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  • il y a 10 minutes
Des centaines de milliers de personnes ont manifesté dans plusieurs villes de France le mardi 6 octobre. Cette mobilisation fait suite à plusieurs semaines d’une contestation lycéenne émaillée de violences.


 Direction de la rédaction : Nicolas Charbonneau - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Judith Perret - Production : Clara Garnier-Amouroux et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Photo : LP/Olivier Arandel - Archives : FranceInfo, BFMTV, Vert le média - Musiques : François Clos, Audio Network.

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Ils dénoncent leurs conditions de vie, des établissements souvent vétustes,
00:15le manque de remplacement de professeurs absents ou encore les dysfonctionnements de la plateforme Parcoursup.
00:22Une partie des lycéens manifestent en France depuis le mois de septembre,
00:25une mobilisation émaillée de violence. Au lendemain de la journée de manifestation du 6 octobre
00:31qui a réuni des centaines de milliers de jeunes, Codesources fait le point aujourd'hui
00:36à la fois sur le mouvement des lycéens, sur leurs revendications et sur les actes de violence
00:41qui ont marqué cette mobilisation. On est avec deux journalistes du Parisien,
00:46Damien Delsony, chef du service Police-Justice et Frédéric Goyard, spécialiste éducation.
00:58Frédéric Goyard, le mouvement des lycéens, débute le 17 septembre dans le Val-de-Marne. Comment ?
01:03Au lycée Saint-Exupéry, exactement, donc un lycée de Créteil, des enseignants décident de se mettre en grève
01:10parce qu'il manque des professeurs, tout simplement. Il manque un professeur de maths, un professeur de français.
01:16Il y a aussi le pôle médico-social qui est touché puisque l'infirmière est en arrêt, elle n'a
01:20pas été remplacée.
01:21Donc ces professeurs se mettent en grève et ils vont être rejoints dès le lendemain, le vendredi,
01:26par des lycéens qui décident de se rassembler devant le lycée.
01:30Donc là, on est le 18 septembre et puis le 21, donc là, le lundi, il y a un blocus
01:36devant ce lycée Saint-Exupéry
01:38et c'est là que naît véritablement le mouvement des lycéens.
01:42J'ai peur de faire des études que je n'aime pas, de faire un métier que je n'aime
01:45pas, de sombrer dans une dépression.
01:46Nos rêves ne rentrent pas dans une case Parcoursup.
01:49Le problème avec Parcoursup, c'est que ça brise nos rêves.
01:51Et en plus, c'est encore pire quand on vient de milieux défavorisés, de milieux populaires.
01:54Si Macron est devant moi, je lui dirais tout simplement de m'écouter.
01:57De même pas m'écouter moi, mais de nous écouter nous.
01:59Parce qu'en fait, on en a marre, on est à bout.
02:01Les revendications sont nombreuses.
02:02À travers la France, on peut citer d'abord le problème des professeurs absents qui ne sont pas remplacés.
02:07Oui, c'est un mal endémique qui dure depuis plusieurs années.
02:10Une élève de première, par exemple, de ce lycée Saint-Exupéry dont on vient de parler,
02:14me racontait qu'elle n'avait pas de professeur de maths depuis la rentrée scolaire
02:19et qu'il avait fallu attendre quasiment trois semaines pour qu'il soit remplacé.
02:23Elle me disait aussi que l'année dernière, elle n'avait pas eu de professeur d'anglais pendant quatre mois
02:27et que ça avait déjà été le cas au collège.
02:30Un rapport parlementaire qui vient d'être publié annonce qu'il y a 20 millions d'heures perdues
02:35en 2024-2025 pour les collèges et les lycées.
02:38C'est dire l'ampleur du phénomène.
02:40On n'a pas de profs, on a des problèmes niveau hygiène.
02:44Les profs, franchement, il y en a un tiers qui ne sont pas remplacés.
02:47Même nous, dans notre lycée, qui n'est pas, franchement, ce n'est pas un des pires.
02:49On a déjà deux profs qui manquent cette année.
02:51On peut être écouté par l'État et qu'il y ait des mesures pour pouvoir bâtir notre avenir.
02:56Il y a aussi les emplois du temps qui sont parfois creux ou, à l'inverse, trop remplis
03:00depuis la réforme du bac de 2018.
03:03C'est le phénomène des emplois du temps gruyères.
03:06C'est-à-dire que c'est des emplois du temps où il y a beaucoup de trous pendant la
03:09journée.
03:10Un élève que j'ai croisé il y a peu de temps devant un lycée me racontait que, par exemple,
03:14le mardi où on se parlait, il avait cours de 8h à 12h.
03:18Ensuite, il avait un trou de midi à 16h.
03:21Et ensuite, il reprenait de 16h pour terminer sa journée à 18h.
03:26Et ça, plusieurs fois par semaine.
03:28C'est, en effet, une des conséquences de la réforme du baccalauréat de 2018.
03:33Autre problème, les conditions de vie.
03:35Beaucoup de lycéens estiment que les établissements ne leur permettent pas de bien vivre leur journée d'études.
03:40Des locaux vétustes ou beaucoup trop chauds, par exemple, pendant les canicules.
03:44Il y a deux dimensions à ce problème du bâti scolaire.
03:48D'un côté, la vétusté de certains établissements.
03:51D'ailleurs, le Parisien l'a très souvent documenté ces dernières années.
03:55Reportages qui ont été faits dans des lycées d'Île-de-France, notamment, avec des plafonds qui s'effondrent.
04:00Des infiltrations d'eau dans les murs.
04:03Des toilettes dans un état déplorable.
04:05On a même des images de rats qui traversent des couloirs, par exemple.
04:09Donc ça, c'est un vrai problème avec la dégradation, la vétusté du bâti scolaire.
04:14Et puis après, il y a l'inadaptation, on va dire, de beaucoup de bâtiments, de lycées, aux aléas climatiques.
04:21Avec des élèves qui cuisent à partir des beaux jours.
04:24On se souvient en mai et en juin dernier d'élèves qui suffoquaient dans leur classe.
04:29Et puis, ils se plaignent également d'avoir parfois froid lors des périodes hivernales.
04:33Là, c'est les préfabriqués.
04:35Il y a certains de nos cours qui sont à l'intérieur.
04:37Et même quand il neige ou il pleut, on a cours là.
04:39Il fait extrêmement froid en hiver.
04:40Et en été, il fait chaud parce que c'est des conteneurs, littéralement.
04:43On n'a pas les conditions pour travailler.
04:46On est dans des classes surchargées.
04:47On est près de 30.
04:48On se sent délaissés par la société.
04:50Alors qu'on est les adultes de demain.
04:52On a besoin de nos conditions.
04:53On a besoin de choses pour réussir.
04:55On est considérés comme une génération de personnes qui s'en foutent de tout.
04:59Mais sauf que personne nous aide.
05:00Même l'État, on a l'impression qu'il nous délaisse.
05:04Frédéric, il y a aussi la question de Parcoursup qui est souvent évoquée.
05:07Alors l'un des prochains codes sources sera consacré à cette question.
05:11Mais en résumé, quel est le problème ?
05:12On rappelle d'un mot que Parcoursup, c'est cette plateforme en ligne sur laquelle les élèves de Terminal indiquent
05:17les études supérieures qu'ils souhaitent faire.
05:19Cette plateforme est l'objet de critiques récurrentes des lycéens depuis sa mise en fonction en 2018.
05:25Alors, ce n'est pas tout à fait nouveau parce qu'à l'époque, il y avait une autre plateforme
05:28qui s'appelait Admission Post-Bac.
05:30Et là, il y avait des tirages au sort carrément pour faire en sorte que les élèves puissent accéder à
05:35leur filière.
05:35Mais en gros, si on veut résumer, les élèves aujourd'hui critiquent Parcoursup parce qu'ils estiment qu'elle est
05:42basée sur un algorithme qui est trop opaque,
05:45que ça les envoie dans des filières qu'ils n'ont pas choisies.
05:48Mais il faut dire que ce n'est pas toujours tout à fait vrai parce que le véritable problème, c
05:53'est qu'il y a beaucoup trop d'élèves
05:55et pas assez de filières pour les accueillir dans le supérieur.
05:59Et donc, on a beaucoup d'élèves qui aujourd'hui se retrouvent sans affectation dans l'enseignement supérieur.
06:04Frédéric, le ministre de l'Éducation nationale, depuis un an, s'appelle Édouard Geffray.
06:09Il a 48 ans. Il a quel profil ?
06:10C'est ce qu'on appelle un technocrate par rapport à un ministre qui aurait un profil un peu plus
06:16politique.
06:16Il a fait Sciences Po, l'ENA.
06:20Ensuite, il est entré au Conseil d'État.
06:22Et finalement, au ministère de l'Éducation nationale, où il a d'abord été directeur des ressources humaines
06:28et ensuite directeur général de l'enseignement scolaire.
06:32Si on veut schématiser, c'est le numéro 2 du ministère.
06:35Il a occupé ce poste quand même pendant 5 ans, de 2019 à 2024.
06:39Et à ce titre, c'est lui, par exemple, qui a mis en musique la réforme du bac dont on
06:43vient de parler
06:44ou qui a géré les périodes Covid avec les différents protocoles dont tout le monde a souvenir.
06:50Le contexte de ce mouvement, tous les Français le connaissent.
06:53Un parti présidentiel qui n'a pas la majorité à l'Assemblée, des finances publiques dans le rouge
06:58et un gouvernement qui n'a plus que quelques mois de travail utile avant la présidentielle des 18 avril et
07:032 mai.
07:04Frédéric, le mouvement lycéen prend de l'ampleur fin septembre.
07:08Des centaines d'établissements sont bloqués ou perturbés. Pourquoi ?
07:11Parce qu'il y a des signaux d'alerte depuis plusieurs années.
07:14On a évoqué tout à l'heure le non-remplacement d'enseignants absents.
07:19Eh bien, ce signal d'alerte existe depuis plusieurs années.
07:23Et les gouvernements successifs ont apporté des réponses partielles
07:27ou n'ont pas véritablement répondu à ce problème vraiment endémique.
07:32On parlait également du bâti scolaire.
07:34Là encore, les réponses n'ont pas été à la hauteur.
07:37Et ça, ça fait longtemps que les lycéens se mobilisent contre ces problèmes-là.
07:42Mais il y a une autre dimension dont on n'a peut-être pas assez parlé.
07:46C'est le malaise de cette jeunesse.
07:48On est face à une jeunesse qui est confrontée à un avenir qui est assez bouché,
07:54avec des crises successives, celle du Covid, bien sûr,
07:57mais aussi la guerre qui frappe à la porte de l'Europe.
08:01L'IA dont on ne sait pas trop ce que ça va donner plus tard.
08:05Donc, on voit là qu'il y a un malaise qui s'exprime.
08:08D'ailleurs, dans leurs revendications, les lycéens parlent souvent de la santé mentale
08:13qui est pour eux un problème majeur.
08:15Le gouvernement va accuser à plusieurs reprises la France Insoumise d'encourager ce mouvement.
08:19Le jeudi 1er octobre, Matignon évoque, je cite,
08:22une manœuvre organisée par LFI et ses proxys de l'ultra-gauche.
08:26Sur le terrain, devant les lycées bloqués, on voit souvent des élus LFI
08:29comme le maire de Saint-Denis, Bali Bagayoko, le 29 septembre.
08:33Frédéric, toi, tu es spécialiste éducation.
08:35Est-ce que tu as le sentiment que LFI encourage ce mouvement
08:38ou se contente de le soutenir ?
08:40Je pense que LFI capitalise sur ce mouvement.
08:43D'ailleurs, si on reprend l'origine du mouvement,
08:46le 17 septembre à Créteil, lorsque les enseignants se mettent en grève,
08:51LFI n'est pas là.
08:52Le lendemain, le vendredi 18, lorsque les étudiants rejoignent le mouvement,
08:56ils ne sont pas là non plus.
08:57En revanche, le 21, lorsqu'il y a un gros blocus
09:00devant le lycée Saint-Exupéry de Créteil, où tout est né,
09:04là, on voit les députés de la circonscription,
09:07en tout cas les députés du coin, Louis Boyard et Clémence Guettet de LFI,
09:11venir au soutien des lycéens.
09:14Donc, on voit bien qu'il y a une volonté de se raccrocher au mouvement
09:17et peut-être, en effet, de l'encourager.
09:20Alors, on en vient aux nombreux épisodes de violences extrêmes
09:23survenues fin septembre ou début octobre, des violences souvent filmées au smartphone
09:27qui font le tour des réseaux sociaux.
09:29Damien, le 28 septembre, à Saint-Ouen-Lomone, dans le Val-d'Oise,
09:32un adolescent de 14 ans est blessé.
09:34Après une altercation avec des policiers, il reçoit un tir de grenade lacrymogène.
09:38Alors, ce qu'on voit, c'est évidemment la partie finale de l'altercation.
09:42On voit effectivement ce jeune qui porte un ou deux coups de pied à une policière
09:47qui est face à lui. Ils sont vraiment très, très proches l'un de l'autre.
09:49Et on a le coéquipier, en fait, de cette policière qui se trouve juste derrière,
09:53qui, effectivement, utilise son lance-grenade lacrymogène extrêmement près du visage
09:59de ce jeune ado, beaucoup trop près.
10:01On est vraiment totalement... On voit sur les images que c'est pas du tout la procédure habituelle.
10:06On voit d'ailleurs, au ralenti, la grenade qui part dans le visage du jeune garçon.
10:10Le jeune garçon, il est blessé très grièvement dans la mesure où il a perdu beaucoup de dents.
10:15Il a une mâchoire qui est également fracturée avec la pose de plaque.
10:18Enfin, des blessures qui sont lourdes et qui auront probablement des conséquences ensuite.
10:22Cette séquence, donc, elle a été filmée.
10:24Elle a surtout donné lieu à l'ouverture d'une enquête de l'inspection générale de la police nationale
10:28qui est allée assez rapidement.
10:29Dès le mardi de cette semaine, le policier en question, qui est l'auteur présumé du tir,
10:34a été mis en examen pour des violences volontaires et donc suspendue.
10:38Donc, ça fait partie, effectivement, d'un premier épisode documenté de ces affrontements.
10:44À Marseille, le jeudi 1er octobre, une femme essaie d'empêcher des casseurs de s'en prendre.
10:49Un abrébus et un adolescent de 15 ans la vise à la tête avec une bombe à aérosol transformée en
10:55lance-flammes.
10:56L'individu a été interpellé le jour même.
10:59Il a reconnu les faits. D'après le parquet, il a exprimé de profonds regrets.
11:03Il est mis en examen pour acte de barbarie.
11:07Damien, autre violence filmée qui a beaucoup choqué, un policier lynché au sol.
11:13Ça se passe le vendredi 2 octobre à Belfort.
11:15Oui, on est en plein chaos post-manifestation à Belfort.
11:19Et on voit effectivement ce policier.
11:21Alors, la première vidéo le montre au sol.
11:23Et on voit un certain nombre de jeunes qui viennent le frapper.
11:26Alors, le frapper de manière à la fois très violente et surtout le frapper à la tête.
11:33Cette vidéo, elle sera suivie d'une deuxième, quelques heures plus tard, qui va semer un peu la confusion.
11:38Vidéo qui, en fait, a été tournée quelques minutes avant cette agression.
11:41On voit ce même policier qui, à ce moment-là, est en train d'interpeller un jeune.
11:46Cette interpellation, elle se passe dans un endroit un peu particulier.
11:48Elle se passe dans le lit d'une toute petite rivière qui se trouve à côté.
11:52C'est vrai que sur la première vidéo qui est filmée de manière un peu difficile,
11:56on a l'impression que les deux sont allongés dans l'eau.
11:59Alors, il y a tout de suite une rumeur que ce policier aurait essayé de noyer le jeune.
12:03Alors qu'en réalité, on comprend après l'examen des images et même l'audition de ce jeune
12:07que finalement, il n'y a pas eu de tentative de noyade.
12:09C'est juste une interpellation dans un chaos total qui se passe dans un cours d'eau.
12:13Cette deuxième vidéo est venue un peu brouiller la première.
12:16Mais en tout état de cause, l'agression extrêmement violente
12:19et relativement rare qu'on s'en prenne à des policiers, ça arrive.
12:22Là, il y a quasiment une tentative de lynchage filmé.
12:25Idem, en cas de judiciaire ouverte,
12:27un certain nombre de personnes participant à cette bagarre ont été interpellées.
12:30Pas tous au moment où on se parle.
12:32Mais effectivement, c'est une des images fortes de ces manifestations.
12:38Damien, au-delà de ces actes tout à fait particuliers,
12:40il y a eu beaucoup de tirs de mortiers d'artifice aux abords des lycées bloqués.
12:44C'est quoi ces mortiers et pourquoi ça peut être dangereux ?
12:46En réalité, ces mortiers d'artifice, ce sont des feux d'artifice
12:48et des engins pyrotechniques dont on pourrait se servir
12:51pour tirer un feu d'artifice dans son jardin
12:53à l'occasion d'une fête de famille ou autre.
12:55Là, on s'en sert comme une arme.
12:57C'est-à-dire qu'on fait des tirs tendus à destination des policiers.
13:00Les policiers connaissent ce système parce que régulièrement,
13:04pour ne pas dire tous les jours en France,
13:05il y a des incidents qui impliquent des tirs de mortiers
13:08soit directement sur des policiers, soit sur des bâtiments.
13:11Il y a beaucoup de commissariats qui ont été attaqués comme ça
13:13avec des tirs de mortiers en région parisienne, mais aussi ailleurs.
13:16Alors, il y a eu des restrictions dans certains magasins
13:19pour vendre ce type d'articles,
13:20mais on sait très bien que sur Internet,
13:22on peut acheter même en semi-gros ou en gros
13:24des mortiers de feux d'artifice qui viennent de Chine.
13:27On les récupère, on les stocke,
13:29et après, on peut s'en servir dans le cadre
13:31d'émeutes urbaines ou de manifestations.
13:32D'après un bilan donné par le ministère de l'Intérieur,
13:35le lundi 5 octobre, ces violences ont fait plus de 200 blessés
13:38parmi les élèves, plus de 700 chez les policiers et gendarmes
13:41et 85 parmi les personnels de l'éducation nationale,
13:45dont une trentaine de chefs d'établissement et d'adjoints.
13:48Les dégâts matériels, eux, se chiffrent en millions d'euros.
13:52À Nantes, notamment, la façade du lycée Nelson Mandela
13:55a été détruite par un incendie le 1er octobre.
13:58Frédéric, le vendredi, le ministre de l'Éducation nationale
14:01reçoit des représentants lycéens.
14:03Cet échange avec le ministre de l'Éducation,
14:05Édouard Geffray, dure environ 3 heures.
14:07Il donne quoi ?
14:08Pas grand-chose à leur sortie.
14:10Les organisations lycéennes,
14:12elles sont trois à avoir été reçues par Édouard Geffray.
14:15À leur sortie, donc,
14:17elles sont relativement frustrées.
14:19Elles disent même qu'elles sont déçues
14:21de cet échange.
14:23Le ministre de l'Éducation s'est engagé
14:26à être plus réactif
14:28sur les absences de professeurs non remplacés.
14:32Il dit qu'il veut mieux travailler aussi
14:34sur la démocratie lycéenne.
14:36La démocratie lycéenne, vous savez,
14:37c'est ces conseils de vie lycéenne
14:38qui existent dans les lycées
14:40où les élèves peuvent venir apporter
14:43leurs doléances ou leurs envies même.
14:47Voilà, il y a quelques petites mesures comme ça.
14:49Il annonce également qu'il va mettre en place
14:51une plateforme de concertation,
14:54c'est-à-dire que c'est une plateforme
14:55qui sera accessible sur Internet
14:57où les élèves pourront venir dire
14:59un petit peu ce qu'ils pensent.
15:01Mais pour les lycéens,
15:03tout ça, c'est de la poudre aux yeux.
15:04Ils le disent d'ailleurs très clairement.
15:06Ils annoncent qu'il faut poursuivre le mouvement
15:08et à ce moment-là, ils disent
15:10qu'il y aura une manifestation
15:11dans toute la France le 6 octobre.
15:13Le gouvernement prépare l'examen du budget 2027
15:15qui doit débuter à l'Assemblée le 13 octobre
15:18et une mesure concernant les jeunes
15:20est abandonnée le jour même de son annonce.
15:22Explique-nous ça.
15:23Le gouvernement prévoyait de faire payer
15:26aux étudiants non boursiers
15:27178 euros de droits d'inscription pour les BTS
15:31et 278 euros pour les classes préparatoires
15:36aux grandes écoles.
15:37Alors la mesure, elle a été annoncée le matin même
15:41et le soir même, à la télévision,
15:44Édouard Geffray annonce que le gouvernement
15:47décide de retirer cette mesure.
15:50C'est un gage en réalité qu'il entend donner aux lycéens
15:53mais la ficelle est un peu grosse
15:55pour les organisations lycéennes
15:57qui là encore disent que c'est finalement
16:00une manœuvre du gouvernement
16:02pour essayer de leur faire arrêter leur mouvement.
16:05Frédéric, pendant le week-end du samedi 3 octobre,
16:08j'imagine que le gouvernement redoute de nouvelles violences
16:11pendant la prochaine journée de mobilisation lycéenne
16:13le mardi 6 octobre ?
16:14C'est en tout cas ce que nous confie
16:16un ministre du gouvernement
16:17qui craint des violences encore plus graves
16:20que celles qui ont eu lieu en 2023
16:23à la suite de la mort du jeune Naël à Nanterre.
16:26Un autre membre du gouvernement nous dit
16:29que pour lui, LFI cherche l'accident
16:31et qu'on risque d'arriver à un drame.
16:34Pourquoi ? Parce que le 6 octobre,
16:37il doit y avoir une grande manifestation
16:38dans toute la France
16:40et que les étudiants ont rejoint le mouvement lycéen.
16:43Il y a eu une jonction entre les lycées
16:46et les universités.
16:47Donc on se retrouve avec un mouvement
16:49qui commence à prendre de l'ampleur
16:51et pour certains, ça rappelle les grands mouvements
16:53qu'il y a pu avoir en 2006,
16:55par exemple contre le contrat premier embauche,
16:58voire même, si on remonte plus loin,
17:00en 1986,
17:01contre le projet de loi de Vaquet
17:03où on se souvient, il y avait eu des centaines de milliers
17:06de jeunes dans la rue.
17:07Le lundi 5 octobre, un peu plus de 400 lycées
17:10sont perturbés ou bloqués d'après le ministère de l'éducation
17:13qui précise que c'est en recul
17:14par rapport aux 560 de vendredi.
17:17Mais ce jour-là, Damien,
17:19un drame se produit à Lens dans le Pas-de-Calais.
17:21Un adolescent de 15 ans est gravement blessé
17:24par une grenade assourdissante.
17:25Très gravement,
17:26puisqu'il a perdu sa main,
17:29une de ses mains.
17:30Alors, il y a une enquête, évidemment,
17:32qui est en cours sur les circonstances exactes.
17:34Est-ce qu'il a ramassé cette grenade
17:36qui était au sol pour la rejeter de l'autre côté ?
17:39C'est à ce moment-là que la grenade a explosé
17:41et lui a emporté la main.
17:42Est-ce que cette grenade est venue percuter sa main
17:44et a explosé à ce moment-là ?
17:46Tout ça est en cours de vérification,
17:47en cours d'enquête.
17:48En tout état de cause,
17:49c'est quand même un très jeune garçon
17:51qui participait à un blocus devant un lycée
17:53qui se retrouve amputé d'une main
17:55parce que la blessure est quand même
17:57très impressionnante sur les quelques images
17:59qu'on a pu voir.
18:00Damien, que ce soit les LBD,
18:01les lanceurs de balles en caoutchouc
18:03ou les grenades de désencerclement,
18:05pourquoi les forces de l'ordre ont recours
18:07à ces armes très dangereuses
18:09à l'occasion de manifestations de lycéens,
18:11donc des adolescents âgés de 15 à 18 ans
18:14pour la plupart ?
18:15C'est toute la difficulté de ce mouvement précis.
18:20Quand on est face à un public adulte,
18:23même s'il est violent,
18:25il y a des procédures qu'on connaît
18:26et qui se mettent en place.
18:27La difficulté du mouvement des lycéens,
18:29c'est qu'il y a un mix entre effectivement
18:31des ados, parfois très jeunes,
18:33qui ne sont pas forcément d'ailleurs
18:34aguerris à ce type de manifestations
18:36et aux risques qu'elles peuvent comporter.
18:38Et on a un mélange entre ce public-là
18:40et un public qui est plus venu
18:42pour des affrontements avec les forces de l'ordre
18:44et pour éventuellement casser ou piller.
18:47Et ce mélange crée une difficulté
18:49pour les forces d'intervention,
18:51c'est qu'il faut discriminer en gros
18:52qui sont les manifestants pacifiques
18:54de ceux qui le sont beaucoup moins.
18:56Ces armes qui sont utilisées,
18:58on peut parler des lanceurs de balles de défense,
19:00les LBD,
19:01on peut parler des grenades lacrymogènes,
19:02on peut parler des grenades de désencerclement
19:04ou d'assourdissement.
19:05Elles ont chacune une fonction.
19:06On sait que les gaz lacrymogènes
19:07sont normalement,
19:09dans le langage policier,
19:10un outil de discrimination.
19:12C'est-à-dire qu'en gros,
19:13les policiers estiment que
19:14quand on envoie des grenades lacrymogènes,
19:15ça permet de faire partir
19:17ceux qui sont les moins véhéments
19:20et que ceux qui restent
19:21après ce premier jet de grenades lacrymogènes
19:23sont ceux qui veulent en découdre.
19:24Pour avoir quand même échangé
19:25avec pas mal de policiers
19:26depuis la semaine dernière,
19:27ils ont cette difficulté
19:28d'être quand même
19:29dans une forme de retenue,
19:31en tout cas de discernement
19:32par rapport à ça,
19:33mais aussi la nécessité pour eux
19:35de faire cesser
19:36un certain nombre d'agissements,
19:37alors qu'ils ne sont pas
19:38les blocus forcément en eux-mêmes,
19:40mais qui se passent un peu autour,
19:41c'est-à-dire les incendies,
19:42les feux de poubelle,
19:43les dégradations de mobilier urbain,
19:45voire aussi les jets de pierre
19:46et les jets de prolétisme
19:47qui peuvent les viser.
19:48Damien, il y a un autre problème
19:49dont tu m'as parlé
19:50en préparant ce podcast,
19:51c'est la question de
19:52qui est face aux manifestants aujourd'hui ?
19:54Oui, sur les blocus
19:55qu'on rencontre
19:56depuis le début de ce mouvement,
19:57que ce soit à Paris,
19:58en banlieue ou ailleurs en France,
19:59on a souvent,
20:01comme primo intervenant,
20:02même comme intervenant tout court,
20:04des policiers
20:04qui ne sont pas des policiers,
20:06qui ne sont pas des CRS,
20:06qui ne sont pas des gendarmes mobiles,
20:07qui ne sont pas aguerris
20:08au maintien de l'ordre,
20:09qui peuvent être des policiers
20:10de brigades anticriminalités
20:11ou des policiers
20:12du commissariat du coin
20:13qu'on fait venir
20:13avec un casque et une matraque.
20:15Et forcément,
20:16quand on a en face de soi
20:17des policiers
20:18qui sont moins expérimentés,
20:20il y a plus de risques.
20:21Le ministre de l'Intérieur,
20:22Laurent Nunez,
20:23il estime qu'il faut conserver
20:24ces moyens d'action,
20:26pas de changement de stratégie ?
20:27Pas en l'état.
20:27Vous savez,
20:28la stratégie du maintien de l'ordre,
20:29elle a été beaucoup discutée
20:30ces dernières années,
20:31beaucoup depuis le mouvement
20:32des Gilets jaunes,
20:32qui a été une sorte de révolution,
20:35une sorte de moment
20:36un peu charnière
20:36dans le maintien de l'ordre en France.
20:38Normalement,
20:38un maintien de l'ordre réussi,
20:39c'est un maintien de l'ordre
20:40qui fait baisser la pression.
20:41Ce qu'on constate en France
20:42depuis quelques années,
20:43c'est qu'au contraire,
20:44on a l'impression
20:45que le maintien de l'ordre
20:46tel qu'il est réalisé
20:47parfois augmente ses tensions
20:49et termine systématiquement
20:50en affrontement.
20:51Ce n'est pas que de la faute
20:52de la police,
20:53ce serait idiot de le dire,
20:54ce n'est pas que de la faute
20:55du système du maintien
20:56de l'ordre en France,
20:56c'est aussi parce qu'en face,
20:58on a une partie des personnes
21:00qui viennent dans ces manifestations
21:02uniquement pour casser
21:03et uniquement pour affronter
21:05les forces de l'ordre
21:05parce que ça devient politique
21:08donc cette violence qui est plus forte,
21:10elle a une réponse plus forte en face.
21:12Donc la difficulté,
21:13c'est de savoir maintenant
21:13comment on va essayer
21:14de faire baisser cette pression
21:15pour que la réponse
21:18à la violence
21:19sur certaines manifestations
21:20ne soit pas une violence
21:21policière exagérée
21:23parce que sinon,
21:23évidemment,
21:24le curseur ne cessera de monter.
21:25Il y a quand même
21:25une mesure ponctuelle
21:26qui a été prise
21:27suite au drame de Lens,
21:29ce jeune qui a perdu la main.
21:30Oui, une mesure
21:31qu'a prise Laurent Nunez,
21:32le ministre de l'Intérieur,
21:33c'est de suspendre
21:34l'utilisation
21:35de ces grenades assourdissantes
21:38le temps de l'enquête
21:39sur les faits de Lens
21:40mais de le suspendre
21:41uniquement dans le cadre
21:42des manifestations lycéennes.
21:44C'est-à-dire,
21:44en gros,
21:45pour faire très simple,
21:46on n'utilise plus
21:47de grenades assourdissantes
21:48dans des manifestations
21:50où il y a des adolescents
21:51ou il y a des mineurs.
21:53On en vient justement
21:55aux manifestations du mardi 6 octobre.
21:57Les cortèges sont fournis
21:58un peu partout en France,
21:59notamment dans les grandes villes
22:00comme Paris, Lyon,
22:01Marseille, Lille
22:02ou encore Nantes.
22:03Un peu plus de 260 000 manifestants
22:05en total
22:06d'après le ministère
22:07de l'Intérieur.
22:08Près de 450 000
22:10selon les organisateurs.
22:12Mobilisation, Frédéric,
22:13sans violence majeure
22:14dans l'ensemble.
22:15Les organisateurs parlent
22:16d'une réussite
22:17et finalement,
22:18ce qu'on a vu,
22:18c'est une ambiance
22:19plutôt festive,
22:21joyeuse,
22:21dans les cortèges
22:22de, je crois qu'il y a eu
22:23une trentaine de villes
22:24où il y a eu
22:24des manifestations
22:26avec des lycéens
22:27et des étudiants.
22:28Et on a pu constater
22:30qu'il y a bien eu
22:31des dégradations,
22:32c'est-à-dire vitrines cassées,
22:34des abris de bus
22:35également endommagés.
22:37Mais au final,
22:38il y a eu peu de débordements
22:39et peu de violences
22:41très graves.
22:42D'ailleurs,
22:42le gouvernement annoncera
22:44le soir même
22:45un peu moins de 500 interpellations
22:48et 43 fonctionnaires
22:50de police blessés.
22:53Frédéric,
22:54pendant cette journée
22:55de manifestation,
22:56le chef du gouvernement,
22:57Sébastien Lecornu,
22:58tient à se montrer
22:59ouvert au dialogue
23:00avec les jeunes.
23:01Le Premier ministre
23:02tente de reprendre la main
23:03à l'Assemblée nationale
23:04pendant que les lycéens
23:06manifestent.
23:08Il a laissé le champ libre
23:09jusque-là
23:10à son ministre
23:11de l'éducation,
23:12Édouard Geffray.
23:13Et là,
23:14il annonce
23:15que lors du retour
23:16des élèves
23:17dans leur classe,
23:18il y aura
23:18une demi-journée
23:20de cours
23:22suspendus
23:22où les élèves
23:23pourront
23:24s'exprimer
23:25sur le mouvement,
23:26dire ce qu'ils en ont pensé,
23:27poser des questions
23:28à leurs professeurs.
23:30Une mesure d'ailleurs
23:30qui n'est pas très bien vécue
23:32par les proviseurs
23:33qui ne veulent pas
23:33entendre parler
23:34de ces cours
23:36banalisés,
23:37on va dire.
23:37Et il annonce également,
23:39et là,
23:39c'est en lien direct
23:40avec les revendications
23:41lycéennes,
23:42que Parcoursup
23:43pourra être revues,
23:44en tout cas,
23:45dit-il,
23:45ce qui peut l'être.
23:46Et il rappelle
23:48que lors du budget
23:502027,
23:51il y aura
23:51un peu plus
23:52d'un milliard
23:53supplémentaire
23:54pour l'éducation nationale.
23:55Mais il faut bien avouer
23:56que c'est un message
23:57assez inaudible
23:59dans le cortège lycéen.
24:01Sébastien Lecornu
24:02continue par contre
24:03de fustiger
24:04l'attitude de LFI
24:05à la tribune de l'Assemblée.
24:06Il accuse
24:07la France insoumise
24:08d'avoir le projet politique
24:10de, je cite,
24:11bordéliser le pays
24:12avant l'élection présidentielle
24:14et de semer le chaos
24:15depuis ce mouvement
24:16des lycéens.
24:17La réalité,
24:17c'est que vous êtes
24:19ambigu avec la violence
24:21car la violence
24:22fait partie
24:22de votre projet politique
24:23de bordélisation
24:24du pays
24:25entre maintenant
24:26et l'élection présidentielle.
24:28Et je vais vous dire
24:29une chose,
24:29Madame la Présidente,
24:30mentir sur les intentions
24:32du gouvernement
24:32ne vous sauvera pas
24:34électoralement.
24:35Frédéric,
24:36nouvelle journée
24:36de mobilisation lycéenne
24:37ce jeudi 8 octobre.
24:39Est-ce que ce mouvement
24:40peut durer ?
24:41Ce mouvement
24:41peut durer
24:42et ceci pour plusieurs raisons.
24:44C'est-à-dire que
24:45premièrement,
24:45cette contestation
24:47elle expose
24:48un malaise de la jeunesse
24:49comme nous l'évoquions
24:50plus haut,
24:51un malaise auquel
24:52le gouvernement
24:52a toutes les peines
24:53du monde
24:54à répondre.
24:55Et deuxièmement,
24:56dans les revendications
24:57lycéennes,
24:58que ce soit
24:58les professeurs non remplacés,
25:00que ce soit
25:00le bâti scolaire,
25:01le gouvernement
25:02n'a pas les moyens
25:03budgétaires
25:04de répondre.
25:05Et même,
25:05j'ai envie de dire,
25:06s'il avait la manne financière
25:07là,
25:08tout de suite,
25:09qu'il pouvait mettre
25:09sur la table,
25:10refaire des lycéens neufs,
25:12recruter des enseignants
25:14dans des matières
25:15où il en manque,
25:17eh bien,
25:17c'est plusieurs années.
25:18Ce sont des questions
25:19qui se traitent
25:20sur le temps long,
25:21alors que les lycéens,
25:22eux,
25:23ne cessent de le dire,
25:24ils veulent des réponses
25:25immédiates.
25:51Merci à Frédéric Goyard
25:53et Damien Delsenny.
25:54Cet épisode de Code Source
25:55a été produit par Clara Garnier-Amourou
25:57et réalisé par Julien Moncouquiole.
26:00Code Source est le podcast quotidien
26:02d'actualité du Parisien.
26:03N'hésitez pas à vous abonner
26:05pour ne rater aucun épisode.
26:06Et puis,
26:07le Parisien en podcast,
26:08c'est aussi Crime Story
26:09avec un nouvel épisode,
26:11une nouvelle affaire criminelle
26:12racontée chaque samedi matin.
26:14Sous-titrage Société Radio-Canada
26:16Sous-titrage Société Radio-Canada
26:21Sous-titrage Société Radio-Canada
26:27Sous-titrage Société Radio-Canada
26:28Sous-titrage Société Radio-Canada
26:29Sous-titrage Société Radio-Canada

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