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  • il y a 5 jours
🎙️ Quel rapport les journalistes et producteurs de Radio France entretiennent-ils avec la langue française ?
Emilie Munera, Productrice de l'émission "En Pistes" sur France Musique nous parle de son rapport à la langue.

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Transcription
00:00En radio, on a très peur du blanc, on a très peur du silence.
00:10Les deux, évidemment.
00:12Alors parfois contraignant parce qu'on sait que dès qu'on note qu'on a fait une petite faute,
00:17on va avoir dans la seconde d'après un mail.
00:20Surtout que les auditeurs de France Musique sont très exigeants.
00:23Inspirant parce que parfois, ils nous font remarquer des tics de langage qu'on a
00:27de manière très bienveillante et ça nous aide aussi à nous reprendre à faire attention à ce qu'on dit.
00:33Finalement, quand c'est contraignant, c'est parce que c'est dit de manière très agressive et pas forcément gentil,
00:38alors qu'on est très ouvert à la critique et à la réflexion.
00:41Donc quand on nous le dit très gentiment, c'est très inspirant et pas du tout contraignant.
00:49Absolument et obligatoirement, on ne pourrait pas dire le contraire.
00:51En plus, on a un devoir d'exemplarité, mais c'est obligatoire sur le service public, impératif,
00:56mais aussi, je pense, sur les antennes privées, dans tous les médias en général,
01:01on doit défendre la belle langue.
01:03Malheureusement, pour avoir écouté beaucoup d'émissions d'il y a 50 ans pour une série que j'ai fait pour France Musique,
01:09on a vraiment perdu beaucoup de vocabulaire, de la richesse de notre langue.
01:15Pas le contenu, parce que je trouve que le contenu aujourd'hui est toujours aussi exigeant qu'il y a 50 ans.
01:21Mais en revanche, la manière d'exprimer ses idées, la manière de qualifier ses sentiments,
01:25la manière de dire nos idées, on a une pléiade de mots qui est beaucoup moins riche,
01:31un vocabulaire qui s'est beaucoup restreint, et ça, je dois dire que c'est malheureux,
01:35et on le voit beaucoup et on l'entend beaucoup par rapport à la radio d'il y a 50 ans.
01:38Oui, il y a des mots, et notamment une expression que je déteste et que j'entends beaucoup à la radio,
01:48à la télé ou dans les médias, c'est « la faute à ».
01:50C'est toujours la faute à la canicule, la faute aux médias, la faute à…
01:55Je trouve que c'est très étrange d'utiliser cette expression,
01:58et ça, c'est une expression que je trouve très bien.
02:00Je ne dirais pas « tic de langage », en revanche, des mots parasites.
02:08Ça, il y en a beaucoup, et notamment dans l'émission d'actualité du disque qu'on a,
02:13quand on veut dire qu'un disque est beau, on va avoir tendance à dire qu'il est très beau,
02:16ou qu'il est vraiment très beau.
02:18Et finalement, on nous l'a déjà fait remarquer, il peut juste être magnifique,
02:22il peut juste être beau, et il n'a pas toujours besoin d'être vraiment et très beau.
02:30Le premier mot qui m'est venu, et je ne saurais pas dire pourquoi, c'est « canopée ».
02:34Je pense qu'il y a ce côté un peu toit du monde,
02:37un peu quelque chose de très riche, qui prend la lumière,
02:40et puis en dessous, il se passe tout un tas de choses.
02:42Il y a une faune, il y a une flore incroyable, qu'on ne devine peut-être pas.
02:45Et je trouve ça très beau d'avoir ce côté un peu au-dessus, tropical,
02:51qui prend la lumière, et dont il reste encore beaucoup de mystères à découvrir en dessous.
02:55Nous, sur France Musique, je pense qu'on a plus de facilité à les éviter
03:02que nos collègues qui travaillent sur le milieu économique ou l'actualité.
03:07On va avoir, par exemple, enregistrement live,
03:09qu'on peut remplacer par enregistrement de concert.
03:12On va avoir best-of, qu'on peut remplacer facilement par compilation.
03:16En revanche, il y a un mot qu'on utilise souvent et qu'il les auditeurs n'aime pas,
03:19et qui est vraiment un anglicisme, c'est « crossover ».
03:22Qu'on peut mettre, quand les artistes de musique classique vont du côté du populaire,
03:27donc on peut dire « mélange des genres »,
03:29mais le mot « crossover » n'a pas franchement d'équivalent en français.
03:32Mais sur les anglicismes, je pense qu'on est assez préservé sur France Musique.
03:39Les ondes, les ondes qui s'envolent et qui parcourent des kilomètres,
03:44et qui vont traverser le temps, traverser les lieux,
03:47pour s'inviter chez des gens qu'on ne connaît pas,
03:49et avec qui, finalement, on a un dialogue très poétique et mystérieux.
03:53Et ça, je trouve que c'est très beau.
03:57Je pense que ce n'est pas forcément une voix,
03:59mais c'est plus une manière de faire de la radio.
04:01Et je pense à Laura Adler, qui est quand même une interjubeuse,
04:03qui, parfois, pose une question et laisse un immense silence derrière.
04:07Et en radio, on a très peur du blanc, on a très peur du silence.
04:15Et je me suis toujours dit « Ouah, alors ça, je n'oserais jamais laisser un silence comme ça ! »
04:19Où on se dit « Mais qu'est-ce qui se passe ? Est-ce que la radio est coupée ? »
04:22Et puis elle reprend derrière, très naturellement.
04:24Et ça, c'est quand même un bel exemple de radio.
04:26Sous-titrage Société Radio-Canada

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