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Confrontés à une hausse des prix à la pompe et dans les grandes surfaces, beaucoup de ménages revoient leurs habitudes de consommation. Un sujet explosif à quelques mois de la présidentielle. Code source fait le point avec trois journalistes du service économie du Parisien : Odile Plichon, Gwenael Bourdon et Mathieu Pelloli.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Judith Perret - Production : Thibault Lambert et Clémentine Spiler - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Photo : LP / Arnaud Journois - Musiques : François Clos, Audio Network - Archives : France Info, France Inter.
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NewsTranscription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11C'est un sujet de préoccupation pour de nombreux Français, l'augmentation du coût de la vie.
00:16En cause notamment le prix des carburants, essence et gazole qui n'ont jamais été aussi chers,
00:212,40 euros le litre en moyenne, le gazole le dimanche 20 septembre selon l'AFP,
00:262,17 euros le sans plomb 95 E10.
00:29Mais il n'y a pas que les carburants qui ont augmenté,
00:32la plupart des produits de consommation courante n'ont pas retrouvé leur niveau
00:36d'avant le début de la guerre en Ukraine en 2022.
00:39Comment l'inflation grève le budget des ménages français,
00:42on fait le point dans Codesources aujourd'hui, avec trois journalistes du Parisien,
00:46Odile Plichon et Gwenaëlle Bourdon en charge de la consommation et de la distribution,
00:51et Mathieu Pelloli qui suit l'actualité de l'automobile.
01:04C'est l'ensemble du Moyen-Orient qui s'est embrasé ce matin,
01:08à l'image de cette explosion impressionnante à Manama.
01:12Ali Khamenei, le guide suprême iranien, est mort.
01:15C'est Donald Trump qui l'a annoncé il y a quelques minutes.
01:18On a choisi de commencer ce récit le 28 février 2026.
01:21Ce jour-là, les Etats-Unis et Israël lancent une guerre contre l'Iran.
01:26En représailles, Téhéran ferme le détroit d'Ormouz par lequel passe près d'un quart du pétrole mondial.
01:32Mathieu, quelles sont les conséquences sur les prix des carburants en France dans les semaines qui suivent ?
01:36Immédiatement, les cours mondiaux du pétrole brut et des produits raffinés,
01:39donc l'essence et le gazole, répercutent en fait cette disparition de près d'un quart de l'approvisionnement mondial.
01:45Et en France, à la pompe, les prix augmentent instantanément,
01:49à peu près plus 15 à plus 30 centimes le litre,
01:51dès les deux premières semaines qui suivent le déclenchement du conflit et la fermeture du détroit.
01:55Cette nouvelle guerre intervient après une première offensive lancée par Israël et les Etats-Unis sur l'Iran en 2025.
02:02Il y avait eu aussi la guerre, l'invasion lancée par Vladimir Poutine contre l'Ukraine en février 2022.
02:08Odile, cette guerre lancée par la Russie, quelles conséquences elle avait eues sur les prix en France ?
02:13On assiste d'emblée à une flambée des prix alimentaires, c'est ce qu'on a appelé l'hyperinflation,
02:17puisqu'en 2022 et 2023, les prix ont flambé entre 20 et 25%.
02:22Au mois d'avril 2026, Odile, tu fais un bilan de l'inflation
02:26et tu constates que la consommation de certains produits alimentaires est en baisse en France.
02:30Oui, la viande notamment, la viande de bœuf par exemple, est considérée comme trop chère par beaucoup de Français.
02:36Ils se rabattent sur le porc ou sur le poulet.
02:38Le poisson est également boudé par un certain nombre de consommateurs.
02:43Et puis il y a un rayon dont on a moins parlé mais qui a beaucoup souffert, c'est l
02:46'alcool.
02:47Les vins, les champagnes, les spiritueux souffrent beaucoup depuis.
02:51Et dans l'ensemble, aujourd'hui on n'a pas retrouvé les prix d'avant 2022 ?
02:55Non, parce que même si l'inflation s'est assagie, en ce moment elle est plutôt aux alentours de 2
02:59,4%,
03:00globalement les prix restent 20 à 25% supérieurs à ce qu'ils étaient en 2022.
03:05Et ça se voit notamment sur certains produits.
03:07Beaucoup de Français ont renoncé à acheter des tablettes de chocolat qui coûtent entre 2,5 et 3 euros la
03:12tablette,
03:12ce qui est considéré comme très cher par beaucoup de gens.
03:15Il y a un autre produit qui est impacté, c'est le café.
03:18Alors là, il n'y a pas une baisse de la consommation mais il y a un report vers des
03:21cafés moins chers qu'avant.
03:22Gwenaëlle, à cette période, donc fin avril 2026,
03:25tu racontes dans Le Parisien que beaucoup de Français tirent sur la corde.
03:30Beaucoup limitent déjà leur trajet en voiture.
03:32Oui, alors je vais faire un reportage aux portes d'un magasin Lidl à Montreuil, en région parisienne.
03:37Et j'y croise notamment Mohamed, qui est comptable, père de trois enfants.
03:42Et Mohamed a une voiture électrique et sa femme, elle, a sa propre voiture à essence,
03:48qu'elle n'utilise désormais que pour se rendre au travail.
03:51Et Mohamed explique que le couple songe même à vendre cette voiture parce qu'elle est devenue une source de
03:56dépense trop importante.
03:57Il y a d'autres signes discrets qui montrent que les consommateurs commencent à souffrir sérieusement de cette flambée des
04:03prix du carburant.
04:05Par exemple, chez Coopérative U, on note que la fréquentation est assez dynamique dans les magasins de proximité,
04:12bien plus que dans les hypermarchés.
04:14Et on peut supposer que c'est parce que les Français peuvent se rendre plus facilement dans ces magasins de
04:19proximité
04:20que dans les grands formats pour lesquels il faut nécessairement prendre sa voiture.
04:24Odile, il y a un an de ça, déjà en avril 2025, tu avais fait dans Le Parisien un dossier
04:28au sujet de la précarité hygiénique.
04:31En clair, des hommes et des femmes qui n'ont pas assez d'argent pour s'acheter des produits de
04:34base d'hygiène.
04:36Tu parles notamment avec une jeune femme, Sarah, qui n'a pas pu s'acheter de serviettes hygiéniques pendant plusieurs
04:41mois.
04:41Oui, Sarah, c'est une auxiliaire de vie dans une crèche qui gagne à peu près 1200 euros par mois.
04:47Elle raconte que pour remplacer les serviettes hygiéniques qu'elle ne peut plus se payer,
04:51elle prend en fait des serviettes en tissu qu'elle plie en quatre et qu'elle nettoie une fois par
04:55mois avec de l'eau de Javel.
04:57Elle me raconte aussi tous les petits trucs qu'elle utilise pour ne pas dépenser trop
05:01et notamment quand son shampoing arrive en fin de course, elle met de l'eau dedans et elle le transforme
05:06en savon.
05:06L'association que tu cites dans ton dossier, l'AGS, Agir pour grandir en synergie,
05:11explique que beaucoup de gens sont concernés par ce problème.
05:13Oui, elle pointe le fait que la précarité hygiénique devient un vrai sujet.
05:17Il y a un baromètre qu'on cite dans cette enquête qui montre que 9% des gens se brossent
05:22les dents sans dentifrice,
05:2315% nettoient leur maison sans produits d'entretien et la plupart des consommateurs réduisent leurs achats au minimum.
05:30Par exemple, ils achètent une lessive mais ils n'achètent pas la souplissant.
05:33Surtout, ils changent de magasin, ils quittent les grandes surfaces
05:36et ils se dirigent dans des magasins comme Action qui devient le magasin préféré des Français.
05:41Action, la chaîne néerlandaise de supermarché Hard Discount, présente en France depuis 2012.
05:46Cet été, Odile, le 16 août, tu parles des restaurateurs qui font pour beaucoup d'entre eux une mauvaise saison
05:52et tu donnes l'exemple de la famille de Camille qui a renoncé à aller au restaurant pour fêter le
05:58diplôme de l'un de ses enfants.
05:59Camille, elle est ravie parce que son fils a eu un BTS.
06:02Elle veut le fêter avec lui au restaurant.
06:05Le problème, c'est que c'est la canicule.
06:07La plupart des restaurants qui ont une climatisation sont pris.
06:10Ceux qui restent sont hors de prix et donc elle renonce.
06:13Elle explique aux membres de sa famille qu'elle leur propose de faire une expérience en créant chacun sa propre
06:18pizza.
06:19Elle raconte qu'ils se sont bien amusés, qu'en fait, si c'était à refaire, elle le referait parce
06:24que ça leur a coûté deux fois moins cher.
06:26Gwenaëlle, de ton côté, tu as travaillé sur les tickets restaurants, cet avantage social en partie financé par l'employeur.
06:32Tickets restaurants qui sont de plus en plus souvent utilisés différemment.
06:35Oui, alors ce qu'il faut rappeler, c'est que jusqu'en 2022, on ne pouvait utiliser ces titres restaurants
06:40en grande surface, en supermarché,
06:43que pour acheter ce qu'on appelle des produits immédiatement consommables.
06:47Des sandwiches, des plats préparés, des salades sous vide.
06:50Et en fait, à partir de 2022, l'usage de ces titres restaurants est élargi à tout type de produits
06:56alimentaires,
06:57à l'exception de l'alcool, des confiseries ou de la nourriture pour animaux.
07:02Et à l'époque, cette mesure, c'était précisément un coup de pouce pour les consommateurs qui subissaient alors l
07:08'hyperinflation.
07:09Fin 2022, c'est à peu près 22% des titres restaurants qui sont utilisés en grande surface.
07:16Et on est passé à plus de 32% fin 2025.
07:20Et tu parles avec plusieurs Français qui font ce choix de payer leurs courses avec les titres restaurants.
07:25Oui, c'est le cas par exemple de Sabine qui est vendeuse dans un grand magasin en province.
07:31Elle gagne un peu plus du SMIC.
07:33Elle explique qu'il y a trois ans encore, elle pouvait aller de temps en temps déjeuner au restaurant le
07:38midi au moment de sa pause déjeuner.
07:41Maintenant, elle ne le fait plus.
07:42Elle fait ses courses, elle prépare sa gamelle à l'avance et elle fait ainsi des économies sur son repas
07:48du midi.
07:51Odile, autre tendance constatée pendant l'été, beaucoup de Français ne partent plus en vacances ou partent moins loin.
07:57Oui, les loisirs en général, c'est sûrement le poste qui est le plus impacté par la baisse du pouvoir
08:01d'achat.
08:02Alors, il y a quelques poches de résistance comme les concerts, comme le cinéma, mais globalement, les loisirs sont impactés.
08:07Et les vacances aussi.
08:09Il y a un Français sur deux qui ne part pas en vacances.
08:12Et parmi ceux qui partent, les derniers chiffres montrent que la baisse du budget est de 150 euros.
08:17Ce qui veut dire concrètement que soit ils partent moins loin, soit ils partent moins longtemps, soit ils vont davantage
08:23dans leur famille.
08:24Mathieu, pendant l'été, les prix à la pompe ont encore augmenté.
08:27Et dans l'ensemble, les Français ont moins pris leur voiture.
08:30Les automobilistes, voilà, se sont adaptés.
08:32Et donc, une des adaptations les plus faciles, les plus mécaniques, c'est de moins prendre sa voiture.
08:36Donc, consommer moins de carburant, aller moins souvent à la pompe faire le plein, ou d'ailleurs ne pas faire
08:40le plein, mais mettre un peu d'essence.
08:42Cette estimation de la baisse de carburant, elle est chiffrée autour de 5 à 6 % de volume en moins
08:46depuis le début de l'année par rapport à l'année précédente.
08:49Ce qui veut dire aussi, quand on fait moins le plein, qu'on se déplace moins, qu'on consomme moins,
08:53qu'on va moins au centre commercial, on va moins au cinéma, on va moins au restaurant,
08:57on va moins dans tous les lieux où on pouvait se rendre avec sa voiture pour parfois consommer.
09:00Donc, ce chiffre est quand même très parlant, et c'est la première fois depuis plusieurs dizaines d'années qu
09:06'il est aussi important en volume.
09:08Donc, d'une certaine façon, on atteint un objectif de la transition écologique.
09:12C'est amusant à constater, on pourrait dire, sauf que, en fait, c'est une baisse de volume qui est
09:15subie.
09:16Elle se fait contrainte et forcée.
09:18Et il ne faut pas oublier non plus qu'il y a beaucoup de métiers dans lesquels les gens ont
09:21absolument besoin de leurs voitures.
09:23Les infirmiers libéraux, les auxiliaires de vie, les artisans, etc.
09:28Et donc, tous ces gens-là, contraints de moins mettre de carburant, se retrouvent en grande difficulté.
09:32Mathieu, toujours pendant ce mois de septembre, une étude de l'INSEE, l'Institut National de la Statistique,
09:37souligne le poids de la facture des carburants sur les ménages des Français.
09:41Oui, effectivement. Et donc, il y a un chiffre qui est facile à retenir et qui est conséquent,
09:45puisque l'INSEE, à ce moment-là, estime que pour 2,2 millions de Français,
09:48c'est environ un mois de salaire par an qui sont exclusivement consacrés aux carburants.
09:52Toi, Mathieu, tu fais des articles racontant comment les automobilistes français s'adaptent à ces prix très élevés de carburant.
09:58D'abord, les voitures électriques attirent de plus en plus.
10:02Oui, pour la première fois, véritablement, les chiffres de vente de voitures électriques neuves décollent.
10:06On arrive à un petit peu moins d'une voiture sur deux, on tourne autour de 40%,
10:11et on assiste en plus au même phénomène sur le marché de l'occasion.
10:15Il y a véritablement un engouement pour la motorisation électrique,
10:18mais qui permet de s'affranchir du carburant et de payer son électricité à un tarif qui, aujourd'hui,
10:23est quand même bien plus abordable que celui du carburant à la pompe.
10:25Il y a aussi un carburant qui fait de plus en plus parler de lui, c'est le superéthanol.
10:30D'abord, rappelle-nous l'essentiel à savoir là-dessus.
10:32C'est quoi ? Combien s'est vendu au litre ? Et comment on peut l'utiliser ?
10:36Alors, le superéthanol E85, c'est ce qu'on appelle un biocarburant.
10:40Il est majoritairement constitué de bioéthanol.
10:43Le bioéthanol, c'est grosso modo un alcool qui est lié à la fermentation de la betterave
10:48et d'un certain nombre comme ça de résidus des matières premières agricoles.
10:52Et effectivement, ce carburant, il clignote à peu près à 0,85 euros du litre en moyenne sur l'année
10:58écoulée.
10:58Donc c'est extrêmement incitatif pour les automobilistes qui vont faire ce choix.
11:02Ce qu'il y a, c'est qu'il y a deux solutions pour pouvoir rouler au superéthanol.
11:05Soit il faut avoir ce qu'on appelle une voiture native superéthanol.
11:08C'est-à-dire que dès le début, quand on était chez le concessionnaire,
11:10on a pris un moteur qui autorise ce type de carburant.
11:13Et il y a une deuxième option qui, là, est beaucoup plus simple à mettre en place
11:16et qui intéresse beaucoup de monde quand on voit les tarifs actuels.
11:18C'est de passer par un boîtier qui va permettre au moteur de rouler avec ce type de carburant
11:24qui est vendu beaucoup moins cher.
11:25Donc on appelle ça un boîtier de conversion.
11:26Et ces boîtiers sont homologués, c'est-à-dire que les constructeurs s'engagent à ce que l'installation
11:31d'un boîtier sur les voitures ne soit pas conflictuelle avec la motorisation existante
11:36et donc puisse permettre sans dommage l'usage de ce carburant.
11:39Et d'un mot, ces boîtiers, c'est aux alentours de 1 000 euros.
11:41Ça peut être assez vite rentabilisé ?
11:43Oui, il faut compter entre 750 et disons 1 100, 1 200 euros selon le modèle de son véhicule.
11:49Et pour faire simple, si on regarde aujourd'hui les tarifs qui sont ceux pratiqués à la station service,
11:53on le rembourse en moins d'un an puisque le lobby du bioéthanol, on va dire,
11:59promet une économie qui tourne autour de 750, 850 euros par an.
12:02Et aujourd'hui, environ 40% des stations service proposent ce carburant
12:06qui est donc deux fois moins cher.
12:08Beaucoup de Français s'y sont mis.
12:09Le bioéthanol fête ses 20 ans.
12:10Depuis 20 ans, on estime que ce sont environ 420 000 automobilistes
12:14qui se sont convertis au superéthanol E85.
12:17Parmi ces 420 000, il y en a à peu près 260 000 qui sont passés par le fameux boîtier
12:22de conversion
12:22et qui, assez facilement, il faut le reconnaître, trouvent du carburant près de chez eux
12:26puisque c'est un peu moins d'une station sur deux qui délivre le superéthanol.
12:35Gwenaëlle, de ton côté, pendant l'été, tu avais travaillé sur la sécheresse
12:38dont souffrent les producteurs de fruits et légumes en France.
12:41Sécheresse qui va avoir des conséquences sur les prix dans les semaines et les mois qui viennent ?
12:45Oui, alors elle a déjà, d'ailleurs, eu des effets visibles en rayon dès cet été.
12:51On a beaucoup parlé des salades devenues rares et chères.
12:54C'est aussi le cas, dans une moindre mesure, des concombres ou des tomates.
12:58Et les chiffres de l'INSEE montrent que les prix ont grimpé de 13% en juillet
13:03par rapport à l'an dernier pour les tomates, les courgettes, les aubergines,
13:06de 8% pour ce qu'on appelle les légumes à feuilles ou à tiges,
13:10donc en l'occurrence les salades, les endives.
13:12Les hausses de prix, parfois, atteignent jusqu'à 50%, par exemple pour la batavia.
13:16Mais on peut prévoir que cette sécheresse, elle va avoir des conséquences à moyen terme
13:20avec des récoltes moins abondantes, des légumes et des fruits plus petits,
13:24sans doute vendus un peu plus cher parce qu'ils ont coûté plus cher à produire.
13:28Ça va aussi avoir des conséquences sur toute l'industrie de la transformation alimentaire.
13:32On sait qu'en Europe, il y a eu des récoltes historiquement basses de pommes de terre, de maïs, de
13:37blé.
13:37Donc voilà, tout ça va avoir évidemment des conséquences au rayon alimentaire en grande surface.
13:43Odile, il y a un sujet assez peu connu dont tu as parlé dans Le Parisien.
13:47Si on regarde au niveau européen, il y a de très grandes différences de prix pour les mêmes produits.
13:53D'abord, est-ce que tu peux nous expliquer ça ?
13:54Oui, alors que le marché européen est censé être unique,
13:57on se rend compte que les multinationales, en fait, elles fragmentent ce marché,
14:00c'est-à-dire qu'elles pratiquent des tarifs différents d'un pays à l'autre.
14:04Alors, on a regardé pour certains produits très grands publics comme une bouteille de coca,
14:08des dosettes de café sans CO, pour des produits qui sortent de la même usine
14:12et on se rend compte que la France est 20% plus chère que l'Allemagne, par exemple.
14:17Alors, l'explication, c'est que les multinationales font des marges différentes selon les pays.
14:21En Allemagne, où il y a beaucoup de discounteurs, comme Aldi Lidl,
14:24elles sont obligées de faire des petits prix et elles se rattrapent sur des pays comme la France.
14:28La Commission européenne estime que ces pratiques commerciales
14:32coûtent aux Français, chaque année, environ 14 milliards d'euros.
14:36Est-ce que l'Europe prend des mesures contre ça ?
14:38Oui, elle a commencé à infliger des amendes, notamment en 2024.
14:42Elle a infligé une amende record à Mont-de-laise internationale
14:45qui produit notamment des gâteaux comme les petits lus, les princes, etc.
14:49Une amende de 337 millions d'euros, ce qui a marqué les esprits.
14:52En ce moment, elle est en train de faire une enquête sur les boissons non-alcoolisées
14:56et elle promet un renforcement des contrôles à partir de 2026.
15:03Odile, le 7 septembre, dans Le Parisien, tu as fait un dossier sur la rentrée des arbitrages
15:08pour de très nombreuses familles en France qui doivent donc faire des choix, parfois difficiles.
15:13Et tu dis que la crise du pouvoir d'achat se voit très vite dès les caisses.
15:17Tu fais un reportage dans un grand super-U de Noisiel en Seine-et-Marne.
15:21Oui, il y a plein de petits détails qui sont très parlants.
15:23Par exemple, quand on parle avec les hôtesses de caisses,
15:26elles vous racontent qu'alors qu'elles ne sont pas obligées d'imprimer les tickets de caisses
15:29puisqu'on fait des économies de papier, la plupart des gens, en ce moment,
15:33demandent le ticket pour vérifier l'addition.
15:35Il y a également un phénomène qui est moins important que pendant les années d'hyperinflation
15:39mais qui est constaté en ce moment.
15:41C'est les gens qui laissent les produits à la caisse parce qu'ils trouvent que c'est trop cher
15:44et ils ne veulent pas payer une addition trop conséquente.
15:46Le jour où j'y suis allée, c'était un paquet de mouchoirs par-ci, un white spirit par-là.
15:51Ce sont surtout des produits d'entretien qui sont considérés comme moins essentiels
15:55que les produits alimentaires.
15:56Le patron de ce super-U de Noisiel te raconte qu'il constate qu'il voit dans son magasin
16:01les changements de comportement.
16:03Oui, depuis la guerre en Iran, déjà lui, il constate que le volume d'achat dans son magasin
16:07a baissé de 1,5%, ce qui est énorme.
16:10Et il y a des phénomènes qu'on avait observés pendant les années d'hyperinflation qui s'accroissent.
16:14En fait, d'abord, les gens achètent vraiment de plus en plus de marques de distributeurs
16:19et puis ils n'achètent quasiment qu'en promotion.
16:22Dans son magasin, il y a les paniers anti-inflation qui sont 150 produits qui sont vendus à prix coûtant
16:27et ces produits se vendent comme des petits pains.
16:30On le disait au début de cet épisode de Code Source, actuellement, l'inflation s'établit à environ 2,4%.
16:36Gwenaëlle, dans ce contexte, le sujet des prix devient particulièrement sensible.
16:40Oui, parce qu'on voit que les consommateurs font des choix de plus en plus contraints.
16:44Et en face, on a une grande distribution qui applique des promotions qui sont elles-mêmes parfois pointées du doigt
16:50parce qu'on ne les juge pas assez rémunératrices pour les producteurs et pour les fournisseurs.
16:55Et donc, effectivement, c'est un sujet qui devient très sensible, au point, par exemple,
16:59que récemment, l'enseigne coopérative U a renoncé à une promotion sur le prix de tomate
17:05parce que c'était jugé trop faible pour pouvoir ensuite payer les producteurs.
17:10Et c'est un sujet dont se sont emparés les parlementaires.
17:13Au printemps dernier, un rapport d'enquête parlementaire s'est penché sur la formation des marges dans la grande distribution
17:20et il pointait alors ce qu'il appelait des pratiques abusives de la part des grandes enseignes.
17:25Et à l'automne, une proposition de loi pourrait être discutée au Parlement
17:29censée favoriser le fait que les enseignes proposent une centaine de produits sains à prix coûtant.
17:37Et récemment, dans l'actualité, il y a eu un autre événement qui va jouer sur le prix des carburants.
17:41Le 11 septembre, la prise par des rebelles yéménites pro-iraniens,
17:46les houtistes d'un détroit stratégique, le détroit de Bab-el-Mandeb,
17:50qui relie l'océan indien à la mer Rouge.
17:53C'est la route qui mène plus au nord au canal de Suez.
17:56Mathieu, est-ce que le gouvernement a peur d'un nouveau mouvement comme celui des Gilets jaunes en 2018 ?
18:02A l'époque, le mouvement était parti d'une colère contre l'augmentation d'une taxe sur les carburants.
18:07Oui, le sujet est dans l'esprit de beaucoup de hauts fonctionnaires aujourd'hui.
18:10C'est un des risques, et d'ailleurs, il est déjà évoqué.
18:13En tout cas, il y a toujours ce parallèle que certains aiment bien faire
18:15entre le prix du pain dans l'ancien régime et le prix des tarifs des carburants aujourd'hui.
18:20En tout cas, c'est un indicateur extrêmement sensible et inflammable, sans jeu de mots.
18:25Et effectivement, aujourd'hui, les tarifs très élevés, presque historiques des carburants,
18:30font peser le risque d'une révolte sociale qui, d'ailleurs, a déjà commencé.
18:34Il y a un certain nombre de professions, les pêcheurs en particulier,
18:36qui ont mené des actions pour dénoncer les tarifs élevés des produits pétroliers
18:40et les perturbations de leur activité.
18:43Donc, du coup, que fait le gouvernement là-dessus ?
18:44Alors, le gouvernement, pour l'instant, il explique qu'il n'a pas de marge de manœuvre,
18:47qu'il n'y a pas de gras, qu'on est un État en déficit, lourdement endetté,
18:51que tout ça s'inscrit dans un contexte où les taux d'intérêt ont augmenté,
18:54et donc que la charge de la dette, le service de la dette,
18:57qu'on paye tous les ans pour non seulement rembourser notre dette,
19:00mais payer ses intérêts, a énormément augmenté et risque d'atteindre des sommets en 2026 et en 2027.
19:05Autrement dit, il n'y a plus d'argent, on n'est pas dans une logique post-Covid
19:09avec le fameux quoi qu'il en coûte.
19:11Les ministres expliquent que non, il n'y a pas grand-chose à faire,
19:13il va falloir faire des efforts.
19:14La seule solution qui est trouvée pour quand même proposer des options
19:17aux gens qui sont vraiment dans le pétrin, c'est une prime gros rouleur.
19:21Voilà, pour l'instant, c'est la seule chose que le gouvernement a consenti
19:24et qui est donc une aide de 100 euros pour un certain nombre de professions.
19:28Mais il n'y aura pas de dispositif global pour l'ensemble des automobilistes à ce stade.
19:39Merci à Mathieu Pelloli, Odile Plichon et Gwenaëlle Bourdon.
19:43Cet épisode de Codesource a été produit par Thibault Lambert et Clémentine Spiller.
19:47Réalisation, Julien Moncouquiol.
19:50Codesource est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
19:53N'oubliez pas de vous abonner pour ne rater aucun épisode.
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20:00Et puis on vous invite aussi à écouter Crime Story,
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