00:00Les artisans ont des outils et des techniques à leur disposition.
00:05Nous, notre outil de base, ce sont les mots, c'est la parole.
00:15Stimulants, je dirais.
00:16Ils sont pour nous tous une manière de vérifier comment notre récit,
00:23quelle que soit la forme d'ailleurs ou le contenu, est reçu.
00:27Parfois, d'ailleurs, on se dit « mais ce n'est pas du tout ce que j'ai dit, ce qu'ils ont entendu ».
00:32Du coup, ça nous force à nous réécouter pour voir si ce que nous avons dit, nous l'avons mal dit
00:37ou si parfois c'est mal entendu, ce qui peut aussi arriver.
00:41Donc non, on est plutôt dans un rapport de stimulation,
00:44parce qu'il ne faut jamais oublier qu'on fait ce métier pour les gens qui nous écoutent,
00:47qui nous regardent ou qui nous lisent selon le support, évidemment, journalistique dans lequel on travaille.
00:52Donc bien sûr que c'est stimulant.
00:57La langue française, c'est notre outil.
01:00Les artisans ont des outils et des techniques à leur disposition.
01:06Nous, notre outil de base, ce sont les mots, c'est la parole, c'est la manière dont, avec l'éloquence,
01:12nous arrivons à raconter les histoires, puisque notre métier, c'est d'être des passeurs.
01:16Donc bien sûr que c'est un souci permanent.
01:21Néanmoins, nous, à la direction des sports, on a l'habitude de manier une matière qui est,
01:29moi je la qualifie souvent de très familière.
01:31Donc parfois, je m'autorise, nous nous autorisons, un peu de familiarité.
01:36La familiarité, ce n'est évidemment pas la vulgarité, et c'est encore moins le côté incorrect.
01:42On peut être absolument familier, parler aux gens comme on se parlerait si on était à la machine à café
01:47ou si on se retrouvait, je ne sais pas moi, autour d'un bar ou quelque part.
01:55C'est ce que j'aime avec la langue française, c'est qu'elle nous autorise à peu près tout
01:59tant qu'on la respecte et qu'on la fait vivre.
02:01Bien sûr, la vulgarité, non.
02:07Mais je peux dire les emmerdements, par exemple.
02:10C'est un terme qu'on peut employer lorsqu'on parle de sujets un peu plus légers.
02:18Après tout, c'est un mot de la langue française, il est dans le dictionnaire,
02:21il parle de manière extrêmement claire.
02:25Nous, on est dans la cuisine des gens, on est dans leur voiture,
02:28on est dans leur salle de bain au moment où ils sont en famille, en train de faire autre chose.
02:32Et notre boulot, c'est aussi de les accrocher pour qu'ils s'arrêtent, ils écoutent,
02:37et du coup, ils apprennent, en tout cas, on espère quelque chose à travers nos matières.
02:42Donc, parfois, c'est à travers des mots comme ça qu'on peut y arriver.
02:46Objectivement, on s'interdit les mots interdits,
02:49mais tout ce qui est dans le dictionnaire, je ne vois pas pourquoi on n'utiliserait pas ces mots-là.
02:53J'en ai beaucoup.
02:57J'ai le « alors », j'ai le « du coup », qui est quelque chose que vraiment j'essaye de me...
03:03Je m'entends le dire et je me dis trop tard, il est sorti.
03:08Oui, on a tous des tics de langage, pas seulement parce que c'est la facilité,
03:14mais c'est aussi parce que la manière de parler est, je crois moi, une notion identitaire.
03:20Moi, j'ai la chance d'avoir une double culture et de parler donc deux langues,
03:24qui sont deux langues maternelles.
03:25Et je vois bien que dans ma constitution, il y a des expressions que j'emploie typiquement
03:32lorsque je parle l'italien, qui en l'occurrence est la fameuse deuxième culture,
03:36ou quand j'utilise le français, parce que ça me caractérise aussi.
03:40Mais il faut lutter contre ça, oui, parce que parfois, c'est un petit peu de la paresse.
03:46C'est difficile, les mots préférés.
03:51J'aime le mot « exigence », parce qu'il recouvre à la fois dans sa sonorité
03:56et dans sa signification des choses qui me sont très chères,
04:00la simplicité aussi et la sincérité.
04:06Dans les retours des auditeurs que j'ai souvent,
04:10de la part des services de la médiatrice de France Inter et de France Info,
04:13je suis souvent reprise sur mes anglicismes, qui ne sont pas les miens pour le coup,
04:18et qui sont liés à la matière que je travaille.
04:21Le sport est vraiment extrêmement mondialisé.
04:24Il y a par exemple de nombreuses compétitions qui ont une appellation
04:28avec un terme, on va l'appeler un terme anglais.
04:32Bien sûr qu'il y a l'équivalent en français.
04:34La Ligue des champions, par exemple, c'est une appellation française.
04:37Néanmoins, il m'arrive, je le sais, de qualifier souvent cette compétition de « champions »,
04:42parce que c'est le terme employé dans l'Europe entière et dans le monde entier.
04:47Mais je sais que nos auditeurs sont extrêmement sensibles à l'utilisation de mots anglais
04:53et qu'ils nous demandent d'utiliser au maximum les mots français à notre disposition.
05:00Ils existent, ils ont raison.
05:02Évidemment, l'anglicisme, il faut l'éviter,
05:04mais je concède avec beaucoup d'humilité qu'il m'arrive de les utiliser très souvent, peut-être trop.
05:13L'écoute.
05:14Et l'écoute, c'est une qualité extraordinaire que nous devrions tous développer dans notre vie quotidienne.
05:22Je crois que nous sommes dans un monde où les gens parlent beaucoup et où ils s'écoutent assez peu.
05:26Puisqu'il vient de partir, je vais avoir une pensée pour Philippe Labreau.
05:32C'est une voix qui m'a accompagnée lorsque j'étais enfant.
05:36Voilà, parce que j'avais une immense admiration pour lui,
05:38c'est l'occasion de lui rendre un hommage en parlant de lui.
05:41Sous-titrage Société Radio-Canada