- il y a 12 heures
Nicolas Sarkozy sera jugé à partir du 6 janvier dans l’affaire des soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Code source revient sur cette affaire dans un podcast en deux épisodes. Il est raconté par Timothée Boutry, journaliste au service police-justice du Parisien.
Crédits.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clara Garnier-Amouroux et Pénélope Gualchierotti - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network
Archives : France 2 et TF1.
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00:01Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Nicolas Sarkozy, jugé du 6 janvier au 10 avril dans l'affaire du financement présumé libyen de sa campagne électorale
00:18victorieuse en 2007.
00:20L'enquête a duré 10 ans, l'ancien président répond de corruption, recel de détournement de fonds publics, financement illégal
00:28de campagne et association de malfaiteurs.
00:31En résumé, la justice ne le soupçonne pas d'enrichissement personnel, mais d'avoir reçu des fonds secrets de la
00:37Libye de Kadhafi pour financer sa campagne électorale.
00:41Depuis le début, Nicolas Sarkozy se dit totalement innocent et dénonce, je cite, « une fable ».
00:47Codesources résume cette affaire en deux épisodes, le premier aujourd'hui, avec Timothée Boutry, journaliste au service police-justice du
00:55Parisien.
00:55Il suit ce dossier depuis le début.
01:05Le procès des soupçons de financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 va durer trois mois, du
01:126 janvier au 10 avril.
01:13Timothée Boutry, plusieurs anciens proches de Nicolas Sarkozy, comparaissent à ses côtés.
01:19Deux anciens ministres, Brice Hortefeux et Éric Wörth, et son ancien bras droit à l'Elysée, Claude Guéant.
01:25Est-ce que vous pouvez nous les présenter ?
01:26Brice Hortefeux, c'est vraiment son frère politique. Il a accompagné toute sa carrière.
01:31Il a notamment été secrétaire d'État à l'immigration et il a été aussi ministre des collectivités territoriales de
01:38Nicolas Sarkozy.
01:39Donc c'est vraiment un trait proche. Quant à Claude Guéant, c'est un profil moins politique à l'origine.
01:44C'est un haut fonctionnaire, un grand commis de l'État, qui a été son directeur de cabinet au ministère
01:50de l'Intérieur,
01:50qui a été son secrétaire général à l'Elysée quand il était présent de la République.
01:54Alors ensuite, il a bifurqué vers la politique puisqu'il est également devenu ministre de l'Intérieur.
02:00C'est vraiment lui aussi le plus proche collaborateur de Nicolas Sarkozy pendant toute sa carrière politique.
02:06Enfin, Éric Wörth, qui est issu de l'UMP, dont il était un des dirigeants, il s'est aujourd'hui
02:12rallié à Emmanuel Macron.
02:14Il était effectivement proche de Nicolas Sarkozy par affinité politique et il a également été au gouvernement, notamment au budget.
02:21Il a eu cette responsabilité.
02:22Si Éric Wörth est impliqué dans cette affaire, c'était en tant que trésorier de la campagne présidentielle de 2007.
02:29Le 18 décembre, Nicolas Sarkozy a été définitivement condamné à un an de prison ferme, trois ans dont deux ans
02:36avec sursis, dans l'affaire Bismuth.
02:38Un dossier qu'on appelle aussi l'affaire des écoutes, qu'on a déjà raconté dans Code Source.
02:42Et suite à cette condamnation, il va devoir porter un bracelet électronique.
02:46Oui, en fait, la condamnation était déjà tombée.
02:49Elle était condamnée en première instance et en appel.
02:51Et en fait, il avait fait ce qu'on appelle un pourvoi en cassation.
02:54C'est un peu la tentative de la dernière chance où la Cour de cassation n'étudie pas le fond
02:58de la ferme et la forme et voit si, en gros, le procès s'est déroulé selon les règles et
03:02la loi a bien été appliquée.
03:03Son pourvoi a été rejeté, c'est-à-dire que la Cour de cassation considérait que son procès en appel
03:07était déroulé dans les règles.
03:08Et donc, sa condamnation est devenue totalement définitive.
03:12Et donc, elle va devoir s'appliquer.
03:13Et la Cour d'appel avait immédiatement aménagé sa peine d'un an de prison ferme sous Brasse Electronics.
03:19Il y a un délai de quatre mois pour faire appliquer la mesure.
03:22Donc, cette perspective-là, elle est certaine.
03:26Dans ce podcast en deux épisodes, on va résumer l'affaire du financement présumé libyen de la campagne de Nicolas
03:32Sarkozy en 2007.
03:33Et par souci de clarté, on va reprendre les choses dans l'ordre chronologique, mais en parlant d'éléments révélés
03:40plus tard par l'enquête judiciaire.
03:42Bien avant la présidentielle 2007, à l'automne 2005, Nicolas Sarkozy est un ministre de l'Intérieur médiatique qui ne
03:50cache pas ses ambitions.
03:51Début octobre 2005, il doit faire une visite ministérielle en Libye sur le thème de l'immigration clandestine.
03:57Et quelques jours avant, entre le 30 septembre et le 2 octobre 2005, le bras droit de Nicolas Sarkozy, Claude
04:04Guéant, est à Tripoli avec un certain Ziad Takedin.
04:08D'un mot, qui est Ziad Takedin ?
04:10Alors Ziad Takedin, c'est un franco-libanais, c'est un homme d'affaires, c'est ce qu'on appelle
04:14un intermédiaire.
04:15En fait, sa spécialité, c'est de monnayer, assez chèrement d'ailleurs, ses relations dans plusieurs pays, notamment du Moyen
04:22-Orient,
04:23pour permettre à des entreprises de finaliser des contrats, des gros contrats.
04:27Et donc, lui, sur ses contrats, il met en relation les personnes qui sont susceptibles de décider et les entreprises,
04:33et il perçoit de jute aux commissions là-dessus.
04:34Alors, c'est quelqu'un qui est donc bien introduit en Libye, mais c'est aussi quelqu'un qui a
04:40été impliqué dans plusieurs affaires judiciaires.
04:47Claude Guéant, donc le bras droit de Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur, et Ziad Takedin, sont à Tripoli du
04:5330 septembre au 2 octobre 2005,
04:55et ils rencontrent le chef des renseignements extérieurs de Libye, un homme qui s'appelle Abdallah Senoussi.
05:01Ce n'est pas un ami de la France.
05:02Ce n'est pas un ami de la France, et on pourrait dire que ce n'est pas vraiment un
05:06ami des droits de l'homme, de la liberté, de la paix et de la sécurité.
05:10Cet homme a été condamné en France, par contumas, c'est-à-dire en son absence, à la réclusion criminelle
05:15à perpétuité,
05:16pour son rôle dans l'attentat du DC-10 d'UTA, qui s'est produit en 1989, sur un avion
05:21de cette compagnie française en Afrique.
05:24L'attentat a fait 170 morts, dont 54 Français.
05:27C'est évidemment un traumatisme national, et donc on sait que l'alibi du régime de Muammar Kadhafi était derrière
05:35cet attentat,
05:36et Abdallah Senoussi a été reconnu par la justice française, directement appliqué dans cet acte atroce.
05:41Cet homme, Abdallah Senoussi, rencontre à Tripoli Claude Guéant, le bras droit de Nicolas Sarkozy, et Ziad Takedin, l'intermédiaire.
05:49On sait ce qu'ils se disent ?
05:50En fait, rien que le fait qu'ils se rencontrent pose question.
05:53Déjà, la présence de Claude Guéant en Libye interroge, puisque Claude Guéant n'est pas le conseiller diplomatique de Nicolas
06:00Sarkozy,
06:01mais c'est lui qui va faire la visite, alors que normalement, c'est le rôle d'évoluer au conseiller
06:04diplomatique.
06:05La rencontre avec Abdallah Senoussi, elle a vraiment lieu, ça c'est certain.
06:08Claude Guéant dit qu'elle était imprévue.
06:10Là encore, on a un peu du mal à croire que, par hasard, il va rencontrer un dignitaire aussi important
06:15du régime libyen,
06:16qui plus est, quelqu'un d'aussi connoté.
06:18Quant à Ziad Takedin, il dit que non, cette rencontre, elle était totalement prévue.
06:22Donc on sait que les trois hommes vont se voir.
06:24Sera-t-il question d'un éventuel pacte de corruption ? C'est tout le sujet.
06:28En tout cas, il est aussi question du statut judiciaire d'Abdallah Senoussi, puisqu'on l'a dit, il a
06:33été condamné en France.
06:35Et lui, il espère voir lever son mandat d'arrêt international.
06:38Donc cette question-là sera évoquée lors de cette réunion à trois.
06:42Nicolas Sarkozy effectue sa visite en Libye, comme prévu le 6 octobre 2005.
06:47Il voit en tête à tête Mouammar Kadhafi.
06:50Officiellement, les deux hommes parlent d'immigration clandestine.
06:53Timothée Boutry, quelques mois plus tard, au mois de décembre,
06:56Brice Hortefeux, qui est à ce moment-là ministre délégué aux collectivités territoriales,
07:01se rend à son tour en Libye, à Tripoli, entre le 19 et le 22 décembre.
07:06Et il rencontre, le 21 décembre, le chef des renseignements extérieurs libyens,
07:11donc l'homme dont on vient de parler, Abdallah Senoussi.
07:14Est-ce qu'on sait pourquoi ?
07:15Là encore, beaucoup de questions se posent sur la présence même de Brice Hortefeux en Libye.
07:20Vous l'avez dit, il est ministre des collectivités territoriales.
07:24Officiellement, c'est pour un déplacement qui a trait au développement des liens
07:28entre les collectivités libyennes et la France.
07:30Et bon, on ne voit pas vraiment le sujet.
07:33Il n'y a pas vraiment de collectivités en Libye.
07:35Il rencontre Abdallah Senoussi avec le même Zia Tekedin,
07:39qui est vraiment l'agent qui fait le lien entre le régime libyen et les politiques en France.
07:46Là encore, comme Claude Guéant, Brice Hortefeux dit que cette rencontre n'était pas forcément prévue.
07:51Ce n'est évidemment pas ce que dit Zia Tekedin.
07:53Et c'est vrai qu'on peut ici aussi se poser des questions sur le caractère imprévu d'une rencontre
07:57aussi importante.
07:58En tout cas, voilà, il y a cette rencontre.
08:00Zia Tekedin dit quelque chose de beaucoup plus important.
08:02Il dit qu'à l'occasion de cette réunion à Troyes, Brice Hortefeux va remettre un RIB,
08:07c'est-à-dire les coordonnées bancaires, à Abdallah Senoussi.
08:10Et c'est évidemment quelque chose de très important,
08:12sachant que Brice Hortefeux le dément catégoriquement.
08:16Et qu'il y a aussi une interrogation sur la date,
08:18puisque Abdallah Senoussi lui aussi va dire qu'il a reçu un RIB de Brice Hortefeux,
08:22mais il le date à une autre époque.
08:24En tout cas, il y a effectivement des questions qui se posent sur le pourquoi
08:28et le contenu de la visite de Brice Hortefeux en Lévis.
08:34Nicolas Sarkozy est élu président le 6 mai 2007.
08:37Et le 24 juillet, cinq infirmières bulgares et un médecin palestinien
08:42qui étaient détenus par le régime du colonel Kadhafi sont libérés.
08:47Nicolas Sarkozy avait fait de cette libération l'une de ses priorités.
08:50Oui, il s'était impliqué dans ce dossier.
08:52Alors, très brièvement, il faut rappeler que ses infirmières bulgares
08:56et ce médecin palestinien avaient été accusés par le régime
08:58d'avoir inoculé le virus du sida à plus de 400 enfants libyens.
09:02En réalité, ces accusations étaient totalement mensongères,
09:05puisque c'était en raison de l'incurie du système de santé local
09:09que ces enfants ont été contaminés.
09:11Donc Nicolas Sarkozy vient s'impliquer, son épouse aussi,
09:14sachant que ce n'est évidemment pas les seuls
09:16et que c'est surtout un dossier qui avait été traité beaucoup en amont
09:21par l'Union européenne.
09:22Et on sait aussi que le Qatar, notamment,
09:25a sans doute versé une grosse somme d'argent à la Libye
09:27en contrepartie de la libération de ses infirmières et de ce médecin.
09:30Le 10 décembre 2007, donc six mois après l'élection de Nicolas Sarkozy,
09:34le colonel Kadhafi est accueilli avec tous les honneurs à Paris.
09:38Une visite de plusieurs jours très remarquée.
09:41En tête du cortège, la limousine blanche de l'invité de la France
09:45en route pour le palais de l'Elysée.
09:47On se souvient tous que le guide, comme il aime se faire appeler,
09:52avait installé sa tante dans l'hôtel de Marigny qui jouxte l'Elysée.
09:55Évidemment, cette image-là, tout le monde l'a en mémoire.
09:57L'ancienne bête noire des Occidentaux, commanditaire d'actes terroristes,
10:01a désormais droit aux honneurs de la République.
10:04Ramayad, qui était secrétaire d'État au droit de l'homme,
10:07avait fait une déclaration fracassante dans le Parisien
10:09en disant que la France n'a pas à être un paillasson.
10:11Il faut bien voir ce que c'est la Libye.
10:13La Libye, c'est, on l'a dit, un État paria, un État terroriste,
10:16un État dont on sait qu'il a été impliqué dans plusieurs attentats,
10:21et notamment un qui a coûté la vie à 54 Français.
10:23Cette visite, elle marque les esprits,
10:26parce qu'on reçoit un petit peu le diable à l'Elysée.
10:29À l'époque, l'idée, c'est de le réintégrer dans le concert des nations,
10:33de dire que sans doute il a changé.
10:35Cette visite, elle est évidemment symboliquement très importante,
10:38mais elle fait évidemment grincer beaucoup de dents.
10:42En février 2011, en Libye, débute l'insurrection
10:45qui entraînera la chute du régime de Kadhafi au mois d'août.
10:48Suite à une résolution des Nations Unies,
10:51Nicolas Sarkozy lance le 19 mars
10:53l'intervention militaire internationale dans le pays.
10:57Au printemps 2012, le mandat de Nicolas Sarkozy se termine,
11:01il est candidat à sa réélection.
11:02Le dimanche 22 avril, il se qualifie pour un second tour
11:06qui va l'opposer deux semaines plus tard, le 6 mai,
11:09au socialiste François Hollande.
11:11Le samedi 28 avril, le site d'investigation Mediapart
11:16publie une enquête exclusive sur Nicolas Sarkozy.
11:19Le média affirme que sa campagne victorieuse en 2007
11:22a été en partie financée par la Libye de Kadhafi.
11:27Timothée Boutry, que dit Mediapart à ce moment-là ?
11:29En fait, les révélations de Mediapart s'appuient notamment
11:32sur une note qui daterait de 2006
11:35et qui évoque un versement de 50 millions d'euros.
11:41Et dans cette note, il est question d'Abdallah Senousti
11:44dont on a parlé, il est question d'un autre homme
11:46dont on parlera ensuite, Bechir Saleh,
11:48qui est en gros, on va dire, le grand argentier du régime de Kadhafi.
11:53Et il y a le nom de Brice Hortefeux qui est cité
11:55comme étant celui qui aurait négocié le versement de cette somme.
11:59Alors on est dans l'entre-deux-tours,
12:01on n'est pas encore familier du tout
12:03des subtilités et des personnalités du régime libyen
12:06et on accueille sa révélation avec stupeur
12:08et ça va contribuer aussi à l'ouverture d'une enquête judiciaire en France.
12:12Ce n'est pas la première fois qu'un éventuel ou supposé financement libyen
12:16de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 est évoqué.
12:19La vraie jeunesse de cette histoire,
12:21la première fois dont on entend parler d'un financement présumé libyen,
12:23c'est de la bouche de Saïf al-Islam Kadhafi,
12:25le fils de Muammar Kadhafi qui en mars 2011,
12:29alors que le régime est en train de chuter,
12:31dit voilà on a des révélations à faire sur Nicolas Sarkozy,
12:35c'est le régime qui a financé sa campagne.
12:38Donc là c'est la première déclaration,
12:40évidemment d'importance,
12:42qui va contribuer à faire développer cette histoire.
12:50Et l'affaire prend une autre ampleur quand Mediapart en parle dans l'entre-deux-tours en 2012.
12:55Comment se défend Nicolas Sarkozy quand l'affaire éclate ?
12:58Le colonel Kadhafi aurait financé votre campagne en 2007, est-ce que c'est vrai ?
13:03Moi, s'il l'avait financé, je n'aurais pas été très reconnaissant.
13:06Nicolas Sarkozy, depuis le départ en fait,
13:09dénonce ce qu'il appelle une fable,
13:11en disant que ce sont des accusations totalement abracadabrantes,
13:15qui ne reposent sur rien, sur aucune preuve.
13:19Monsieur Kadhafi, qui est connu pour dire n'importe quoi,
13:22avait même dit qu'il y avait des chèques,
13:24que son fils l'ait produit.
13:26Il s'indigne, il s'offuse d'être assimilé au régime libyen,
13:32et qu'on puisse supposer qu'il a pu faire financer sa campagne
13:34avec de l'argent originaire d'un tel régime.
13:36Donc non, vraiment, il est dans l'indignation absolue.
13:40Timothée Boutry, le 3 mai 2012,
13:42donc trois jours avant le second tour de la présidentielle,
13:45l'ancien bras droit de Kadhafi,
13:47Beshir Saleh, est exfiltré de France vers le Niger.
13:51Cet homme avait d'abord été évacué de Libye vers la France en 2011,
13:56au moment de la chute du régime de Kadhafi.
13:59Oui, alors Beshir Saleh, c'est quelqu'un de très important,
14:01c'est l'ancien directeur de cabinet de Muammar Kadhafi,
14:03et c'est aussi le président du fonds libyen des investissements africains.
14:07En fait, ça veut dire que c'est l'homme qui a la main sur le cash du régime,
14:10puisqu'on sait que la Libye est assez généreuse en argent liquide.
14:15Donc Beshir Saleh, on l'a dit, il a déjà été amené en France,
14:18et là, il va être exfiltré.
14:20Alors, à la manœuvre, on trouve un homme qui s'appelle Alexandre Djouri,
14:23qui est aussi renvoyé dans ce procès,
14:25qui est lui aussi un intermédiaire, au début proche de la Chiraki,
14:28qui s'est rapproché de la Sarkozy.
14:30Il va orchestrer cette exfiltration avec Bernard Sparsini,
14:34qui est le chef des services de renseignement intérieur à l'époque,
14:38et c'est ainsi que Beshir Saleh va pouvoir monter à bord d'un jet privé au Bourget,
14:42c'est ainsi qu'il va pouvoir sortir de France.
14:44C'est très surprenant, cette exfiltration.
14:45Ah oui, c'est très surprenant, c'est même extrêmement choquant,
14:47puisque Beshir Saleh, il est visé par une notice rouge d'Interpol,
14:50c'est-à-dire qu'il est recherché,
14:51de par son implication dans le régime libyen,
14:55puisqu'on sait que les autorités de transition ont engagé des poursuites
14:58contre tous les dignitaires du régime de Muammar Kadhafi,
15:02donc Beshir Saleh, il est recherché,
15:04et là, il va être exfiltré par un homme qui est au corps du pouvoir,
15:08puisque c'est le patron des services de renseignement intérieur,
15:10Bernard Sparsini, par ailleurs proche de Nicolas Sarkozy.
15:12Donc on a quand même des gens très implantés au cœur du pouvoir,
15:17qui vont contribuer à cette exfiltration totalement dérogatoire aux règles du droit.
15:22Timothée Boutry, suite à l'enquête de Mediapart,
15:25la justice a donc ouvert une enquête,
15:26et trois virements en provenance de Libye sont bien retrouvés
15:30sur le compte de l'intermédiaire Ziad Taqeddin,
15:34virement datant de 2006.
15:36Pour les juges, il y a plusieurs canaux de financement,
15:39et un canal qui est celui-ci,
15:40qui passe à travers un compte en banque détenu par Ziad Taqeddin,
15:44et dont on pense que c'est le fameux Abdallah Senoustine,
15:47dont on a parlé plus tôt, qui sera à la manœuvre.
15:50En 2006, on est sur trois virements de 6 millions d'euros.
15:54Donc, aux yeux de l'accusation,
15:56c'est ce que le régime aurait versé
15:57dans l'idée potentiellement d'abonder la campagne de Nicolas Sarkozy.
16:02Et on sait que, sur cette somme,
16:05Ziad Taqeddin va retirer en liquide 1 million d'euros,
16:08et que, grâce à cette somme,
16:10il va aussi effectuer un virement de 440 000 euros vers Thierry Gobert,
16:14qui est aussi un proche de Nicolas Sarkozy,
16:16qui a travaillé avec lui quand il était secrétaire d'Etat au budget.
16:20Alors, officiellement, ce virement de 440 000 euros,
16:23c'est sur un compte au Bahamas,
16:25et c'est pour payer des travaux dans une villa au Colombie.
16:28Pour la justice, au contraire,
16:30cet argent aurait servi, là encore,
16:32à abonder la campagne de Nicolas Sarkozy.
16:34Mais, en tout cas,
16:35à travers ces virements qui existent,
16:37et ces retraits en liquide qui existent,
16:40se construit la thèse du financement libyen,
16:44telle que l'accusation l'élabat.
16:54Merci, Timothée Boutry.
16:55Dans le deuxième et dernier épisode de ce podcast,
16:58vous allez nous raconter que Ziad Taqeddin
17:00va affirmer ensuite avoir amené lui-même
17:03plusieurs mallettes d'argent liquide au ministère de l'Intérieur.
17:06On reviendra également sur ses changements de version
17:09et sur ce que dit Nicolas Sarkozy,
17:11qui clame son innocence depuis le début dans ce dossier.
17:15Cet épisode de Code Source a été produit par
17:17Pénélope Gualquier-Roti et Clara Garnier-Amourou,
17:20réalisé par Pierre Chafonjon.
17:22Sous-titrage Société Radio-Canada
17:31Sous-titrage Société Radio-Canada
17:33Sous-titrage Société Radio-Canada
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