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22 ans après la disparition et le meurtre de Jonathan Coulom en 2004, Martin Ney, un tueur en série allemand baptisé par la police « l’homme en noir», est jugé à Nantes.
Récit. Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Judith Perret - Production : Barbara Gouy et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Photo : DR - Musiques : François Clos, Audio Network - Archives : INA.
Récit. Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Judith Perret - Production : Barbara Gouy et Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Photo : DR - Musiques : François Clos, Audio Network - Archives : INA.
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Un pédocriminel et tueur en série allemand est jugé en France depuis le 19 mai et jusqu'au 5 juin.
00:19Martine naît, comparée devant les Assises de Nantes pour l'enlèvement et le meurtre d'un enfant de 9 ans
00:24en 2004 à Saint-Brévin-les-Pins.
00:26Au réginaire du Cher, le petit Jonathan Coulon était en classe verte avec ses camarades quand il a été enlevé
00:33du dortoir en pleine nuit dans la nuit du 6 au 7 avril 2004.
00:38L'accusé, Martine naît, clame son innocence dans ce dossier.
00:43Codesources résume cette affaire aujourd'hui et raconte le début du procès avec Timothée Boutry, journaliste au service police-justice
00:52du Parisien.
00:52Il couvre depuis le début l'enquête sur l'enlèvement et le meurtre de Jonathan Coulon.
01:04Le mardi 19 mai s'ouvre à Nantes le procès de Martine naît, un pédocriminel allemand accusé de l'enlèvement
01:11et du meurtre du petit Jonathan Coulon,
01:139 ans à Saint-Brévin-les-Pins en Loire-Atlantique en 2004.
01:17Timothée Boutry, il est comment Martine naît quand il apparaît dans le box des accusés ?
01:22Il est très grand, il fait 1m96, ça fait 15 ans qu'il est en prison et ça ne se
01:27remarque pas.
01:27Il porte une veste en jean sur un pull noir, il a de la prestance, une certaine allure, une carrure
01:34et très vite on va voir qu'il s'exprime en allemand et ses propos sont traduits par des interprètes
01:39et avec des phrases particulièrement bien construites.
01:42Donc c'est quelqu'un qui quelque part présente bien quand il fait son entrée dans le box.
01:47Juste avant ce procès, vous avez pu interviewer l'une des sœurs du petit Jonathan Coulon
01:52qui tient à parler de lui pour que l'attention ne soit pas portée uniquement sur son tueur présumé.
01:56Oui, c'est effectivement le principe des procès d'assises, on se concentre sur la personnalité de l'accusé
02:01et là Laetitia Coulon dit qu'il faut d'abord rappeler que la victime c'est lui.
02:05Elle raconte que c'était un enfant gay, joyeux, qui avait plein de rêves tout l'avenir devant lui
02:09et elle décrit la famille, donc les sœurs de Jonathan, ses parents comme des victimes collatérales
02:16et qui attendent évidemment la justice et des réponses mais elle le dit elle-même, peut-être qu'on n
02:21'aura pas toutes les réponses.
02:25Alors à la fin de cet épisode, vous allez nous raconter le début de ce procès
02:28mais d'abord on va rappeler les faits et l'enquête.
02:31Je rappelle que vous avez été en reportage sur tous les lieux importants dans ce dossier.
02:35Tout commence dans la nuit du 6 au 7 avril 2004, le mercredi 7 avril 2004
02:41dans un centre de vacances de Saint-Brévin-les-Pins.
02:44Des enfants dorment là dans le cadre d'une classe verte.
02:47Oui, en fait Jonathan est scolarisé à Orval, dans le Cher, c'est là où il habite.
02:51Ils sont partis avec sa classe le 30 mars, donc ça fait pour une semaine qu'ils sont là.
02:57Jonathan est dans un dortoir avec quatre autres camarades
03:01et effectivement le matin, au réveil, les enfants constatent qu'il n'est pas là.
03:05Ses affaires sont là, on sait qu'il a donc disparu en pyjama et pieds nus.
03:10Des recherches sommaires sont effectuées mais très vite on constate qu'il n'est pas là
03:15et donc les encadrants appellent les gendarmes et l'enquête se met en route très rapidement.
03:19Et une précision importante qui est donnée dès le départ, Jonathan est décrit comme un garçon plutôt craintif.
03:24Oui, il est décrit comme assez timide, assez craintif, donc on n'imagine pas qu'il ait pu faire une
03:30fugue.
03:30Voilà, enfin, disons que très vite on se met à le rechercher et quand on ne le voit pas,
03:35assez rapidement on se doute qu'il y a quelque chose.
03:37Et même les gendarmes locaux ont vite la sensation que c'est quelque chose de grave
03:40et ils vont alerter leur hiérarchie, ce qui fait qu'un service spécialisé va se dépêcher très vite.
03:45Donc on prend la mesure de la gravité potentielle de cette disparition.
03:48L'alerte enlèvement, le dispositif est officiel depuis seulement quelques jours.
03:53Les parents de Jonathan savent que les premières heures sont cruciales...
03:56La disparition du petit Jonathan Coulomb fait la une de l'actualité
03:59et provoque une grande émotion dans toute la France.
04:02Vous, vous êtes envoyé un reportage à Orval dans le Cher, où vivait le petit Jonathan Coulomb.
04:07Oui, et je m'en souviens évidemment très bien, puisque je rencontre les grands-parents de Jonathan
04:12qui font part de ce détail assez incroyable, c'est qu'ils ont reçu le jour de la disparition de
04:17Jonathan
04:17une carte postale que leur va envoyer leur petit-fils, où il raconte sa classe verte,
04:22le fait qu'il a été visité le centre où on fait du sel, qu'il s'est fait des
04:26copains,
04:26qu'il a joué avec des grands, enfin voilà, une lettre d'enfant de 10 ans qui raconte sa vie
04:29en classe verte.
04:30Et là, ils sont évidemment rongés par l'angoisse, leur fille est allée sur place à Saint-Brévin
04:35pour suivre les opérations de recherche, et eux attendent évidemment d'avoir un signe
04:40et ils espèrent encore évidemment à ce moment-là retrouver Jonathan vivant.
04:44Dans les premiers jours de l'enquête, le père de l'enfant est suspecté,
04:48le père qui ne vit plus avec la mère.
04:51Les enquêteurs se demandent s'ils n'auraient pas voulu récupérer la garde de l'enfant,
04:54mais cette piste est formellement refermée.
04:56Des vérifications sont faites également auprès d'adolescents ou d'adultes
05:00que les enfants de la classe verte avaient rencontrés les jours précédents,
05:03vous venez de l'évoquer Timothée, là non plus ça ne donne absolument rien.
05:07Et très tôt, dès les premières semaines de l'enquête,
05:11des allemands, des policiers allemands s'intéressent à ces recherches.
05:14Oui parce qu'en fait, en Allemagne, les enquêteurs travaillent sur une série
05:17de meurtres et d'agressions sexuelles commis dans des sites type colonies de vacances,
05:23exactement comme pour Jonathan.
05:25Ils travaillent sur trois homicides, voire quatre, des homicides en 92, 95, 2001,
05:30et potentiellement un quatrième qui aurait été commis en 98, mais c'est moins certain.
05:36Donc des dizaines d'agressions sexuelles,
05:38et ils sont à la recherche de celui qu'ils ont baptisé l'homme en noir,
05:41puisque l'agresseur décrit par les victimes porte un masque, des gants,
05:46il est habillé en noir, et en fait, il va pratiquer des attouchements sexuels
05:50sur ces jeunes victimes, qu'il va en gros agresser alors qu'elles sont en train de dormir.
05:56Et à chaque fois, ce sont des garçons, des garçons prépubères qui ont entre 6 et 12 ans,
06:01donc on est sur la même tranche d'âge que Jonathan, le même mode opératoire.
06:06Et donc c'est pour ça que ces enquêteurs allemands, très rapidement,
06:09prennent attache avec les gendarmes français,
06:11et se rendent à Saint-Brévin pour les rencontrer, et pour échanger avec eux.
06:16Eux sont assez convaincus, à ce moment-là,
06:19que la personne qui a enlevé Jonathan est l'homme qu'ils recherchent en Allemagne.
06:23Mais d'un mot, à ce moment-là, ça ne donne rien.
06:26Les gendarmes français n'en font pas grand-chose.
06:27Ils entendent les Allemands, mais on sent que ça leur apporte pas grand-chose,
06:32puisqu'ils n'ont pas d'éléments qui permettraient de déclencher des axes d'enquête,
06:36donc ça ne va pas aller plus loin à ce moment-là.
06:39Et puis il y a aussi les témoignages des autres enfants.
06:40Oui, parmi les camarades de Chambray de Jonathan,
06:43il y en a au moins un qui dit qu'il a été réveillé pendant la nuit,
06:46et qu'il a aperçu un intrus, un homme qui se serait adressé à Jonathan
06:50pour lui demander s'il dormait.
06:51Il parle d'une lumière rouge, il indique qu'il pourrait être armé d'un couteau,
06:57et il en a parlé à ses autres camarades de chambre,
06:59il y en a d'autres qui ont des souvenirs un peu plus épars,
07:01mais effectivement peut-être d'une présence,
07:04ce qui accréditerait l'idée d'un enlèvement dans la chambre.
07:07Et par ailleurs, on constate que le lieu n'est pas du tout sécurisé,
07:13le grillage autour, il y a un endroit où il est affaissé,
07:16le portail n'est pas cadenassé,
07:18et la chambre où dormait Jonathan est la seule
07:20qui n'est pas fermée dans le bâtiment dortoir,
07:23parce qu'en fait la poignée était cassée.
07:24Donc Jonathan, dans cette chambre, dormait dans le premier lit en rentrant à droite,
07:28et on peut penser que c'est pour ça que c'est lui qui a été enlevé.
07:34Le corps qui a été retrouvé à Guérande est bien celui du petit Jonathan,
07:39puisque l'expertise génétique l'a démontré.
07:41Le 19 mai, le corps de l'enfant est découvert dans un étang,
07:45à 30 kilomètres du lieu de l'enlèvement,
07:47un corps ligoté, lesté par un parpaing.
07:50L'autopsie révélera que Jonathan a probablement été tué par étranglement.
07:55Timothée, une analyse du corps va longtemps entraîner les enquêteurs sur une fausse piste.
08:00Expliquez-nous ça.
08:00Oui, comme vous pouvez l'imaginer, avoir un corps, c'est très important.
08:03Bon, déjà, pour la famille, malheureusement, il n'y a plus d'espoir de retrouver l'enfant vivant.
08:08Mais pour les enquêteurs, c'est une piste de travail,
08:10puisque donc il va y avoir des expertises qui vont être faites sur le parpaing,
08:14sur les nœuds, sur la corde, mais aussi sur le corps de l'enfant, bien sûr.
08:18Et cette première analyse dit qu'il aurait été placé dans cet étang autour du 7 ou du 8 mai,
08:25ce qui signifie donc une période de séquestration d'un mois.
08:28Alors ça, c'est très important, parce que pour les gendarmes,
08:31forcément, c'est une piste locale qui semble s'imposer,
08:33puisqu'on est face à quelqu'un qui est capable d'avoir gardé l'enfant pendant un mois avant de
08:38s'en débarrasser,
08:39si je puis dire.
08:40Et donc, forcément, on va être sur quelqu'un qui a un logement et qui n'habite forcément pas très
08:45loin.
08:45C'est pour ça que la piste du mystérieux tueur en série allemand n'est pas privilégiée.
08:50Concernant la piste locale, malgré les nombreuses vérifications,
08:54notamment auprès des délinquants sexuels qui habitent dans la région,
08:57toutes ces auditions, tous ces actes d'enquête ne donnent rien pendant des années.
09:02Mais l'affaire est relancée en 2008 pour plusieurs raisons, Timothée Boutry.
09:07D'abord, une nouvelle expertise biologique de la victime.
09:10L'expertise va totalement réévaluer cette date en disant que, potentiellement,
09:14il a pu être immergé peu de temps après son enlèvement.
09:18Donc, ça change tout, évidemment.
09:21Et cette expertise est à mettre en relation aussi avec les témoignages des riverains de l'étang,
09:27puisque c'est un étang qui se trouve au bord d'un lieu d'habitation,
09:30qui, en fait, très vite dit qu'ils avaient repéré une masse,
09:33pardon, c'est le terme qu'ils ont employé à l'époque,
09:35bien avant le moment où on l'a sorti de l'eau.
09:38En fait, ils ne savaient pas du tout que c'était le corps d'un enfant,
09:40mais qu'ils avaient repéré quelque chose dans la mare.
09:42Et donc, ça correspond, sur les dates, avec une présence du corps de Jonathan beaucoup plus tôt.
09:48Et donc, on est beaucoup moins sur l'idée d'une séquestration.
09:51En 2008, il y a aussi une volonté des gendarmes de susciter, de provoquer de nouveaux témoignages.
09:56Un site internet consacré à l'affaire est même créé.
09:59Et cette année-là, un agriculteur de Saint-Molphe, une commune de la région de Guérande,
10:05contacte les autorités.
10:06Et ce qu'il a à dire est très intéressant.
10:08Peu de temps après la disparition de Jonathan, cet agriculteur indique qu'il a été troublé par le bruit d
10:15'une voiture
10:16qui s'engageait dans un chemin agricole à côté de sa propriété.
10:19C'est une impasse, donc il s'étonne.
10:21Il prend son tracteur pour suivre ce chemin.
10:24En fait, ce chemin mène à un étang.
10:26Et quand il arrive, il fait nuit à ce moment-là.
10:29Il constate qu'il y a un homme qui est à côté d'une voiture.
10:32Le coffre est ouvert et il constate qu'il y a une plaque d'immatriculation allemande.
10:37Et quand lui arrive, l'homme calmement referme le coffre, fait marche arrière et repart.
10:42Et donc, il fait part de cet élément aux gendarmes.
10:45Ce procès-verbal d'audition est évidemment intégré à l'enquête.
10:50Timothée Boutry, en Allemagne, dans l'affaire de l'homme en noir, cet homme soupçonné d'au moins trois meurtres
10:56et des dizaines d'agressions sexuelles,
10:57un suspect est arrêté le 13 avril 2011.
11:01Il s'appelle Martin Ney.
11:03C'est un travailleur social qui a grandi dans la région de Brême
11:08et qui a d'abord entamé des études scientifiques, de mathématiques,
11:13puis qui a bifurqué pour devenir éducateur
11:16et qui a travaillé pendant de nombreuses années dans le secteur de la petite enfance.
11:21Et au moment de son arrestation, il travaillait dans un centre de formation pour adultes.
11:25Et il reconnaît assez rapidement trois meurtres.
11:28Oui, en fait, dès sa deuxième audition, il indique qu'il est bien l'homme que les enquêteurs recherchent,
11:33l'homme en noir, le Schwarzmann, comme on dit en allemand.
11:35Et il décrit les trois homicides qu'il a commis, les agressions sexuelles qu'il a perpétrées,
11:40à chaque fois la nuit, dans des lieux clos.
11:43Et donc, très rapidement, il s'épanche et donne des détails sur les crimes qu'il a commis.
11:48Et le mode opératoire de ce meurtre fait écho à l'enlèvement et au meurtre de Jonathan Coulon ?
11:52Oui, puisque pour les trois homicides qu'il reconnaît,
11:56à chaque fois, ce sont des enfants qui ont été enlevés dans des centres d'hébergement
12:01et qui l'a emmenés avec lui et dont les corps ont été retrouvés à un autre endroit.
12:07Soit à un kilomètre et demi, soit à 250 kilomètres.
12:11Ça fait écho, évidemment, à Jonathan, qui a été enlevé à Saint-Bré-Vernepin
12:16et dont le corps a été retrouvé à 30 kilomètres à Guérande.
12:19Et ces trois victimes ont également été étranglées.
12:23Et selon l'autopsie, Jonathan est également mort par strangulation.
12:27Je vous le disais, en titre de la police,
12:29pourrait progresser dans l'élucidation de la mort du petit Jonathan en avril 2004,
12:33en Loire-Atlantique.
12:34Un homme a en effet été arrêté en Allemagne.
12:36Il s'agit d'un ancien éducateur qui a déjà avoué le meurtre de trois enfants.
12:41En Allemagne, Martinet est reconnu coupable de ces trois meurtres.
12:44En avril 2012, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
12:49Timothée Boutry, l'enquête sur l'enlèvement et le meurtre de Jonathan,
12:53bascule en 2017 avec les confessions d'un ancien co-détenu de Martinet.
12:58Oui, cet homme contacte les enquêteurs allemands
13:01pour dire qu'il a reçu les confessions de Martinet, son co-détenu,
13:06et qu'il lui dit qu'il est très autonné de ne pas avoir été arrêté
13:10pour trois meurtres en Amérique du Sud, en Belgique et en France.
13:14Et il s'étonne parce qu'il dit qu'il a laissé des indices,
13:17qu'il a notamment oublié un sac en France,
13:20et aussi qu'il a été repéré par un homme avec son chien
13:24et il ne comprend pas pourquoi il n'a pas été arrêté.
13:26Et l'agriculteur de Saint-Molphe qui avait témoigné,
13:28qui avait vu cette voiture avec le coffre ouvert, une plaque allemande,
13:32il avait un chien.
13:33Dans son témoignage, il indique que son berger allemand
13:35avait assisté à la scène, qu'il avait aboyé.
13:38Et en fait, cette information-là n'avait jamais été dévoilée dans la presse.
13:42Donc, évidemment, pour les enquêteurs, ça fait tilt.
13:46Martine Ney dit « Je m'étonne de ne pas avoir été arrêté
13:49parce que j'ai été surpris par un homme avec un chien ».
13:51Or, dans le dossier, on a depuis plusieurs années le témoignage d'un homme
13:54qui a aperçu une voiture suspecte avec son chien.
13:57Autre élément qui relie Martine Ney à l'affaire.
14:00Dans ce dossier, les enquêteurs ont retrouvé un message informatique
14:03écrit par Martine Ney en avril 2004.
14:07Message très troublant.
14:09Oui, en fait, c'est une série de messages
14:10qui sont publiés sur un forum internet de pédophiles.
14:14En fait, c'est un endroit où Martine Ney lui-même dit
14:16qu'il peut échanger librement et parler de sa déviance sexuelle.
14:19Donc, on est là vraiment peu de temps après l'enlèvement de Jonathan.
14:22Et il dit « Il faudrait vous intéresser à l'homme en noir ».
14:27L'homme en noir, c'est lui, il le reconnaîtra.
14:30Qui a encore frappé, cette fois en France,
14:32avec son rythme tous les trois ans.
14:34Et il poste sur ce forum un lien vidéo vers un reportage
14:39sur la disparition de Jonathan.
14:41Alors qu'à ce moment-là, la piste allemande
14:44et la visite des enquêteurs allemands en France
14:46n'a pas encore été évoquée.
14:48Donc, on est vraiment sur quelque chose qui intrigue
14:50beaucoup les enquêteurs et le juge d'instruction.
14:52Pourquoi Martine Ney, si tôt, évoque cette piste
14:55alors qu'on est encore dans le flou total à ce moment-là
14:58sur les circonstances de la disparition de Jonathan ?
15:00Timothée Boutry, ce message où il est anonyme
15:03et il parle à d'autres correspondants pédophiles mais anonymes aussi,
15:06ça ressemble presque à des aveux
15:08vu qu'on sait que c'est lui l'homme en noir.
15:09Pour le juge d'instruction, c'est incriminant.
15:13C'est de nature à le renvoyer devant une cour d'assises
15:15et lui dit, ben non, voilà, je suis ce qui se passe, ça m'intéresse,
15:20je connais l'histoire de l'homme en noir et pour cause, c'est moi,
15:22mais ça ne veut absolument pas dire que c'est moi le responsable,
15:25mais juste, je fais état de la disparition de cette enfance
15:28et des informations publiques et ça ne me relie pas du tout à cet événement.
15:33Martin Ney a été mis en examen pour le meurtre de Jonathan Coulon en 2021.
15:37Dans ce cadre-là, il a été remis temporairement à la France
15:40et entendu plusieurs fois par le juge d'instruction.
15:44Martin Ney jure qu'il n'a aucun lien avec la mort du petit Jonathan, c'est ça ?
15:48Oui, alors là, c'est vraiment constant.
15:50Dès le départ, dès qu'est évoqué le cas de Jonathan,
15:54que ce soit en Allemagne ou là encore plus en France,
15:56il nie totalement toute implication.
15:59Il dit qu'il ne s'est pas rendu en France, pas à cet endroit-là,
16:02qu'il ne parle pas français, qu'il n'est absolument pas lié à cette histoire
16:05et il indique qu'il a d'ailleurs un alibi
16:08puisque au moment de la disparition,
16:11sa carte bancaire effectue un retrait à Hambourg, donc en Allemagne
16:15et que forcément, il ne peut pas être celui qui est allé dans la nuit
16:20enlever Jonathan dans sa chambre.
16:22D'ailleurs, il dit mais sur les crimes en Allemagne,
16:24je les ai reconnus immédiatement, j'ai donné des informations,
16:28j'ai avoué tout ce que j'avais à avouer
16:30et là vraiment, Jonathan, ce n'est pas moi.
16:35Timothée Boutry, on en vient au début de ce procès,
16:38procès qui s'ouvre donc le 19 mai devant les Assises de Nantes.
16:41Lui, il reste sur la même position ?
16:44Oui, dès le départ, la présidente lui demande
16:46quelle est votre position, c'est assez classique au début d'une audience
16:49et il dit, j'ai avoué des faits, je me suis expliqué,
16:54mais en ce qui concerne les faits concernant Jonathan,
16:57je ne les ai pas commis.
16:58Et il parle ouvertement du fait qu'il est pédophile,
17:01qu'il est attiré sexuellement par des garçons prépubères.
17:04Oui, il indique que très vite, il a eu cette attirance,
17:08qu'au départ, même pour des enfants à la crèche,
17:12et qu'à 16 ans, il a fixé son attirance sexuelle
17:15pour cette catégorie d'enfants
17:17et qu'il le dit lui-même, je n'ai pas cherché à être pédophile.
17:20Le problème, c'est qu'il est passé à l'acte
17:23et que cette déviance n'est pas juste restée,
17:26si je puis dire, dans son esprit,
17:27mais que ça s'est traduit en acte
17:29par des agressions sexuelles, des homicides.
17:32Et il indique qu'il a eu un petit peu une sexualité
17:36avec des hommes adultes
17:37dans le cadre de relations stado-masochistes,
17:40où il était soumis, précise-t-il,
17:42mais que sinon, vraiment, son attirance sexuelle
17:44est durablement fixée sur les garçons prépubères.
17:48Vous l'avez évoqué tout à l'heure,
17:49Martinet a travaillé en tant qu'animateur de colonies de vacances,
17:52également en tant que travailleur social,
17:54pendant une vingtaine d'années,
17:56sans faire l'objet d'aucune plainte, d'aucun signalement.
17:59Visiblement, il pouvait aussi se montrer professionnel
18:02avec les enfants dont il s'occupait, c'est ça ?
18:04Il avait deux visages ?
18:05Il était même extrêmement professionnel.
18:07On est sur une personnalité totalement clivée,
18:10puisque ses employeurs louent à la fois sa fiabilité
18:13et sa capacité à gérer le stress.
18:16Et il était effectivement très apprécié,
18:19bon élément.
18:20Il a travaillé dans différentes structures d'accueil d'enfants
18:23où il n'a jamais posé de problème, au contraire.
18:27Timothée Boutry, comme à chaque fois,
18:28le procès commence par ce qu'on appelle l'examen de personnalité.
18:31Qu'est-ce qu'on apprend sur lui et son enfance ?
18:34Sa mère est infirmière.
18:36Son père, en fait, va rapidement disparaître du paysage.
18:39Il est alcoolique.
18:40Quant à sa mère, il décrit un comportement ambivalent.
18:42À la fois une mère attentive, maternante,
18:46mais qui pouvait aussi être très autoritaire,
18:49cassante, un peu humiliante.
18:51Et il dira lui-même qu'il a manqué d'affection,
18:53mais qu'on ne peut absolument pas lier cette histoire
18:56à ce qui s'est passé ensuite.
18:58C'est un élève qui était brillant,
19:01qui a eu son bac,
19:02qui a commencé des études supérieures
19:04et qui a eu un diplôme pour devenir éducateur.
19:06Donc c'est quelqu'un qui a quand même suivi
19:08un chemin très structuré.
19:10Timothée Boutry,
19:10est-ce qu'il explique pendant le procès
19:12pourquoi il a réussi aussi à se montrer
19:15professionnel et correct avec des enfants ?
19:17Parce qu'en fait, le souci de Martinet,
19:19c'était de ne pas se faire arrêter.
19:20Et en fait, il y avait la journée l'éducateur parfait
19:25et la nuit l'homme noir qui assumait ses pulsions.
19:28Et donc, il n'avait absolument aucun intérêt
19:30à les agresser pour pouvoir continuer
19:32cette vie d'agresseur la nuit
19:34et d'éducateur à apprécier la journée.
19:36Et il a reçu l'agrément pour être famille d'accueil.
19:39Il s'est occupé d'un garçon pendant des années
19:41et il jure qu'il ne l'a pas violé.
19:43Oui, en fait, il va accueillir cet enfant
19:45alors qu'il n'est âgé que de 12 ans.
19:47Et il indique qu'il est attiré sexuellement
19:50par ce garçon.
19:51Mais il jure qu'il n'y a pas eu de relation sexuelle
19:53avec lui.
19:54En revanche, à l'enquêtrice de personnalité,
19:56il a pu parler de cette relation
19:58comme d'une relation amoureuse.
20:00Et il a parlé aussi de relation de couple.
20:02Et il dit, bah oui, c'est vrai,
20:04on dormait ensemble parfois dans le même lit.
20:07On aimait se réveiller côte à côte.
20:08Mais c'est lui qui voulait.
20:10C'est lui qui souhaitait ça.
20:11Martinet, quand tu demandes,
20:12mais quand même, c'est troublant.
20:13La présidente lui dit, mais à ce moment-là,
20:15vous avez déjà tué,
20:17vous agressez sexuellement,
20:18il vous accueille à un enfant.
20:19Il dit, oui, j'avais envie de développer
20:21une relation père-fils.
20:23Et c'est ça qui me motivait à l'époque.
20:25Et ce garçon devenu un jeune homme
20:26souffre aujourd'hui de graves problèmes psychiques.
20:29Il n'a pas souhaité témoigner
20:30dans le cadre de ce procès.
20:32Timothée Boutry, Martinet,
20:33s'est occupé d'un autre garçon.
20:35Oui, il s'occupe d'un autre enfant
20:36qui est sept fois âgé de 9 ans.
20:38En fait, c'est un des pensionnaires
20:39du foyer où il travaille.
20:41Et il indique que, très vite,
20:43il a été attiré sexuellement
20:45par ce petit garçon.
20:47Et il dit que c'était un des plus jeunes.
20:48Donc, il allait le coucher,
20:49il lui lisait des histoires
20:50et qu'au bout d'un an,
20:52alors là encore,
20:53il se déresponsabilise
20:55puisqu'il dit que l'initiative
20:56est venue du petit garçon
20:57qui a pris sa main,
20:59qu'il a posé sur son sexe
21:00et que ça a commencé comme ça.
21:01Et ensuite, là,
21:02il va y avoir des agressions sexuelles
21:03pendant plusieurs années.
21:05Et lui, une nouvelle fois,
21:07parle de cette relation
21:08comme d'une histoire amoureuse.
21:10Il a emmené cet enfant
21:12en vacances avec son frère.
21:14Il est d'ailleurs allé
21:14dans une maison de vacances
21:15où il avait tué
21:16une de ses précédentes victimes.
21:18Donc là encore,
21:19ça sidère la cour
21:20qui dit, mais quand même,
21:21comment c'est possible ?
21:22Vous dites que vous occultez vos crimes
21:23et vous retournez sur les mêmes lieux.
21:25Il dit, bah non,
21:26ça prouve justement
21:27que j'avais occulté
21:27puisque je suis capable
21:28de retourner à un endroit
21:29où j'ai tué quelqu'un.
21:31Donc, on est quand même
21:31sur une personnalité
21:33extrêmement particulière,
21:34extrêmement perverse.
21:35Et cette séquence
21:36sur la personnalité de Martinet
21:38elle nous éclaire quand même
21:40sur un profil
21:41très très particulier
21:42d'accusé.
21:43Comment réagit la présidente
21:44de la cour d'assises
21:44quand il semble rendre responsable
21:46les enfants
21:47de ce que lui a fait
21:48en réalité ?
21:49Elle s'agace un peu.
21:50Elle dit, non mais
21:50on a l'impression
21:51que vous n'avez aucun regard critique
21:52sur ce qui s'est passé.
21:54Vous dites que c'est eux
21:55qui avaient ce désir
21:56mais est-ce que ce n'est pas
21:57plutôt vous
21:57qui avez projeté
21:59cette sexualité
22:00sur ces jeunes garçons ?
22:01Et là, elle dit, non, non,
22:03tout le monde sait
22:03dans le secteur
22:04de la petite enfance
22:05qu'à cet âge-là
22:06les enfants ont des demandes
22:08ont des désirs
22:08et là, la présidente
22:10est désabusée
22:11elle dit, oui,
22:11mais enfin, on verra
22:12avec les psychologues
22:13ce que c'est que la sexualité
22:13d'un enfant de 10 ans.
22:15Donc, elle est vraiment
22:16dans à la fois
22:17la sidération
22:18de la juxtaposition
22:20des deux personnalités
22:21je m'occupe d'enfants
22:22la journée
22:23mais en même temps
22:23je suis capable
22:24d'agresser la nuit
22:24et je rends responsable
22:26les enfants
22:27des agressions sexuelles
22:27que je commets.
22:28Martinet, quand il dit tout ça
22:29il a quelle attitude ?
22:30Il est comment ?
22:31En fait, Martinet
22:32il a le même comportement
22:34tout le temps
22:35il fait des phrases
22:36longues, élaborées
22:37avec un vocabulaire soutenu
22:39il est dans la réflexion
22:41il est très posé
22:42surtout, sa voix
22:42ne varie jamais
22:43il n'y a pas d'intonation
22:45il n'y a pas d'énervement
22:46il n'y a pas d'accablement
22:48c'est quelqu'un
22:48qui s'exprime
22:49qui est très naturel
22:51qui est vraiment
22:51très décomplexé
22:52dans l'exposition
22:54de sa déviance
22:54de sa pédophilie
22:55de, oui, bah
22:56à ces ans
22:57je savais que j'étais attiré
22:58par les enfants prépubères
22:59aussi, la présidente
23:00elle va raconter
23:01par le menu
23:02ses homicides
23:03ses agressions
23:04il écoute ça
23:05pas de manifestation particulière
23:07et il va en parler
23:08assez librement
23:08Est-ce qu'on sait
23:09pourquoi il a tué
23:10au moins trois de ses victimes ?
23:12Lui, il indique
23:12que c'est parce qu'il craignait
23:14d'être dénoncé
23:15et qu'à ce moment-là
23:17il n'a pas eu d'autre choix
23:17que de tuer ses victimes
23:18à noter que
23:19l'une des trois
23:20il l'a emmenée
23:21dans sa maison de vacances
23:23il a passé plusieurs jours
23:24avec lui
23:24il l'a emmenée à la plage
23:26il a fait des excursions
23:27et au bout de plusieurs jours
23:29se rendant compte
23:30que ça ne pouvait pas durer
23:31il est arrivé par derrière
23:33et il l'a étranglé
23:34Timothée Boutry
23:35depuis sa détention
23:36Martinet s'est investi
23:38dans la foi chrétienne
23:39Oui, il est devenu très croyant
23:42il le dit
23:42il croit en Dieu
23:43il participe à des groupes
23:44de discussions bibliques
23:46au sein de la détention
23:48et il dit
23:49d'ailleurs
23:50c'est pour ça
23:50que je ne recommencerai pas
23:52et après on dit
23:53oui, enfin bon
23:53ça ne veut rien dire
23:54on a déjà vu des gens
23:55qui avaient la foi
23:56qui commettaient des agressions
23:57et qui pouvaient même réitérer
23:59il dit non, non, pas du tout
24:00puisque maintenant
24:01je réponds devant Dieu
24:03plus que devant les hommes
24:04et donc nécessairement
24:06je ne peux pas commettre
24:07de nouveaux actes criminels
24:08On rappelle que dans cette affaire
24:09Martinet est présumé innocent
24:11et qu'il n'y a aucune preuve
24:13de sa présence
24:14sur les lieux du crime
24:16Timothée Boutry
24:17est-ce qu'on sait
24:18comment la famille
24:19de Jonathan Coulon
24:20vit ce début d'audience ?
24:22C'est évidemment très important
24:23parce qu'il y a eu
24:2422 années d'attente
24:2522 années de souffrance
24:26après ce drame
24:27ils sont confrontés
24:28à l'homme qui est accusé
24:30et ils découvrent
24:30sa personnalité
24:31pour le moins glaçante
24:33ils sont très solidaires
24:34donc il y a les parents
24:35de Jonathan qui sont là
24:36et une de ses soeurs
24:37qui sont assises côte à côte
24:38ils sont aussi épaulés
24:39par une bénévole
24:41et on sent
24:41une très grande solidarité
24:43j'ai pu m'entretenir
24:45quelques instants
24:46à une pause
24:46avec le père de Jonathan
24:47qui me dit
24:48voilà
24:48ce qui nous sauve
24:49c'est cette proximité
24:50et puis que
24:51quand il y en a un
24:51qui ne va pas bien
24:52on le repère tout de suite
24:53et on s'entraide
24:54les uns les autres
24:55et c'est ça
24:56qui fait notre force
24:57et c'est vrai que
24:58ça se ressent
24:59dans la salle
24:59de la Cour d'Assise
25:06Merci Timothée Boutry
25:08Code Source
25:08et le podcast quotidien
25:10du Parisien
25:10cet épisode a été produit
25:12par Clara Garnier-Amourou
25:13et Thibaut Lambert
25:14réalisation
25:16Julien Moncouquiol
25:17si les affaires criminelles
25:19vous intéressent
25:19le Parisien propose
25:20chaque semaine
25:21un podcast consacré
25:22aux faits divers
25:23Crime Story
25:24chaque samedi matin
25:25Crime Story
25:26présenté par
25:27Claudia Prolongeau
25:28et Damien Delsen
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