- il y a 7 semaines
Après le scandale retentissant du « Roi des fourrières » en 2023, le Parisien révèle que la société DLA qui gère les fourrières du nord et de l’est de Paris fait l’objet d’une vaste enquête de gendarmerie. Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Clémentine Spiler - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Photo : Jean-Baptiste Quentin - Musiques : François Clos, Audio Network.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:04Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le Parisien révèle un nouveau scandale dans le secteur des fourrières à Paris.
00:17Vous vous souvenez peut-être de l'affaire du roi des fourrières, Chafiq Aliouane,
00:21qu'on vous avait raconté en février 2023, mis en examen pour corruption.
00:25Il devrait être jugé l'année prochaine aux côtés d'une dizaine de policiers et d'un ancien fonctionnaire.
00:32Le Parisien révèle que l'entreprise qui a succédé à celle de Chafiq Aliouane fait l'objet aujourd'hui d
00:38'une enquête.
00:38Cette entreprise est soupçonnée en résumé d'avoir revendu illégalement des voitures qui auraient dû partir à la casse.
00:46Dans Codesources, on résume ces deux affaires avec Nicolas Jacquard, le journaliste du Parisien, qui a mis en lumière ces
00:53deux dossiers.
01:06Nicolas, tu es journaliste au service Police Justice du Parisien.
01:09Le nouveau scandale dans le secteur des fourrières à Paris vient de l'entreprise DLA.
01:13Alors comme ça, ça ne vous dit peut-être pas grand-chose, mais les 4x4 grues de DLA,
01:17ces grosses voitures qui enlèvent les voitures mal garées à Paris,
01:21elles sont très visibles dans la capitale. On les reconnaît facilement.
01:23Oui, on les voit circuler sur les parties nord et est de Paris, des grues de fourrières,
01:30des 4x4 flambant neufs qui circulent depuis le mois de mars dernier et qui sont assez caractéristiques
01:35puisque sur leur portière figure un logo très repérable, celui d'un dinosaure, un véloci-raptor
01:41et dont le nom est compacté pour avoir cette mention raptor sur ces grues de fourrières.
01:45Alors tu vas nous dire à la fin de ce podcast pourquoi cette entreprise est aujourd'hui dans la tourmente,
01:50mais d'abord, on prend le temps de raconter une première affaire des fourrières à Paris,
01:55affaire de corruption présumée.
01:57Et c'est toi déjà qui avais sorti ce dossier à l'époque en 2023 avec notre consoeur du Parisien
02:03Céline Carrez,
02:04celle de Shafik Aliwan, surnommé le roi des fourrières,
02:09un Libanais qui a aujourd'hui 55 ans.
02:11Il a 20 ans quand il arrive à Paris au début des années 1990.
02:16Oui, c'est quelqu'un qui arrive vraiment qui arrive de nulle part pourrait-on dire.
02:19Il a connu la guerre civile au Liban, à Beyrouth.
02:23Il arrive, il commence par être serveur, à Nier exactement, c'est ce qu'on avait retrouvé à l'époque.
02:29Et puis, de fil en aiguille, il va d'abord travailler pour l'ambassade du Qatar en France.
02:34Il va s'occuper des véhicules, il va s'occuper de la maintenance mécanique de ses véhicules.
02:40Il va monter un premier garage et petit à petit, il va s'accaparer le marché des fourrières.
02:45Alors d'abord dans certaines villes des Hauts-de-Seine et puis finalement à Paris.
02:49Et ce qu'il a aidé au début de sa carrière dans les fourrières,
02:51c'est sa rencontre au début des années 2000 à Paris avec un homme politique,
02:56un ancien ministre, un homme qui a été député cinq fois.
02:59Oui, Olivier Stierne, c'est vraiment une figure de la politique française.
03:03C'est quelqu'un qui a été ministre sous cinq présidents de la République, de la Ve République.
03:10Donc il a été de tous les bords, de tous les gouvernements ou presque pourrait-on dire.
03:15Et Olivier Stierne, c'est surtout quelqu'un qui avait un carnet d'adresse faramineux.
03:20Et vous le disiez, Shafiq Aliouane va faire sa rencontre de manière purement fortuite
03:24parce que ce jour-là, Olivier Stierne va tomber en panne avec sa Renault Twingo sur une artère parisienne.
03:30Et Shafiq Aliouane, par hasard ce jour-là, va être son dépanneur.
03:34Et les deux, tout de suite, vont accrocher l'un avec l'autre et va débuter une forme de compagnonnage.
03:41Et ensuite, ils ont quel type de relation ?
03:42D'abord une relation amicale, mais on a le sentiment que c'est une amitié très bien comprise, pourrait-on
03:49dire,
03:49parce que Olivier Stierne va prendre un petit peu Shafiq Aliouane sous son aile.
03:54Il va lui ouvrir son réseau de connaissances et les deux vont se rendre énormément de services.
04:01On nous dit qu'en contrepartie, Olivier Stierne aura quelque part la maintenance mécanique de ses véhicules gratuites
04:08et bénéficiera d'un certain nombre d'avantages.
04:11Par exemple, des chauffeurs de Shafiq Aliouane dont on nous dit qu'il pouvait, au besoin,
04:16transporter ses bagages, éventuellement effectuer des déménagements pour son compte
04:21ou pour certains membres de la famille Stierne.
04:24Plus tard, Shafiq Aliouane va s'appuyer sur un autre contact,
04:27un homme qui travaille à la préfecture des Hauts-de-Seine,
04:30un fonctionnaire qui a un poste clé pour tout ce qui concerne les voitures.
04:34Ce fonctionnaire, qui se prénomme Dominique T, de la première lettre de son nom de famille,
04:38est vraiment quelqu'un qui est au carrefour de tout ce qui touche à l'automobile
04:41pour une préfecture d'importance, qui est celle des Hauts-de-Seine.
04:44C'est quelqu'un qui est à la tête de ce service automobile
04:47et ça, ça recoupe l'ensemble des process de cartes grises, par exemple, de permis de conduire,
04:52et puis, bien évidemment, la gestion des fourrières et ses agréments.
04:57Et ça, en ayant cette personne dans sa poche, pourrait-on dire,
05:01eh bien, Shafiq va vraiment bénéficier d'un véritable avantage par rapport à ses concurrents.
05:07Et là encore, la justice soupçonne que Dominique T ait pu bénéficier davantage en nature.
05:12On nous parle de voyages, par exemple, aux Antilles, des vacances, des billets d'avion qui ont été payés.
05:19On nous parle également de montres de luxe qui auraient été offertes.
05:23Et Dominique T est mise en examen pour ces faits, pour corruption.
05:27On soupçonne vraiment qu'avec Shafiq, il y a eu, là encore, une forme de compagnonnage sur plusieurs années.
05:35Nicolas, les grues de fourrière, donc ces gros 4x4 de Shafiq Aliwan, ils sont en très mauvais état.
05:40Oui, c'est rien de le dire. On nous parle véritablement de poubelles roulantes.
05:45On a une mairie de Paris qui, à ce moment-là, voulait développer les grues de fourrière écologiques, d'une
05:51certaine manière.
05:52Et c'est sur cette base, sur cette promesse que Shafiq Aliwan et Interdépannage ont obtenu le marché,
05:58en promettant à la ville qu'ils allaient mettre en place des 4x4 de fourrière électrique.
06:04Et ce qu'il faut savoir, c'est qu'en fait, des grues de fourrière électrique, tout simplement, ça n
06:08'existe pas.
06:09À l'échelle de la planète, il n'y en a aucune qui est produite.
06:11Mais grâce à ces points supplémentaires au moment de candidater au marché public,
06:17Interdépannage a obtenu ces marchés.
06:18Et vous le disiez, en lieu et place, les Parisiens et les chauffeurs d'Interdépannage,
06:23la société de Shafiq Aliwan, ont eu droit à des grues de fourrière hors d'âge.
06:28Des 4x4 dont certains des chauffeurs que nous avons interviewés nous disent
06:31que quand vous avez passé une journée dedans, le plancher est tellement foutu
06:37que les gaz d'échappement vous remontent et que le soir, vous êtes noir de suie
06:41et vous avez l'impression de sortir de la mine.
06:43C'est ce que certains d'entre eux nous disaient.
06:46des 4x4 de fourrière qui ne sont pas aux normes,
06:49des freins qui parfois ne sont pas entretenus comme ils auraient dû l'être.
06:53Donc tout ça fait qu'on avait véritablement des grues qui ne fonctionnaient pas ou fonctionnaient mal.
06:58Les hommes qui conduisent ces 4x4 sont mal payés.
07:01Ils sont aussi surveillés de très près par leur patron, Shafiq Aliwan.
07:04Oui, il faut savoir qu'être chauffeur d'une grue de fourrière, c'est véritablement un travail harassant, difficile.
07:13Vous vous faites insulter par des automobilistes toute la journée.
07:16Parfois, ça peut dégénérer en bagarre.
07:18On nous parle véritablement, ce sont quelque part les éboueurs de la mécanique.
07:22Et donc, pour trouver des gens capables de faire ce travail-là,
07:27interdépannage, aller chercher par exemple des gens qui pouvaient pour certains sortir de prison.
07:30On nous dit que certains des chauffeurs avaient des bracelets électroniques au moment où ils exerçaient leur profession.
07:35D'autres parfois dont la situation administrative en termes de papier n'est pas franchement très très claire.
07:42Et tous ces chauffeurs-là, pour les avoir encore plus sous sa coupe,
07:46Shafiq Aliwan, le patron d'interdépannage, avait mis en place une forme de flicage.
07:51C'est-à-dire qu'il était extrêmement présent à la radio interne de l'entreprise.
07:56Il avait sa petite smarte dans laquelle il circulait, dont on nous disait qu'elle lui servait à espionner ses
08:01chauffeurs.
08:01Alors, lui, en retour, va dire justement, c'est un secteur compliqué,
08:05avec des gens parfois qui sont à la limite de l'honnêteté.
08:08Moi, je faisais un travail de surveillance parfaitement légitime.
08:11Justement, ces chauffeurs de 4x4 se font souvent de l'argent illégalement,
08:14en rendant les voitures qu'ils enlèvent tout de suite à leurs propriétaires,
08:18contre du liquide, de l'argent liquide.
08:19Oui, ça, dans le jargon des fourrières, ça a un nom, ça s'appelle le chargé restitué sauvage,
08:26abrégé en CR sauvage.
08:28Ça veut dire que, quand la voiture a commencé à être montée sur le camion,
08:32que les deux roues avant ou arrière ne touchent plus le sol,
08:36officiellement, elle est considérée à ce moment-là comme déjà en fourrière.
08:41Donc, vous n'avez d'autre alternative que de payer l'amende.
08:44Mais, certains chauffeurs indélicats, à ce moment-là,
08:47à les proposer, par exemple, aux touristes qui ne connaissent pas forcément la situation parisienne,
08:50leur dire, voilà, cette voiture, si vous me donnez X dizaines d'euros en liquide,
08:56eh bien, je la repose, ni vu ni connu, vous repartez avec.
08:59Et puis, le chauffeur, entre-temps, a pris de l'argent de manière indue.
09:03Pour continuer ses activités,
09:05Shafiq Aliwan s'est attaché les services de nombreux policiers,
09:08en se montrant généreux avec eux.
09:10Oui, et c'est actuellement le plus gros dossier de corruption policière du moment,
09:16parce que, ben, Shafiq, au fil des années,
09:18s'était attiré l'amitié d'un certain nombre de policiers de différents grades,
09:22on nous disait jusqu'à certains commissaires de police,
09:26parce que, eh bien, il avait l'habitude de les entretenir,
09:29de les emmener déjeuner dans des beaux restaurants,
09:32de leur offrir à intervalles réguliers des caisses de champagne,
09:34par exemple, au moment de Noël.
09:36Et ça, ça permettait, encore une fois, à Shafiq Aliwan,
09:39d'avoir une longueur d'avance sur la concurrence,
09:41et puis d'avoir dans son entourage des policiers
09:44qui étaient, d'une certaine manière, obligés.
09:47Et on a vu dans l'enquête de la police de police qui a suivi
09:50que, eh bien, Shafiq Aliwan utilisait ses policiers,
09:54par exemple, pour régler des comptes.
09:56Quand certains de ses salariés avec lesquels il était en conflit,
09:59très régulièrement, venaient demander des impayés,
10:03se rendaient compte qu'il n'avait pas été déclaré pour certains officiellement,
10:07eh bien, à ce moment-là, Shafiq Aliwan allait souvent déposer plainte contre eux,
10:12des plaintes prétextes, mais qui étaient suivies des faits
10:15parce que, dans certains commissariats, il avait, encore une fois, ses obligés.
10:19Shafiq Aliwan est interpellé au mois de décembre 2022.
10:21Il est mis en examen pour corruption,
10:24placé en détention provisoire à la prison de la santé à Paris.
10:27Il sera libéré sous caution un an plus tard.
10:30D'après les enquêteurs, la majeure partie de l'argent noir qu'il a amassé
10:34est partie dans son pays d'origine, le Liban.
10:37Oui, et on parle, et ça, c'est ce que nous expliquent différentes sources par recoupement,
10:42on parle de plusieurs millions d'euros
10:45qui, au fil des années, ont pris en cash la direction du Liban.
10:49Vous le disiez, pays d'origine de Shafiq Aliwan.
10:52Alors, avec un système assez complexe d'évasion de cet argent liquide,
10:58on nous dit que, parfois, c'était certains salariés d'interdépannage,
11:02triés sur le volet, qui pouvaient prendre les avions de la compagnie libanaise Middle East
11:07pour voyager avec cet argent sur eux.
11:10D'autres fois que, peut-être, certains personnels de la compagnie
11:13ou des Libanais qui prenaient ces vols, pouvaient eux-mêmes transporter l'argent.
11:18Et tout ça, pense la justice, n'a été possible que, là encore,
11:22à travers une forme de corruption qui, cette fois, a touché deux policiers de grade plutôt élevé
11:30qui étaient, eux, en poste à l'aéroport de Roissy.
11:34Et Shafiq Aliwan et interdépannage ont réussi à obtenir un badge,
11:38qui est un badge extrêmement précieux,
11:39et qui leur permettait d'accéder directement aux avions sur les pistes de Roissy.
11:45Et là encore, ça, c'est un point que la justice a investigué,
11:47parce que Shafiq Aliwan et interdépannage n'auraient pas pu évader autant d'argent
11:52en direction du Liban s'ils n'avaient pas eu, là encore une fois, des complicités.
11:57Et la justice soupçonne qu'il a investi dans l'immobilier au Liban.
12:01Le procès de Shafiq Aliwan devrait se tenir l'année prochaine, en 2027,
12:05mais la date n'est pas encore arrêtée.
12:08En tout cas, l'homme d'affaires, qui est bien sûr présumé innocent,
12:11ne sera pas jugé seul.
12:12À ses côtés, il y aura une dizaine de policiers.
12:14Et le juge d'instruction a demandé leur renvoi devant le tribunal.
12:19Nicolas, que deviennent l'ancien ministre
12:21et le fonctionnaire de préfecture des Hauts-de-Seine, Dominique Thé, dont on a parlé ?
12:25Alors, l'ancien ministre Olivier Stirn est décédé récemment,
12:30donc il est mort innocent.
12:32Et puis, Dominique Thé, lui, sera l'une des pièces maîtresses, pourrait-on dire,
12:37de ce procès qui va se tenir,
12:38parce que sans, encore une fois, cette complicité de Dominique Thé,
12:43eh bien, Shafik Aliwan et Interdépannage n'auraient pas pu prospérer,
12:47autant que ça a été le cas.
12:49Nicolas, ça peut paraître surprenant,
12:51mais l'entreprise de Shafik Aliwan, Interdépannage,
12:54a conservé une partie du marché des fourrières à Paris
12:58pendant trois ans après la révélation de l'affaire.
13:01Oui, et c'est même très surprenant.
13:03Et avant la révélation de l'affaire,
13:05déjà, le Parisien, à partir de 2016,
13:07avait fait de premiers articles sur Interdépannage.
13:10Et en dépit de toutes ces nombreuses alertes,
13:12y compris provenant d'autres professionnels des fourrières,
13:16eh bien, Interdépannage et Shafik Aliwan
13:18ont toujours conservé le marché des fourrières parisiennes.
13:23Alors, après sa mise en examen, son incarcération,
13:26Shafik Aliwan a donné les rênes de son entreprise,
13:29Interdépannage, à son fils.
13:31Et là encore, eh bien,
13:33alors que le marché public aurait pu être cassé par la ville de Paris,
13:36parce qu'effectivement, il y avait toutes ces infractions qui étaient soupçonnées,
13:41eh bien, le marché a perduré.
13:43Et ce qu'on comprend à travers ça,
13:45c'est que quelque part, eh bien,
13:47la ville de Paris n'a jamais voulu voir
13:50ce qui se tramait dans ces fourrières.
13:52Peut-être aussi qu'elle est très embarrassée
13:54parce que c'est un secteur compliqué,
13:56qu'il n'y a pas tant d'entreprises que ça
13:59qui peuvent exercer la mise en fourrier.
14:01En tout cas, pour toutes ces raisons, eh bien,
14:04Interdépannage a gardé ce marché jusqu'en mars dernier.
14:08À cette date, le marché a été relancé.
14:10Et Interdépannage nous précise
14:12qu'elle n'a pas été candidate à sa propre succession
14:15parce que, dit la société,
14:17eh bien, les conditions qui étaient demandées par la mairie de Paris
14:20étaient, selon elle, beaucoup trop restrictives.
14:25À partir de là, donc, en mars 2026,
14:27l'entreprise qui remplace celle de Shafiq Aliwan
14:30s'appelle DLA, celle des 4x4 Raptor
14:33dont on parlait au début de cet épisode de Code Source.
14:36Nicolas, qu'est-ce qu'on sait de cette entreprise,
14:38DLA, et de son patron ?
14:39C'est une société qui a fait ses armes
14:42dans le département du Val d'Oise, au nord de Paris,
14:45qui est installée depuis près de 20 ans
14:49dans ce département.
14:50Et progressivement, elle a obtenu un certain nombre
14:53de marchés des fourières locaux.
14:54Alors, précisons que dans le Val d'Oise,
14:57le système fonctionne un petit peu différemment.
14:58Vous avez quatre sociétés de fourières
15:01qui vont se partager l'ensemble du département,
15:04donc les villes du Val d'Oise,
15:05mais également, par exemple, le dépannage sur l'autoroute.
15:08Elles se le partagent de manière chronologique,
15:10c'est-à-dire que vous allez avoir une société
15:11qui fait une semaine, et puis, ainsi de suite,
15:13une autre la semaine d'après.
15:15Et donc, DLA est un des gros acteurs
15:17des fourières du Val d'Oise,
15:19dont les pratiques, déjà en leur temps,
15:22ont été dénoncées par certains de ses concurrents
15:26auprès de la préfecture du Val d'Oise.
15:29Donc, DLA a candidaté pour le marché
15:31des fourières parisiennes,
15:33et en mars, a obtenu environ la moitié
15:36des fourières de Paris,
15:37c'est-à-dire l'écart nord et est
15:39de la ville de Paris.
15:40Quand tu dis que des concurrents ont dénoncé
15:41les pratiques de DLA, de quoi il s'agit ?
15:43Alors, essentiellement, nous dit-on
15:45de remise en circulation indu de véhicules.
15:49C'est-à-dire que, pour être un petit peu plus précis,
15:51quand un véhicule est mis en fourrière,
15:53il peut être soit revendu,
15:55auquel cas, l'État va toucher l'argent
15:57de cette vente-là, et en fonction de son État,
16:00le véhicule peut être aussi détruit.
16:02Et les concurrents de DLA soupçonnaient
16:05qu'au fil des années,
16:07un certain nombre de véhicules
16:09dont l'ordre de destruction avait été donné,
16:11finalement, ne l'étaient pas,
16:12mais étaient illégalement remis en circulation.
16:15Les gendarmes enquêtent sur cette entreprise.
16:17Les gendarmes qui perquisitionnent
16:18ces locaux à deux reprises,
16:20le 26 mai, puis cet été, le jeudi 20 août.
16:24En résumé, quel est leur soupçon ?
16:26Sur quel type de faits présumés ils travaillent ?
16:27Alors, ils se posaient des questions sur,
16:30on le disait, ces remises en circulation
16:32potentiellement illégales de véhicules.
16:34Et puis, les gendarmes étaient accompagnés
16:36des services fiscaux
16:38qui, eux-mêmes, soupçonnent
16:39qu'il y ait eu des malversations fiscales.
16:41Concernant la remise en circulation de voitures
16:43qui auraient dû être détruites,
16:45il y a l'exemple d'une berline,
16:47une Mercedes AMG,
16:49un modèle à 120 000 euros
16:50qui avait subi un accident en 2021.
16:53Oui, alors, c'est un véhicule extrêmement prestigieux
16:57dont plusieurs sources nous expliquent
16:59que le véhicule avait été accidenté
17:01dans le cadre d'une course-poursuite
17:03avec les forces de l'ordre.
17:04Il avait alors été placé en fourrière,
17:06que sa destruction,
17:08suite à des difficultés administratives,
17:11avait été prononcée,
17:12et que, eh bien, ce véhicule,
17:14contrairement à ce que prévoyait la loi,
17:16il a été réparé,
17:18il a été remis en circulation,
17:19qu'il serait passé par le Portugal, d'abord,
17:22et qu'ensuite, sa destination finale
17:23aurait été l'Ukraine.
17:24Les enquêteurs retrouvent,
17:26pendant leur perquisition,
17:27des dizaines de motos,
17:28des motocrosses,
17:29qui avaient été placées en fourrière.
17:31Et ces motocrosses,
17:32eh bien, là encore,
17:33les autorités soupçonnent
17:35qu'elles auraient dû être détruites,
17:37elles ne l'ont pas été.
17:38On nous parle de plusieurs dizaines de motos
17:40qui ont été retrouvées sur un terrain
17:41appartenant au père du patron
17:43de l'entreprise DLA.
17:47Le patron de DLA,
17:49qu'est-ce qu'on sait sur lui ?
17:50Quel est son profil ?
17:50Alors, il s'appelle Anthony Pelfrène,
17:53c'est un entrepreneur.
17:54Il est passionné de courses automobiles,
17:57il a participé à un championnat du monde des rallies
17:59qui s'appelle le World RX,
18:01sport automobile dont on sait
18:03qu'il est très coûteux.
18:04Et justement, les services fiscaux
18:06se demandent s'il n'aurait pas peut-être
18:08confondu son écurie automobile
18:10avec son entreprise de mise en fourrière.
18:13Autre question qui intéresse les gendarmes,
18:15celle de la gestion de l'activité
18:17d'Anthony Pelfrène.
18:18La loi interdit à une entreprise
18:20de faire à la fois fourrière
18:22et démolition de véhicules
18:24et lui a peut-être indirectement
18:26cumulé les deux.
18:27En tout cas, c'est le soupçon aujourd'hui.
18:29Explique-nous ça.
18:30D'abord, pourquoi un fourriériste
18:31ne peut pas aussi assurer
18:33la démolition des véhicules ?
18:34Alors, pour une raison très simple
18:36qui est celle qui risque
18:37d'y avoir un conflit d'intérêts.
18:39Si vous maîtrisez l'ensemble de la chaîne,
18:41la mise en fourrière, la démolition,
18:43justement, le risque est trop grand
18:45que vous puissiez illégalement remettre
18:47certains de ces véhicules en circulation.
18:49Donc, la loi a prévu que vous ne puissiez pas
18:51être à la tête de ces deux activités
18:52qui doivent rester séparées, différenciées.
18:55Et donc, Anthony Pelfrène,
18:57en tout cas, c'est ce que soupçonnent
18:58les enquêteurs,
18:59pour contourner ça,
19:01a mis son épouse
19:03à la tête de la branche destruction
19:05de la société DELA.
19:07Alors, il faut savoir que ces deux entreprises,
19:09elles sont artificiellement,
19:11pourrait-on dire,
19:12séparées sur le terrain de DELA
19:14de la ville d'Herblay,
19:16dans le Val d'Oise,
19:16elles sont séparées par un simple mur.
19:18Et les enquêteurs, encore une fois,
19:20se demandent si Anthony Pelfrène
19:22n'aurait pas été le gérant de fait
19:24de la branche destruction de son entreprise
19:26qui est officiellement pilotée par sa femme.
19:28Anthony Pelfrène, le patron de DELA,
19:30comment il se défend sur ces différents points ?
19:33Est-ce que tu as pu le joindre ?
19:34Je l'ai eu assez longuement au téléphone
19:36et il faut lui reconnaître
19:37cette volonté de s'expliquer.
19:38Alors, d'abord, il précise à juste titre
19:41que pour l'instant,
19:42on n'est que sur des soupçons.
19:44Lui-même n'a pas encore été entendu
19:46officiellement par la justice.
19:48Certains de ses salariés l'ont déjà été
19:50et lui dit, voilà,
19:52je vais m'expliquer point par point.
19:54Il nous dit, par exemple,
19:55qu'on parlait des motocrosses,
19:57eh bien, c'est juste que ce sont des motos
19:59qui sont en attente de destruction.
20:01Plus globalement,
20:02il sait qu'il doit s'expliquer
20:04sur ses montages financiers,
20:07sur les liens financiers
20:08entre l'entreprise,
20:09son écurie de course
20:10et il entend bien le faire.
20:12Et quant à la remise
20:13en circulation illégale de véhicules,
20:16lui dit, voilà,
20:17officiellement,
20:17je n'ai pas été interrogé là-dessus
20:20par les enquêteurs
20:21et je leur réserve,
20:22bien évidemment,
20:22mes déclarations,
20:23mais je peux m'expliquer
20:24sur l'ensemble des choses
20:25qui me sont opposées.
20:26Et on le redit, bien sûr,
20:27il est présumé innocent.
20:28L'affaire du roi des fourrières,
20:30Chafiq Aliwan,
20:31aujourd'hui l'affaire Raptor,
20:32l'entreprise DLA.
20:34Nicolas,
20:35est-ce que des élus parisiens
20:36demandent aujourd'hui des mesures
20:37pour assainir le secteur
20:40des fourrières parisiennes ?
20:41Oui, et de longue date
20:42parce qu'on le comprend,
20:43il y a véritablement
20:44une forme de malédiction
20:46des fourrières parisiennes
20:48qui peut-être
20:48n'en est pas vraiment une
20:50parce qu'on a un secteur
20:51qui, historiquement,
20:52était piloté
20:53par la préfecture de police
20:55de Paris
20:55qui a basculé
20:57sous la responsabilité
20:59de la ville
20:59à la fin des années 2010
21:01et tout le monde nous dit
21:01que depuis,
21:02eh bien,
21:03c'est le bazar,
21:04pourrait-on résumer
21:05un peu vulgairement
21:06et ça,
21:07c'est une réalité
21:08et cette réalité,
21:09nous l'avons mise en évidence
21:10en nous procurant
21:11l'année dernière
21:11le rapport interne
21:14confidentiel
21:14de la ville de Paris
21:15sur la passation
21:17des marchés des fourrières
21:18et c'est là
21:19qu'on s'est rendu compte
21:19qu'il y avait véritablement
21:20une forme d'amateurisme
21:22dans la passation
21:23de ces marchés.
21:23Alors certes,
21:24c'est extrêmement technique
21:26mais le rapport écrit
21:28noir sur blanc
21:29que la ville
21:30n'a pas pris la mesure
21:31de l'ampleur
21:32de la passation
21:32de ce marché.
21:33Par exemple,
21:34le rapport explique
21:35que quand on est passé
21:37de la préfecture de police
21:38à la ville,
21:38eh bien,
21:39c'est une stagiaire
21:40du service achat
21:41de la ville
21:41qui a été en charge
21:42de mettre noir sur blanc
21:44l'ensemble des contraintes
21:46techniques du marché
21:47des fourrières
21:47et que bien évidemment,
21:48cette personne
21:49n'était pas outillée pour.
21:50Donc on a le sentiment
21:51que ça reste très compliqué
21:53pour la ville de Paris,
21:54qu'il n'y a pas tant
21:55d'entreprises que ça
21:56qui sont habilitées
21:58et qui sont compétentes
21:59pour exercer
22:00dans ce domaine
22:01des fourrières
22:02et que mathématiquement,
22:03ça dysfonctionne.
22:04D'un mot,
22:05on a le sentiment
22:06en tout cas
22:06que le secteur
22:06n'est pas vraiment
22:07contrôlé,
22:08surveillé.
22:08Et c'est plus qu'un sentiment,
22:10c'est une réalité
22:10parce qu'il y a différents
22:11niveaux de contrôle
22:12dont on se rend compte
22:14qu'ils ne sont pas appliqués
22:15parce que peut-être
22:16qu'on ne veut pas
22:17l'appliquer,
22:18parce qu'il faut
22:19que les voitures
22:20soient enlevées,
22:21mises en fourrière
22:22pour que la circulation
22:23reste fluide,
22:24même si aujourd'hui,
22:25disons-le également,
22:26l'âge d'or
22:27des fourrières
22:28est terminé.
22:29Dans les grandes années,
22:30il y avait 200 000 véhicules
22:31qui étaient enlevés
22:32chaque année à Paris.
22:34Aujourd'hui,
22:34je crois qu'on est
22:35autour de 50 000.
22:36Il y a véritablement
22:38un déficit
22:39dans le contrôle.
22:40On sait que,
22:41par exemple,
22:41les chauffeurs
22:41d'interdépannage
22:42ont longtemps été surnommés
22:44les démolisseurs
22:45de l'extrême
22:46parce qu'ils avaient
22:46cette capacité
22:47de vous abîmer
22:49un véhicule
22:49lorsqu'il emmenait.
22:50Et ça,
22:51tout le monde le savait.
22:51Encore une fois,
22:52les contrôles
22:52étaient extrêmement lacunaires,
22:55que ce soit
22:55de la part
22:56de la ville de Paris
22:57ou de la préfecture
22:58de police en son temps.
23:13Merci Nicolas Jacquard.
23:15Cet épisode de Code Source
23:16a été produit
23:16par Clémentine Spiller.
23:18Réalisation,
23:19Julien Moncouquiole.
23:20Code Source
23:21est le podcast quotidien
23:22d'actualité du Parisien.
23:24Si vous aimez Code Source,
23:25n'oubliez pas
23:26de vous abonner
23:26pour ne rater aucun épisode.
23:28On vous invite aussi
23:29à écouter Crime Story,
23:30le podcast fait divers
23:32du Parisien
23:32présenté par Claudia Prolongeau
23:34et Damien Delsenis
23:35avec en ce moment
23:36une série exceptionnelle
23:38sur l'affaire Epstein
23:39en six épisodes.
23:40Jeffrey Epstein,
23:42un pédocriminel
23:43passé entre les mailles
23:44du filet.
23:44Une série disponible
23:46sur toutes les plateformes.