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  • il y a 9 heures
Les trois têtes de région veulent représenter la droite à la prochaine élection présidentielle, alors que Les Républicains n’ont toujours pas désigné de candidat unique. Récit.


Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Clawdia Prolongeau - Production : Thibault Lambert, Clara Hage et Ambre Rosala - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian


Archives : Huffpost, France24, France bleu, RTL, INA, L'Obs, France Info.

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Qui sera soutenu par les Républicains en 2022 ?
00:16Laurent Wauquiez, Valérie Pécresse ou encore Xavier Bertrand
00:19semblent renforcés à l'issue du second tour des régionales ?
00:22Comment les rapports de force ont-ils évolué ces dernières années au sein de la droite et du centre ?
00:27Où en est-on aujourd'hui, au lendemain des régionales et à moins d'un an de la présidentielle ?
00:32Cet épisode de Codesource est raconté par Alexandre Sulzer du service politique du Parisien.
00:45Le soir du second tour des élections régionales, le dimanche 27 juin,
00:50après leur réélection, Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez et Valérie Pécresse
00:54se montrent présidentiables dans leur discours.
00:57Ce résultat me donne la force d'aller à la rencontre de tous les Français.
01:03J'ai été et je serai la présidente de tous les Franciliens.
01:08Ce soir, une équipe de France, de la droite et du centre a émergé dans les régions.
01:13Nous avons une grande responsabilité et j'y prendrai toute ma part.
01:18Les Français attendent cela. Ils attendent du courage.
01:21Ils attendent le chemin du bon sens et ils attendent la reconstruction pour notre pays.
01:27Tout est là. Merci à tous.
01:32Alexandre Sulzer, vous couvrez la droite pour le Parisien.
01:35On va voir ensemble comment on en est arrivé là et comment se porte la droite à moins d'un
01:39an de la présidentielle 2022.
01:41On a choisi de commencer cet épisode avec la présidentielle précédente 2017 qui était souvent présentée comme imperdable pour François
01:49Fillon.
01:50La France sort de cinq ans de quinquennat de François Hollande.
01:53Un quinquennat que l'on sait compliqué pour la gauche et la droite se dit qu'elle va naturellement récupérer
01:58le pouvoir.
01:59L'alternance va fonctionner de façon classique.
02:02Et donc, elle organise une primaire et se dit que le vainqueur de la primaire sera de façon certaine le
02:07futur président de la République.
02:08Et pas du tout. On sait ce qu'il en est. François Fillon gagne effectivement la primaire.
02:13Mais ensuite, c'est un échec complet puisque la dynamique de campagne est largement cassée par les révélations du canard
02:19enchaîné sur l'emploi fictif de son épouse, Pénélope Fillon.
02:23François Fillon face aux révélations du canard enchaîné.
02:26Son épouse Pénélope a touché 500 000 euros en 14 ans comme collaboratrice parlementaire.
02:31Les sondages baissent et finalement, François Fillon n'est pas qualifié au second tour.
02:35Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez et Valérie Pécresse, eux, avaient choisi de briguer des têtes de région au scrutin de 2015.
02:43Xavier Bertrand s'était vraiment posé la question d'aller ou pas à la présidentielle.
02:47Et finalement, il s'est rendu compte que l'heure n'était pas venue.
02:49Il a regardé qui était sur la ligne de départ.
02:51Il a vu qu'il y avait Alain Juppé, à l'époque largement favori, François Fillon et surtout Nicolas Sarkozy.
02:56Donc, il a préféré renoncer dans l'obstacle et se concentrer à la conquête de sa région dans les Hauts
03:02-de-France.
03:02Valérie Pécresse, elle avait déjà tenté la conquête de l'île de France en 2010.
03:06Elle avait échoué face à Jean-Paul Luchon, socialiste.
03:10Elle a retenté donc en 2015 avec le succès, pour le coup, sur le fil que l'on connaît.
03:15Et enfin, Laurent Wauquiez, lui, conquiert sa région d'Auvergne-Rhône-Alpes, son fief, puisque lui est député de Haute
03:20-Loire.
03:21Pour ce sujet, on va s'appuyer sur les archives du Parisien.
03:24Le 12 novembre 2017, le Parisien consacre son fait du jour, son dossier de une, à Laurent Wauquiez, le président
03:30de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
03:32Le titre, Laurent Wauquiez rêve déjà de l'Élysée.
03:36Emmanuel Macron est à l'Élysée.
03:38Pour la deuxième fois consécutive, la droite n'est pas à l'Élysée.
03:41Elle n'arrive même pas au second tour.
03:43C'est un raz-de-marée pour la droite qui ne sait plus où elle habite.
03:46Et Laurent Wauquiez pense que c'est son tour, que lui a quelque chose à bâtir,
03:49mais que la conquête du pouvoir se fait en prenant le parti.
03:52Il se lance donc à la conquête du parti, première marche pour lui, vers l'Élysée pour 2022.
03:57Avec un positionnement très droitier.
03:59Oui, alors l'analyse, effectivement, de Laurent Wauquiez, c'est que le phénomène Macron n'est pas un phénomène provisoire.
04:07Il pense qu'Emmanuel Macron est là pour durer, que les électeurs de centre-droite qui sont partis chez Emmanuel
04:11Macron le resteront.
04:13Il pense en revanche qu'après l'échec de Marine Le Pen dans l'entre-deux-tours, son débat catastrophique,
04:18il y a un électorat déçu qui est parti au Rassemblement National, qu'il s'agit de récupérer.
04:23D'où son discours très droitier à destination de cet électorat-là.
04:27Le dimanche 10 décembre 2017, il est élu président des Républicains avec 75% des voix.
04:33Vous avez envoyé un message qui est un message sans ambiguïté.
04:38Oui, ce soir, nous pouvons dire la droite est de retour.
04:43Le lendemain soir, Laurent Wauquiez fait son premier 20h sur TF1 en tant que président des Républicains.
04:48Bonsoir Laurent Wauquiez.
04:50Bonsoir.
04:50Merci à vous d'avoir accepté notre invitation.
04:53Au même moment, Xavier Bertrand est sur France 2.
04:56Xavier Bertrand sait très bien où veut en venir Laurent Wauquiez.
05:00Il a bien compris que c'est une stratégie de conquête du pouvoir et lui a déjà évidemment également l
05:04'Elysée en tête.
05:05Et donc, il va sur un GT concurrent et il annonce.
05:09C'est une décision qui n'est pas facile, mais qui d'une certaine façon s'est imposée à moi.
05:14J'ai décidé de quitter définitivement les Républicains.
05:17Il n'est pas d'accord avec la ligne droitière incarnée par Laurent Wauquiez.
05:20Il lui reproche notamment de ne pas avoir pris position entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen dans l'entre
05:25-deux-tours de la présidentielle.
05:26Alors que lui-même avait été élu, on le sait, dans les Hauts-de-France à la faveur d'un
05:30front républicain.
05:33Pour les élections européennes de 2019, Laurent Wauquiez choisit un certain François-Xavier Bellamy pour mener la liste des Républicains.
05:42Un philosophe et adjoint au maire de Versailles dans les Yvelines.
05:45Un choix qui ne fait pas l'unanimité.
05:47Non, François-Xavier Bellamy est un esprit brillant, agrégé, diplômé de l'école normale supérieure.
05:53C'est un philosophe très conservateur sur les questions sociétales.
05:57Il a été très engagé notamment dans le mouvement de la manif pour tous.
06:00Et pour l'envoquer, il s'agit de recréer, de ressouder une base à droite qui est encore une fois
06:06en lambeaux.
06:07Il se dit qu'il faut partir du socle plus droitier pour pouvoir reconstruire la famille politique.
06:11C'est une stratégie qui vaut ce qu'elle vaut, mais qui en tout cas ne fait pas du tout
06:15l'unanimité
06:16puisque la plupart des cadres et certains militants ne se reconnaissent pas dans cette ligne et ne se privent pas
06:21de le dire.
06:22Et au soir des élections européennes, le dimanche 26 mai, LR fait un très mauvais score.
06:28C'est la douche froide pour les Républicains. La stratégie de Laurent Wauquiez est un échec complet
06:32puisqu'effectivement les Républicains se retrouvent à 8%.
06:35Il fait le score que les pires sondages lui prédisaient.
06:38Peu de temps, deux ans après l'échec de la présidentielle, c'est à nouveau un coup de massue pour
06:43la droite.
06:44Quelques jours plus tard, le dimanche 2 juin, Laurent Wauquiez est sur TF1.
06:47Les victoires, elles sont collectives. Les défaites, elles sont solitaires. C'est comme ça.
06:52Et il faut que je prenne mes responsabilités.
06:54Ma décision ce soir, c'est une décision qui est mûrement réfléchie.
06:58J'ai décidé de prendre du recul. Je me retire de mes fonctions de président des Républicains.
07:03Il annonce qu'il quitte la présidence des Républicains. Il n'a pas le choix en réalité.
07:07La pression est énorme puisque c'est lui qui a choisi François-Xavier Bellamy comme tête de liste européenne.
07:12Et donc il annonce qu'il quitte la présidence du parti.
07:14Quelques jours plus tard, Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France, est l'invitée du 20h de
07:20France 2 le mercredi 5 juin.
07:22Que dit-elle ?
07:23Elle prend tout le monde de court en annonçant qu'elle aussi quitte les Républicains.
07:28Aujourd'hui, la situation est extrêmement grave. Nous venons d'essuyer une défaite cinglante.
07:32Et si nous ne sommes pas capables de reconstruire très vite une troisième voie entre Emmanuel Macron et Marine Le
07:39Pen,
07:39j'ai la certitude qu'un jour Marine Le Pen dirigera la France.
07:43Donc, je crois que nous devons refonder la droite.
07:48Elle est menacée d'extinction et il faut se remettre au travail.
07:52Mais, en femme libre, j'ai décidé de quitter les Républicains.
07:57Elle est sur une ligne moins droitière, plus libérale, un peu plus progressiste.
08:01Mais c'est contre-intuitif de quitter le parti alors même que Laurent Wauquiez, à qui elle reprochait la ligne,
08:07vient de partir.
08:07En réalité, elle estime qu'elle n'a plus grand-chose à y faire, que le parti est verrouillé par
08:13les partisans de Laurent Wauquiez,
08:14qu'elle n'aurait même pas sa chance si elle tentait d'en prendre la présidence.
08:18Valérie Pécresse suit une stratégie proche de Xavier Bertrand, une stratégie hors parti, comme l'avait fait son homologue des
08:23Hauts-de-France.
08:25Le 21 juin 2019, le Parisien consacre son fait du jour au duel qui se dessine à présent à droite
08:32pour la présidentielle de 2022.
08:34Le titre, Bertrand Pécresse, le match des barons.
08:37En prenant chacun leur distance avec le parti qui paraît moribond des Républicains, le nombre de militants est en chute
08:45libre,
08:45on voit bien que la stratégie est de se replier sur un fief électoral, de se lancer en réalité avec
08:50son micro-parti à la conquête de l'Elysée.
08:53Pour Xavier Bertrand, c'est la région de France et la manufacture, un think-tank où il expérimente des idées,
08:59une boîte à outils pour la présidentielle.
09:01Pour Valérie Pécresse, c'est l'île de France et son parti libre.
09:04Que devient Laurent Wauquiez pendant ce temps ?
09:06Laurent Wauquiez, pendant ce temps, il est replié à Lyon, au siège de la région, au Verne-en-Alpes.
09:11Il ne veut plus parler du tout de national, il veut reconstruire une image.
09:15Il sait que son image nationale, dans l'opinion, est très abîmée.
09:18Mais il sait en revanche aussi qu'il est très apprécié au niveau régional.
09:21Et il veut prouver par le terrain, par les actes, qu'il est capable de se reconstruire.
09:26On fait un saut dans le temps d'un an.
09:28Vous, Alexandre Sulzer, vous signez un papier sur Valérie Pécresse en juillet 2020.
09:33Ce qu'elle vous dit, en résumé, à ce moment-là, c'est que les électeurs de droite vont forcément
09:37se lasser d'Emmanuel Macron.
09:39Elle pense que les électeurs qui sont partis au Rassemblement national ne reviendront plus.
09:43qu'en revanche, ceux qui sont partis chez Emmanuel Macron reviendront, qu'ils se lasseront d'Emmanuel Macron.
09:49Que, effectivement, s'il est séduisant pour cet électorat sur le plan économique, en revanche, il n'est pas à
09:55la hauteur sur les sujets régaliens.
09:57Et donc, en parlant de sécurité, en ayant un discours un peu ferme sur la sécurité, elle pense que cet
10:02électorat est susceptible de revenir à droite.
10:03Quelques semaines plus tard, à l'automne, l'un des potentiels candidats à droite, le chiracien François Barouin, fait comprendre
10:10qu'il ne se présentera pas en 2022.
10:12Beaucoup d'élus pensent qu'il a le charisme, la popularité pour porter les espoirs de la droite à la
10:18présidentielle.
10:19A commencer par Christian Jacob, qui a repris la présidence du parti.
10:22Mais lui ne parle pas. François Barouin, on ne sait pas exactement quelles sont ses intentions.
10:26Il dit qu'il s'exprimera à l'automne. En réalité, il ne s'exprime pas.
10:30Il va voir les principaux élus du parti, les forces vives, et il leur dit un par un qu'il
10:35n'a pas envie, qu'il a d'autres préoccupations en tête.
10:39Et il fait savoir ainsi qu'il n'ira pas, mais sans le dire lui-même.
10:43Ce qui permet d'entendre dire quand même une certaine forme d'ambiguïté.
10:47Fin 2020, début 2021, Michel Barnier, l'ancien négociateur en chef de l'Union Européenne pour le Brexit,
10:54fait savoir qu'il est intéressé par la présidentielle de 2022.
10:58Il dit vouloir aider à la reconstruction de sa famille politique.
11:02Mais Alexandre Sulzer, à ce moment-là, en fait, personne ne se démarque vraiment à droite ?
11:07Personne ne se détache de façon significative.
11:10Et de plus en plus, les élus, même s'ils ne le disent pas vraiment publiquement,
11:14regardent vers Édouard Philippe, voire vers Emmanuel Macron,
11:17en se disant que s'ils veulent être réélus en 2022 aux législatives,
11:21il va peut-être falloir se rapprocher de la majorité.
11:23Justement, le 11 mars, dans Le Parisien, vous parlez de la tentation Macron chez certains républicains.
11:28Quelle est cette tentation ?
11:29C'est effectivement de se rapprocher d'Emmanuel Macron,
11:32de dealer avec lui à la présidentielle pour former un ticket avec la droite.
11:37Le premier à l'avoir exprimé d'ailleurs publiquement, c'est le maire de Nice, Christian Estrosi,
11:41qui le dit très directement, il va falloir qu'on négocie.
11:44La droite n'a plus de tête, elle se cherche un chef,
11:46et à défaut, elle pourrait rejoindre celui qui occupe déjà la place à l'Elysée.
11:51Mais donc ça veut dire une présidentielle sans candidat de la droite et du centre,
11:54sans candidat des républicains ?
11:55Évidemment, ils ne sont pas tous d'accord là-dessus.
11:58Certains pensent que ce serait une trahison, ils ne seront pas sur cette ligne,
12:00mais de plus en plus dans les couloirs,
12:02certains se disent qu'il n'y aura pas de candidat susceptible,
12:05en tout cas d'arriver au second tour à la présidentielle.
12:10Moins de deux semaines plus tard,
12:12Xavier Bertrand, le président des Hauts-de-France,
12:14se dévoile dans l'hebdomadaire Le Point.
12:15Il n'a jamais fait mystère de ses intentions présidentielles,
12:19mais il ne l'avait jamais vraiment formalisé.
12:21En formalisant sa candidature, en l'officialisant,
12:24il pense qu'il va pouvoir prendre ses potentiels adversaires de court
12:27et prendre le leadership.
12:28Mais Xavier Bertrand annonce qu'il se présentera en dehors du parti.
12:33Xavier Bertrand sait qu'il n'est pas très populaire parmi les républicains,
12:37chez les cadres, mais surtout chez les militants,
12:38puisque lui-même a quitté le parti, ce qui ne plaît pas beaucoup aux militants.
12:41Donc il sait que s'il doit passer par un processus de sélection interne,
12:44il n'a aucune chance.
12:46Donc d'emblée, il dit ma primaire, moi, ce sera les élections régionales.
12:49C'est qui tout double.
12:50Si je gagne à nouveau la région, ce sera moi le candidat de la droite à la présidentielle.
12:54Et si je perds, j'abandonne la vie politique.
12:56À ce moment-là, comment le parti, les républicains, est censé désigner son candidat ?
13:00Il est gravé dans le marbre des statuts des républicains qu'il y aura bien une primaire.
13:04Sauf que beaucoup reprochent à ce système d'avoir créé des divisions artificielles au sein du parti,
13:09d'avoir planté la candidature de François Fillon en exacerbant les rivalités entre les uns et les autres,
13:14d'avoir provoqué une guerre des chefs.
13:16Et donc il y a un flou énorme, une question centrale qui n'est pas posée parce que Christian Jacob
13:21veut la repousser le plus loin possible,
13:23avec en tête, espère-t-il, une candidature quand même in extremis de François Baron.
13:27Et le président des républicains, Christian Jacob, mène un comité stratégique sur le sujet le 9 juin.
13:33La pression est très forte sur Christian Jacob pour mettre cette question au débat.
13:38Et donc le 9 juin, il convoque ce comité stratégique pour prendre une position assez alambiquée,
13:43que pas grand monde ne comprend.
13:45Il dit en clair, si à l'automne, on a un candidat naturel, on se rangera tous derrière ce candidat
13:51naturel.
13:52Et si on n'a pas de candidat naturel, on va élaborer une méthode de départage.
13:57On a l'été pour plonger dessus et élaborer une méthode de départage un peu nouvelle,
14:01qui ne soit pas une primaire ouverte.
14:02Et lui-même ne cache pas qu'il préférait que cette élection n'ait pas lieu.
14:06Le problème, évidemment, c'est qu'on ne sait pas exactement comment le candidat naturel en question pourrait être défini,
14:13puisque ça supposerait que tout le monde se range derrière lui,
14:15ce qui est fort improbable étant donné la propension de la droite à se diviser.
14:19Le 10 juin, Alexandre Sulzer vous signait un article dans Le Parisien sur la stratégie de certains membres du parti
14:25LR,
14:26qui miserait sur le polémiste Éric Zemmour pour 2022.
14:30Le député du Vaucluse, Julien Aubert, dans une interview à L'Express,
14:34dit qu'il souhaiterait qu'Éric Zemmour se présente à la primaire de la droite, si primaire il y a.
14:39Il est rejoint d'ailleurs sur cette position par le sénateur de Lyon, Étienne Blanc, un proche de Laurent Wauquiez.
14:43C'est assez surprenant, évidemment, puisqu'on imagine Éric Zemmour plutôt comme un rival de Marine Le Pen ou du
14:50Rassemblement national.
14:51Mais en réalité, ces élus constatent que chez une frange la plus radicale, la plus droitière du parti,
14:58Éric Zemmour a énormément la cote, que les rumeurs sur une potentielle candidature résonnent chez certains militants LR
15:04qui, à défaut d'incarnation dans leur propre famille politique, se tournent vers le polémiste de CNews.
15:10Ce qui marque cette campagne à droite, c'est surtout la région PACA, en Provence-Alpes-Côte d'Azur.
15:16Le sortant républicain Renaud Muselier s'est entendu avec la majorité présidentielle
15:21pour ne pas avoir de candidats LREM face à lui, ce qui a profondément divisé les républicains.
15:27Alexandre Sulzer, à la veille du premier tour des régionales, quel est l'enjeu pour LR ?
15:32En fait, beaucoup ont très peur à droite de ces régionales parce qu'ils pensent que ce qui s'est
15:37passé en PACA
15:38va se reproduire dans d'autres régions.
15:40Ils pensent que dans plusieurs régions, la droite va être tentée de s'allier avec la République En Marche dans
15:46l'entre-deux-tours,
15:47soit pour garder une région, soit pour en prendre une à la gauche éventuellement.
15:51Et si ce scénario se profilait, le parti, comme en PACA, se diviserait entre ceux qui seraient d'accord
15:58pour cette coalition de circonstances et ceux qui seraient catégoriquement opposés
16:02parce que je rappelle que les républicains sont censés être un parti d'opposition à la majorité.
16:09L'enseignement de ce scrutin, et je l'en parlais rapidement avant,
16:12c'est donc le succès des partis traditionnels, presque on peut le dire,
16:15avec un vrai succès des candidats de la droite ou en tout cas des LR.
16:19Le premier tour se déroule le dimanche 20 juin, le soir à 20h.
16:23Le principal enseignement, c'est d'abord la très forte abstention, mais à droite, on respire.
16:28C'est une divine surprise, vraiment, pour la droite qui pensait qu'ils allaient devoir s'arracher les cheveux
16:33dans l'entre-deux-tours, que le parti allait imploser.
16:35Et finalement, l'abstention est colossale, historique.
16:38Les sortants sont en très bonne position dans la plupart des régions,
16:42que ce soit de gauche comme de droite, mais ça profite évidemment aux sept présidents de région
16:46issus de la droite et du centre, et la question de l'alliance avec En Marche,
16:50finalement, face au Rassemblement National, ne se pose plus à l'opposé qu'en PACA,
16:54mais l'épisode est déjà un peu lointain, et la droite peut respirer.
16:58Une semaine plus tard, le dimanche 27 juin, l'abstention est encore très forte.
17:03Tous les présidents de région sont réélus en métropole.
17:06À droite, Xavier Bertrand est le premier à prendre la parole.
17:09Il a rassemblé un peu plus de 52% des suffrages.
17:12L'histoire retiendra que par deux fois, ici, sur la terre des Hauts-de-France,
17:19le Front National a été arrêté.
17:22Il se félicite d'avoir fait reculer le Front National,
17:25c'est comme ça qu'il continue de l'appeler, dans sa propre région.
17:28Pour la seconde fois, puisque la première fois, il avait déjà battu Marine Le Pen à la faveur d'un
17:33duel.
17:34Cette fois-ci, c'est dans une configuration plus compliquée, et pourtant, il améliore son score.
17:38Et ça lui permet, évidemment, de s'afficher devant tous les Français comme le meilleur rempart, selon lui, à Marine
17:45Le Pen.
17:45Évidemment, ce n'est pas anodin, puisqu'on voit déjà quelle est sa stratégie pour la présidentielle.
17:50D'ici, de cette région où l'on sait le prix de l'effort et du travail,
17:55c'est à vous, vous les silencieux, les invisibles, les oubliés, que je m'adresse aussi.
18:01Dans le ton, il est plus solennel.
18:03Le ton est très solennel, car il veut que ce soit un moment grave,
18:06et il constate quand même que l'abstention est très forte,
18:09et donc il se rend compte qu'il y a tout un peuple de droite ou d'abstentionniste
18:12qui ne va plus aux urnes, et auquel il entend également s'adresser.
18:16Laurent Wauquiez est réélu à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes,
18:19avec 55% des voix, et un quart d'heure après Xavier Bertrand,
18:23lui aussi s'exprime comme un candidat potentiel à la présidentielle.
18:26Laurent Wauquiez est réélu triomphalement, avec un score encore plus élevé que Xavier Bertrand.
18:31Il a donc réussi son pari.
18:33En plus, elle est départementale, tous les départements de sa région basculent à droite,
18:36donc il a une légitimité très forte.
18:39Et lui dit, regardez, ma ligne droitière, mes convictions m'ont fait gagner,
18:43sans avoir à me présenter constamment comme un rempart face au Rassemblement national.
18:48Je crois à l'importance des capes clairs.
18:51Le travail plutôt que la cistana.
18:53La promotion du mérite plutôt que le nivellement vers le bas.
18:55L'importance de la fermeté plutôt que le laxisme.
18:59La défense de notre mode de vie plutôt que le communautarisme.
19:03Je gagne sur mes valeurs, sur une ligne claire.
19:05On voit bien que là aussi, c'est une stratégie comme celle de Nicolas Sarkozy en 2007,
19:08qui l'entend suivre.
19:09Valérie Pécresse est reconduite en Ile-de-France avec 46% des voix.
19:13Elle prend la parole un peu plus tard pendant cette soirée électorale.
19:16Valérie Pécresse se présente comme une femme d'autorité.
19:20Elle rappelle évidemment quelques thématiques qui lui sont chères.
19:22Nous avons fait de la sécurité, de la laïcité, de la qualité de vie et de la solidarité,
19:28les valeurs cardinales de nos actions concrètes.
19:31Et surtout, elle dit qu'elle va s'engager.
19:34Elle veut s'engager pour sa région et, dit-elle, pour la France.
19:37On entend tout de suite qu'elle se positionne par rapport à un débat national.
19:40En gros, le message, c'est qu'il va compter sur elle également.
19:43Alexandre Sulzer, suite à ses trois interventions,
19:46on se dit que finalement la droite républicaine ne manque pas de candidats pour 2022 ?
19:50Alors non seulement elle n'en manque pas, mais elle en a beaucoup trop.
19:52Finalement, elle a plusieurs profils qui se dégagent.
19:55Et c'est tout le problème.
19:56C'est que le spectre de la guerre des chefs revient, rôde à nouveau dans les couloirs des républicains.
20:01Certains espéraient que les régionales soient comme une primaire,
20:04qu'ils permettent de dégager un champion.
20:05Mais en fait, en gagnant dans toutes les régions,
20:07c'est une bonne nouvelle, évidemment, pour la droite, qu'ils retrouvent de l'oxygène.
20:10Mais en même temps, ça pose tout un problème.
20:12C'est maintenant comment les départager ?
20:15Deux jours après le second tour des régionales,
20:17un sénateur proche de Valérie Pécresse, Roger Carucci,
20:21essaie de faire accélérer le processus de désignation du candidat des républicains pour 2022.
20:27Oui, lors d'une réunion de groupe au Sénat, groupe LR,
20:30il propose une motion pour mettre la pression sur Christian Jacob,
20:33qui lui tient toujours à son calendrier.
20:34Il veut que cette question de la désignation, de la méthode, soit tranchée à l'automne.
20:38Mais certains considèrent que c'est trop tard,
20:40qu'il faut rebondir tout de suite sur la dynamique qui a été enclenchée par les régionales.
20:45Ils pensent aussi que ce temps perdu sera mis à profit par Xavier Bertrand
20:49pour faire une échappée belle, en quelque sorte, pendant l'été,
20:52puisque lui a déjà dit qu'il ferait campagne tout le long
20:54et que s'il se détache trop nettement,
20:57il sera trop tard ensuite pour désigner un autre candidat.
20:59Mais Xavier Bertrand a donc fait savoir qu'il ne veut pas participer à une primaire des républicains.
21:04Alexandre Sulzer, comment tout ça peut se terminer ?
21:06Ce qui est sûr, c'est que Xavier Bertrand assure qu'il ira jusqu'au bout.
21:10Il dit « Quoi que fassent mes petits camarades à droite, je serai le candidat ».
21:15Ceux qui sont favorables à un processus de sélection primaire ou autre
21:20disent que Xavier Bertrand est légitime pour y participer,
21:23mais qu'il ne peut pas s'imposer sans un processus démocratique de sélection
21:26et que quoi qu'il arrive, il y aura ce processus.
21:28Donc maintenant, est-ce que chacun des camps ira jusqu'au bout ?
21:31Nul ne le sait.
21:32Le risque, évidemment, c'est que la droite ait deux candidats.
21:35Un luxe qu'elle ne peut évidemment pas se permettre
21:38parce que là, c'est un aller simple pour l'échec.
21:43Merci à Alexandre Sulzer.
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