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  • il y a 10 heures
L’ancien négociateur européen souhaite revenir dans la politique française, auréolé du succès de l’accord commercial qu’il est parvenu à conclure avec le Royaume-Uni fin décembre. Code source revient sur le parcours de ce mal-aimé de la droite avec Henri Vernet et Quentin Laurent, journalistes au service politique du Parisien.


Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Mona Delahais, Ambre Rosala et Mathias Penguilly et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Identité graphique : Upian


Archives : France Info, INA.

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Qui va représenter les Républicains à la présidentielle de 2022 ?
00:16Il y a plusieurs candidats à la candidature comme Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez ou encore Xavier Bertrand.
00:21Mais une autre personnalité fait parler d'elle en ce moment, c'est Michel Barnier,
00:26l'ancien négociateur en chef de l'Union Européenne pour le Brexit, la sortie de l'Union du Royaume-Uni.
00:33Qui est-il ? Quel est son parcours ? Et pourquoi rêve-t-il aujourd'hui de l'Elysée ?
00:38Cet épisode de Codesources est raconté par Quentin Laurent et Henri Vernet du service politique du Parisien.
00:49Bonjour Michel Barnier.
00:51Bonjour et bonjour aux auditeurs de France Info.
00:53Quentin Laurent, le 29 décembre, Michel Barnier est sur France Info et il est interrogé sur son avenir politique.
01:00Il va surprendre un petit peu ce monde puisqu'il est invité pour évidemment parler du Brexit, de son expérience
01:05sur la négociation.
01:06Et là, en plus de faire ce bilan, il va dire qu'il veut retrouver les Français. Il dit...
01:10Mon seul souci c'est d'être utile à mon pays qui a besoin de davantage d'unité, de solidarité,
01:16de justice, de respect aussi.
01:17Et je vais essayer d'apporter ma pierre dans ma famille politique qui a aussi besoin d'être reconstruite.
01:23En fait, il dessine une ambition qui va au-delà de son expérience de monsieur Brexit.
01:27Et il dit clairement, voilà, je veux revenir en France et je veux refaire de la politique.
01:31Donc là, on comprend qu'il va revenir auprès des Républicains, qui est la famille politique qu'il n'a
01:36jamais quittée.
01:37Il laisse entendre Ad Mimo qui va s'investir de fait sur la question de la présidentielle.
01:42Henri Vernet, vous l'avez rencontré à plusieurs reprises.
01:45Pour le Parisien, il peut sembler assez austère.
01:48Il est comment, en vrai, quand on le rencontre ?
01:50Disons qu'il est un petit peu distant, professoral.
01:55Il n'a pas l'humour, il n'a pas l'empathie, il n'a pas le côté paillard que
01:58savent avoir les politiques français assez souvent.
02:01Lui, il est un peu gardé.
02:02Il a ce côté bon élève, il a un côté presque boy scout par moment.
02:06Il sait d'ailleurs qu'il n'est pas très drôle parce qu'on le lui a répété souvent dans
02:09sa carrière.
02:10Et donc, il fait des efforts, mais qui peuvent être parfois un petit peu dérisoires.
02:14En même temps, il est très à l'écoute, il est assez pédagogue dans sa démarche de politique.
02:20Quant à Laurent, Henri Vernet, avant de revenir sur la prochaine présidentielle, vous allez nous retracer son parcours.
02:26Michel Barnet a 70 ans, il est marié, il a trois enfants, il est aussi grand-père.
02:30Michel Barnet est né le 9 janvier 1950 à La Tronche, en Isère.
02:36Dans quel milieu, Henri Vernet ?
02:37Dans un milieu, disons, assez traditionnel, petite bourgeoisie.
02:40Son père a hérité d'une PME familiale, il fabrique des coffrets en bois.
02:44Le père est relativement effacé.
02:47La mère, en revanche, joue un grand rôle, disons, politique ou social,
02:51dans la mesure où c'est une femme qui est engagée, c'est une chrétienne sociale.
02:54Et elle marquera beaucoup son fils par ses engagements, qu'il soit humanitaire, qu'il soit de solidarité.
02:59Et surtout, ce qui est très important, c'est qu'il naît certes à La Tronche, en Isère, mais il
03:03grandit à Albertville.
03:05C'est surtout un montagnard.
03:06Il le répétera d'ailleurs à chaque étape de sa carrière, parfois au risque de lasser un peu.
03:10Je suis un montagnard, je me fixe un but, j'avance déterminé.
03:16Il se passionne très tôt pour la politique.
03:18Quand il a 14 ans, il milite en faveur du général de Gaulle pour la présidentielle de 1965.
03:24Alors là aussi, c'est assez amusant quand il raconte ça, parce qu'un monsieur comme ça,
03:27qui vous dit que dès 14 ans, c'est-à-dire à l'âge plutôt des boums,
03:30quand on est collégien, lui, les affiches qu'il a dans sa chambre d'adolescent,
03:35ce sont des portraits du général de Gaulle.
03:36Il va jusqu'à, en 1965, donc il a 14 ans, il va jusqu'à coller des affiches pour le
03:42général de Gaulle.
03:43Et donc, il va dans la rue et quand il colle ses affiches, son prof d'histoire au collège,
03:48qui lui est un militant socialiste, colle sur ses propres affiches, des affiches de Mitterrand.
03:53Sauf que le lendemain, raconte Barnier, le même prof d'histoire lui mettait 17 ou 18 à ses copies.
03:58Quant à Laurent, il vote pour la première fois en 1972,
04:01lors d'un référendum pour l'élargissement de l'Union européenne à plusieurs nouveaux pays,
04:06dont la Grande-Bretagne.
04:07Il se lance en politique à la même période et au début de sa carrière, il est très souvent précoce.
04:12Oui, précoce. Il est très très tôt intéressé et engagé en politique.
04:17Son tout premier mandat, ce sera en 1973, il va être élu conseiller général de Savoie.
04:21À l'époque, il y a certains militants qui me racontaient récemment,
04:24nous, on courait les bars et les filles, et lui, il courait les maisons de retraite,
04:28parce qu'il allait voir les électeurs, parce qu'il était déjà très jeune,
04:31mais très engagé sur le sujet.
04:32Ça va s'enchaîner assez rapidement pour lui, puisqu'il va devenir député pour la première fois en 1978.
04:38Et à l'époque, il est le Benjamin de l'Assemblée.
04:41Michel Barnier soutient Jacques Chirac à la présidentielle de 1981,
04:45mais son champion échoue à se qualifier pour le second tour.
04:49Et dans l'entre-deux-tours qui oppose Valéry Giscard d'Estaing au socialiste François Mitterrand,
04:53il accepte d'interviewer le président sortant dans une vidéo de campagne.
04:57– Bonsoir, pour cette première émission du second tour de l'élection présidentielle,
05:03j'ai demandé à M. Michel Barnier de venir me poser des questions.
05:07– On y voit un tout jeune Barnier qui a eu une espèce de mordant,
05:11il campe sur les positions assez gaullistes,
05:13et on sait la haine en réalité que portaient les gaullistes à Giscard d'Estaing.
05:16Et donc, dans cette interview, il y a un vrai duel entre les deux hommes,
05:20même si Giscard avait bien demandé à Barnier de ne faire aucune relance après ces questions.
05:25Mais on sent une certaine ironie, un certain irrespect chez l'intervieweur Barnier.
05:30– M. le Président, j'appartiens depuis mon engagement personnel à la famille gaulliste.
05:34Beaucoup parmi nous ont le sentiment depuis quelques années de ne pas avoir été écoutés.
05:39On a le sentiment qu'il y a dans la majorité des mal-aimés et des bien-aimés.
05:43– Et on sent parfois chez Giscard un agacement assez glacial.
05:46– M. Barnier, j'ai dit hier, j'ai dit qu'il n'y aurait pas les bien-aimés du
05:50premier tour
05:51et les mal-aimés du second tour.
05:53– Mais du coup, cette interview, c'est un moment intéressant de télévision.
05:56– En 1984, en tant que Président du Conseil Général de la Savoie,
06:00il fait campagne pour l'organisation des Jeux Olympiques d'hiver 1992 à Albertville.
06:05– Il y a derrière cette candidature unanimité de toute la Savoie,
06:09aussi bien la Tarentaise, le Val d'Arly et le Beaufortin que la Maurienne,
06:12qui savent l'intérêt départemental que représente cette candidature si nous gagnons.
06:17– Une campagne très active.
06:18– Oui, la légende veut qu'il ait eu l'idée d'essayer d'organiser justement les Jeux Olympiques à
06:23Albertville
06:23en skiant en 1981 avec Jean-Claude Quilly, qui était le triple médaillé olympique de ski.
06:29Donc c'est avec lui qu'il va mener cette bataille pour décrocher les Jeux.
06:32Et là où il va frapper fort, c'est qu'il va réussir à convaincre François Mitterrand
06:36de s'engager à ses côtés pour justement décrocher Albertville.
06:39Et ça va être quelque chose de très important à la fois pour lui personnellement,
06:43parce que c'est une première conquête collective,
06:45et c'est aussi quelque chose qui a marqué la Savoie et qui a inscrit Michel Barnier
06:49comme étant un personnage très important pour Albertville et la Savoie.
06:53– Il entre au gouvernement pour la première fois sous François Mitterrand,
06:59dans le gouvernement Balladur en 1993, en tant que ministre de l'Environnement.
07:03Ensuite, dans les années 90 et 2000, il sera ministre à plusieurs reprises,
07:07mais rarement à la tête des portefeuilles les plus prestigieux Henri Vernet.
07:10– Oui, c'est vrai que c'est frappant dans un parcours aussi long et aussi riche que le sien,
07:14parce qu'il a eu tous les postes de la République, et même d'ailleurs ceux de l'Europe,
07:16que ce soit des postes d'élus, que ce soit des postes ministériels.
07:19Et en fait, le seul ministère régalien qui l'ait détenu, c'est celui de la France étrangère.
07:23Alors pourquoi ? Il faut bien dire que dans la famille gaulliste, en réalité, chez Chirac,
07:26on le trouve un peu trop européen, justement.
07:29On le trouve un peu trop centriste.
07:30Et surtout, ce qui le marquera pendant longtemps,
07:32moi il m'en a parlé à plusieurs reprises,
07:34c'est la manière dont s'est terminée son unique année à ce poste régalien, au Quai d'Orsay.
07:39Il en a été congédié, mais comme un malpropre, d'une manière très violente,
07:43par Chirac et par Villepin,
07:45qui le tenaient responsable de l'échec du référendum,
07:48vous savez, pour la Constitution européenne de 2005.
07:51– Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy ensuite ne sont pas tendres avec lui.
07:55– Il n'y a jamais vraiment eu d'affinité.
07:56Alors cela dit, une petite nuance, c'est qu'il y a eu beaucoup plus d'affinité
07:59et d'empathie politique entre Sarkozy et Barnier,
08:03contre Chirac et Barnier.
08:04Entre ces deux-là, ça n'a jamais matché,
08:06parce qu'ils n'ont pas vraiment les mêmes convictions.
08:08Et puis parce que Barnier, finalement,
08:09trouve que Chirac est d'abord un opportuniste de la politique.
08:12Et puis Chirac en veut à Barnier pour cette raison-là,
08:14parce qu'il faut savoir qu'en même temps qu'Alberville
08:16pour les Jeux olympiques d'hiver,
08:18Chirac portait lui la candidature de Paris pour les Jeux d'été
08:22et qu'il a, en quelque sorte, l'impression que Barnier et Kili
08:25lui ont torpillé ses chances en faisant passer d'abord Albertville.
08:28Quant à Laurent, y compris dans sa famille politique,
08:31on lui reproche son manque de charisme
08:33et il a parfois des surnoms blessants.
08:35Oui, ça peut être parfois un peu dur.
08:37Il y a un surnom qui est revenu plusieurs fois,
08:38c'est le crétin des Alpes.
08:40Donc c'est un petit peu difficile,
08:41parce que c'est vrai qu'il manque de charisme,
08:43mais par contre, c'est quand même très très loin
08:45d'être quelqu'un d'idiot, Michel Barnier.
08:47Et on a pu aussi lire dans certains papiers
08:48« yaourt pasteurisé ».
08:50Henri Vernet, comment vous expliquez ça ?
08:52Parce que, disons, c'est pas l'homme du microcosme,
08:54c'est pas l'homme des combines,
08:55c'est pas l'homme des petites phrases insérées.
08:57C'est ce qui fait le sel de cette vie politique,
08:59de ce théâtre politique.
09:01Et lui, il n'est pas du tout là-dedans.
09:02Et en même temps, quand j'avais fait un portrait de lui,
09:05j'avais interrogé ceux qui l'avaient côtoyé,
09:06notamment Rachida Dati,
09:07avec qui il avait fait une campagne européenne.
09:10Et Rachida Dati, qui elle, au contraire,
09:12est la quintessence du théâtre politique,
09:14on lui avait dit « oh ma pauvre, tu verras,
09:16qu'est-ce qu'il est chiant, il n'est pas le droit,
09:17t'as pas de chance ».
09:18Et elle m'a dit avoir été très surprise.
09:20En fait, non, c'est quelqu'un qui est très marrant,
09:22qui n'est pas bégueule du tout.
09:23Quand on faisait campagne ensemble en Seine-Saint-Denis,
09:25il allait au contraire des gens.
09:26Bref, c'était plutôt une bonne surprise pour Rachida Dati.
09:30Il sera commissaire européen à deux reprises.
09:33D'abord à la politique régionale entre 1999 et 2004,
09:36puis au marché intérieur et au service de 2010 à 2014.
09:40Et là, il va se faire connaître des Britanniques.
09:42Et oui, parce qu'en tant que marché intérieur,
09:44c'est lui qui s'occupe notamment des services financiers et des banques.
09:47Or, on est juste après la grande crise financière de 2008.
09:50Et donc, Michel Barnier, qui a toujours ce côté assez rigide,
09:53il entend réjonter, réglementer un petit peu le marché bancaire
09:56et notamment la Citi.
09:58Il entend aussi, horreur suprême,
10:01raboter, voire supprimer les bonus des traders,
10:04notamment à Londres.
10:05Et donc, pour les Britanniques,
10:07je crois d'ailleurs que c'est un titre à ce moment-là des tabloïds,
10:09il est l'homme le plus dangereux d'Europe.
10:13En 2014, Michel Barnier vise la présidence de la Commission européenne
10:18et ça se passe mal, quant à Laurent.
10:19Oui, ça fait quatre ans qu'il est commissaire européen
10:21et il aspire à conquérir ce poste de pouvoir
10:24qui est celui de la présidence de la Commission européenne.
10:27Mais il doit affronter Jean-Claude Juncker,
10:29qui est l'ancien Premier ministre du Luxembourg.
10:31Sauf qu'à ce moment-là, Juncker, il est soutenu par Angela Merkel.
10:34Et être soutenu par Angela Merkel, c'est forcément très très fort
10:37quand on parle de la droite européenne.
10:39Donc, il va mener une campagne active,
10:41mais en fait, il n'arrivera pas à déborder Juncker.
10:45Henri Vernet, après cet échec,
10:48Michel Barnier espère représenter la droite
10:50aux élections régionales de 2015 dans sa région d'origine.
10:55Eh bien, en fait, il ne décrochera pas cette investiture
10:57parce que la droite, sa famille politique,
10:58à laquelle pourtant il aurait été fidèle toute sa vie,
11:01eh bien, lui préfère Laurent Wauquiez.
11:02Pourquoi ? Parce que Laurent Wauquiez, il est plus jeune,
11:04il est plus en vue, il a la niaque.
11:06C'est un véritable battleur de foire.
11:08Le 1er octobre 2016, il est nommé négociateur en chef
11:11de l'Union européenne chargée du Brexit.
11:14Henri Vernet, à ce moment-là, les journalistes, les politiques
11:18parlent beaucoup d'un risque d'éclatement de l'Union.
11:20Oui, parce qu'il faut se souvenir du contexte.
11:22Les populismes, les nationalismes font très fort en Europe.
11:25Ils sont aux commandes de plusieurs pays.
11:26La Pologne, la Hongrie, ils sont là en Italie.
11:29Il y a une espèce de vent de Brexit qui souffle sur les opinions européennes.
11:33D'autre part, il y a aussi le jeu, la stratégie des Britanniques
11:37qui entendent négocier, j'allais dire, en direct, en bilatéral,
11:41avec chacun des pays européens.
11:42Parce qu'évidemment, tout le monde n'a pas les mêmes intérêts.
11:45Et donc, justement, tout l'art, ce sera d'essayer de préserver cette Europe
11:47qui est malgré tout menacée d'un vent de dislocation.
11:51Quelle est sa méthode dans cette négociation ?
11:52Il va voir tout le monde.
11:54Il est tout le temps dans le consensus.
11:56Il se déplace.
11:57Il est dans la pédagogie, dans la transparence.
11:59Et notamment, ce qu'il aura fait tout au long de cette négociation,
12:02c'est de rendre compte étape par étape
12:04et de faire le tour des capitales européennes,
12:06des 27 capitales plus Londres.
12:08Et surtout, d'y rencontrer tout le monde,
12:10c'est-à-dire les politiques, les décideurs, les élus,
12:12les syndicalistes, les ONG, tout le monde.
12:14Henri Vernet, en décembre 2018, pour Le Parisien,
12:17vous faites un reportage et vous le rencontrez dans ses bureaux à Bruxelles
12:21avec son équipe qui gère cette négociation du Brexit.
12:23Une équipe très jeune.
12:24Ils sont 55.
12:25Ils ont une moyenne d'âge de 37 ans.
12:27Ils sont de toutes les nationalités.
12:29Et cette équipe, on l'appelle la Task Force 50
12:31parce que 50, c'est l'article 50 du traité de Lisbonne
12:34qui prévoit le divorce possible, donc le Brexit.
12:37Elle est installée dans ce massif bâtiment,
12:39le Berliamont, le siège de la Commission européenne.
12:43Il faut une empreinte digitale.
12:45Il y a une espèce de secret qui entoure ces négociations
12:47parce qu'évidemment, là, se joue pendant ces quatre années
12:49l'avenir de l'Europe.
12:51Et au cours de ce reportage, vous lui parlez de ses éventuelles ambitions pour la suite.
12:54Alors là, il a une formule habituelle.
12:56Je suis un montagnard, donc un pas après l'autre,
12:58il faut élever la ligne d'horizon.
13:00Et la ligne d'horizon, pour lui, très clairement,
13:02à ce moment-là, c'est encore l'Europe.
13:03Et donc, ce qu'il ambitionne, c'est ce rêve avorté
13:07d'être président de la Commission européenne.
13:10C'est quelque chose dont il se sent capable
13:11et même, il se sent plus capable après cette expérience du Brexit
13:15puisqu'il a rencontré à peu près tous les décideurs du continent.
13:19Le poste se libère en 2019, mais ça ne se passe pas comme prévu pour lui.
13:23Non, parce qu'il lui manque le soutien des deux décideurs essentiels de l'Europe,
13:26Angela Merkel, l'allemande, qui n'a jamais été en confiance avec un Barnier
13:31qui est trop finalement trop rigide.
13:32Et surtout du président Macron, il n'a pas son soutien
13:35parce qu'entre les deux hommes, ça n'aura jamais réellement marché.
13:38Macron y trouve ce Michel Barnier un peu trop au ancien monde.
13:43Toujours en 2019, Quentin Laurent, Michel Barnier est accusé de faire pression sur l'Elysée
13:48pour que son fils, Nicolas, soit en position éligible aux Européennes sur la liste LREM.
13:54Son fils, Nicolas, il a 33 ans et à cette époque-là,
13:57il est assistant parlementaire d'un député en marche.
14:00Il est proposé à ce moment-là qu'il figure sur la liste des Européennes,
14:03mais c'est souvent la foire d'empoigne pour avoir une position éligible.
14:06Et c'est vrai que les bruits qui ont raconté que Michel Barnier avait pu appeler l'Elysée ou Matignon
14:11pour essayer de pousser son fiston, ça a un petit peu agacé du côté de la majorité.
14:16Du coup, on a finalement retrouvé Nicolas Barnier sur une liste en Belgique,
14:19mais ça n'aura pas suffi à le faire élire au Parlement européen.
14:22Henri Vernet, on en vient à 2020, à la fin de l'année dernière,
14:25les négociations sur le Brexit sont dans la dernière ligne droite.
14:29D'un mot d'abord, ces négociations, ça a été un véritable feuilleton à rebondissement pendant près de 5 ans.
14:35Mais oui, bien sûr, ne serait-il d'ailleurs qu'en raison dans la vie politique britannique,
14:38qui a été d'une totale folie, avec, rappelez-vous, des ultimatums,
14:43avec des délais qui ont été sans cesse reportés.
14:46Le Brexit, en réalité, aurait dû se terminer deux ans plus tôt.
14:48Donc, cette espèce de théâtre permanent avec une Theresa May,
14:52qui a été première ministre, mise au bord du renvoi,
14:54lui succède un Boris Johnson totalement bouillonnant,
14:57dont on voyait bien d'ailleurs qu'il ne connaissait pas le fond du dossier.
14:59Lui, il prenait ce dossier comme un dossier politique.
15:01Il fallait en gros faire gagner le Royaume-Uni et plier les Européens.
15:05Donc, il y a eu des espèces de manœuvres, parfois assez grossières.
15:08Il y a eu une tentative très constante de faire tomber Michel Barnier,
15:11que les Britanniques trouvaient beaucoup trop rigides.
15:14Et puis, côté européen, c'est vrai que cette unité,
15:16elle n'a pas été simple à maintenir.
15:18Encore une fois, on l'a vu, par exemple, sur le dossier de la pêche,
15:20tout le monde n'avait pas les mêmes intérêts.
15:21Et donc, les tentations de faire cavalier seul ont été réelles.
15:25Parmi les Européens, il a parfois fallu mettre un petit peu d'ordre dans la tête.
15:35Au sommaire de ce jeudi 24 décembre,
15:37un accord arraché in extremis, plus de 4 ans après le Brexit.
15:41Et finalement, le 24 décembre, un accord est trouvé avec le Royaume-Uni.
15:45Il fait 1500 pages.
15:46C'est un soulagement ?
15:47Un soulagement, un étonnement.
15:49Pour tout vous dire, même à l'Elysée, on a été surpris
15:51de l'annonce de cet accord qui est venu à la veille de Noël.
15:54Il y a eu d'ailleurs presque un moment de flottement.
15:57On s'est dit, mais finalement, est-ce que ces négociateurs
15:59ne sont pas allés trop vite, trop loin ?
16:01Et peut-être en ayant cédé un petit peu des intérêts français.
16:03Et juste après cet accord, il prend la parole solennellement devant les journalistes.
16:08Le Royaume-Uni a choisi de quitter l'Union Européenne
16:12et le marché unique de renoncer aux droits et aux avantages d'un État membre.
16:19Il y aura donc, malgré cet accord, de vrais changements
16:24pour beaucoup de citoyens et pour beaucoup d'entreprises.
16:28Il prend la parole, il est fidèle à lui-même, c'est-à-dire qu'il fait un peu la
16:30tronche.
16:31Il souligne notamment, et ça avec une certaine honnêteté,
16:33que par exemple, il y a un échec qui lui tient à cœur, c'est celui d'Erasmus.
16:37Ils n'ont pas réussi dans cet accord à préserver, vous savez,
16:39les échanges d'étudiants entre les pays européens.
16:41Donc c'est fini avec les Britanniques, ça c'est un grand regret.
16:43Et puis donc pour lui, qu'être un Européen convaincu,
16:45c'est le fil de son existence, de sa vie politique,
16:48évidemment, voir partir pour la première fois un membre du club,
16:52un membre de la famille, c'est un échec.
16:53En résumé, il a bien mené ses négociations, mais il ne veut pas s'en réjouir.
16:57C'est exactement ça, parce qu'à l'arrivée, c'est quand même une défaite pour l'Europe.
17:10Quant à Laurent, on en revient à son interview du 29 décembre sur France Info,
17:14où il dit donc qu'il veut se montrer utile à son pays,
17:18en clair qu'il est intéressé par la présidentielle de 2022.
17:21Vous travaillez sur lui dans les jours qui suivent.
17:23Que vous disent vos interlocuteurs à droite ?
17:26À droite, en fait, personne ne l'avait vraiment vu venir, ou en tout cas revenir.
17:29Donc la plupart des gens se disent, bon, tant mieux,
17:31c'est quelqu'un qui a une expérience, qui a un talent, il a une expertise,
17:34donc il peut nous aider à reconquérir le pouvoir, il peut être utile à la famille.
17:38Après, il y en a qui regardent aussi son ambition de façon assez dubitative,
17:42persuadés que de toute façon, il n'a pas le profil, il est trop âgé,
17:45et puis on l'a déjà dit, trop poster pour réussir à vraiment séduire l'électorat,
17:49à aller rechercher l'électorat qui est parti chez Emmanuel Macron.
17:52Henri Vernet, d'un mot, il a un soutien, c'est l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin.
17:56Oui, il partage cette conviction assez centriste,
17:59cette conviction modérée d'une politique plutôt raisonnée.
18:02Il connaît bien l'homme, il sait l'apport qu'il pourrait représenter pour cette droite
18:07qui est parfois un petit peu ébouriffée.
18:09Maintenant, est-ce que c'est un soutien qui pèse réellement ?
18:11Non, parce que Jean-Pierre Raffarin, c'est quand même quelqu'un qui est rangé de la vie politique.
18:15Quant à Laurent, comment la droite va choisir son candidat à la présidentielle de 2022 ?
18:21La droite l'ignore encore en fait, c'est-à-dire qu'il y a deux scénarios.
18:23Le premier, idéal pour le patron du Parti des Républicains, Christian Jacob,
18:27c'est qu'en fait il y aurait un candidat qui se détache dans les sondages,
18:30qui apparaît comme le candidat naturel, c'est le candidat qui va être celui de la droite,
18:34il n'y a pas besoin de discuter.
18:35Si personne ne s'impose et qu'il y a plusieurs candidats qui sont à peu près au même niveau
18:40dans les sondages d'opinion, il faudra trouver une manière de les départager,
18:44ça pourrait être une primaire.
18:45Que fait Michel Barnier actuellement en vue de la prochaine présidentielle, concrètement ?
18:48Il réatterrit progressivement en France parce qu'il a encore quelques dossiers à gérer à Bruxelles.
18:53Là, il est en train de chercher des bureaux parisiens.
18:56Il est en train actuellement de déposer les statuts pour un nouveau micro-parti
19:00qui doit servir, le servir dans ce qu'il a envie de créer dans les mois à venir.
19:04Il était devant les députés à l'Assemblée nationale il y a quelques jours.
19:07Il a annoncé la création d'un groupe de travail qu'il appelle Patriotes et Européens.
19:11Et en fait, on sent bien que c'est cette ligne politique sur laquelle il a envie de construire quelque
19:15chose.
19:15C'est-à-dire à la fois le thème de Patriotes et d'Européens qui sont deux mots qui lui
19:19tiennent à cœur.
19:19Il vise vraiment l'Elysée ou est-ce qu'il cherche simplement à exister comme c'est le cas pour
19:24beaucoup de politiques avant une présidentielle ?
19:26Ça, c'est toujours compliqué de le savoir.
19:27Un de ses proches m'a dit, clairement, il ne revient pas pour revenir un simple ministre.
19:33Non, il y a une ambition et a priori, il vise plus haut.
19:35Donc après, est-ce que c'est du bluff ou pas ?
19:37Est-ce qu'il croit lui vraiment qu'il peut jouer les premiers rôles à droite ?
19:41C'est difficile à dire. Quelqu'un qui connaît très très bien me disait récemment qu'une de ses particularités,
19:45c'est qu'à la fois il ne s'engage jamais sur un chemin qu'il n'a pas méticuleusement
19:49préparé.
19:50Et l'autre, c'est qu'il a assez peu de recul sur sa propre ambition.
19:54Justement, Henri Vernet, est-ce qu'il a une chance de s'imposer à droite avant 2022 ?
19:58Personnellement, j'en doute un peu parce que cette élection présidentielle, c'est quand même une foire d'empoigne.
20:03Et Michel Barnier, on l'a vu, il n'a pas ce côté bonimenteur, battleur.
20:06Ce n'est pas quelqu'un qui distribue comme ça des promesses.
20:09Il n'a rien de démago.
20:10Il est plutôt dans la conviction, le consensus, le raisonnement, le côté pédagogique.
20:15Est-ce que c'est un homme de marathon présidentiel ?
20:18Pas sûr.
20:27Merci à Quentin Laurent et Henri Vernet.
20:29Cet épisode a été produit par Marion Bottorel, Mouna Delahaye, Thibault Lambert et Mathias Pinguilly.
20:35Réalisation, Julien Moncouquiol.
20:37N'hésitez pas à nous écrire codesource at leparisien.fr
20:40ou à nous interpeller sur les réseaux sociaux.
20:42Codesource est le podcast d'actualité du Parisien, disponible chaque soir du lundi ou vendredi,
20:47Pour ne rater aucun épisode, abonnez-vous sur Apple Podcast ou Google Podcast par exemple.
20:53Et puis si vous aimez codesource, parlez-en à vos proches et dites-le nous en mettant des petites étoiles
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