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  • il y a 5 mois

🎙️ Quel rapport les journalistes et producteurs de Radio France entretiennent-ils avec la langue française ?
Margaux Stive, Journaliste au service Police-Justice de Franceinfo nous parle de son rapport à la langue.

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Transcription
00:00Si on a autant de gens qui disent qu'on n'en parle trop que pas assez,
00:02a priori, c'est qu'on est à peu près au bon endroit.
00:11Alors moi, je suis reporter à France Info,
00:12donc on reçoit assez peu de messages directement, on est assez anonyme.
00:16Après, je m'astreins à lire assez régulièrement la lettre de la médiatrice
00:20qui résume un peu les grands sujets abordés par les auditeurs.
00:23Et c'est toujours intéressant de voir ce qui est dit.
00:26Notamment, c'est souvent le cas dans ma matière en polyjustice,
00:29sur le volume qu'on donne à une information.
00:32Est-ce qu'on en parle trop ou pas assez ?
00:33Ce qui est assez intéressant, c'est que souvent,
00:35les deux points de vue sont représentés sur la même actualité.
00:38Et c'est aussi comme ça qu'on peut jauger.
00:41Si on a autant de gens qui disent qu'on n'en parle trop que pas assez,
00:43a priori, c'est qu'on est à peu près au bon endroit.
00:48Alors oui, évidemment, je pense que c'est un impératif,
00:50on essaie de s'y astreindre.
00:52Après, moi, j'ai une matière où la précision, c'est un vrai enjeu
00:56parce qu'on utilise beaucoup de termes juridiques,
00:58des termes techniques, des termes du code pénal.
01:01Et on ne peut pas faire n'importe quoi.
01:02Je pense par exemple au fait qu'un accusé, ce n'est pas un prévenu.
01:05Une cour d'assises, ce n'est pas une cour criminelle.
01:07Et parfois, ça peut un peu nuire à la richesse du vocabulaire.
01:10Par exemple, avocat, il n'y a pas 50 000 façons de le dire.
01:13On essaie du coup de gagner de la richesse sur d'autres aspects.
01:17Par exemple, quand on décrit un accusé,
01:19quand on décrit ce qui se passe, une scène dans un tribunal,
01:22c'est là qu'on peut aussi s'amuser plus sur les mots
01:25et essayer d'enrichir le vocabulaire au maximum.
01:31Moi, je ne m'interdis rien a priori.
01:33J'essaie de parler à la radio comme dans la vie.
01:36Encore une fois, dans ma matière,
01:38et moi, je travaille aussi beaucoup sur les violences sexuelles,
01:40c'est un vrai enjeu, parce qu'il faut décrire des faits,
01:44c'est important, c'est ce qu'on juge,
01:47sans tomber dans une vulgarité,
01:49et surtout en disant des mots qui peuvent être entendus
01:53par tous et par toutes, au petit déjeuner,
01:56avec les enfants en rentrant de l'école dans la voiture.
01:58J'ai souvent le débat avec mes rédacteurs en chef,
01:59est-ce qu'on peut utiliser ce mot-là ?
02:01Est-ce que c'est trop cru ?
02:03Et du coup, c'est tout un travail d'équilibre
02:05pour arriver à la fois à dire les choses sans choquer.
02:07J'ai sûrement beaucoup de tics de langage,
02:12je pense comme tout le monde,
02:13mais le propre, c'est qu'on ne s'en rend pas toujours compte.
02:15En cherchant un peu, je me rends compte que j'ai dit beaucoup oui
02:18au début de mes interventions en direct,
02:19parce que c'est aussi une façon de se donner un élan,
02:22de rentrer un peu dans la concentration et dans son direct.
02:28Je peux pas dire que c'est mon mot préféré,
02:29mais c'est un mot qui a changé quelque part ma façon de travailler,
02:34c'est le mot féminicide.
02:35C'est un mot très puissant parce que c'est le genre de mot
02:38qui change la façon dont on pense un fait, un fait de société.
02:42Avant qu'on utilise notamment dans le domaine médiatique le mot féminicide,
02:46les journalistes parlaient souvent de drame conjugal,
02:48de drame passionnel,
02:49et le mot féminicide, il dit quelque chose d'autre,
02:51il dit c'est un fait de société,
02:53c'est une femme tuée parce qu'elle est une femme,
02:55par un homme.
02:56Et c'est ce genre de mot qui construisent une pensée
02:59et qui changent la façon de travailler.
03:03Alors je sais qu'en polyjustice,
03:05on y est de plus en plus confronté
03:06avec tous les sujets autour de la cybercriminalité,
03:09je pense phishing, dark web, hacker,
03:12c'est des mots qui sont ceux utilisés par les enquêteurs,
03:15qui sont ceux utilisés dans le débat public,
03:17et qui sont très difficiles à traduire.
03:19Je les emploie, mais j'explique tout de suite derrière
03:21ce que ça veut dire.
03:22Je pense aussi que les utiliser, en les expliquant,
03:25ça peut donner aux auditeurs les outils
03:27pour comprendre de quoi on parle dans le débat public.
03:31Le mot radio pour moi, c'est d'abord le son et les voix.
03:36Moi quand j'étais petite, on écoutait France Inter
03:38religieusement au petit déjeuner,
03:39on n'avait pas le droit de parler.
03:41Donc ces voix-là, elles m'ont accompagnée
03:43pendant toute mon enfance et mon adolescence.
03:45Quand on n'a qu'une voix, on s'y attache,
03:47on se concentre,
03:48et une voix, elle dit plein de choses,
03:50elle se casse sous l'émotion,
03:51elle tremble, on entend les sourires,
03:53on entend tout dans une voix,
03:54et je trouve que c'est une façon
03:57de ressentir fois mille les émotions.
04:01C'est Corinne Audouin,
04:02c'était celle que j'écoutais avec envie
04:06quand elle faisait ses récits de chronique judiciaire.
04:09Quand j'ai couvert mon tout premier procès,
04:10c'était à côté d'elle,
04:11et j'avais honte de faire mes directs à côté,
04:14donc je me cachais un peu,
04:15j'avais honte qu'elle m'entende,
04:17parce que je pensais que c'était beaucoup moins bien.
04:18Et j'ai découvert une personne géniale
04:21qui m'a donné beaucoup de conseils
04:22et qui m'a beaucoup aidée.
04:25Là encore, c'est une voix qui est liée à mon adolescence,
04:28c'était celle de Pascale Clark,
04:29qui a un grain de voix,
04:31quelque chose de très particulier.
04:32Elle dit bonjour,
04:33on la reconnaît immédiatement.
04:34Moi, à l'école de journalisme,
04:35on me disait beaucoup que j'avais une voix bizarre.
04:37Alors ça me faisait du bien
04:38de penser à ces femmes
04:40qui ont des voix graves
04:42et des voix qui ne sont pas toujours
04:43celles qu'on a l'habitude d'entendre.
04:44Ça m'a aidée aussi à assumer ma voix
04:46et à l'aimer.
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