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  • il y a 2 jours
Bénédicte Vérone a été victime de soumission chimique : un homme qui se présentait comme un hypnothérapeute l’a droguée puis violée. Il a été condamné à 20 ans de réclusion pour les viols de quatorze femmes, dont Bénédicte. Témoignage. 


Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Judith Perret - Production : Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian - Photo : DR.

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11L'affaire Pellicot, un ancien sénateur condamné pour avoir drogué une collègue députée,
00:16on parle de plus en plus régulièrement du fléau de la soumission chimique.
00:20Récemment, une auditrice de Codesources nous a écrit pour nous inviter à évoquer une autre affaire moins connue.
00:26Le 16 janvier 2026, un professeur de danse rock, qui se présentait aussi comme hypnothérapeute,
00:32a été condamné à 20 ans de réclusion.
00:35Il a été reconnu coupable des viols de 14 femmes qu'il avait droguées.
00:40L'auditrice de Codesources qui nous a interpellés est l'une des 14 victimes dans ce dossier.
00:45Bénédicte Véron a 36 ans, elle habite près d'Aix-en-Provence.
00:49Elle veut sensibiliser sur cette menace et notamment sur le fait que l'on peut parfois être victime de proches
00:55ou de personnes qui inspirent confiance.
00:58Bénédicte Véron témoigne aujourd'hui dans Codesources avec Judith Perret.
01:10Bénédicte Véron a les cheveux châtains clairs et de grands yeux bleus.
01:13Je la rencontre à Aix-en-Provence.
01:16Elle n'y habite pas, mais comme elle vit à 45 minutes de route,
01:19sa petite sœur Clotilde nous prête son appartement le temps de l'entretien.
01:23Bénédicte a deux sœurs, Émilie et Clotilde.
01:25J'ai une petite et une grande sœur et moi je suis vraiment au milieu, donc la cadette.
01:31On dit en général que le cadet d'une famille est le médiateur
01:34et je ressens vraiment cet aspect-là, cette position.
01:37J'essaye toujours d'écouter, d'arranger et depuis toute petite,
01:42j'aime aussi masser les gens, leur faire du bien.
01:45Je pense que c'est un aspect qui fait vraiment partie de moi intrinsèquement.
01:48La petite Bénédicte s'imagine bien kinésithérapeute.
01:51Finalement, elle fera des études de management.
01:54Bénédicte commence sa vie de jeune adulte à Aix-en-Provence.
01:57En 2014, elle rencontre pour la première fois Cyril Zatara,
02:01via sa grande sœur Émilie.
02:02Les deux jeunes femmes partagent une même passion pour la danse.
02:05Et elle me dit, écoute, si ça te dit,
02:07on fait une soirée avec des amis de la danse que tu ne connais pas,
02:10ça peut être l'occasion qu'on passe cette soirée ensemble,
02:13que tu rencontres ces personnes qui sont sympas.
02:15Si ça te dit, viens passer le jour de l'an avec nous.
02:19Et c'est comme ça que je rencontre Cyril.
02:22Je le trouve vraiment très avenant.
02:24Vous savez, il y a des personnes qui sont un petit peu magnétiques,
02:27qui attirent les autres autour d'elle.
02:28Alors c'est assez étrange parce que Cyril, au niveau physique,
02:31il est plutôt petit, il n'est pas vraiment attirant,
02:34mais il a cette espèce d'aura.
02:37Et puis surtout, une gentillesse, on se sent tout de suite en confiance,
02:40on lui donne le bon Dieu sans confession.
02:42C'est vraiment ça.
02:43Mais lors de cette première soirée avec Cyril Zatara,
02:46un premier incident se produit.
02:47Alors il se passe quelque chose de particulier, effectivement.
02:50C'est-à-dire que moi, je sors quand même assez régulièrement avec mes amis.
02:54Je peux avoir une consommation d'alcool qui est récréative.
02:57Donc ça m'arrive de consommer un ou deux verres dans une soirée sans être malade.
03:01Et ce soir-là, donc, Cyril me tend une bière artisanale.
03:05Je bois à peu près deux gorgées.
03:07Et là, blackout, je sais que je passe une partie de la soirée dans la salle de bain,
03:12dans la baignoire, ce qui est quand même lunaire, me connaissant.
03:15Je ne sais pas ce que je fais là.
03:16Mais ce dont je me souviens, c'est que lui, il vient,
03:19il veut s'assurer que j'aille bien, il prend soin de moi,
03:22il vient beaucoup me parler, etc.
03:24Je me dis, je nais, il est vraiment sympa ce garçon.
03:27J'ai été la seule à être malade.
03:29Donc je me dis, forcément, ça vient de moi.
03:31Peut-être qu'à ce moment-là, je ne sais pas, j'avais attrapé un microbe.
03:35Peut-être qu'à ce moment-là, j'étais particulièrement fatiguée.
03:38En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'il y a quelque chose qui m'a gênée,
03:41c'est que Cyril souhaitait me ramener.
03:43Et il y a une jeune fille qui lui a pris le bras et qui lui a dit,
03:45non, c'est moi qui la ramène.
03:46Ça, j'avais trouvé ça un peu étrange.
03:48Mais je me suis dit, bon, peut-être qu'ils sont en couple.
03:50Il y a peut-être une forme de positivité ou de jalousie.
03:53Donc c'est elle qui m'a ramenée.
03:54Mais le lendemain, je me suis dit, bon, écoute, repose-toi, ça va passer.
03:58Je n'avais pas d'autres, en fait, explications.
04:04Bénédicte ne se pose pas plus de questions sur cet événement.
04:07Et la vie reprend son cours.
04:09Oui, j'ai une vie sociale assez remplie.
04:11Alors c'est vrai que je sors d'une relation de 7 ans.
04:14Donc je n'ai pas de compagnon à l'époque, mais je n'en cherche pas.
04:17Je suis heureuse célibataire.
04:19Et puis je profite de mon temps libre pour aller à des concerts,
04:23voir mes amis, aller voir des expos, faire des brunchs avec mes copines, ce genre de choses.
04:27J'aime beaucoup le rock'n'roll.
04:29Donc j'ai pu aller voir Placebo, j'ai vu Dépêche Mode, j'ai vu The Cure.
04:35Enfin voilà, les concerts, c'est quelque chose qui me plaît beaucoup.
04:37Et j'aurais aimé même faire partie d'un groupe de rock.
04:40À cette période, Bénédicte recroise plusieurs fois Cyril Zataras chez sa grande sœur avec d'autres de ses amis.
04:46Il n'y a pas d'atome crochu en particulier.
04:49Il me propose de faire un cinéma, quelques sorties que je décline parce que, voilà,
04:53je n'ai pas d'intérêt particulier à le revoir jusqu'au moment où j'apprends qu'il est hypnothérapeute
05:00autodidacte.
05:01Et là, on commence beaucoup à discuter autour de ces sujets-là.
05:04Bénédicte n'a pas perdu de vue son rêve de petite fille, s'occuper des gens.
05:08Être hypnothérapeute l'intéresse.
05:10On est en 2016, Bénédicte a 26 ans.
05:12Au bout d'un moment, il me dit, écoute, ce que je peux te proposer, j'ai une autre amie
05:16qui s'intéresse à l'hypnose.
05:18C'est de faire un apéro autour de ce thème-là pour vous enseigner un peu les fondamentaux.
05:23Tu verras ensuite si tu veux creuser.
05:25Mais en tout cas, on peut organiser ça.
05:27Et c'est comme ça qu'on fait notre premier apéro hypnose.
05:30L'apéro hypnose, ça va se dérouler chez Cyril.
05:33Il y aura une autre jeune femme que je ne connais pas.
05:35Et je ne connais pas non plus leur rapport.
05:37Ils avaient l'air un peu proches, mais je ne sais pas.
05:38Et là, on va simplement échanger pendant des heures autour du fait d'avoir envie de pratiquer l'hypnose.
05:47Alors, on n'est pas dans l'hypnose du spectacle.
05:49Il va nous expliquer vraiment la fonction thérapeutique.
05:53Il a l'air assez expert en la matière.
05:55Il va nous expliquer comment se passe une induction, comment parler par exemple de pré-talk.
06:01C'est une discussion préliminaire à l'hypnose pour mettre déjà la personne dans un état un peu inconscient.
06:07Commencer à la préparer à l'hypnose, etc.
06:09Il nous fait des démonstrations.
06:11Il nous explique les mécanismes.
06:13Je prends pas mal de notes.
06:14Ça m'intéresse beaucoup.
06:16Et puis, au bout d'un moment, je pars parce qu'à mon sens, la soirée est terminée.
06:20Et je les laisse tous les deux.
06:21Et puis, le lendemain, quand même, Cyril me fait quelques reproches.
06:24Il me dit qu'il m'a trouvé assez fermée.
06:27Alors, je ne sais pas ce qu'il attendait de moi de plus.
06:29Mais en tout cas, pour moi, la soirée s'était bien déroulée.
06:32J'avais appris ce que je voulais apprendre.
06:35Un soir, lors d'une de ses séances, Cyril Zatara embrasse Bénédicte sans son consentement.
06:41Suite à cela, elle lui dit explicitement qu'il ne l'intéresse pas.
06:44Elle met aussi de la distance avec lui.
06:46Et il est revenu vers moi en me proposant de m'offrir une leçon pour mon anniversaire en mars 2017.
06:52Et je me suis dit, bon, pourquoi pas ?
06:55Mais en tout cas, je veux que les limites soient bien claires et posées.
06:58Donc, j'accepte cette leçon.
07:00Et puis, je me rends chez lui avec une boîte de thé.
07:02Comme ça, je me dis, on pourra échanger après la session d'hypnose.
07:07Mais ce sera simplement un moment pour redescendre.
07:09Et pas un apéro entre potes.
07:12Voilà, ce sera au moins très clair.
07:16Ce soir-là, j'ai eu beaucoup de mal à tomber en hypnose.
07:19Je pense que peut-être qu'il y avait un signal à l'intérieur de moi, un warning qui était
07:23là et que je n'ai pas écouté.
07:25En tout cas, il m'explique que pour cette leçon-là, afin que ce soit plus efficace, il va me
07:31faire boire une potion.
07:32Une potion qui sera dans le chaudron d'une sorcière dans la forêt, dans laquelle il m'emmènera bien sûr
07:39en hypnose.
07:40Et donc, on commence la séance et au moment où on arrive dans cette chaumière, il me fait effectivement boire
07:47quelque chose.
07:49Et à ce moment-là, ce qu'il faut comprendre, c'est que moi, je connais Cyril depuis plus de
07:53trois ans.
07:53On a fait énormément de soirées ensemble.
07:55Je n'ai aucune raison de ne pas lui faire confiance.
07:58Donc, je bois le verre sans me poser deux questions et je me réveille dans son lit.
08:05Il me demande de me rendormir et je me rendors.
08:08Et ensuite, je me réveille parce qu'il me demande de pratiquer sur lui des actes sexuels.
08:13Je ne suis pas consentante, mais je suis encore une fois droguée, sous emprise.
08:17Et je le pense à ce moment-là sous hypnose.
08:20Et puis, je me réveille une seconde fois.
08:22Et là, je prends conscience que je suis nue dans son lit.
08:25Et puis, ça, ce n'était pas possible.
08:28Je panique, je cours, je cherche mes vêtements.
08:31Ils sont dans le salon, je ne comprends pas.
08:33Je me réveille en vitesse.
08:35Et là, je pars de chez lui.
08:37Je ne comprends pas qu'il me laisse partir dans cet état complètement droguée,
08:42incapable évidemment de conduire.
08:43Je ne peux pas rester là, en fait.
08:45Là, à ce moment-là, je me bats pour ma vie.
08:47Je comprends que je suis en danger de mort.
08:49Et donc, je prends ma voiture dans un état complètement inconscient,
08:52avec mes bottes qui traînent là par terre.
08:54Et je roule.
08:55Et rapidement, je heurte un trottoir.
08:57Et puis, je ne me rends pas compte que je continue de rouler sur la jante,
09:01que la voiture est complètement bancale.
09:04Et là, je me fais arrêter à un feu rouge
09:06par des hommes qui me font signe pour m'aider, évidemment.
09:08Mais là, moi, je suis effrayée.
09:10Donc, j'abandonne la voiture.
09:12Et je pars en courant.
09:13Je cours jusqu'à chez moi, le reste du trajet.
09:22Bénédicte rentre chez elle vers 4 heures du matin.
09:24Elle se réveille vers 13 heures.
09:26La première chose à laquelle elle pense, c'est son travail.
09:29Elle panique à l'idée d'être absente,
09:31elle qui est du genre ponctuelle et assidue.
09:34Je pense que le déni commence à ce moment-là,
09:36puisque quand j'arrive aussi à mon travail,
09:39on était dans un service où j'étais avec 3 personnes,
09:423 femmes qui étaient aussi mes amies à l'époque.
09:45Et puis, on se raconte tous les jours un petit peu notre vie.
09:48Et elles me disent alors, mais qu'est-ce qui s'est passé ?
09:50Pourquoi tu es en retard ? Etc.
09:51Et je leur raconte ma soirée de manière un peu dubitative
09:55en leur racontant, voilà, je ne sais pas trop ce qui s'est passé.
09:58Ça ne me ressemble pas, c'est bizarre.
10:00Mais pas non plus dans une inquiétude à me dire,
10:03j'ai peut-être été agressée.
10:05Et c'est leur réaction, en fait, qui m'inquiète.
10:07Elles essayent de me faire comprendre
10:09que j'ai probablement été agressée.
10:11Mais à ce moment-là, c'est quelque chose
10:13que je ne peux même pas envisager.
10:16Ça paraît trop incroyable, invraisemblable,
10:20hors de la réalité.
10:21Ce n'est pas possible, c'est quelqu'un que je connais,
10:24qui est très connu dans le milieu de la danse,
10:26il est prof.
10:27On a des dizaines de contacts en commun.
10:30Et comme je vous disais,
10:31c'est quelqu'un qui paraît vraiment inoffensif.
10:34Si j'avais dû à ce moment-là choisir une personne
10:36pour me protéger un soir,
10:38j'aurais peut-être choisi Cyril, pour vous dire.
10:42À ce moment-là,
10:43Bénédicte reçoit un SMS de Cyril Zatara.
10:46Je lui dis, mais il se passe des choses bizarres.
10:48J'ai des flashs, je ressens des choses dans mon corps.
10:50Et là, il me dit,
10:51oui, effectivement, on a une relation sexuelle.
10:53Je pense qu'inconsciemment, tu le voulais,
10:56mais tu n'as pas voulu te l'avouer.
10:57Et l'hypnose t'a permis de lâcher prise.
11:00Les semaines passent,
11:02et Bénédicte essaye de reprendre le cours normal de sa vie.
11:05Mais difficilement.
11:06Son corps parle.
11:07Elle développe des troubles du comportement alimentaire.
11:10Elle ne pèse plus que 36 kilos.
11:12Elle se lave frénétiquement,
11:13plusieurs fois par jour.
11:14La jeune femme ne supporte plus non plus
11:16d'être touchée par les hommes avec lesquels elle danse.
11:19Elle doit aussi faire face à sa grande sœur,
11:20qui a du mal à croire que son amie Cyril ait pu l'agresser.
11:23Ce qui est fou, c'est que je ressens ce que ressentent beaucoup de victimes.
11:26C'est pas mal de culpabilité.
11:28Je me dis, mince, je me suis jetée sur lui,
11:32on a eu une relation sexuelle,
11:33alors que c'est un ami pour qui je vais passer.
11:36Que va penser ma sœur ?
11:37J'ai déjà, moi, de la honte et de la culpabilité.
11:442020 arrive,
11:45et c'est une année compliquée pour Bénédicte.
11:47À cause du confinement,
11:49elle n'a plus de suivi psychologique
11:50et ne peut plus danser.
11:52Mais elle se rétablit.
11:53Elle rencontre son compagnon actuel.
11:55Un jour, elle apprend que Cyril Zatara est en prison depuis 2021.
12:00Bénédicte en conclut que c'est pour des faits de nature sexuelle.
12:03Deux ans plus tard, en 2023,
12:05elle est contactée par la police,
12:06qui lui demande de se rendre au commissariat.
12:08Les enquêteurs ont retrouvé des photos
12:10que Cyril Zatara a prises d'elle lors de son agression.
12:13Je reçois cet appel de la capitaine
12:15qui a retrouvé des messages où je parle de flash
12:18et de blackout qui sont caractéristiques de ces agressions.
12:21Donc, elle me convoque
12:23et à l'issue d'une discussion de trois heures,
12:26je décide de déposer plainte.
12:29C'est un cataclysme intérieur
12:32parce que j'ai essayé de tout mettre sous le tapis pendant des années
12:38parce que je porte aussi beaucoup de honte et de culpabilité
12:41de ne pas avoir porté plainte
12:43et aussi de m'être retrouvée dans cette situation,
12:45d'avoir fait confiance à cette personne.
12:47Il se passe beaucoup de choses dans ma tête
12:49et je suis aussi en guerre avec moi-même.
12:52Et à ce moment-là, je me dis,
12:53il faut que tu ailles au bout,
12:54il faut que tu déposes plainte,
12:56il faut que tu racontes ton histoire.
12:57Pour autant, c'est très compliqué
12:59parce que c'est quelque chose que j'essaye d'oublier
13:03mais qui me hante au quotidien.
13:05Et j'ai peur aussi d'être jugée
13:07parce qu'il m'a embrassée à un moment donné.
13:09J'ai peur qu'on interprète mal les choses.
13:12J'ai peur de beaucoup de choses
13:13mais je tombe sur une femme assez exceptionnelle
13:15qui me met en confiance, qui m'aide.
13:18Je regarde aussi des photos d'autres victimes
13:20pour les identifier.
13:21Ça, c'est un moment assez difficile.
13:23Et puis, j'apprends le nom d'autres victimes que je connais
13:26et là, c'est aussi une forme d'effondrement intérieur.
13:31Le procès de Cyril Zatara s'ouvre le 5 janvier 2026
13:34à Aix-en-Provence.
13:36Le président de la cour criminelle est Roger Arata.
13:39Il présidait déjà le procès de Dominique Pellicot,
13:41une affaire emblématique de soumission chimique.
13:44Cyril Zatara est accusé d'avoir violé
13:46ou agressé sexuellement 14 femmes par soumission chimique.
13:49La plupart d'entre elles demandent à ce que le procès
13:52ne soit pas en huis clos pour sensibiliser le plus de nombre.
13:55Mais face au refus d'une des plaignantes,
13:57le procès ne sera finalement pas ouvert au public.
13:59Je l'ai vu assis derrière ce plexiglas.
14:02On nous avait dit qu'il avait pris beaucoup de poids.
14:04On nous avait dit qu'il était vraiment au niveau physique,
14:08qu'il y avait eu une dégradation.
14:11Et en fait, on a retrouvé la personne qu'on connaissait,
14:14exactement la même personne.
14:15Donc ça, c'était assez impressionnant.
14:17Et puis surtout, il n'avait pas le visage baissé.
14:20Il était sûr de lui.
14:22Je pense qu'il était content de voir défiler ses trophées quelque part.
14:26Et donc, le retrouver dans cette posture-là, c'était assez déstabilisant.
14:30Quand je suis arrivée, pour mon témoignage, j'ai commencé par pleurer
14:34et par leur dire, voilà, pour moi, être ici, c'est un traumatisme sur le traumatisme.
14:41Vous racontez ce que je vais vous raconter.
14:43À vous, inconnu, que je ne connais pas devant lui,
14:46je n'en avais vraiment pas envie.
14:48Mais il me semblait que c'était nécessaire.
14:51Donc j'ai commencé par faire parler les émotions.
14:54Et ensuite, j'ai déroulé l'histoire.
14:56Et ce qui était assez impressionnant pour moi,
14:59c'est que petit à petit, j'ai vraiment senti dans mon corps
15:02que quelque chose se libérait,
15:04que je lui rendais la honte et la culpabilité.
15:06Et je me suis rendu compte à un moment donné
15:08que peut-être lui ne savait pas ce qui s'était passé
15:10quand j'étais partie chez lui.
15:11Et donc à deux reprises, je l'ai regardé, je l'ai confronté
15:15et je lui ai raconté ce qui s'est passé quand je suis partie de chez lui,
15:18que j'ai failli me tuer en voiture, etc.
15:20Et ce moment-là, se sentir légitime, reprendre le pouvoir,
15:24c'est quelque chose qui était très dur,
15:26mais à la fois extrêmement libérateur.
15:29Le 16 janvier 2026,
15:31Cyril Zatara est condamné à 20 ans de prison
15:33pour les viols ou agressions de 14 femmes.
15:36Le procès est terminé,
15:37mais pour Bénédicte, l'après est tout aussi intense.
15:40Ça m'a apporté une forme de sérénité intérieure.
15:45C'est assez compliqué à décrire.
15:48Il y a quelque chose qui s'est vraiment posé à l'intérieur.
15:51Je pense que ça m'a aidé à peut-être guérir certaines blessures.
15:56Pour autant, un procès, c'est vraiment pas magique.
15:59Et ce que je trouve un petit peu difficile,
16:02c'est qu'on est soumis en fait à cette expérience de vie
16:07pour laquelle on n'est pas préparé si on ne se prépare pas soi.
16:11Et finalement, on est relâché dans la nature en ayant vécu tout ça.
16:15Moi, je me rappelle avoir repris le travail le lundi.
16:19Mes collègues de travail, dont je suis peu proche,
16:21qui ne savaient pas ce que j'avais vécu pendant deux semaines,
16:23m'ont demandé comment s'étaient passées mes vacances.
16:26Et je trouvais ça tellement lunaire.
16:28J'avais tellement envie de leur raconter.
16:30Et en même temps, je me disais qu'ils ne pouvaient pas du tout comprendre.
16:33Mais reprendre une vie normale après avoir vécu une expérience comme ça,
16:37c'est très difficile.
16:38Et je me suis rendue compte aussi qu'un procès ne répare pas tout.
16:42Bénédicte essaye de se reconstruire, un jour à la fois.
16:45Ça dépend des jours.
16:47Ça dépend vraiment des jours.
16:49J'essaye de prendre les bons moments de la vie.
16:54Ça a été beaucoup de lourdeur.
16:55Décider de porter plainte et assister au procès,
16:58c'est quelque chose que je ne regrette absolument pas.
17:01Maintenant, j'ai envie d'être dans la vie, plus dans la survie.
17:05J'ai envie de léger, de futur, d'avancer.
17:08Et j'ai envie aussi, quelque part,
17:11de pouvoir reprendre certaines choses que j'avais laissées.
17:14Par exemple, cette envie de devenir thérapeute.
17:17Il y a plusieurs personnes qui m'ont dit après le procès
17:20qu'il n'était pas trop tard.
17:22Et j'ai envie de penser qu'effectivement, il n'est pas trop tard
17:25et que Cyril ne m'a pas pris ça.
17:27Donc, je ferai en sorte, par la suite,
17:29de pouvoir faire ma reconversion comme je le souhaitais à l'époque.
17:46Judith, ce qui frappe dans ce témoignage,
17:49c'est à quel point Bénédicte Véron ne se doutait pas
17:51que Cyril Zattara pouvait représenter un danger.
17:54Elle le croyait inoffensif.
17:55Aujourd'hui, est-ce qu'elle arrive à refaire confiance aux hommes ?
17:58C'est difficile. Je le dis dans l'épisode,
18:01Bénédicte a un compagnon depuis 5 ans maintenant
18:03et ça a pris du temps pour instaurer une confiance,
18:06y compris dans leur intimité, bien sûr.
18:08Et puis, même avec les hommes en général,
18:10que ce soit les collègues ou les amis,
18:12Bénédicte a besoin de plus de temps pour tisser un lien avec eux.
18:15Cyril Zattara n'a pas fait appel,
18:17mais il va quand même y avoir un nouveau procès.
18:19Oui, car lors du procès,
18:20il a avoué avoir agressé sexuellement une quinzaine d'autres femmes,
18:23ce que la justice ignorait.
18:25Donc, ces nouveaux aveux entraînent une nouvelle action en justice,
18:28ce qui va conduire à un nouveau procès
18:30dont on ignore encore la date.
18:31J'évoquais au tout début du podcast l'affaire Pellicot.
18:34Il y a aussi eu cet ex-sénateur,
18:36Joël Guerriot,
18:37condamné en janvier 2026
18:39pour avoir drogué une collègue députée
18:41dans le but de la violer.
18:42C'était en 2023.
18:43Il a fait appel.
18:45Judith, après ces différentes affaires très médiatiques,
18:48est-ce que la réponse des autorités a changé
18:50sur ce sujet de la soumission chimique ?
18:52Pas récemment, la prise en compte de la soumission chimique
18:55dans les affaires de violences sexuelles date de 2018
18:57avec la loi Schiappa.
18:59La soumission chimique devient une circonstance aggravante.
19:01Ce qui a changé récemment, en revanche,
19:04c'est la connaissance par le grand public
19:06de la soumission chimique.
19:07L'affaire Pellicot a notamment permis
19:09de faire émerger ce sujet dans notre société.
19:12Ça a aussi pu faire progresser
19:13la prise en charge institutionnelle
19:14par la police et la justice
19:16des victimes de soumission chimique.
19:17Merci, Judith Perret.
19:20Cet épisode de Codesource a été produit
19:21par Clara Garnier-Amourou,
19:23réalisation Pierre Chafonjon.
19:25Et si vous souhaitez nous écrire,
19:26c'est possible,
19:27codesource.leparisien.fr
19:29Une nouveauté qui vous intéresse
19:31si vous êtes des fidèles de Codesource,
19:33on vous propose depuis quelques jours
19:34une version vidéo de certains épisodes.
19:37Ça s'appelle Codesource, le talk,
19:39à regarder et à écouter sur leparisien.fr
19:42et YouTube notamment.
19:43Mais concernant l'audio,
19:45pas de changement,
19:46Codesource reste disponible
19:48chaque soir du lundi au vendredi
19:50sur toutes les plateformes.
19:52Et puis n'oubliez pas notre podcast
19:53hebdomadaire consacré aux faits divers.
19:55Chaque samedi matin,
19:57Crime Story,
19:58Crime Story présenté par Claudia Prolongeau
20:00et Damien Delsenu.
20:01Sous-titrage Société Radio-Canada
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