00:00Parfois, il nous faut une demi-seconde, un petit moment pour chercher dans les recoins de notre esprit la bonne question ou la bonne formulation.
00:16Alors je dirais les deux. Ils sont inspirants, bien sûr, parce qu'ils ont la plupart du temps, si ce n'est toujours raison, les auditeurs, quand ils nous écrivent,
00:23pour nous reprocher une imprécision, une erreur, pour nous appeler à plus d'exigence. Ils ont bien raison de le faire parce qu'on fait de la radio pour eux.
00:30Mais il faut quand même se souvenir que ce sont souvent les mécontents qui s'expriment bien plus souvent que les contents.
00:37Alors il faut rester un peu serein face à des critiques qui sont parfois un peu virulentes. Il faut prendre ce qu'il y a à prendre,
00:44laisser de côté les messages qui sont parfois un peu blessants. Et c'est comme ça qu'on s'améliore, je crois.
00:49C'est bien sûr un impératif sur une antenne de service public. Je crois que ça l'est d'autant plus qu'on est dans un monde qui se polarise,
01:00qui n'a jamais été aussi important qu'aujourd'hui, de choisir le mot le plus juste, l'expression la plus précise,
01:07pour dire le monde tel qu'il est exactement. Donc ça nécessite de vraiment s'interroger sur le vocabulaire,
01:14d'aller chercher, parfois avec un dictionnaire de synonyme, pendant plusieurs minutes, dans un titre,
01:19dans une accroche, d'un journal, le mot qui sonnera le plus vrai, qui dira les choses le mieux possible.
01:28Après, je pense qu'il ne faut pas tomber dans un autre travers, qui est d'écrire comme dans un livre,
01:34on fait de la radio, la radio c'est la vie. Il faut aussi garder une part de convivialité, de spontanéité,
01:39et ne pas s'interdire parfois, bon, une expression un peu plus, un peu plus de la rue, on va dire,
01:47un peu plus, voilà, un peu moins informelle, mais qui ressemblera un peu plus à la manière dont on parle dans la vie.
01:56Alors, moi j'ai une détestation toute particulière pour les poncifs journalistiques.
02:01Tirer la sonnette d'alarme, être vent debout, avoir le vent en poupe, toutes ces choses-là,
02:07qui sont des expressions très pratiques, mais que personne ne dit jamais dans la vraie vie.
02:15J'en ai, bien sûr, je crois qu'on en a tous. Moi j'en ai beaucoup, et d'ailleurs ce sont parfois les mails des auditeurs
02:21qui m'ont permis de les repérer.
02:24Je dis, du coup, je dis voilà, je dis en tout cas, je dis concrètement beaucoup aussi aux invités que j'interview,
02:30parce que j'ai toujours envie qu'on aille dans le vif du sujet.
02:33C'est parfois des béquilles, c'est parfois bien utile.
02:36Je comprends qu'il ne faille pas en abuser, bien sûr, et je fais attention.
02:39Mais parfois, il nous faut une demi-seconde, un petit moment, pour chercher dans les recoins de notre esprit
02:46la bonne question ou la bonne formulation.
02:48Et c'est vrai que les béquilles, c'est parfois un peu pratique.
02:51J'aime bien l'aube.
02:56Ce n'est pas forcément un mot très joli à dire comme ça, l'aube,
02:58mais d'abord c'est assez rigolo, parce que ça oblige à arrondir comme ça la bouche.
03:02Ça révèle aussi les accents, c'est assez marrant, parce qu'on ne le prononce pas tous de la même manière.
03:06Et puis c'est un mot très beau, d'abord parce que c'est dans un des plus beaux titres, je pense,
03:09de la littérature française, la promesse de l'aube.
03:12Et puis je trouve que ça résonne bien avec ce qu'on fait.
03:14On se lève très très tôt le matin, en pleine nuit même, pour réveiller les auditeurs
03:20qui, eux, ouvrent un œil et se lèvent à peine.
03:24On est au début de la journée, on est là pour les accompagner.
03:27Et j'aime bien, très modestement, me dire qu'on est quelque part aussi dans la promesse de l'aube.
03:31Alors, c'est très compliqué la question des anglicismes, parce que le monde est rempli d'anglicismes.
03:40Je crois qu'il faut toujours faire attention à en utiliser le moins possible.
03:44Mais encore une fois, je pense que les auditeurs ne doivent pas nous demander d'être plus royalistes que le roi.
03:51Si les gens dans la rue disent « week-end », on ne va pas dire « fin de semaine » pour faire chic,
03:57et pour dire qu'on parle mieux le français que tout le monde, je crois qu'il faut aussi quand même refléter
04:01la société dans laquelle on est venu.
04:07Je dirais que la radio, pour moi, c'est la cuisine.
04:09J'adore écouter la radio en cuisinant, je trouve que ça se complète merveilleusement bien.
04:13Vous êtes en train de couper vos légumes et vous êtes ouverts sur le monde, c'est quand même formidable.
04:17Et j'aime bien aussi l'idée de faire de la radio en me disant que les gens m'écoutent, ou nous écoutent,
04:23dans la cuisine le matin, avec la machine à café, les tartines, on regarde l'heure,
04:28et je trouve ça formidable d'être dans l'intimité des gens par ce biais-là.
04:33J'avais envie de me souvenir d'un concert de voix que j'ai associé à une période particulière de ma vie,
04:44c'est quand j'ai quitté la maison familiale après le bac, je me suis installée dans un petit appartement
04:49pour faire mes études, je n'avais pas la télé, il n'y avait évidemment pas les réseaux sociaux,
04:54parce qu'on était au balbutiement d'Internet, donc je n'avais que la radio.
04:58J'ai beaucoup écouté la radio, j'ai beaucoup écouté France Inter,
05:01et j'ai le souvenir d'avoir été accompagnée par plein de voix,
05:05Pascal Clark, Stéphane Paoli, Claire Servageant, Yves Decau, pour n'en citer que quelques-uns,
05:11Marie-Pierre Planchon pour sa météo marine,
05:13qui ont fait comme un petit cocon, en fait, qui ont accompagné mon envol vers la vie d'adulte.
05:19Ils ont été là un peu pour combler le vide, et je me suis dit, la radio c'est quand même formidable,
05:26et c'est peut-être là que je me suis dit que je...
05:30Voilà, ça a peut-être allumé quelque chose en moi, et je suis là aujourd'hui sans doute grâce à vous.