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La ville de Nantes (Loire-Atlantique) connaît une flambée des violences liées au narcobanditisme. Depuis le mois d’avril, quatre personnes ont été tuées dans les quartiers Nord de la ville. Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Judith Perret - Production : Thibault Lambert et Clémentine Spiler - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Photo : LP/Sebastien Salom-Gomis - Musiques : François Clos, Audio Network.Bonne soirée,
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00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Quatre morts en moins de deux mois, bilan de plusieurs fusillades qui ont éclaté à Nantes,
00:17dans les quartiers nord de la ville, entre le 28 avril et le 4 juin.
00:21Une flambée de violence liée au narco-banditisme,
00:24mais parmi les victimes, il y a un ado de 15 ans qui n'avait rien à voir avec le
00:29trafic de drogue.
00:30Pour essayer de comprendre ce que vivent aujourd'hui les habitants de ces quartiers,
00:34une reportère du service Police-Justice du Parisien est restée sur place plusieurs jours en reportage au début du mois.
00:42Christelle Brigodeau est en Codesources aujourd'hui, elle nous raconte ce qu'elle a vu.
00:51Christelle, tu vas passer quelques jours en immersion dans les quartiers nord de Nantes,
00:55notamment le quartier Bottière et Port-Boyer.
00:58Quand tu arrives, il y a eu trois morts en l'espace de six semaines.
01:01À quoi ressemblent les lieux ?
01:03J'arrive d'abord à Port-Boyer.
01:05C'est un quartier qui est au nord-est du centre-ville de Nantes,
01:09qui est bordé par une forêt, un quartier de pavillon juste à côté.
01:13On n'est pas loin du centre-ville.
01:15Ce n'est pas du tout l'idée qu'on pourrait se faire d'une cité ghetto, d'un coupe
01:19-gorge.
01:20C'est même un peu l'inverse de ça.
01:22Le quartier qui est géré par Nantes Métropole Habitat est composé de cinq immeubles de 13 étages chacun,
01:29qui sont bornés par des espaces verts.
01:31Il y a un bassin, des jeux pour enfants, des jardiniers en train d'entretenir les fleurs juste au moment
01:37où j'arrive.
01:38Les jardiniers ne touchent pas par contre à des bouquets de fleurs fanées qui sont juste devant un hall d
01:43'immeuble,
01:43puisque c'est là qu'a eu lieu peu de temps avant un meurtre.
01:51Ce soir-là, il y a pas mal de monde dehors, il fait beau, on est en plein week-end
01:56de l'ascension,
01:57et des individus cagoulés arrivent et ouvrent le feu sur les personnes qui se trouvent en bas du 3 rue
02:05Pornichet.
02:06Un collégien de 15 ans qui s'appelle Elidja est tué sur le coup,
02:10et deux de ses copains sont blessés et s'enfuient dans les étages pour essayer d'échapper à leur poursuivant.
02:15Soyons clairs, cet adolescent de 15 ans, Elidja, il n'avait rien à voir avec le trafic de drogue,
02:21les autorités ont été catégoriques là-dessus.
02:23Oui, le procureur de la République qui va s'exprimer dans les heures suivant sa mort va vraiment affirmer ça.
02:30Elidja est une victime collatérale de ce qui ressemble à une guerre pour le contrôle de Pointe d'Île
02:35et pour le contrôle du trafic de stupéfiants à Nantes.
02:40Sa tante habite dans l'immeuble et il était là un petit peu par hasard.
02:46Qu'est-ce qu'on sait de cette victime collatérale ? Qui était ce jeune homme, Elidja ?
02:50C'était un collégien qui était scolarisé en classe de 4e au collège Rutigliano,
02:56qui est juste à côté de Port-Boyer.
02:58Il avait des problèmes de santé importants, mais ces temps-ci, sa famille était plutôt contente
03:02parce qu'il venait d'avoir une transfusion qui allait lui permettre
03:05de finalement profiter de la fin d'année scolaire, de ses copains, de sortir un peu comme tout le monde.
03:10Il ne vivait pas à Port-Boyer, mais dans le quartier de Halvec, pas très loin.
03:15Ses parents et ses grands-parents sont plutôt connus localement
03:18parce qu'il est issu d'une famille de commerçants.
03:21Son père est impliqué dans une association d'arts martiaux.
03:25Voilà, c'est une famille installée de longue date à Nantes.
03:29Christelle, à Port-Boyer, tu as pu recueillir le témoignage d'une jeune femme du quartier
03:33qui a aidé un jeune qui a été blessé dans la fusillade.
03:36Oui, elle s'appelle Malika. Elle habite avec sa tante et ses neveux dans un appartement.
03:43Ça ne fait pas longtemps qu'elle vit à Port-Boyer.
03:45Et le soir de la fusillade, les deux jeunes qui sont blessés courent dans les étages
03:52pour essayer d'échapper au tireur et trouver du secours.
03:54Et Malika va ouvrir sa porte à l'un des deux blessés.
03:59Lui est blessé au pied. Il est avec un enfant très jeune qui a environ trois ans,
04:04qui est un petit garçon de sa famille en fait.
04:06Malika, qui a 25 ans, qui à ce moment-là, seule avec ses neveux et nièces
04:11pendant que sa tante est au travail, va faire ce qu'elle peut.
04:14Déjà, elle arrive à surmonter sa propre terreur en voyant arriver ce jeune.
04:18Elle était en train de monter des meubles dans son salon au moment où ça s'est passé.
04:22Elle met en sécurité les plus jeunes dans une chambre.
04:25Elle appelle les secours qui vont venir pour sauver le pied du jeune blessé.
04:31Malika t'explique qu'aujourd'hui, elle vit la peur au ventre.
04:34Oui, et elle n'est pas la seule dans le quartier et dans cet immeuble.
04:38Beaucoup d'habitants et d'habitantes, parce qu'il y a beaucoup de chefs de famille féminine,
04:42disons, dans ce quartier, vivent avec cette idée qu'en sortant de chez elles,
04:48elles peuvent prendre une balle perdue, elles ou leurs enfants.
04:50Donc, par conséquent, les gens sont nombreux en ce moment dans le quartier de Port-Boyer
04:55à renoncer à sortir, demander aux enfants de ne pas aller à l'air de jeu.
04:59Et les enfants eux-mêmes, d'ailleurs, manifestent une certaine réticence et une crainte à aller dehors.
05:06Il y a encore des traces de la fusillade quand tu es sur place ?
05:09Alors, on aperçoit des tâches qui ressemblent fortement à des tâches de sang dans les escaliers extérieurs.
05:15Mais à l'intérieur, dans les parties communes, dans le hall, tout a été repeint.
05:19Ça sent la peinture fraîche.
05:20C'est la première chose qu'on remarque en arrivant.
05:24Aussi, à côté de l'affiche de la police, qui est un appel à témoins pour des habitants qui auraient
05:28vu quelque chose,
05:29il y a partout des affiches pour une cellule d'écoute psychologique qui a été mise en place pour les
05:34habitants.
05:36Christelle, deux semaines après la mort d'Ellidja, le 26 mai, il y a eu un autre mort dans le
05:41quartier de la Halvec.
05:43C'est un homme qui s'appelle Teron, qui avait 20 ans.
05:46Il a été tué au pied de chez lui.
05:48Ce soir-là, il est rentré du travail. Il travaille comme manutentionnaire.
05:51Il est rentré aux alentours de 20h30.
05:54Et puis, il a décidé, après avoir un peu parlé avec sa mère, d'aller au pied des tours dans
06:00son quartier,
06:01voir ses copains, comme il le fait d'habitude, puis aller chercher un sandwich grec au bout de la rue.
06:05Et c'est à ce moment-là que, encore une fois, deux tireurs sont arrivés sur un deux-roues et
06:11l'ont abattu.
06:13La première de ces fusillades qui ont ensanglanté les quartiers nord de Nantes,
06:16s'était produite au mois d'avril, le 28 avril, tout près du quartier Bottière.
06:21Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
06:22Là encore, même mode opératoire, on a des personnes cagoulées, toutes noires vêtues sur un scooter,
06:29qui arrivent et qui vont tirer deux balles dans la tête d'un homme qui se trouve dans un parc,
06:35dans un square, en fait, qui est à la lisière du quartier Bottière.
06:38Cet homme est surnommé dans le quartier Petit Serge.
06:41Il est connu de la justice pour être un petit trafiquant de drogue.
06:45Il a été condamné pour avoir livré, en fait, de la drogue.
06:49Le soir où il est tué, il porte un gilet pare-balles,
06:52ce qui montre qu'il craint pour sa vie et qu'il sait qu'il risque beaucoup en étant dans
06:58ce parc.
07:02Comment la justice et la police expliquent cette série de fusillades à Nantes ?
07:06La piste du trafic de stupéfiants semble évidente dès le départ,
07:11parce qu'évidemment, elle rappelle d'autres fusillades dans d'autres villes.
07:14Nantes n'est pas du tout la première ni la seule ville à être concernée par ce genre de choses.
07:19Il y a eu évidemment Marseille, il y a eu Clermont-Ferrand,
07:21il y a des villes de toute taille, j'allais dire,
07:23qui sont aujourd'hui concernées par des guerres de territoire entre trafiquants.
07:27Et là, c'est clairement l'hypothèse pour laquelle penchent les enquêteurs.
07:32Christelle, toi, quand tu es sur place,
07:33deux femmes te racontent qu'elles ont cru mourir deux semaines plus tôt
07:37en rentrant de faire leur course au supermarché.
07:39Oui, ce sont deux femmes que je rencontre dans le square où est mort celui qu'on appelle Petit Serge.
07:43Moi, je me rends sur place pour voir un peu à quoi ressemblent les lieux.
07:47Et le square est presque vide, à l'exception de ces deux femmes qui se reposent, qui discutent.
07:51Et effectivement, pas très loin de l'endroit où je les vois,
07:55dans la rue, elles ont été témoins d'une scène très violente.
08:01En fait, c'est une rixe entre des jeunes hommes qu'elles pensent être peut-être liés au trafic de
08:05stupéfiants.
08:05À ce moment-là, ces deux femmes sont en train de rentrer des courses.
08:10Elles rentrent du magasin Lidl qui est à proximité, à pied, parce qu'elles n'habitent pas très loin.
08:15Et elles aperçoivent, en fait, une rixe entre des jeunes qu'elles identifient
08:19comme étant probablement des guetteurs ou des gens, en tout cas, mêlés au trafic de stupéfiants.
08:25Il y a une personne à terre, c'est assez violent.
08:27Et surtout, elles aperçoivent un des protagonistes qui a un pistolet à la main, pas très grand.
08:33Il le tient à peu près à hauteur de la taille.
08:35Évidemment, elles sont prises de panique quand elles aperçoivent cette arme.
08:38Et elles partent en courant et elles attrapent le tram pour échapper à cette scène.
08:42Dans le quartier de Port-Boyer, le directeur du centre socioculturel explique
08:46que les habitants du quartier sont victimes, en réalité, je cite, de terrorisme.
08:51Oui, il explique finalement que quand on sort de chez soi la peur au ventre
08:56en se disant qu'on risque de prendre une balle simplement parce qu'on est là,
08:59effectivement, ça s'apparente à du terrorisme,
09:01que ça crée une peur, une peur qui empêche de parler aussi,
09:05y compris des personnes qui n'ont absolument rien à voir avec le trafic.
09:10Lui a été témoin de tir en plein après-midi.
09:12Il a vu des seringues qui s'accumulaient devant le centre social l'été dernier
09:17parce que les consommateurs consommaient directement sur place.
09:21Donc, comme pour beaucoup d'autres acteurs, finalement, que j'ai pu rencontrer à Nantes,
09:25il y a à la fois une volonté d'agir,
09:27mais il y a aussi une certaine colère vis-à-vis de ce qui se passe.
09:29Toi, Christelle, au moment où tu es sur place,
09:31tu vois qu'il y a un dispositif de police renforcé à Port-Boyer,
09:35là où Elidja a été tué, donc cet élève de quatrième, victime collatérale du trafic.
09:40Oui, depuis qu'Elidja a été tué et que deux autres jeunes ont été blessés,
09:45la police vient tous les jours.
09:46C'est vraiment une guerre de territoire, donc une guerre de position.
09:49Et donc, la police se positionne matin et soir avec un fourgon bien visible sur le parking.
09:55Les habitants ont bien compris que tant que la police était là, ils n'avaient rien à craindre.
09:59Et d'ailleurs, des mères de famille me confient qu'elles calent finalement leur sortie sur les horaires de la
10:05police.
10:05Quand le fourgon est là, les enfants sortent, mais quand il n'est pas là, personne ne sort.
10:10Dans un autre endroit, dans le quartier Bautière, tu vas devant un point de deal.
10:14Oui, c'est un endroit relativement discret puisque c'est en fait un porche qui mène à un petit centre
10:21commercial
10:21où il y a une boucherie, une boulangerie, enfin voilà, quelques commerces.
10:25Et puis, une sorte de mairie de quartier et un autre centre social.
10:29C'est le soir, la nuit est en train de tomber au moment où j'arrive.
10:33Et je vois une silhouette comme ça qui se découpe sous ce porche.
10:37Donc, je vais vers cette silhouette.
10:39Il se trouve que c'est un jeune homme.
10:41Je vais vers lui et ce qui est très surprenant, c'est que ce jeune homme est habillé tout en
10:47noir
10:47et porte une cagoule, toute noire également, une cagoule intégrale.
10:51C'est-à-dire qu'on ne voit pas ses yeux, pas sa bouche, pas son nez, rien du tout.
10:54C'est évidemment très dérangeant.
10:56On parle avec une espèce d'ombre.
10:58Évidemment, je lui pose la question de pourquoi il est habillé comme ça.
11:02Il est lue d'un petit peu.
11:03Je lui demande si, étant donné le contexte avec ses fusillades, il craint pour sa vie.
11:07Est-ce qu'il craint d'être reconnu de ses ennemis ?
11:10Il m'explique que finalement, les habitants du quartier sont peut-être effrayés,
11:14qu'il comprend ça, mais que lui n'a pas peur.
11:17Il a surtout envie que je parte et qu'on ne lui pose plus trop de questions.
11:21Donc, je ne reste pas très longtemps.
11:23On peut supposer que ce jeune homme est là parce qu'il tient le point de deal,
11:27puisque cet endroit est connu comme étant un point de deal.
11:29Il y a sur le mur d'ailleurs une sorte de menu avec des tarifs affichés
11:34pour de la cocaïne, du shit, de la beuh.
11:37Donc, on se doute bien qu'il est en train d'attendre de potentiels clients.
11:42Et d'ailleurs, encore un peu plus tard dans la soirée, quand je repasserai,
11:45ils seront trois personnes à stationner à cet endroit.
11:48À un moment, sur un autre point de deal,
11:50tu discutes avec un jeune qui vend de la drogue.
11:52Qu'est-ce qu'il te raconte ?
11:53Oui, là, c'est dans le quartier de Malakoff,
11:55qui est assez proche du centre-ville de Nantes
11:57et qui est un quartier très connu, effectivement, pour le trafic.
12:00Le jeune homme que je rencontre à ce moment-là,
12:02lui, alors, il n'est pas du tout cagoulé.
12:05Il est habillé de façon très ordinaire, avec une casquette.
12:08Il a une sacoche contre lui, je pense, pour faire son commerce.
12:12Il est assis sur des marches et il m'explique qu'il avait besoin d'argent,
12:16qu'un de ses copains l'a branché sur ce plan.
12:19Il travaille comme une sorte d'intérimaire du trafic de drogue
12:22pour la journée, de 10h à 17h.
12:24Il espère se faire 100 euros ce jour-là,
12:28en attendant sur les marches de ce hold immeuble.
12:31Justement, qui sont les clients qui viennent s'approvisionner
12:34sur ces points de deal ? Ils ont quel profil ?
12:35Ils ont tous les profils, d'après ce que me disent les habitants,
12:38que je rencontre à peu près au même moment.
12:40Il y a des gens de toutes les catégories socioprofessionnelles,
12:42des gens riches, des gens pauvres,
12:44des gens qui ont un lien avec le trafic ou avec la délinquance,
12:48et d'autres, pas du tout.
12:49Une habitante me dit, voilà, on voit plein de gens tirés à quatre épingles
12:53qui viennent ici.
12:54Il ne faut pas du tout croire que c'est un repère de personnes en marge.
13:03Dans le cadre de ton enquête, en immersion dans ces quartiers nord de Nantes,
13:07tu as interrogé pour le Parisien la maire socialiste de Nantes.
13:11Elle s'appelle Joanna Roland,
13:12et elle tient à rappeler que beaucoup de choses ont été faites
13:15pour essayer de lutter contre le trafic de drogue.
13:18Oui, elle explique que localement et nationalement,
13:21des mesures sont prises qui vont dans le bon sens.
13:24Elle n'est pas du tout catastrophiste.
13:26Elle explique par exemple qu'au plan national,
13:28la création récente du PNACO,
13:31le parquet national anti-criminalité,
13:33est une très bonne chose.
13:34Elle explique aussi que localement,
13:36il y a une bonne coordination entre la police,
13:38la police nationale et la police municipale,
13:41avec les bailleurs.
13:44Bref, des choses sont faites,
13:45qui permettent d'avancer, mais elle explique aussi que ça ne suffit pas
13:49et que le problème va largement au-delà de Nantes.
13:53Et d'un mot à Nantes, il y a aussi localement des travaux d'aménagement
13:56de l'espace public qui sont en cours depuis des années.
13:58Oui, ça saute aux yeux quand on va dans ces différents quartiers.
14:01On voit presque partout des travaux d'embellissement, d'aménagement.
14:06Et ce n'est pas uniquement des travaux cosmétiques,
14:08c'est aussi une manière d'occuper le terrain.
14:10Par exemple, dans un quartier, une adresse qui est très connue
14:14du trafic de drogue à Nantes, qui s'appelle le 6 rue Champlain,
14:17il y a une aire de jeu qui est en train d'être aménagée.
14:20Les travaux ne sont pas encore terminés,
14:22mais il y a déjà plein, plein d'enfants, quand il fait beau,
14:24qui occupent cet endroit et qui y jouent.
14:28Et mécaniquement, quelque part,
14:30ça oblige les trafiquants de drogue,
14:32qui avaient l'habitude de stationner exactement à cet endroit-là,
14:35à bouger, à aller plus loin.
14:36C'est une manière, en fait, de perturber, d'empêcher le trafic.
14:40Ça n'empêche pas complètement,
14:41puisqu'évidemment, les trafiquants trouvent d'autres endroits,
14:44mais ça nuit un petit peu à ce commerce illicite,
14:48parce que les clients auront peut-être plus de mal
14:51à trouver le point de deal,
14:53venir chercher leur dose au milieu des enfants,
14:56des habitants et de tout le monde.
14:57Donc, il y a vraiment une stratégie d'occupation de l'espace public.
15:00Ça se voit aussi à la bottière, qui est en plein travaux.
15:02Ça se voit à peu près partout.
15:03Et la maire de Nantes, Joanna Roland, appelle, je cite,
15:06« à une mobilisation générale ».
15:08Oui, parce qu'elle explique, comme on le disait,
15:10que Nantes n'est pas du tout un cas isolé ou un îlot
15:13dans cette guerre contre le narcotrafic.
15:15Elle cite, par exemple, l'Angleterre
15:18comme étant un possible modèle à suivre,
15:20puisque l'Angleterre a créé un service de renseignement
15:23dédié au narcotrafic.
15:24Elle se dit que ça pourrait être une bonne idée.
15:26Elle explique aussi, comme d'autres spécialistes,
15:28qu'il faut beaucoup renforcer la sécurisation des ports
15:31et la surveillance des ports,
15:34puisque c'est par là qu'arrive une grande partie de la drogue
15:37qui inonde ensuite les villes.
15:39Et elle maintient aussi une ligne qu'on entend un petit peu moins,
15:43qui est le misé sur la prévention,
15:45tout autant que la répression,
15:46en expliquant qu'on n'arrivera pas au bout de cette lutte
15:49contre le narcotrafic
15:50si on ne tient pas les deux bouts de la prévention
15:52et de la répression.
15:54Elle rappelle évidemment que tout cela
15:55demande des moyens considérables,
15:57sachant que le narcotrafic en face
15:59est une industrie qui pèse 7 milliards d'euros.
16:04Christelle, dans le quartier Port-Boyer,
16:06tu as parlé avec une femme,
16:07Marcella, qui est enceinte.
16:09Elle ne sait pas encore si elle attend une fille ou un garçon.
16:12Et pour elle, cette question est très importante
16:14dans ce contexte de violence.
16:16Oui, elle me dit tout de suite,
16:18si c'est un garçon, je déménage.
16:20Je pars d'ici.
16:21Parce qu'elle sait très bien, finalement,
16:24ce qui peut attendre les jeunes garçons,
16:26les jeunes hommes dans des quartiers
16:29qui sont gangrénés par le trafic de drogue.
16:31C'est une préoccupation qu'ont beaucoup d'autres parents
16:34et mères de famille dans ces quartiers.
16:36C'est de se dire, voilà,
16:37est-ce que simplement par des connaissances,
16:40par des mauvaises fréquentations,
16:42mon garçon ne risque pas de tomber dans le trafic ?
16:45Et à cette peur d'une entrée dans la délinquance,
16:47s'ajoute celle de la simple mauvaise rencontre,
16:50rencontre fortuite,
16:51qui fait qu'on peut risquer de mourir
16:53simplement parce qu'on se trouve au mauvais endroit,
16:55au mauvais moment.
16:55On sait si beaucoup de familles ont déjà quitté
16:58les quartiers nord de Nantes victimes du narcotrafic ?
17:01Il y a des demandes régulières de relogement,
17:04oui, qui parviennent à Nantes Métropole Habitat.
17:07À Malakoff, j'ai rencontré, par exemple,
17:09une femme qui était en train de faire ses cartons,
17:12qui habitait pourtant depuis plus d'une dizaine d'années
17:15dans ce quartier par choix.
17:16Le narcotrafic a des répercussions sur les habitants,
17:20il y a des gens qui veulent déménager,
17:21et dans ce qui reste, il y a cette crainte
17:23que progressivement, les quartiers se changent en ghetto.
17:27Si tout le monde s'en va,
17:28c'est les narcotrafiquants qui gagnent.
17:34Christelle, quand tu es encore sur place en reportage,
17:36le mercredi 3 juin, dans le quartier Bottière,
17:39la police interpelle deux personnes.
17:41Oui, ce jour-là, il y a beaucoup, beaucoup de policiers
17:44qui tournent dans le quartier de façon très visible
17:47et assez inhabituelle, même s'il y a des rondes régulières.
17:50Là, on sent bien qu'il est en train de se passer quelque chose.
17:53On voit des fourgons stationnés à plusieurs endroits du quartier.
17:57On voit des policiers qui discrètement restent sous un porche
18:01d'un côté d'un bâtiment, puis de l'autre côté.
18:04Donc, sur le moment, on va voir les policiers,
18:06on leur demande ce qu'ils font.
18:07Évidemment, ils ne nous répondent pas de façon claire,
18:09mais on apprendra plus tard qu'il y a eu deux interpellations
18:12à ce moment-là, dans ce même quartier,
18:15de deux personnes qui sont suspectées d'être partie prenante
18:18dans la vague de règlement de compte
18:20qui a lieu en ce moment à Nantes.
18:22Et plus spécifiquement, ils sont soupçonnés
18:24d'avoir participé à l'enlèvement et la séquestration
18:27d'un jeune homme qui a été violenté toute une nuit
18:31dans une cave la veille de la mort de Théron.
18:34Théron, c'est ce jeune de 20 ans
18:36qui a été tué dans le quartier de Halvec le 26 mai.
18:40On soupçonne les ravisseurs d'avoir enlevé ce jeune homme,
18:45de l'avoir séquestré toute une nuit dans une cave,
18:48de l'avoir forcé à consommer de la cocaïne,
18:50de l'avoir battu et d'avoir mis tout ça
18:52sur les réseaux sociaux, sur Snapchat,
18:54comme une sorte de signature pour intimider,
18:57pour faire peur aux adversaires.
18:58Chez ces deux personnes qui ont été interpellées,
19:01ou plutôt dans des appartements
19:02qu'ils ont l'habitude de fréquenter,
19:04ont aussi été retrouvées des armes,
19:07au moins une arme de poing d'un calibre de 9 mm,
19:09calibre qui est le même
19:11que celui utilisé sur plusieurs des scènes de crime
19:16des dernières semaines.
19:19Tu rentres à Paris le lendemain, le jeudi 4 juin,
19:22et quelques heures plus tard,
19:23tu reçois une alerte.
19:25Oui, une quatrième victime est à déplorer
19:28dans cette série noire que connaît Nantes.
19:31Un jeune de 18 ans a été tué dans le quartier Bottière.
19:35Là, le jeune homme qui a été tué
19:37a été tué apparemment par une équipe de 6 personnes
19:40qui sont arrivées, alors pour certains en scooter,
19:43d'autres à pied.
19:44Ils n'ont laissé absolument aucune chance à leur victime.
19:47On ne sait pas ce que ce jeune majeur faisait dans le quartier.
19:50On ne sait pas encore qui il est.
19:51L'enquête se poursuit, mais en tout cas,
19:54les faits, encore une fois, se sont déroulés
19:56au milieu des habitants, à côté de la pharmacie,
19:58en plein jour, à midi.
20:16Merci Christelle Brigodeau.
20:18Cet épisode de Code Source a été produit
20:19par Thibaut Lambert et Clémentine Spiller.
20:23Réalisation, Julien Moncouquiol.
20:25Code Source est le podcast d'actualité du Parisien.
20:27Nous publions un épisode chaque soir de la semaine,
20:30du lundi au vendredi.
20:31N'oubliez pas, chaque samedi matin,
20:33Crime Story, présenté par Claudia Prolongeau
20:35et Damien Delsenie.
20:37Et puis, si vous aimez nos podcasts,
20:39n'hésitez pas à laisser un petit commentaire
20:40ou des notes des étoiles
20:42sur votre application préférée.
20:43Sous-titrage Société Radio-Canada
20:48Sous-titrage Société Radio-Canada
20:50Sous-titrage Société Radio-Canada
20:53Sous-titrage Société Radio-Canada
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