- il y a 6 heures
Des scènes de violence débridée sont survenues tout au long du week-end, en marge de la mobilisation massive contre la « vie chère ». Des fauteurs de trouble se sont mêlés aux cortèges pacifiques pour briser des vitrines, incendier du mobilier ou piller des commerces. En face, les forces de polices ont été rapidement débordées.
Direction de la rédaction : Nicolas Charbonneau - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Thibault Lambert, Judith Perret, Antoine Gueguen-Georgeais - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Photo : Benjamin ELKAIM/MAXPPP - Musiques : François Clos, Audio Network.
Direction de la rédaction : Nicolas Charbonneau - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Thibault Lambert, Judith Perret, Antoine Gueguen-Georgeais - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Photo : Benjamin ELKAIM/MAXPPP - Musiques : François Clos, Audio Network.
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le gouvernement annonce des mesures d'urgence pour les 3000 commerces touchés par les violences, dégradations et pillages déplorés en
00:17marge des manifestations du 17 octobre.
00:20Le chef du gouvernement, Sébastien Lecornu, a annoncé ce lundi 19 octobre un fonds de soutien spécifique pour ces commerçants.
00:28La mobilisation pour dénoncer notamment la vie chère a été forte.
00:32Les cortèges ont rassemblé en France au total 550 000 personnes d'après le ministère de l'Intérieur et 800
00:39000 d'après les organisateurs.
00:41Mais en marge des cortèges qui ont défilé dans le calme de l'ensemble, il y a eu de nombreuses
00:46violences urbaines dans plusieurs grandes villes de France, Paris, Lyon, Marseille ou encore Limoges.
00:51Les forces de l'ordre ont été dépassées par le nombre de casseurs et de pilleurs.
00:55Cote Source revient aujourd'hui sur les violences du 17 octobre à Paris avec deux reporters du Parisien qui étaient
01:02sur place, Elsa Marie et Paul Abran et l'un de nos spécialistes police-justice, Jean-Michel Descugis.
01:18Autour de la place de la République à Paris, les russes embrassent à nouveau.
01:23Une barricade enflamme au cœur de Paris et des charges de CRS.
01:27350 interpellations pour la seule journée d'hier et pour la nuit qui vient de se passer dans la capitale
01:33à Paris.
01:34Paul, tu as travaillé tout le week-end avant, pendant et après cette mobilisation marquée par des violences d'une
01:40rare intensité à Paris.
01:42Le samedi matin d'abord, tu es où et qu'est-ce que tu vois ? Comment les commerçants notamment
01:46se préparent à cette journée ?
01:47Certains font le choix de se protéger avant même l'événement.
01:51Je me rends notamment sur des grandes artères, en particulier les Champs-Elysées,
01:56qui sont habituées aux scènes de liesse, aux manifestations, aux grands événements populaires et sportifs.
02:02Et là, on voit des grandes barricades.
02:04Ce sont des palissades en bois ou des devantures métalliques qu'on visse sur les vitrines.
02:08C'est le cas aussi dans le quartier de Saint-Lazare et sur les grands boulevards.
02:11On voit énormément d'enseignes, de prêt-à-porter, de sport, etc. protéger leurs vitrines.
02:17Qu'est-ce que tu fais ensuite ?
02:18Ensuite, moi, j'ai pour consigne de me diriger vers la place de la République,
02:22où le cortège est annoncé en début d'après-midi.
02:25Mais des premiers échauffourés surviennent plutôt dans le nord de Paris.
02:29Donc, je prends la direction de la rue du Faubourg-Saint-Denis,
02:32où il y a un premier rassemblement de manifestants très en colère, de l'ultra-gauche.
02:37Ils entourent un groupe de CRS.
02:39Il y a des slogans anti-gouvernement, anti-policiers.
02:43Le groupe, c'est la police, c'est tout !
02:47Le groupe, c'est la police, c'est tout !
02:50Et ça commence à chauffer un peu,
02:51jusqu'à ce que les forces de l'ordre utilisent une première fois du gaz lacrymogène dans toute la rue.
02:56Il est seulement 10 heures,
02:58et c'est le début des tensions qui vont durer 48 heures.
03:03Tu vas ensuite place de la République.
03:05Là, qu'est-ce que tu vois à partir de la mi-journée, on va dire ?
03:07On sait que la manifestation est annoncée pour 14h, 14h30.
03:11Moi, je décide d'y aller dès midi,
03:13parce qu'on voit sur les réseaux sociaux que la place de la République se remplit déjà énormément.
03:18J'arrive à midi pile,
03:19et j'observe en effet qu'il y a énormément de monde.
03:22Alors, beaucoup de gens qui arrivent ici pour manifester pacifiquement.
03:25C'est la majorité, d'ailleurs, des personnes qui sont présentes sur place.
03:29Et rapidement, on a une place de la République un peu scindée en deux.
03:33Une partie, si j'ose dire, bonne enfant,
03:36avec tout public, toute génération, des familles.
03:39On chante, on danse, il y a des slogans, il y a des pancartes, mais ça se passe bien.
03:43Et de l'autre côté, on est derrière la statue de la République,
03:46qui sera d'ailleurs très endommagée.
03:47On a des groupes plus en colère,
03:50auxquels se greffent des délinquants d'opportunité.
03:53Des jeunes individus qui sont là juste pour en découdre avec les forces de l'ordre.
03:58Et c'est le début de 4, 5, 6 heures de tensions
04:01et d'échanges de projectiles entre les uns et les autres.
04:06Concrètement, qui lance quoi ?
04:07Concrètement, on a ce public de casseurs
04:11qui va utiliser tout ce qu'il trouve sous sa main.
04:15Ça peut être des poubelles, des morceaux de mobilier urbain qui seront cassés,
04:20des marches de la place de la République en béton
04:22et le socle de la statue de la République qui seront cassés soit à coups de marteau,
04:26soit en prenant une pierre à côté pour taper ce patrimoine parisien.
04:31Et donc tout ça va servir de projectiles en direction des forces de l'ordre
04:34qui, elles, vont riposter évidemment avec énormément de capsules de gaz lacrymogènes
04:40qui vont se répandre sur toute la place de la République.
04:42C'est une odeur très irritante à base de piment,
04:46ça pique les yeux, ça arrache la gorge, c'est très violent.
04:49Et ce qu'on appelle des grenades assourdissantes
04:51qui font un bruit, presque le bruit d'une explosion
04:53et elles seront utilisées à répétition.
04:56C'est impressionnant, on ne sait pas vraiment jusqu'à où l'escalade peut prendre.
05:00On voit que les forces de l'ordre multiplient les charges sur les groupes,
05:04des individus qui sont mis au sol.
05:07Et cette pluie, vraiment c'était une pluie, je voyais des tirs,
05:10des fois 10, 15 capsules de lacrymogènes qui arrivaient en plein milieu de la place.
05:14Ça provoque des mouvements de foule, donc c'est plutôt ça qui est assez saisissant,
05:17c'est quand d'un coup vous voyez des groupes de centaines de personnes,
05:20essentiellement jeunes, qui se mettent à courir dans tous les sens.
05:23C'est ça qui est assez impressionnant et saisissant.
05:28Ensuite, un peu plus tard dans l'après-midi,
05:29des scènes de pillage éclatent dans plusieurs endroits du nord de Paris.
05:33Oui, alors ce qu'il faut déjà bien distinguer, c'est qu'on a toujours deux publics très différents.
05:37On a les manifestants qui sont là pour leurs revendications tout à fait légitimes,
05:42qui se sont regroupés place de la République et qui vont se diriger à plusieurs endroits,
05:46place de Clichy, ce qui était le tracé officiel autorisé par la préfecture de police,
05:50et direction Bastille-Nation de l'autre côté.
05:53En dehors de ces groupes qui sont largement majoritaires,
05:57on parle de dizaines, voire centaines de milliers de personnes,
05:58il y a donc ces petits groupes d'individus qui sont là juste pour casser, piller,
06:04et c'est là qu'ils vont entrer dans la partie, si j'ose dire,
06:07on est plutôt en fin d'après-midi, il est 16-17 heures passées,
06:11et c'est là qu'on va vraiment entrer dans une autre phase de cette journée du 17 octobre,
06:16dans une phase de chaos, où tout le nord de Paris,
06:19en particulier les arrondissements de Paris-Centre,
06:22donc premier, deuxième, troisième, quatrième arrondissement,
06:24le dixième, le onzième arrondissement également,
06:28vont être le théâtre de scènes de pillage dans les commerces de la capitale,
06:33de l'alimentaire, des pharmacies, on a vu des centres d'esthétique,
06:37des agences immobilières, tout a été retourné, vandalisé, saccagé,
06:41aucun commerce n'est épargné.
06:43Toi, tu as vu des scènes de pillage comme celle-ci ?
06:45J'observe des forces de l'ordre absentes ou complètement débordées
06:49par rapport à tous ces groupes de jeunes qui commencent vraiment à retourner la capitale,
06:54donc il y a ces feux que je vois, je prends pas mal de vidéos de ces feux de fortune,
06:58et je commence à voir des jeunes à l'aide de pieds de biche,
07:02ou simplement de leurs pieds, de leurs mains,
07:04ou des cailloux trouvés au sol, des parpaings, fracasser des vitrines.
07:09Je vois ce bar tabac dans une rue adjacente du boulevard Sébastopol,
07:12qui se fait complètement retourner, sa vitrine est brisée, fracassée,
07:16je vois des individus rentrer à l'intérieur et tout prendre ce qu'il y a sur ses étagères,
07:20dans sa caisse, et cette scène-là va se répéter des centaines de fois
07:24dans tout type de commerce dans la capitale.
07:28Il y a eu des groupes qui ont essayé de se rapprocher de l'Elysée ?
07:31Oui, à la fois des manifestants qui n'étaient pas dans un esprit de violence,
07:35et aussi des groupes qui voulaient s'en prendre à l'institution numéro une en France,
07:40qui est le palais de l'Elysée,
07:42et donc là convergent des cortèges vers le 8e arrondissement,
07:46qui étaient extrêmement sécurisés évidemment,
07:48mais tout autour du palais de l'Elysée,
07:51dans les rues adjacentes,
07:53on a des attroupements, des regroupements d'individus très très en colère,
07:58et plusieurs boutiques, encore une fois, du 8e,
08:03notamment la rue Saint-Honoré,
08:05qui va essuyer énormément de dégâts,
08:07des scènes qui vont durer toute la fin de journée,
08:10jusque tard dans la soirée.
08:14Elsa, toi aussi tu étais Place de la République quand tout a commencé,
08:17raconte-nous ce que tu as fait ensuite.
08:19Alors je suis sortie du cortège,
08:20et j'essaie d'aller à la fin de la manifestation,
08:22et à ce moment-là, je me rends compte qu'il y a des milliers et des milliers de personnes
08:26dans la rue,
08:27et que finalement la manifestation, elle n'en finit pas,
08:30qu'elle est partout, dans toutes les rues,
08:32bien au-delà de la Place de la République.
08:34J'essaie de rentrer chez moi,
08:35pour pouvoir écrire mon article,
08:38je me rends compte très vite qu'il y a des scènes de chaos,
08:40en fait dans les rues, entre République et Réomur-Sébastopol.
08:43À ce moment-là, il est à peu près 15h,
08:45je ne vois aucun policier, aucun CRS,
08:48je comprends tout de suite que la police est dépassée,
08:50et je vois en fait des feux de poubelle très impressionnants,
08:54une sorte de chaos,
08:55comme si finalement les manifestants avaient pris la rue.
08:57Il y a beaucoup de gens aussi qui s'en vont,
08:59qui étaient venus manifester pacifiquement,
09:01et qui sont dégoûtés, et qui s'éloignent.
09:03C'est vraiment la majorité qui était venue pacifiquement manifester.
09:07Et j'arrive en fait à rejoindre mon domicile,
09:11et au premier état, je vais assister à des scènes absolument dingues,
09:14où pendant des heures et des heures,
09:15il va y avoir des affrontements au niveau du monoprix
09:18de la station Réomur-Sébastopol,
09:19entre les émeutiers et entre le CRS,
09:22qui vont même reculer de plusieurs dizaines de mètres,
09:25parce qu'effectivement, ils sont fortement pris à partie.
09:27Je vois par exemple des centaines de jeunes qui arrivent,
09:30qui se cachent derrière un camion de pompiers pour progresser
09:32et s'en prendre à la police.
09:34Les CRS qui lancent des grenades assourdissantes,
09:37qui tirent au LBD, mais qui finissent par reculer.
09:40On sent qu'ils sont complètement acculés.
09:41Des jeunes qui arrivent à décrocher des conteneurs à verre,
09:44vous savez là où on met en fait ces bouteilles,
09:46et qui les font rouler, qui les envoient en fait
09:49sur les forces de l'ordre qui sont dépassées.
09:51Je vois une jeune femme perdre connaissance
09:54et se faire sortir d'urgence,
09:56alors qu'elle est inanimée par des émeutiers,
09:58qui ne font que revenir vers les policiers,
10:00courir et revenir comme un jeu du chat et de la souris.
10:03Je vois aussi trois médecins en blanc, je pense du SAMU,
10:06qui se tiennent en fait les épaules
10:08et qui progressent comme dans une guérilla urbaine affolée.
10:11Beaucoup de violence, des pavés, des tirs de grenades.
10:15Plusieurs heures, et en fait c'est assez frappant
10:17parce que je suis en train d'écrire mon article
10:18et ça explose dans tous les sens,
10:20comme si en fait on était dans une guerre.
10:25Les pillages se poursuivent pendant de longues heures
10:28jusque tard dans la nuit.
10:29Elsa, tu as pu recueillir plusieurs témoignages
10:31sur cette soirée très dure pour les commerçants touchés.
10:34Par exemple, témoignage de Sandrine
10:36qui travaille dans un grand café de la Place de la République.
10:39Je vais voir Sandrine, elle me dit
10:40« ça a été l'enfer, j'ai cru que j'allais mourir ».
10:42D'un coup, elle me dit
10:44« je me retrouve avec des émeutiers
10:45qui essayent en fait de casser nos vitres ».
10:47On ferme les portes en urgence
10:49avec évidemment une peur terrible
10:51et en fait on se retranche dans la cave
10:54avec un autre responsable et deux autres serveurs
10:56en attendant que l'orage passe.
10:59Sauf qu'au-dessus du plafond,
11:01ils entendent des piétinements.
11:02Donc ils se disent
11:03« en fait ça y est, les casseurs sont rentrés,
11:05ils ont pris notre café ».
11:07À ce moment-là, elle me dit
11:08« en fait il faut que je remonte ».
11:09Je lui dis « mais c'est très dangereux,
11:11pourquoi vous voulez remonter à ce moment-là ? »
11:12Parce qu'elle me dit
11:13« en fait le gaz est allumé
11:14et s'il y a une étincelle,
11:15tout l'immeuble va flamber
11:17et à ce moment-là, elle pense aux voisins ».
11:18Et elle remonte
11:19sauf qu'en fait il n'y a personne
11:21et elle me dit
11:22« en fait ces piétinements,
11:23ce n'était pas dans son établissement,
11:26en fait c'était des piétinements
11:27dans un autre magasin
11:28qui était en train d'être pillé
11:30juste à côté ».
11:31Et elle me dit
11:31« par la fenêtre,
11:32je vois cette scène surréaliste,
11:34tout est blanc,
11:35comme s'il avait neigé ».
11:36Donc ça, ce sont les gaz lacrymogènes.
11:38Les émeutiers,
11:39ils progressaient dans ces gaz lacrymogènes
11:41comme si ça ne leur faisait rien
11:42parce qu'ils étaient extrêmement équipés
11:44avec notamment des lunettes de piscine aussi,
11:47des masques de ski,
11:48des respirateurs.
11:49Elle me dit
11:50« c'est comme si c'était des insectes
11:52qu'on n'arrivait pas à éradiquer ».
11:53Autre témoignage,
11:55celui de Mohamed,
11:56un père de famille marocain
11:57qui travaille dans le cinéma.
11:58Il a essayé de raisonner des émeutiers
12:00rue du Faubourg Saint-Antoine.
12:02Oui, en fait,
12:03il est au cinquième étage chez lui,
12:05il voit des scènes de chaos,
12:06des jeunes qui s'apprêtent à piller
12:07un magasin en bas de chez lui
12:09et là, il se dit
12:09« c'est pas possible,
12:10je ne peux pas laisser faire ».
12:11Il dévale les escaliers,
12:12il descend cinq étages
12:13et il essaye en fait
12:14de se mettre en travers des jeunes
12:15en leur disant
12:16« arrêtez, arrêtez,
12:17ce que vous faites,
12:18ça va nous porter préjudice
12:19et ça va se retourner contre nous
12:20aux élections présidentielles ».
12:22Il pense évidemment à ce moment-là
12:23à la montée de l'extrême droite
12:24sauf que personne ne l'écoute.
12:27Il décrit des émeutiers déterminés,
12:29les yeux fous de rage
12:31et il me dit
12:31« tout de suite j'ai compris
12:32que je ne pouvais rien faire
12:33et que si je continue
12:35à me mettre en travers d'eux,
12:37eh bien j'allais me faire fracasser la figure ».
12:40Par contre, il a pris la décision, lui,
12:41d'envoyer tout de suite ses enfants
12:42le lendemain à la campagne
12:43parce qu'il ne veut pas
12:45qu'ils assistent à ces scènes de chaos.
12:47Le lendemain matin,
12:48le dimanche matin à l'aube,
12:49Paul vers 6h,
12:50tu fais un tour de Paris à vélo
12:52pour constater les dégâts.
12:53Dans l'ensemble, tu vois quoi ?
12:55Alors moi, j'habite plutôt
12:56dans le sud de Paris,
12:57donc je monte sur mon vélo
12:59un peu avant 6h du matin,
13:01je traverse le 15e,
13:02le 7e arrondissement.
13:03Ce qui est déjà frappant,
13:04c'est qu'il y a deux paris.
13:05La rive gauche a été complètement épargnée,
13:07la rive droite saccagée.
13:09Je commence par l'avenue Montaigne
13:11où je sais que la veille au soir,
13:13certaines boutiques ont été ciblées
13:15par les casseurs,
13:16et notamment l'enseigne Céline
13:17qui a été complètement saccagée
13:20et pillée.
13:21Les casseurs ont réussi
13:21à rentrer à l'intérieur
13:23et voler toutes les pièces
13:25de maroquinerie de luxe.
13:26Je descends ensuite
13:27les Champs-Elysées
13:28où on dénombre
13:29une quarantaine
13:30d'enseignes
13:31qui ont essuyé
13:32des coups
13:32sur leurs vitrines.
13:33On voit les impacts,
13:35les fracas
13:36dans les vitres.
13:37Mais globalement,
13:38toutes les grandes boutiques
13:39de la célèbre
13:40Arterre parisienne
13:41ont résisté,
13:43si ce n'est
13:43l'enseigne Salomon
13:45qui a été ouverte
13:46par les casseurs.
13:47Et ensuite,
13:47tu vas plus au nord de Paris ?
13:49Oui,
13:49je retourne là
13:50où j'étais la veille au soir,
13:51c'est-à-dire
13:52dans le quartier
13:52du Faubourg Saint-Denis,
13:54des grands boulevards,
13:55le boulevard Sébastopol.
13:56Clairement,
13:57j'observe un carnage.
13:58Il y a des...
13:59Je ne peux pas les compter,
14:00des centaines de boutiques
14:01qui sont éventrées,
14:02pillées,
14:03le verre explosé au sol,
14:04la marchandise
14:05qui jonche les rues
14:07partout,
14:07de l'alimentaire,
14:09des emballages.
14:10C'est vraiment des scènes
14:11que des passants
14:12me décriront
14:12au petit matin,
14:13mais d'apocalypse en fait.
14:14Et je vois
14:14tous ces agents
14:15de la propreté,
14:16il y en a mille
14:16qui ont été déployés
14:17ce week-end,
14:18ce qui est trois fois plus
14:18que d'habitude,
14:19qui sont déjà
14:20à pied d'œuvre
14:21au petit matin
14:22pour ramasser
14:24cette quantité astronomique
14:25de débris,
14:26calcinés
14:26et de déchets
14:28partout dans Paris.
14:31Dans le 11e arrondissement,
14:33tu vois que tout a été volé
14:34dans plusieurs boutiques
14:35proches de République.
14:36Des boutiques
14:37qui vendent
14:37des jeux vidéo,
14:38des consoles,
14:39des figurines de manga,
14:40d'animés
14:41ou encore des cartes Pokémon
14:42dont certaines valent
14:43plusieurs milliers d'euros.
14:45Oui, ça fait partie,
14:46il y en a beaucoup,
14:47mais des tristes histoires
14:48de ce week-end
14:50des 17 et 18 octobre.
14:52Moi, je vais à la rencontre
14:53en effet
14:53de ces boutiques
14:55du Haut boulevard Voltaire.
14:56Vraiment,
14:56on est à 50 mètres
14:58de la place de la République.
14:59Un secteur
15:00qui est réputé
15:01pour accueillir
15:02depuis plusieurs décennies,
15:04environ une trentaine d'années,
15:06des boutiques spécialisées
15:07dans le monde
15:08de la pop culture,
15:09des boutiques
15:09qu'on va nommer
15:10Geek.
15:11Elles vendent des figurines
15:12en effet,
15:14des cartes de collection
15:15et je vais à la rencontre
15:17des gérants
15:18qui sont là
15:18pour constater les dégâts.
15:19Ils ont été complètement pillés,
15:21il n'y reste plus rien
15:22dans leur boutique.
15:23Ils parlent de 20 ans
15:24de passion
15:25et de collection
15:25qui ont disparu
15:26presque en un claquement de doigts,
15:28des préjudices
15:29qui ne sont pas encore établis
15:30mais qui montent
15:31jusqu'à un demi-million d'euros
15:32par boutique.
15:33On parle de cartes Pokémon
15:34aujourd'hui
15:35dont la valeur ajoutée
15:36est inestimable.
15:38C'est des biens,
15:39de la pop culture,
15:40des produits
15:40qui sont extrêmement recherchés,
15:42extrêmement rares
15:43et qui valent parfois
15:45plusieurs milliers d'euros
15:46pour une seule carte.
15:47Eux, ils ont tout perdu
15:49en l'espace de quelques heures
15:50samedi soir
15:51et ils étaient,
15:52pourtant les gérants
15:53étaient là
15:53mais ils étaient impuissants
15:55face à ces dizaines
15:56d'individus
15:57qui se servaient
15:58gratuitement
15:58dans leur commerce.
15:59Et un co-gérant
16:00de plusieurs boutiques
16:01de ce type,
16:02un associé,
16:03t'explique qu'il ne pourra
16:04sans doute pas
16:05continuer son activité.
16:06Ce monsieur,
16:07Laurent, il s'appelle,
16:08me raconte que lui,
16:10il avait 17 ans
16:11quand il est arrivé
16:11sur le boulevard,
16:12il en a aujourd'hui 48,
16:13il est à la tête
16:14avec des associés
16:15de plusieurs boutiques
16:17pop culture
16:18et là,
16:19il m'explique
16:20qu'il avait même prévu
16:22d'ouvrir une nouvelle boutique
16:23juste à côté
16:23quelques jours plus tard,
16:25qu'il l'avait remplie
16:27de cartes de collection
16:28collectées depuis
16:28deux à trois ans,
16:30des cartes extrêmement rares
16:32de sport,
16:32de Pokémon
16:33et d'autres licences
16:34de pop culture
16:35et que tout est parti
16:36et là,
16:37il me le dit clairement,
16:39il me dit
16:39avec la quantité
16:40de marchandises perdues
16:41et qu'il ne retrouvera jamais,
16:42je le sais déjà,
16:43je ne rouvrirai pas.
16:47De son côté,
16:48Judith Perret,
16:49la reporter de Côte-Source,
16:50a rencontré Nadia,
16:51salariée d'une agence immobilière
16:53du 11e arrondissement.
16:54Son agence a été squattée
16:56toute la nuit.
16:58Ils ont commencé à pied,
16:59il me semble,
16:59vers 17h,
17:01on a les caméras
17:01branchées en direct.
17:03Ils sont restés
17:04dans l'agence
17:05jusqu'au petit matin.
17:07Les pilleurs
17:07sont restés sur place,
17:09dans la cuisine,
17:10assis,
17:11fumer des cigarettes,
17:12brûler les canapés,
17:13vous avez dû,
17:14enfin,
17:14voilà,
17:14dehors.
17:16Que vous dire de plus ?
17:18Dégout,
17:19rage,
17:20voilà.
17:20Et les dégâts,
17:21c'est à peu près quoi ?
17:22Les dégâts,
17:23les dégâts sont matériels.
17:26Heureusement que tout le monde
17:27a pu être évacué hier.
17:29Les dégâts sont essentiellement matériels,
17:32mais c'est une agence
17:33qui a trois ans,
17:34donc je laisse imaginer,
17:36les ordinateurs,
17:37enfin,
17:37tous nos outils de travail.
17:38Voilà,
17:39c'est une enceinte
17:39qui a été rachetée
17:41il y a trois ans.
17:42On sort tout juste
17:43la tête de l'eau,
17:44on arrive en pleine crise
17:46et on nous remet la tête
17:47dans l'eau.
17:48Voilà,
17:48c'est juste un dégout.
17:49On a voulu faire quelque chose
17:50à notre image,
17:51à l'image de la boîte.
17:53C'est horrible,
17:53c'est un état de guerre.
17:55Voilà.
17:56Dans le même quartier,
17:58Christophe,
17:58un opticien
17:59qui travaille ici
18:00sur le boulevard Voltaire
18:01depuis une trentaine d'années,
18:03raconte le cauchemar
18:04qu'il a vécu.
18:05Il n'a plus rien
18:07aujourd'hui dans sa boutique.
18:08Moi,
18:09je m'étais réfugié
18:09au premier étage.
18:10J'ai entendu
18:11qu'ils commençaient
18:12à casser la vitre
18:13et rentrer dans le magasin.
18:15Mais avant,
18:16ils étaient déjà rentrés
18:17dans plein de boutiques autour.
18:19Et la police
18:20n'a pas été là
18:20de toute la journée
18:21et jusqu'à jamais
18:22puisqu'on ne les a jamais vus.
18:23Donc,
18:24on s'est sentis vraiment
18:25désarmés
18:26et abandonnés.
18:27Quel a été le bouton ?
18:29Ils ont tout volé ?
18:30Ça s'est passé comment ?
18:31Oui,
18:31ils sont rentrés
18:32par la petite porte
18:33et ils ont tout pris,
18:35tout ce qu'il y avait
18:36dans la boutique.
18:37Enfin,
18:37toutes les lunettes.
18:38Aujourd'hui,
18:39vous vous réparez,
18:40vous êtes à plusieurs,
18:41des amis,
18:41des commerces ?
18:42C'est des amis voisins,
18:44clients
18:45qui m'aident
18:45à faire du bricolage
18:47en attendant demain
18:48qu'on me pose
18:49quelque chose
18:49de plus sécurisé.
18:51Et vous avez pu appeler
18:52vos assurances
18:52ce jour de jour ?
18:53L'assurance est fermée
18:54aujourd'hui,
18:54donc je l'aurai demain
18:55au téléphone,
18:56j'espère.
18:57Et j'attends la police
18:59pour qu'il fasse
18:59un relevé d'empreintes,
19:00en fait.
19:01Vous vous sentez comment
19:02là,
19:0224 heures après ?
19:03Un peu dégoûté.
19:07Je ne sais pas quoi vous dire.
19:10Le maire de Paris,
19:11Emmanuel Grégoire,
19:12est venu à la rencontre
19:13des commerçants sinistrés,
19:14Paul,
19:15et en résumé,
19:16il leur a promis
19:17de tout faire
19:17pour essayer
19:18de faciliter
19:19les démarches administratives.
19:20Oui,
19:21alors il n'a pas
19:21de baguette magique
19:22entre ses mains,
19:23mais il a voulu
19:24se montrer présent
19:25auprès des commerçants
19:26de la capitale
19:26dès les heures
19:27qui ont suivi
19:28ces scènes de pillage.
19:29Il a d'abord fait
19:29un grand tour
19:30de la capitale
19:31et en plus
19:32de cette déambulation
19:33au plus près
19:34des acteurs économiques
19:36de Paris,
19:37il a fait
19:38des premières annonces,
19:39c'est-à-dire
19:40la constitution
19:40d'une cellule de crise
19:42avec tous les acteurs
19:42du milieu,
19:43une ambition
19:44de faciliter aussi
19:45toute leur démarche
19:46administrative
19:47et de pousser
19:47auprès du gouvernement
19:48pour obtenir
19:49des indemnisations
19:51le plus rapidement possible.
19:53Il y a aussi
19:53beaucoup de témoignages
19:54de solidarité
19:55des parisiennes
19:56et des parisiens
19:56envers leurs commerçants
19:57comme Nanou
19:59qui est venue
19:59participer au déblayage
20:01des déchets.
20:01Il y a tout le monde
20:02qui est un peu en détresse
20:03donc on est là
20:05pour aider,
20:06on est quelques personnes
20:07là,
20:07on est une dizaine,
20:08douzaine,
20:09donc on essaye
20:10de faire de notre mieux.
20:11Expliquez-moi,
20:11vous avez quoi un peu
20:12dans vos mains ?
20:13Vous avez des sacs ?
20:13Il y a quoi dedans ?
20:14Il y a des sacs,
20:15des gants,
20:16des pelles,
20:16des sacs poubelles.
20:18Quand on trouve
20:18des déchets,
20:19on essaie de les prendre,
20:21de les ramasser
20:21et puis de les mettre
20:22sur les...
20:23Vous voyez là à côté
20:25pour que les voiries
20:27puissent les récupérer après.
20:29Ça a été une évidence
20:30pour vous,
20:30vous de venir ici,
20:32vous n'êtes pas dit
20:32oh non,
20:33quelqu'un d'autre le fera ?
20:34Ah non,
20:35non,
20:35c'est une évidence
20:36parce qu'on est là pour ça,
20:38on aime aider
20:39et puis c'est pas que pour nous,
20:41c'est vraiment pour la France
20:42et qu'il n'y a pas
20:43que des gens qui détruisent,
20:44il y a aussi des gens
20:45qui font les biens à côté
20:47et qui sont en train
20:48de construire aussi.
20:51Dans ce podcast,
20:52on se concentre
20:53sur ce qu'il s'est passé
20:54à Paris
20:54mais les violences
20:55ont touché
20:55plusieurs grandes villes
20:57notamment Limoges
20:58où la mairie,
20:59un édifice du 19e siècle
21:00a été ravagé
21:01par un incendie volontaire.
21:03A Lyon,
21:03une antenne
21:04de l'office du tourisme
21:05a été saccagée
21:06et incendiée.
21:07La mairie de Marseille
21:08a été investie
21:09par des manifestants
21:10et en partie saccagée.
21:11Marseille
21:12où il y a eu
21:12des centaines
21:13de commerces dévalisés.
21:14la préfecture
21:15des Bouches-du-Rhône
21:16parle de
21:1730 000 pilleurs.
21:19Jean-Michel,
21:19toi tu es spécialiste
21:20police-justice
21:21aux Parisiens.
21:22Pourquoi les forces de l'ordre
21:23n'ont pas pu
21:24prévenir ces pillages ?
21:26Les forces de l'ordre
21:26savaient qu'il y allait
21:27y avoir des pillages.
21:28Les renseignements
21:29territoriaux
21:30avaient alerté
21:31sur ces pillages.
21:32Le problème,
21:33c'était l'ampleur
21:35des pillages
21:36et le nombre
21:37de casseurs.
21:39Les renseignements
21:40territoriaux
21:40avaient bien ciblé
21:42les risques.
21:43L'ultra-gauche
21:44le matin
21:45qui fait un appel
21:47d'air
21:47aux jeunes des quartiers
21:49dans l'après-midi,
21:50ça s'était identifié
21:51avec une conjonction
21:53de violences
21:53entre l'ultra-gauche
21:55et les jeunes des quartiers.
21:56Maintenant,
21:57ce qui n'avait pas été
21:58déterminé
21:59et sous-estimé,
22:00c'est l'ampleur
22:01des dégâts,
22:03l'ampleur
22:03des membres
22:04d'ultra-gauche
22:05qui allaient venir
22:06saccager Paris.
22:07Mais quand même,
22:07sur le renseignement,
22:08pourquoi les renseignements
22:09territoriaux
22:10n'ont pas mesuré
22:11l'ampleur du 17 octobre ?
22:13L'élément nouveau,
22:13c'est TikTok.
22:14TikTok,
22:15c'est-à-dire
22:15qu'énormément
22:16de gens
22:17qui sont venus
22:18manifester samedi
22:19et cassés
22:20ont été motivés
22:22par des messages
22:23qui sont passés
22:23sur TikTok,
22:24etc.
22:24Et ça,
22:25les ERT
22:26n'ont pas mesuré
22:27et qui est très difficilement
22:29mesurable.
22:29Parce qu'on ne sait pas,
22:31en fait,
22:31vous avez plein de jeunes
22:32qui ont décidé
22:33d'aller manifester,
22:35voire cassés,
22:36dans la matinée
22:37du samedi.
22:38C'était quelque chose
22:39de totalement spontané
22:40et d'imprévisible
22:42avec les outils actuels.
22:44Donc,
22:44il va falloir
22:45prendre en compte
22:46ce nouveau processus,
22:48c'est-à-dire
22:49aller sur TikTok,
22:50comprendre,
22:51essayer de mesurer
22:52l'ampleur
22:53que peuvent avoir
22:54ces messages
22:55qui vont comme ça
22:55monter la sauce.
22:56Et visiblement,
22:57dans l'après-midi,
22:58les policiers
22:58ont manqué
22:59de munitions,
23:00c'est ça ?
23:00Les policiers
23:00ont manqué
23:01de munitions
23:01parce que,
23:02évidemment,
23:03les dispositifs
23:04de sécurité
23:04étaient sous-dimensionnés.
23:06Il n'y avait pas
23:07assez de policiers
23:08dans les rues
23:10en France.
23:11À partir du moment
23:11où on se trompe
23:12sur l'ampleur
23:14des manifestants,
23:15des casseurs,
23:16des pilleurs,
23:17ensuite,
23:17le dispositif policier
23:19ne peut pas être
23:20adéquat.
23:20Le rapport de force
23:21étant défavorable
23:22aux forces de l'ordre,
23:23ils ont utilisé
23:23énormément
23:24de munitions,
23:25de grenades
23:26et, évidemment,
23:27il n'y avait plus
23:27de grenades.
23:29Et tu m'as expliqué
23:30aussi,
23:30en préparant ce podcast,
23:32que beaucoup de forces
23:32de l'ordre
23:33étaient mobilisées
23:33pour protéger
23:34l'Elysée,
23:35Matignon et certains ministères,
23:37ce qui a accaparé
23:38une partie
23:39des moyens policiers.
23:40Le bilan
23:41du 17 octobre
23:42est lourd.
23:43À Paris,
23:43un manifestant est mort
23:44suite à un malaise.
23:45Il a succombé
23:46à un arrêt
23:47cardio-respiratoire
23:48d'après la préfecture.
23:49On n'en sait pas plus
23:50à l'heure qu'il est.
23:51D'après le gouvernement,
23:52un millier de policiers,
23:54gendarmes et sapeurs-pompiers
23:55ont été blessés.
23:56Il y a eu près
23:57de 2400 interpellations
23:59à travers la France,
24:003000 commerces touchés.
24:02Les dégâts
24:02vont se chiffrer
24:03en centaines
24:04de millions d'euros
24:05et il y a eu
24:06de nouvelles violences
24:07à Paris le dimanche soir,
24:08notamment Place de la République
24:09et dans le quartier
24:10des Halles.
24:11Toujours le dimanche soir,
24:13à 20h,
24:13le président Emmanuel Macron
24:15a pris la parole
24:16de l'Elysée.
24:17Mes chers compatriotes,
24:18je m'adresse à vous
24:19ce soir
24:19dans un moment
24:20d'une extrême gravité.
24:21Pas d'annonce concrète,
24:22mais il a tenu
24:23un discours de fermeté
24:24à l'égard
24:25des pilleurs
24:25et des casseurs.
24:27Ceux qui ont détruit
24:28doivent payer.
24:28Ceux qui ont pillé
24:30doivent rembourser.
24:31Ceux qui ont cherché
24:32à faire tomber
24:32la République
24:33auront à en répondre.
24:37Jean-Michel,
24:37le lundi 19 octobre,
24:39le ministre de l'Intérieur,
24:40Laurent Nunez,
24:41a remis sa démission
24:42au président
24:43qu'il a refusé,
24:44sans doute
24:45pour assurer
24:45une continuité.
24:47Mais clairement,
24:48le ministre de l'Intérieur
24:49est montré du doigt
24:50aujourd'hui.
24:50C'est le fusible.
24:52Vous savez,
24:53il y a 10 années en arrière,
24:54j'avais interviewé
24:55Charles Pasquois
24:56qui était ministre
24:56de l'Intérieur.
24:57Et il m'avait dit
24:58une chose,
24:59c'est que quand on est
25:00ministre de l'Intérieur,
25:01quand on se lève le matin,
25:02on ne sait pas
25:02si on sera encore
25:03ministre de l'Intérieur
25:04le soir.
25:05Le ministre de l'Intérieur,
25:06c'est le poste
25:07le plus exposé
25:09de la République.
25:10Le ministère de l'Intérieur
25:11récolte
25:12tout ce qui va mal
25:14ailleurs.
25:15Donc,
25:15quand il y a un problème
25:16dans l'éducation,
25:17ça finit dans la rue
25:17et là,
25:18c'est pour le ministre
25:19de l'Intérieur,
25:20etc.
25:20Donc là,
25:21il est le fusible idéal.
25:23Je pense qu'il en sursis.
25:25Tout dépendra maintenant
25:26des prochaines manifestations.
25:28Là,
25:29on sait que le 24,
25:30il y a un appel
25:31sur les réseaux,
25:32déjà.
25:32Donc,
25:33ça sera,
25:33à mon avis,
25:34le 24,
25:34ça sera déterminant
25:35ce qui se passera.
25:37Elsa,
25:37il y a quelques jours,
25:38tu as fait une enquête
25:39pour le Parisien
25:39sur la jeunesse française,
25:41sur les étudiants
25:42et ce qui frappe,
25:43c'est la noirceur
25:44des témoignages
25:44que tu as recueillis
25:45dans l'ensemble.
25:46En fait,
25:47ils ont des revendications
25:48semblables à celles
25:49des lycéens
25:50mais avec des problèmes
25:51d'adultes en plus,
25:53un loyer à payer,
25:54des factures
25:55et aussi un avenir
25:57qu'ils ne savent pas
25:58appréhender.
25:59il y a une peur
25:59terrible du futur.
26:01Ils me disent,
26:02on a l'impression
26:02qu'on va tout droit
26:04et très vite
26:05dans un mur
26:06et quand je rencontre
26:07ces jeunes,
26:08ils ont plein de revendications.
26:09Il y a à la fois
26:10le problème dans les facs
26:11où certains n'ont pas de chaise,
26:13pas de table
26:13pour s'asseoir,
26:14pour étudier.
26:14Il y en a d'autres
26:15qui me racontent
26:16qu'ils sont en proie
26:18à des dépressions
26:18parce qu'il y a
26:19trop de pression.
26:20Il y a Parcoursup
26:21pour les étudiants,
26:23il y a l'équivalent
26:24qui est mon master
26:24avec justement,
26:26ils ont l'impression
26:26qu'il y a des algorithmes
26:27qui décident
26:28de leur avenir
26:29pour passer en master.
26:31Il y a aussi des bourses
26:32qui sont insuffisantes
26:33et en fait,
26:34on se retrouve
26:34avec des jeunes
26:35qui portent
26:36des sacs à dos
26:36de souffrance
26:37et c'est très inquiétant
26:39parce qu'en fait,
26:39on sent que c'est
26:40une accumulation
26:42de stress
26:43et effectivement,
26:44je trouve que ce sont
26:45des jeunes
26:45qui sont très en souffrance
26:46et ils ne sont pas là
26:47ces étudiants
26:48seulement pour soutenir
26:49leurs petits frères lycéens.
26:51On sent que c'est
26:52toute une jeunesse
26:52à ce moment
26:53qui se révolte
26:54contre un monde incertain.
26:56Il y a aussi
26:56une question économique.
26:57Beaucoup d'étudiants
26:58vivent avec très peu d'argent.
26:59Tu cites par exemple
27:00une étudiante
27:01qui a calculé
27:02qu'elle n'a qu'une vingtaine
27:03d'euros par mois
27:03pour se nourrir.
27:04Elle raconte que des fois
27:05en fin de journée,
27:06elle a des étourdissements
27:07tellement elle a faim,
27:08clairement.
27:09Elsa,
27:10les jeunes manifestants
27:11avec qui tu as échangé,
27:12est-ce qu'ils condamnent
27:13les violences,
27:13les pillages
27:14ou bien est-ce qu'ils
27:15les cautionnent
27:16ou est-ce qu'ils les comprennent ?
27:17Oui, alors je rencontre
27:18ces manifestants
27:21vers 13-14 heures
27:22place de la République.
27:23Quand je les interroge,
27:24il n'y a pas eu encore
27:25tous ces pillages
27:26qu'on a vus à la télé.
27:27Mais il y a déjà
27:27des grosses tensions
27:29avec un incendie
27:30très important
27:31d'un kiosque
27:32qui fait que la foule
27:33est obligée de reculer.
27:35À ce moment-là,
27:35ce qu'ils me disent,
27:36c'est qu'ils savaient
27:37qu'il y aurait des violences.
27:38Les jeunes,
27:38vraiment,
27:39me le répètent,
27:40ils savaient
27:40qu'il y aurait des tensions,
27:41qu'il y aurait des affrontements.
27:42D'ailleurs,
27:43ils sont très équipés.
27:44Tout le monde a des lunettes
27:45de ski
27:45ou des lunettes de piscine.
27:47Mais ils ne cautionnent pas
27:48ces violences.
27:49Ils les comprennent,
27:50mais ils ne les valident pas
27:51parce qu'ils disent
27:52que pour eux,
27:52ce n'est pas la solution
27:54pour se faire entendre.
28:14Merci à Elsa Marie,
28:16Paul Abran
28:16et Jean-Michel Descugis.
28:17Cet épisode de Code Source
28:19a été produit par
28:20Antoine Guéguin-Georget
28:21et Thibault Lambert.
28:22Reportage de Judith Perret,
28:24réalisation Julien Moncouquiol.
28:26Code Source
28:27est le podcast quotidien
28:28d'actualité du Parisien.
28:30Pour suivre l'information
28:31en temps réel,
28:32rendez-vous sur
28:33leparisien.fr
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