En Saxe-Anhalt, l’extrême droite s’impose lors d’une élection régionale historique. Avec près de 44 % des voix, l’AfD arrive en tête pour la première fois en Allemagne depuis la Seconde Guerre mondiale. Une percée qui pourrait permettre à son candidat Ulrich Siegmund de prendre les commandes du Land.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Judith Perret - Production : Thibault Lambert et Barbara Gouy - Réalisation et mixage : Théo Albaric - Photo : JENS SCHLUTER/AFP - Musiques : François Clos, Audio Network - Archives : France 24, TikTok Ulrich Siegmund.
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00:02Bonjour, c'est Thibaut Lambert et vous écoutez Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, un parti d'extrême droite est arrivé en
00:18tête lors d'élections régionales en Allemagne.
00:20L'AFD, Alternative für Deutschland, a recueilli près de 44% des suffrages le dimanche 6 septembre en Sachsen-Anhalt,
00:29un land de 2 millions d'habitants.
00:32La tête de liste, Ulrich Sigmund, un jeune nationaliste de 35 ans, pourrait devenir le prochain ministre-président de cet
00:39état-région.
00:40Il a fait campagne à Mobilette et sur les réseaux sociaux.
00:44Son programme, pro-russe et anti-immigration, veut notamment inciter les familles allemandes à faire plus d'enfants et revoir
00:52la place des crimes du nazisme dans les programmes scolaires.
00:55Alors comment cette victoire a-t-elle été rendue possible ? L'AFD peut-il vraiment gouverner seule la Sachsen
01:01-Anhalt ?
01:02Cet épisode de Codesources est raconté par Nathalie Versieux, correspondante du Parisien en Allemagne. Elle est avec nous depuis Berlin.
01:16Nathalie Versieux, avant de raconter ce séisme politique, quelques points essentiels pour bien comprendre le système fédéral allemand.
01:24En Allemagne, il y a un chef de l'État, le président de la République, mais contrairement à la France,
01:29il a très peu de poids.
01:31C'est le chancelier et son gouvernement qui conduisent la politique du pays et ils ne décident pas de tout,
01:37puisque les 16 États-régions de l'Allemagne, les Länder, comme on les appelle, ont des pouvoirs importants. Explique-nous
01:44ça.
01:45Oui, effectivement. Alors, on n'est pas en France, tu l'as dit. Les régions ont un pouvoir très important.
01:51L'État fédéral décide de la politique extérieure, par exemple, des finances.
01:56Mais les Länder, eux, ont des compétences, notamment dans l'éducation, la culture et la police.
02:03Historiquement, à quoi ressemble le paysage politique allemand de ces dernières décennies ?
02:08Quels sont les grands partis qui ont dominé la vie politique ?
02:11Pendant des décennies, les grands partis, c'était le parti chrétien-démocrate, la CDU, le parti de Kohl et Merkel,
02:19le SPD qui a aligné trois fois un chancelier, c'était Willem Brandt, Helmut Schmidt et puis Gerhard Schröder,
02:26et puis les libéraux du FDP qui étaient un peu le parti faiseur de roi.
02:31Les coalitions, pendant des décennies, c'était une alternance entre la coalition de CDU et FDP,
02:38donc de CDU et libéraux, ou bien SPD et FDP.
02:41Mais ce jeu bien huilé a été carrément perturbé par l'arrivée de nouveaux partis.
02:47C'était d'abord les Verts.
02:49Et puis après la chute du mur, apparaissent de nouveaux partis encore, les néo-communistes d'Hilinke,
02:55qui étaient surtout forts à l'Est, et puis plus récemment l'AFD.
02:59Ce sont des partis qui répondent à une demande particulière, le climat, l'égalité sociale,
03:05ou bien les intérêts des Allemands de l'Est.
03:08Et pour qu'on soit très très clair et pour schématiser, en gros la CDU, c'était le parti de
03:15droite, on va dire,
03:16et le SPD, le parti de gauche des socialistes, c'est ça ?
03:19Oui, exactement, exactement.
03:20La CDU, parti chrétien-démocrate, un nom qu'on retrouve également en Italie,
03:25et puis le SPD, parti social-démocrate, donc la gauche, oui.
03:29Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et jusque dans les années 2010,
03:33l'extrême droite est quasi inexistante en Allemagne.
03:36En tout cas, elle n'obtient presque aucune voix pendant les élections fédérales,
03:40donc les plus importantes, qui ont lieu tous les quatre ans.
03:43Pourquoi ?
03:43En fait, en Allemagne de l'Ouest, il y a carrément un consensus
03:46autour de ce qu'on appelle la culture du repentir vis-à-vis des crimes nazis.
03:52L'éducation scolaire en Allemagne est très tournée sur l'éducation démocratique.
03:57Alors bien sûr, il y a des néo-nazis,
04:00mais il y a surtout une société civile très mobilisée.
04:04Et puis, les choses ont changé avec la chute du mur.
04:07En RDA, il faut peut-être le rappeler, il n'y avait pas de travail de mémoire sur le nazisme.
04:13Le narratif du régime communiste, c'était les Allemands de l'Est se sont battus contre le nazisme.
04:20C'était les communistes, c'était les bons Allemands.
04:22Et on a complètement éludé la question de la participation des Allemands de l'Est au crime nazi.
04:30Cette année, en 2026, trois lenders doivent renouveler leur assemblée.
04:34Il y a donc trois scrutins locaux, dont un en Sachsen-Anhalt, le 6 septembre.
04:40Nathalie, comment décrire cet état-région en quelques mots ?
04:44Alors, la Sachsen-Anhalt, c'est un tout petit land de 2 millions d'habitants
04:47qui est vraiment au cœur de l'Allemagne, mais côté Est, donc en ex-RDA.
04:51C'est un land qui est très marqué par la fuite de sa population à l'Ouest.
04:55Ça, ça s'est passé après la réunification, mais ça continue toujours.
04:59Après la réunification, l'Allemagne de l'Est a subi un chômage massif.
05:04Tous les combinats du régime communiste, ces grands groupes industriels,
05:08ont été rachetés ou liquidés.
05:11Et ceux qui sont partis, c'est les jeunes bien formés et surtout les jeunes femmes.
05:15Depuis, c'est une véritable catastrophe démographique dans la région.
05:18C'est un land traditionnellement conservateur.
05:21La CDU y est au pouvoir depuis 24 ans.
05:24Lors des précédentes élections régionales en Sachsen-Anhalt, en 2021,
05:29un jeune parti d'extrême droite était arrivé en deuxième position
05:33en remportant environ un quart des sièges.
05:36L'AFD, Alternative für Deutschland, l'Alternative pour l'Allemagne en français.
05:41Et pour ce scrutin de 2026, c'est un jeune député local
05:45qui est choisi comme tête de liste pour ce parti.
05:48Il s'appelle Ulrich Zygmunt, 35 ans.
05:51Il est né trois semaines après la réunification de l'Allemagne en 1990
05:56et il est entré en politique à l'âge de 18 ans.
05:59Qu'est-ce qu'on sait de sa jeunesse et de ses débuts en politique ?
06:03Zygmunt, c'est vraiment un représentant de la génération réunification,
06:07tu l'as dit, ne serait-ce qu'à partir de sa date de naissance.
06:10Il a grandi dans un village de Sachsen-Anhalt, ça aussi c'est important.
06:14Les zones rurales sont particulièrement proches de l'AFD.
06:18Il a fait une formation de vendeur, puis des études de psychologie,
06:23de la vente, mais pas de grandes études.
06:25C'est vraiment un homme du terrain, c'est un fonceur,
06:27ce n'est pas du tout un intellectuel.
06:29Il a fondé à Berlin sa propre société de parfums d'ambiance.
06:34Côté politique, il a rejoint la CDU à 18 ans,
06:38c'était les débuts de Angela Merkel au pouvoir.
06:41En tout cas, la Merkel d'avant 2015,
06:43est ce qu'on a appelé l'ouverture des frontières aux migrants.
06:48En 2014, Ulrich Zygmunt lâche la CDU pour adhérer à l'AFD,
06:53un tout jeune parti créé un an plus tôt en 2013.
06:57Au départ, c'est quoi la ligne de ce parti alternatif für Deutschland,
07:01l'alternative pour l'Allemagne ?
07:02Le parti a tout juste un an, c'est vraiment un tout jeune parti.
07:07Et ce n'est pas du tout l'AFD qu'on connaît maintenant,
07:09c'est un parti d'ultra libéraux en économie
07:13qui conteste les plans de sauvetage de l'euro.
07:16Et ce parti sera véritablement sabordé
07:19par des éléments d'extrême droite
07:21qui, de congrès en congrès,
07:23vont véritablement éjecter les fondateurs libéraux
07:27qui étaient proches de la droite traditionnelle.
07:29Et ça devient un parti qui est adepte
07:32de ce qu'on pourrait appeler une révolution de droite.
07:36En fait, c'est un parti qui veut un changement de système.
07:38Ils veulent la fin de la République fédérale
07:40telle qu'on la connaît maintenant.
07:42Ils veulent ce qu'on appelle la remigration,
07:44c'est-à-dire le renvoi chez eux des étrangers,
07:48y compris de certains Allemands d'origine étrangère
07:51qui seraient considérés comme non intégrés.
07:53Donc vraiment un parti d'extrême droite.
07:55Plus récemment, en 2023,
07:58Ulrich Zygmunt participe dans la ville de Potsdam
08:01à une réunion entre des membres de l'AFD
08:04et d'autres militants néo-nazis.
08:07Une réunion qui devait rester secrète.
08:10Raconte-nous ça.
08:10On est en novembre 2023, le 25 novembre exactement.
08:15Alors il faut imaginer une réunion dans une villa du 19e siècle
08:18au bord de l'eau, la villa Adlon,
08:21qui appartient à une femme d'affaires, à son conjoint.
08:24Lui, il est membre de la CDU.
08:26Les membres de la réunion, c'était des membres de l'AFD,
08:29mais aussi des membres de la CDU.
08:31Et surtout, un idéologue d'extrême droite autrichien,
08:34Martin Zellner, un personnage éminemment sulfureux
08:38qui s'est fait partiellement interdire de séjour en Allemagne.
08:42Et tout ce petit monde échange autour d'un plan de remigration
08:47dans le plus grand secret.
08:49Le scandale est énorme en Allemagne.
08:51L'affaire provoque même des manifestations monstres.
08:54Plus d'un million de manifestants le week-end
08:56qui a suivi les révélations à travers le pays,
08:58donc en janvier 2024.
09:02On fait un saut dans le temps.
09:03En 2025, comme on l'a dit,
09:05Ulrich Zygmunt est désigné tête de liste de l'AFD
09:08pour les élections en Sachs-Anhalt.
09:10Et dès le départ, il mène une campagne intensive
09:13sur les réseaux sociaux,
09:14notamment à travers son compte TikTok.
09:20Il apparaît comment dans ses vidéos ?
09:22Il faut voir, il a 35 ans.
09:24Donc vraiment, la maîtrise totale des réseaux sociaux,
09:26ce n'est pas spécifique à lui.
09:28Les réseaux sociaux, c'est vraiment le principal moyen
09:31de communication de l'ensemble du parti.
09:33L'AFD évite carrément les médias classiques.
09:37Zygmunt, c'est un homme à l'aise dans toutes les situations.
09:39Il tutoie automatiquement tout électeur potentiel.
09:43Cheveux grisonnant très court, très souriant.
09:46En fait, une allure de gendre idéale.
09:48C'est vraiment quelqu'un de très charismatique.
09:51Disons qu'il est le visage plus souriant de l'AFD
09:55et il séduit.
09:56Pendant sa campagne, il est conseillé par un homme
09:59qui s'appelle Hans Thomas Till Schneider.
10:02Qui est-il en quelques mots ?
10:04Till Schneider, c'est vraiment l'anti-Zygmunt.
10:06C'est un intello.
10:07Il a fait des études de sciences islamiques.
10:10Il parle arabe, persan, français.
10:12C'est un allemand de l'Ouest.
10:14Ça, c'est une différence importante aussi
10:16par rapport à Zygmunt.
10:17Il est né à Timisoara,
10:19dans une famille qui fait partie
10:22de la minorité allemande de Roumanie.
10:23Et ses parents émigrent en 1980
10:26vers l'Allemagne de l'Ouest.
10:27Il est alors très jeune.
10:29Il n'a que 3 ou 4 ans de mémoire.
10:31C'est lui qui est l'auteur du programme électoral
10:35qui a été rédigé en amont de la campagne.
10:39Et c'est un programme qui est particulièrement radical,
10:42même comparé aux autres programmes électoraux de l'AFD,
10:45les programmes régionaux comme le programme au niveau fédéral.
10:48On va en parler dans quelques minutes
10:50de ce programme de l'AFD en Saxe-Analte.
10:53Nathalie, tu t'es rendue à un meeting de campagne de l'AFD.
10:57À quoi ça ressemble ?
10:58Alors, un meeting de campagne de l'AFD,
11:00en général, il y a des discours.
11:02Mais Zygmunt, lui, il a fait une campagne
11:04quasiment sans discours.
11:06Il signe des autographes à tour de bras.
11:08La foule est en liesse.
11:10Il arrive que des jeunes parents
11:11lui tendent leur bébé,
11:13comme si c'était un messie.
11:14C'est vraiment une ambiance extrêmement surprenante.
11:17Le 18 juillet 2026,
11:19le magazine hebdomadaire Der Spiegel
11:22affiche le visage d'Ulrich Zygmunt
11:24en titrant
11:25« L'homme le plus dangereux d'Allemagne ».
11:28Comment réagit l'intéressé ?
11:30On peut presque dire que ça a été,
11:32malheureusement pour le Spiegel,
11:33un gros coup de pub pour Zygmunt.
11:36Parce que depuis,
11:37il signe à tour de bras
11:39les couvertures du Spiegel
11:40que lui tend la foule.
11:42Et certains exemplaires signés
11:45se seraient même vendus
11:46plus de 1000 euros sur Ebay.
11:48Pendant la campagne,
11:49Zygmunt se déplace beaucoup
11:51avec une mobilette
11:52qui était très utilisée
11:53par les Allemands de l'Est
11:55au temps de la RDA.
11:56Est-ce que tu peux nous décrire
11:57ce deux roues
11:58et nous dire pourquoi
11:59c'est un objet important
12:01dans cette campagne ?
12:02Oui, alors c'est tout simplement
12:03une mobilette
12:04pas particulièrement rapide
12:06et très polluante.
12:08Donc la Simpson.
12:09Zygmunt, lui,
12:10il organise carrément
12:11des meetings de Simpson.
12:12Alors bien sûr,
12:14pour beaucoup de gens
12:15en Allemagne de l'Est,
12:17la Simpson s'est associée
12:18à des souvenirs personnels.
12:20Et Zygmunt,
12:21comme l'AFD,
12:23surfe sur cette identité
12:25est-allemande oubliée
12:26ou bien qu'on pourrait même dire
12:28supprimée par l'Allemagne de l'Ouest
12:31avec un certain mythe du colonialisme.
12:33L'Allemagne de l'Est
12:34aurait été colonisée
12:35par l'Allemagne de l'Ouest
12:37selon ce mythe.
12:39On peut dire qu'il surfe
12:40sur une certaine rancœur
12:42des Allemands de l'Est
12:43vis-à-vis de la réunification ?
12:45Oui, tout à fait.
12:46La réunification a été loin
12:47d'être parfaite.
12:49Ça, même dans les camps
12:50conservateurs d'Allemagne de l'Ouest,
12:52on le reconnaît maintenant.
12:5435 ans après la chute du mur,
12:56les niveaux de patrimoine,
12:58il y a des différences colossales.
13:00Nettement plus que 100 000 euros
13:02par Allemands de l'Ouest
13:04contre quelques dizaines
13:05de milliers d'euros
13:06pour les Allemands de l'Est
13:07qui, du temps de la RDA,
13:09n'avaient pas le droit
13:09d'être propriétaires, par exemple.
13:11Toujours des différences
13:12en termes de revenus,
13:13des différences au niveau
13:14des retraites.
13:15Il n'y a toujours pas eu
13:17vraiment un travail en Allemagne
13:19de réflexion sur les conséquences
13:22de la réunification
13:23et les imperfections
13:24de la réunification.
13:25Ça ne fait que commencer.
13:26Hormis donc ces effets de manche,
13:29ces déplacements en mobilette,
13:30est-ce que Zygmunt,
13:31pendant sa campagne en Saxe-en-Alpes,
13:33défend beaucoup les mesures
13:34de son programme dans ses meetings
13:35et sur les réseaux sociaux ?
13:37Oui, il faut vraiment dire
13:38ce qu'il dit,
13:39c'est vraiment du blabla.
13:40C'est très difficile
13:41pour ses adversaires d'ailleurs
13:43parce qu'il évite soigneusement
13:44de dire ce qu'il fera
13:46s'il arrivait au pouvoir.
13:48C'est des phrases comme
13:49« rendre l'Allemagne aux Allemands »,
13:51« le retour au bon vieux temps »
13:53sans que personne ne sache
13:54vraiment ce que ça veut dire.
13:55Est-ce que le retour au bon vieux temps,
13:57c'est le retour au régime communiste ?
13:58Est-ce que c'est le retour à la RDA ?
14:01Est-ce que c'est le retour
14:01aux années 90 ?
14:03Dans les années 90,
14:04le chômage en Saxe-en-Alpes,
14:06c'était plus de 25% de la population,
14:09rien n'allait.
14:11C'est ce genre de généralité
14:12qu'il répand lorsqu'il s'exprime.
14:17Alors Nathalie,
14:18on va s'arrêter maintenant
14:19quelques minutes
14:20sur le programme de l'AFD
14:23dans ses élections.
14:24D'abord, c'est un programme
14:25qui comporte des mesures radicales
14:27en matière d'immigration.
14:29Oui, alors il faut vraiment distinguer
14:31entre l'AFD au niveau national
14:33et l'AFD au niveau régional.
14:35Là, on retrouve le principe
14:36du régionalisme.
14:37Chaque land,
14:39chaque structure de l'AFD
14:40au niveau régional
14:41rédige son propre programme
14:42en fonction de ses élections régionales.
14:45La logique de l'AFD,
14:46c'est de dire
14:47qu'on dépense des milliards
14:49pour des étrangers,
14:50les personnes qui sont en situation
14:53de demande d'asile,
14:54et on ne dépense pas assez d'argent
14:56pour les Allemands.
14:57Donc, on retrouve dans le programme
14:59de l'AFD de Sachsen-Halb,
15:00par exemple,
15:01une prime à la naissance
15:02pour les familles allemandes.
15:04Multiplier les expulsions,
15:06ce genre de choses.
15:07Donc, l'immigration est présente,
15:09oui, bien sûr,
15:10mais l'immigration,
15:12ce n'est pas vraiment
15:13la compétence des lenders.
15:15Quantité de ces mesures
15:17sont contraires à la Constitution
15:18et l'AFD risque,
15:20si elle arrivait au pouvoir,
15:21de perdre de nombreux procès,
15:24si elle tentait d'instaurer
15:26ce genre de mesures.
15:27En ce qui concerne l'école,
15:29l'AFD de la Sachsen-Halb
15:30veut revoir les programmes scolaires
15:32et notamment les programmes d'histoire.
15:34Alors ça,
15:35c'est directement lié toujours
15:36à cet idéologue
15:37dont nous avons parlé tout à l'heure,
15:39Hans-Thomas Till Schneider,
15:41qui est l'auteur du programme
15:42de l'AFD de Sachsen-Halb.
15:44Pour lui,
15:45l'Allemagne aurait un complexe
15:47de culpabilité
15:48vis-à-vis du nazisme
15:49et il faut à nouveau rendre
15:50les Allemands fiers
15:51de leur histoire,
15:52donc axer le programme scolaire
15:55sur le XIXe siècle,
15:57sur la période de la force
15:59de l'Allemagne,
15:59sur Bismarck
16:00et beaucoup moins
16:02sur le nazisme
16:03qui serait un peu présenté
16:04comme un accident de l'histoire.
16:07C'était une des phrases
16:08qui avait fait un énorme scandale
16:10par le passé
16:11au sujet du nazisme
16:13aux yeux de l'AFD.
16:14On retrouve d'autres mesures chocs
16:16pour l'éducation
16:17comme le fait d'autoriser
16:18davantage l'école à domicile,
16:21retirer les élèves
16:22handicapés
16:23des établissements
16:24tout publics,
16:25mais aussi
16:25rendre l'apprentissage
16:27du russe obligatoire.
16:29Pourquoi le russe ?
16:30Alors là encore,
16:31c'est Tilly Schneider
16:33qui a vraiment
16:34un tropisme russe.
16:35En fait,
16:36l'AFD a beaucoup de mal
16:37à se positionner
16:38vis-à-vis de la Russie.
16:40Mais globalement,
16:41ce qu'on peut dire,
16:41c'est que les Allemands
16:42anglaises sont plutôt
16:43pro-russes
16:43et anti-américains.
16:45Ça, c'est vraiment
16:46un héritage
16:47de la guerre froide.
16:48Chez l'AFD de l'Ouest,
16:50par contre,
16:51il y a quand même
16:51une grande méfiance
16:52vis-à-vis de la Russie.
16:54Pour l'extrême droite
16:55de Sachsen-Halte,
16:56la Russie,
16:57c'est le gaz
16:57et l'énergie bon marché.
16:59Et puis,
17:00il y a ce refus
17:01des dépenses colossales
17:02en soutien à l'Ukraine.
17:04L'Allemagne a dépensé
17:0630 milliards d'euros
17:07pour aider l'Ukraine
17:08depuis la guerre
17:09d'occupation de la Russie.
17:10Et du point de vue
17:12de l'AFD,
17:13l'État ne s'occupe plus
17:14de ses citoyens,
17:15d'organiser leur quotidien.
17:18On en vient aux événements
17:19les plus récents.
17:20À un mois du scrutin
17:21en Sachsen-Halte,
17:22les sondages donnent
17:24l'AFD largement en tête.
17:26Et lors d'un reportage
17:27pour Le Parisien,
17:28Nathalie,
17:28tu rencontres le directeur
17:29d'un théâtre public
17:31de cet État-région.
17:32Il a très peur
17:33que le pouvoir
17:34passe aux mains
17:35de l'AFD.
17:36Pour quelle raison ?
17:37Qu'est-ce qu'il te dit ?
17:38Oui, alors c'est
17:39Julien Chavaz.
17:40C'est un Suisse.
17:41En fait,
17:41il craint pour la liberté
17:42de la culture,
17:43tout simplement,
17:44parce qu'en Sachsen-Halte,
17:45l'AFD promet
17:46le retour à une culture patriotique.
17:49Ça veut dire
17:50que tout ce qui serait jugé
17:51trop à gauche,
17:52woke, LGBT ou autre,
17:54ne toucherait plus
17:56de subvention.
17:57Et quand je suis allée
17:58voir Julien Chavaz,
17:59je l'ai vu
18:00lors d'une répétition
18:01pour un spectacle,
18:03une pièce de théâtre
18:04qui certainement
18:05ne correspondrait pas
18:06aux critères
18:07de culture patriotique.
18:09Il y a une grosse inquiétude
18:10dans la région.
18:11Est-ce que maintenant,
18:11dans les théâtres,
18:12on ne verra plus
18:13que Wagner
18:14et des danses
18:16folkloriques
18:16régionales ?
18:18Le dimanche 6 septembre,
18:20c'est le jour
18:20des élections régionales
18:22en Sachsen-Halte,
18:23des élections observées
18:24dans toute l'Europe.
18:26À 18h,
18:27les premiers résultats
18:28tombent.
18:28Une victoire historique
18:30de l'extrême droite
18:30en Sachsen-Halte
18:31dans l'Est de l'Allemagne.
18:33L'AFD récolterait
18:34entre 44 et 44,5%
18:37des voix
18:37selon les estimations.
18:39Et c'est une gifle
18:40pour la CDU
18:41et un raz-de-marée
18:42pour l'AFD.
18:43Alors, l'AFD obtient
18:44tout simplement
18:4543,8% des voix.
18:47C'est bien plus
18:47que ce qu'on imaginait
18:48parce que les sondages
18:49oscillaient entre
18:5040 et 41%.
18:52La CDU,
18:54de son côté,
18:54elle a perdu carrément
18:55la moitié
18:56de ses voix.
18:57Et le soir des élections,
18:59Krupala,
18:59qui est un des chefs
19:00de l'AFD
19:01au niveau fédéral,
19:02a lâché
19:03cette petite phrase.
19:04Friedrich Merz,
19:05donc le chancelier
19:06de l'Allemagne,
19:07avait promis
19:08de réduire
19:08notre score
19:09de moitié.
19:10Et finalement,
19:10c'est la CDU
19:11qui a perdu
19:12la moitié
19:12de ses électeurs
19:13tandis que nous,
19:13on a doublé
19:14notre score,
19:15donc satisfaction
19:16des autorités
19:18du parti
19:19au niveau fédéral.
19:21Quelles sont les réactions
19:22qui dominent
19:22à Berlin
19:23après ces résultats ?
19:24C'est vraiment un choc.
19:25Il y a eu
19:26une petite manifestation
19:27lundi soir,
19:28quelques milliers
19:28de personnes
19:29sur la porte
19:30de Brandebourg.
19:32Moi, j'ai eu
19:32un petit reportage
19:33à faire là-dessus,
19:34c'était vraiment
19:35la peur,
19:36peur d'une vague brune
19:38qui pourrait continuer
19:39à se répandre
19:40en Allemagne.
19:41Ça va osciller
19:42entre c'est un scandale,
19:44c'est honteux
19:45et puis c'est la peur
19:46jusqu'où ça va aller.
19:50Nathalie,
19:50on l'a dit,
19:51l'AFD a écrasé
19:52ses concurrents
19:52mais le parti
19:53n'a pas réuni
19:54suffisamment de voix
19:55malgré tout
19:56pour obtenir
19:57la majorité absolue
19:58des sièges
19:59au Parlement
19:59de Saxe-Han-Haltz.
20:00Il lui en manque
20:01trois,
20:02c'est peu
20:03mais sa force,
20:04Ulrich Zygmunt
20:05a entré en discussion
20:06avec des élus
20:07d'autres partis
20:08et parmi les pistes
20:09évoquées pour l'instant,
20:10il y a l'idée
20:11de s'entendre
20:12avec un parti
20:12qui est à l'extrême-gauche,
20:14c'est ça ?
20:15Oui,
20:15ce parti de l'extrême-gauche
20:17c'est BSW,
20:18ce sont des dissidents
20:19du parti néo-communiste
20:21mais ils ont
20:22un certain nombre
20:23de points communs
20:23avec l'AFD,
20:24réduire le prix
20:25de l'énergie,
20:26la proximité
20:27avec la Russie
20:28et le fait
20:29d'être contre
20:30l'immigration.
20:31Alors pour BSW,
20:33il n'est quand même
20:33pas question
20:34d'une alliance,
20:35ils sont favorables
20:37à un soutien
20:37au cas par cas
20:38sur des projets communs.
20:40Zygmunt,
20:41lui,
20:41il a jusqu'à présent
20:42dit qu'il ne voulait
20:43pas devenir ministre-président
20:45sauf s'il avait
20:45la majorité absolue.
20:47La stratégie que lui,
20:49il privilégierait,
20:50ça serait de rallier
20:51à lui
20:52quelques députés
20:53de la CDU
20:54qui seraient prêts
20:55à quitter leur parti
20:56en fait
20:56et à faire défection
20:58pour se rapprocher
20:59de l'AFD.
21:00Et combien de temps
21:01ces discussions,
21:02ces tractations
21:03peuvent-elles durer ?
21:04Ça peut durer des semaines,
21:05ça peut durer des mois.
21:08En fait,
21:08en Allemagne,
21:09on a toujours
21:09une longue phase
21:10de négociation
21:11en vue de parvenir
21:12à un programme commun
21:14de gouvernement.
21:15Là,
21:15les négociations
21:16vont être d'autant plus longues
21:18qu'il n'y a vraiment
21:19aucun parti
21:19qui est prêt
21:20à faire une alliance
21:21directe
21:22avec Zygmunt.
21:23Seul ce parti
21:25d'extrême-gauche
21:26est prêt
21:26à un rapprochement
21:27et encore
21:28sous condition.
21:29On comprend donc
21:30qu'il peut se passer
21:30un peu de temps
21:31avant que l'AFD
21:32ne prenne effectivement
21:33le contrôle
21:33de la Saxe-Analte
21:35et que le Rich Zygmunt
21:36accède au siège
21:37de ministre-président.
21:38Nathalie,
21:39est-ce que cette victoire
21:40locale inédite
21:41de l'AFD,
21:42elle peut avoir
21:43des répercussions
21:44dans toute l'Allemagne ?
21:45Ah oui,
21:46tout à fait.
21:46C'est vraiment
21:47une défaite personnelle
21:48du chancelier
21:49Friedrich Merz
21:49qui est particulièrement
21:50impopulaire
21:51à cause de sa politique
21:53économique ultra-libérale
21:55et des dépenses
21:57militaires très élevées
21:58qui font que
21:59les Allemands
21:59ont l'impression
22:00qu'ils ne profitent pas
22:01de l'État.
22:03La CDU
22:03va d'ailleurs
22:04de défaite en défaite
22:05aux élections régionales
22:07depuis que Merz
22:07est au pouvoir.
22:08C'est une très grande
22:09insatisfaction
22:10dans les rangs du parti.
22:12Il faut imaginer
22:12le nombre de députés
22:14qui ont tout simplement
22:15peur pour leur poste.
22:17Ce qui fait que maintenant,
22:18certains au sein
22:19de la CDU
22:19envisagent carrément
22:20le remplacement
22:21de Merz
22:22par un autre chef
22:23plus charismatique,
22:25plus populaire.
22:26Et puis,
22:27il y a un autre point.
22:28Si l'AFD arrive au pouvoir,
22:30le ministre de l'Intérieur
22:31du Land
22:32de Sachsen-Halt
22:33aura en théorie
22:35accès à toutes
22:36les informations
22:37confidentielles
22:38des services
22:39de renseignement
22:39allemands.
22:40Et là,
22:41il y a vraiment
22:41une grosse peur
22:42d'une fuite
22:43vers Moscou
22:44d'informations
22:45confidentielles.
22:46Cette peur,
22:47elle est réelle
22:47en Allemagne,
22:48mais aussi
22:49chez les partenaires
22:50étrangers de l'Allemagne.
22:56Merci à Nathalie Versieux.
22:58Cet épisode de Codesource
22:59a été produit
23:00par Barbara Gouy
23:01et réalisé
23:02par Théo Albaric.
23:05Codesource,
23:06c'est le podcast
23:07quotidien
23:07d'actualité du Parisien.
23:09N'oubliez pas
23:09de vous abonner
23:10pour ne rater
23:11aucun épisode.
23:12Et vous pouvez aussi
23:13nous écrire
23:14à cette adresse
23:15codesource
23:15at leparisien.fr.
23:17On vous invite aussi
23:18à écouter
23:19Crime Story,
23:20le podcast
23:20fait divers du Parisien.
23:22Il est présenté
23:23par Claudia Prolongeau
23:24et Damien Delsenis
23:25avec,
23:26si vous l'avez raté,
23:27une série exceptionnelle
23:29sur l'affaire Epstein
23:30en six épisodes.
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