00:00Les voix c'est un peu comme les yeux, s'ils sont beaux c'est bien, mais si en plus ils sont intelligents, c'est magnifique.
00:16Négatifs ou positifs, ils sont inspirants. En fait la radio c'est quand même un média, c'est le seul média, j'ai l'impression qu'on écoute en faisant autre chose.
00:25On s'installe devant la télé, on s'installe pour lire le journal, la radio, on se douche, on conduit.
00:30Et c'est vrai qu'on peut parfois avoir l'impression d'être entendu mais pas écouté, surtout sur FIP qui est une radio qui est là pour se détendre, pour accompagner, dans le sens noble du terme.
00:43Donc nous les animatrices on peut parfois avoir l'impression de faire une petite bulle de savon qui éclate et on n'est pas sûr que les gens les aient écoutés.
00:52Il n'y a pas très longtemps, j'étais à l'antenne et il y a eu un message d'un auditeur qui disait, je voudrais dire à la dame qui parle sur FIP que je l'écoute attentivement.
01:02Et ce message m'a fait un bien fou en fait. Et depuis je parle à ce monsieur que je ne connais pas parce qu'on a besoin d'imaginer les auditeurs.
01:10C'est évidemment un impératif, on est un petit peu les gardiens du temple.
01:20En même temps c'est un média parlé, donc il ne faut pas non plus parler comme un livre parce que ce ne serait pas agréable pour l'auditeur qui a besoin qu'on lui parle normalement.
01:32Mais oui, au moins respecter la grammaire.
01:35Non, je ne pense pas m'interdire de mots.
01:42Au contraire, on pourrait penser comme Philippe doit quand même véhiculer une certaine élégance et qu'on éviterait certaines expressions par exemple un peu populaires.
01:52Et au contraire, je trouve ça très rigolo d'aller piocher dans des expressions un peu populaires et de le dire avec beaucoup de chic.
02:01L'expression que j'adore en ce moment c'est « On n'a pas le cul sorti des ronces » et je l'utilise beaucoup en ce moment.
02:06Alors nos interventions, on les écrit et ensuite on les joue de manière à ce qu'elles n'aient pas l'air trop écrites.
02:19Donc on a moins de tics qu'on peut en avoir en interview.
02:23Par exemple, là je pense que je dois en avoir, j'en ai plein dans la vie.
02:28Il y a une époque où je n'étais pas sur Philippe et où j'avais un type de langage, je ne sais plus lequel, je l'ai oublié et je ne veux surtout pas m'en souvenir.
02:37Et c'était insupportable et je m'étais fait une grande pancarte que j'avais collée à côté du micro avec ce que je disais sans arrêt pour arrêter de le dire.
02:45Ça avait plutôt bien marché.
02:49Il y a un mot qui n'est pas mon mot préféré mais que j'aime beaucoup et que je défends beaucoup, c'est le mot « Philippe ».
02:54Il y a des bas à « Philippe », il y a les animatrices qui aiment bien le mot « Philippe » et celles qui ne l'aiment pas du tout.
03:00Et c'est vrai que le suffixe « être » peut être un petit peu réducteur, sembler un peu réducteur.
03:07On se rappelle de « Juppé », c'est « Juppette », de « Claude-François », c'est « Claudette ».
03:10« Philippe », on n'appartient à personne, c'est « Philippe », elle est « Philippette ».
03:15Et j'aime bien ce mot parce que c'est un néologisme qui n'existe nulle part ailleurs et qui nous définit bien.
03:21Oui, je le trouve assez insolent ce mot, je l'aime bien.
03:27Je trouve que les anglicismes, en fait, ce sont des mots assez peu sexy, qui est un anglicisme cela dit.
03:34« Quarking », « marketing », on les utilise assez peu nous sur FIP et souvent je parle en fait des franciscismes.
03:42En fait, l'échange, il n'est pas juste parce que nous, on leur envoie des mots tels que « fiancé », « décolleté », « amuse-bouche »,
03:52des mots qui font partie du plaisir.
03:56Et eux, ils nous envoient des mots qui font partie de la finance ou du travail.
04:03Donc, j'aime bien me moquer de certains anglicismes.
04:05C'est mon premier souvenir, en fait.
04:10Je pense que j'ai moins de trois ans parce que je ne vais pas à l'école.
04:13Et c'est un souvenir très sensoriel.
04:15Je suis sur la terrasse, dans la maison de mes parents, avec ma maman qui est dans la maison.
04:20Et ma maman, oui, soit il a plu, soit ma mère a jeté de l'eau sur la terrasse.
04:25Et donc, ça sent cette odeur qu'on appelle le pétricor, qui veut dire le sang des dieux.
04:29C'est cette odeur très caractéristique des sols très chauds après la pluie.
04:37Et la fenêtre est ouverte et j'entends la radio et une voix très enveloppante.
04:43Et c'est un souvenir, mais de plénitude.
04:46Et je me dis que c'est là que mon amour de la radio est né.
04:51J'aime bien me raconter cette histoire, en tout cas.
04:55Justement, en recoupant les choses avec ma mère, quand je lui ai parlé de ce premier souvenir,
05:03cette voix, ça devait être celle de Méni Grégoire.
05:06Parce que c'est dans les années 70, et ma mère, tous les après-midi, écoutait Méni Grégoire sur RTL.
05:12Et voilà, cette voix, ça a créé mon amour de la radio et peut-être mon sens du féminisme aussi.
05:19Parce que cette femme, elle était assez incroyable.
05:21Mais il y a plein de voix, enfin, aujourd'hui, sur Inter, Rebecca Manzoni,
05:25Vincent Joss aussi, que j'adore.
05:27En fait, je trouve que les voix, c'est un peu comme les yeux, quoi.
05:30S'ils sont beaux, c'est bien.
05:32Mais si en plus, ils sont intelligents,
05:36eh bien, c'est magnifique.
05:36Sous-titrage Société Radio-Canada
05:40Sous-titrage Société Radio-Canada
05:40Sous-titrage Société Radio-Canada