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  • il y a 7 heures
Les canicules sont de plus en plus fréquentes et de plus en plus chaudes en France. Pour expliquer les raisons de ces canicules et les solutions possibles face au réchauffement climatique, Code source a fait appel à la climatologue Valérie Masson-Delmotte. 


Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Judith Perret - Production : Clara Garnier-Amouroux et Barbara Gouy - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Photo : Thomas Padilla/MAXPPP - Musiques : François Clos, Audio Network - Archives : AFP.

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Transcription
00:01Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11La France face à une nouvelle canicule record, 54 départements en vigilance rouge ce mardi 23 juin.
00:19La canicule va continuer jusqu'au jeudi 25 juin avec plus de 40 degrés sur 20% de l'Hexagone
00:25d'après Météo France.
00:27Deuxième canicule en moins d'un mois après celle de mai, alors faut-il s'attendre à une multiplication des
00:33vagues de chaleur ?
00:34Comment et dans quelle mesure le climat a-t-il changé ces dernières décennies ?
00:38Quelles sont les raisons du réchauffement climatique et quelles sont les solutions possibles ?
00:43Pour répondre à ces questions, nous avons rencontré une spécialiste, la climatologue Valérie Masson-Delmotte,
00:49membre du Haut Conseil pour le Climat et de l'Académie des Sciences.
00:52Le magazine américain Time l'a présenté en 2022 comme l'une des 100 personnalités les plus influentes au monde.
01:05Valérie Masson-Delmotte, vous êtes climatologue, vous faites partie du Haut Conseil pour le Climat,
01:09vous êtes directrice de recherche au CEA, le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives.
01:15Un mot sur vous d'abord, qu'est-ce qui vous passionne autant dans la climatologie ?
01:20Moi je suis venue à la science du climat par l'émerveillement devant les nuages quand j'étais jeune,
01:25et puis par l'avancée des connaissances, observer le climat de la Terre depuis l'espace,
01:30le mettre en équation, le modéliser, reconstituer les variations passées du climat
01:34à partir des archives comme les carottages dans les glaces, c'est quelque chose que j'ai trouvé passionnant.
01:39Et c'est toujours le cas aujourd'hui ?
01:40Alors c'est passionnant et puis c'est un enjeu majeur pour toutes les sociétés,
01:45au sens où finalement aujourd'hui l'intrus dans le système climatique,
01:48ce sont les activités humaines qui, en émettant massivement des gaz à effet de serre,
01:53perturbent en fait profondément le climat, entraînent une accumulation de chaleur.
01:57C'est une rupture par rapport aux variations passées,
01:59et c'est des enjeux majeurs dans l'ensemble de nos sociétés pour tous les écosystèmes.
02:08Alors avant d'en venir à l'actualité, comme toujours dans Code Source,
02:11on reprend tout du début. C'est quoi le réchauffement climatique ?
02:15Le réchauffement climatique, c'est une augmentation de la température à la surface de la Terre,
02:20au-dessus des continents et puis à la surface de l'océan.
02:23Ce réchauffement, il est dû à l'accumulation de chaleur dans le climat,
02:28parce qu'en ajoutant des gaz à effet de serre dans l'atmosphère,
02:32notamment en brûlant des énergies fossiles,
02:34comme le pétrole, le charbon, le gaz,
02:37eh bien en fait on piège une partie du rayonnement qu'on appelle infrarouge de la Terre
02:43qui ne part plus vers l'espace.
02:45Le climat réagit à cette perturbation avec aussi des facteurs amplificateurs,
02:49et on parle parfois de réchauffement, ce qui est réel,
02:52une accumulation de chaleur, une augmentation de la température,
02:55mais on peut aussi parler de changement climatique,
02:57parce que ce climat qui se réchauffe, c'est un dégel des zones enneigées et englacées,
03:03c'est un cycle de l'eau qui devient plus intense et plus variable,
03:07parce que ça va doper aussi bien les pluies intenses que les sécheresses,
03:11et puis c'est un réchauffement qui se manifeste de manière différente selon les régions du monde,
03:18il est plus prononcé au-dessus des continents que la moyenne planétaire,
03:22l'Europe c'est le continent qui se réchauffe le plus vite,
03:25et donc on vit tous avec ce climat qui change et qui change vite.
03:30Et donc en résumé, il vaut mieux parler de réchauffement climatique ou de dérèglement climatique ?
03:34Moi j'utilise changement climatique, réchauffement planétaire,
03:37accumulation de chaleur dans le système climatique,
03:39ça décrit vraiment d'un point de vue de la physique ce qui se passe,
03:42et puis c'est une physique en fait, ce que je décrivais,
03:44ce qui permet d'établir le rôle dominant des activités humaines sur le climat,
03:49c'est une physique qui est ancienne, qui a été établie depuis Joseph Fourier
03:54et d'autres scientifiques au cours des siècles,
03:56et qui n'a fait que se renforcer au cours du temps.
04:00Alors justement, comment est-ce qu'on sait que c'est bien l'activité humaine
04:03qui est à l'origine de ce réchauffement climatique,
04:05et pas le début d'une nouvelle ère climatique qui aurait eu lieu,
04:08même sans la présence de l'homme sur Terre ?
04:10Première chose, 1957, il y a des scientifiques qui pour la première fois
04:14mesurent directement le niveau de CO2 dans l'atmosphère, les collègues américains,
04:17et ils arrivent à prouver par l'analyse des différentes formes de cette molécule de CO2
04:23qu'il est certain que c'est dû à de la combustion d'énergie fossile,
04:28du charbon, du pétrole, du gaz, que ce niveau monte dans l'atmosphère.
04:32Parce que justement, ce CO2 qui s'accumule dans l'atmosphère,
04:35il contient peu de carbone 14, vous savez ce qui sert à dater les vestiges archéologiques,
04:41ça prouve qu'il est très ancien.
04:42Ensuite, à partir des années 60-70, on a développé des modèles de climat
04:48qui représentent l'atmosphère en trois dimensions, maintenant l'océan en trois dimensions,
04:51leurs fluctuations, et dès ce moment-là, on a compris que lorsqu'on ajoute des gaz à effet de serre
04:58dans l'atmosphère, le climat y réagit avec des facteurs amplificateurs,
05:02et que ça entraîne une accumulation de chaleur.
05:04C'est seulement à partir des années, je dirais, 90, qu'on a eu des méthodes objectives
05:09qui permettaient de montrer que le réchauffement observé n'était pas le résultat de variations spontanées du climat
05:15ou la réponse à des facteurs naturels comme l'activité du soleil ou des volcans,
05:20mais que l'ensemble des caractéristiques observées étaient parfaitement cohérentes
05:24avec la physique du climat et sa réponse à la hausse de l'effet de serre.
05:29Donc ça, c'est des méthodes objectives, répliquées, vérifiées, c'est le jeu scientifique.
05:34Et l'activité humaine, est-ce qu'on sait de quelle proportion du réchauffement climatique elle est responsable ?
05:39Si vous prenez le réchauffement qui va jusqu'à la dernière décennie,
05:43entre 1850-1900 et la période 2016-2025,
05:47la tendance au réchauffement est latin 1,26 degré.
05:50La partie qu'on attribue rigoureusement aux conséquences des activités humaines,
05:55c'est 1,24 degré.
05:57Donc c'est vraiment l'essentiel, c'est 95%.
05:59Il n'y a aucun facteur naturel qui puisse expliquer cette accumulation de chaleur dans le climat.
06:03Le réchauffement à la surface, sa structure,
06:06et puis surtout le gros morceau qui est l'accumulation de chaleur dans l'océan.
06:09Et ça, vraiment, c'est la réponse du climat à une augmentation de l'effet de serre.
06:14Alors concrètement, quelles sont les activités humaines qui sont responsables du réchauffement climatique ?
06:19Qu'est-ce qui provoque le réchauffement climatique ?
06:21Alors, ce qui émet des gaz à effet de serre, c'est d'abord le fait de brûler du pétrole,
06:28du charbon et du gaz.
06:29C'est le gros morceau.
06:30Ça rejette presque 40 milliards de tonnes de CO2 chaque année dans l'atmosphère.
06:36C'est à peu près trois quarts en tout de l'augmentation de l'effet de serre.
06:40Donc ça, c'est avec le transport, par exemple, les voitures ?
06:42C'est chauffage au gaz, chauffage au fioul, transport avec des voitures, avec des moteurs à combustion,
06:48donc diesel, essence, camions.
06:50Dans beaucoup de régions du monde, c'est aussi brûler du gaz, brûler du charbon pour produire de l'électricité.
06:56Et puis, c'est utiliser du charbon ou du gaz, ou parfois du pétrole, pour certains processus industriels aussi.
07:02Alors, quels sont les autres facteurs, les autres raisons ?
07:04Alors, l'autre facteur qui compte, c'est quand on détruit des forêts.
07:08Et donc, la déforestation, aujourd'hui, c'est à peu près 10% des émissions de CO2 dans le monde.
07:15Dans certaines régions, on arrive à la freiner.
07:17Dans certaines régions, on a des forêts qui s'étendent.
07:19Mais en Amérique du Sud, en Indonésie ou au Congo, on a une déforestation qui se poursuit.
07:26Et donc là, ça rejette du CO2 dans l'atmosphère, celui qui était accumulé précédemment dans la forêt.
07:32Les autres facteurs qui comptent, c'est notamment l'ensemble de notre système alimentaire.
07:38La manière dont on produit l'alimentation, dont on la stocke, on la transporte, on la cuit.
07:43Puis après, ce qu'elle devient une fois qu'on la mise à la poubelle.
07:46L'ensemble du système alimentaire qui comprend des énergies fossiles pour faire marcher les tracteurs, parfois pour cuisiner et le
07:53reste.
07:53Et ça, c'est à peu près dans son ensemble, un tiers des émissions de gaz à effet de serre.
07:57L'élevage, ça joue beaucoup là-dessus ?
07:59Alors, ce qui joue le plus, c'est les engrais azotés dans les cultures et c'est l'élevage de
08:04ruminants.
08:04Donc, les engrais azotés, ils relarguent un gaz à effet de serre spécifique.
08:09Et puis, l'élevage de ruminants contribue à rejeter du méthane, qui est aussi un gaz à effet de serre
08:14puissant, avec une durée de vie relativement courte dans l'atmosphère.
08:18Concrètement, ce méthane, il vient d'où ?
08:19Alors, le méthane, il vient en fait du processus de rumination et donc des rôles des vaches.
08:25À cela, il faut aussi ajouter des gaz à effet de serre qui sont des produits uniquement industriels.
08:30Notamment, par exemple, les gaz qu'on utilise dans les systèmes de climatisation, de refroidissement,
08:35qui peuvent être aussi des gaz à effet de serre de forte intensité, en quantité faible, mais qui s'ajoutent
08:42aux autres.
08:42Actuellement, on est à près d'1,5 degré de plus qu'au 19e siècle.
08:46Donc, on pourrait se dire 1,5 degré, c'est supportable, mais ce n'est qu'une moyenne.
08:51Expliquez-nous bien ça, en fait. Ça veut dire quoi quand on dit 1,5 degré en plus ?
08:54Alors, au niveau planétaire, on en est à 1,4 degré.
08:57Le rythme actuel fait que dans quelques années, un niveau d'un degré et demi sera atteint, ça c'est
09:02certain.
09:02Donc, pour 1,4 au niveau mondial, on est déjà à 1,9 de réchauffement en France.
09:07Ça veut dire un réchauffement plus fort, d'ailleurs, en été qu'en hiver.
09:11Et si on prend une vague de chaleur comme en 2026, en juin 2026,
09:14et bien sûr, l'intensité de cette vague de chaleur, c'est 2 à 4 degrés de plus déjà aujourd
09:20'hui.
09:20Ça veut dire qu'en fait, quand on atteint des plages de température à 40, 42 degrés,
09:25c'est une conséquence directe de ce réchauffement.
09:28Des telles intensités de température, elles n'auraient jamais été atteintes
09:31dans le climat pré-industriel du 19e siècle.
09:35Ce qu'il faut aussi noter, c'est que le réchauffement actuel, il est vraiment inédit.
09:39Quand on regarde les reconstitutions que l'on a des variations passées du climat
09:43à l'échelle des derniers millénaires au niveau mondial,
09:46le réchauffement des derniers 50 ans, en termes d'ampleur, de vitesse, c'est complètement une rupture.
09:51Pour qu'on comprenne bien, qu'est-ce qui est inédit ? Qu'est-ce qui est nouveau ?
09:53Ce qui est inédit, c'est l'ampleur du réchauffement et sa vitesse.
09:56C'est le niveau de gaz à effet de serre dans l'atmosphère.
09:58Là, il est inédit sur déjà plus de 2 millions d'années.
10:01On joue le rôle d'une force géologique.
10:03Ce qui est inédit, c'est la montée du niveau de la mer,
10:06qui est la conséquence du réchauffement de l'océan et de la fonte des glaces des continents,
10:11qui se poursuit à un rythme qui accélère,
10:15une montée de 23 cm depuis 1900,
10:18et qui maintenant se fait au rythme de presque 3,8 mm par an,
10:22donc bien plus rapide.
10:24Ce qui est également majeur,
10:28c'est finalement le fait qu'on vit avec des nouvelles caractéristiques climatiques partout.
10:32C'est-à-dire que les caractéristiques climatiques des enfants d'aujourd'hui
10:36ne sont pas les mêmes que celles de leurs parents ou de leurs grands-parents.
10:38Le climat moyen n'est pas le même,
10:40et notamment avec, par exemple dans l'Hexagone,
10:43une augmentation des vagues de chaleur,
10:46des pluies extrêmes, des sécheresses,
10:48des conditions propices aux incendies,
10:50qui en sont une des caractéristiques.
10:51Et puis après, il suffit d'aller en montagne pour voir ce réchauffement
10:54avec le recul de l'enneigement ou des glaciers.
10:57Là, c'est tout à fait visible.
11:01On va revenir dans un instant sur les cas extrêmes,
11:05sur les épisodes climatiques extrêmes.
11:07Le GIEC, le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat,
11:10a été créé en 1988.
11:12Vous, qui avez coprésidé pendant des années un groupe de travail du GIEC,
11:16expliquez-nous ce qu'est le GIEC.
11:18Ça a été mis en place parce que dans les années 80,
11:21les scientifiques avaient déjà souligné
11:23qu'ajouter des gaz à effet de serre dans l'atmosphère
11:25entraînerait un réchauffement qui pourrait avoir des conséquences graves
11:29pour les écosystèmes, pour les activités humaines.
11:32Et les gouvernements des différents pays du monde
11:34se sont dotés de cette institution
11:37pour disposer collectivement du meilleur état des connaissances.
11:41C'est-à-dire que le GIEC ne fait que passer en revue
11:44l'état des connaissances scientifiques, techniques, socio-économiques,
11:47et il en dégage les points clés,
11:49donc sous forme de rapports très détaillés
11:52et de résumés à l'intention des décideurs
11:55qui sont produits tous les 5-7 ans.
11:57Le 12 décembre 2015, à la fin de la COP21,
12:00la conférence sur le climat,
12:01l'accord de Paris a été annoncé par l'ancien Premier ministre français,
12:04Laurent Fabius.
12:05Je regarde la salle, je vois que la réaction est positive,
12:09je n'entends pas d'objection.
12:11L'accord de Paris pour le climat est accepté.
12:15Rappelez-nous ce qui est acté à ce moment-là
12:17et en quoi c'est historique.
12:19L'ensemble des pays du monde s'accorde sur le fait
12:21qu'il faut, pour limiter les risques climatiques graves,
12:25parvenir à contenir le réchauffement largement sous 2 degrés,
12:28avec l'aspiration à renforcer les efforts
12:30pour le limiter à 1,5 degré.
12:33Et ça, ça passe par le fait d'atteindre un pic
12:35et une forte baisse des émissions mondiales de gaz à effet de serre
12:39vers la neutralité carbone
12:41et puis tout un autre ensemble de mécanismes de coopération.
12:44Valérie Masson-Delmotte,
12:46en ce moment, il y a une baisse durable
12:48des émissions de gaz à effet de serre
12:49dans une vingtaine de pays,
12:51dont la France, de nombreux pays européens,
12:53mais aussi les Etats-Unis.
12:55Comment est-ce qu'on est arrivé à ce résultat ?
12:57Il y a un ensemble de politiques publiques
12:59qui ont permis de favoriser l'efficacité énergétique,
13:03de favoriser des technologies performantes
13:05qui répondent aux besoins en émettant moins de gaz à effet de serre.
13:09On pense à l'efficacité des véhicules, par exemple,
13:11ou à l'efficacité de l'isolation de logements
13:13ou au processus industriel.
13:15Ça passe aussi par le fait de décarboner
13:18la production d'électricité,
13:20donc renouvelable nucléaire,
13:22qui permet de se passer du charbon ou du gaz.
13:24Et quand on regarde dans le monde,
13:27on a en fait une trentaine de pays
13:29qui ont réussi à fortement réduire
13:31leurs émissions de gaz à effet de serre.
13:32Ça devrait être une fierté en Europe
13:34qu'on ait diminué nos rejets de gaz à effet de serre
13:36de 37% depuis les années 90.
13:39Ça, c'est en Europe ou en France ?
13:40En Europe, dans l'Union européenne,
13:41en France ou à peu près dans la moyenne européenne.
13:44Ensuite, depuis les années 2005,
13:46ça diminue aux Etats-Unis.
13:48Les choses encourageantes,
13:49c'est aussi que ça n'augmente plus en Chine
13:51depuis deux ans
13:51et que même un pays en développement comme l'Inde,
13:54qui a une partie de sa population qui est très pauvre,
13:57a engagé la décarbonation
13:58de sa seule production d'électricité.
14:01Donc, ces émissions continuent à monter,
14:03mais plus dans le secteur électrique.
14:04Mais clairement, ce n'est pas suffisant.
14:06Non, ça n'est pas suffisant.
14:07Et au niveau mondial,
14:08les émissions de gaz à effet de serre
14:10continuent à augmenter,
14:11mais plus lentement que la décennie d'avant
14:13pour le CO2 fossile.
14:15Donc là, c'est encourageant,
14:16mais pas suffisant.
14:16On n'a pas encore un pic
14:18et une baisse nette collective.
14:20Et d'ici quelques années,
14:22on va atteindre 1,5 degré de réchauffement planétaire.
14:24Ces dernières années,
14:25la quantité d'aérosol a baissé dans l'atmosphère.
14:28Expliquez-nous de quels produits on parle
14:30et ce que ça a eu comme conséquences
14:31sur le réchauffement climatique.
14:33Alors, aérosol, c'est une particule
14:34qui a été émise par des activités humaines
14:37et qui se retrouve dans l'air.
14:39Et par exemple,
14:40lorsqu'on va brûler des énergies fossiles,
14:42du charbon ou du pétrole
14:44dans les véhicules
14:45qui ne sont pas équipés
14:47de systèmes de peau d'échappement,
14:49on va émettre à la fois du CO2
14:51au moment de la combustion,
14:53mais cette combustion,
14:53elle n'est pas parfaite
14:54et on va aussi émettre
14:55des particules de pollution.
14:56Et bonne nouvelle,
14:58ces particules de pollution
14:59qui sont extrêmement dangereuses
15:00pour la santé,
15:02eh bien, il y a un ensemble
15:03de règlements,
15:04de normes,
15:05de progrès techniques
15:07qui ont porté leurs fruits,
15:08qui ont permis
15:09de réduire leurs émissions.
15:11C'est le cas en Europe,
15:12c'est le cas aux Etats-Unis,
15:13c'est le cas en Chine, par exemple.
15:15Mais du coup,
15:16au niveau climatique,
15:17ce qui se passe,
15:18c'est qu'on a perdu
15:20l'effet, on va dire,
15:21parasol de ces particules
15:22qui renvoient
15:23à une partie du rayonnement solaire.
15:25Et quelque part,
15:25ces particules,
15:26elles nous protégeaient
15:27de la chaleur, c'est ça ?
15:28Ces particules
15:28qui nous empoisonnaient
15:29et qui continuent, en fait,
15:31à être dangereuses
15:31pour la santé,
15:32elles ont,
15:33quand on les met
15:34dans l'atmosphère,
15:35un effet qui réfléchit
15:36une partie du rayonnement solaire
15:39direct ou en favorisant
15:40la formation
15:40de certains types
15:41de nuages
15:41autour des grandes villes
15:43ou des grands sites industriels.
15:45Et c'est un effet,
15:46on va dire,
15:46légèrement refroidissant.
15:47Du coup,
15:48ça a masqué
15:48une partie du réchauffement
15:49dû au rejet
15:50de gaz à effet de serre.
15:52Sur la période
15:52des derniers dix ans,
15:53on continue à accumuler
15:54des gaz à effet de serre,
15:55ça réchauffe.
15:56On met moins
15:57de particules de pollution,
15:58donc on enlève
15:59cet effet de voile.
16:01Et les deux facteurs
16:02ont joué dans le sens
16:02d'un réchauffement.
16:03Mais le gros morceau,
16:04c'est les gaz à effet de serre.
16:05En résumé,
16:06vous dites que c'est une bonne chose
16:07qui est moins d'aérosol
16:08dans l'atmosphère
16:09même si quelque part
16:10ça entraîne
16:11plus de chaleur pour nous.
16:12Il y a des liens étroits
16:13entre pollution de l'air
16:14et gaz à effet de serre.
16:17Donc quand on brûle
16:18des énergies fossiles,
16:19on va à la fois rejeter
16:20du CO2
16:20et des particules de pollution.
16:22Donc décarboner,
16:23ça permet de jouer
16:24sur les deux tableaux.
16:25Le méthane,
16:26qui est un gaz
16:26à effet de serre puissant,
16:27quand on le rejette
16:28dans l'atmosphère,
16:29il interagit avec
16:30la chimie de l'atmosphère.
16:32Il va favoriser
16:32notamment la concentration
16:34d'ozone
16:34qui est un polluant
16:35qui s'accumule
16:36au moment des événements chauds.
16:38Donc ce qu'on voit,
16:38c'est qu'en fait,
16:39on peut jouer mieux
16:40sur les deux tableaux
16:41et avoir des stratégies
16:42qui réduisent à la fois
16:44l'effet de serre
16:44et les particules de pollution
16:46pour gagner à la fois
16:47en termes de limitation
16:48du réchauffement
16:49et d'amélioration
16:50de la qualité de l'air
16:51et de la santé.
16:52Il y a une statistique
16:53marquante
16:53quand on parle
16:54de réchauffement climatique.
16:56Le chiffre est donné
16:56par l'Organisation
16:58Météorologique Mondiale.
16:59Les 11 dernières années
17:01ont été les 11 années
17:03les plus chaudes
17:03jamais enregistrées.
17:04Oui, bien sûr.
17:05Donc ce que l'on voit
17:06avec un climat
17:07qui se réchauffe,
17:08c'est qu'on va de plus en plus
17:09souvent battre
17:10des records de température.
17:11La dernière décennie,
17:12c'est la plus chaude
17:12jamais enregistrée.
17:14C'est le cas au niveau mondial,
17:15c'est le cas en Europe,
17:16c'est le cas en France également.
17:17Le réchauffement,
17:17il a de nombreuses conséquences
17:19pour la planète.
17:20Par exemple,
17:21les océans sont
17:22de plus en plus acides.
17:23Expliquez-nous ça.
17:24Le changement climatique,
17:25il a plein d'effets
17:26sur l'océan.
17:27Il a un effet
17:27où l'océan capte
17:2890% de la chaleur
17:29qui ne part plus
17:30vers l'espace.
17:31C'est le gros morceau.
17:32C'est ce qui limite
17:33le réchauffement à la surface
17:34mais qui accumule.
17:35Après,
17:36il absorbe un tiers
17:37de nos rejets de CO2,
17:38il s'acidifie.
17:39Une des autres conséquences,
17:40c'est davantage
17:41de canicules marines,
17:42les vagues de chaleur marines
17:43quand la température
17:45à la surface de la mer
17:45atteint des niveaux
17:46très élevés.
17:47L'océan,
17:48en gonflant
17:48et en récupérant
17:49l'eau de fond des glaciers,
17:50monte.
17:51Ça affecte les littoraux.
17:52Et puis,
17:53un océan plus chaud,
17:54il se mélange un peu moins bien,
17:55il va rentrer un peu moins
17:56d'oxygène en profondeur
17:57et ça,
17:58ça va affecter
17:58la vie marine
17:59de multiples manières.
18:01Et une des conséquences,
18:02c'est une baisse
18:03du potentiel
18:04de prise de pêche
18:05dans les océans tropicaux.
18:07Une deuxième conséquence,
18:08avec notamment
18:09les vagues de chaleur
18:09marines plus fréquentes,
18:11c'est la dégradation
18:13des récifs
18:13de coraux tropicaux
18:14qui blanchissent
18:15lorsqu'il y a
18:16des épisodes chauds.
18:17Et à l'échelle de la planète,
18:18il y a aussi
18:18la multiplication
18:19des sécheresses,
18:20de méga-feux,
18:21ces incendies monstrueux
18:22ou des ouragans
18:23particulièrement violents.
18:25Alors,
18:25il faut bien comprendre
18:26que lorsque le climat
18:27se réchauffe,
18:28l'atmosphère en fait
18:29se réchauffe,
18:30elle va contenir
18:31plus de vapeur d'eau
18:32parce que ça,
18:32ça dépend de la température
18:33de l'air.
18:34Et une atmosphère
18:35qui contient plus
18:36de vapeur d'eau,
18:37elle va pouvoir alimenter
18:39notamment des événements
18:41de pluie intense
18:42renforcés.
18:43Et ça,
18:43on le connaît
18:43depuis le XIXe siècle
18:45avec les travaux
18:46de scientifiques
18:47qui s'appelaient
18:47Clausius et Clapeyron
18:48qui ont déjà montré
18:50que par degré
18:50de réchauffement en plus,
18:52l'air peut contenir
18:537% d'humidité en plus.
18:55Qu'est-ce que ça veut dire ?
18:56Ça veut dire que
18:56le même épisode sévenol
18:58ou méditerranéen,
18:59le même orage,
19:00la même tempête
19:01ou le même ouragan
19:02qui se forme
19:03dans le climat d'aujourd'hui,
19:04il pourra avoir
19:05une intensité record
19:07de précipitation
19:08du fait
19:09de ce réchauffement.
19:11Et puis d'autre part,
19:12le même mécanisme
19:12est à l'œuvre
19:13pour les sécheresses.
19:14Ce qui se passe,
19:14c'est qu'en fait,
19:14si vous avez
19:15une absence de précipitation
19:17dans un climat plus chaud,
19:18l'atmosphère,
19:19elle va pouvoir aspirer
19:20davantage d'humidité
19:21par l'évaporation,
19:22la transpiration des plantes.
19:23Elle va vider plus rapidement
19:25les sols de leur humidité
19:26et donc ça va faire passer
19:27une période banale
19:29de manque de pluie
19:29en sécheresse
19:30des sols plus graves
19:31et c'est ce que l'on observe
19:32en France
19:33comme dans tous
19:34les continents du monde.
19:35Face aux canicules
19:36à répétition,
19:37de nombreux particuliers
19:38achètent des climatisations.
19:39Il s'en vend
19:40plus de 130 millions
19:41dans le monde chaque année
19:42et il y a
19:43de grandes disparités.
19:44Le taux de foyers
19:45équipés en climatisation
19:46est par exemple
19:47de 94% aux Etats-Unis,
19:50moins de 6%
19:51dans les pays
19:51du continent africain.
19:53Valérie Masson-Delmotte,
19:54la climatisation,
19:55ça augmente
19:56le réchauffement climatique ?
19:58Moi j'ai l'impression
19:58qu'aujourd'hui
19:59c'est devenu
20:00le point dur
20:00de la réflexion
20:01sur l'évolution du climat
20:02et les réponses
20:03face aux changements climatiques
20:04avec des approches
20:05qui sont parfois
20:06un peu binaires
20:07pour ou contre
20:07la climatisation.
20:09Donc première chose,
20:10dans un climat
20:10qui se réchauffe
20:11avec des plages
20:12de température
20:12et d'humidité
20:13qui font qu'on ne peut pas
20:14se reposer la nuit,
20:15qu'on ne peut pas
20:16travailler dans de bonnes conditions,
20:17protéger les personnes
20:18vulnérables dans de bonnes conditions,
20:20ça va faire partie
20:22avec des volets,
20:24avec de la ventilation,
20:25avec des bâtiments
20:27plus performants.
20:27C'est une évidence.
20:29Après en fait
20:29la climatisation
20:30on ne va pas la mettre
20:31dans les champs,
20:31dans les forêts,
20:32sur l'océan.
20:33Donc on voit bien
20:33que c'est seulement
20:34une facette
20:35des aspects
20:36qui vont demander
20:37des changements profonds
20:38pour le climat d'aujourd'hui
20:40et encore plus
20:41celui de demain.
20:42Alors la climatisation
20:43qu'est-ce qu'elle fait ?
20:44Elle rejette des calories
20:45de l'intérieur des logements
20:46vers l'extérieur.
20:48Donc selon la configuration
20:49des rues par exemple,
20:50ça peut augmenter
20:51la température
20:52dans la rue
20:53lorsqu'on a
20:53beaucoup de systèmes
20:54de climatisation
20:55qui rejettent
20:57leur chaleur
20:57en surface.
20:58Ce n'est pas toujours
20:59le cas.
21:00Ensuite,
21:00ça consomme
21:01de l'électricité.
21:02En France,
21:03on a l'électricité
21:03décarbonée.
21:04Mais dans certaines régions
21:06du monde,
21:06si c'est pour utiliser
21:07du charbon
21:07ou du gaz
21:08pour cela,
21:09on voit bien
21:09que c'est un peu
21:10le cercle vicieux.
21:11Et puis les gaz
21:12utilisés dans les systèmes
21:13de climatisation
21:14eux-mêmes,
21:15il faut être extrêmement
21:16vigilant à ce qu'il n'y ait
21:17pas de fuite
21:17parce que pour certains
21:18d'entre eux,
21:19ce sont des gaz
21:20à effet de serre
21:21particulièrement puissants
21:22également.
21:22Dans le monde,
21:23c'est une des choses
21:24qui tire à la hausse
21:25la consommation
21:26d'électricité
21:27et avec une espèce
21:28de course de vitesse
21:29entre les besoins
21:30d'électricité
21:31qui augmentent
21:31et la capacité
21:32à produire
21:33plus d'électricité
21:34décarbonée.
21:35Photovoltaïque
21:36et climatisation,
21:37ça peut aller de pair
21:38par exemple
21:38parce qu'on va produire
21:40plus d'électricité
21:41au moment les plus chauds,
21:42les plus ensoleillés.
21:43On va en avoir besoin
21:44pour ce type de système.
21:45C'est pour ça qu'en fait,
21:46moi,
21:46je n'aime pas
21:46les approches binaires
21:48qui consistent à pointer
21:50du doigt
21:50ou faire croire
21:51que c'est la seule solution.
21:53Ça fait partie
21:53des leviers d'action,
21:54c'est un coût
21:55à l'installation,
21:56c'est un coût
21:56à l'usage
21:57au moment des épisodes chauds.
21:58À titre personnel,
22:00au niveau des citoyens,
22:01des citoyennes,
22:01qu'est-ce qu'on peut faire,
22:02chacun de nous,
22:03pour essayer de réduire
22:04le réchauffement climatique ?
22:05Les enjeux de réduction
22:07des émissions de gaz
22:08à effet de serre,
22:09ça n'est pas uniquement
22:10des choix individuels.
22:11C'est quelque chose
22:12qui relève
22:12de priorités collectives,
22:14de cap,
22:15de décarbonation,
22:16de financement,
22:17de priorité.
22:18La part individuelle,
22:20c'est à peu près
22:2020 à 25% du potentiel
22:22de réduction
22:23d'émissions de gaz
22:23à effet de serre.
22:24C'est tout à fait important,
22:26mais ça s'articule
22:27dans le besoin
22:28d'actions structurées
22:29de l'échelon européen,
22:31national,
22:31à l'échelon territorial.
22:33Alors,
22:33à l'échelle individuelle,
22:34ce que vous pouvez faire,
22:35c'est ce que je fais aussi,
22:35c'est faire votre propre bilan
22:38d'empreintes carbone.
22:39Vous pouvez, par exemple,
22:40utiliser l'outil
22:41qui s'appelle
22:41Nos gestes climats
22:42de l'ADEME,
22:43l'Agence de la transition écologique,
22:45qui permet assez rapidement,
22:46en fonction de votre
22:47organisation familiale,
22:48de votre mode de vie,
22:49d'identifier ce qui émet
22:51le plus de gaz
22:51à effet de serre
22:52et puis de réfléchir
22:53à quelles pourraient être,
22:54vous personnellement,
22:55vos priorités.
22:56Ce que je note,
22:57c'est qu'il y a beaucoup
22:59d'idées reçues fausses
23:00par rapport à ça.
23:00Souvent,
23:01ce qui pèse le plus,
23:02c'est bien sûr
23:03les transports en France,
23:04puisque notre électricité
23:05est décarbonée,
23:06souvent la voiture individuelle
23:08ou l'avion,
23:09selon les personnes.
23:10Ensuite,
23:11dans l'alimentation,
23:12c'est souvent
23:13les protéines
23:14que l'on consomme,
23:15les différents types de viande,
23:16de les protéines végétales,
23:17etc.,
23:17ça, ça pèse assez lourdement.
23:19Et puis,
23:19l'autre volet qui pèse aussi,
23:20c'est ce qui va être
23:21lourd à transporter,
23:22par exemple,
23:23les boissons
23:23qui sont transportées
23:24par camion,
23:25par exemple.
23:27On va revenir
23:28dans un instant
23:28aux deux dernières canicules
23:30qui ont touché la France.
23:30Encore une ou deux questions
23:32avant d'en parler.
23:33D'abord,
23:34il y a eu la réélection
23:35de Donald Trump
23:36fin 2024.
23:36Il a pris ses fonctions
23:37à la Maison-Blanche
23:38en janvier 2025.
23:40Dans la foulée,
23:41il a annoncé
23:41le départ des États-Unis
23:42de l'accord de Paris.
23:44Depuis qu'il est
23:44à la Maison-Blanche,
23:45il s'attaque
23:46aux scientifiques américains,
23:47notamment ceux
23:48qui travaillent sur le climat.
23:49Ça veut dire quoi concrètement ?
23:50Qu'est-ce qu'il se passe
23:51aux États-Unis actuellement
23:53parmi vos collègues américains ?
23:54Ce qu'il y a aux États-Unis,
23:55c'est des coupes budgétaires
23:57qui portent sur
23:58tous les aspects
23:59liés aux sciences du climat,
24:00mais aussi la science
24:01des écosystèmes
24:02ou des inégalités,
24:03par exemple,
24:04de la santé environnementale.
24:06C'est donc
24:07des collègues américains
24:08qui n'ont pas le droit
24:09de parler librement
24:10à la presse,
24:11qui n'ont pas le droit
24:12de collaborer librement
24:13avec des collègues
24:14d'autres pays.
24:15Ce sont des licenciements
24:16brutaux aussi,
24:17dans certains cas,
24:18des bases de données
24:19qui peuvent être
24:19mises en danger.
24:20C'est une vraie fragilisation
24:22de la coopération internationale
24:23pour l'observation de la Terre,
24:25pour laquelle les États-Unis
24:27jouent un rôle
24:27encore central.
24:29Pour moi,
24:29c'est un immense chagrin
24:30parce que j'ai énormément
24:31d'admiration
24:32pour deux choses
24:33aux États-Unis
24:34sur ces domaines-là.
24:35La première chose,
24:36c'est la construction
24:37des sciences du climat
24:38depuis les années 60
24:39aux États-Unis.
24:41Observation,
24:41compréhension des processus,
24:43modélisation,
24:44vraiment comme un phare
24:46pour l'avancée
24:47de la science
24:47dans ce domaine.
24:48Et puis l'autre chose,
24:49c'est finalement
24:50le côté bipartisan
24:51ancien américain
24:53qui a permis
24:54de faire des progrès majeurs
24:55sur la protection
24:55de l'environnement.
24:56Les grands parcs nationaux
24:58ou bien les lois
24:59pour améliorer
25:00la qualité de l'air,
25:01ce n'était pas démocrate
25:02ou républicain en fait,
25:03c'était l'intérêt général
25:04qui était mis en avant.
25:05Et là,
25:06on voit en fait
25:06qu'il y a vraiment
25:07une volonté
25:08finalement de déni scientifique
25:10mais qui va aussi
25:12avec une politique
25:13extrêmement favorable
25:14à la production,
25:15l'exportation d'énergies fossiles,
25:17à une approche brutale
25:19de la géopolitique
25:20qui prend en otage aussi
25:23toutes les négociations
25:24internationales environnementales,
25:26par exemple
25:26les grands fonds marins
25:27ou bien
25:28le transport maritime international
25:30ou bien
25:30la réduction
25:31de la production de plastique,
25:32un sujet très important également.
25:34En France,
25:34un plan d'adaptation
25:35au changement climatique
25:36a été adopté
25:37en mars 2025.
25:38Est-ce qu'il comporte
25:39des bonnes mesures ?
25:40Alors,
25:41le plan d'adaptation
25:42au changement climatique,
25:43c'est vraiment
25:43la stratégie du gouvernement.
25:45Ça se décline
25:45en responsabilité spécifique
25:47distribuée
25:48ministère par ministère
25:49pour aussi
25:51toutes les entreprises publiques
25:52qui jouent un rôle important
25:54pour les infrastructures
25:55par exemple
25:55de transport
25:56ou de télécommunication
25:57et le reste
25:58ou l'eau,
25:59bien sûr.
26:00Donc,
26:00c'est un plan
26:01qui est important,
26:02qui est structuré,
26:02qui a progressé,
26:04qui demande encore
26:04beaucoup d'études
26:05et dont la grande fragilité
26:07n'est pas le plan
26:08en tant que tel,
26:09mais les moyens
26:10qui sont associés
26:11et la mise en œuvre concrète.
26:12Ce que l'on voit,
26:13c'est que dans les arbitrages
26:15budgétaires
26:15dans un contexte difficile,
26:18géopolitique,
26:18budgétaire,
26:19en termes d'activité économique,
26:21eh bien,
26:22il y a eu très souvent
26:23des coupes fortes
26:25qui portaient
26:25sur ces budgets,
26:27notamment les budgets
26:28dits du fond vert
26:29qui aident les communes
26:30elles-mêmes
26:31à déployer,
26:32par exemple,
26:33des opérations
26:33pour avoir
26:35des bâtiments
26:36vivables en été,
26:38par exemple,
26:38ou des villes
26:39plus végétalisées
26:40et tout le reste.
26:44Alors,
26:45on en vient maintenant
26:45aux deux canicules
26:46qui ont touché la France
26:47au printemps,
26:47au mois de mai
26:48et en juin.
26:49Le mardi 26 mai 2026
26:51a été la journée
26:51la plus chaude
26:52jamais connue
26:53en mai
26:53avec une température moyenne
26:55de 24,8 degrés
26:57à l'échelle du pays.
26:59Canicule record
27:00également en juin.
27:01Le lundi 22 juin
27:02a été la journée
27:02la plus chaude
27:03jamais enregistrée
27:04pour un mois de juin.
27:04Record de chaleur
27:05aussi le lendemain.
27:06Le mardi 23 juin,
27:08le jour où on enregistre
27:09ensemble ce podcast,
27:1054 départements
27:11placés en vigilance rouge.
27:13Valérie Masson-Delmotte,
27:14comment décrire
27:15ces épisodes de canicule ?
27:16Les événements
27:17de mai et juin 2026
27:20s'inscrivent
27:21dans une récurrence
27:22de vagues de chaleur.
27:23Entre 1947 et 2010,
27:26il y a eu
27:27un certain nombre
27:27de vagues de chaleur,
27:28environ 25.
27:29Il y en a eu autant
27:31depuis,
27:32entre 2011 et 2025.
27:34Donc ça vous donne
27:34une idée
27:35de la récurrence.
27:37L'intensité
27:38de ces événements chauds
27:39augmente.
27:39Au cours du XXe siècle,
27:40il était rarissime
27:41d'atteindre 40 degrés
27:42en France,
27:43dans l'Hexagone.
27:44À partir de 2000
27:45et notamment
27:46de la canicule de 2003,
27:47c'est devenu
27:47de plus en plus fréquent
27:49et même
27:49chaque dernier été,
27:52voire plusieurs fois par an
27:53pour certaines stations météo
27:55pour certaines villes.
27:57Donc par exemple,
27:58là en mois de juin 2026,
28:00on a eu des records
28:01de températures
28:02à plus de 42 degrés,
28:0443 degrés
28:05dans un nombre
28:06important de stations
28:07dans l'Ouest
28:08et le centre de la France.
28:10Et ce que l'on voit là,
28:11c'est que
28:11je décrivais tout à l'heure
28:13ce climat qui se réchauffe,
28:14ces extrêmes chauds
28:15qui deviennent plus fréquents
28:16plus intenses,
28:17le fait d'avoir
28:172 ou 4 degrés de plus,
28:19ça fait rentrer
28:20dans une plage
28:21dangereuse.
28:22Dangereuse,
28:23dangereuse pour des activités
28:24physiques en extérieur,
28:26le travail,
28:26le sport,
28:27dangereuse pour des personnes
28:28fragiles,
28:29les nouveaux-nés,
28:30les personnes malades,
28:32les personnes âgées,
28:33c'est dangereux.
28:34C'est dangereux
28:34pour la végétation
28:35et les plantes
28:36qui s'assèchent
28:37très rapidement.
28:38C'est dangereux
28:39parce que
28:39ça va conduire aussi
28:41très rapidement
28:42à des conditions propices
28:43à des incendies
28:44de forêt également.
28:45Vous qui êtes
28:45une spécialiste du climat,
28:47ça vous fait quoi
28:47de voir ça
28:48et de vivre ça ?
28:49Il y a en fait
28:50la réalité d'événements
28:51qui sont historiquement
28:53exceptionnels,
28:54ces records
28:55de température
28:56de nuit,
28:56très chaudes d'ailleurs,
28:57qui tombent actuellement
28:58et en même temps
28:59des événements
29:00qui sont attendus.
29:01Moi, souvent,
29:02ce que je me demande,
29:03c'est comment j'aurais
29:03dû m'exprimer mieux,
29:05plus clairement,
29:06pour faire en sorte
29:07que ces connaissances
29:08scientifiques
29:08qui sont là
29:09depuis longtemps,
29:10on les ait davantage
29:11intégrées
29:12dans les priorités
29:13collectives.
29:13J'ai regardé en fait
29:14le premier rapport
29:15du GIEC
29:16qui a fait le point
29:16sur les vagues
29:17de chaleur
29:17déjà qui s'intensifiaient
29:19et qui allaient
29:19continuer à le faire,
29:20c'était en 2001,
29:22c'était il y a 25 ans.
29:24On a fait le bilan
29:25de la canicule
29:26de 2003.
29:26Déjà à l'époque,
29:27on a montré que ce type
29:28d'événement
29:28a été rendu
29:29deux fois plus probable,
29:31deux fois plus fréquent
29:33par l'influence humaine
29:34sur le climat.
29:35Souvent,
29:36c'est cette canicule
29:36de 2003,
29:37d'ailleurs,
29:37un peu tristement,
29:38qui a été prise
29:39comme référence
29:40pour le confort thermique
29:41de logement.
29:42Mais dans un climat
29:44qui se réchauffe,
29:44ce n'est pas simplement
29:45au cœur de l'été,
29:46c'est jusqu'à
29:47le début de l'automne,
29:49c'est au printemps,
29:50à des moments
29:51où on a encore
29:51des enfants
29:52dans les écoles,
29:53beaucoup de personnes
29:53au travail,
29:54dans les transports.
29:55Et donc,
29:56on voit bien
29:56que pour ces aspects-là,
29:58pour ces infrastructures-là,
29:59la préparation
30:00n'est pas à hauteur
30:01des enjeux.
30:01Et 2003,
30:02finalement,
30:02ce n'est pas
30:02la bonne référence,
30:03il faut se projeter.
30:04Si on va vers
30:05un réchauffement mondial
30:06de 2 degrés
30:07d'ici 2050,
30:09ce qui est plausible
30:10sur la base
30:11des trajectoires actuelles,
30:13eh bien,
30:13dans ce cas-là,
30:14on aurait 5 fois plus
30:15de nombre de jours
30:16de vagues de chaleur
30:17dans l'Hexagone
30:18et en Corse.
30:20Si d'ici à 2100,
30:22on va jusqu'à 3 degrés
30:23de réchauffement planétaire,
30:24ce qu'on ne peut pas
30:25du tout exclure,
30:26dans ce cas-là,
30:27c'est 10 fois plus
30:28de jours de vagues de chaleur.
30:29Ça veut dire
30:30plusieurs mois de sécheresse,
30:32ça veut dire
30:32plusieurs mois
30:33de nuits tropicales
30:34dans certains territoires français.
30:36Aujourd'hui,
30:37par exemple,
30:38la ville de Paris
30:39avait demandé
30:39à des collègues climatologues,
30:41au moment des JO d'ailleurs,
30:42est-ce que c'était possible,
30:43quelle pourrait être
30:44la pire vague de chaleur
30:45possible dans le climat
30:46d'aujourd'hui,
30:47et si c'était possible
30:48d'atteindre 50 degrés,
30:49sachant qu'on a déjà
30:50dépassé 42 degrés
30:51à Paris
30:52il y a quelques années,
30:54en 2019.
30:55Mes collègues climatologues
30:56ont repris
30:57toutes les observations,
30:59ont repris
30:59toutes les simulations
31:00climatiques disponibles,
31:01et ils ont montré
31:02qu'il n'y a rien
31:03qui l'étaye
31:04pour le climat d'aujourd'hui,
31:06mais par contre,
31:07dans le climat
31:08de 2050,
31:09s'il se réchauffe
31:10de 2 degrés
31:10au niveau mondial,
31:11ça devient possible
31:13pour la pire
31:15éventualité,
31:15on va dire,
31:16physiquement plausible.
31:17Donc en 2050,
31:18on peut avoir
31:1950 degrés à Paris ?
31:20Voilà,
31:21avec les effets
31:21d'îlots de chaleur urbains,
31:22et ça,
31:23qu'est-ce que ça veut dire ?
31:24Ça veut dire que
31:25pour des infrastructures critiques,
31:28faire en sorte
31:28que les télécommunications
31:30fonctionnent,
31:30que les réseaux électriques
31:32fonctionnent,
31:32que les transports
31:33puissent fonctionner,
31:35qu'on puisse protéger
31:36l'alimentation,
31:37les vaccins,
31:38enfin les choses fragiles,
31:39puis aussi les personnes
31:40les plus vulnérables,
31:41il faut en fait
31:42anticiper,
31:42en gestion de crise,
31:44pour se préparer
31:45à ce type d'éventualité.
31:47Et entre les deux,
31:48il y a les vagues de chaleur
31:49de plus en plus fréquentes
31:51qui n'atteignent pas
31:52ce niveau de température,
31:53mais dont on voit bien
31:54qu'elles sont dangereuses
31:56et puis qu'elles sont aussi
31:56coûteuses,
31:57coûteuses pour les activités
31:59économiques également.
32:00Est-ce que ces canicules
32:01records vont nous faire
32:02prendre conscience
32:03de la réalité
32:04du réchauffement climatique
32:05et de ses conséquences ?
32:06Je pense que beaucoup
32:07de personnes sont conscientes
32:08de la réalité,
32:09il faut se souvenir,
32:10ne serait-ce que
32:10de l'été 2022 par exemple,
32:12avec une succession
32:13de vagues de chaleur,
32:14de sécheresse,
32:15des situations de rupture
32:16d'approvisionnement en eau
32:17et des incendies de forêt
32:18à grande échelle.
32:20L'été 2025,
32:21il y avait eu,
32:21il faut s'en souvenir,
32:22une surmortalité
32:23de 5700 personnes en France,
32:26suite à deux vagues
32:26de chaleur importantes
32:28également au cœur de l'été,
32:29mais avec également déjà
32:31des fermetures d'écoles
32:32début juillet.
32:33Est-ce que c'est ça
32:35qui va conduire
32:36à une prise de conscience ?
32:38Ça va dépendre en fait
32:39de collectivement
32:39ce que l'on en fait.
32:40Si c'est,
32:41on gère la crise,
32:42la canicule est là,
32:43on ne parle pas de ses causes,
32:44on ne parle pas
32:45des évolutions futures,
32:46et puis une fois qu'elle est passée,
32:47on dit ouf
32:47et on passe à une autre urgence
32:49ou à une campagne présidentielle
32:50avec d'autres priorités,
32:52il y aura assez peu de choses
32:53qui auront avancé.
32:54C'est pour ça que moi,
32:54je pense que vraiment,
32:55ce qui est important,
32:56c'est qu'il y ait
32:56une réaction collective
32:59parce que ce que l'on voit,
33:00c'est que c'est inadmissible
33:02qu'en 2026,
33:03on soit aussi mal préparé
33:05aux vagues de chaleur de 2026
33:07sans parler des suivantes.
33:09La prochaine présidentielle approche,
33:10vous l'avez évoquée,
33:11c'est au printemps 2027.
33:12Pour celles et ceux
33:13qui ont envie
33:14d'un changement
33:15concernant le climat,
33:16vous nous invitez
33:17à regarder quoi
33:18dans les programmes ?
33:19Qu'est-ce qu'il faut surveiller ?
33:20Moi, je suis toujours
33:21très prudente sur les discours
33:22et j'aime bien regarder
33:22les programmes structurés,
33:25définis,
33:26avec des budgets associés,
33:27parce que ça,
33:28c'est un gage de crédibilité.
33:29Les belles paroles,
33:30elles partent,
33:30mais les plans d'action,
33:31ils peuvent être mis en œuvre.
33:33Et donc, premier volet,
33:34sortie des énergies fossiles,
33:35qu'est-ce qui est proposé,
33:36pétrole et gaz,
33:37concrètement ?
33:37Et puis, le deuxième volet
33:39sur l'adaptation
33:40au changement climatique,
33:41qu'est-ce qui est proposé
33:42en s'appuyant
33:43sur les valeurs
33:43de la République ?
33:45Donc, permettre à chacun
33:46de garder sa liberté,
33:47y compris par rapport
33:48à la chaleur
33:49ou au manque d'eau.
33:50Qu'est-ce qui est proposé
33:51au sens de l'égalité
33:53et de la fraternité ?
33:55Donc, par rapport
33:56à une stratégie
33:57pour faire en sorte
33:58qu'on développe
33:59un droit à l'adaptation,
34:00un droit à l'adaptation
34:02pour tout le monde,
34:03pour éviter d'avoir
34:04des inégalités multiples
34:07qui soient exacerbées
34:08avec un climat
34:09qui se réchauffe vite.
34:32Merci Valérie Masson-Delmotte.
34:34Je rappelle que vous êtes
34:34climatologue,
34:35membre du Haut Conseil
34:36pour le Climat
34:37et directrice de recherche
34:39au CEA,
34:39le Commissariat
34:40à l'énergie atomique
34:41et aux énergies alternatives.
34:43Merci à Nicolas Béraud
34:45pour son aide.
34:46Cet épisode de Code Source
34:47a été produit par
34:48Clara Garnier-Amourou
34:49et Barbara Gouy,
34:51réalisé par
34:52Julien Moncouquiol.
34:53Code Source
34:53est le podcast quotidien
34:55d'actualité du Parisien.
34:56Et puis, n'oubliez pas
34:57notre podcast hebdomadaire
34:59consacré aux affaires criminelles,
35:01Crime Story,
35:02un nouvel épisode
35:03chaque samedi matin.
35:03Sous-titrage Société Radio-Canada
35:07Sous-titrage Société Radio-Canada
35:09Sous-titrage Société Radio-Canada
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