- il y a 7 heures
NOS FOLLES ANNEES 1980. Créée en 1984, Canal+ a bouleversé le monde de la télévision et laissé sa marque sur la culture populaire. Retour sur les débuts d’un projet fou avec Pierre Lescure, ancien patron de la chaîne.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Thibault Lambert, Clara Garnier-Amouroux, Barbara Gouy, Marin Guillon Verne et Clémentine Spiler - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Photo : Marc Deville/Gamma-Rapho via Getty Images - Musiques : François Clos, Audio Network - Archives : Canal +, France TV.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Thibault Lambert, Clara Garnier-Amouroux, Barbara Gouy, Marin Guillon Verne et Clémentine Spiler - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Photo : Marc Deville/Gamma-Rapho via Getty Images - Musiques : François Clos, Audio Network - Archives : Canal +, France TV.
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NewsTranscription
00:05Bonjour, c'est Clémentine Spiller pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:10Les restaurants du cœur de Coluche, ça marche.
00:13Cet été, Codesource vous propose de vous plonger dans les années 80.
00:17Les radios libres ont désormais existence légale.
00:20On bouscule sur les ondes, les radios libres entendent ainsi délimiter fermement leur territoire.
00:24Une décennie devenue culte qui a bouleversé la culture populaire et nos modes de vie.
00:29Le Palace, le cœur de Paris, c'est l'endroit à la fête.
00:32Musique, humour, médias et même de nouvelles façons de faire la fête,
00:36les années 80 ont imposé de nouveaux codes et révolutionné le paysage culturel français.
00:41Il est 8h, ouverture de l'antenne de Canal+.
00:44Ça y est, bienvenue au Club Dorothée.
00:47C'est le tarmé qu'on rencontre un autre dans la rue.
00:49Je voulais faire un essai, là.
00:53Aujourd'hui, épisode 4, la création de Canal+, avec Pierre Lescure.
01:02Recruté en 1983 pour diriger les programmes de ce qui était la toute première chaîne de télévision payante en France,
01:09Pierre Lescure raconte ses souvenirs des débuts difficiles,
01:13de la confiance des premiers abonnés,
01:14des amitiés qui ont fait la chaîne
01:16et de l'impact de Canal+, sur la culture populaire des années 80,
01:20et bien au-delà.
01:24Il est 8h, 4 novembre,
01:27ouverture de l'antenne de Canal+.
01:29Le président de Canal+,
01:31souhaite la bienvenue à
01:33ceux qui sont devant leur poste de télévision.
01:36Ce président de Canal+,
01:38qui parle de lui à la troisième personne,
01:40c'est André Rousselet.
01:41Ce qu'on entend là, ce sont les toutes premières minutes
01:43de diffusion de Canal+,
01:45le 4 novembre 1984.
01:47Pierre Lescure, vous êtes là ce jour-là,
01:49vous êtes directeur des programmes.
01:50C'est André Rousselet,
01:51dont on va reparler,
01:52qui vous a recruté pour imaginer la première chaîne payante de France.
01:56D'abord, qu'est-ce qu'elle vous évoque, ces images ?
01:59Comment vous vous souvenez de ce premier jour ?
02:01On est le 4 novembre 1984,
02:03et d'un seul coup, André Rousselet,
02:06ému, comme je ne l'avais jamais vu ému,
02:08il est presque gauche,
02:09si j'ose m'exprimer ainsi,
02:11et il appuie sur le bouton,
02:13et ça y est, on y est.
02:14D'un seul coup, ce projet,
02:16qui est tellement contre nature à l'époque,
02:19voit le jour.
02:20Après André Rousselet qui appuie sur le bouton,
02:22on arrive sur le plateau tout neuf de Canal+.
02:25Il y a là, assis sur un canapé,
02:27ou plus précisément sur la coudoir de droite,
02:30dans une pause nonchalante.
02:32Michel Denizot,
02:33dont les téléspectateurs de Canal+,
02:34toutes générations confondues,
02:36reconnaîtront la voix.
02:37Bonjour à toutes et à tous,
02:38donc pour la première télévision du matin,
02:40sur la première chaîne...
02:42Il y a aussi Gérard Depardieu,
02:43à coudoir de gauche,
02:44même nonchalance.
02:46Moi, je trouve que c'est magnifique.
02:47D'abord, j'aime les naissances,
02:48en plus, c'est vrai, je suis aussi ému.
02:50Et puis André Rousselet,
02:51pas du tout nonchalant,
02:52et même assez nerveux.
02:53Mes parents, il y en a quelques-uns là,
02:56mais il y a bien d'autres parents
02:57qui sont là,
02:59et puis qui vont nous rejoindre dans la journée.
03:03Pierre Lescursa,
03:04c'est les débuts de Canal pour le grand public,
03:06mais vous et l'équipe
03:07que vous avez été chargée d'assembler,
03:09y travaillez déjà depuis un an.
03:11Et cette première diffusion,
03:12c'est l'aboutissement
03:13de cette année de préparation.
03:15Beaucoup de négociations.
03:17Pour autant,
03:17est-ce que vous avez l'impression
03:18de participer à un moment
03:20qui va changer la télévision française ?
03:22Que ce soit absolument neuf
03:24et qu'on n'ait jamais vu ça en France,
03:26Clémentine, oui.
03:26Mais que ça va changer,
03:28je ne peux pas le penser ce jour-là.
03:30D'abord, parce que c'est le premier jour,
03:32je suis sur le projet depuis un an,
03:34engagé par André Rousselet.
03:36Ce jour-là,
03:37il va y avoir une grande fiesta
03:38dans le grand immeuble
03:39qui est à la porte de Versailles,
03:41dans le même immeuble
03:41que le ministère des Sports.
03:44On a les trois premiers étages.
03:45Il va y avoir une grande fête.
03:46Et puis à un moment,
03:48en fin d'après-midi,
03:49à 20h,
03:50il y a Claude Sérillon
03:51qui présente le 20h
03:52et qui va avoir André Rousselet
03:54en duplex.
03:55Et puis,
03:56il lui pose deux,
03:56trois questions
03:57sur les débuts,
03:58le nombre d'abonnés déjà.
04:00Il y en avait 180 000
04:01le premier jour.
04:02Et puis à un moment,
04:02Sérillon s'arrête et dit
04:03« Enfin, André Rousselet,
04:05vous savez bien
04:06que ça ne peut pas fonctionner. »
04:08Il pose la question
04:08parce que ça lui sort du cœur.
04:10Donc évidemment
04:10que je ne pense pas encore
04:11qu'on va changer la télévision.
04:16On va revenir
04:17sur les débuts de Canal+,
04:19mais d'abord,
04:19retour en arrière,
04:20un peu de contexte.
04:21Le paysage audiovisuel
04:23avant Canal,
04:24ce sont trois chaînes publiques.
04:26TF1, Antenne 2
04:27et France 3.
04:28Elles sont nées
04:28du démantèlement
04:29de l'ORTF
04:30et donc du contrôle de l'État.
04:32Au début des années 80,
04:34François Mitterrand
04:34met fin au monopole d'État
04:36sur les ondes
04:37mais la télé reste quand même
04:39largement publique.
04:40François Mitterrand,
04:41lui, souhaite la création
04:42d'une quatrième chaîne
04:43qu'il va confier
04:44à l'agence de publicité
04:46Avas.
04:46Il y a une volonté politique
04:48d'amener de la modernité.
04:50Qu'est-ce que ça veut dire
04:51à l'époque,
04:52cette modernité ?
04:53Qu'est-ce qu'on entend par là ?
04:54Eh bien,
04:55je ne sais pas vous répondre
04:56parce que je pense
04:57qu'à l'époque,
04:58personne ne vous aurait répondu.
04:59Il y a effectivement,
05:00vous avez raison,
05:01trois chaînes
05:02qui sont nouvellement
05:04en couleur
05:04pour les trois.
05:05Mais il y a trois chaînes
05:07et j'ai presque envie
05:07de dire deux et demi
05:08parce que ce n'est pas
05:09toute la journée,
05:10France 3.
05:11Et puis,
05:12il y a TF1
05:12qui vient de changer
05:13de réseau.
05:14Donc,
05:15il y a un réseau
05:15herdien
05:16de couverture nationale
05:17qui n'est plus utilisé.
05:19Et il y a
05:20au ministère des Postes
05:21et Communications
05:23et au ministère
05:23de la Culture
05:25des technos,
05:25pour une fois,
05:26on va les remercier,
05:27des technos
05:28qui gambergent
05:29et qui se disent
05:29mais qu'est-ce qu'on va faire
05:30de ce réseau herdien
05:31qui ne sert à rien,
05:32qui est de propriété publique
05:33puisque ça appartient
05:34à TDF.
05:35Et il y en a qui disent
05:36et si on utilisait
05:38ce réseau
05:38pour faire
05:39une chaîne culturelle.
05:40Oh oui,
05:41une chaîne à pH culturelle
05:42parce qu'on n'a pas les moyens.
05:44Et ça commence
05:44à gamberger comme ça.
05:46Et l'idée de payer
05:47pour regarder la télévision,
05:48c'est inédit à l'époque.
05:50Ça déclenche
05:50beaucoup de critiques.
05:51Avant même
05:52la naissance
05:52de Canal+,
05:53on parle dans
05:54les débats politiques
05:55de télévision des riches.
05:56Un député
05:57à l'Assemblée nationale
05:58dira
05:58télévision de privilégiés
06:00pour les privilégiés.
06:01Canal+,
06:02c'est donc assez mal reçu.
06:03On peut dire ça ?
06:04Vous avez mille fois raison
06:06et vous êtes en dessous
06:07même du qualificatif.
06:09Personne n'y croit.
06:10Il y a un côté
06:12les plus méchants
06:13s'en prennent aux socialistes
06:14en disant
06:14tiens,
06:15les socialos
06:16arrivent au pouvoir
06:16et il va falloir payer
06:17maintenant en plus
06:18de la redevance
06:19pour avoir une chaîne
06:20supplémentaire.
06:21Ils ne sont même pas capables
06:21d'en faire une gratuite.
06:23Bref,
06:23c'est brocardé.
06:25Personne n'y croit.
06:26On paye déjà la redevance.
06:27Mais qui peut penser
06:28que ça peut un jour marcher ?
06:31Alors,
06:31quand même,
06:32va se monter un dossier.
06:33Il y a deux grands hommes
06:35de télévision,
06:36Harris et Sedoui
06:37et notamment Alain Sedoui
06:39qui va être chargé
06:41par l'agence Avast
06:42qui est une énorme agence
06:43qui appartient
06:43pour une grande part
06:45à l'État
06:45qui fait à la fois
06:46de la publicité,
06:48des journaux régionaux,
06:49beaucoup de communication
06:50qui va s'emparer du dossier,
06:52qui se voit confier le dossier
06:54et puis ça traînasse un peu.
06:57C'est même pas
06:57que ça fait scandale,
06:58ça paraît un non-sens.
06:59N'oubliez pas qu'à l'époque,
07:00les socialistes
07:01ne vont pas si bien.
07:02Il y a eu des élections municipales
07:04qui ont été
07:04une lourde défaite.
07:05Il n'y a pas encore
07:06le changement
07:07de modèle économique.
07:08On est encore
07:09avec Pierre Moroy.
07:10Donc on se dit
07:10ils ne savent pas
07:11gérer l'économie,
07:12les voilà qui veulent lancer
07:13une chaîne à péage.
07:14Autant on les suit
07:15sur la modernisation
07:17des radios
07:18et des radios libres.
07:19Bravo.
07:20Mais sur la télé,
07:20on n'y croit pas.
07:21Canal+,
07:22a donc été fondé
07:23par André Rousselet,
07:24proche du président
07:25François Mitterrand,
07:26issu du monde politique
07:27à l'origine.
07:28Il est alors président
07:29de l'agence Avas
07:30dont vous parliez.
07:32Pierre Lescure,
07:32quelques mots
07:33sur André Rousselet
07:34que vous avez bien connu
07:35et puis quel a été
07:36son rôle
07:36dans la création
07:37de Canal+.
07:38André Rousselet,
07:39c'est un monsieur
07:39qui a une belle gueule
07:41de cinéma,
07:42une espèce de gueule
07:43à la Gary Cooper,
07:44un beau regard bleu,
07:45un beau visage.
07:46Il a 65 ans,
07:48il a fait une carrière
07:49d'abord comme sous-préfet,
07:50notamment en Guyane
07:52et en Guadeloupe,
07:54puis il est revenu en France,
07:55il a travaillé
07:56avec François Mitterrand
07:57et est devenu
07:58ami avec lui.
08:00Il sera secrétaire général
08:01de l'Élysée
08:01dans les deux premières années
08:03du premier septennat
08:05de François Mitterrand
08:06et il se voit confier
08:07l'agence Avas.
08:08C'est lui qui proposera
08:09de prendre en charge
08:11le dossier de Canal+.
08:13C'est aussi un industriel
08:14qui a très bien réussi.
08:16Il avait pas mal de sociétés
08:18dans les assurances,
08:19il avait la société
08:20qui avait le monopole
08:21ou en tout cas
08:21la plus grande part de marché
08:22dans les remorqueurs,
08:24dans les ports.
08:25Et puis il a créé
08:26une société de taxi,
08:27la G7,
08:28qui a été la première
08:29grande société de taxi.
08:32Son rôle a été double.
08:33D'abord cet homme
08:34est à la fois
08:35très politique,
08:37le moins qu'on puisse dire
08:38c'est qu'il a
08:38ses entrées politiques
08:39et sa relation
08:40très personnelle,
08:42très amicale
08:43avec François Mitterrand
08:44et André Rousselet
08:45est un homme
08:46extrêmement vertébré
08:47qui a aussi
08:48donc l'expérience
08:49que je vous ai dite
08:50de l'entreprise privée
08:51et du manageriat.
08:53Quand il prend le dossier,
08:55il le confie d'abord
08:56et c'est très intelligent
08:57à un homme
08:58qui a magnifiquement réussi
08:59à la télévision
09:00qui est Alain Sedoui
09:01et puis ils sont plus
09:03en accord,
09:03c'est là qu'il va engager
09:04une nouvelle équipe
09:05à commencer par moi.
09:07mais il a eu cette force
09:09et je lui en serai reconnaissant
09:11et avec moi
09:11tous les gens de Canal
09:12qui sont passés par Canal
09:13à cette époque,
09:15il a été d'un vertébré,
09:17d'un volontarisme,
09:18d'un engagement extraordinaire,
09:21responsable en même temps
09:21mais il nous a laissé
09:23sur les contenus
09:24une liberté
09:26presque inimaginable
09:27et j'espère qu'on lui a rendu.
09:30C'est très politique
09:31la création de Canal+,
09:33pour de nombreuses raisons
09:34mais parmi elles
09:34pour la question du cinéma.
09:39Canal+, dès le départ
09:40se veut être une chaîne
09:41de cinéma,
09:42passer des films récents
09:43et en multidiffusion,
09:45c'est-à-dire plusieurs fois
09:46pour donner plusieurs chances
09:47aux téléspectateurs
09:48et téléspectatrices
09:49de les voir.
09:5018h, le transfuge,
09:52Bruno Crémer
09:52pour un film d'espionnage
09:54à la française.
09:55Rideau de fer,
09:56secret d'état,
09:57c'est le transfuge
09:58à 18h.
09:59Il faut savoir qu'à l'époque
10:00les films passent
10:01à la télévision
10:01des années après leur sortie.
10:03Canal+, veut
10:04changer ça
10:05mais les négociations
10:07sont assez compliquées.
10:08Vous mettez le point,
10:08Clémentine,
10:09sur un élément clé
10:10qui a en plus
10:11une sacrée résonance
10:13aujourd'hui.
10:13C'est que lorsque
10:14le projet est lancé,
10:16c'est avant tout
10:17une chaîne cinéma
10:18qui s'inspire d'HBO,
10:20la chaîne américaine HBO,
10:21qui est la seule
10:22pratiquement chaîne
10:23à péage
10:24existant alors au monde,
10:26qui à l'époque
10:26est à 85-90%
10:29cinéma
10:29et qui passe les films
10:31au moins 15-20 fois
10:32par mois.
10:32C'est un kiosque
10:33à films.
10:34Nous, on va être
10:36une chaîne à péage
10:37cinéma
10:37et une chaîne payante
10:39donc.
10:40Il faut donc
10:40qu'on ait vraiment
10:41beaucoup de cinéma.
10:42L'engagement est pris.
10:43Il faut maintenant
10:44négocier avec
10:45toutes les sociétés
10:46de cinéma,
10:47c'est-à-dire
10:47les représentants,
10:48les exploitants,
10:49les producteurs,
10:50les distributeurs,
10:51toute la profession,
10:52hélas,
10:52qu'on appelait le BIC,
10:53le Bureau de Liaison
10:54des Industries
10:55Cinématographiques.
10:56On a négocié six mois.
10:58Eux protégeaient
10:59par exemple le mercredi
11:00parce que c'est le jour
11:01de sortie des films.
11:02Pas de film sur canal.
11:03Ils protégeaient
11:04le vendredi soir,
11:05le samedi et le dimanche
11:06jusqu'à 23h
11:07parce que c'est le moment
11:08où les familles
11:09vont beaucoup au cinéma
11:10le week-end.
11:11Donc nous,
11:12chaîne à péage,
11:13quel sacrilège,
11:14dédié au cinéma,
11:15on se retrouve
11:16à la fin des négociations
11:17quand on top
11:18avec 50% de cinéma.
11:21Et là,
11:21les industries du cinéma
11:22sont très soutenues
11:23par Jack Lang,
11:24le ministre de la Culture
11:25qui dit
11:25il faut protéger
11:26les salles et le cinéma.
11:28Et ça donnera
11:28de la valeur
11:29à ce que vous diffuserez.
11:30Sauf que nous,
11:31on va vendre une chaîne
11:32qui n'a plus que 50%
11:34de cinéma
11:35dans son programme.
11:36Faut donc trouver
11:3750% d'autres choses.
11:39Et c'est quoi ?
11:40Eh bien,
11:40ça va nous amener le foot
11:41et ça va être
11:42encore plus fort.
11:43Merci les politiques
11:45de l'époque
11:45d'avoir défendu le cinéma.
11:47Nous,
11:47ça nous a permis
11:48d'avoir deux pieds,
11:49le foot
11:50et le cinéma.
11:53Pierre Lescure
11:54en 1983,
11:55André Rousselet
11:56vous choisira
11:57pour l'aider
11:57à monter l'équipe
11:58de Canal+.
11:59C'est vous
11:59qui allez recruter
12:00toute une bande
12:01qu'on connaît bien
12:02de Michel Denizot
12:03à Alain Chabat.
12:05Mais pour bien comprendre,
12:06il faut dire
12:06quelques mots
12:07sur votre parcours.
12:08D'abord,
12:08où est-ce que vous avez grandi
12:09et comment vous êtes arrivé
12:11au journalisme ?
12:12Je suis né
12:12dans une famille
12:13très impliquée
12:14à la fois dans la politique
12:16et dans la culture.
12:17Mon père était
12:18rédacteur en chef
12:19de l'UMA
12:20et puis il a été
12:21rédacteur en chef
12:21de l'UMA dimanche
12:22mais c'était un communiste
12:23pas sectaire.
12:24Il était un peu comme
12:25les premiers ministres
12:26communistes
12:27des gouvernements
12:28Mitterrand,
12:28un peu comme
12:29Fitterman,
12:29Jack Rallit,
12:31un homme de culture
12:31extraordinaire.
12:32Donc il était engagé
12:34et en même temps
12:35toute la famille
12:35allait sans arrêt
12:36au cinéma,
12:37au théâtre,
12:38écouter de la musique.
12:39C'est avec mon oncle
12:40quand j'avais 10-12 ans
12:41que je suis allé voir
12:42tous les concerts de rock,
12:43tous les concerts de jazz.
12:45Et donc ces gens
12:45m'ont baigné
12:46dans ce creuset
12:47extrêmement ouvert
12:48sur tout ce qu'était
12:49la culture.
12:50Mais j'avais envie
12:50de faire du journalisme
12:51parce que vous savez
12:52à l'époque,
12:52au-delà des idées
12:53politiques de mon père,
12:54quand j'allais à l'UMA,
12:56le PC à l'époque,
12:57le parti communiste
12:58faisait 25%.
12:59L'UMA tirait à 600 000.
13:01Donc quand j'allais à l'UMA,
13:02pour moi c'était
13:03un extraordinaire journal
13:04où il y avait
13:05des rotatives,
13:06où il y avait
13:06250 ouvriers du livre.
13:09Donc c'était
13:10une grande usine
13:11comme il y avait
13:11l'usine du Parisien,
13:13l'usine de François
13:14à l'époque
13:14qui était encore
13:15un journal,
13:16etc.
13:16Donc j'étais fasciné
13:17par ça,
13:18je voulais le faire.
13:19J'ai fait un peu
13:19de presse écrite
13:20au Provençal,
13:21j'en garde
13:21un sacré bon souvenir
13:22et puis finalement
13:24un pote avec qui j'étais
13:25à l'école de journalisme
13:26m'a appelé à Paris
13:27en me disant
13:27il y a peut-être
13:27une place
13:28à Radio Télé Luxembourg
13:30qui va devenir RTL.
13:31J'ai dit oui
13:31et j'ai fait
13:32beaucoup de radio.
13:34On vous entend
13:35sur RTL,
13:36sur RMC,
13:37vous êtes un homme
13:38de radio surtout
13:38mais vous faites
13:40un peu de télévision,
13:41vous avez notamment
13:41présenté des journaux.
13:44Pompidou,
13:44Maot-Sétoum,
13:45deux heures ensemble.
13:48L'IP,
13:48un obstacle,
13:49les licenciements.
13:50Et puis,
13:51vous avez fait
13:52un peu de production,
13:53ce qu'on appelle
13:53la production,
13:54c'est créer,
13:54penser des émissions,
13:55définir leur ligne éditoriale,
13:57leur apparence,
13:58leur contenu
13:58et puis chapeauter
13:59leur fabrication.
14:01Et là,
14:01au début des années 80,
14:03alors que vous êtes
14:03principalement un homme
14:04de radio,
14:05Antenne 2,
14:06donc l'ancêtre
14:07de France 2,
14:07vient vous chercher
14:08pour produire
14:09une émission
14:10pour les jeunes.
14:11Vous y allez
14:12et vous créez
14:12Les Enfants du Rock.
14:15Pierre Lescure,
14:15c'est quoi
14:16Les Enfants du Rock ?
14:17Qu'est-ce que ça a de nouveau ?
14:18Et puis,
14:18à titre personnel,
14:19qu'est-ce que ça vous apprend
14:20de la télévision ?
14:21Ça m'apprend la production,
14:23le travail éditorial
14:25parce que quand on dit
14:26des émissions
14:27pour les jeunes,
14:28il y a déjà
14:28quelques retransmissions
14:29de concerts
14:30comme Chorus
14:31avec De Cône
14:32et Blanc Francard,
14:33mais il n'y a pas
14:34d'émission.
14:35Toute la planète du rock
14:36et la planète des jeunes
14:38n'est pas représentée.
14:39Donc on crée
14:40cette émission
14:40qui s'appelle
14:41Les Enfants du Rock
14:42où il va y avoir
14:42à la fois des reportages,
14:43des concerts,
14:44des interviews,
14:45de l'humour,
14:46un truc assez composite,
14:48presque une planète en soi.
14:51Bonsoir.
14:52Comme toujours,
14:52Vieux Bob a raison.
14:53Ce qui est devenu le rock
14:53en ce début 86
14:54n'est pas beau à voir.
14:55Il suffit pour s'en persuader
14:56de jeter un coup d'œil
14:57sur les charts.
14:58À quelques exceptions près,
14:59c'est Désolation Row.
15:00Et très vite,
15:01je me trouve confronté
15:02au problème
15:02d'avoir fait un peu
15:04de production,
15:05mais là,
15:05on est dans une production
15:06plus complexe.
15:07Et l'un des bras droits
15:08de Pierre Desgroupe,
15:09le président d'Antenne 2,
15:10le président célèbre
15:12d'Antenne 2
15:12qui a fait qu'à l'époque,
15:13la 2 est devant la 1
15:15pour la seule fois
15:15de son histoire,
15:16son bras droit me dit
15:18« J'ai un jeune
15:19qui en production
15:20m'apparaît comme le plus
15:21prometteur de sa génération,
15:23il s'appelle Alain de Greff. »
15:25Il me l'a présenté
15:25et on ne s'est pas quitté.
15:27Vous ne vous quittez plus
15:28à tel point
15:29qu'il fait partie
15:29des gens que vous emmenez
15:30à Canal+,
15:31avec vous.
15:32Alain de Greff
15:33sera votre directeur
15:34de production.
15:35Comment vous décrivez
15:36ce lien,
15:37cette connexion
15:38que vous avez pu avoir
15:38avec lui ?
15:39Je pense que c'est
15:40un lien fraternel
15:41qui a duré 25 ans
15:42et plus encore
15:44après Canal,
15:4535 ans jusqu'à sa mort
15:46il y a 7 ans maintenant.
15:48Mais Alain venait
15:50du montage,
15:51du montage qu'on faisait
15:52de la pellicule.
15:53Il avait fait l'IDEC
15:54qui était la grande école
15:55de cinéma,
15:56l'ancêtre de la FEMIS
15:57aujourd'hui.
15:59Et Alain était monteur,
16:00puis il est passé
16:00monteur vidéo.
16:02Puis il a commencé
16:02à apprendre
16:03tout ce qu'il fallait savoir
16:04de la production
16:05et surtout
16:06de la production éditoriale.
16:08Donc il arrivait
16:08avec une boîte à outils
16:10extrêmement complémentaire.
16:11On était de la même planète
16:12avec des nuances.
16:13Moi j'étais plus rock américain,
16:15lui il était plus rock anglais.
16:16Et surtout on s'aimait
16:17je pense
16:18et on aimait les mêmes choses
16:19et on avait envie
16:20de donner leur chance
16:22à plein de gens.
16:25En 83,
16:26vous êtes donc directeur
16:27de la rédaction
16:27à Antenne 2
16:28quand on vous propose
16:29de rejoindre
16:30la future rédaction
16:31de Canal+.
16:32Non seulement vous acceptez
16:33mais vous embarquez aussi
16:34avec vous
16:35une ribambelle de talent
16:36que vous avez rencontré
16:37au cours de votre carrière.
16:39Dans quelle mesure
16:40est-ce que Canal+,
16:40c'était aussi pour vous
16:41une histoire d'amitié ?
16:43Ça a été une histoire d'amitié
16:45pour la raison
16:46que je viens de dire.
16:47Quand André Rousselet
16:48m'engage
16:49à la fin 83,
16:51la première personne
16:52que je lui dis
16:52qu'il faut engager
16:53c'est Alain de Greffe.
16:54Je fais venir aussi
16:55Michel Denisot
16:56qui pour moi
16:57est l'un des hommes
16:58à la télévision
16:59aussi bien
17:00dans des interviews radio
17:01que je lui avais fait faire
17:02à Radio Monte Carlo
17:04qu'en tant que présentateur
17:05et créateur de téléfoot.
17:08C'était un garçon
17:09qui me semblait
17:09d'une modernité
17:10dans son expression,
17:11dans sa manière d'être
17:12à la télé
17:13et sa qualité journalistique.
17:15Ça me semblait
17:16un jeune homme
17:16d'une modernité
17:17et d'un potentiel extraordinaire.
17:20Et puis on a fait venir
17:21des petits jeunes
17:22qu'on avait fait travailler
17:23aux Enfants du Rock.
17:23On a fait venir Alain Chabat
17:25qui faisait des petits programmes
17:26courts dans les émissions
17:27entre chacune
17:28des composantes
17:29des Enfants du Rock.
17:30On a fait venir
17:31un garçon
17:31qui ne vous dit pas grand-chose
17:32mais qui s'appelle
17:33Alain Buros
17:34qui faisait également
17:35des petits programmes
17:36en vidéo
17:38et dans les Enfants du Rock.
17:40On l'a fait venir
17:40pour tous les programmes
17:41courts de Canal
17:42qui ont été si importants
17:44dans l'image générale
17:45et dans le fait
17:46qu'on ait touché
17:47énormément
17:47de populations différentes.
17:49Donc on vivait
17:50tous ensemble
17:50et donc c'est une vraie
17:52histoire d'amitié.
17:54On avait envie
17:54de vivre ensemble.
17:56Alors vous parliez d'image,
17:57l'une des caractéristiques
17:58de Canal+,
17:59qui a beaucoup marqué
18:00son époque,
18:01c'est cette identité visuelle
18:02très brute,
18:03très design.
18:04On la doit
18:05à Étienne Robial
18:06que vous avez aussi rencontré
18:08aux Enfants du Rock.
18:09C'est qui
18:09Étienne Robial,
18:10Pierre Lescure ?
18:11Qu'est-ce que vous avez raison
18:12d'enchaîner là-dessus ?
18:13Parce qu'aux Enfants du Rock,
18:15on avait marié
18:16Étienne Robial
18:17qui était à nos yeux,
18:19Alain De Greff et moi,
18:20comme sans doute
18:21l'éditeur le plus intéressant.
18:22C'est un graphiste
18:24qui est reconnu aujourd'hui
18:25dans le monde entier,
18:26un des plus grands graphistes mondiaux,
18:28ceux qui font à la fois
18:28la calligraphie
18:30mais aussi l'identité
18:32de l'écriture
18:33et d'un titre.
18:34Il avait déjà fait
18:35des tas de choses
18:36dans des tas de domaines.
18:37Il avait créé
18:38les éditions Futuropolis
18:40qui était sans doute
18:40la maison d'édition
18:42de BD
18:42la plus phénoménale
18:44et on lui a confié
18:45à lui,
18:46homme de print,
18:47d'imprimerie,
18:48et à Mathias Ledoux
18:49qui était le réalisateur
18:50des Enfants du Rock
18:51qui était un des plus aboutis
18:53technologiquement.
18:54On leur a demandé
18:55tous les deux
18:55de travailler sur l'habillage
18:56des Enfants du Rock.
18:57Tout ce que
18:58vos parents,
18:59Clémentine,
18:59ou vos grands-parents
19:00ont aimé dans l'habillage
19:02des Enfants du Rock,
19:03ça vient de ces deux hommes-là,
19:04Ledoux et Robial.
19:06Et quand on a créé Canal,
19:08il y avait eu
19:09à l'agence Avast
19:10un logo qui avait été fait
19:11qui n'était pas très joli.
19:12On a fait travailler
19:13la même équipe
19:14pour à la fois
19:16le logo de Canal
19:17qui n'a pas changé,
19:18ce logo simple,
19:19blanc sur fond noir
19:20et il n'a pas bougé
19:22et tout le reste
19:23de l'habillage de Canal,
19:24toutes ces fameuses
19:25choses à plat
19:27mais qui étaient
19:28tellement marquantes
19:29sans spikrine
19:30et sans spikrin
19:32entre tous les programmes,
19:33c'était Étienne Robial.
19:42De quelle manière
19:43est-ce que cette identité visuelle
19:45est issue
19:46des années 80 ?
19:47Pour vous,
19:47esthétiquement,
19:48qu'est-ce qui la lie
19:49à son époque
19:49ou même comment
19:51est-ce qu'elle a marqué
19:52son époque ?
19:53C'est les deux,
19:53vous avez raison.
19:54C'est à la fois 80
19:56lorsque la télé explose,
19:58lorsque la radio
19:59devient quelque chose
20:01d'extrêmement populaire
20:02parce qu'il y a à la fois
20:03les radios,
20:03les grandes stations
20:04mais il y a la multitude
20:05des radios libres
20:07partout
20:07et d'un seul coup,
20:09toutes les cultures
20:10se mêlent.
20:11On commence à parler
20:12de beaucoup de choses
20:13à la radio
20:14ou à la télé
20:14et à les illustrer,
20:16aussi bien les bouquins,
20:17il y avait déjà apostrophe,
20:18une autre manière
20:19de parler du cinéma,
20:21de la musique,
20:22tous les arts créatifs
20:23où toutes les activités
20:25créatrices
20:26s'unissent
20:27dans un même courant,
20:28un même Gulf Stream
20:29sur toutes les ondes.
20:30Et c'est en cela
20:31que je pense
20:33qu'on a été
20:33l'illustration de cela
20:35à Canal
20:36parce que moi
20:37j'étais le plus âgé
20:38à Canal
20:38en dehors d'André Rousselet,
20:39j'avais 38 ans
20:40et je n'ai engagé
20:41quasiment que des gens
20:42plus jeunes que moi.
20:43Donc il y a toute
20:44une génération
20:45qui a entre 23,
20:4724 et 35 ans
20:49et qui exprime
20:50toute cette ouverture
20:51et ce rassemblement
20:53des goûts
20:53et des cultures.
20:54Et comment vous le vivez
20:55vous de chapeauter
20:56cette espèce
20:57de bouillonnement créatif ?
20:58Écoutez,
20:59je le vis d'autant mieux,
21:00je ne voudrais pas
21:01paraître un peu simpliste
21:02mais j'étais fils unique,
21:04après j'ai eu
21:04deux demi-frères
21:05mais j'ai longtemps
21:06été fils unique
21:07et ma mère m'avait inscrit
21:09aux Éclareurs de France
21:10laïcs
21:10pour que j'apprenne
21:12à vivre avec les autres.
21:13Et c'est là
21:14que j'ai commencé
21:14à aimer passionnément
21:16d'être
21:17non pas chef d'équipe
21:18mais animateur d'équipe.
21:20Je ne sais pas
21:21si j'ai moi-même
21:22une créativité suffisante
21:24pour être tout seul
21:25à la tête de quelque chose
21:27mais d'être
21:28à la tête d'une équipe
21:29à qui je vais donner
21:30envie de donner 101%
21:32et les moyens
21:33de donner 101%,
21:34ça je crois
21:35que j'ai su
21:35assez bien le faire
21:36et faire que 1 plus 1
21:38fasse toujours
21:38plus que 2.
21:39C'est un truc
21:40que je ne faisais pas trop mal.
21:42Donc ça a été ça
21:43mon rôle
21:44et avec De Greff
21:45on n'avait qu'une envie
21:46c'était tout le temps
21:48de...
21:48Vous savez on avait
21:49une obsession
21:49on nous avait tellement dit
21:50qu'on n'y arriverait pas
21:51que lorsque
21:52on cherchait des talents
21:54il fallait trouver
21:55quelque chose
21:56que vous n'aviez pas vu
21:57sinon pourquoi payer
21:58puisque vous l'aviez
21:59gratuitement
22:00ou avec l'art de vence
22:01ailleurs.
22:01Donc on était obsédé
22:02par trouver un truc
22:03que tu n'as pas encore vu.
22:06On en revient au début
22:07de cet épisode
22:08le 4 novembre 1984
22:10Denisot, Rousselet,
22:12Depardieu,
22:13un canapé
22:13et Canal Plus
22:14est lancé.
22:15Les abonnés
22:16qui se sont laissés
22:17convaincre par la promesse
22:18Canal Plus
22:18ont acheté
22:19un décodeur
22:20qui leur permet
22:21de regarder la chaîne
22:21dont le signal
22:22est brouillé
22:23pour les non abonnés.
22:24Ça crée d'ailleurs
22:25quelques problèmes techniques
22:26au départ
22:27dont s'excuse
22:28André Rousselet
22:29sur le canapé.
22:29Ils sont tous là
22:32Je pense que la plupart
22:33ont leur décodeur
22:34puisqu'on entre
22:35tout de suite
22:36dans la technique
22:38Peut-être quelques-uns
22:39ont eu
22:39quelques petits soucis
22:41que nous soyons
22:42excusés auprès d'eux.
22:44Pierre Lescure,
22:45les débuts de Canal
22:45sont souvent décrits
22:46comme difficiles
22:47Vous en pensez quoi vous ?
22:49Alors les débuts
22:49vont être à la fois
22:51heureux
22:51comme des débuts
22:52mais très vite difficiles
22:54Je rappelle quand même
22:55je l'ai dit d'un mot
22:56tout à l'heure
22:56que le premier jour
22:58il y a 180 000 personnes
23:00c'est-à-dire
23:01180 000 foyers
23:02qui se sont abonnés
23:04C'est énorme
23:05Ils n'ont rien vu
23:05On leur a dit
23:06qu'il y aurait des films
23:08Ils savaient
23:08qu'il y aurait
23:09l'As des As
23:09le premier jour
23:10Ils se sont engagés
23:11pour un abonnement
23:12Il y avait des abonnements
23:13de 6 mois à l'époque
23:13Donc ils se sont abonnés
23:15au minimum
23:15pour 6 mois
23:16à 120 francs
23:18par mois
23:18On n'annonçait pas
23:19les films
23:19On annonçait
23:20qu'il y aurait des films
23:22Ça a pas mal démarré
23:23puisqu'il y a eu
23:252-3 incidents techniques
23:26mais globalement
23:27ça a pas mal démarré
23:28Et on a progressé doucement
23:30jusqu'à environ
23:32340 000
23:33350 000 abonnés
23:34début janvier
23:35Sauf que début janvier 85
23:37pour les voeux
23:38de nouvel an
23:39François Mitterrand
23:40annonce
23:41qu'il va y avoir
23:42la création
23:43de nouvelles chaînes
23:43Le lendemain
23:44à 13h
23:45il est interviewé
23:46par Christine Ocrent
23:47qui lui demande
23:48vous avez annoncé
23:49des nouvelles chaînes
23:49combien il y en aura-t-il ?
23:51Et François Mitterrand
23:53pour une fois
23:54confond à la fois
23:55les chaînes
23:57et les relais
23:58et il annonce
23:59une bonne dizaine
24:00D'un seul coup
24:01les gens sont intelligents
24:02et normaux
24:03donc les gens
24:04se sont dit
24:05je vois pas pourquoi
24:06je m'abonnerai
24:07alors qu'il va
24:07je vais d'abord regarder
24:08ce que vont me proposer
24:10les gratuites
24:11et donc
24:11du jour au lendemain
24:12quasiment
24:13la courbe des abonnements
24:15s'est retrouvée
24:15en encéphalogramme plat
24:17et jusqu'en avril 85
24:20c'était
24:20en encéphalo plat
24:22et en avril 85
24:24il s'est produit
24:25un miracle
24:266 mois de réabonnement
24:27c'est-à-dire que
24:28vos premiers abonnés
24:29dont l'abonnement
24:29a duré 6 mois
24:30se réabonnent
24:31et il y a
24:32je m'en souviens
24:33comme si c'était hier
24:3488,8%
24:36de réabonnement
24:37on est sur le derrière
24:39d'autant
24:39que
24:40parallèlement
24:41François Mitterrand
24:43est sous la pression
24:45de Laurent Fabius
24:46premier ministre
24:46qui n'arrête pas
24:47de lui dire
24:47ça va se planter
24:48il faut remettre
24:49cette chaîne en clair
24:50la vendre
24:51à Jean Riboud
24:53qui était un grand industriel
24:54ami aussi de Mitterrand
24:55et il faut arrêter
24:56Rousselet va se planter
24:58et Mitterrand
24:59disait
24:59laissons encore
25:00un petit peu de temps
25:00à Rousselet
25:01quand on a les 88,8%
25:04de réabonnement
25:04on fait tout de suite
25:05une enquête
25:05pourquoi les gens
25:06sont-ils réabonnés
25:07prennent-ils ce risque
25:08et là
25:09on se rend compte
25:10que ce qui a frappé
25:12les gens
25:12c'est par exemple
25:13en 1
25:14la multidiffusion
25:15vous avez des tas de gens
25:17qui bossent
25:17dans les services
25:18dans la pause
25:19dans la restauration
25:20dans les transports
25:22qui disent
25:22mais moi je ne vois jamais
25:23le prime time
25:24je suis toujours
25:25en train de bosser
25:25tandis que là
25:26quand il y a l'as des as
25:27je peux le voir le matin
25:28je peux le voir le lundi
25:30le lundi après-midi
25:31jamais on m'a rendu
25:32ce service
25:33ça paraît hanté
25:34diluvien
25:34ce que je vous raconte
25:35aujourd'hui
25:35ça n'a pas de sens
25:36mais en avril 1984
25:38ça a un sacré sens
25:40l'enquête était
25:41tellement positive
25:42plus la fraîcheur
25:43des films
25:44les débuts
25:45de la qualité
25:45de couverture du foot
25:47on s'est dit
25:48elle est trop belle
25:48l'enquête
25:49on en a refait
25:50une deuxième
25:50même résultat
25:51là Rousselet
25:52a montré l'enquête
25:54en haut lieu
25:54on nous a laissé tranquille
25:56et comme par hasard
25:57en fait c'est
25:58le bouche à oreille
26:00des gens qui se réabonnaient
26:02qui disaient à leurs voisins
26:03t'as pas vu le match d'hier ?
26:04bah non t'es pas abonné
26:05t'as pas vu le film ?
26:06ah non tu le verras
26:07dans 6 mois
26:08c'est ce réabonnement
26:10cette satisfaction
26:10des abonnés
26:11qui a fait qu'on a décollé
26:12et en septembre de 85
26:16on a atteint le million
26:17puis après ça s'est pas arrêté
26:18quelques années
26:19après sa création
26:20Canal Plus
26:21va se voir imposer
26:22des heures en clair
26:23donc accessibles
26:25à toutes et tous
26:25et pas seulement
26:26les abonnés
26:26pour quelles raisons
26:27et comment ça se passe ?
26:29je vous ai raconté
26:30les négociations
26:31avec le cinéma
26:31mais c'était pas fini
26:33parce que normalement
26:34cette chaîne
26:34elle devait être
26:35comme HBO
26:36la chaîne américaine
26:37toute cryptée
26:38et puis il y a un sénateur
26:40ou un député socialiste
26:42qui s'appelait
26:43je crois
26:43Jean-Marie Domenac
26:44et Jean-Marie Domenac
26:45dit c'est un scandale
26:47alors que
26:48la redevance
26:49paye
26:49l'ensemble des réseaux
26:51les payeurs
26:52de la redevance
26:53qui ne sont pas abonnés
26:54à Canal
26:54n'auront pas droit
26:55au programme
26:56il n'y a que les riches
26:56qui vont pouvoir
26:57se le payer
26:57il faut donc
26:58contraindre Canal
27:00à des heures
27:01faciles d'accès
27:02c'est-à-dire
27:03au déjeuner
27:03et au dîner
27:04il y ait des programmes
27:05en clair
27:06c'était une contrainte
27:08ça a été pour nous
27:09une vitrine
27:10extraordinaire
27:11merci les politiques
27:14Pour vous
27:15Pierre Lescure
27:16quels sont
27:16les programmes
27:17emblématiques
27:18de Canal Plus
27:19dans les années 80 ?
27:20Les programmes
27:21les plus emblématiques
27:22c'est ceux
27:22qui sont passés
27:23à la postérité
27:24parce qu'ils étaient
27:25vécus au quotidien
27:26par les abonnés
27:27de Canal
27:28qui très vite
27:28ont atteint
27:293 millions
27:293 millions et demi
27:30ça fait 3 millions
27:31et demi de familles
27:32donc dès lors
27:33que Alain De Greff
27:34et l'ensemble
27:35des équipes
27:35de programmes
27:36réussissent leur coup
27:37avec les guignols
27:39en prenant leur temps
27:40les guignols
27:40ça a mis du temps
27:41à s'installer
27:42ça a d'abord été
27:43les arènes de l'info
27:44c'était pas très drôle
27:45puis les marionnettes
27:47ont commencé
27:47à être d'une qualité
27:48de physionomie
27:50de grimace
27:51d'expression extraordinaire
27:52et puis de manipulation
27:54ensuite il y a eu
27:55les imitateurs
27:55très vite
27:56le coq en tête
27:57mais toute une équipe
27:58d'animateurs
27:59et on est arrivé
28:00enfin
28:01à des équipes
28:02majeures
28:03d'auteurs
28:03les plus grands
28:04ayant été
28:05évidemment
28:05Benoît Delépine
28:07qui est un peu
28:07le conceptuel
28:08il y a le scénariste
28:09Jean-François Alain
28:10qui depuis a fait
28:11les scénarios
28:12de SS 117
28:13avec Asana Vicius
28:14et le dialoguiste
28:16Bruno Gassio
28:17et les 3
28:18ont donné
28:19ce souffle
28:19cette puissance
28:20avec les guignols
28:21Bonsoir
28:22au menu
28:23ce soir
28:24guerre
28:24fleurs
28:25bananes
28:26et rebonsoir
28:28et puis il y a les nuls
28:29les nuls
28:30c'est la rencontre
28:31de 4 talents dingues
28:33entre Bruno
28:34Chantal
28:35Dominique
28:35et Alain
28:36donc Bruno
28:37Carrette
28:37Chantal Lobby
28:38Dominique Farouja
28:39et Alain Chabot
28:40Bonne nouvelle
28:41pour commencer
28:41on nous signale
28:42à l'instant
28:43que les troupeaux
28:44d'igouanes verts
28:45à poils longs
28:45qui s'ébattent
28:46dans la Seine
28:46aux abords
28:47de la centrale
28:47de Nojan
28:48sont inoffensifs
28:49alors
28:50Nojan sur Seine
28:51égale Tchernobyl
28:52sûrement pas
28:53déclare l'EDF
28:54c'est pas demain
28:55que Nojan votera
28:55communiste
28:56faut se souvenir
28:57de monsieur Manhattan
28:58avec Benoît Poulvort
29:00faut aller regarder
29:01sur Youtube
29:01ce que Poulvort
29:03faisait
29:03alors qu'il était
29:04très peu connu
29:05en France
29:05alors mon premier
29:06est une trempette
29:07de chasse
29:09mon deuxième
29:10est une partie
29:10de l'anatomie
29:11d'une femme
29:12et mon tout
29:14se trouve
29:15dans un bocal
29:16et grédou
29:16un cornichon
29:20le corps
29:21les nichons
29:22les nibards
29:23très très drôle
29:24excellent
29:24et tout ça
29:26vivait à canal
29:27autour de nulle part ailleurs
29:29avec Gildas
29:30avec Decaune
29:31avec Garcia
29:32et tous les autres
29:33c'est vraiment nul
29:34je vous ai bien eu
29:35oh bah tu parles
29:36c'est que les premiers avril
29:37sont rares
29:38et je ne voulais pas
29:38être en reste
29:39avec mes confrères
29:40des autres chaînes
29:41qui depuis ce matin
29:41n'ont pas manqué
29:42à la tradition
29:43en abusant
29:43de la crédulité
29:44des téléspectateurs
29:45donc je pense
29:46que ces programmes
29:47en clair
29:47ont installé
29:48et ont dit
29:49quelque chose
29:50de ce qui se passait
29:51à l'intérieur
29:51et les gens
29:53se sont reconnus
29:53à la fois
29:55ont aimé
29:56ces talents
29:57nouveaux
29:57et se sont reconnus
29:59avec ceux
30:00qui étaient
30:00à l'intérieur
30:01de la chaîne
30:01ils se sont dit
30:02qu'on devait
30:02sans doute
30:02être capable
30:03de partir
30:04en vacances
30:04ensemble
30:08et l'humour
30:09fait partie
30:09intégrante
30:10comme le cinéma
30:11de l'ADN
30:12de Canal Plus
30:13qu'est-ce qu'il dit
30:14de son époque
30:15selon vous
30:15cet humour
30:16canal
30:17des années 80
30:18ça dit
30:19de cette époque
30:20qu'on pouvait
30:21se permettre
30:21parce qu'on n'était
30:22peut-être pas encore
30:23conscient
30:23que les problèmes
30:25seraient difficiles
30:26à résoudre
30:26mais qu'il y avait
30:27un appétit
30:29une gourmandise
30:30une libération
30:31à la fois
30:31des ondes
30:32et des esprits
30:33il y avait aussi
30:34l'alternance
30:35les plus opposés
30:37à l'alternance
30:37s'étaient rendu compte
30:38que c'était plutôt
30:39une ouverture
30:40et une dynamique
30:41qu'un danger
30:42il y avait un mélange
30:43de liberté
30:44collective
30:45et de liberté
30:46individuelle
30:46qui s'exprimait
30:47et je pense
30:48que ces années 80
30:49on en a été
30:51le symbole
30:51alors
30:52il y a eu un moment
30:54où on a
30:54sans doute
30:55touché
30:56ou presque
30:57frôlé
30:57le risque
30:58de l'ironie
30:59à tout prix
30:59et on a pu
31:00nous le reprocher
31:01et on avait raison
31:02mais après tout
31:03on était en avance
31:05donc on avait le droit
31:06de se tromper
31:07on en a pris conscience
31:08je crois
31:09assez vite
31:09avec Alain
31:10le greffe
31:11vous savez
31:12on avait un principe
31:13avec les guignols
31:14par exemple
31:14c'est à dire
31:15qu'Alain
31:16avait les textes
31:17on me les est passés
31:19au début
31:19mais j'avais pas le temps
31:20il lisait les textes
31:21mais il n'est jamais
31:23intervenu
31:23a priori
31:25il savait
31:25ce qui allait être diffusé
31:26on en discutait
31:27quitte à s'engueuler
31:28après
31:28je pense que c'est
31:30une bonne manière
31:31de laisser libre
31:32les créateurs
31:33surtout quand ils sont
31:34dans l'humour
31:34avec tous les bons risques
31:36que ça représente
31:37on ne peut pas
31:38multiplier
31:39l'ironie
31:40il y a un moment
31:41où si tu veux
31:42vraiment être totalement
31:44accompagner la vie
31:45des gens
31:45leurs réflexions
31:46il faut aussi
31:47prendre en compte
31:48les soucis
31:49finalement le fait
31:51de faire une chaîne
31:52payante
31:52c'était aussi
31:53devoir être à l'écoute
31:54des téléspectateurs
31:56et téléspectatrices
31:57qu'est-ce qu'on trouvait
31:58dans Canal Plus
31:58ces premières générations
32:00d'abonnés selon vous ?
32:01Pourquoi les gens
32:02payaient 120 francs
32:03avant l'euro ?
32:04parce qu'ils faisaient
32:05la règle de 3
32:06ils savaient
32:07que pour 120 francs
32:08ils allaient amener
32:08chez eux
32:09quel que soit l'âge
32:10de leurs enfants
32:10ils allaient amener
32:11au moins 15 films
32:13par mois
32:14ils ne pourraient pas
32:15aller 15 fois au cinéma
32:16et ils pourraient
32:17emmener tout le monde
32:18au foot
32:19alors qu'ils ne pourraient
32:20pas payer le foot
32:21pour tout le monde
32:22donc c'était ça
32:23la règle de 3
32:23c'est pour ça
32:24qu'on était populaire
32:25mais on ne couvrait pas tout
32:27on avait même
32:28à un moment
32:28avec Martine Moléon
32:29qui a fait un boulot
32:30absolument remarquable
32:31on avait créé
32:32la chaîne Demain
32:33qui était une chaîne
32:35de l'emploi
32:35où il y avait
32:36énormément d'échanges
32:37et de services derrière
32:38je ne dis pas
32:39qu'on a été parfait
32:40loin de là
32:40mais il y a eu
32:41un moment
32:42où on a essayé
32:43de compléter
32:44notre palette
32:45au fur et à mesure
32:46des créations de chaînes
32:47pour essayer
32:48de répondre
32:48à toutes les attentes
32:50de tous ceux
32:51qui jouaient le jeu
32:52avec nous
32:54Aujourd'hui
32:55pour se souvenir
32:56de cette époque
32:56on parle de
32:57l'esprit canal
32:57pour décrire
32:58une époque
32:59de la télévision
33:00un impact
33:01sur la manière
33:02de faire de l'information
33:03de faire de l'humour
33:04de présenter la culture
33:05et la politique
33:05c'était quoi pour vous
33:07cet esprit canal
33:08Pierre Lescure
33:09et puis
33:09qu'est-ce qu'il en reste ?
33:10Je ne sais pas
33:11ce que c'est
33:11que l'esprit canal
33:12ça reste dans l'esprit
33:14de ceux qui l'ont vécu
33:15ou ceux qui s'en souviennent
33:17ça reste
33:17un certain esprit
33:18qu'on n'a pas forcément
33:20retrouvé ailleurs
33:20ou au contraire
33:21qui a essaimé
33:22c'est ce que j'espère
33:23c'était des gens
33:25qui étaient ensemble
33:26à peu près
33:26de la même génération
33:27et qui avaient envie
33:29de voir à la télé
33:31des choses
33:32qu'ils aimaient
33:33et qu'ils avaient
33:33l'habitude
33:34de partager entre eux
33:35donc pourquoi
33:36ne pas le partager
33:37à la télé
33:38et puis il y a eu
33:39la naissance des talents
33:40qu'on a cité tout à l'heure
33:42c'est tout ça
33:43qui a fait
33:43et puis
33:45un sens de la liberté
33:51un grand merci
33:52à Pierre Lescure
33:53d'être passé
33:54dans les studios
33:55de Codesources
33:55cet épisode
33:56a été produit
33:57par Clara Garnier-Amourou
33:59Thibaut Lambert
33:59Barbara Gouy
34:00et Marin Guillon-Verne
34:02la réalisation
34:03est de Pierre Chafanjon
34:04n'hésitez pas
34:05à vous abonner
34:06à Codesources
34:07sur les plateformes
34:07d'écoute
34:08et sur Youtube
34:09si ce n'est pas déjà fait
34:10jetez aussi
34:11une oreille
34:11à Crime Story
34:12notre podcast
34:13dédié aux affaires criminelles
34:15avec Claudia Prolongeau
34:16et Damien Delseny
34:17Crime Story
34:18qui consacre cet été
34:19une série
34:20à l'affaire Jeffrey Epstein
34:22elle sera disponible
34:23début août
34:23sur toutes les plateformes
34:25d'écoute
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