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  • il y a 8 minutes
Nathalie Salvi souffre de la maladie de Crohn, une maladie inflammatoire chronique de l’intestin. Depuis une opération chirurgicale en 2018, elle vit avec une stomie digestive définitive, une poche en plastique pour recueillir ses selles. Celle-ci est devenue une alliée, qu’elle affiche fièrement. Nathalie a même défilé sur un podium de la Fashion Week de Paris cette année. Témoignage. 


Direction de la rédaction : Nicolas Charbonneau - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Judith Perret - Production : Clémentine Spiler, Barbara Gouy, Antoine Gueguen-Georgeais - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Photo : Judith Perret - Musiques : François Clos, Audio Network.

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour CodeSource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le 22 octobre, le Parisien a publié le témoignage d'une Alsacienne de 58 ans, Nathalie Salvi,
00:17qui souffre de la maladie de Crohn, une maladie inflammatoire chronique de l'intestin.
00:22Après avoir été handicapée par sa pathologie pendant des décennies,
00:26elle revit aujourd'hui grâce à une stomie.
00:28Pour faire simple, une poche à excréments qu'elle porte sur elle depuis une opération chirurgicale qu'elle avait subie
00:34en 2018.
00:36Nathalie Salvi parle sans tabou de sa stomie qui lui a redonné goût à la vie.
00:40Elle parle d'une renaissance et cette année, le 6 octobre, Nathalie Salvi a même défilé avec sa poche à
00:46la Fashion Week de Paris.
00:48La reporter de CodeSource, Judith Perret, l'a rencontrée.
00:57J'interview Nathalie Salvi, 58 ans, chez elle, à côté de Strasbourg, en Alsace.
01:02On est dans son salon salle à manger, le soleil éclaire la pièce d'une belle lumière d'automne.
01:08Nathalie a les cheveux courts, des lunettes et des yeux marrons, très expressifs.
01:12Ce jour-là, elle porte aussi des bijoux colorés.
01:16Nathalie grandit dans la région de Strasbourg, entre ses parents et son frère.
01:20Plus tard, elle veut être inspecteur de police ou médecin.
01:23La petite fille a souvent mal au ventre, mais on met ça sur le compte de sa personnalité très anxieuse.
01:28Je n'avais pas la joie de vivre.
01:30J'étais introvertie, jamais sûre de moi.
01:34Quand on me disait « Nathalie, tu t'assies, tu ne bouges pas », je pouvais rester des heures sans
01:38bouger.
01:39Donc j'étais une enfant très sage, très très peureuse.
01:42J'avais peur de grandir.
01:45Je voulais rester enfant.
01:47La vie me faisait peur.
01:49Nathalie se tourne vers des études pour devenir comptable.
01:52Les maux de ventre, eux, n'ont pas disparu avec le temps.
01:55Bien au contraire.
01:57Ça continuait.
01:58J'avais toujours autant des douleurs au niveau du ventre.
02:01Et on me disait toujours que c'était dans la tête que ça se passait.
02:04On me disait qu'il fallait prendre des laxatifs.
02:06Mais effectivement, j'avais ces problèmes de ventre.
02:10Moralement, la jeune femme vit un début d'âge adulte compliqué.
02:13Elle traverse des épisodes dépressifs.
02:15À 25 ans, elle subit une agression sexuelle.
02:18Là, ça a été très compliqué parce qu'à travers ce que j'ai vécu, j'ai voulu peut-être
02:25sortir cette douleur.
02:27Je me suis dit « Maintenant, si j'ai mal, au moins je sais pourquoi ».
02:32Nathalie a toujours très mal au ventre.
02:34Elle est régulièrement constipée.
02:36Mais les médecins minimisent sa souffrance, ce qui provoque en elle beaucoup de colère.
02:40À l'époque, comme encore aujourd'hui, le docteur sait Dieu, il sait tout.
02:44Et il n'écoutait pas ma douleur.
02:46Il n'était pas du tout à l'écoute de ma douleur.
02:48Donc j'étais vraiment très très en colère.
02:51Et à un moment donné, j'ai baissé les bras.
02:53Et puis je me suis dit « Ça doit être moi qui vais avoir ce problème-là ».
02:57Au début des années 2000, le père de Nathalie tombe malade.
03:01Il souffre d'un cancer.
03:02J'ai vu mon papa dépérir, mais ma mère ne l'a pas vu parce qu'il a été plutôt
03:06avec lui.
03:07Il a fallu que je m'occupe de lui, mais aussi de ma maman.
03:11Parce que c'était un couple qui ne formait qu'une seule personne.
03:14Et il fallait que je sois là pour eux.
03:16Je n'ai pas du tout pensé à moi, et encore moins à mes douleurs.
03:21Le père de Nathalie meurt quand elle a 32 ans.
03:24Elle prend alors soin de sa mère, qui dépérit après la mort de son mari.
03:27À cette époque, elle décide de faire une reconversion professionnelle
03:31et devient régulatrice pour le SAMU.
03:33On m'a regardée avec des grands yeux parce qu'on m'a dit « Nathalie, à la base, vous
03:36êtes comptable.
03:37Vous voulez venir travailler au SAMU ? »
03:39Ce n'est pas du tout le même endroit.
03:41Mais quelque part, c'était un défi pour moi.
03:44C'était quelque chose où j'avais encore une fois de plus envie de me rendre utile.
03:50C'est d'ailleurs au SAMU que Nathalie rencontre Cathy, qui devient sa compagne.
03:53On est en 2004.
03:54Mais un jour, la santé de Nathalie la rattrape.
03:58C'était une journée où j'avais vraiment très, très, très, très mal au ventre.
04:02Cathy m'a dit « Écoute, le Doliprane, de toute façon, ça ne sert à rien.
04:05On va prendre quelque chose de plus fort.
04:06On va prendre un ibuprofène. »
04:08À partir de ce moment-là où j'ai pris cette ibuprofène, j'ai la douleur qui est montée en
04:12crescendo.
04:13Et en l'espace de 24 heures, j'ai dû être hospitalisée.
04:16Et c'est là que vraiment, enfin, d'un côté, je me dis, j'étais contente parce qu'enfin, il
04:22y avait quelque chose.
04:24Je n'ai pas rêvé.
04:25Mais de l'autre côté, j'ai dit « Mince, je crois qu'il y a quelque chose de grave
04:29qui passe là maintenant. »
04:30Les médecins diagnostiquent à Nathalie la maladie de Crohn, une inflammation chronique qui touche les organes digestifs comme les intestins.
04:37Parmi les symptômes, des diarrhées, de la fatigue ou une perte de poids.
04:40Ce diagnostic surprend Nathalie.
04:42Je m'étais quand même renseignée à l'époque et je me suis dit « Normalement, quand on a une
04:45maladie de Crohn, on a des diarrhées.
04:47Ça fait partie des maladies inflammatoires chroniques, les mities.
04:50Et normalement, on a des diarrhées.
04:51Et moi, je n'avais pas du tout de diarrhées loin de là.
04:54Par contre, j'avais énormément d'occlusion.
04:56Et je me suis posé la question « Est-ce que c'est vraiment le bon diagnostic ? »
04:59Donc, j'ai quand même encore douté.
05:01Mais en même temps, je n'avais plus le droit de douter puisqu'il y a quand même quelqu'un
05:03qui avait pris en considération ma douleur.
05:06Nathalie apprend à vivre avec une maladie chronique, au travail notamment.
05:09J'ai dû adopter tout de suite mes horaires de travail.
05:13Parce que quand vous êtes au SAMU, vous faites les 12 heures.
05:15Donc, c'était soit jour et nuit.
05:17Donc, j'ai commencé par jour.
05:19Je faisais quelques nuits.
05:20Et puis finalement, très vite, avec ma pathologie, ça devenait de plus en plus compliqué.
05:26Donc, j'avais opté pour les gardes de nuit.
05:28Donc, je ne faisais que mes gardes de nuit de 12 heures.
05:31Malgré les traitements pour la maladie de Crohn, l'état de Nathalie ne s'améliore pas.
05:35Elle enchaîne les occlusions intestinales.
05:37Son intestin se bloque, ce qui empêche la bonne digestion.
05:40En 2012, on lui enlève une partie du gros intestin, qu'on appelle le colon.
05:45Mais l'opération ne fonctionne pas.
05:46J'avais toujours autant de douleurs.
05:48Les douleurs, elles étaient toujours permanentes.
05:50Toujours autant de constipations, si ce n'est pas plus.
05:53Je me bourrais de laxatifs.
05:55C'est simple, je prenais une boîte de suppositoires par jour.
05:59Pour aller aux toilettes, c'était vraiment...
06:01Ça ne servait strictement à rien.
06:03Mais pour eux, il fallait essayer.
06:05Donc, je me suis sentie, à cette période-là, j'étais entendue.
06:11Mais à la fois, je me suis dit, ils essayent de tenter des choses.
06:14Un peu cobayes.
06:16C'est ça, le problème.
06:17C'est qu'eux, ils proposent des choses.
06:18Mais moi, c'est quand même moi qui subissais tout ça.
06:20Nathalie vit une période d'errance médicale.
06:22On lui propose des traitements contraignants avec des effets secondaires lourds.
06:26Nathalie ne va pas mieux.
06:27Là encore, elle ressent de la colère.
06:30Il y a des médecins qui m'avaient vue, mais qui ne prenaient pas ça en considération.
06:33Qui me disaient, écoutez, venez dans quelques années.
06:36On essaiera de trouver une solution.
06:37Mais là, vous êtes beaucoup trop jeune.
06:39Quand on m'a fait des examens, on m'engueulait.
06:43Quand j'étais en radiologie et qu'il faut déféquer devant un appareil avec cinq médecins autour.
06:50Et vous, vous êtes là, vous devez essayer de déféquer.
06:52Vous n'y arrivez pas.
06:53C'était l'humiliation.
06:54Je me sentais humiliée.
06:56Et je vous avoue que plus d'une fois, j'avais envie d'arrêter.
07:00J'en avais marre.
07:02J'avais envie de...
07:03Ouais, stop.
07:03Je pense que si Cathy n'avait pas été là, je ne serais plus là.
07:07À cette époque, les deux échappatoires de Nathalie sont Cathy, sa compagne, et le sport.
07:12La course à pied, c'était ma drogue.
07:14C'était mon échappatoire.
07:15Je sors de ma régule.
07:17Je sors de mes nuits.
07:19Je renfilais mes baskets.
07:20Baf !
07:21Et je partais courir mes kilomètres.
07:23J'étais fatiguée.
07:24Mais je rentrais.
07:25J'étais vidée.
07:26Mais ça faisait du bien.
07:27Et ça, j'ai fait des années, des années, des années.
07:30La course à pied, je faisais des kilomètres.
07:33Je faisais des semi-marathons.
07:35J'ai fait le marathon de Paris.
07:37Je kiffais la course à pied.
07:41J'ai fait tout ça parce qu'au fond de moi, inconsciemment, je savais qu'un jour, je ne pourrais
07:49plus faire autant de sport.
07:51Parce que tout ça, c'était toujours avec des douleurs dans le ventre.
07:55J'avais un poids dans mon ventre.
07:57Et je me suis dit, profite Nathalie, tant que tu peux, parce qu'un jour, tu ne pourras plus.
08:02Et donc, du coup, à mes 45 ans, j'ai fait le marathon de Paris.
08:07Je le savais déjà que ma vie changera très certainement.
08:13En 2017, nouvelle opération pour Nathalie, une colectomie.
08:17Autrement dit, on lui enlève tout le colon.
08:20Normalement, en enlevant tout le colon, je devrais crier victoire.
08:24Voilà, le conduit, il est vraiment ouvert.
08:27Et bien non, finalement, non.
08:29Parce que comme je faisais toujours autant de constipation, je prenais toujours autant de laxatifs.
08:35Mais je faisais des fausses diarrhées.
08:37Donc, il faut savoir que quand vous n'avez plus de colon, l'intestin grêle doit prendre le relais.
08:42Et c'est lui qui va faire le travail.
08:44Et ça lui permet de déféquer, de faire tout ce travail-là.
08:49Moi, le grêle ne l'a pas fait, mais j'avais ces fausses diarrhées.
08:52Donc, j'allais à peu près 30 fois par jour aux toilettes.
08:55Mais il n'y avait rien qui sortait que de l'acide.
08:57Parce que quand on vous enlève le colon, vous n'avez que de l'acide.
09:01Et donc, j'étais complètement brûlée au niveau de l'arrière-train.
09:05J'avais un périnée qui était complètement brûlé.
09:08Et quand j'allais voir les médecins, j'étais testeuse de crème.
09:11J'aurais pu tester toutes les crèmes.
09:13On me disait, essayez-se ça, essayez-ci, essayez-ça.
09:16Prenez un peu sur vous, Nathalie, quand même.
09:19Je ne pouvais même plus m'essuyer avec du papier toilette.
09:22J'avais le sèche-cheveux qui était en bas.
09:25Et je me séchais l'arrière-train avec le sèche-cheveux.
09:27Je ne marchais plus.
09:29Je montais mes escaliers à quatre pattes.
09:31Et les médecins me disaient toujours, ça va passer, Nathalie.
09:34Ça va passer.
09:35Et encore là, j'étais en colère parce que je me disais,
09:38mais punaise, je vous donne ma vie, il n'y a pas de problème.
09:41On va voir, ça va passer.
09:42Ce n'est pas un jour.
09:44Ce n'est pas une semaine.
09:45Ce n'est pas un mois.
09:46C'était plusieurs mois.
09:48Et là, je ne prie plus, quoi.
09:57Fin 2018, le chirurgien de Nathalie propose de lui mettre une ostomie.
10:01Une ostomie, c'est une poche en plastique
10:02qu'on vient fixer sur une partie de l'intestin
10:04déviée à l'extérieur de l'abdomen.
10:07Le patient vide sa poche aux toilettes plusieurs fois par jour.
10:10Un dispositif qui peut impressionner, mais qui est indolore.
10:13Pour Nathalie, la ostomie est provisoire.
10:15Elle doit la garder trois mois.
10:16Je ne savais pas du tout ce que c'était une ostomie.
10:19Je m'étais renseignée et finalement, j'étais tombée sur un article.
10:23Finalement, une ostomie, c'est un anus artificiel.
10:25Donc ça, ça me parlait mieux.
10:27Et donc, je me suis dit, bon, ok, d'accord.
10:30Comme c'était que du provisoire, je ne me suis pas étalée sur le sujet.
10:34Le tout, c'est que vraiment, on me soulage et que j'arrive enfin
10:40à éliminer mes selles.
10:42Quand je me suis réveillée en réa, j'ai levé mon drap, j'ai vu cette poche
10:47et je me suis dit, oh, benaise, enfin, je vais pouvoir faire caca sans médicament.
10:55J'étais contente et tellement heureuse que, enfin, quelqu'un a pris en considération
11:04la douleur que j'ai traînée depuis gamine.
11:06Mais Nathalie subit des complications, elle doit se faire opérer plusieurs fois.
11:10Après sa dernière intervention, son chirurgien lui annonce qu'elle devra garder sa stomie
11:14à vie.
11:15Et là, ça a été très, très, très compliqué dans ma tête.
11:20La première des choses qui m'est venue dans ma tête, je me suis dit, je me suis vue dans
11:24le cercueil avec cette poche.
11:25Je me suis dit, je vais mourir avec cette poche.
11:28Mais qu'est-ce que je vais devenir ? Qu'est-ce que je vais faire avec ça ? Comment
11:32je vais faire ?
11:33Comment je vais faire preuve pour rendre le sport ?
11:35Est-ce que Cathy va encore m'aimer ? Est-ce que moi, je vais avoir le courage de me
11:41regarder dans un miroir ? Puis ce qu'il y a aussi, c'est que je suis une femme.
11:44Donc, je vois mes défauts.
11:46J'ai des bourrelets de partout.
11:48Et est-ce qu'en plus de ces bourrelets, je vais accepter cette poche ?
11:52Donc, oui, c'était très, très, très, très compliqué.
11:55Avoir une stomie, ce sont des soins réguliers.
11:57Nathalie doit changer le socle de sa stomie, son embout tous les deux jours et la poche
12:01deux fois par jour, le matin et le soir.
12:03Des soins qui font un peu peur à Nathalie.
12:06Au niveau des soins, Cathy m'a aussi rassurée.
12:09Parce qu'au début, c'était compliqué.
12:11Parce que comme j'ai toujours eu peur, depuis mon enfance, j'avais peur de mal faire les
12:16soins.
12:16Et si on fait mal les soins avec une stomie, on est vite dans les fuites.
12:20Qui dit fuite, dit qu'on est dans le caca.
12:24Ça aussi, Cathy m'a rassurée, m'a dit ne t'inquiète pas, même si tu n'y arrives
12:27pas au début, je serai toujours là.
12:30L'astomathérapeute aussi m'a beaucoup rassurée.
12:32Donc, ça, c'est l'infirmière qui est vraiment spécialisée dans l'astomie, qui m'a également
12:36beaucoup rassurée.
12:37Mais Cathy m'a surtout rassurée dans le sens où, je me souviens d'un jour où elle
12:42m'a dit, quoi qu'il arrive, je ne te quitterai jamais.
12:45Je t'aime de trop.
12:47Et ça, c'était, ouais, c'était bon.
12:49Alors, quand on a une stomie, on peut manger, on peut boire, on peut faire tout ce qu'on
12:53veut.
12:54L'astomie en elle-même n'est pas un handicap.
12:57Il faut toujours comprendre pourquoi on a l'astomie.
13:00C'est surtout ça.
13:01Mais l'astomie en elle-même permet de vivre, permet de tout manger à partir du moment
13:06où vous, vous n'avez pas d'autres pathologies.
13:09C'est comme tout le monde.
13:10Je veux dire, il y a des personnes qui arrivent à digérer quelque chose et il y a une autre
13:12personne qui n'arrive pas à digérer.
13:14C'est comme pour tout le monde.
13:16Mais l'astomie en elle-même ne m'empêche pas de vivre.
13:19Pas du tout.
13:20On peut tout faire.
13:21Seulement, c'est différent.
13:22Il faut s'adapter.
13:26Nathalie apprivoise à sa stomie.
13:27Elle la voit comme une amie, une alliée.
13:29Elle la surnomme Youmi, toi et moi, en anglais.
13:32Quelques mois plus tard, Nathalie reçoit le feu vert de son médecin pour retourner courir.
13:37Je suis partie courir 10 kilomètres.
13:38J'ai pas du tout senti le poids de ma poche.
13:41Il faut savoir que comme je n'ai plus de colon, ma poche, c'est comme si j'avais un
13:45sac d'eau
13:47continuellement, sans moi.
13:48J'ai pas du tout senti le poids.
13:50J'ai pris du bonheur.
13:51C'était incroyable.
13:52Et quand je suis revenue, j'étais Nathalie d'avant.
13:54Et je dis, waouh, c'est trop classe.
13:57Et ça, là, je me suis dit, finalement, la poche ne m'a pas m'empêchée de courir, loin de
14:01là.
14:02Au moins, je n'aurais pas mal.
14:03Pour ses premières séances de course à pied avec une stomie, Cathy s'accompagne et lui
14:07coud une espèce de ceinture de protection qui permet à la stomie de Nathalie d'être
14:10protégée.
14:11En gros, elle glisse sa stomie dans une poche en tissu, un peu comme un sac banane, attaché
14:15directement sur la peau.
14:17Nathalie aime tellement ce système qu'elle met cette ceinture tous les jours, même quand
14:20elle ne court pas.
14:21Je me suis très vite rendue compte qu'avec cette ceinture, je ne sentais pas que j'étais
14:25malade.
14:26Je ne sentais pas le poids de ma poche.
14:28J'étais madame tout le monde.
14:29Et donc, j'ai dit à Cathy, je me souviens, on était à la Grande Motte, on était allongés
14:35sur la plage.
14:36Et je dis à Cathy, Cathy, est-ce que tu penses qu'on pourrait aider d'autres personnes
14:41stomisées ?
14:42Et là, elle me dit, ben oui.
14:45Je dis, j'ai vraiment envie d'aider d'autres personnes.
14:48Parce que quand je vois ce que la qualité de vie que ça m'a apportée, le fait que
14:53je puisse faire beaucoup de choses et que je ne sens pas ma poche, c'est surtout ça.
14:57Je ne sens pas le poids.
14:59Parce qu'il faut savoir que quand on a une poche, on a deux poids.
15:03On a un poids dans la tête, mais on a un poids aussi sur le corps.
15:08Et ce poids-là, ce deuxième poids qui est sur le ventre, celui-là, je voulais déjà
15:11un petit peu le bannir.
15:12Et je me suis dit que si je peux le faire avec les autres, pour d'autres personnes,
15:15pourquoi pas le faire ?
15:16Et cette ceinture, elle a aussi la possibilité, non seulement d'avoir un maintien, mais
15:21aussi de cacher.
15:22De cacher cette poche.
15:24Moi, je l'ai customisée.
15:25Elle me rappelle suffisamment que je suis malade.
15:27Et le fait de la personnaliser, je lui donne un côté fun.
15:31Et donc, du coup, j'ai habillé ma pouquette.
15:38Avec Cathy, elle lance Stomapote, une entreprise de confection de ceintures en tissu pour les
15:43personnes avec des stomies.
15:44Des ceintures colorées avec différents motifs.
15:46Par exemple, le jour où j'interview Nathalie, elle porte une ceinture verte sur laquelle
15:51il y a un cori avec des lunettes.
15:53L'entreprise du couple s'appelle Stomapote, car pour Nathalie, sa stomie, c'est sa pote.
15:57C'est Cathy et moi qui faisons ça tranquillou chez nous à la maison, en haut d'un autre
16:02bureau.
16:03Ce sont des ceintures qui sont faites sur mesure en fonction de la morphologie des personnes.
16:07C'est notre bébé, c'est à nous, quoi.
16:09En 2023, Nathalie est diagnostiquée d'autres maladies intestinales, une neuroméopathie
16:13digestive et une pseudo-obstruction intestinale chronique.
16:17De nouveaux diagnostics assez lourds qui contraignent Nathalie encore davantage.
16:21Elle ne peut presque plus s'alimenter normalement et fait des malades fréquemment.
16:25Nathalie perd son travail, mais elle rebondit très vite.
16:28Elle décide de passer un diplôme universitaire pour être patiente experte et accompagner
16:32d'autres personnes avec des stomies.
16:33À travers mon vécu, je comprends déjà le patient et je peux expliquer aux professionnels
16:40de santé ce que vit le patient.
16:42Et à la fois, ce rôle aujourd'hui, c'est un pied de nez à toute cette errance médicale
16:48que j'ai eue pendant toutes ces années et qu'on ne m'a pas écoutée.
16:53Mais maintenant, vous allez m'écouter et vous allez surtout écouter tous les patients.
16:57Et surtout, vous allez écouter, quand on dit qu'on a mal, c'est qu'on a mal,
17:01qu'il ne faut pas banaliser.
17:03Et c'est pour ça aussi que je me suis lancée dans cette aventure de patient partenaire
17:06et que je suis fière de l'être aujourd'hui.
17:11Cette année, Nathalie participe à la Fashion Week à Paris,
17:15un événement autour de la mode et de la haute couture.
17:17Le laboratoire Coloplaste, qui fabrique la poche de Nathalie,
17:20s'est associé avec le créateur japonais Kei Irabayashi.
17:23On propose à une dizaine de patients du monde entier
17:26de défiler avec une ceinture customisée par Kei Irabayashi,
17:29un projet que Nathalie trouve génial.
17:31Parce que moi, pendant toutes ces années, je milite contre ça.
17:35C'est ce côté tabou, ne pas avoir honte, être soi tout simplement.
17:40Et là, je me suis dit, faire une Fashion Week,
17:42jamais j'aurais pensé un jour participer à une Fashion Week avec ma poche.
17:47Déjà, sans ma poche, mais alors là, de défiler avec une poche,
17:52je me suis dit, waouh !
17:53Et c'est comme ça que je me suis retrouvée dans cette aventure.
17:56Mais avec une grande fierté et beaucoup, beaucoup d'émotions.
17:58Le défilé a lieu le 6 octobre dans un bel immeuble du 16e arrondissement de Paris.
18:03On était dans une pièce parce qu'il y avait plusieurs défilés ce jour-là
18:05et j'étais à côté de mannequins professionnels.
18:08Et quand je les ai regardés, je me suis dit,
18:10« Ah ! Moi, j'ai un petit truc en plus et finalement, je suis tellement fière de l'avoir.
18:15»
18:16J'étais fière d'être là, j'étais fière de montrer ma poche,
18:20une fierté à moi-même d'avoir combattu contre cette peur que j'avais eue depuis gosse.
18:27Donc ça, ça m'a redonné toute une force.
18:29Et à la fois, j'étais fière parce que moi qui voulais mourir déjà plusieurs fois
18:35parce qu'on ne m'a jamais écoutée,
18:37et de pouvoir maintenant là être libre, être mise en lumière,
18:42ça m'a rechargée des batteries.
18:59Judith, les ceintures pour les stomies que fabriquent Nathalie et sa compagne,
19:03est-ce que l'idée est d'en faire un business, de faire de l'argent avec ça
19:06ou pas vraiment ?
19:07Non, Nathalie, son but à elle, c'est vraiment d'aider les gens qui, comme elle, ont une stomie.
19:12En fait, il y a beaucoup de gens qui sont concernés dans ce pays,
19:15c'est quand même aux alentours de 100 000, 120 000 personnes.
19:17Et en fait, les gens restent souvent de leur côté,
19:21ils n'osent pas trop en parler, il y a quelque chose d'un peu honteux.
19:24Et elle, son but, c'est vraiment d'aider les gens.
19:26Donc alors, il y a des bénéfices qui sont faits avec la vente de ces ceintures,
19:29mais ce n'est vraiment pas le but premier de se faire de l'argent via Stomapote.
19:32Et est-ce qu'elle a d'autres projets aujourd'hui ?
19:35Oui. Alors, il faut savoir que Nathalie, elle a une santé qui est quand même très fragile.
19:39Elle ne peut pas rester toute seule trop longtemps parce qu'elle fait quand même pas mal de malaise.
19:43Elle ne court plus parce que son estomac est vraiment beaucoup trop fragile.
19:47Donc maintenant, elle fait plutôt du vélo d'appartement.
19:49Mais elle a encore énormément de projets.
19:51C'est quelqu'un de très enthousiaste.
19:52Elle aimerait bien, par exemple, faire un podcast.
19:55Elle souhaite aussi faire un tour de France en caravane pour aller à la rencontre des personnes qui ont une
20:00stomie
20:00et aller les aider, échanger avec elles.
20:03Elle souhaite aussi développer une association qu'elle a créée qui s'appelle Les Stomapotes
20:07et qui est une association qui aide les patients avec une stomie.
20:10C'est un peu une amicale de patients stomisés.
20:13Et enfin, dernier projet et pas des moindres,
20:15Nathalie et Cathy, qui partagent sa vie depuis 25 ans, vont se marier d'ici quelques semaines.
20:21Merci Judith Perret et merci à Magali Guilpin pour son aide.
20:25Cet épisode de Codesource a été produit par Antoine Guéguin-Georget,
20:29Clémentine Spiller et Barbara Gouy.
20:31Réalisation, Pierre Chaffanjon.
20:33Codesource est le podcast quotidien d'actualité du Parisien,
20:36chaque soir de la semaine du lundi au vendredi.
20:39Et puis n'oubliez pas chaque samedi matin notre second podcast consacré aux affaires criminelles,
20:43Crime Story, présenté par Claudia Prolongeau et Damien Delsenis.
20:51Sous-titrage Société Radio-Canada
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