- il y a 10 heures
Auteur très attendu de cette rentrée littéraire, Thélyson Orélien a été secoué par une polémique. Il est accusé d’avoir plagié et d’avoir employé l’intelligence artificielle pour écrire son roman « C’était ça ou mourir ». Évincé de la sélection du Goncourt, son ouvrage caracole tout de même en tête des ventes.
Direction de la rédaction : Nicolas Charbonneau - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Thibault Lambert, Barbara Gouy, Antoine Gueguen-Georgeais - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Photo : JF Paga - Musiques : François Clos, Audio Network - Archives : FranceTV-La grande librairie, C ce soir.
Direction de la rédaction : Nicolas Charbonneau - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Thibault Lambert, Barbara Gouy, Antoine Gueguen-Georgeais - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Photo : JF Paga - Musiques : François Clos, Audio Network - Archives : FranceTV-La grande librairie, C ce soir.
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NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11C'est la polémique qui a animé la rentrée littéraire en France.
00:14Le roman « C'était ça ou mourir ? » a-t-il été écrit avec l'aide de l
00:18'IA, l'intelligence artificielle ?
00:20Livre du Canadien, originaire d'Haïti, Télison Aurélien.
00:23Lui avait reconnu avoir plagié des textes dans le passé, poèmes ou articles,
00:27mais il dément avoir utilisé l'IA pour écrire son roman.
00:31Mais son propre éditeur canadien a indiqué dans un communiqué le jeudi 21 octobre
00:37avoir obtenu la preuve d'une utilisation de l'IA pour ce roman.
00:42Et cet éditeur canadien a rompu tout lien avec Télison Aurélien.
00:47Cet épisode de Codesources est raconté par les deux journalistes du service culture du Parisien
00:51qui ont couvert cette affaire, Sandrine Bajos et Grégory Plouvier.
00:55Épisode publié la première fois le 20 octobre, actualisé et republié le 23 octobre.
01:06Le mardi 13 octobre, Télison Aurélien envoie un communiqué à l'agence France Presse, l'AFP,
01:12une réponse à la double accusation dont il fait l'objet,
01:15accusation de plagiat et de recours à l'IA pour écrire.
01:19Grégory, qu'est-ce qu'il dit dans ce communiqué ?
01:21Cette lettre est intitulée « Ce roman que j'ai écrit ».
01:24Du coup, il l'affirme, il répète une nouvelle fois qu'aucune phrase de son livre n'a été conçue
01:31par une machine.
01:31En revanche, dans ce texte, il reconnaît des erreurs inacceptables qui font écho aux accusations de plagiat.
01:38Donc là, il reconnaît effectivement avoir copié certains textes pour alimenter des chroniques dans le passé.
01:46Et il présente ses excuses.
01:48Cette affaire, elle pose dès le départ plusieurs questions.
01:52D'abord, comment les éditeurs peuvent-ils savoir si les écrivains ont, oui ou non, recours à l'intelligence artificielle
01:59pour écrire ?
02:00Cette affaire, elle marque en effet un tournant dans le monde de la littérature.
02:04C'est la première fois qu'un livre qui fait sensation est accusé d'avoir été écrit par l'IA.
02:09Et effectivement, on se pose la question de vérifier lorsqu'on est éditeur qu'un texte qui nous est fourni
02:14a été écrit par une plume humaine ou non.
02:17Et là, on arrive effectivement avec une espèce de grand vide.
02:20Il existe des logiciels qui permettent de détecter des suspicions d'usage de l'IA.
02:24Mais pour être catégorique à 100%, aujourd'hui, ces outils n'existent pas.
02:28En revanche, ce qui existe et ce qui doit continuer dans ce cadre-là, c'est le dialogue entre l
02:34'auteur et l'éditeur
02:35qui permet tout de même d'avoir une visibilité assez précise de la façon dont travaillent les écrivains.
02:40Et c'est ce travail-là qui peut-être n'a pas été totalement fait dans ce cas-là.
02:44Autre question, est-ce qu'on peut accepter collectivement ou non que les écrivains aient recours à l'IA quand
02:49ils écrivent leurs romans ?
02:50C'est une vraie question philosophique quasiment.
02:53Est-ce qu'on accepte effectivement que la fin justifie les moyens ?
02:56C'est un peu une autre façon de formuler la question.
02:58En vrai, à titre personnel, j'ai envie de dire que c'est peut-être un des derniers espaces,
03:03la littérature en particulier, mais l'art en général,
03:06où ça doit être la main de l'homme qui est en première ligne.
03:10Parce que si on lâche jusqu'à nos espaces créatifs,
03:15que reste-t-il à l'humain pour exprimer sa façon d'être, sa façon de penser, sa façon de
03:20s'évader ?
03:21C'est des questions vertigineuses et qui doivent alimenter un vrai débat pour pouvoir poser un cadre.
03:32Alors on va raconter maintenant l'histoire de ce livre et la polémique qui a suivi sa sortie.
03:37Sandrine, ce livre intitulé « C'était ça ou mourir ? » qu'est-ce qu'il raconte ?
03:41C'est l'histoire d'un professeur d'histoire géographique qui s'appelle Jonas Dorléon en Haïti en 2010 au
03:47moment du séisme.
03:49Son quartier est ravagé par les gangs et il va fuir.
03:52Puisque sinon, s'il reste en Haïti, il va mourir.
03:54C'est un périple extrêmement dangereux puisque ça va le mener d'abord en République dominicaine,
03:59au Mexique, dans plusieurs pays, jusqu'à l'arrivée finale au Canada.
04:03Et c'est aussi un peu l'histoire de Télison Aurélien.
04:05Bon, disons, c'est pas mon histoire dans le plan autobiographique, de manière très directe,
04:14mais je peux dire, en quelque sorte, c'est mon histoire, dans l'émotion,
04:21dans ce que moi aussi j'ai vécu, parce que j'ai connu une forme d'exil,
04:26et peut-être pas de la même manière, c'était peut-être mon histoire qui rencontre l'histoire d'autres
04:31gens.
04:33Le style de ce livre, il est comment ?
04:35C'est une plume très poétique, lyrique, musicale, très créole, haïtienne.
04:40Des phrases fortes, qui secouent, qui remuent.
04:44C'est très rythmé, c'est très riche comme vocabulaire.
04:47On est vite emporté par l'histoire de...
04:49C'est un sujet particulièrement difficile.
04:52On va suivre quelqu'un qui quitte son village saccagé,
04:55qui va vivre des situations, mais terribles et d'une rare violence.
04:59C'est un texte qui redonne de la visibilité à tous ces invisibles,
05:02qui ne sont pas que des statistiques dans les journaux.
05:04Et c'est un premier roman.
05:06Son auteur, Tedison Aurélien, a 38 ans.
05:08Il est haïtien d'origine, mais il vit au Canada.
05:10Qu'est-ce que l'on sait de lui ?
05:11On sait qu'il est né à Haïti, qu'il est issu d'une classe moyenne.
05:15Son père était comptable, sa mère était institutrice.
05:17Il est né dans une famille de cinq frères et sœurs.
05:20Il a fait des études de droit.
05:22Il a très tôt voulu écrire,
05:24notamment grâce à sa mère,
05:25puisqu'il aimait beaucoup dessiner quand il était petit.
05:28Et sa maman lui a dit, il faut mettre des mots sur les images.
05:30Et à partir de là, c'est vraiment une phase fondatrice pour lui,
05:33puisqu'il s'est mis à rédiger des petits textes, des récits, des poésies.
05:37Donc, il a quitté Haïti,
05:39après le tremblement de terre de 2010,
05:41avec sa famille, pour le Québec.
05:44C'était ça ou mourir, sort le 10 mars au Québec.
05:47Et le livre fait beaucoup parler.
05:49Alors, au Québec, c'est un énorme succès.
05:51Très vite, les éditeurs étrangers s'en emparent.
05:54Et les droits vont être vendus dans plus de 25 pays,
05:57ce qui, pour un premier roman, est assez incroyable.
06:00Et en France, plusieurs éditeurs étaient en concurrence
06:02pour publier le roman.
06:04Sandrine, finalement, c'est l'éditeur Olivier Nora,
06:06qui était encore, à ce moment-là, à la tête de Grasset,
06:09qui a réussi à attirer l'auteur, Télison Aurélien.
06:13C'était en février,
06:14trois mois avant le départ d'Olivier Nora de Grasset.
06:17Alors, en France, il y a une dizaine de grosses maisons d'édition
06:20qui ont voulu, effectivement, acheter les droits.
06:23C'est Olivier Nora, donc chez Grasset,
06:25qui va remporter l'affaire.
06:27Il a sûrement mis le plus gros chèque.
06:29Et ce qui est intéressant, c'est que c'est un livre étranger,
06:32puisque c'est un auteur québécois,
06:34mais c'est un livre écrit en français,
06:36donc l'éditeur n'aura pas retravaillé le texte.
06:39Ce roman est considéré comme celui
06:41dont on va beaucoup parler à l'automne,
06:43pendant la rentrée littéraire,
06:44et les critiques sont dithyrambiques.
06:47On a choisi de vous lire quelques extraits.
06:49Télérama
06:51Réaliste et vigoureux, violent et poignant,
06:54discrètement lyrique et terriblement incarné.
06:57L'humanité
06:58Télison Aurélien observe au plus près
07:01ces êtres invisibles soumis à une lente érosion.
07:05Il leur redonne leur entière dignité humaine,
07:07signant ainsi intensément son entrée en littérature.
07:11Le Figaro
07:12Une langue a coupé le souffle.
07:15Il est rare d'éprouver un tel choc de lecture,
07:18comme si l'on était pris à la gorge par des mots,
07:20simplement des mots.
07:28Toi Sandrine, dans Le Parisien,
07:29tu écris un texte magistral qui vous prend au trip.
07:33Ça correspond à ce que tu as ressenti en le lisant, j'imagine ?
07:36C'est un livre que j'ai beaucoup aimé,
07:38qui m'a bouleversée.
07:39J'ai été séduite par la langue,
07:41c'est de la musicalité.
07:44Je trouve qu'il y a des phrases chocs.
07:46Il ne m'a pas émue aux larmes,
07:47mais il m'a bouleversée.
07:48Il a changé mon regard sur les migrants.
07:50Parce que dans un monde qui tourne pas rond,
07:52tu te dis que tout le monde peut un jour être migrant.
07:55On sait que le monde est dur.
07:57On sait que des gens vivent des parcours de vie
07:59inhumains et d'une rare violence.
08:01Mais avec ce livre,
08:02effectivement,
08:04c'est un récit tellement intime,
08:05quelque part,
08:06qu'on ne peut être que bouleversé
08:10et ressentir des choses
08:11que je n'avais peut-être pas ressenties
08:13à ce point-là.
08:14Grégory,
08:15le livre,
08:15fait partie de la liste des romans
08:16en compétition
08:17pour le très prestigieux
08:19Prix Goncourt.
08:20Oui,
08:20il fait partie de la première liste
08:21dans laquelle figurent
08:2216 ouvrages au total.
08:25Plus généralement,
08:26C'était ça ou mourir
08:27est un véritable phénomène
08:29de cette rentrée
08:29dans le sens où
08:30il est quasiment sur toutes les listes.
08:31Il a même déjà gagné
08:32quelques premiers prix
08:34et c'est le livre
08:35dont tout le monde parle.
08:36Et le démarrage en France
08:37est très bon.
08:38Un peu plus de 22 000 exemplaires
08:39vendus à la date
08:40du 13 septembre.
08:41Toi, Sandrine,
08:42tu interviews
08:43Télison Aurélien
08:44pour écrire un article
08:45pour le Parisien,
08:46bien sûr.
08:47Côté look,
08:47il porte une casquette.
08:49Tu décris son sourire franc
08:50et sa stature
08:51qui en impose.
08:52Il se comporte comment
08:53pendant l'interview ?
08:54C'était une rencontre
08:55très chouette.
08:57Franchement,
08:57il est sympa,
08:59il est palanque de bois.
09:01On parle pas mal d'Haïti,
09:02du succès
09:03qui lui tombe dessus.
09:04Je le trouve très humble.
09:06C'est un livre
09:07qui lui a pris beaucoup de temps
09:08parce qu'il avait besoin
09:09de le nourrir.
09:10D'autres témoignages
09:11de migrants que le sien.
09:12Donc,
09:12il est parti aux Etats-Unis
09:14pour rencontrer
09:15des gens
09:15qui avaient vécu
09:16comme lui
09:17l'arrachement
09:18à leur terre natale.
09:19Grégory,
09:20le lundi 21 septembre
09:21à midi,
09:22Télison Aurélien
09:23reçoit une récompense
09:24pour C'était ça au mourir.
09:25Oui,
09:26ce jour-là,
09:27début de semaine,
09:28il remporte
09:28le prestigieux prix FNAC
09:30qui est l'un de ceux
09:32qui génèrent le plus de ventes
09:34tous les ans.
09:35Quand tu peux arborer
09:37le bandeau prix FNAC
09:39sur ton livre,
09:40tu es certain
09:41de pouvoir faire
09:42décoller tes ventes.
09:43Dans le passé,
09:44il y a des auteurs
09:44comme Jean-Baptiste Andréa
09:46ou Delphine de Vigan
09:47qui l'ont remporté.
09:48Donc,
09:48c'est une très bonne nouvelle
09:49pour lui.
09:50Les ventes vont continuer
09:51à décoller.
09:52Le jour même,
09:53dans l'après-midi,
09:54Grégory,
09:55un compte X,
09:56anciennement Twitter,
09:57lance une grave accusation
09:59concernant Télison Aurélien
10:00et son roman,
10:01c'était ça ou mourir.
10:02Un compte baptisé
10:03Balance ton Claude,
10:04Claude,
10:04c'est une IA générative,
10:07affirme que ce roman
10:09a été écrit
10:10très largement
10:11par l'intelligence artificielle.
10:14Le compte est,
10:15dans un premier temps,
10:15anonyme
10:16et ça jette
10:17un véritable pavé
10:18dans la mare.
10:19Quelles sont les réactions
10:19dans les heures qui suivent ?
10:20Ça part vite
10:21dans tous les sens.
10:22C'est une polémique
10:22protéiforme
10:23qui voit le jour
10:24à ce moment-là.
10:25D'un côté,
10:26il y a ceux
10:26qui mettent en avant
10:29le danger
10:29de voir la littérature
10:31gangrénée
10:31par l'utilisation
10:32de l'IA.
10:33De l'autre,
10:34il y a ceux aussi
10:34qui se disent
10:34qu'on attaque
10:36un auteur haïtien,
10:38noir de peau,
10:39qui parle de migrants.
10:40Du coup,
10:41beaucoup voient
10:42une espèce de complot
10:43pour faire chuter
10:43à un auteur
10:44qui a un point de vue
10:45sur l'immigration
10:47très humaniste.
10:48Et concrètement,
10:49ce compte X
10:49anonyme,
10:50Balance ton Claude,
10:51sur quoi il s'est basé
10:52pour affirmer ça ?
10:53En fait,
10:53il se base
10:53sur un outil
10:54qui jusqu'à ce jour-là
10:56n'est pas très connu
10:56du grand public.
10:57Ça s'appelle
10:58et c'est un outil
10:59développé par l'IA
11:00qui est là
11:01pour traquer
11:02la présence ou non
11:03d'IA dans un texte.
11:04C'est une entreprise
11:05américaine
11:06qui assure
11:07qu'il y a
11:08très très peu
11:08de faux positifs.
11:10Alors les faux positifs,
11:11c'est en fait
11:11des textes
11:12qui sont accusés
11:13d'avoir été écrits
11:14par l'IA
11:14mais qui sont en fait
11:15écrits par l'homme.
11:16Selon eux,
11:16il y en a
11:17un sur 25 000,
11:18autant dire
11:19un chiffre infinitésimal.
11:21L'agence France Presse,
11:22l'AFP,
11:23fait le test
11:23avec d'autres solutions
11:25de type pangramme
11:26et les résultats
11:27sont très variables.
11:28En fait,
11:28on est sur une technologie
11:29qui est encore
11:30assez peu connue.
11:31Effectivement,
11:31il y a des tests
11:31qui sont réalisés
11:32notamment par ces journalistes
11:33de l'AFP.
11:34Un dit que oui,
11:36le texte est écrit par l'IA.
11:37L'autre dit que non,
11:39absolument pas,
11:40c'est un humain
11:40qui l'a écrit.
11:41Les deux autres
11:41ne se prononcent pas.
11:43Bref,
11:43c'est un peu le chaos
11:44au début pour savoir
11:44si véritablement
11:45ce texte a été écrit
11:46par l'IA ou non.
11:47Sandrine,
11:48que répond Edison Aurélien
11:49dans un premier temps ?
11:50Sa première réaction,
11:51c'est dans le journal
11:52La Presse
11:53qui est un journal québécois
11:54où il dément.
11:55Il dit qu'il n'a jamais
11:56utilisé l'IA
11:58pour produire des textes
11:59et il a même dit
12:01on peut me donner
12:02un stylo
12:03et j'écris là,
12:04ce serait la même chose
12:04que j'écrirais.
12:05Donc,
12:05il est vraiment catégorique,
12:07il n'a pas utilisé l'IA
12:08pour écrire son roman.
12:10Le mercredi 23 septembre,
12:11sur France 5,
12:12une ancienne jurée
12:13du prix Goncourt,
12:14l'écrivaine Virginie Despentes,
12:15est invitée de C'est ce soir
12:17et elle prend clairement
12:18la défense
12:19de Edison Aurélien.
12:20Oui, en gros,
12:20son discours,
12:21c'est de dire
12:21que la polémique
12:22dont est victime
12:24Télison Aurélien
12:24peut s'abattre
12:26sur n'importe quel écrivain
12:27vu qu'aujourd'hui,
12:28effectivement,
12:28il est très difficile
12:29de savoir qui a fait quoi.
12:30Ça veut dire
12:30que n'importe quelle accusation
12:32contre n'importe lequel
12:33d'entre nous
12:33sera reprise immédiatement
12:35comme argent comptant
12:36du moment que ça vient
12:37de l'extrême droite.
12:38Allez, on y va,
12:38c'est que c'est vrai.
12:39Elle dit également
12:39à cette occasion
12:40qu'en fait,
12:40elle s'en fout de savoir
12:41s'il a utilisé l'IA ou pas.
12:43Ma position par rapport à ça,
12:44si on n'a pas justifié,
12:46Télison Aurélien
12:47n'a pas justifié
12:47que c'est le résultat
12:48qui compte
12:48et que c'est son histoire
12:49qu'il souhaite mettre en scène
12:51et que d'une manière,
12:51on ne peut pas
12:52d'un claquement de doigts
12:52et en utilisant 4GPT
12:54en 5 minutes
12:55produire ce texte-là.
12:55Alors que l'IA
12:56m'a tout pris
12:57sans mon consentement,
12:58sans me demander mon avis,
13:00alors qu'elle entre
13:00dans mon écran
13:01de force,
13:02que je le veuille ou non,
13:03à partir du moment
13:04où j'allume un écran
13:05et en plus,
13:06après,
13:06je devrais me justifier
13:07de savoir
13:08si Pangram,
13:10ou on l'appelle
13:15dans ce que dit
13:19Virginie Despentes,
13:21on dirait que c'est un peu
13:21comme pour la musique
13:22où il y a du sampling
13:24des petits morceaux
13:24de musique
13:25dans certains titres.
13:26C'est un peu ça
13:27la question pour elle ?
13:28Oui, en tout cas,
13:28de manière générale,
13:30en littérature,
13:31tous les écrivains
13:32ont été influencés
13:33par mille et une choses
13:35qui,
13:36de manière frontale,
13:37directe ou non,
13:38permettent d'influencer
13:39leur oeuvre.
13:40Alors,
13:41certains,
13:41effectivement,
13:41font des hommages
13:43à tel ou tel
13:44ou des clins d'œil
13:45à tel ou tel
13:46écrivain du passé,
13:47là, pour elle,
13:48on peut effectivement
13:48penser que c'est une façon
13:50de moderniser
13:50ce type de sampling
13:52littéraire.
13:52Le même jour,
13:53des médias canadiens
13:54qui se sont penchés
13:55sur le parcours
13:55de Télison Aurélien
13:57suite aux accusations
13:58de recours à l'IA
13:59révèlent qu'il a
14:01plagié plusieurs textes
14:02des articles
14:03ou des poèmes.
14:03C'est un vrai tournant
14:04dans la polémique.
14:05C'est le moment
14:06où même
14:07des défenseurs
14:08de Télison Aurélien
14:09commencent à changer
14:10de leur regard
14:10sur l'affaire.
14:11Et c'est pour deux raisons.
14:13La première,
14:13c'est qu'un plagiat,
14:14c'est beaucoup plus facile
14:15à établir.
14:15Lorsqu'on regarde
14:16le texte copié
14:17et le texte finalement
14:18produit par l'auteur,
14:20on voit que les similitudes,
14:21elles sont trop frappantes.
14:22Ensuite,
14:23un écrivain
14:24qui a une ambiguïté
14:25sur l'authenticité
14:25de son texte
14:26en utilisant
14:27des paragraphes entiers
14:28d'un auteur
14:30pour ses propres articles,
14:31on se dit
14:32qu'il est capable
14:32de faire ça,
14:33il est aussi capable
14:34d'utiliser
14:34de nouvelles technologies
14:35pour l'aider,
14:36pour être dopé
14:37d'un point de vue artistique.
14:39Et concrètement,
14:39des textes
14:40qui lui avaient valu
14:41des prix,
14:41des récompenses
14:42ou une présence
14:43dans un recueil
14:43par exemple
14:44de poésie haïtienne
14:45étaient des plagiens.
14:46Oui,
14:47c'est ce que révèle
14:47cette polémique,
14:48c'est que des textes
14:49écrits en 2012,
14:502013, 2014
14:51ont été quasiment
14:52copiés-collés.
14:53Le vendredi 25 septembre,
14:55une personne
14:55qui se cachait
14:56derrière le compte
14:57Balance ton Claude
14:58dévoile son identité.
15:00Il s'agit d'un chroniqueur
15:01et essayiste,
15:02il s'appelle
15:02Samuel Fitoussi,
15:03il a 29 ans,
15:04qu'est-ce qu'on sait
15:05à son sujet ?
15:06C'est un essayiste
15:08d'inspiration libérale
15:10conservatrice
15:11pour aller vite
15:12qui a écrit
15:13dans plusieurs médias
15:14dont Le Figaro.
15:16C'est aussi quelqu'un
15:17qui s'est mobilisé
15:17ces dernières années
15:18contre le wokisme,
15:19il a même écrit
15:20un livre
15:21à ce sujet.
15:22C'est une personnalité
15:24qui est un peu complexe
15:25à situer
15:25et qui est capable
15:26effectivement
15:26d'investir
15:27sur ses données personnelles
15:29dans des startups
15:30liées à l'IA
15:31et de l'autre
15:32d'un point de vue intellectuel
15:33s'ériger contre l'usage
15:36de cette nouvelle façon
15:37d'écrire
15:38en littérature.
15:40Comment il justifie
15:40sa démarche ?
15:41Tout d'abord,
15:42il dit que ce n'est pas politique.
15:43Pour lui,
15:44les accusations
15:45notamment de racisme
15:46qui ont fleuri
15:48sur les réseaux sociaux
15:48le concernant,
15:49il les bat en brèche.
15:51Il dit qu'il s'agit
15:52de lancer un débat
15:53d'intérêt public
15:55qu'en gros,
15:56c'est même l'avenir
15:56de la littérature
15:57qui est en jeu.
15:58Le fait de lire
15:59ou écrire,
16:00si tout est délégué à l'IA,
16:01tout peut être menacé.
16:03Le même jour,
16:03le 25 septembre,
16:04l'Académie Goncourt
16:05annonce qu'elle retire
16:06Télison Aurélien
16:07de la liste
16:08des prétendants au prix.
16:09Oui,
16:10et c'est un véritable choc.
16:11Un choc
16:12et une surprise aussi
16:13parce que lorsqu'on a eu
16:15les jurés du Goncourt
16:16au téléphone
16:17quelques jours avant,
16:19il n'est pas question
16:19à cette époque-là
16:20de l'évincer,
16:21il est plutôt question
16:22de le laisser
16:22jusqu'au processus suivant
16:24qui est l'établissement
16:25d'une deuxième liste,
16:26est-ce qu'il allait rester,
16:27pas rester,
16:27sauf que les accusations
16:28de plagiat
16:29ont accéléré
16:30le calendrier
16:31et par ailleurs
16:32se posait un autre problème,
16:34c'est que c'est à ce moment-là
16:35que devaient être distribués
16:36les livres en lice
16:37pour le Goncourt
16:38des lycéens
16:40et le Goncourt
16:40des détenus.
16:41Et si les élèves
16:43notamment
16:44plébiscitaient
16:46majoritairement
16:46ce livre-là
16:47alors qu'il allait
16:48en être exclu,
16:49cela aurait engendré
16:50une polémique
16:51encore plus importante.
16:51Le lendemain,
16:52le samedi 26 septembre,
16:54Télison Aurélien
16:54interrompt prématurément
16:56sa campagne de promotion
16:57de son roman en France.
16:59Il décolle de Roissy.
17:01Le jour
17:01et l'horaire du vol
17:02avaient été tenus secrets
17:03pour éviter que des journalistes
17:05ne soient là
17:05pour lui poser des questions.
17:07Sandrine,
17:08la polémique
17:08est très vive.
17:09On a beaucoup parlé
17:10de ce sujet
17:11dans les médias
17:12mais c'était ça
17:13au mourir
17:13se vend toujours très bien.
17:15Non seulement
17:16il se vend bien
17:16mais il se vend
17:17de mieux en mieux
17:18pour devenir
17:19le roman
17:20le plus vendu
17:20de la rentrée littéraire.
17:21Aujourd'hui,
17:22on vient de passer
17:22le cap des 100 000 exemplaires
17:24et c'est exceptionnel.
17:25Grégory,
17:26le 8 octobre,
17:26une longue enquête
17:27de nos confrères de Lopes
17:28montre que Télison Aurélien
17:29voulait à tout prix
17:31depuis des années
17:32devenir écrivain.
17:33Oui,
17:34il voulait devenir écrivain
17:35comme d'autres
17:35veulent devenir joueur de foot.
17:37C'était plus qu'un rêve,
17:39c'était un accomplissement,
17:39c'était un but de vie.
17:41Et pour ça,
17:42il a démarré très tôt,
17:44il a ouvert un blog
17:45qui s'appelait
17:45tout est dans le titre
17:46Télison Aurélien Écrivain.
17:48Il voulait véritablement
17:50s'approcher au plus près
17:51de certains auteurs,
17:52notamment ceux
17:53issus de la communauté
17:54haïtienne au Canada.
17:55Il a sympathisé
17:56avec certains d'entre eux,
17:58il a fait jouer des coudes
17:59pour pouvoir avoir sa place
18:01et assouvir son rêve,
18:03être un jour publié.
18:04Grégory,
18:05toi,
18:05tu as lu le livre
18:06après le début de la polémique
18:08et dans un article
18:09publié début octobre
18:10dans Le Parisien,
18:11tu expliques que ce roman
18:12est très dur à lire
18:14avec ce doute en tête.
18:16En fait,
18:16c'est un roman
18:17qui est devenu
18:17presque impossible à lire
18:18sans avoir des signaux
18:22comme ça
18:22qui clignotent un peu partout
18:23vu que lorsqu'on est au courant
18:25un petit peu
18:26des tics de langage
18:27de l'intelligence artificielle,
18:28vous regardez un petit peu
18:30les tournures de phrases,
18:31notamment ce qu'on appelle
18:32la tournure de phrases
18:33ternaire,
18:34ce rythme avec trois locutions
18:36les unes après les autres.
18:38Effectivement,
18:38ça revient beaucoup.
18:39Est-ce que c'est suspect ?
18:40Est-ce que c'est vraiment
18:40quelque chose qui peut indiquer
18:42que c'est écrit par l'IA ?
18:43On voit aussi
18:44qu'il y a beaucoup de comparaisons,
18:45beaucoup de métaphores.
18:46C'est une écriture très imagée
18:47et là aussi,
18:47ce sont, dit-on,
18:48des tics de l'IA.
18:49Et à un moment,
18:50on se dit,
18:51c'est indécent
18:52par rapport à un sujet
18:53aussi fort,
18:55sensible
18:55qu'est la question
18:56des migrants,
18:57de comme ça,
18:58regarder,
18:59pinailler
18:59sur de la sémantique.
19:01Et aussi,
19:02de l'autre côté,
19:02on se dit,
19:03c'est un sujet
19:04qui est tellement humain
19:05ou un livre
19:06qui est tellement
19:08empli d'humanisme
19:09que si ce n'est pas
19:10un humain
19:11justement
19:11qui l'écrit,
19:12on se dit,
19:12c'est quoi le sens ?
19:13Le mercredi 21 octobre,
19:15l'éditeur canadien
19:16de Télison Aurélien,
19:17Le Boréal,
19:18indique,
19:19dans un communiqué
19:20de deux pages,
19:21avoir découvert
19:22de façon certaine
19:24que l'auteur
19:25a bien eu recours
19:27à de l'IA.
19:27C'est un vrai coup de théâtre.
19:28C'est le propre éditeur
19:30canadien
19:31de Télison Aurélien
19:32qui le lâche.
19:33Pour justifier
19:35cette prise de position,
19:36il se base
19:37sur une expertise
19:39externe
19:39réalisée
19:41à leur demande,
19:42sur les documents
19:43de travail
19:43fournis
19:44par Télison Aurélien
19:45et ils se sont rendus
19:46compte
19:46qu'il existait
19:48des balises
19:49d'IA
19:50présentes
19:50dans les métadonnées
19:51du texte.
19:52C'est un peu technique
19:53dit comme ça.
19:54En gros,
19:54ça veut dire que
19:55sous une forme
19:56ou sous une autre,
19:57l'éditeur ne sait pas
19:58exactement
19:58dans quelle mesure
19:59l'IA a été utilisée,
20:00mais ce qui est sûr,
20:01c'est que l'intelligence
20:01artificielle a servi
20:02à l'écriture de ce livre.
20:04Et cet éditeur
20:04coupe tout lien
20:05avec Télison Aurélien.
20:06Tout à fait.
20:07Il y avait un contrat
20:08qui prévoyait
20:09la publication
20:09de deux romans.
20:12à la trappe,
20:13mais aussi,
20:13plus impactant encore
20:14pour l'éditeur,
20:16il prend l'engagement
20:17de ne pas réimprimer
20:18le livre
20:19malgré le succès XXL
20:21que rencontre
20:21l'ouvrage au Québec.
20:23Le lendemain,
20:24le jeudi 22 octobre,
20:25Télison Aurélien
20:26s'exprime
20:27chez nos confrères
20:27de Libération.
20:28En résumé,
20:29il continue de nier
20:30avoir écrit
20:31en utilisant l'IA.
20:32Il parle simplement
20:33de recherche historique
20:35avec l'IA.
20:37Grégory,
20:37pour toi,
20:38ce roman
20:38a beaucoup moins
20:39de valeur aujourd'hui ?
20:40Ça ne lui enlève pas
20:41toute valeur
20:42pour de nombreux lecteurs
20:43qui prendront connaissance
20:46de ce texte,
20:46peut-être même
20:47sans forcément connaître
20:48la polémique.
20:49La puissance du récit,
20:51la force
20:52de ce qui est décrit
20:53restera,
20:54quoi qu'il arrive,
20:54valable.
20:55En revanche,
20:56d'un point de vue
20:57artistique,
20:58littéraire,
20:58savoir que sur un thème
21:00aussi imprégné
21:02d'humanisme,
21:04sur un texte
21:04qui place encore une fois
21:05l'humain
21:06au cœur du récit,
21:07ça me gênerait
21:09de savoir
21:10qu'un livre
21:10que j'ai entre les mains,
21:12que je passe des heures
21:13à lire,
21:14en fait,
21:14n'a été écrit
21:15par personne.
21:17C'est quand même
21:17très gênant
21:18d'avoir
21:19des lettres,
21:20des phrases,
21:21des paragraphes
21:22entiers
21:23que je passe
21:23du temps
21:24à lire,
21:24à décortiquer,
21:25à analyser,
21:26éventuellement
21:26à m'émouvoir
21:27pour un texte
21:29qui n'a pas été
21:30écrit par quelqu'un.
21:31C'est quand même
21:32philosophiquement,
21:33éthiquement,
21:34méga dérangeant.
21:48Merci à Sandrine Bajos
21:49et Grégory Plouvier.
21:51Cet épisode de Code Source
21:52a été produit
21:52par Thibaut Lambert,
21:54Antoine Guéguin-Georget
21:54et Barbara Gouy.
21:56Réalisation,
21:57Julien Moncouquiol.
21:58Code Source
21:59est le podcast quotidien
22:00d'actualité du Parisien.
22:02N'oubliez pas
22:02de vous abonner
22:03pour ne rater aucun épisode.
22:04Vous pouvez nous écrire
22:06codesource
22:07at leparisien.fr
22:08Et puis,
22:09si les affaires criminelles
22:10vous intéressent,
22:11on vous invite
22:12à écouter chaque semaine
22:13Crime Story,
22:14un autre podcast
22:15du Parisien.
22:16Crime Story
22:17présenté par
22:18Claudia Prolongeau
22:18et Damien Delsenis.
22:20– Sous-titrage Société Radio-Canada
22:24–