- il y a 7 heures
Il avait disparu des ondes de France Inter. Après six mois de silence, Nicolas Demorand reprend le micro avec un podcast sur la maladie mentale. Retour sur le parcours d’une grande voix de radio et son combat contre la bipolarité.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Judith Perret - Production : Thibault Lambert et Clémentine Spiler - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Photo : MAXPPP/OUEST FRANCE/Stéphane Geufroi - Musiques : François Clos, Audio Network - Archives : France Inter, Europe 1.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Judith Perret - Production : Thibault Lambert et Clémentine Spiler - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Photo : MAXPPP/OUEST FRANCE/Stéphane Geufroi - Musiques : François Clos, Audio Network - Archives : France Inter, Europe 1.
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00:01Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le lundi 15 juin, le journaliste Nicolas Demorand a signé son retour au micro de France Inter
00:17après une absence particulièrement longue et remarquée.
00:21Le présentateur phare de la première matinale de France a été incapable de travailler pendant des mois,
00:27hospitalisé de force en hôpital psychiatrique, il a souffert d'une manifestation grave et inédite de sa bipolarité,
00:37un trouble de la santé mentale qui l'affecte depuis des années.
00:41Nicolas Demorand avait d'ailleurs révélé être bipolaire quelques mois plus tôt, à l'âge de 54 ans, dans un
00:47livre, Intérieur Nuit.
00:49Il y racontait aussi comment il a réussi à mener une brillante carrière malgré la maladie.
00:55Cet épisode de CodeSource est raconté par deux journalistes du Parisien, spécialistes des médias, Benjamin Meffre et Benoît Daragon.
01:08Benjamin Meffre, on commence cet épisode à la date du mercredi 26 mars 2025, dans la matinale de France Inter.
01:16Le présentateur, Nicolas Demorand, prend la parole comme chaque jour après le journal de 7h pour s'exprimer librement pendant
01:2480 secondes.
01:25C'est le titre de sa chronique.
01:27Mais ce matin, ce n'est pas une série télé ou un polar américain que je vais défendre.
01:33C'est plus intime.
01:34Mais ce jour-là, il décide de parler de lui.
01:36Il va révéler à ses amis auditeurs, comme ils appellent, un lourd secret qu'il porte sur ses épaules depuis
01:41de nombreuses années.
01:43Il annonce qu'il souffre de bipolarité de type 2.
01:46Il a cette phrase extrêmement puissante.
01:48Il dit « Je suis un malade mental ».
01:49Oui, je suis un malade mental.
01:52C'est cru.
01:52Et je ne veux plus le cacher.
01:53Je ne veux plus me cacher.
01:55Et il annonce aux auditeurs, aussi à son public, qu'il va sortir un livre racontant la maladie dont il
02:00souffre.
02:01Benoît Daragon, quelques mois après cette révélation, il disparaît de l'antenne.
02:05À la rentrée 2025, Nicolas Demorand a repris la présentation de la matinale de France Inter, comme d'habitude.
02:10Il part pendant les vacances de la Toussaint.
02:12Il revient le lundi de la rentrée et il s'absente dès le lendemain, sans explication.
02:16Il est de nouveau remplacé par sa joker, Florence Paracoelos.
02:19Et cette absence, elle va se prolonger.
02:21Alors d'abord, on nous dit qu'il va revenir en début janvier, après les vacances de Noël, puis en
02:25février.
02:26Et puis finalement, il ne reviendra jamais au micro de la matinale de France Inter.
02:30Après, tout le monde sait ce qu'il a, Nicolas Demorand, parce qu'il l'a raconté dans ce livre,
02:34Intérieur Nuit, où il révèle sa bipolarité et la façon dont cette maladie l'handicap au quotidien.
02:39Et donc tout le monde comprend qu'à ce moment-là, il est absolument incapable de travailler.
02:46On va voir ensemble ce qu'il s'est passé pour lui pendant son absence.
02:49On va prendre aussi le temps d'expliquer ce qu'est la bipolarité dont il souffre.
02:53Mais d'abord, vous allez tous les deux nous retracer son parcours.
02:56Nicolas Demorand a 55 ans. Il a deux enfants qui sont aujourd'hui adolescents.
03:01Il est né le 5 mai 1971 à Vancouver, au Canada.
03:07Il a un grand frère qui s'appelle Sébastien Demorand.
03:10Benjamin, à quoi ressemble son enfance ?
03:12Nicolas Demorand a une enfance assez différente de celle du reste des Français.
03:16Il suit son père qui est diplomate.
03:18Il est né au Canada, mais il grandit aux Etats-Unis.
03:20Il dit que c'est le pays de son enfance, les Etats-Unis.
03:21Après, il va aller vivre à Tokyo, à Bruxelles, à Rabat.
03:25C'est quelqu'un qui parcourt la planète, qui se passionne pour toutes les cultures
03:30qu'il rencontre au gré des différentes mutations de son père.
03:33C'est aussi un enfant qui lit énormément.
03:35On le retrouvera dans ses études futures qui le porteront à aller vers la littérature.
03:39Il s'installe à Paris à l'âge de 18 ans pour suivre des études supérieures prestigieuses.
03:45Après une classe préparatoire littéraire, il intègre l'école normale supérieure
03:49au début des années 90 et il devient par la suite prof de lettres au lycée.
03:54Mais Benoît D'Aragon, il est vite tenté par le journalisme.
03:58Alors, qu'est-ce qu'il fait à ce moment-là ?
03:59En fait, il va devenir agrégé de lettres, donc il va devenir professeur,
04:03ce qui est assez naturel vu les études qu'il a faites.
04:06Et comme son frère est journaliste, Sébastien Demorand,
04:08il lui avait d'ailleurs conseillé de faire leur école de journalisme ensemble.
04:11Nicolas Demorand avait dit « Bah non, fais-le de ton côté ».
04:14Et pourtant, tous les deux, ils étaient passionnés de radio.
04:16C'est des enfants de la radio.
04:17Nicolas Demorand, il a grandi en écoutant Jean-Luc Delarue
04:19qui, à un moment, animait la matinale d'Europe 1.
04:22Il faisait avec ses amis des fausses émissions « Le masque et la plume »
04:25qui sont des débats critiques sur des livres, des pièces de théâtre et des films de cinéma.
04:30Et donc, il décide de faire ses études de lettres.
04:32Et puis, finalement, il va être rattrapé par cette passion commune des deux frères.
04:35Et donc, il va se diriger vers France Culture,
04:38qui est la radio qu'il écoute.
04:39C'est une radio qui lui ressemble.
04:40Il va envoyer des courriers pour essayer d'être chroniqueur
04:43ou pris dans une émission, ce qu'il va finir par faire.
04:46Et donc, ses premiers pas de journalisme ont lieu à France Culture.
04:49Et Benjamin, une fois qu'il est à France Culture,
04:51il se fait assez vite remarquer par la direction.
04:54Ah oui, de la manière la plus improbable possible.
04:57À l'époque, la station est dirigée par Laura Adler.
04:59Et un beau jour, Nicolas Demorand débarque avec quelques jeunes gens dans son bureau
05:03et va fermer la porte et va protester contre la suppression
05:07de l'émission pour laquelle il travaille à l'époque.
05:09C'est une émission animée par Antoine Spire.
05:12Et donc, il va s'engager un dialogue assez musclé avec la patronne de la station
05:15et ses jeunes gens, dont Nicolas Demorand, qui est un des leaders de ces frondeurs-là.
05:20Le grand paradoxe de cette anecdote que Laura Adler m'a racontée,
05:22c'est que c'est ce jour-là réellement qu'elle le repère, en fait.
05:25Elle voit dans cette discussion pourtant houleuse l'amour de la radio qu'a Nicolas Demorand.
05:29Et ça va planter une graine dans sa tête.
05:33Et plus tard, elle lui confiera la matinale de France Culture,
05:35c'est-à-dire l'un des programmes les plus importants de la grille de la station.
05:38Nicolas Demorand prend donc la tête de la matinale de France Culture à partir de la rentrée 2002,
05:43alors qu'il n'a que 31 ans.
05:45Il occupe ce fauteuil pendant 4 ans,
05:47avant de partir animer la matinale de France Inter en 2006.
05:52Il est 7h sur France Inter.
05:54Grand retour sur France Inter et à la maison de la radio.
05:57Et là, j'imagine que vous avez comme moi le trac.
05:59Benoît D'Aragon, il est comment à l'antenne Nicolas Demorand ?
06:02C'est quoi son style ?
06:03Mais en fait, il est très flegmatique.
06:04C'est presque la force tranquille, Nicolas Demorand.
06:07C'est-à-dire qu'on a l'impression que le monde peut s'écrouler.
06:09Il va rester très calme, très posé.
06:11En fait, parce qu'il va essayer de prendre de la hauteur sur toutes les actualités qui se passent.
06:14On sent que quand il regarde une chaîne info avec quelque chose qui est en train de se dérouler en
06:18temps réel,
06:18il est déjà en train de chercher les tenants et les aboutissants.
06:21Et il arrive à le transmettre aux auditeurs.
06:22sans avoir l'impression d'avoir un intello un peu pédant, un peu pompeux.
06:27Pas du tout.
06:27Il va tout le temps chercher.
06:28Voilà, c'était ce qu'il était venu chercher sur France Culture et qu'il a amené sur France Inter.
06:32C'est de prendre sans cesse de la hauteur, d'interviewer des sociologues, des géographes, des historiens
06:36pour essayer de comprendre le monde qui est en train de filer.
06:39Et donc, sur France Inter, la greffe, elle prend immédiatement parce qu'il va aussi interviewer des artistes.
06:43Et il est très fort dans tous ces sujets-là.
06:46On sent qu'il a une vraie passion pour tout ce qu'il raconte.
06:51En 2010, après 4 ans passés à la matinale de France Inter,
06:55Nicolas Demorand quitte la station publique pour rejoindre une radio privée Europe 1.
07:05Mais l'expérience tourne court.
07:10Oui, c'est même presque une catastrophe personnelle, ce passage sur Europe 1.
07:14Déjà, le départ avec France Inter se passe mal
07:17parce qu'il voulait quitter la matinale.
07:18France Inter lui avait dessiné un 18-20 sur mesure.
07:22Et en fait, il va les planter durant la nuit.
07:24Le soir, il leur dit que c'est bon.
07:25Et le lendemain matin, ils apprennent par un communiqué de presse qu'il va rejoindre Europe 1.
07:29Donc déjà, le départ est assez tendu en interne.
07:31Et puis, il le dira lui-même après.
07:33Les radios privées, c'est autre chose.
07:34C'est une autre mécanique.
07:35Il y a de la publicité.
07:36Donc, il faut être plus rythmé.
07:38Il faut écrire différemment.
07:39C'est un autre langage.
07:40Et Nicolas Demorand, on le reconnaît, il n'est pas du tout fait pour travailler sur une radio privée.
07:44C'est même une catastrophe personnelle parce qu'il ne va même pas faire la saison en entier.
07:49Il va arriver en septembre comme tous les recrutements radio.
07:52Mais il va quitter la radio au bout de six mois.
07:54Donc voilà, il reconnaît lui-même que c'était vraiment une très mauvaise expérience.
07:59Il réalise très vite qu'en fait, le seul endroit où il peut travailler, où il est fait pour travailler,
08:03c'est sur le service public radiophonique.
08:05Quelques mois après son départ d'Europe 1, en mars 2011,
08:08il devient finalement le directeur du quotidien Libération.
08:13Benoît, dans le monde des médias, ça, c'est considéré comme une grosse promotion,
08:16le fait de devenir directeur d'un journal ?
08:18Bien sûr, quand on est journaliste, diriger un journal, quel qu'il soit, c'est le graal.
08:23Surtout Libération pour Nicolas Demorand, qui est un journal qu'il lit, qui est un journal qu'il aime.
08:26Et qui est un journal qui lui ressemble un peu parce que c'est aussi un journal qui essaye de
08:29réfléchir.
08:30Alors, avec un positionnement politique très clair,
08:32mais qui essaye toujours de prendre de la hauteur sur l'actu, de prendre un peu de distance.
08:35Et donc, on se dit, quand il est nommé à Libération, je me souviens, on se dit,
08:37en fait, c'est à peu près naturel, la grève peut prendre.
08:41Après, c'est une entreprise avec une autre philosophique, Radio France.
08:44Mais sur le papier, on se dit, oui, c'est assez malin.
08:47Mais il finit très vite par se mettre une grande partie de la rédaction à dos.
08:52Pourquoi ça ?
08:52Il va très vite recevoir plusieurs motions de défiance.
08:56Les motions de défiance, c'est quand toute la rédaction se réunit et vote,
08:58en gros, la confiance ou pas à la direction.
09:01Donc, c'est des votes qui signifient qu'il n'y a pas de confiance,
09:04que la grève, en fait, ne va jamais prendre avec sa rédaction.
09:06D'ailleurs, il le trouve trop absent, peu ouvert au dialogue.
09:09Et en fait, on se rend compte que souvent, les très bons journalistes
09:12ne font pas forcément des bons managers.
09:14Et donc, la grève ne va pas prendre.
09:15En plus, économiquement, Libération commence à traverser
09:18des périodes vraiment très difficiles.
09:20Et Nicolas Demand, en fait, il dit, je passais la moitié de mon temps
09:22à chercher de l'argent.
09:23Et ce n'était pas ça qu'il était venu chercher.
09:25Lui, il était venu chercher des discussions sur des sujets,
09:28monter des coups, essayer de réfléchir et de voir comment on traite l'actualité.
09:32En fait, il s'aperçoit qu'il n'est pas fait pour le poste.
09:34Et très rapidement, il doit quitter le journal.
09:37Et en effet, il démissionne en février 2014.
09:41Mais il retrouve le micro de France Inter quelques mois plus tard.
09:44En animant l'émission, le téléphone sonne.
09:47En dehors des studios, il commence aussi à s'interroger
09:50sérieusement sur sa souffrance psychique.
09:53Il finit par être hospitalisé pour la première fois de sa vie en 2016
09:57à l'hôpital psychiatrique Saint-Anne à Paris.
10:00C'est là que les médecins lui diagnostiquent un trouble bipolaire de type 2.
10:05Benjamin, est-ce que tu peux nous dire en quelques mots de quoi il s'agit ?
10:08Alors, c'est une maladie qui se caractérise par une instabilité psychique permanente
10:13pour le patient.
10:14C'est une sorte de grand mouvement de balancier entre deux états.
10:17Un état qu'on dit maniaque, c'est-à-dire qui se caractérise par une forme d'excitation.
10:21On dort peu, on parle beaucoup, on peut avoir des achats compulsifs.
10:25On est très créatif.
10:26On est très créatif, on a beaucoup de projets, on fourmille d'idées.
10:29Et c'est une phase relativement courte qui laisse ensuite la place à un autre état,
10:32un état dépressif profond qui se caractérise là par un repli sur soi,
10:36des idées noires.
10:37On peut aller jusqu'au passage à l'axe.
10:39D'ailleurs, Nicolas Demorand révélera qu'il a lui-même fait une tentative de suicide.
10:43Et donc, le patient alterne entre ces deux états en permanence.
10:46À ce moment-là, au moment du diagnostic, les médecins l'avertissent que la vie pour lui sera grise,
10:52je les cite, et qu'il devra se méfier du bonheur.
10:55Qu'est-ce que ça veut dire ?
10:56En fait, c'est que tout bonheur devient un peu suspect pour le patient
10:59dans le sens où il est potentiellement annonciateur d'une phase dépressive.
11:03En fait, vous êtes toujours sur la brèche, toujours inquiet,
11:06en vous demandant si l'état de bonheur que vous connaissez au moment où on se parle
11:10ne va pas être suivi, n'est pas annonciateur, encore une fois,
11:13de nuages à l'horizon qui vont vous plonger dans la dépression.
11:17Et c'est un trouble de la santé mentale dont on ne guérit pas.
11:20On peut seulement prendre des traitements pour atténuer ses symptômes.
11:24Comment est-ce que lui, il accueille cette nouvelle, ce diagnostic ?
11:28Alors, il faut rappeler que ce diagnostic, il intervient après des années et des années d'errance médicale.
11:33Lui-même n'est pas capable de se rappeler depuis quand il a conscience qu'il souffre de ce mal.
11:38D'abord, il raconte qu'il est dans le déni.
11:40Il ne veut pas accepter l'idée qu'il est un malade mental, comme il le dit lui-même.
11:45Il veut bien se dire mélancolique, déprimé, déprimé de manière sévère.
11:50Mais il a vraiment du mal à accepter l'idée qu'il soit bipolaire.
11:54Il est également dans le déni concernant les traitements que ça va impliquer,
11:57notamment le lithium.
11:58Il dit que pendant plusieurs semaines, il refuse d'en prendre.
12:00Il dit, je ne vais pas prendre cette merde qu'on met aussi dans des batteries électriques.
12:04Enfin voilà, il a ce genre de réflexion.
12:06Et puis après, il s'entoure surtout de secrets.
12:08Il a peur qu'on découvre ce dont il souffre.
12:11Et donc, il raconte par exemple que quand il va à Sainte-Anne,
12:13il met sa capuche de suite sur la tête.
12:16Il regarde si on le repère, si on le reconnaît.
12:18Et quand des gens viennent le voir et disent qu'ils le reconnaissent,
12:21il prétend qu'il vient visiter des proches malades à Sainte-Anne,
12:23alors que c'est lui-même qui vient être traité là-bas.
12:27Malgré cette maladie mentale, il continue d'être tous les jours à la radio.
12:30Au printemps 2017, la directrice de France Inter, Laurence Bloch,
12:35lui propose de co-animer La Matinale, qui était présentée depuis 7 ans par Patrick Cohen.
12:41Benoît, rappelle-nous dans quel contexte cette proposition survient.
12:45On est au printemps 2017.
12:47Emmanuel Macron vient d'arriver à l'Elysée.
12:49Et France Inter a recueilli des audiences records.
12:52Pour moi, la couverture de cette présidentielle,
12:54qui a été très spectaculaire avec l'affaire Fillon, avec beaucoup de rebondissements.
12:57Et Patrick Cohen est démarché par Europe 1, dont les audiences commencent à décliner.
13:01Et Patrick Cohen accepte d'aller animer la matinale concurrente d'Europe 1.
13:05Et il part avec plusieurs cadres de Radio France dans ses valises.
13:09Laurence Bloch, qui est la patronne de France Inter, se retrouve toute seule,
13:12avec son rendez-vous phare décapité.
13:14Et elle voit que ça se passe bien pour Nicolas Demorand.
13:17Elle connaît ses problèmes.
13:18Elle a senti qu'il avait des problèmes de santé.
13:21Mais ça se passe bien au téléphone sonne.
13:23Et elle lui confie les rênes de la matinale,
13:24ce qui est un gros challenge, parce qu'on se lève tôt le matin.
13:27Il l'avait excellemment fait quelques années plus tôt sur France Inter.
13:30Il n'y a pas de raison que ça se passe mal la deuxième fois.
13:32Et donc, elle lui confie les rênes de la matinale.
13:35Et son pari est juste, puisque les audiences continuent à augmenter dans toutes les années qui suivent.
13:40Et c'est une matinale, donc, en duo, puisqu'il coanime.
13:43Et avec ma collègue Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9.
13:48Oui, il est avec Léa Salamé, qui était déjà avec Patrick Cohen.
13:51Ils ne se connaissent pas vraiment, mais l'alchimie va très vite prendre entre les deux.
13:55Léa Salamé, elle est assez habile.
13:57Elle arrive toujours bien à s'entendre avec les gens avec qui elle travaille,
14:00que ce soit avec Laurent Ruquier à la télé, avec Hugo Clément en ce moment, avec Patrick Cohen,
14:04puis à ce moment-là avec Nicolas Demorand.
14:06Et en fait, ensemble, ils arrivent à se comprendre.
14:08Ils sont assez complémentaires.
14:10Et Léa Salamé l'aide beaucoup dans la fabrication.
14:13Il sait qu'il peut lui déléguer aussi et lui faire confiance.
14:16Ils ont des équipes qui sont extrêmement efficaces, extrêmement rodées.
14:19Bref, tous les deux partent dans cette aventure qui va être couronnée de succès.
14:22C'est-à-dire que ce n'est pas seulement un duo qui marche bien en interview à l'antenne.
14:27Ils arrivent aussi à bien fonctionner en dehors.
14:30Oui, Léa Salamé, en vrai, elle est presque la productrice, comme on pourrait dire en télévision, de cette matinale.
14:35Elle est la dire-com, elle cale les invités, elle travaille avec la rédaction en chef.
14:40Bref, elle, elle travaille au quotidien avec toute l'équipe.
14:43Nicolas Demorand, lui, du coup, peut se mettre un peu en retrait, penser un peu à lui-même, ce qui
14:46est important.
14:47Et en fait, le duo, il fonctionne bien en interview.
14:48Et ils vont écrire ensemble une des plus belles pages de l'histoire de France Inter.
14:52C'est qu'ils vont amener à des niveaux vraiment d'audience très, très élevés cette radio.
14:57Clairement, ce duo est emblématique d'une grande page de l'audiovisuel public.
15:05On fait un petit saut dans le temps.
15:07Au cours de l'année 2020, Nicolas Demorand doit affronter plusieurs drames personnels.
15:12Oui, tout d'abord, il perd son frère qu'il adorait, Sébastien, qui meurt d'un cancer à 50 ans.
15:18Comme on l'a dit tout à l'heure, son frère a joué un rôle très important dans son parcours.
15:21C'est lui qui l'a initié au journalisme.
15:22Nicolas Demorand raconte souvent comment son frère corrigeait ses premiers travaux journalistiques,
15:26comment il lui a appris le sens de la bonne transition, le sens du bon choix, du bon mot au
15:31bon moment.
15:32Donc, c'est vraiment quelqu'un qui a été très important pour lui.
15:35Et son décès, évidemment, va dévaster Nicolas Demorand.
15:37À cela s'ajoute le suicide du programmateur de la matinale de France Inter, Mathieu Sarda, à 41 ans,
15:44qui lui aussi traumatise toute la rédaction de France Inter et Nicolas Demorand.
15:49Et malgré ces drames, il continuera de tenir l'antenne sans s'absenter.
15:52Dans les années qui suivent, il continue de souffrir en secret de sa bipolarité.
15:57Il raconte qu'il se voit administrer beaucoup de médicaments pour supporter sa maladie et ses changements d'état.
16:03Léa Salamé est une des rares personnes dans la confidence.
16:05Et un jour, elle lui donne un conseil, celui de raconter sa maladie dans un livre.
16:11Ce livre, il finit par sortir en librairie le 27 mars 2025, sous le titre Intérieur Nuit.
16:18Et on revient donc au début de cet épisode.
16:21Benoît Daragon, comment ce témoignage d'une centaine de pages est reçu par le public ?
16:26Il est extrêmement bien reçu.
16:28Nicolas Demorand a touché énormément les Français.
16:31Il y a beaucoup de familles qui sont touchées par la maladie mentale.
16:34Donc beaucoup de gens se reconnaissent dans son témoignage.
16:36Et ils avaient besoin aussi de voir un homme puissant, un homme qui réussit socialement,
16:41qui fait une carrière remarquable, montrer qu'il était possible de combiner sa réussite professionnelle
16:46et de souffrir énormément.
16:48Quand on lit le livre, on est en empathie totale avec lui.
16:51On se dit que non seulement il est brillant, ça, ça ne nous avait pas échappé,
16:53mais qu'il a un courage absolu parce qu'il a énormément souffert et qu'on n'a absolument rien
16:57entendu à l'antenne.
16:58Le public, il va être totalement touché par ce livre,
17:01qui va s'écouler à 125 000 exemplaires.
17:03C'est vraiment énorme.
17:04Et Nicolas Demorand va dire qu'il a reçu des tonnes de courriers, de témoignages.
17:09Beaucoup de gens ont été extrêmement touchés par les mots qu'il a choisis
17:13et les mots qu'il a couchés noir sur blanc dans ce livre.
17:15Et dans ce livre, il dit notamment que c'est la matinale de France Inter
17:19qui l'aide en grande partie à tenir.
17:21Oui, il parle d'exosquelette.
17:23Il dit que c'est son exosquelette, que sans doute sans ça, il se serait écroulé.
17:27C'est son travail qui l'a sauvé.
17:29C'est le fait de devoir être là pour informer les Français
17:32qui a fait qu'il n'a pas sombré.
17:33À ce moment-là, la saison 2024-2025 à France Inter touche à sa fin
17:38et Léa Salamé décide de quitter la radio pour présenter le JT de 20h de France 2.
17:44On sait, Benoît, comment Nicolas Demorand vit ce départ ?
17:47En tout cas, il se questionne.
17:50Donc, il est évidemment dans la confidence du départ et des propositions
17:53qui ont été faites à Léa Salamé.
17:56Et lui, il se pose la question d'arrêter ou de ne pas arrêter
17:59parce qu'il perd...
18:00C'est plus que son binôme.
18:01Voilà, c'est vraiment sa béquille au quotidien
18:03et la personne qui l'aide à avancer et à faire tourner la boutique.
18:06Et il va finalement décider de continuer
18:10parce qu'il pense qu'il peut continuer sans elle,
18:13qu'il va y arriver avec un nouveau binôme
18:15qui est Benjamin Duhamel,
18:16qui est un jeune journaliste qui arrive de BFM.
18:18Il va penser qu'il peut y arriver, qu'il va y arriver,
18:21que ça ne va pas poser de problème.
18:22On en vient, Benoît, à l'automne 2025.
18:24Tu en parlais un peu plus tôt dans ce podcast.
18:27Nicolas Demorand est remplacé pendant ses vacances de la Toussaint.
18:30Et ensuite, il ne revient pas à l'antenne.
18:33C'est la journaliste Florence Paracuelos qui assure l'intérim.
18:37Mais elle est prolongée de semaine en semaine.
18:40Vous, qu'est-ce qu'on vous dit tous les deux à France Inter
18:42sur cette absence qui s'éternise ?
18:44On nous demande de laisser Nicolas Demorand se reposer tranquille.
18:48Ils nous disent que vous savez très bien ce qu'il a
18:49puisqu'il l'a raconté dans son livre.
18:51Nous, on a compris à ce moment-là qu'il était de nouveau hospitalisé.
18:54Très vite, on nous dit en novembre qu'il reviendra au mois de janvier sans doute.
18:58Puis après, on nous parle du mois de février.
18:59Puis après, on nous donne plus de date.
19:02Et on comprend qu'il ne reviendra pas avant la fin de la saison.
19:06La radio, voilà, elle essaie de faire bloc et d'être très présente avec lui,
19:09d'essayer de ne pas lui mettre la pression.
19:10Ils ont toujours peur pendant cette période-là.
19:13Ils nous le répètent souvent que des papiers,
19:14plutôt que de l'aider à aller mieux,
19:16vont participer à détériorer sa santé.
19:19Donc ils font très attention.
19:20Il y a un peu une bulle qui se met autour de Nicolas Demorand.
19:24Et voilà, il n'y a pas beaucoup de journalistes qui écrivent sur lui
19:26parce que tout le monde le laisse se rétablir tranquillement.
19:29Mais malgré tout, beaucoup d'auditeurs et d'auditrices s'inquiètent de cette absence.
19:33Oui, parce qu'on sait qu'il ne va pas bien.
19:35Donc les gens veulent avoir de ces nouvelles.
19:37Ce flou, ces périodes de non-communication créent du trouble.
19:41Il y a ce doute.
19:41Et puis, plus la situation dure,
19:43plus tout le monde comprend que Nicolas Demorand ne reviendra pas avant le mois de juin.
19:47et qu'il est plus qu'au probable qu'il soit désormais dans l'incapacité physique
19:52de continuer cette matinale.
19:54Et donc, il ne sera pas de retour en septembre 2026.
19:57À quel moment vous le comprenez, ça,
19:59qu'il ne devrait pas rempiler à la matinale, à la rentrée 2026 ?
20:04Je pense cet hiver, après les vacances de février, sans doute,
20:08quand on nous avait parlé des vacances de février,
20:10comme d'une date de possible retour.
20:12Et on comprend très vite, au moment de Pâques,
20:15qu'il est de nouveau hospitalisé, une deuxième fois.
20:17Et donc là, on comprend que les choses vont devenir très compliquées.
20:24Alors, les semaines et les mois passent.
20:26Vous finissez par avoir quelques nouvelles rassurantes sur son état de santé.
20:30Et le 21 mai, vous révélez, tous les deux dans Le Parisien,
20:33que Nicolas Demorand va mieux
20:35et qu'il va faire son retour sur France Inter.
20:37Sous quelle forme ?
20:38Oui, on a enfin un rendez-vous avec la nouvelle directrice de France Inter
20:42qui est capable de nous donner très officiellement des nouvelles de Nicolas Demorand.
20:46Et elle nous annonce qu'il va lancer un podcast,
20:48dès cet été, qui a été mis en ligne le lundi 15 juin.
20:52À l'hôpital psychiatrique, la file des patients se forme
20:56devant une porte vitrée du service.
20:59Et dans ce podcast, il va s'intéresser à la maladie mentale.
21:02Il va à la fois raconter son expérience et interroger d'autres personnes
21:05qui ont souffert de la même maladie
21:07pour discuter et faire comprendre vraiment au public
21:09exactement ce qu'est cette maladie.
21:11Ce retour dans la grille d'été, il nous surprend
21:13parce qu'il est tout d'un coup assez rapide.
21:15Elle nous dit, dès demain, il sera en studio,
21:16il va enregistrer sa première émission.
21:18Et donc, cette nouvelle de son retour,
21:20elle va mettre du baume au cœur à plein de gens.
21:22C'est-à-dire que Nicolas Demorand, il va mieux.
21:24Il est capable de revenir en studio
21:26pour la première fois depuis plus de six mois.
21:27Et donc ça, ça va être un petit événement à Radio France.
21:30Ce podcast, amis auditeurs, vous l'écouterez si besoin.
21:35On apprendra aussi plus tard qu'il ne va pas reprendre la matinale
21:39à la rentrée 2026, mais qu'il va plutôt animer
21:42une émission d'actualité et culturelle le week-end,
21:45le samedi et le dimanche matin.
21:47Son podcast, qui s'intitule « Si besoin »
21:49est mis en ligne le lundi 15 juin.
21:51Dans le premier épisode, Nicolas Demorand raconte
21:54qu'il a souffert pendant des mois
21:55d'une forme brutale de sa maladie
21:58et que ça, il ne l'avait pas vu venir.
22:00Benjamin, comment ça s'est passé pour lui
22:02pendant ce long silence radio ?
22:05Eh bien, ça a ressemblé à une série d'épreuves
22:07d'une violence inouïe pour lui.
22:08Donc, le podcast s'ouvre sur son internement de force à Saint-Anne.
22:13Ce sont ses proches qui décident de le faire hospitaliser.
22:16Lui est contre.
22:17Il est à ce moment-là dans une phase maniaque.
22:20Il est extrêmement excité.
22:22Il a des hallucinations.
22:24Il les raconte.
22:24C'est aussi un podcast, d'ailleurs, il faut le souligner,
22:27dans lequel il y a de l'humour.
22:28Ce n'est pas uniquement sombre.
22:30Et parmi les moments un peu plus surprenants,
22:34il y a ces hallucinations.
22:35Donc, quand il arrive sur place,
22:36il a l'impression de voir des policiers de la BRI par la fenêtre.
22:39Il a l'impression de voir des gendarmes du GIGN,
22:42des tireurs d'élite, qui viennent le chercher.
22:44Un peu plus tard, il raconte comment,
22:45une fois dans sa chambre,
22:47il a l'impression d'avoir dialogué du Sud Global
22:49avec Dominique de Villepin en costard-cravate,
22:51assis sur son lit.
22:52Voilà, donc il raconte tout ce qu'il va traverser.
22:55Le chemin de croix que ça va représenter pour lui,
22:57d'essayer d'aller mieux,
22:59donc les médicaments,
23:01les rencontres avec les médecins,
23:02les tests, les échecs,
23:04les succès.
23:05Et donc, cette longue phase de convalescence
23:08qui va s'engager pour lui
23:09et qui va durer des mois et des mois,
23:11sachant qu'après cette phase maniaque,
23:13il va suivre une dépression absolument terrible
23:14qui va le mettre à terre pendant plusieurs semaines.
23:18Il parle au total de deux hospitalisations
23:21et il conclut cet épisode de son podcast
23:23avec des questions ouvertes,
23:25et notamment celle-ci,
23:27que libère la libération de la parole ?
23:29Il se demande en clair
23:31si le fait d'avoir témoigné de sa propre maladie
23:34a finalement eu quelconque effet bénéfique sur son état.
23:38Benjamin, est-ce qu'il regrette
23:40d'avoir parlé longuement de sa bipolarité ?
23:43Alors, il ne regrette pas,
23:45il dit qu'il ne regrettera jamais
23:46d'avoir pris la parole sur ce sujet
23:48et d'avoir mis sur le devant de la scène
23:50le sujet de la maladie mentale,
23:51ne serait-ce que pour ce que ça a pu représenter
23:53pour les milliers d'autres malades
23:55qui, eux, n'ont pas forcément accès
23:56à un micro ou aux médias.
23:58En revanche, en effet,
23:59il s'interroge sur le fait que le secret
24:02dans lequel il vivait auparavant
24:04était peut-être aussi un autre exosquelette
24:06qu'il n'a plus aujourd'hui.
24:08Et il s'interroge aussi
24:09sur ce que la libération de la parole
24:11a pu libérer en lui aussi.
24:13Et en quoi ça a pu éventuellement
24:14le fragiliser au moment
24:16où il a dû se retirer de l'antenne
24:18de France Inter.
24:28Merci à Benjamin Meffre et Benoît D'Aragon.
24:30Cet épisode de Code Source
24:32a été produit par Clémentine Spiller,
24:34réalisation Pierre Chaffanjon.
24:36Vous pouvez retrouver
24:38un nouvel épisode de Code Source
24:39tous les soirs, du lundi au vendredi,
24:41sur toutes les plateformes d'écoute
24:42et sur YouTube.
24:43N'oubliez pas de vous abonner
24:45pour n'en rater aucun.
24:46Et puis, le samedi,
24:48on vous propose
24:48Crime Story,
24:49notre podcast consacré
24:51aux affaires criminelles
24:52avec Claudia Prolongeau
24:54et Damien Delsenis,
24:55le chef du service
24:56police-justice du Parisien.
24:58Sous-titrage Société Radio-Canada
25:04Sous-titrage Société Radio-Canada
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