- il y a 7 heures
Mercredi 15 juillet, la proposition de loi créant un droit à « l’aide à mourir » a été définitivement adoptée par le Parlement. Un vote historique pour un texte qui a longuement été débattu, et qui divise encore jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. Concrètement, que va-t-elle changer ? Dans quels cas le droit à une aide active à mourir pourra s’appliquer ? On répond à ces questions avec trois journalistes du Parisien : Véronique Hunsinger, spécialiste santé, Bérangère Lepetit, qui suit ce dossier pour le service société, et Victor Delair, chargé de l’actualité du Parlement au service politique.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Marin Guillon Verne et Barbara Gouy - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Marin Guillon Verne et Barbara Gouy - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.
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00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Un vote historique à l'Assemblée nationale le 15 juillet.
00:16291 voix pour, 241 contre.
00:19Les députés ont voté la proposition de loi créant un droit à l'aide à mourir.
00:24Adoption définitive par le Parlement, le Sénat était contre.
00:28Mais sur cette question, le gouvernement avait donné le dernier mot à l'Assemblée.
00:33Dans cet épisode de Codesources, on explique ce qui va changer avec cette loi,
00:37dans quel cas ce droit à une aide active à mourir pourra s'appliquer.
00:41On rappelle aussi les principaux arguments à la fois des défenseurs et des détracteurs de cette loi.
00:46On fait le point avec trois journalistes du Parisien,
00:49Véronique Hunsinger, spécialiste santé,
00:52Bérangère Lepetit, qui suit ce dossier au sein du service Société,
00:55et Victor Delerre, du service politique, en charge de l'actualité du Parlement.
01:05Véronique, décris-nous l'ambiance à l'Assemblée nationale le mercredi 15 juillet après-midi,
01:10quelques heures avant le vote solennel de la loi sur l'aide à mourir.
01:13C'était une ambiance, à vrai dire, un petit peu spéciale,
01:17parce que c'était objectivement un jour historique pour l'Assemblée nationale.
01:21Ce n'est pas si fréquent de voter une loi qui aura un tel impact sur la vie des Français.
01:27C'était très très chaud, c'était la veille des grandes vacances.
01:30Il y avait aussi un sentiment un petit peu peut-être de lassitude.
01:34Et on ne savait pas non plus à quelle heure au départ le vote allait intervenir finalement.
01:38Moi, j'ai rencontré Olivier Falorni, qui n'est plus député aujourd'hui,
01:43mais qui était le parlementaire qui avait porté cette proposition de loi.
01:47Très gentiment, il répondait à toutes les questions de tous les journalistes qui étaient présents,
01:52qui l'abordaient.
01:53Mais il y avait peut-être quand même une petite tension,
01:56parce qu'on n'est jamais complètement sûr du résultat d'un scrutin.
02:00Alors, on va raconter à la fin de ce podcast comment s'est déroulé ce vote.
02:04Toi, Bérangère, tu étais avec des militants de l'ADMD,
02:07l'Association pour le droit de mourir dans la dignité.
02:10Mais on a choisi de commencer ce podcast en 2022, le 12 septembre 2022.
02:15Emmanuel Macron annonce une convention citoyenne sur ce sujet,
02:19comme il l'avait déjà promis pendant la campagne électorale pour la présidentielle 2022.
02:24Pour ce qui est de la fin de vie, je pense que c'est un bon sujet pour une convention
02:28citoyenne.
02:30C'est ce qui permettra à des citoyens de pouvoir cristalliser une décision instruite, connue,
02:36et toujours si difficile sur le plan éthique.
02:39Emmanuel Macron, en fait, il doute déjà, à titre personnel.
02:43Ça, il l'a reconnu à plusieurs reprises.
02:45Et puis surtout, il ne veut pas renouveler l'expérience de son premier quinquennat,
02:49ce qu'on a appelé la loi PMA pour toutes,
02:51donc la PMA pour les femmes seules et les couples de femmes.
02:53C'est un débat qui avait embrasé la société française.
02:56Il y a eu des manifestations importantes dans les rues.
02:59des divisions dans la société.
03:02Et en fait, Macron, il ne veut pas renouveler ça.
03:05Il veut un débat apaisé.
03:07Il veut prendre son temps.
03:08Et il veut, quelque part, intégrer la société civile dans la réflexion.
03:13Donc il va lancer cette convention citoyenne,
03:16la confier au CESE,
03:18au Conseil économique, social et environnemental.
03:21Et en fait, la mission de cette convention,
03:24donc de ces 184 citoyens de tous horizons, de tous âges,
03:28ça va être de rendre un avis, en gros, pour ou contre une loi sur l'aide à mourir.
03:34La convention citoyenne rend ses conclusions en avril 2023.
03:37Qu'est-ce qu'elle dit en résumé ?
03:39Donc la convention citoyenne, elle s'est penchée pendant quatre mois sur le sujet.
03:43Et dans son rapport final,
03:44elle préconise l'ouverture en France d'un nouveau droit,
03:48donc l'aide active à mourir,
03:50mais sous condition.
03:52Et surtout, elle insiste aussi sur la nécessité de développer en France
03:57les soins palliatifs,
03:58donc l'accompagnement des malades en fin de vie
04:00et concrètement, le fait de pouvoir soulager leurs souffrances
04:04lorsqu'elles deviennent insoutenables.
04:06Le débat au Parlement va prendre des années.
04:09L'examen d'un premier texte,
04:10un projet de loi donc porté par le gouvernement
04:12est suspendu par la dissolution de l'Assemblée en 2024.
04:16Au printemps 2025, la réforme est coupée en deux parties.
04:20Une proposition de loi sur l'aide à mourir
04:22et une autre sur le renforcement des soins palliatifs dont on vient de parler.
04:26Les soins qui permettent en résumé
04:28de soulager les souffrances des malades.
04:30Véronique, ce texte sur les soins palliatifs
04:34est adopté définitivement le 11 mai 2026.
04:37Qu'est-ce qu'il prévoit ?
04:39Essentiellement, ce texte prévoit de donner
04:40beaucoup plus de moyens aux soins palliatifs.
04:43Ça fait à peu près 1,7 milliard sur une dizaine d'années
04:46qui ont été budgétés.
04:47C'est un texte qui, contrairement à l'aide à mourir,
04:51a fait l'objet d'un grand consensus.
04:53Ça, il faut bien le rappeler.
04:55Mais en même temps, les deux choses sont liées
04:57parce que, comme l'a dit Bérangère,
04:58il ne peut pas y avoir d'aide à mourir
05:00sans un développement très fort des soins palliatifs
05:03pour que les gens en fin de vie aient vraiment le choix.
05:06On soit certain qu'ils ne demandent pas une aide à mourir
05:09juste parce qu'on ne leur propose rien d'autre.
05:11Donc, c'est vraiment un enjeu totalement majeur.
05:14Les soins palliatifs,
05:15ça peut se passer dans différents lieux.
05:18De manière générale,
05:19quand on est à l'hôpital en fin de vie,
05:21quel que soit le service,
05:22tout le monde reçoit des antidouleurs,
05:25de la morphine s'il en a besoin.
05:27Et on sait qu'il y a à peu près la moitié
05:29des patients qui décèdent à l'hôpital
05:30qui bénéficient au moins d'antidouleurs,
05:33enfin de choses dont ils ont besoin
05:35pour ne pas souffrir.
05:37Après, les soins palliatifs,
05:38il y a aussi des services dédiés,
05:41des établissements dédiés
05:42pour les situations les plus complexes.
05:44Et c'est là qu'il y a vraiment un manque.
05:46Il y a aujourd'hui en France
05:4718 départements
05:48où il n'y a encore aucune unité
05:50de soins palliatifs qui existent.
05:51Donc cette proposition de loi
05:53a vocation à remédier à ces manques.
05:56Donc ça passe évidemment
05:57par une enveloppe budgétaire
05:59qui s'étale sur une dizaine d'années.
06:01Il y a un peu plus de 1,7 milliard d'euros
06:03qui sont prévus.
06:04Et donc je posais la question l'autre jour
06:06à la présidente de la Société française
06:08des soins palliatifs
06:09qui me disait
06:10évidemment c'est une très bonne chose.
06:12En plus, ça ancre encore plus
06:14les soins palliatifs.
06:15Mais les budgets ne sont pas encore
06:17arrivés aujourd'hui.
06:17Donc concrètement,
06:18ça n'a pas encore changé grand-chose
06:20dans la vie des établissements.
06:22La proposition sur le droit à mourir
06:24elle a été rejetée
06:25trois fois par le Sénat.
06:27Le gouvernement avait décidé
06:28ce printemps 2026
06:30de donner le dernier mot
06:31sur ce texte
06:32à l'Assemblée nationale.
06:33Et le mardi 30 juin
06:35la proposition de loi
06:36est votée à l'Assemblée
06:37pour la troisième fois
06:39par les députés.
06:40295 députés pour
06:42232 contre.
06:44Victor, par rapport au vote
06:45du printemps 2025,
06:47il y a plus de députés
06:48qui ont voté contre.
06:49Oui, complètement.
06:50En fait, on a assisté
06:50progressivement
06:51tout au long des trois lectures
06:52à l'Assemblée nationale
06:53à une diminution
06:54de l'écart de voix
06:55entre ceux qui étaient
06:56pour et contre.
06:57En fait, ça reflète simplement
06:58les hésitations
06:59de bon nombre de députés
07:00sur ce texte
07:01parce que c'est un texte
07:02qui s'en remet
07:02à des convictions
07:03très intimes.
07:05Et donc finalement,
07:05effectivement,
07:06au tout départ,
07:07le texte,
07:08la première fois
07:08à l'Assemblée
07:09en mai 2025,
07:10est adopté
07:11avec 305 voix pour
07:12et 199 contre.
07:14Donc ça fait un écart
07:14de 106.
07:15Là où, effectivement,
07:16le 30 juin,
07:18à ce moment-là,
07:18il y a plus d'une soixantaine
07:20de voix d'écart.
07:21Donc concrètement,
07:21on voit que l'écart
07:22s'est resserré
07:22et tout ça illustre
07:24un peu les hésitations
07:25de beaucoup de députés
07:25sur ce texte.
07:26Après le vote final
07:27le 15 juillet,
07:28la proposition de loi
07:29pourra ensuite
07:30s'appliquer
07:31d'ici quelques mois.
07:32On va revenir
07:32sur le calendrier.
07:34Victor,
07:34le président du Sénat,
07:36Gérard Larcher,
07:36et le Premier ministre,
07:38Sébastien Lecornu,
07:39ont prévenu
07:39qu'ils allaient saisir
07:41le Conseil constitutionnel.
07:43Pourquoi ?
07:44Et qu'est-ce que ça implique ?
07:45Alors effectivement,
07:45tous deux ont annoncé
07:46avant même le vote de la loi
07:47qu'ils allaient saisir
07:48le Conseil constitutionnel.
07:49Ça fait partie
07:50de leur prérogative
07:50en vertu de la Constitution.
07:52C'est tout simplement
07:53pour vérifier que le texte
07:54est conforme
07:55à la Constitution ou non.
07:56Sur ce que ça changera
07:57concrètement,
07:58alors tous les constitutionnalistes
07:59avec qui j'avais un peu
08:00discuté de cette idée
08:02s'accordent pour dire
08:02que l'ensemble du texte
08:04ne sera pas retoqué
08:05par le Conseil constitutionnel.
08:06Par contre,
08:07certaines mesures
08:07pourraient faire l'objet de réserve.
08:09Notamment Gérard Larcher
08:10qui lui regrette
08:11le fait qu'il n'y ait pas
08:12de clause de conscience
08:13collective dans le texte
08:15qui permette en fait
08:16à ce qu'un établissement
08:17puisse refuser
08:18que le droit soit appliqué
08:19dans son nouveau droit
08:20à l'aide à mourir
08:21soit appliqué
08:21dans l'établissement.
08:23Voilà, donc c'est deux
08:24buts différents.
08:25Sébastien Lecornu
08:25le fait davantage
08:26pour assurer une solidité
08:27juridique au texte
08:28pour montrer que Matignon
08:29est derrière
08:30et veut faire en sorte
08:31que le texte soit bien applicable.
08:33Là où Gérard Larcher
08:34lui le fait peut-être
08:34un peu plus
08:35pour une volonté politique
08:36de montrer que le Sénat
08:37n'a pas été assez écouté
08:38sur ce texte.
08:39Voilà, donc lui
08:40il espère notamment
08:40obtenir des gains de cause
08:42sur certaines mesures.
08:43Alors maintenant
08:43on entre dans le détail
08:45de cette loi.
08:46Pour bénéficier
08:46de l'aide à mourir
08:47il faudra remplir
08:49cinq critères cumulatifs
08:51c'est-à-dire
08:51réunir les cinq conditions.
08:53Bérangère d'abord
08:54deux critères
08:55d'état civil.
08:56Tout à fait
08:57donc le premier critère
08:58c'est qu'il est nécessaire
08:59d'être majeur
09:00et le deuxième
09:02d'être de nationalité française
09:04ou résider
09:05de manière stable
09:05en France.
09:06Véronique
09:07ensuite il faudra
09:08réunir trois conditions
09:09de santé bien précises.
09:11Oui alors ce sont
09:11des conditions
09:12qui ont été définies
09:13de façon même
09:14relativement stricte.
09:16Donc la première
09:16c'est qu'il faut être atteint
09:18d'une affection
09:18dite grave
09:19et incurable
09:20pour laquelle
09:21il n'y a pas d'espoir
09:22de guérison
09:23ou d'amélioration.
09:25Et ensuite
09:25il faut qu'on soit
09:26dans un état
09:27où le pronostic vital
09:29est engagé
09:30c'est-à-dire
09:31une maladie
09:31à un stade avancé
09:33voire terminale.
09:35Donc c'est vraiment
09:35très restrictif
09:37et la troisième
09:38condition
09:39nécessaire également
09:40c'est qu'il faut
09:41présenter une souffrance
09:43qui est réfractaire
09:44au traitement.
09:45Donc on parlait
09:46tout à l'heure
09:46des soins palliatifs
09:47donc si les douleurs
09:49peuvent être soulagées
09:50par exemple
09:50par de la morphine
09:51on ne rentre pas
09:52dans les critères
09:53en question.
09:54Pour celles et ceux
09:55qui pourront avoir
09:56recours à l'aide à mourir
09:57la règle
09:58ce sera de se donner
09:59soi-même
10:00le produit.
10:01Explique-nous ça.
10:02Oui alors
10:02ce sera le principe
10:03et en fait
10:04il faut comprendre
10:05que ça vient aussi
10:06du fait qu'aujourd'hui
10:08la communauté
10:09médicale et infirmière
10:11une partie est opposée
10:12en fait
10:13à l'aide à mourir
10:14et puis une autre partie
10:15a plutôt des réserves
10:16d'ordre personnel
10:17parce qu'en fait
10:18il faut quand même
10:19se rendre compte
10:19que c'est pas rien
10:21en fait
10:21ce type d'actes.
10:23J'en parlais notamment
10:23avec une neurologue
10:25parisienne autre jour
10:26qui s'appelle
10:26Valérie Ménage
10:27qui a créé
10:28un collectif
10:29de soignants
10:31favorables
10:31à l'évolution
10:32de la loi
10:33mais elle me disait
10:34il faut quand même
10:34s'imaginer
10:35qu'il y a une charge
10:36émotionnelle très forte
10:37en fait
10:37pour les soignants
10:38à accomplir
10:39ce type d'actes
10:40d'ailleurs ils auront
10:41besoin de soutien
10:42de supervision
10:43et c'est pour ça
10:45qu'on est arrivé
10:45à ce compromis
10:46que en fait
10:47par principe
10:48c'est le malade
10:48lui-même
10:49en fait
10:49qui prend le produit.
10:51Et dans certains cas
10:51la personne en fin de vie
10:52pourra avoir recours
10:54à une euthanasie
10:55explique-nous la différence.
10:56Oui parce que finalement
10:57dans certaines situations
10:58le malade
10:59ne sera pas capable
11:00en fait
11:01matériellement
11:02d'avaler le produit
11:03et donc dans ce cas-là
11:05par exception
11:05ce sera
11:06un médecin
11:07ou une infirmière
11:08qui pourra
11:09probablement
11:10sous forme
11:10d'une injection
11:11ou bien du produit
11:12qui est mis
11:12dans la perfusion
11:13du malade
11:14et donc là
11:15c'est le geste
11:16d'une personne extérieure
11:17et c'est ce qui correspond
11:19à la définition
11:20de l'euthanasie
11:21c'est-à-dire
11:21un soignant
11:22qui procède
11:23à l'acte
11:24qui met
11:24un terme à la vie.
11:25La première option
11:26étant le suicide assisté
11:27c'est ça ?
11:28Tout à fait
11:28ça peut paraître
11:30effectivement aujourd'hui
11:31on parle d'aide à mourir
11:32ça peut sembler être
11:32un euphémisme
11:33mais en fait
11:34ça correspond à ces deux situations
11:35soit ce qu'on appelait
11:37autrefois
11:37le suicide assisté
11:38soit l'euthanasie.
11:40Les personnes en fin de vie
11:41pourront demander
11:42à bénéficier
11:43de l'aide à mourir
11:43que ce soit
11:44chez elles
11:45ou dans un hôpital
11:46mais quelque part
11:47à qui il faudra
11:48s'adresser ?
11:49Qui va chapeauter ça ?
11:50Il faudra simplement
11:51s'adresser
11:51à son médecin
11:53soit un médecin
11:54traitant en ville
11:54soit les médecins
11:55à l'hôpital
11:56mais encore une fois
11:57c'est des patients
11:58qui seront
11:58par définition
11:59en fin de vie
12:00donc pris en charge
12:01le plus souvent
12:02par une équipe
12:03pluridisciplinaire
12:04donc il ne s'agira pas
12:05d'aller remplir
12:05un formulaire
12:06sur internet
12:07ou quoi que ce soit
12:07c'est vraiment
12:08une continuité
12:09du dialogue
12:10qu'on a
12:10avec son médecin
12:11avec son équipe soignante
12:12à l'hôpital.
12:13Et le médecin
12:13ne va rien décider seul ?
12:15Absolument
12:15ça c'est aussi
12:16très important
12:17et ça fait partie
12:18des garanties
12:19qui évitent
12:20toutes sortes
12:20de dérives
12:21qui sont parfois
12:22un peu fantasmées
12:23c'est une décision
12:24par principe
12:25qui est collégiale
12:26donc prise par
12:27plusieurs personnes
12:28pas que des médecins
12:30d'ailleurs
12:30donc il y aura
12:31évidemment au moins
12:32un spécialiste
12:33de la pathologie
12:34mais aussi
12:35d'autres soignants
12:36qui seront convoqués
12:37l'avis des infirmières
12:39contra
12:39l'avis des proches
12:41aussi de la personne
12:42donc c'est vraiment
12:43une décision
12:43qui se prend
12:44à plusieurs.
12:45Si un malade
12:45en fin de vie
12:46demande à avoir
12:47recours
12:47à cette aide
12:48à mourir
12:48quels sont
12:49les délais ?
12:50Le médecin
12:50a combien de temps
12:51pour donner sa réponse ?
12:52Là encore
12:53c'est une garantie
12:53que le législateur
12:55a apporté
12:56le médecin
12:57donc après avoir
12:58s'être réuni
12:59avec ses confrères
13:00et puis les autres
13:00professionnels
13:01aura 15 jours
13:03pour rendre
13:04une décision
13:04motivée
13:05à la demande
13:06de la personne
13:07et le malade
13:08lui aura encore
13:09deux jours
13:10de réflexion supplémentaire
13:11pour confirmer
13:12sa demande
13:13donc on voit
13:13que c'est quand même
13:13des délais
13:14qui sont relativement
13:15longs.
13:15Bérangère
13:16la loi prévoit
13:17une autorité
13:18qui va surveiller
13:19les prises de décisions.
13:20C'est ça
13:20donc c'est l'article 15
13:22de la loi
13:22qui prévoit
13:23la création
13:24d'une commission
13:25spéciale indépendante
13:26placée auprès
13:27du ministre
13:27de la santé
13:28donc les membres
13:29de cette commission
13:30auront accès
13:31à tous les actes
13:32d'aide à mourir
13:33qui seront enregistrés
13:34et ça sera
13:35comme d'ailleurs
13:35aux Pays-Bas
13:37ou en Belgique
13:37un contrôle
13:38a posteriori
13:39et s'il y a eu
13:40un manquement
13:41ou une dérive
13:42cette commission
13:43pourra saisir
13:44les ordres professionnels
13:46et elle pourra
13:47même aller jusqu'à
13:47faire un signalement
13:48auprès du procureur
13:49de la République.
13:50Voilà pour les modalités
13:51pratiques de cette loi
13:52est-ce qu'on sait
13:53d'ici combien de temps
13:54elle pourra être appliquée ?
13:55Oui, alors le Conseil constitutionnel
13:57a maintenant un mois
13:58pour rendre sa décision
14:00et ensuite
14:02il faut attendre
14:03encore six mois
14:04pour que sortent
14:05les décrets d'application
14:06sachant que ces décrets
14:07vont s'appuyer
14:08sur un avis
14:08de la Haute Autorité de Santé
14:09qui va définir
14:10très concrètement
14:12quels sont les produits
14:13et les taux
14:14qui seront administrés
14:15et de quelle manière.
14:16En gros
14:17tous les experts
14:18enfin les personnes
14:19qu'on a interrogées
14:19s'accordent
14:20à dire que
14:21la loi va être appliquée
14:23à la fin de l'année
14:24ou tout début 2027.
14:28On s'arrête maintenant
14:29sur les arguments
14:30des opposants
14:31à cette proposition de loi.
14:32Ils estiment
14:33qu'elle contredit
14:34un principe fondateur
14:35de nos sociétés
14:36l'interdiction de tuer.
14:38Véronique,
14:38quels sont les principaux arguments
14:40de celles et ceux
14:41qui sont opposés
14:42à cette réforme ?
14:43Alors je pense
14:44qu'il y a vraiment
14:44deux types d'opposants
14:45à la réforme
14:46que ce soit dans la société
14:47ou au Parlement.
14:49Il y a des gens
14:50qui sont opposés
14:51par principe
14:52parce qu'ils estiment
14:52que c'est un interdit
14:54vraiment fondamental
14:55de nos sociétés.
14:56C'est aussi
14:56un interdit religieux.
14:58C'est écrit dans la Bible.
14:59Tu ne tueras pas
15:00de ton prochain.
15:01Et puis après,
15:02il y a une deuxième catégorie
15:03de personnes
15:04qui sont opposées
15:05à l'évolution de la loi
15:05parce qu'ils craignent
15:06les dérives en fait.
15:07Ils craignent
15:08qu'il y ait une pression
15:09sur les gens malades,
15:10sur les gens handicapés.
15:12On abandonne en fait
15:13les malades,
15:14que ça devienne
15:14en quelque sorte
15:15la seule option.
15:16Ils ont peur des dérives
15:17aussi parce que
15:18tu le rappelais tout à l'heure,
15:19il n'y a pas assez
15:19de moyens
15:20pour les soins palliatifs
15:21dans de nombreux départements.
15:22Oui, tout à fait.
15:23Aujourd'hui,
15:2418 départements
15:25où il n'y a pas
15:25d'unité de soins palliatifs
15:27dédiée.
15:28Et puis,
15:29il y a aussi,
15:29hier,
15:30j'ai rencontré
15:31un jeune homme
15:31qui souffre
15:32de la maladie
15:33de Duchesne
15:33qui est venu assister
15:34au débat,
15:34qui est contre
15:35l'évolution de la loi
15:36parce que lui,
15:37il a très peur
15:37que ça crée
15:38en fait une pression
15:39sur les personnes
15:40gravement malades,
15:41les personnes handicapées,
15:42surtout dans un contexte
15:44où l'offre de soins
15:45peut être tendue
15:46vraiment
15:46dans certaines régions.
15:51Victor,
15:52un autre argument
15:53des opposants
15:54à cette loi,
15:54c'est de dire
15:54que les règles
15:55risquent d'évoluer
15:56à l'avenir,
15:57que les barrières
15:57posées aujourd'hui
15:58risquent d'être
15:59levées dans un second temps.
16:01C'est un risque
16:01qui est soulevé
16:01effectivement là
16:02où pour l'instant
16:03les critères
16:03sont assez restrictifs,
16:05en tout cas
16:05les cinq qui ont été
16:07énumérés,
16:07notamment sur le fait
16:08d'être majeurs
16:09pour pouvoir bénéficier
16:10de cette aide à mourir.
16:11Certains craignent
16:11que ça soit
16:12qu'une première étape
16:13et qu'on se dirige
16:13comme c'est le cas
16:14actuellement en Belgique
16:15vers maintenant
16:16une aide à mourir
16:21porte d'entrée
16:21à peut-être
16:22d'autres mesures
16:22plus larges derrière.
16:23Véronique,
16:24il y a aussi
16:24un argument précis
16:26donné par les opposants,
16:27c'est le fait
16:27qu'une personne
16:28sous tutelle,
16:29donc sous la supervision
16:30de quelqu'un
16:31pour ses démarches
16:32administratives
16:32ou de la vie
16:33de tous les jours
16:34comme signé
16:34un simple chèque,
16:36que ces personnes
16:37sous tutelle
16:37pourront bénéficier
16:38de l'aide à mourir.
16:39Véronique,
16:40est-ce que c'est vrai ?
16:41Oui, c'est vrai
16:41mais il ne faut pas
16:42forcément y voir
16:43une contradiction
16:44avec le droit
16:45des majeurs protégés
16:46parce que c'est un droit
16:47qui a évolué
16:48ces dernières années
16:49vers de plus en plus
16:50d'autonomie donnée
16:51à la personne.
16:52Les personnes
16:53sous tutelle
16:53ou curatelle
16:54par exemple
16:54ont le droit de vote
16:55donc on ne voit pas
16:56pourquoi parce qu'on
16:57ne peut plus gérer
16:58ses comptes,
17:00vendre sa maison
17:01ou quoi,
17:01ça ne veut pas dire
17:02qu'on n'aurait pas
17:02le droit de demander
17:03en fait une aide
17:04à mourir
17:06et même le texte
17:07est protecteur
17:07sur cet aspect-là
17:08puisque une personne
17:10sous tutelle
17:11si elle formule
17:12cette demande
17:13la personne
17:14qui est en charge
17:15de la protéger
17:15doit elle-même
17:16formuler ses observations
17:18donc il y a
17:18un verrou de sécurité
17:19supplémentaire
17:20et par ailleurs
17:21la loi est aussi
17:22extrêmement claire
17:23c'est-à-dire que
17:24pour demander
17:25l'aide à mourir
17:26il faut le faire
17:27de façon libre
17:28et éclairée
17:28donc ça exclut
17:29de fait
17:30toutes les personnes
17:31notamment
17:32les personnes âgées
17:33qui souffrent
17:33de maladies
17:35neurodégénératives
17:35comme la maladie
17:36d'Alzheimer
17:36elles ne pourront pas
17:37tout simplement
17:38demander l'aide à mourir.
17:40Bérangère
17:40pour les défenseurs
17:41de l'aide à mourir
17:42pourquoi cette réforme
17:43était aussi importante ?
17:45Ce qu'il faut retenir
17:46c'est que ça fait
17:46plus de 40 ans
17:47qui militaient
17:48pour ce sujet
17:49donc c'est un débat
17:49qui traverse la société française
17:50depuis le début
17:51des années 80
17:52et puis pour eux
17:53c'est vraiment
17:53un enjeu de dignité
17:55de liberté
17:56et aussi d'égalité
17:58devant la loi
17:58ils disent aujourd'hui
17:59il y a déjà pas mal
17:59de français
18:00qui ont les moyens
18:00qui peuvent se permettre
18:01de partir à l'étranger
18:03en fait
18:03pour bénéficier
18:05d'une aide à mourir
18:06donc les plus défavorisés
18:07eux ne le peuvent pas
18:08et puis en fait
18:10voilà
18:10c'est un combat
18:11qui les rapproche
18:13du combat
18:14pour l'IVG
18:15dans les années 70
18:16qui avait donné lieu
18:17ensuite à la loi Veil
18:18d'ailleurs le slogan
18:20de l'association
18:21pour le droit de mourir
18:22dans la dignité
18:22la DMD
18:23c'est mon corps
18:24mon choix
18:25jusqu'à la fin
18:26le jour où la loi
18:27va être adoptée
18:28définitivement
18:29à l'Assemblée
18:30le mercredi 15 juillet
18:31vous publiez
18:32tous les trois
18:33plusieurs articles
18:33sur le sujet
18:34vous faites parler
18:35des personnes
18:35qui sont directement concernées
18:38Bérangère
18:38toi tu as pu échanger
18:39avec un ancien
18:40journaliste sportif
18:41très connu
18:42des amateurs de foot
18:43Charles Bietry
18:44ancien patron
18:45des sports de Canal Plus
18:46il a aujourd'hui 82 ans
18:48il souffre
18:49de la maladie de Charcot
18:50et lui ça fait longtemps
18:51qu'il attendait
18:52la création
18:53de ce nouveau droit
18:53jusqu'ici il avait prévu
18:55d'aller en Suisse
18:56le moment venu
18:57pour recourir
18:58à un suicide assisté
18:59en fait il me dit
19:01déjà qu'il est hospitalisé
19:02depuis 16 jours
19:03et qu'il côtoie
19:05la souffrance de près
19:06et il me dit aussi
19:09personne n'a le droit
19:10de me priver
19:10de ma liberté
19:11et de ma dignité
19:11je n'ai jamais imposé
19:13et n'imposerai
19:14jamais rien à personne
19:15et il me dit
19:16qu'il va se battre
19:17pour repousser
19:18une échéance
19:19qu'il choisira
19:20avec ceux qu'il aime
19:21donc sa famille
19:22autre témoignage
19:23celui d'un entrepreneur
19:24de 44 ans
19:25Mehdi Bouzou
19:25il a perdu sa mère
19:27de la maladie de Charcot
19:28en janvier 2024
19:30lui il vote à droite
19:31au départ il était
19:32contre l'aide à mourir
19:33mais il a changé de position
19:36c'est ça
19:36c'est ce qu'il m'explique
19:37il me dit
19:38en fait quand ma mère
19:39m'a annoncé sa volonté
19:41de choisir le jour
19:42de sa mort
19:43il s'est d'abord braqué
19:44il a même pris ses distances
19:46avec elle
19:47quelques semaines
19:47avant de tomber
19:49sur un documentaire
19:51sur la fin de vie
19:52qui s'appelle
19:52les mots de la fin
19:53et ce documentaire
19:55ça lui a fait
19:55complètement changer d'avis
19:56il a compris
19:58les motivations
19:59il a compris
20:00l'envie
20:00de sa mère
20:01et donc
20:02il s'est rapproché
20:04vraiment d'elle
20:04de toute façon
20:05ils étaient déjà proches
20:06à la base
20:06mais il a vraiment passé
20:08du temps avec elle
20:09à la fin de sa vie
20:09à l'hôpital
20:11et ensuite
20:12il était là
20:13le jour de sa mort
20:14et après la mort
20:15de sa mère
20:16il a adhéré
20:18donc à l'association
20:19pour le droit de mourir
20:20dans la dignité
20:21la DMD
20:21il est devenu
20:22vraiment militant
20:23pour l'aide à mourir
20:25alors on revient
20:26au début de cet épisode
20:27de code source
20:28le mercredi 15 juillet
20:29ce changement important
20:31du droit français
20:33revient à l'assemblée
20:34pour un vote solennel
20:35Véronique
20:36tu vas suivre
20:37ce vote à l'assemblée
20:38pour le parisien
20:39décris-nous ce moment
20:40alors avant le vote
20:41il y a une quinzaine
20:42de députés
20:43qui prennent la parole
20:43à chaque fois
20:44pour 5 minutes
20:46maximum
20:47évidemment
20:47ils redisent
20:48les arguments
20:48qu'ils avaient dit
20:49durant les années précédentes
20:51mais il y a quand même
20:52des prises de parole
20:53assez émouvantes
20:54notamment de femmes
20:56et je pense que
20:56celle qui a le plus marqué
20:58c'est celle de
20:58Sandrine Rousseau
20:59la députée écologiste
21:01de Paris
21:01qui en fait
21:01a été la dernière
21:02à parler
21:03et qui a terminé
21:05son intervention
21:06en rendant hommage
21:07à sa mère
21:07qui s'est suicidée
21:08il y a quelques années
21:09parce qu'elle n'avait pas pu
21:11accéder à l'aide à mourir
21:12et ça a été un moment
21:13assez fort je pense
21:15c'est avec responsabilité
21:16mais aussi
21:17beaucoup d'émotion
21:18qu'à titre personnel
21:19je voterai ce texte
21:21et permettez que
21:21mes derniers mots
21:22lors de ma dernière lecture
21:24reviennent
21:24à ma chère
21:25à ma tendre
21:26à mon aimé
21:27maman
21:29merci beaucoup
21:30madame la députée
21:31comment se déroule le vote
21:32à la fin des prises
21:33de parole
21:34la présidente
21:35de l'Assemblée nationale
21:36Yael Broun-Pivet
21:38avait annoncé le scrutin
21:39donc à ce moment là
21:40tous les députés
21:41reviennent
21:42dans l'hémicycle
21:42pour voter
21:43ça se passe
21:44vraiment en moins
21:45d'une minute
21:46et donc
21:47elle annonce
21:48le résultat
21:49pour
21:49291
21:51contre
21:52241
21:53l'Assemblée nationale
21:54a adopté
21:55donc un résultat
21:57plus serré
21:58que ce qu'on attendait
21:59on sent
22:00un petit
22:00une espèce
22:02de tension
22:02en fait
22:03qui retombe
22:04et les députés
22:06favorables
22:06évidemment
22:07applaudissent
22:07mais c'est
22:08on sent un soulagement
22:09en fait
22:10je pense
22:10dans l'hémicycle
22:11à ce moment là
22:13Bérangère
22:13toi
22:13à ce moment là
22:14tu es dans
22:15les locaux
22:15de l'association
22:16pour le droit
22:17de mourir
22:17dans la dignité
22:18donc la DMD
22:19comment réagissent
22:20les militants
22:21les militantes
22:22au moment du vote
22:23là c'est la joie
22:24la joie la plus totale
22:26il y a des applaudissements
22:27des cris
22:28il y a des gens
22:28qui se mettent
22:29à pleurer
22:30qui se serrent
22:31dans les bras
22:31voilà
22:32comme
22:33c'est très émouvant
22:34en fait
22:35de voir ça
22:35même si
22:36voilà
22:37on savait
22:38que la loi
22:38devait être adoptée
22:39il y avait toujours
22:40un petit stress
22:41une petite tension
22:42ça faisait là
22:43déjà à ce moment là
22:44plus de 4 heures
22:45que les gens
22:46avaient commencé
22:46à se réunir
22:47dans cette salle
22:47près de la gare du Nord
22:48et quand il y a
22:49l'annonce du vote
22:50c'est vraiment
22:52un grand sentiment
22:53de soulagement
22:54mais surtout
22:54beaucoup de joie
22:55et c'est presque troublant
22:56parce qu'il s'agit
22:57quand même
22:57d'évoquer la mort
22:58la fin de vie
22:59et effectivement
23:00il y a une gravité
23:01bien sûr
23:01dans ce sujet
23:02mais là
23:03on sent que les militants
23:04sont heureux
23:05de ce vote
23:06et de cette avancée
23:07de la société
23:22merci à Bérangère Lepetit
23:24Véronique Hunsinger
23:25et Victor Delair
23:26cet épisode de Code Source
23:28a été produit par
23:28Marin Guillon Verne
23:29Barbara Gouy
23:31et Thibault Lambert
23:32réalisation
23:33Julien Moncouquiol
23:34Code Source
23:35est le podcast quotidien
23:36d'actualité du Parisien
23:38n'oubliez pas
23:39de vous abonner
23:39pour ne rater aucun épisode
23:40et puis on vous invite
23:42aussi à écouter
23:43Crime Story
23:43le podcast fait divers
23:45du Parisien
23:45avec un nouvel épisode
23:47chaque samedi matin
23:48Crime Story
23:49présenté par
23:49Claudia Prolongeau
23:50et Damien Delsenis
23:52Sous-titrage Société Radio-Canada
23:54Sous-titrage Société Radio-Canada
23:57Sous-titrage Société Radio-Canada
24:00Sous-titrage Société Radio-Canada
24:00Sous-titrage Société Radio-Canada
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