- il y a 6 heures
NOS FOLLES ANNÉES 1980. C’était le visage du Palace, un lieu mythique du monde de la nuit dans les années 1980. Jenny Bel’Air raconte pour Code source l’âge d’or de ce night club parisien très prisé mais très fermé, dont elle était la physionomiste durant quelques années.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Clémentine Spiler, Barbara Gouy, Thibault Lambert et Marin Guillon Verne - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Archives : Ina.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Clémentine Spiler, Barbara Gouy, Thibault Lambert et Marin Guillon Verne - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network - Archives : Ina.
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00:01Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:07Cet été, Codesource vous propose de plonger dans les années 80.
00:11Les restaurants du cœur de Coluche, ça marche.
00:13Une décennie devenue culte qui a bouleversé la culture populaire et nos modes de vie.
00:18Les radios libres ont désormais existance égale.
00:20On bouscule sur les ondes, les radios libres entendent aussi délimiter fermement leur territoire.
00:25Musique, humour, médias et même de nouvelles façons de faire la fête.
00:29Le Palace, le cœur de Paris, l'endroit à la place.
00:32Les années 80 ont imposé de nouveaux codes et révolutionné le paysage culturel français.
00:38Il est 8h, ouverture de l'ancienne de Canal Plus.
00:41Vous voyez un gamin au club de Rosé.
00:43C'est un mec qui me raconte à l'autre dans la rue.
00:45Un essai non ?
00:51Épisode 2, le Palace.
00:54Un ancien théâtre délabré à deux pas des grands boulevards à Paris
00:58transformé en haut lieu de la fête au tournant des années disco.
01:02Au début des années 80, c'était l'une des boîtes de nuit les plus courues d'Europe.
01:07Un endroit où les grandes stars se mélangeaient aux anonymes dans des soirées déjantées.
01:12Le simple fait d'être entré au palace faisait de vous quelqu'un de branché.
01:17Si le palace a marqué son époque et fait parler de lui bien au-delà de la capitale,
01:21son âge d'or n'a duré que quelques années, entre 1978 et 1983.
01:28Dans cet épisode narratif sur ces années palace, vous allez entendre deux témoins,
01:33une célèbre physionomiste du club et Yves Géglet, journaliste culture aux Parisiens.
01:42Pour comprendre ce qu'étaient les années palace, je suis allé rendre visite à Jenny Bélair.
01:47Jenny est souvent présentée comme une icône transgenre, figure de la nuit parisienne des années 70 et 80
01:55et elle a travaillé au palace pendant l'âge d'or du club.
02:00Elle me reçoit dans la grande salle d'un bâtiment entourée d'arbres, quelque part en Seine-Saint-Denis.
02:06C'est pour ça qu'il y a parfois un peu de passage derrière nous.
02:09Quand j'arrive face à elle, je m'attends à ce qu'elle me sonde de la tête aux pieds.
02:14Après tout, c'était son job de physionomiste au palace.
02:17On va voir la carte.
02:18Il ne va pas me laisser rentrer parce que j'ai mis mes baskets.
02:20C'est qu'on n'est pas à la hauteur, on a des têtes qui ne leur plaît pas.
02:23En un regard, Jenny décidait si vous aviez le droit de passer la nuit ou non
02:27dans ce temple de la fête où tout le monde rêvait d'entrer,
02:31dès son ouverture en mars 1978.
02:373 000 personnes pouvaient rentrer et c'était le véritable bordel.
02:43Il y avait une sélection et à l'intérieur, il y avait Guy Cuevas qui mettait de la musique sublime.
02:50Disco, bout en train, ceux qui connaissaient le disco comprennent.
02:57Et c'était insupportable parce qu'on ne pouvait pas rester assis.
03:01Un discours, on se levait le cul et vas-y donc, on bouge le cocotier.
03:06Vous voyez ?
03:07Et c'était l'endroit où tout le monde en parlait, tout Paris en parlait, tout le monde en parlait.
03:14Et ouvrir une boîte dans un théâtre.
03:16Et j'avoue que c'était extraordinairement fabuleux.
03:20Jenny n'a pas cherché à devenir une figure du palace, ni des nuits parisiennes.
03:23Quand on lit sa biographie, Jenny Belair, une créature, de François Jonquet,
03:29on referme le livre avec l'impression qu'elle n'a fait que vivre au jour le jour.
03:32La fête, les contrariétés et l'absence d'argent.
03:36Jenny est née à Paris au début des années 50, dans un corps de garçons.
03:41Elle grandit dans un immeuble du 17e arrondissement de Paris où son père est concierge.
03:45La mère de Jenny meurt quand elle est encore enfant.
03:48Et comme son père ne peut pas vraiment s'occuper d'elle,
03:50elle est d'abord confiée à son oncle et à sa tante en Normandie,
03:54avant d'être placée, avant l'âge de 15 ans, dans un centre de jeunes travailleurs à Paris.
04:00Mais elle s'enfuit assez vite.
04:02Elle se retrouve à la rue, sans ressources,
04:04et essaye d'échapper au contrôle de police qui risque de la reconduire au foyer.
04:09C'est à cette période qu'elle prend une apparence androgyne, voire féminine,
04:14et s'affirme davantage en tant que femme,
04:16même si son genre, finalement, lui importe peu.
04:19S'ils pensaient que j'étais de nana parce que j'avais des vêtements féminins,
04:23ça m'allait très bien, disaient les autres.
04:27C'était pour moi, à l'époque, moins violent que d'être un mec.
04:32Et ça a été un jeu, et le jeu m'est resté.
04:36Et je trouve ça très, très amusant.
04:39Je crois que c'est inné, c'est tout.
04:41On ne commence pas le truc.
04:42On le sent ou on ne le sent pas.
04:44J'avais double couverture, un instinct masculin et une prudence féminine qui fait que j'avais des double faces.
04:54Et ça marchait très bien, et ça marche toujours d'ailleurs.
04:57J'ai beaucoup de respect pour ceux qui vont jusqu'au bout,
05:02le sou de l'ange, et qui ont un désir d'être opéré,
05:06ou d'être inséré dans la société en tant que femme.
05:09C'est très courageux.
05:11Quant à moi, je ne rentre pas dans cette catégorie-là,
05:13car je suis le clown du sentiment.
05:16Je suis un être déguisé.
05:20Mineure et sans argent, Jenny passe ses nuits aérées.
05:24Elle dort dans le métro, sous des porches, sous le pont neuf à Paris.
05:28Parfois, elle essaye d'entrer dans des boîtes de nuit,
05:30en espérant y trouver un coin sombre ou dormir quelques heures.
05:34C'est comme ça qu'elle entre aux nuages.
05:36Une boîte de nuit pas plus grande qu'un bus,
05:38dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés,
05:40où se produit notamment une artiste de cabaret transgenre
05:44très célèbre à cette époque, Zaza Dior.
05:46J'étais à la rue, je ne savais pas où crécher, comme on disait à l'époque.
05:50Puis dans la rue, comme ça, Saint-Germain-des-Prés,
05:52j'avais l'allumé à une porte,
05:54et puis j'ai sonné, puis c'était une boîte gai.
05:57Je me rends tout à fait étonnant, festif, bourré, enfin bref.
06:04Il y avait Zaza Dior, il y avait Lola Chanel,
06:08il y avait Alissa Pritch là-dedans, il y avait le Luron.
06:13Certains les connaissent, d'autres non.
06:16Et c'est dans ce monde particulier,
06:20riche, pauvre, gigolo, pute,
06:23que j'ai appris les mots.
06:25J'ai appris l'élégance, une tenue grâce à Jacques Chazot,
06:29et j'ai appris grâce à Zaza Dior,
06:32une façon étrange de regarder et de sonder les autres.
06:37Puisque tout le monde nous sondait pour regarder
06:40si on était des hommes, des femmes, etc.
06:43Elle m'a appris à reverser le miroir,
06:47et j'ai trouvé ça fascinant.
06:49Et petit à petit, je me suis inséré là-dedans,
06:52enfin ils m'ont invité,
06:54et j'ai commencé à travailler avec eux dans le spectacle.
06:57Jenny se produit sur scène,
06:58et travaille aussi comme meneuse de revue aux nuages.
07:01Elle côtoie des célébrités, des figures mondaines,
07:04et intègre petit à petit la franche gai et flamboyante
07:08du monde de la nuit.
07:09Au milieu des années 70,
07:10elle tape dans l'œil d'un homme, Fabrice Emmer,
07:14propriétaire de plusieurs nightclubs à Paris.
07:16La rencontre de Fabrice Emmer, le prince de la nuit,
07:19s'est faite au Club 7.
07:22C'était une boîte rue Saint-Anne qui tenait.
07:24Et là, dans cette boîte restaurant,
07:27il y avait tout le monde.
07:29C'est-à-dire tout ce qu'on compte de mondain et de chic et de riche et de faussoyeur
07:37d'idées.
07:39Et c'était « The place to be ».
07:43Rentrer là-dedans, c'était très curieux.
07:45Je portais le set de boubou africain et maquillé à outrance.
07:52Je crois que mon attitude, mon portée de tête,
07:57a fait que ça, pour eux, ça a mené un certain respect.
08:02Et j'ai rencontré Fabrice et c'était étonnant.
08:06Fabrice Emmer a l'idée de créer un nouveau grand lieu de fête
08:10dans une salle de spectacle désaffectée.
08:12Le Palace, situé aux 8 rues du Faubourg-Montmartre,
08:16dans le 9e arrondissement.
08:18L'endroit a ouvert ses portes pour la première fois en 1912.
08:21Il a d'abord été un cinéma, puis un cabaret et un théâtre.
08:25Fabrice Emmer réalise des investissements colossaux
08:28pour transformer cette salle délabrée en une boîte de nuit
08:31qui ne ressemblerait à aucune autre
08:33et qui pourrait accueillir entre 1500 et 3000 fêtards.
08:37Les gens qui viennent au Palace, c'est tout le monde.
08:40Parce que je tiens beaucoup à ce que je sois tout le monde.
08:43Parce qu'on ne demande pas le curriculum d'utilité
08:46et les gens à l'entrée d'un théâtre.
08:48Donc le Palace est un symbole de diverses.
08:51Le 1er mars 1978, le nouveau Palace est inauguré en grande pompe.
08:57Les serveurs sont habillés par le grand couturier Thierry Meugler
09:01et sur la scène, la célèbre mannequin Grace Jones
09:04chante une reprise de La Vie en Rose.
09:23Un jour, Fabrice Emmer propose à Jenny Bélair de faire partie des physionomistes du club,
09:29avec notamment Edwige, une figure de la nuit surnommée la Reine des Punks.
09:34C'est une discussion entre trois personnes et lui.
09:38Et puis comme c'était un pari de voir, comme j'avais l'attitude de faire peur,
09:43parce que j'avais l'accoutrement peut-être qui était différent,
09:47et une attitude qui n'était pas très sympathique.
09:50Vu le travail, ça a marché.
09:54Et j'avais peur de rien.
09:55Donc je suis allé de temps en temps, puis de temps en temps.
09:59Et puis il y avait de la physionomie qui m'a été proposée.
10:05Chaque soir, près de 1500 personnes se bousculent pour parader.
10:09Chacun ici est star et devient star.
10:12Fini la crise et le quotidien des angoisses.
10:14C'est le monde de la fête.
10:16Pour certains, c'est la décadence.
10:17Pour d'autres, c'est le merveilleux.
10:21A la radio, à la télévision, dans les conversations,
10:24il se passe quelque chose autour du palace.
10:27On en parle pour ces nuits de fête déjantées,
10:29mais aussi pour tous les concerts qui s'y déroulent, une centaine par an.
10:33Le lieu s'invite dans les foyers, à travers la télévision.
10:36Le journaliste Yves Mourouzi en parle dans son JT de 13 heures.
10:40Cela fait deux ans que le palace vit une nouvelle vie à Paris.
10:45Et sans doute, cet établissement a modifié un certain nombre de comportements des noctambules
10:51ici à Paris, mais aussi ailleurs à travers la France et ailleurs à travers le monde.
10:58Alors rendez-vous avec Maurice Béjar dans cet endroit, un peu le ventre de la nuit à Paris.
11:04La première chaîne de télévision, TF1, retransmet des émissions en direct depuis le palace
11:10pour le passage à la nouvelle année.
11:12Eh bien, bonsoir à vous tous, les pays de l'Eurovision.
11:16Bonsoir, je suis, comme vous le voyez ici au palace, dans une situation particulièrement délicate.
11:22Tous les danseurs du palace vont avec nous et avec vous tous,
11:26et c'est quelques millions ce soir, vivre les premières minutes de cette nouvelle décennie
11:31dont on attend tellement cette nouvelle année 1980.
11:35Je voudrais saluer bien sûr les pays étrangers,
11:38ceux qui ne peuvent pas peut-être comprendre le français,
11:41mais pour cela, je vais avoir une invitée spéciale qui sera chargée de parler en anglais.
11:47Pour autant, bien sûr, que je puisse arriver jusqu'à la scène et vous la présenter.
11:51Je vous présente Divine, venu spécialement depuis son satellite de New York.
11:58Regardez-là, ils applaudissent, c'est la princesse !
12:00Et pas qu'ils ont laissé la place.
12:03Je crois qu'on est ici en Eurovision, c'est une belle réalisation.
12:27Pour ce podcast, j'ai tendu le micro à mon collègue Yves Géglet.
12:32Yves est journaliste au service culture du Parisien et il se souvient bien de l'effervescence
12:37qu'il y avait autour du palace à la fin des années 70.
12:40Il habitait en banlieue parisienne à ce moment-là.
12:42Le palace, tout le monde en parlait.
12:44J'étais adolescent, même un jeune adolescent de 13-14 ans,
12:47mais forcément, on voulait être un peu branché.
12:49Il y avait toute une sorte de vibration autour de ce lieu
12:51qui intéressait les gens qui étaient passionnés de rock, de mode,
12:56des villes qui bougent, mais aussi d'art, parce que c'est Gérard Garouz
13:00qui était un peintre qui commençait à être un peu connu,
13:03un peintre contemporain qui faisait les décors.
13:06Il y avait des fêtes organisées par Karl Lagerfeld.
13:08Donc, on le savait, les journaux en parlaient, nos copains en parlaient.
13:13On connaît tous quelqu'un d'un peu plus branché,
13:15qui a un frère ou quelqu'un qui y est allé.
13:17C'était le palace, le lieu parisien.
13:21Le palace est un lieu relativement mondain
13:26où on peut rencontrer d'autres copains qui sont des copains de copains.
13:29Et bon, à la fois, on y trouve du plaisir
13:33et à la fois, on y trouve un certain intérêt.
13:39Alors moi, j'ai découvert le palace, le lieu.
13:42J'avais 14 ans et demi ou 15 ans.
13:44Je suis allé à plein de concerts en 80-81.
13:50Moi, j'étais un peu moche, je portais une cravate à cette époque-là.
13:53Et le palace était la salle de concert principale
13:57pendant quelques années à Paris.
13:59Et donc, on allait au palace.
14:01Alors moi, quand j'entrais au palace,
14:02ce n'est pas en configuration boîte de nuit.
14:05C'est les concerts tels qu'ils se passaient à l'époque.
14:07On voyait très bien que c'était une ancienne salle de spectacle,
14:12un théâtre même à l'ancienne qui avait été un cabaret.
14:14Je me souviens très, très bien de tous ces fauteuils
14:17qui étaient enlevés pour certains concerts, bien sûr.
14:20Mais au fond, ça ressemblait à un théâtre à l'italienne
14:23assez classique qui avait été transformé.
14:27On est énormément, tout le monde fume.
14:29Donc, c'est un nuage de fumée.
14:31C'est une très belle scène.
14:33Et je me souviens qu'à une époque,
14:35j'y allais presque une fois par semaine.
14:37J'étais en seconde quand je venais de banlieue.
14:39Je prenais le RER.
14:41Et je pouvais dire que j'étais allé au palace,
14:43même si je n'étais pas allé à une soirée
14:45où il y aurait eu Yves Saint-Laurent
14:47ou des mannequins très connus.
14:51Beaucoup de gens ont dit que le palace a été un mouvement,
14:53pas seulement un lieu de divertissement, de boîte.
14:57Ça veut dire qu'on en y était un peu.
14:59Quand on était allé au palace,
15:01on avait vu ce qui s'y passait.
15:03Et on se rend compte aujourd'hui,
15:04on parle des années 80.
15:05Mais c'est vraiment ce tournant fin 70-80
15:08où il se passe énormément de choses.
15:10C'est à ce moment-là que les mannequins deviennent des stars.
15:14Et la musique, c'est fou tout ce qui se passe en 3-4 ans.
15:17C'est-à-dire, il y a le disco, il y a les punks.
15:19Il y a eu des punks au palace.
15:21Et tout de suite après, il y a la New Wave
15:23qui annonce après les Smiths, tout un nouveau son.
15:26Et bien ça, ça se passe au palace.
15:29Parce que j'aime bien la musique et puis j'aime bien les gens.
15:32Et c'est le seul endroit à Paris où il y a plein de gens.
15:35Et ils sont tous différents et ils se mettent en scène.
15:39Et c'est fantastique.
15:40Ils sont à la fois metteurs en scène,
15:43acteurs et spectateurs de leur vie.
15:45Le contact est facile avec ces gens ?
15:47Je trouve que le contact est très très difficile.
15:50Les gens s'entrecroissent, s'entreaperçoivent.
15:52Il y a quelques flashs.
15:54Mais en fait, il ne se passe rien en réalité.
15:57Aucun amour en perspective ?
15:59Non, aucun.
16:01Avant, une boîte de nuit, il fallait vraiment en être ou pas.
16:04D'un certain milieu de la nuit, très habillé, très noctambule.
16:09Ce n'était pas notre monde quand on était un jeune homme.
16:13Ce qui a tout changé avec le Palace, c'est d'une part le fait qu'on en parlait à
16:16la télé.
16:17Mais surtout, son directeur Fabrice Emmer avait décidé d'y organiser plein d'événements.
16:21Il y a eu des cocktails, il y a eu des manifs.
16:25Mais il a voulu être au cœur de l'actualité même sociale de l'époque.
16:29Et il y avait une tolérance dans l'entrée.
16:32Moi, j'étais trop jeune, déjà à 15-16 ans.
16:35Mais il fallait être looké.
16:36Il fallait avoir un look à soi.
16:38Mais c'était ouvert à des gens qui auraient été refusés dans d'autres boîtes de nuit.
16:42C'est ça qui était très nouveau.
16:44À la nuit tombée, des centaines de personnes convergent vers la rue du Faubourg-Montmartre
16:49en formant une très longue file d'attente.
16:51À la porte du Palace, il se présente devant Jenny Bélair,
16:56terrifiante si on en croit celles et ceux qui témoignent dans sa biographie.
16:59La physionomiste est reine dans ses choix.
17:02Elle n'a qu'une seule mission, garantir une certaine mixité sociale à l'intérieur du club.
17:09C'était la direction qui voulait cela.
17:12de réunir tout le monde.
17:15Je dis bien tout le monde, comme dirait Fabrice.
17:18Ce qui est tout à fait impossible maintenant.
17:21Impossible.
17:22Et au Palace, c'était vraiment possible.
17:25Riches, pauvres, toutes les cultures.
17:29Tout le monde, finalement, se côtoyait.
17:33Un prince dansait au milieu du Palace, parmi 40 personnes déguisées.
17:38On s'en foutait.
17:41Ceux qui n'avaient pas de pognon, tout ça,
17:44oui, je les faisais rentrer.
17:45Ils étaient heureux.
17:46Ils avaient une coupette à la main.
17:49Et ils pleuraient en partant, en me remerciant.
17:53Et je dis, non, c'est bon.
17:54C'est du même mieux que vous.
17:55Je suis pareil.
17:56Je suis né dans le caniveau.
17:58Donc, vous voyez, c'était assez étonnant.
18:01Les gens qui allaient au Palace, c'est tout le monde.
18:04Parce que je tiens beaucoup à ce que je sois tout le monde.
18:08C'est un moment très rare où se sont retrouvés des gens
18:11qui, normalement, ne se rencontrent pas,
18:13ou du moins, à l'époque, ne se rencontraient pas.
18:14C'est-à-dire les icônes de la mode, de la musique, de l'art, de la télé.
18:19Yves Saint-Laurent, Mick Jagger, il allait au Palace, beaucoup.
18:23Et un peu, quand même, le grand public.
18:25Voilà, c'était l'endroit où il fallait être vu.
18:28Et en plus, vous aviez une chance d'être vu, vous aussi,
18:31simple jeune journaliste ou une personne qui a envie d'être dans le coup.
18:36Pour 50 francs à l'entrée, les mots de passe, rétro, disco, punk,
18:41appartiennent à tout le monde. Ou presque.
18:43On a vu que des gens étaient refoulés tout à l'heure.
18:45Suivant quels critères vous sélectionnez les gens ?
18:47On n'a pas de critères précis, mais on sait ce qu'on fait.
18:49On connaît les gens ou on ne les connaît pas, c'est tout.
18:52Jenny Bélair, qu'est-ce qu'il fallait faire pour rentrer ?
18:55Rien. C'était juste mon appréciation.
18:59Et alors, elle reposait sur quoi, l'appréciation ?
19:02Sur l'attitude et sur le maintien.
19:05Très important.
19:06Comme disait Karl, le maintien est très important.
19:10C'est le rêve parce qu'on voit beaucoup de gens qui sont beaux,
19:14qui viennent, qui se présentent.
19:16C'est génial, super.
19:18On voit beaucoup de cons, encore une fois,
19:20qui sont là pour casser ou être jaloux, justement,
19:25des autres qui peuvent rentrer.
19:27Donc, bis répétit, t'as constamment expliqué.
19:31Non, tu ne rentres pas, vous ne rentrez pas.
19:33Mais pourquoi ? Va t'habiller, va te changer, tu pues.
19:35C'était un peu ma réflexion, vous voyez ?
19:37Pendant parfois huit heures d'affilée,
19:39Jenny Bélair pouvait refouler ceux qui n'étaient pas assez louqués,
19:43pas assez joyeux, trop émêchés ou trop drogués,
19:45ce qui lui valait parfois des insultes et des agressions,
19:49comme cette nuit où on l'a menacé avec un couteau.
19:51Le mec, il m'a mis un couteau sur le ventre
19:55et je lui ai dit de manière sympathique,
19:57« Ben, vas-y, plante ! »
20:00Et puis, il n'a pas planté.
20:02Quand on refuse des gens qui ne comprennent pas,
20:04ils ont une menace verbale ou une menace presque physique.
20:07Donc, j'étais flanqué de garde du corps.
20:10C'est le boulot, le métier le plus dur du monde.
20:15Épuisant.
20:17Certains y ont pris des cachetons ou autre chose pour supporter.
20:21Moi, jamais, à part de l'alcool.
20:25Parce que j'ai vu des dégâts qui étaient absolument effrayants
20:29et je savais que ça allait durer longtemps.
20:32Ce poison social,
20:35les physios qui sont maintenant,
20:37je ne les connais pas très bien.
20:39Je sais qu'il y a beaucoup de plaintes
20:42parce qu'ils veulent peut-être faire du bel air à leur manière,
20:45mais il faut avoir un certain style, je crois.
20:49C'est quoi faire du bel air ?
20:51D'avoir un côté attitude autaine,
20:54d'être renvoyé avec vulgarité.
20:58Et c'est ce qu'ils font,
21:00parce qu'ils pensent que c'était comme ça.
21:02Et bien autrement, ce n'était pas du tout ça.
21:05Le Palace, c'est un lieu qui s'efforce de créer l'événement tous les soirs,
21:08en organisant des fêtes à thème avec des costumes qui vont du plus simple au plus sophistiqué.
21:14Les gens qui ont fait le Palace, que ce soit Fabrice Emmer, le directeur,
21:19que ce soit Grace Jones qui a été l'icône des débuts,
21:22elle a fait le premier concert, elle s'est produite,
21:24que ce soit Gérard Garous, le peintre à la mode qui se lançait,
21:29ils sont tous nés en 45, 46, 47, 48.
21:33Donc ils n'ont pas connu la guerre, mais ils sont nés juste après,
21:36donc dans une période très triste, très dure, mais de libération.
21:39Et c'est des gens à ce moment-là, ils arrivent vraiment à leur maturité,
21:42ils sont dans leur trentaine ou leur début de quarantaine.
21:45C'est des artistes ou des managers hyper créatifs
21:48qui veulent s'amuser avec une sorte d'urgence de vivre.
21:52On était babacool dans les années 70,
21:54et d'un coup, il y a le Palace tellement chic,
21:57et en même temps, qui veut démocratiser.
21:59C'était d'ailleurs un de leurs mots d'ordre, démocratiser le chic.
22:02Et ça, c'était génial, ça n'avait jamais existé.
22:05Malgré son succès et sa renommée,
22:07la situation financière du Palace est très fragile.
22:10Il a fallu tellement d'argent pour le rénover et le faire tourner
22:13que la direction peine à en faire une boîte rentable.
22:16Elle dépose le bilan en 1981,
22:19et le club ferme ses portes une première fois, quelques mois plus tard.
22:23En juin 1983, le Palace est percuté par la mort de son directeur,
22:28la presse annonce que Fabrice Emmer a succombé à un cancer à l'âge de 48 ans.
22:39Des amis, fidèles, célèbres ou non,
22:43sont venus porter hommage à celui qui fit de leur nuit des fêtes magiques.
22:47Fabrice Emmer s'en va et nous laisse le Palace et son restaurant le Privilège,
22:53un nom qui illustrait son besoin d'élitisme au-delà du succès populaire.
22:57« Sophistiqué, distingué, cultivé, Fabrice, à sa manière,
23:02était un prince des mille et une nuits éphémères. »
23:09Dans les années qui suivent, le Palace passe entre les mains de plusieurs propriétaires.
23:13Il subit plusieurs fermetures administratives,
23:15pour des raisons économiques mais aussi pour endiguer le trafic de drogue.
23:19Les patrons qui se succèdent tentent de redonner à cet endroit l'élan de ses débuts
23:24sans jamais vraiment y arriver.
23:26C'est comme un groupe de musique.
23:28C'est-à-dire, ça dure 5-6 ans avec une sorte de folie
23:32et ça décline rapidement parce qu'ils ont lancé quelque chose
23:35qui a été repris après par d'autres.
23:37Alors ce qui se passe déjà, c'est la mort de Fabrice Emmer.
23:41On va aussi moins s'amuser parce que le Palace est quand même aussi un lieu
23:46politiquement engagé sur la cause, par exemple, homosexuelle.
23:50Et donc, il y a une sorte de liberté et de grandes fêtes.
23:54Cette fête-là, elle va s'arrêter en tout cas au milieu des années 80
23:57parce qu'après les fêtes,
24:00vont venir beaucoup de tragédies à cause du sida.
24:04Et au début, c'est vraiment une épidémie.
24:06Il n'y a rien pour contrer cette maladie.
24:08Donc, il y a ça qui se passe.
24:10Et puis, le Palace n'arrive plus à créer l'événement
24:12parce que ça se déplace très vite, en fait, dans d'autres lieux.
24:16Même pour les concerts, le Palace va être supplanté par d'autres lieux.
24:20Jenny Bélair, elle aussi, a fini par s'éloigner du Palace.
24:23Tout le monde a décroché du Palace.
24:25On avait quand même dans notre tête une idée géniale,
24:29c'est de garder en mémoire ce qu'on a vu
24:33et que personne d'autre a vu.
24:35Après, mon parcours était très simple.
24:37Donc, j'étais à droite à gauche, j'ai fait des spectacles.
24:40C'est rigolo.
24:42Et puis, paraît-il que je suis une légende.
24:45Être une légende, c'est se dire avoir marqué quelque chose.
24:49C'est vraiment qui le dit.
24:51De plus en plus, ça se dit.
24:52Et à la fin, on verra bien
24:55qu'est-ce qu'ils diront quand je serai plus là.
24:57Ni flonflon, ni cotillon pour la soirée du réveillon au Palace.
25:01Depuis vendredi, la boîte de nuit est fermée
25:03et placée en liquidation judiciaire.
25:05Propriété du groupe Régine,
25:07l'ancien musical ne s'est jamais vraiment remis de ses problèmes de gestion.
25:13Le Palace ferme définitivement ses portes en 1996
25:17et devient un lieu de squat pendant une dizaine d'années.
25:20En 2008, il redevient un théâtre,
25:22il accueille des pièces, des expositions et des concerts
25:25jusqu'à sa fermeture en 2023.
25:31Cette année, en octobre 2026,
25:34après deux années d'abandon et un an de travaux,
25:36le Palace va redevenir un lieu de spectacle et de fête.
25:40Son nouveau propriétaire, Michael Chetrit,
25:42indique qu'il veut recréer l'ADN du Palace
25:45à l'époque où il accueillait des concerts.
25:47Une nouvelle renaissance qui fait la joie de Jenny Bélair.
25:51C'est super, ça serait un peu différent.
25:55Ce serait surtout un endroit de musique.
25:57Beaucoup, beaucoup, beaucoup de musiques
25:59et quelques événements ciels.
26:02Mais ce sera encore le Palace sous une autre forme.
26:22Merci à Jenny Bélair et merci à Yves Géglé.
26:26Code Source, c'est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
26:30Cet épisode a été produit par Clémentine Spiller et Marin Guillon-Verne.
26:35Réalisation, Julien Moncouquiole.
26:38J'ajoute que Crime Story consacre cet été une série à l'affaire Jeffrey Epstein.
26:43Ce sera disponible à partir de début août sur toutes les plateformes de podcast.
26:49C'est parti.
26:55C'est parti.
27:10Sous-titrage Société Radio-Canada