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  • il y a 11 mois
🎙️ Quel rapport les journalistes et producteurs de Radio France entretiennent-ils avec la langue française ?
Nathalie Piolé, productrice de "Banzzaï" sur France Musique nous parle de son rapport à la langue.

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Transcription
00:00En fait, quand j'étais adolescente, j'avais même établi un classement très sérieux
00:04de mes mots préférés et de mes mots détestés.
00:14Alors moi, évidemment, j'adore les messages auditeurs et auditrices.
00:19Je les lis tous religieusement, j'essaye de répondre à tous,
00:22même si parfois j'ai des délais de réponse qui sont un peu honteux,
00:25parce qu'on travaille beaucoup.
00:26J'aime surtout pour Banzai, parce que faire une émission de programmation musicale,
00:30c'est un travail absolument passionnant,
00:32mais c'est quand même aussi un travail très solitaire, très monacal.
00:36On est avec son casque 8 à 10 heures par jour à écouter de la musique,
00:40à se poser des questions impossibles,
00:42est-ce que ce morceau sonne bien là, à ce moment-là, etc.
00:45Et de porter ce travail à l'antenne et de voir qu'il est reçu,
00:49qu'il est entendu, qu'il provoque des émotions, des réactions,
00:52c'est un peu l'arrivée de la navigation en solitaire.
00:56Alors oui, pour moi, on a quand même une forme de responsabilité
01:02en tant que membre actif de la radio de service public.
01:05La langue de radio, c'est une langue particulière.
01:07On parle dans un micro et on s'adresse aux oreilles des gens.
01:10C'est de l'oralité.
01:12Et moi, j'essaye de garder une certaine spontanéité,
01:15d'être moi, d'être vrai, d'utiliser mes expressions,
01:18mes intonations, mon langage.
01:20Surtout quand on parle de musique.
01:22La musique, c'est subjectif.
01:25Donc abandonner l'idée, abandonner l'espoir de l'objectivité
01:29et plutôt parler d'émotions, de sensations.
01:32Je ne m'interdis pas vraiment.
01:38Après, je sais que dans la vie, j'aime bien de temps en temps
01:41employer quelques expressions issues du verlan.
01:44J'aime bien de temps en temps émailler mon discours
01:47de quelques petites expressions anglaises.
01:49Mais je ne dirai pas, oh wow, c'est ouf ce morceau.
01:53Bon, c'est quelque chose que je ne vais pas dire au micro.
01:55Alors, pour répondre à cette question,
02:00je pense qu'il faudrait contacter les auditeurs
02:02et les auditrices de Banzai qui, certainement,
02:04eux, pourraient avoir des réponses claires, franches.
02:07J'aime bien la musique de la langue.
02:08C'est une forme de musique.
02:09C'est la poésie des mots.
02:11Donc, un petit tropisme qui me définit,
02:14c'est que j'aime bien le ternaire.
02:17J'aime bien les triolets.
02:18Donc, je peux de temps en temps
02:20présenter une suite de trois adjectifs,
02:24comme ça, pour parler d'un morceau.
02:26J'aime bien les rimes aussi, voilà.
02:27Le langage, c'est quand même une forme de musique.
02:32Moi, j'adore les mots.
02:33En fait, quand j'étais adolescente,
02:35j'avais même établi un classement très sérieux
02:38de mes mots préférés et de mes mots détestés.
02:41Donc, oui, j'ai bien un mot préféré
02:43depuis des années,
02:45qui est absolument parfait pour moi.
02:47Il est parfait en termes de sonorité.
02:49Encore une fois, on revient à la musique.
02:51Il est parfait aussi parce qu'il est très agréable à prononcer.
02:55Il est un peu inattendu, la prononciation est un peu singulière.
03:00Il y a un espèce de mouvement.
03:01Ce mot, là, je sens, il y a un suspense.
03:03Ce mot, c'est ambigu.
03:05Ce qui est drôle, c'est que je l'utilise absolument jamais.
03:11Enfin, très, très rarement.
03:12Je ne sais pas si je l'ai déjà dit une fois à l'antenne, en tout cas.
03:14Moi, j'essaye de pratiquer l'anglais à l'antenne avec modération.
03:21Après, c'est difficile quand on parle de musique,
03:24quand on pilote une émission musicale,
03:26puisque l'anglais, c'est quand même la langue de travail des musiciens,
03:29en tout cas des musiciens et musiciennes de jazz.
03:31Quand je peux, j'essaye de traduire.
03:33D'ailleurs, j'aime beaucoup traduire aussi les titres des morceaux
03:36et les paroles,
03:38parce que la langue anglaise pour le jazz,
03:40qui est une musique afro-américaine,
03:41la langue anglaise, ça a toujours été un immense terrain de jeu
03:44et aussi un moyen d'exprimer certains messages.
03:47Donc voilà, c'est très important pour moi aussi
03:48d'accéder à ce niveau-là de lecture de la musique.
03:55C'est le lien.
03:57Le lien parce qu'on surgit dans les intimes,
04:01les quotidiens des auditeurs
04:03qui nous écoutent pendant leur trajet en voiture,
04:06qui nous écoutent quand ils cuisinent.
04:08On est là aussi présents dans un coin de la pièce
04:11pendant les moments les plus sombres
04:13et des fois d'ailleurs, ils nous les racontent.
04:15Ce lien aussi, parce qu'on est là avec nos voix d'humains,
04:18avec nos sensations, nos émotions
04:20et on s'adresse à eux
04:23pour exprimer quelque chose de nous,
04:26quelque chose de personnel.
04:27Ils le reçoivent comme tel.
04:29Donc la radio, pour moi,
04:31c'est vraiment un moyen de tisser des liens.
04:33La voix de Julien Delifiori,
04:37qui présentait pendant de nombreuses années
04:39« Ascenseur pour le jazz » sur France Inter,
04:42qui est une émission que j'ai écoutée religieusement,
04:44qui a accompagné aussi ma plongée
04:47dans l'univers du jazz,
04:48que j'entendais en festival,
04:50que j'entendais en studio.
04:52C'était quelqu'un qui avait complètement laissé tomber
04:55l'espoir vain de l'objectivité, justement.
05:00Il avait ses coups de cœur,
05:02il avait ses obsessions,
05:03il avait ses chouchous,
05:05il avait ses lubies.
05:07J'aimais sentir la personne derrière le micro
05:10et ça correspond complètement
05:12à ce que j'aime, moi, de la radio
05:14et comment, moi, j'aime qu'on m'emporte.
05:18C'est-à-dire, voilà ce que je suis,
05:19voilà ce que je ressens.
05:21Viens, je vais te montrer
05:22et si tu aimes,
05:24viens, on va se balader ensemble.
05:25Sous-titrage Société Radio-Canada

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