00:02Bonjour, c'est Clara Garnier-Amourou pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:07Cet été, Codesource vous propose de vous plonger dans les années 80.
00:11Les restaurants bouqués en deux coluches, ça marche.
00:13Une décennie devenue culte qui a bouleversé la culture populaire et nos modes de vie.
00:17Les radios libres ont désormais existence légale.
00:20Sur les ondes, les radios libres encore neuf.
00:22Démunité fermement dans les territoires.
00:24Musique, humour, médias et même de nouvelles façons de faire la fête.
00:28Voilà, c'est le cœur de Paris, c'est l'endroit à la rue.
00:31Les années 80 ont imposé de nouveaux codes et révolutionné le paysage culturel français.
00:37Il est 8h, ouverture de l'antenne de Canal+.
00:42C'est pas un but, je me raconte un autre dans la rue.
00:44Vous voulez être un essai là ?
00:51Aujourd'hui, épisode 5, les radios libres.
00:55Des émetteurs dans les caves ou sur les toits,
00:57une liberté de ton presque absolue.
01:00De la fin des années 70 au tout début des années 80,
01:03des passionnés de radio ont piraté la bande FM
01:05pour contourner le monopole de l'État sur la radiodiffusion.
01:09D'abord réprimés par le gouvernement de Valéry Giscard d'Estaing,
01:12les radios libres ont été encouragés par François Mitterrand,
01:15devenu président en 81,
01:17avant d'être avalés par les radios commerciales.
01:19Pour raconter cette saga, aujourd'hui dans Code Source,
01:22Thierry Lefebvre, historien des médias, grand amateur de radio,
01:26il a participé au mouvement des radios libres au début des années 80.
01:31Thierry Lefebvre, on a choisi de commencer ce podcast à la fin des années 1970.
01:36A l'époque, il existe trois chaînes de radio publique en France,
01:40gérées par l'État.
01:41Racontez-nous comment ça marche.
01:42C'est l'époque du monopole d'État sur la radio et la télévision.
01:49Effectivement, il y a trois grandes chaînes dans le groupe
01:53qui s'appelle Radio France, déjà à cette époque.
01:57Donc France Inter.
02:01Sans hésitation aucune, je vous annonce Yves Mourzy dans Inter Actualité.
02:06Bonjour.
02:08Créant 63, fin 63, France Culture,
02:11et France Musique qui ont été créées au même moment.
02:15Et à côté, on a des plus petites choses locales, parfois,
02:20comme France Inter Paris, par exemple, FIP,
02:23qui est créée au début des années 70,
02:26qui est créée à Marseille, à Lyon, à Lille,
02:28et dans d'autres villes très importantes.
02:31Donc tout ça est géré par un organisme
02:34qui est issu de ce qu'on appelait auparavant l'ORTF.
02:38Toutes ces radios sont réunies sous l'intitulé Radio France.
02:44Tout se passe donc à la maison de la radio
02:49qui a été inaugurée en 1963.
02:53Il y a aussi quelques radios indépendantes.
02:56Lesquelles et en quoi elles sont différentes de cet appareil Radio France ?
02:59Ce sont ce qu'on appelle les radios périphériques,
03:03qui sont des radios qui n'émettent pas sur le territoire français,
03:06puisqu'il y a un monopole d'État de la radiodiffusion
03:09et personne ne peut émettre en dehors de l'État,
03:12à proprement parler.
03:13Donc ces radios sont apparues au fil des décennies,
03:18elles ne sont pas très nombreuses.
03:19Il y a Radio Luxembourg qui est devenue RTL.
03:23Il y a Europe 1 qui est apparu en 1955
03:28et qui émet depuis la SAR.
03:30Il y a Radio Monte Carlo,
03:33qui deviendra RMC,
03:35et qui donc émet depuis la Principauté.
03:39Et il y a également Sud Radio qui émet depuis Andorre en pratique.
03:44Ce sont les principales.
03:45Et ce sont des radios qui sont purement commerciales,
03:48à la différence des autres radios purement françaises, étatiques,
03:53où la publicité est interdite, toujours à cette époque.
03:57Elles sont commerciales,
03:58donc elles reposent évidemment sur les investissements publicitaires.
04:02Et par ailleurs,
04:04pour être sûr que le discours ne diverge pas trop
04:10des médias officiels, on va dire,
04:14ces radios sont possédées par des structures
04:17qui sont plus ou moins contrôlées par l'État français.
04:20Vous le disiez,
04:21toutes ces radios,
04:22elles émettent de en dehors de France,
04:24parce qu'en fait,
04:25il est interdit à ce moment-là
04:26d'émettre sur le territoire français,
04:28notamment depuis la loi sur la radiodiffusion
04:30et la télévision adoptée en 1974,
04:32qui prévoit qu'aucune radio ne peut émettre
04:34sans l'autorisation de l'État.
04:36À cette période,
04:37de nombreux Français,
04:38et notamment des jeunes,
04:39sont lassés par ce monopole.
04:40La tendance est en fait assez générale en Europe.
04:43En Angleterre, par exemple,
04:44des radios non autorisées
04:46commencent à émettre dès les années 60,
04:48depuis des bateaux.
04:49Oui, ça commence, on va dire,
04:51à la fin des années 50,
04:52début des années 60,
04:53avec un nom que tout le monde connaît,
04:56c'est Radio Caroline,
04:57qui sera la plus emblématique
04:59de ces radios qu'on va appeler « pirates ».
05:02Ils sont en fait offshore
05:09et qui se situent en dehors
05:11des eaux territoriales.
05:13Ce n'est qu'une voix et de la musique.
05:16Cela a pourtant envahi l'Angleterre.
05:21Cela s'infiltre dans tous les foyers anglais.
05:26Il faut dire que cela bénéficie
05:28de la complicité agissante
05:30d'une population de 5 à 18 ans
05:32qui sait avoir le dernier mot.
05:34Cela, c'est Radio Caroline,
05:36une radio clandestine
05:38qui a 38 millions d'auditeurs.
05:39En vain, la presse a-t-elle crié
05:41suce à l'émetteur pirate
05:42qui volait le ciel à la BBC.
05:44Mais on vit bientôt
05:45que Radio Caroline
05:46comptait des sympathisants déterminés
05:48qui n'hésitaient pas à s'afficher.
05:51La Grande-Bretagne,
05:52mais également la Scandinavie,
05:54la Hollande, etc.,
05:56qui sont touchées par le phénomène,
05:58plus ou moins.
05:59Donc, ce sont des radios
06:00qui sont, elles aussi, commerciales,
06:01qui reposent sur des accords
06:04avec les maisons de disques
06:05qui sont très puissantes à l'époque
06:08et, évidemment, sur des publicitaires
06:10qui se risquent
06:12à promouvoir leurs produits
06:14sur les ondes.
06:15Je dis bien qui se risquent
06:16dans la mesure où, très rapidement,
06:18des lois dans chaque pays
06:19vont passer.
06:21Et ces lois vont indiquer
06:23que tous publicitaires
06:24risquent d'être réprimandés
06:26pour endiguer, en quelque sorte,
06:29ce phénomène.
06:30En France, le 13 mai 1977,
06:33Radio Verte est une des premières
06:35radios non autorisées
06:36à diffuser des émissions.
06:38Dans quel contexte est-ce qu'elle est créée ?
06:40C'est une expérience
06:41absolument extraordinaire
06:42qui commence bien avant,
06:44en 1974,
06:46avec la création d'une revue,
06:49revue critique sur les médias.
06:51Ce qui va les intéresser
06:53tout particulièrement,
06:54c'est le mouvement
06:55des radios libres italiennes
06:56qui démarre dès la fin 1975,
06:59en Italie.
07:00qui est un mouvement foisonnant,
07:05à la fois de radio commerciale
07:07et de radio politique,
07:09plutôt à l'extrême-gauche,
07:11même s'il y en a quelques-unes,
07:12mais rares, à l'extrême-droite.
07:14Et donc, effectivement,
07:15en 1977,
07:17Antoine Lefebure rencontre,
07:19en fait,
07:20il l'a rencontré un peu avant,
07:22Brice Lalonde,
07:23qui est le leader
07:24de l'écologie parisienne,
07:26à l'époque,
07:26et tous deux
07:29vont concevoir,
07:30dès 1975,
07:31mais ça ne va pas marcher,
07:32mais surtout en 1977,
07:33le projet d'une radio.
07:34Et ce petit poste radio
07:36va émettre
07:37ce qu'il appelle Radio Verte.
07:39Et donc,
07:40c'est effectivement
07:40la première émission
07:42de Radio Verte.
07:46Radio Verte,
07:47première diffusion,
07:49émission manifeste.
07:52Les radios vertes
07:54sont arrivées hier sur Paris,
07:55bravant la loi.
07:56ouvertement,
07:57puisqu'on leur avait refusé
07:59leur demande
07:59de leur dérogation
08:00au monopole.
08:01Elles sont arrivées
08:02par provocation,
08:04pour rompre les carcans
08:05de la non-communication,
08:06pour protester
08:07contre la mamie
08:08sur la France
08:09du monopole d'État.
08:12Avec leur émetteur fourmi
08:14caché dans des appartements,
08:15leurs émissions
08:16de courte durée
08:17très localisées,
08:18les radio-écologistes
08:19comptent bien déjouer
08:20longtemps les services
08:21de détection
08:21du ministère de l'Intérieur
08:22et des PTT.
08:24Monsieur Voisin
08:25interviewé au Jardin des Plantes
08:27est venu travailler
08:27lui-même son émission.
08:29Faire parler,
08:30faire participer,
08:31rompre l'isolement
08:32dans les villes.
08:34Mais les suivantes
08:34sont immédiatement
08:35brouillées
08:36par les services
08:38de l'État.
08:39À la suite
08:40de Radio Verte,
08:41d'autres radios
08:41se montent
08:42et la créativité
08:42explose.
08:43On peut par exemple
08:44citer Radio Ivre
08:45ou Radio Ici et Maintenant.
08:47Est-ce que vous pouvez
08:47nous raconter
08:48de quoi elles parlent,
08:49ces nouvelles radios ?
08:49La plupart sont politiques.
08:51Ici, radioactives
08:52pour ceux qui aiment
08:53l'activité des radios
08:53et non la radioactivité.
08:55Il n'y a pas
08:56d'atomes pacifiques
08:57luttant
08:57contre la construction
08:58des centrales nucléaires.
08:59D'autres sont
09:01des radios
09:02qui essayent
09:04de passer
09:04ces fameuses musiques
09:05qui leur plaient,
09:06en particulier
09:06le reggae.
09:07Le reggae
09:08va commencer
09:09à apparaître
09:10véritablement
09:11sur les ondes
09:11par l'intermédiaire
09:13d'une radio
09:13qui s'appelle
09:13Radio Ivre.
09:14Radio Ivre,
09:15la salle radio en France
09:16qui utilise du reggae
09:17de la Jamaïque.
09:19Pour ce qui est
09:19de Radio Ici Maintenant,
09:20elle est créée
09:21en 1980.
09:23Radio Ici Maintenant,
09:25septième soir
09:25d'émission.
09:26C'est une radio
09:27où les gens
09:28sont très proches,
09:30discutent véritablement
09:31comme s'ils étaient
09:32au coin du feu.
09:32Nous avons changé
09:33trois fois l'émetteur
09:34depuis le départ
09:35et à chaque fois
09:36c'est un petit peu mieux.
09:38Maintenant,
09:38il paraît
09:38qu'on nous entend bien.
09:39C'est ce que je viens
09:39de nous appeler.
09:41Je vais vous donner
09:42un numéro de téléphone.
09:43Et puis,
09:43l'utilisation
09:44du téléphone
09:46avec la libre
09:47antenne
09:47qui est la forme
09:49absolue
09:50de Radio Ici
09:52Maintenant.
09:52C'est vraiment
09:53eux qui utilisent ça.
09:56Il y a vraiment
09:56une libération
09:57de la parole
09:58qu'il n'y avait pas
09:58auparavant
09:59où tout était filtré
10:00évidemment sur les radios
10:01on va dire
10:03officielles.
10:04Il y a aussi
10:05d'autres radios
10:06plus contestataires
10:07et engagées
10:07comme par exemple
10:08Radio Lorraine Cœur d'Acier.
10:10Les radios contestataires
10:11on va dire
10:11que c'est vraiment
10:12le début du mouvement
10:13à partir de 1977.
10:15déjà Radio Verte
10:16était une radio
10:17écologiste.
10:19Il va y avoir
10:19donc plein de radios
10:21de mouvements.
10:22Radio Verte Fessenheim
10:23par exemple
10:24qui est créée
10:25pour lutter
10:26contre
10:26la centrale nucléaire
10:29de Fessenheim.
10:31Et il y a
10:31par exemple
10:32cette radio
10:33qui va s'appeler
10:34Lorraine Cœur d'Acier
10:35qui est créée
10:36à Langouis
10:37donc
10:38en 1979
10:40à la suite
10:41du mouvement
10:43sidérurgiste
10:44dans tout ce secteur
10:45et donc
10:46il va y avoir
10:47une installation
10:48d'une radio
10:49en permanence
10:50qui est relativement rare
10:51dans la mairie
10:52de Longouis
10:53qui est évidemment
10:54communiste.
10:54L'antenne
10:55est posée
10:56sur l'église
10:58qui se trouve
10:58jusqu'à côté
11:00avec l'accord
11:00du curé local.
11:02Donc c'est une radio
11:03qui va donner
11:05la parole
11:05à toutes les personnes
11:06qui sont concernées
11:07par les licenciements
11:08par la crise en cours.
11:10Il va y avoir
11:11deux journalistes
11:12de la Voix Ouvrière
11:13donc la revue
11:15de la CGT
11:16puisque c'est la CGT
11:17qui est l'opératrice
11:19de cette radio
11:21pour créer
11:22une grille
11:23de programmes
11:24qui est à la fois
11:25musicale,
11:26culturelle,
11:27etc.
11:27Et puis des rendez-vous
11:28d'actualité
11:29constamment.
11:30Alors que les radios libres
11:31se multiplient,
11:33TDF
11:33pour Télédiffusion de France
11:35commence à installer
11:36des brouilleurs
11:36pour les empêcher
11:37d'émettre.
11:38Télédiffusion de France
11:39qui était chargée
11:41de gérer
11:41tout le patrimoine
11:43d'antennes,
11:45de relais,
11:46d'émetteurs
11:47comme il y en avait
11:47dans tous les coins
11:48de la France
11:49en pratique,
11:50que ce soit pour la radio
11:51et pour la télévision.
11:52Et donc
11:52comme ces radios
11:54commencent à faire du bruit,
11:56on en parle beaucoup
11:57dans les médias,
11:58donc TDF
11:59va mettre en œuvre
12:00par le biais
12:00d'une filiale
12:01des émetteurs
12:03qui ont la propriété
12:05d'émettre
12:06sur la fréquence
12:07de ces radios.
12:08Donc soit en blanc,
12:10on n'entend rien,
12:11il suffit que l'émetteur
12:12soit plus puissant
12:13tout simplement
12:13que l'émetteur
12:14de la radio libre
12:15en question
12:16ou qui émettent
12:18des sons un peu stridents
12:19pour embêter
12:20les éventuels auditeurs
12:22qui resteraient
12:23à l'écoute.
12:24Ce qu'il faut juste savoir
12:25c'est qu'à cette époque-là,
12:27on repère assez vite
12:28les radios
12:29même si elles ne donnent
12:29pas leur adresse.
12:31On utilise un système
12:32qui permet
12:33à des camions
12:34qui circulent
12:35d'identifier
12:36la localisation
12:37de l'émetteur
12:38à quelques mètres près
12:39et qui permet
12:40donc une intervention
12:41policière.
12:42Donc il va y avoir
12:43un certain nombre
12:44de ces interventions.
12:45On appelle ça
12:45des saisies.
12:46On saisit le matériel
12:48qui est certes
12:48pas coûteux
12:49mais qui quand même
12:50représente quelques milliers
12:51de francs à cette époque.
12:52En 1979,
12:54la police organise
12:55une descente au siège
12:56du Parti Socialiste
12:57à Paris.
12:58Pourquoi ?
12:58Au Parti Socialiste
12:59en particulier,
13:01c'est un sénateur
13:02qui s'appelle
13:03Bernard Parmentier
13:04qui passe un accord
13:06on va dire
13:07avec l'aide
13:08de Mitterrandienne
13:09donc Fabius
13:10qui laisse
13:10en particulier
13:12pour créer
13:13une radio
13:14qui est prévue
13:15pour être éphémère
13:16comme souvent.
13:18Cette radio
13:20ça va être
13:20Radio Riposte
13:21ça va être son nom.
13:22L'opératrice
13:24de cette radio
13:25c'est la
13:25Fédération
13:27de Paris
13:27du Parti Socialiste
13:29c'est pas le Parti Socialiste
13:31c'est très différent
13:31et cette radio
13:34va émettre
13:35depuis le siège
13:37annexe
13:38du Parti Socialiste.
13:40Bonsoir
13:41ici Radio Riposte
13:43la radio
13:43des socialistes
13:44de Paris.
13:46Donc
13:46cette émission
13:47est annoncée
13:48il est prévu
13:49une intervention
13:50de François Mitterrand
13:51et donc
13:53visiblement
13:54Raymond Barre
13:55qui est Premier Ministre
13:56à cette époque
13:56se dit
13:57il ne faut pas
13:59que ça se passe
13:59comme ça
13:59et donc
14:00pour cela
14:01le procureur
14:02de la République
14:03ordonne
14:04qu'il y ait
14:04une saisie
14:05pendant l'émission
14:06donc vous voyez
14:07arriver
14:08des hordes
14:09de policiers
14:11qui vont
14:12tenter de rentrer
14:13déjà dans un premier temps
14:14pendant l'émission
14:16donc l'émission
14:17est enregistrée
14:17sur bande
14:18il y a une intervention
14:19de François Mitterrand
14:20qui a été
14:21accolée sur la bande
14:23Mitterrand
14:23n'est pas du tout
14:24dans les locaux
14:25la police intervient
14:27demande d'ouvrir
14:28et la porte
14:29du siège annexe
14:30est défoncée
14:31ensuite
14:32les militants
14:34qui sont présents
14:35font obstacle
14:36comme ça
14:37font une chaîne humaine
14:38pour empêcher
14:39d'aller jusqu'en haut
14:41où se trouvaient
14:42l'émetteur
14:43et le magnétophone
14:47L'émission
14:48Pirate Radio Riposte
14:50diffusée ce soir
14:50par la Fédération de Paris
14:52du Parti Socialiste
14:53a été brouillée
14:53un peu plus de 3 minutes
14:54après la prise de parole
14:55de M. François Mitterrand
14:56au cours de son intervention
14:57le premier secrétaire
14:58du Parti Socialiste
14:59s'est élevé
15:00contre ce qu'il appelle
15:01la main mise du pouvoir
15:02sur les moyens d'information
15:03mais n'a pu poursuivre
15:05plus avant
15:05en raison
15:06je vous l'ai dit
15:06du brouillage
15:07enfin à 21h15
15:08devant le refus
15:09d'ouvrir les portes
15:10la police
15:11a forcé ses portes
15:12de la cité Malzerbe
15:13d'où nous appelle
15:14François Médard
15:14Actuellement la police
15:16bloque les issues
15:17du siège annexe
15:18du Parti Socialiste
15:19français
15:20dans lequel se trouve
15:20une cinquantaine
15:21de militants
15:22et plusieurs élus parisiens
15:23dont Laurent Fabius
15:24l'actuelle force
15:25C'est une histoire
15:26absolument extraordinaire
15:27qui va révolutionner
15:28les médias
15:29on en parle
15:30dans tous les journaux
15:32avec des photos
15:33et puis etc
15:33et ça va permettre
15:35effectivement
15:36au Parti Socialiste
15:38de se glorifier
15:39en quelque sorte
15:40de ce fait d'arme
15:41qui est quand même
15:42plus restreint
15:43qu'il n'en a l'air
15:43d'autant plus
15:45qu'il va y avoir
15:46des poursuites
15:47Mitterrand
15:47et plusieurs autres
15:48militants socialistes
15:49sont mis en examen
15:50mais l'affaire s'arrête là
15:51deux ans plus tard
15:52le 10 mai 1981
15:54François Mitterrand
15:55est élu président
15:56et même s'il n'y a pas
15:57encore de loi
15:58pour les autoriser
15:58à l'été 81
16:00de nombreuses radios
16:01sont créées
16:01et le ton change
16:02un certain nombre
16:04de radios
16:05qui émettaient
16:06auparavant
16:07vont réémettre
16:08plus à visage découvert
16:10on va dire
16:10et puis d'autres
16:12vont se lancer
16:12dans la foulée
16:13alors la plus connue
16:15c'est ce qu'on appelle
16:17Skyrock
16:18actuellement
16:19donc c'est un exemple
16:21et il va y en avoir
16:21beaucoup d'autres
16:22qui vont démarrer
16:24dans la foulée
16:25donc on va dire
16:26en mai-juin 81
16:27et puis d'autres
16:29viendront un petit peu
16:30plus tard
16:30et effectivement
16:31ça émet
16:32sans contrôle
16:33évidemment
16:34surtout dans les villes
16:35et surtout à Paris
16:36qui est visé
16:38évidemment
16:39par toutes les personnes
16:40qui vont être intéressées
16:41à développer
16:42une activité
16:44éventuellement
16:45commerciale
16:46Et le 9 novembre 1981
16:48le gouvernement socialiste
16:50vote une loi
16:51pour mettre fin
16:51au monopole
16:52de l'état
16:52sur la radio
16:53les radios libres
16:54sont donc désormais
16:55autorisées à émettre
16:56comme elles le souhaitent
16:57mais la loi est stricte
16:58notamment en ce qui concerne
17:00le financement
17:01de ces radios
17:01En pratique
17:02cette loi
17:02elle dit
17:03vous pouvez continuer
17:04puisque vous avez commencé
17:05mais à condition
17:07un
17:08que la puissance
17:09ne soit pas trop élevée
17:10donc la puissance
17:12est faible
17:12à l'époque
17:13100 watts
17:14ce qui n'est pas
17:15beaucoup
17:16par rapport
17:16aux puissances
17:17astronomiques
17:18de nos jours
17:19donc 100 watts
17:20il faut que vous soyez
17:22des associations
17:23donc pas des affaires
17:25commerciales
17:26par ailleurs
17:26vous n'avez pas le droit
17:28de faire de publicité
17:29donc voilà
17:30c'est les trois
17:32idées majeures
17:33sauf que
17:33il y a un certain
17:34nombre de radios
17:35qui ne vont pas
17:35respecter la loi
17:36qui vont faire
17:38de la publicité
17:40clandestine
17:41déguisée
17:41alors évidemment
17:42tout le monde
17:43n'écoute pas
17:43toutes les radios
17:44voilà
17:45donc ça passe
17:46comme ça
17:47ou qui vont
17:48augmenter
17:48leur puissance
17:50d'émission
17:51enfin toutes les radios
17:52qui sont sur un créneau
17:54on va dire
17:54musical
17:55ont besoin
17:56d'être entendus
17:57correctement
17:57et vont utiliser
18:00des augmentations
18:01de puissance
18:02qui ne seront pas
18:04réprimées
18:04dans les temps
18:05et qui seront
18:06incontrôlables
18:07ensuite
18:07et comment font
18:08les autres radios libres
18:09pour survivre ?
18:10alors la plupart
18:10des radios
18:11qui vont rester
18:12sur le mode associatif
18:14qui ne vont pas
18:15faire de publicité
18:16vont avoir
18:16très rapidement
18:18de grosses
18:18difficultés financières
18:20avec endettement
18:21en particulier
18:22ce qui fait
18:23que la période
18:24on va dire
18:2581
18:25à 83
18:2784
18:28va être celle
18:29où on va entendre
18:30le plus de radios
18:31différentes
18:32avec des choses
18:33différentes
18:34mais où
18:34la plupart
18:36de ces radios
18:36vont être
18:38en situation critique
18:39très rapidement
18:40pour financer
18:42leur activité
18:43et là
18:44ils auront le choix
18:45soit
18:46changer de format
18:47donc à devenir musical
18:49soit à vendre
18:50ce qui est
18:51totalement interdit
18:52leur autorisation
18:54puisqu'il y aura
18:55des autorisations
18:56qui arriveront
18:57en 83
18:58Vous Thierry Lefebvre
18:59à ce moment-là
19:00au tout début
19:01des années 80
19:01vous avez une vingtaine
19:02d'années
19:02vous faites des études
19:04de pharmacie
19:04à Paris
19:05et vous vous lancez
19:06vous-même
19:07dans l'aventure
19:07des radios libres
19:08expliquez-nous le contexte
19:09d'où vous vient
19:10l'attrait pour la radio
19:11J'étais un auditeur
19:12d'un certain nombre
19:13d'émissions
19:13de France Culture
19:15et puis j'ai commencé
19:16à écouter
19:17à l'arrivée
19:18donc un petit peu
19:19avant mai 81
19:20les radios
19:21que j'arrivais
19:22à capter de temps en temps
19:23une radio
19:24qui s'appelait
19:25Radio Gulliver
19:25en particulier
19:26ça m'intéressait
19:28alors j'ai tourné autour
19:29je suis allé voir
19:30des radios
19:30ici et là
19:31je n'avais aucune compétence
19:32aucune compétence
19:33sinon d'être auditeur
19:35et puis effectivement
19:37à un moment donné
19:38j'ai un contact
19:40pour aller dans une radio
19:41qui s'appelait
19:42Fréquences Libres
19:43qui avait été autorisée
19:44je tombe
19:45sur différentes personnes
19:47qui me confiaient
19:48à la technicienne
19:49qui est intermittente
19:50du spectacle
19:50à l'époque
19:51et donc cette technicienne
19:55me prend comme ça
19:56et me dit
19:58ben viens
19:58on va faire le tour
19:59de la station
20:00alors c'est une station
20:01énorme
20:02enfin bon
20:02c'était pas une chambre
20:03de bonne pour émettre
20:04c'était une sorte
20:05de hangar
20:06et elle me fait
20:07le tour de tout ça
20:08et pour comprendre
20:10une radio de ce type
20:12à la fin
20:13elle me dit
20:13ça t'intéresse
20:14ben je dis
20:15oui
20:15ça m'intéresse
20:16et donc elle me forme
20:17à la technique
20:17en quelques jours
20:18quelques semaines
20:19c'est pas bien compliqué
20:20et puis très rapidement
20:22je deviens animateur
20:24je fais des émissions
20:25plutôt de libre antenne
20:26des émissions
20:27très expérimentales
20:29que des bons souvenirs
20:30évidemment
20:32mes activités
20:33on va dire professionnelles
20:35vont petit à petit
20:35me détourner
20:36de cette activité permanente
20:39d'autant que je ne serai plus
20:40en région parisienne
20:42Au fil des années
20:43la question du financement
20:45des radios libres
20:46se pose de manière
20:46de plus en plus pressante
20:48alors que de nombreuses
20:49stations luttent
20:50pour survivre
20:51on en a parlé
20:51une radio se démarque
20:53et attire de plus en plus
20:54d'auditeurs
20:55Énergie
21:08Alors effectivement
21:08Énergie
21:11véhicule en quelque sorte
21:12les musiques
21:13qui intéressent
21:14les jeunes
21:14à l'époque
21:16ce qui est interdit
21:17à l'époque
21:17c'est de faire des réseaux
21:18c'est-à-dire
21:19de faire en sorte
21:20que le même programme
21:21soit entendu
21:21à Marseille
21:23à Lyon
21:23dans toutes les grandes villes
21:25de province
21:26c'est interdit
21:27jusqu'en 1986
21:28malgré tout
21:29des radios
21:30vont créer des réseaux
21:31en rachetant
21:32des petites radios associatives
21:34à Marseille
21:35à Toulouse
21:36etc
21:37et c'est le cas
21:38entre autres
21:38d'Énergie
21:39qui va se créer
21:41un réseau
21:41qui va lui permettre
21:43d'augmenter les tarifs
21:43de ses publicités
21:44bien évidemment
21:45puisque vous touchez
21:46la France entière
21:49enfin les grandes villes
21:50de France
21:51entières
21:51alors ça c'est très important
21:53puisque les tarifs publicitaires
21:54au niveau local
21:55étaient dérisoires
21:56évidemment
21:57parce que
21:57les taux d'écoute
21:58n'étaient pas suffisants
21:59en revanche
22:00au niveau national
22:02les taux d'écoute
22:02commencent à devenir
22:03très significatifs
22:05et donc la publicité
22:07change de nature
22:08et de coût
22:09Justement
22:10en 1984
22:11les radios libres
22:12obtiennent officiellement
22:13le droit de mettre
22:14de la publicité
22:15comment ça se concrétise ?
22:16Cette autorisation
22:18de la publicité
22:19favorise évidemment
22:20ceux qui sont organisés
22:21pour en faire
22:22ceux qui ont une régie
22:23spéciale pour ça
22:24ou qui ont des liens
22:26avec des boîtes publicitaires
22:28comme plusieurs
22:29des radios
22:30en ont
22:31celles qui sont organisées
22:32en réseau
22:33donc qui touchent
22:34un public
22:35le plus large possible
22:36donc c'est
22:36ces radios-là
22:37qui vont bénéficier
22:38et ces radios-là
22:39en réseau
22:40ce sont systématiquement
22:41des radios musicales
22:43donc les radios
22:44vont bénéficier
22:44de la publicité
22:45ces radios
22:46vont souvent passer
22:47à un statut
22:48SARL
22:49ou quelque chose
22:50d'équivalent
22:50donc un statut commercial
22:51puisqu'il faut gérer
22:53des sommes
22:53qui deviennent
22:54de plus en plus
22:55importantes
22:55à côté
22:56les autres radios
22:57restent associatives
22:59loi de 1900
23:00101
23:01avec des revenus
23:02absolument insignifiants
23:04ce qui fait que
23:05logiquement
23:06toutes ces radios
23:08auraient dû disparaître
23:09mais
23:09est créé
23:10un dispositif
23:11qui va tarder
23:11à se mettre en place
23:13à l'époque
23:14et qui va causer
23:15la perte
23:16d'un certain nombre
23:16de ces radios
23:17qui va s'appeler
23:18donc le fonds
23:18de soutien
23:19à l'expression radiophonique
23:21qui est une taxe
23:22sur la publicité
23:23des radios commerciales
23:25et qui est reversée
23:26pour aider
23:27au fonctionnement
23:28que ce soit matériel
23:29ou quotidien
23:30des radios associatives
23:33Justement
23:34en 1984
23:34les radios libres
23:36obtiennent
23:36officiellement
23:37le droit
23:37de mettre
23:38de la publicité
23:38dans la seconde partie
23:40des années 80
23:40le paysage radiophonique
23:42se fige
23:42et le ton
23:43devient de plus en plus
23:44formaté
23:44On va préférer
23:46d'un côté
23:47donc les radios commerciales
23:49et musicales
23:49qui ont un ton
23:50qu'on connaît
23:51parfaitement
23:52c'est à dire
23:52des animateurs
23:53qui peuvent être drôles
23:54qui peuvent dire
23:55des bêtises
23:56voilà
23:57qui peuvent provoquer
23:58un peu le public
23:59mais toujours
23:59dans des limites
24:00acceptables
24:01et de la musique
24:02de la musique
24:02de la musique
24:03qui permet
24:05de faire
24:06une bande son
24:0824h sur 24
24:09et de l'autre côté
24:10les radios associatives
24:11qui vont recevoir
24:13donc des financements
24:14mais en justifiant
24:16d'une tenue
24:17c'est à dire
24:18de grilles de programmes
24:19d'une ambition culturelle
24:21ou de diversité musicale
24:24enfin il y a différents
24:25critères qui rentrent
24:26dans les choix
24:27du FSER
24:28c'est pas de la censure
24:29mais c'est
24:31il faut plutôt faire
24:32des radios comme ça
24:33qu'autrement
24:34et donc
24:36la conséquence de ça
24:37c'est que
24:38ces radios là
24:39ont fini par
24:40s'auto-censurer
24:41je parle pas de politique
24:42parce qu'il peut y avoir
24:43des radios politiques
24:43qui sont également
24:44subventionnées par le FSER
24:46des petites radios
24:47mais elles
24:48s'auto-censurent
24:49au niveau de la forme
24:50en général
24:50c'est à dire que
24:52ces radios sont
24:53très intéressantes
24:53mais un peu
24:54figées dans la forme
24:56on laisse pas
24:57la parole
24:59débridée
24:59comme ça
25:00parce qu'à un moment donné
25:01ça peut être incontrôlable
25:02il peut y avoir
25:03des excès
25:04il y a des choses
25:04qu'on ne peut pas dire
25:05donc
25:06il faut faire
25:07très attention
25:07de ce côté là
25:09Aujourd'hui
25:10plus de 40 ans
25:10après cette parenthèse
25:11de liberté
25:12en apparence
25:13assez absolue
25:14vous diriez
25:15qu'il reste quoi
25:15de l'aventure
25:16des radios libres ?
25:17Ah ben
25:17il reste quand même
25:18beaucoup de choses
25:19c'est à dire que
25:20moi j'ai toujours été
25:21plus intéressé
25:23par les radios associatives
25:24que par les radios musicales
25:26ces radios
25:27elles sont
25:28passionnantes
25:29systématiquement passionnantes
25:30c'est différent
25:31c'est voilà
25:32les gens
25:33qu'on rencontre
25:34sont également différents
25:35et puis
25:36il faut aussi
25:37que les animateurs
25:39saisissent l'opportunité
25:41et donc
25:41il ne s'agit pas
25:42de dire des insanités
25:43de faire de la provoque
25:45moi je suis radicalement contre
25:47mais d'avoir
25:48une liberté de parole
25:49de ne pas avoir forcément
25:51on va dire
25:52un conducteur
25:53de ne pas écrire
25:54comme on le fait
25:55à Radio France
25:55par exemple
25:56je suis très tolérant
25:57ça ne me gêne pas
25:58plus que ça
25:59mais je pense
25:59qu'il pourrait y avoir
26:00beaucoup plus de liberté
26:01donc voilà
26:03l'improvisation
26:04doit être
26:05la règle
26:06d'autant plus
26:07sur ces petites radios
26:08qui ont un auditoire
26:09qui reste modeste
26:10dans tous les cas de figure
26:30merci à Thierry Lefebvre
26:32Code Source
26:33est le podcast
26:33d'actualité du Parisien
26:35cet épisode a été produit
26:36par Clémentine Spiller
26:38Barbara Gouy
26:39Thibault Lambert
26:40et Marin Guillon Verne
26:41réalisation
26:42Julien Moncouquiol
26:43n'oubliez pas
26:44notre podcast hebdomadaire
26:46consacré aux affaires criminelles
26:47Crime Story
26:48avec Claudia Prolongeau
26:49et Damien Delsenis
26:50Crime Story
26:51qui consacre une série
26:52cet été
26:53à l'affaire Epstein
26:54disponible à partir
26:55de début août
26:55sur toutes les plateformes
26:56de podcast
26:57Sous-titrage Société Radio-Canada
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