelques années.
06:59Bon, lui va assez rapidement reprendre ses habitudes
07:01et elle va vivre dans une…
07:04avoir son rôle de, j'allais dire,
07:05de femme trompée et complaisante.
07:08Mais c'est une…
07:09Il y a une fusion, fusion des corps, fusion des âmes.
07:11– Elle est réelle, cette fusion, elle est réelle.
07:13– C'est pas encore un jeu d'acteur.
07:14– Non, non, non, c'est pas un jeu d'acteur.
07:16D'ailleurs, elle-même pense au départ
07:18à renoncer à sa carrière de comédienne
07:21pour juste être une femme de chanteur,
07:23le suivre, le suivre aussi pour le surveiller.
07:25Mais elle est totalement éperdue d'amour,
07:28de passion, d'admiration.
07:29Elle a un profond besoin d'admirer.
07:30Et lui-même aussi admire beaucoup Signora.
07:32C'est pour ça qu'il dit, non, non, tu vas retourner au cinéma,
07:34tu vas retourner sur les plateaux.
07:35Il est hors de question que tu renonces à ta carrière pour moi.
07:38Et donc, heureusement, il va la repousser
07:41pour qu'elle retourne avec tourné Casque d'or
07:43et quelques chefs-d'oeuvre comme ça.
07:45Mais elle était prête à faire une croix
07:47sur sa propre carrière pour lui.
07:48C'est vraiment ça.
07:49La notion de lumière, c'est encore cette relation
07:51vraiment que vous évoquez au sein du couple.
07:52La question, mon temps te rend heureuse, au moins.
07:56Eh bien, elle répond, c'est même plus qu'une question de bonheur.
07:59Sans lui, j'ai l'impression de ne plus exister.
08:01On n'est plus sur une histoire d'amour.
08:03On est quasiment sur une histoire d'une passion.
08:05Les grandes histoires d'amour sont quand même
08:07des histoires de passion, en tout cas au début.
08:08Et c'est une passion dévorante, fulgurante,
08:11qui les épuise.
08:13C'est-à-dire qu'ils sont perpétuellement
08:14dans une course à s'observer,
08:16à se jalouser, à se chamailler.
08:19Mais voilà, la passion, c'est ça aussi.
08:22C'est quelque chose à la fois
08:23d'incroyablement édificateur
08:25et aussi destructeur.
08:27Alors, cette histoire d'amour, vous avez volontairement,
08:30vous me l'avez dit aussi, décidé de la stopper
08:32au début des années 60,
08:33quand mon temps trompe, signoré avec,
08:36cette fois-ci, un mythe vivant,
08:37Marilyn Monroe.
08:38Monroe n'était pas la première incartade de mon temps.
08:41Le plus grand cavaleur de Paris.
08:43C'est ce que vous écrivez.
08:44C'est ce que j'ai écrit, c'est ce qui se dit.
08:46C'est ce qui se lit dans toutes ses biographies.
08:48Un personnage volage, violent, égoïste, brutal.
08:52Un mauvais type.
08:54Un mauvais type, un drôle de type.
08:58Un drôle de mec.
09:00Une forme de génie de la chanson,
09:03c'est un génie scénique.
09:05Apparemment, tous les gens qui l'ont vu,
09:06surtout dans ces années-là,
09:08disant que c'était une nature extraordinaire.
09:10Il fascinait les foliers, quand même.
09:11Quand il faisait des tours de chant au Théâtre de l'Étoile,
09:14il jouait six mois à guichet fermé,
09:15tous les soirs devant 2000 personnes.
09:17Et il préparait ça comme un sportif de haut niveau.
09:20Il ne lui parlait plus à personne pendant deux heures avant.
09:22Il faisait de la culture physique.
09:24C'était comme s'il préparait chaque jour les Jeux Olympiques.
09:26Et elle, ça la fascinait.
09:27Mais avec ça, oui, un égoïsme pyramidal,
09:31un narcissisme effrayant.
09:32Et parfois, disons, une intelligence qui n'était pas à la hauteur
09:36de ses exigences physiques.
09:40Donc parfois, il manquait de jugeote.
09:44Et Simone Signoret a toujours été sa boussole,
09:47sa colonne vertébrale, intellectuelle.
09:49Et à la fin, c'était un peu comme sa maman.
09:53– Est-ce que ce n'est pas pratique de terminer sur ces années 60 ?
09:58Est-ce que ça évite pas un peu d'évoquer les pards d'ombre ?
10:03Parce que, exemple, vous donnez vie à la fille de Simone Signoret,
10:08Catherine, Catherine Allégret,
10:09parce qu'elle est la fille de Yves Allégret et Simone Signoret.
10:12et sa rencontre avec Montand.
10:16Mais Catherine a été adoptée par Yves Montand.
10:19Mais elle affirme, elle, Catherine Allégret,
10:20en 2004, qu'elle a été violée par son beau-père.
10:23Elle dit, j'étais toujours sur mes gardes.
10:25J'avais peur de me retrouver seule avec lui.
10:27Alors, quel crédit donnez-vous à ces déclarations
10:29qui font passer Montand, non pas d'un mauvais type,
10:32mais un sain type ?
10:33– Un prédateur.
10:34Alors, écoutez, là, pour le coup,
10:35je n'ai pas rencontré Catherine Allégret.
10:38Et effectivement, je me suis cantonné à la période,
10:40disons, la plus faste du couple.
10:44Parce que, aussi, je n'avais pas plus envie de charrier
10:47trop de choses un peu crapoteuses, un peu négatives.
10:50Il y en avait beaucoup.
10:51Il y en a eu avant, il y en a eu pendant la guerre,
10:53il y en a eu après, il y en a eu dans les années 60-70.
10:57– Et même après sa mort.
10:58– Après sa mort, voilà.
10:59Et puis toutes les histoires des enfants illégitimes et tout ça.
11:01Je voulais que ça garde un côté, en fait,
11:02peut-être un peu romance, romantique, peut-être un peu rose.
11:07Je pense même que j'ai adouci le trait.
11:09Alors, généralement, j'ai tendance à forcer le trait.
11:11Étant donné que je me suis mis dans la peau de Signoret,
11:12je ne pouvais pas être totalement avec quelqu'un
11:15avec qui ce soit désagréable de passer mes matinées
11:18pendant un certain nombre de mois.
11:20Donc, je plaide presque coupable d'avoir positivé le personnage,
11:25comme on dirait maintenant.
11:26– Nicolas Sistendov, moi, je vous invite à plaider effectivement coupable.
11:29Parce que dans le livre, je vous trouve vraiment très indulgent
11:31sur l'engagement politique, par exemple, du couple communiste vite dédouané.
11:36– Oui, parce que, alors c'est toujours une phrase,
11:38ils n'ont jamais pris leur carte du Parti communiste.
11:40Mais à peine évoquez-vous le fait que…
11:43Vous dites, ils sont des marxistes de salons qui sont généreux.
11:47Oui, mais enfin, vous oubliez, même si vous le racontez,
11:50qu'ils sont en 1957 en URSS.
11:52Vous dites, c'est qu'il faut une tournée dans un régime
11:53qui est toujours stalinien, à peine une année
11:56après l'entrée meurtrière des troupes soviétiques à Budapest.
11:59– Mais même quelques mois, quelques mois plus tard.
12:02Mais d'ailleurs, ils ont hésité.
12:04En fait, la tournée a été prévue depuis très longtemps.
12:06Et pour des raisons de planning, ça a été repoussé, repoussé, repoussé.
12:09Ils s'apprêtent à partir et claque, effectivement,
12:11il y a les chars russes qui rendent en Budapest.
12:14Et là, ça devient même une espèce de duel parisien dans la presse.
12:19C'est un côté le Figaro, l'autre côté l'humanité.
12:21Tout le monde se renvoie là-bas, ils doivent-ils partir, ne pas partir.
12:23Simon Signoret demande des conseils à son ami Louis Aragon
12:26qui lui dit, oui, vous devriez le faire.
12:28Et en même temps, dans les salons, il dit, non, c'est une mauvaise idée qu'ils partent.
12:30Finalement, ils partent.
12:31Et il y a quand même cette désillusion où il y a un petit côté
12:35atteint au pays des soviets, quand tout à coup, ils se retrouvent là-bas,
12:37où ils découvrent, disons, le…
12:40– Ce sont des pages remarquables, d'ailleurs.
12:41– Voilà, ils découvrent, disons, la réalité de ce qui se passe
12:45d'autre côté, d'autre côté, d'autre côté, parce que personne,
12:47personne n'allait là-bas, surtout pas des artistes.
12:48Et il y a ce dîner incroyable à la suite d'un concert
12:51auquel on ne les a pas préparés, où on leur dit,
12:54vous avez rendez-vous dans une pièce, et ils rentrent,
12:56ils se retrouvent avec Khrouchev et tout le Présidium,
12:58c'est-à-dire toutes les têtes pensantes de l'URSS,
13:01avec qui ils vont passer la nuit à boire de la vodka
13:03et à manger des blinis.
13:04Et d'ailleurs, Simon Signoret, ayant un peu bu,
13:06commence à poser des questions sur ce qui s'est passé à Budapest.
13:09Et les autres répondent de façon extrêmement bonhomme,
13:12avec une malheureuse interprète qui est plaquée au fond de la pièce
13:15et qui est obligée de tout traduire en effrayée,
13:19en disant qu'elle va peut-être être déportée au goulage le lendemain,
13:21parce qu'elle ne sait pas comment ça va se passer.
13:24Mais ils n'étaient pas communistes,
13:27mais ils étaient compagnons de route, comme ils disaient.
13:28D'ailleurs, elle le disait de façon assez commode,
13:30elle disait, c'est comme être fiancée sans être mariée,
13:33pas besoin de divorce.
13:34Mais ils se sont toujours voulus de gauche.
13:37Et le frère d'Yves Montand, le père de Jean-Louis Lévy,
13:40lui avait une responsabilité à CGT, membre du Parti communiste,
13:46et il était la conscience politique du frère.
13:48Montand va changer à la fin de sa vie.
13:50Signoret restera toujours cette gauche extrémiste, gauche caviar.
13:55Gauche caviar, gauche extrémiste,
13:57mais il faut quand même dire qu'ils ont quand même,
14:00après avoir été des turiféraires du régime soviétique,
14:03quand ils tournent tous les deux dans Z et surtout dans l'aveu,
14:07ils acceptent, ils sont prêts à dénoncer ce qu'ils avaient défendu
14:12avec Costa-Gavras.
14:13Et d'ailleurs, ça avait donné lieu à des bruits familiales
14:15très violentes chez les Lévis, c'est-à-dire chez les Montand.
14:19– Alors, on remarque aussi votre esprit, je vous en veux,
14:21magnanime et bienveillant, à l'égard quand même de votre idole oscarisée,
14:25parce qu'on peut découvrir ici ou là, dans l'ouvrage, sa personnalité,
14:29mais vous savez aussi que certains sont amenés à jeter un voile pudique
14:35sur le temps de l'occupation, peut-être ce manque de résistance,
14:39sur son caractère, sa gestion des maîtresses de Montand,
14:42sa hargne à l'égard des interprètes qui jouent à ses côtés,
14:45plus qu'un monstre sacré, c'est un sacré monstre.
14:48– C'était une vraie emmerdeuse, c'était une peau de vache,
14:53c'est-à-dire qu'elle était terrible avec tout…
14:54Dès que Montand était entouré de petites comédiennes,
14:58surtout sur les tournages, elle allait régenter,
15:01elle allait vérifier tout ça, elle était pas commode,
15:05elle était… c'est-à-dire qu'elle était sur ses gardes constamment
15:08et à la fin, elle devenait, disons, tout le monde devenait soupçonnable,
15:12donc elle ne faisait plus de quartier.
15:13– On voit aussi qu'elle subit des campagnes de la presse
15:18et vraiment aussi des campagnes de lâchage médiatique,
15:20vous avez dit que c'est quelque chose qui nous est réservé,
15:22et en fait, déjà à l'époque, elle fascine,
15:26mais aussi la presse s'en prend à elle,
15:27notamment au moment de la liaison de Montand avec Marine et Monroe.
15:32– C'est d'une violence, c'est-à-dire que tout à coup,
15:34tout à coup, elle arrive en Italie,
15:36elle laisse Montand et Monroe en toute bonne conscience
15:40tourner ce film dans le titre anglais,
15:42« Let's make love », si c'était pas prédestiné quand même,
15:45et elle est en train de tourner en Italie
15:46et on lui met sous le nez les photographies du couple aux États-Unis,
15:51c'est d'une violence terrible,
15:52c'est-à-dire qu'en quelques minutes,
15:55elle devient la femme trompée la plus connue de la planète,
15:57elle devient la coquille universelle,
15:59et pour elle, c'est beaucoup moins une peine de cœur
16:02qu'une blessure d'orgueil,
16:03c'est-à-dire qu'elle lui a toujours dit,
16:05« Écoute, tu fais ce que tu veux,
16:06mais je ne veux pas en entendre parler,
16:06ça reste dans la coulisse, ça reste au grenier »,
16:08et là, tout à coup, c'est-à-dire,
16:10la planète entière est au courant,
16:11et il ne la trompe pas avec n'importe qui,
16:13il la trompe avec le sexe symbole universel,
16:15la femme que des milliards d'hommes désirent tous les soirs.
16:18Donc, c'est quelque chose d'une violence infinie,
16:21et Montand prend ça avec une espèce de désinvolture,
16:25comme toujours, il fait un numéro de claquette,
16:27il dit oui, il dit non,
16:27quand il parle même de Marilyn,
16:28après, il lui parle d'elle avec assez peu d'élégance,
16:33et elle, quand même, est restée assez digne,
16:36s'ignorait, parce que c'était très violent,
16:37la presse ne se gênait pas pour mettre,
16:40d'un côté, les plus belles photos de Marilyn,
16:41et, d'autre côté, des photos de Simone Signoret
16:43avec un fichu en train de manger du jambon
16:45dans des restaurants italiens,
16:46comme ça, penchés sur son assiette.
16:48C'est terrible, c'est atrocement violent.
16:51Atrocement violent, parce que Simone Signoret
16:52connaît aussi Marilyn Monroe,
16:53ils se sont rencontrés, ils sont devenus amis.
16:55– Ils s'entendaient très bien.
16:56– Et elle a découvert Marilyn Monroe,
16:57une femme assez fragile, qui la touche.
17:00– En fait, d'abord, elle avait un a priori positif,
17:03parce que c'était la femme d'Arthur Miller,
17:05qui n'était pas le dernier des crétins,
17:07qui était une des grandes consciences
17:08de la gauche américaine,
17:09mais le fait qu'un type comme ça épouse cette fille-là,
17:11c'est qu'elle devait quand même avoir
17:12un intérêt autre que juste une plastique.
17:15Et je crois que c'était le cas.
17:17Et surtout, elle la rencontre au sceau du lit,
17:19ébouriffée, pas maquillée, naturelle,
17:22et en fait, c'est une petite chauce rasile,
17:23une petite américaine un peu paumée,
17:25qui ne comprend pas vraiment ce qui lui arrive,
17:26qui effectivement est très jolie,
17:27mais surtout, qui passe trois heures
17:28à se maquiller tous les jours.
17:29Donc, tout ça est un travail.
17:30En fait, elle découvre une femme artificielle,
17:33et elle voit ce qu'il y a sous l'artifice.
17:34Et en fait, ça se découvre une petite sœur,
17:37une copine, et avec qui le courant passe très bien,
17:39parce qu'il n'y a pas de concurrence.
17:41C'est-à-dire, ni pour l'une, ni pour l'autre.
17:42Il y a une vraie admiration et une affection réciproque.
17:45– Et elle fait preuve d'un…
17:46Toujours, je vais aller dans votre sens,
17:48d'un grand courage, finalement,
17:51et d'une détermination un peu hors norme.
17:53Est-ce qu'elle va dépasser tout cela ?
17:55Elle va être capable de dépasser cela ?
17:57D'autres auraient pu s'effondrer ?
17:58Elle va continuer, et même se battre ?
18:01– Elle va se battre, mais en fait,
18:03c'est un peu le portrait d'Oriane Gray, Signoret et Montand.
18:07C'est-à-dire, d'un côté, il y a Montand
18:08qui est de plus en plus beau, de plus en plus mûr,
18:10et elle, chaque… disons que chaque…
18:13comment dire ?
18:15Chaque perversité ou chaque coup bas de Montand,
18:18c'est une nouvelle ride sur le visage de Simone Signoret.
18:21Et en fait, c'est ce vieillissement précoce
18:23qui va valoir aussi à Simone Signoret ses plus beaux rôles.
18:27C'est-à-dire qu'elle a toujours fait,
18:29à part d'un certain moment, 20 ans de plus que son âge.
18:30Et donc, elle accepte des rôles
18:32que les comédiennes de sa génération n'acceptent pas.
18:35Et ça va être sa…
18:36En fait, sur les décombres de cette passion
18:38et sur l'humiliation de cette histoire terrible,
18:41va naître une comédienne qui va éclore
18:43et se voir offrir les plus beaux rôles de sa carrière.
18:47Signoret, elle reste unique.
18:49Alors, bien évidemment, quand on dit Signoret,
18:51pour notre génération, la mienne, pardon, pas la vôtre.
18:53La mienne, c'est Casque d'or, c'est Manège,
18:57peut-être pour la vôtre, c'est Le Chat.
18:59Bon, je les ai tous vues et de toute façon…
19:02Vous les avez tous vues.
19:03Qu'est-ce qu'on doit conserver ?
19:06On disait la semaine dernière, Claudia Cardinal a disparu.
19:09Il y a cinq films qu'on a tout de suite, bien évidemment,
19:12eus en tête où elle était prodigieuse.
19:15Et là, pour Signoret…
19:16Signoret, c'est une actrice, pour le coup,
19:19plus, je pense, intéressante que Claudia Cardinal, par exemple,
19:23mais qui n'a pas tourné forcément avec des très, très grands cinéastes,
19:27ce qui n'est plus le cas de Cardinal ou ce qui était le cas d'Arletty,
19:31mais déjà Manège, qui est un film remarquable,
19:35Casque d'or qui, lui, est vraiment un chef-d'œuvre.
19:37Les Diaboliques, c'est quand même très, très, très amusant.
19:40Ce n'est pas le meilleur Clouseau.
19:42Et Les Chemin de la Haute Ville, qui lui a valu son Oscar,
19:45qui est un très, très joli film.
19:47Et sinon, les films de la fin, moi, j'aime beaucoup Le Chat.
19:50D'abord, parce que c'est un roman de film non admirable.
19:53La réalisation est parfaite.
19:55La Veuve Coudère, c'est très bien.
19:56La Vie de Van Soie, malgré tout, elle est extraordinaire.
20:00Ce n'est pas un très grand film, mais…
20:03Et puis, cette série qu'elle est faite pour la télévision,
20:04qui s'appelait Madame le Juge,
20:06qui est vraiment très, très, très bien.
20:07En fait, l'un épisode a été réalisé par Chabrol,
20:10un autre épisode par Garnier Neffert.
20:11C'est une très, très, très jolie série de l'époque.
20:16Et, je ne vais pas tous vous les citer,
20:18mais ne serait-ce que ça, déjà, c'est pas mal.
20:21– De la lumière à l'ombre,
20:25les errements politiques, les comportements humains.
20:30Qu'est-ce qu'on doit, aujourd'hui, 40 ans après sa mort,
20:32comment on pourrait, qu'est-ce qu'on doit retenir de Sylvain Signeuré ?
20:36Complexe comme question.
20:37– Je vous l'ai dit, d'abord des films, quand même,
20:39d'abord des films, un jusqu'au boutisme, une ténacité.
20:43C'est-à-dire, elle tapait du poing sur la table.
20:45Moi, en fait, c'est une emmerdeuse, mais j'aime bien les emmerdeurs.
20:49Même si je ne suis pas d'accord avec elle,
20:51au moins, elle affirmait les choses, elle les disait.
20:54Elle n'était pas dans la demi-mesure.
20:56Et on vit dans une époque de telle grisaille, de telle froideur.
20:59Maintenant, au moins, quand elle disait quelque chose,
21:01elle l'assainait.
21:03Et rien que ça, ça mérite le respect
21:05qu'on peut avoir pour un adversaire quand il sait se battre.
21:08Rien que pour ça, c'était une battante.
21:12Et j'ai regardé toutes les interviews qu'elle a faites.
21:14J'ai été voir les…
21:15Elle est passée chez Pivot.
21:18Elle est passée à 7 sur 7.
21:19Et en fait, elle terrorisait tout le monde.
21:22Et c'était assez amusant.
21:23Ils sont tous Anne Sinclair, Philippe Labreau,
21:25dans leur petit soulier Pivot,
21:26parce que c'est signoré et qu'elle est redoutable.
21:29C'est une espèce de lionne.
21:30C'est une tigresse.
21:31Elle fait peur.
21:32Mais voilà, ça reste très impressionnant.
21:34parce qu'il n'y a plus ce genre de personnage,
21:37ce genre de caractère, de tempérament aujourd'hui
21:39où on n'ose plus rien dire.
21:41Elle, elle y allait, franco.
21:42Et rien que pour ça, ça mérite le respect et la mémoire.
21:44La prochaine emmerdeuse, c'est ?
21:46Je ne sais pas, justement.
21:47Il faut que je la cherche.
21:48Comme je disais, après, il y en a eu beaucoup moins.
21:50C'est-à-dire des femmes qui ont autant marqué leur époque
21:53avec autant d'énergie, d'originalité.
21:57Parce que non, je ne veux pas faire une femme politique.
21:59Ça ne m'amuse pas.
21:59C'était une artiste.
22:00Malgré tout, c'était une artiste.
22:02C'était une artiste.
22:02C'était une icône.
22:04Et puis, il y a eu cette trajectoire incroyable.
22:06Et ce couple.
22:06Ce couple qui reste quand même dans les mémoires.
22:08Et si on se souvient si bien de Signoret aussi maintenant,
22:11c'est à cause de montants, malgré tout,
22:12qui est beaucoup plus proche dans l'esprit des gens qu'elle ne l'est.
22:16Merci beaucoup d'avoir défendu.
22:18Mais oui !
22:19Si bien de Signoret, ce n'était pas gagné ici.
22:21Merci.
22:21Merci à vous, Nicolas Destiendor.
22:23C'est chez Calman-Lévy.
22:24Je vous invite à lire cet ouvrage.
22:26Je l'ai fait.
22:27Et sans peut-être changer d'avis sur le fond,
22:29on s'amuse énormément sur la forme
22:31à découvrir effectivement ce que je reconnais.
22:33Une battante, une lionne, une femme de conviction, après tout.
22:36Absolument.
22:36Il en faut.
22:37Il en faut.
22:37Merci à vous.
22:38À bientôt.
22:38Sous-titrage Société Radio-Canada
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