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  • il y a 6 semaines
🎙️ Quel rapport les journalistes et producteurs de Radio France entretiennent-ils avec la langue française ?
Lionel Esparza, producteur de l’émission « Relax ! » et « Disques de légende » sur France Musique nous parle de son rapport à la langue.

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Musique
Transcription
00:00Le tic de langage, par définition, on ne le connaît pas parce que si on le connaît, on arrête de le faire, donc ça ne devient plus un tic.
00:13Le message des auditeurs, c'est quelque chose qu'on reçoit à peu près tous les jours.
00:16Alors évidemment, on en fait toujours quelque chose, c'est notre émotion qui en fait quelque chose.
00:20Quand on reçoit un message qui nous dit « j'adorais ce que vous avez fait », on est content.
00:24Quand on reçoit un message qui nous dit « j'ai détesté ce que vous avez fait », on n'est pas content, c'est aussi bête que ça.
00:28Mais il y a une autre manière sur la langue qui est plus intéressante, c'est qu'en effet, il y a une demande des auditeurs très très forte pour un parler correct sur l'antenne de France Musique, sur les antennes de Radio France.
00:38D'une certaine manière, les auditeurs considèrent qu'on a un devoir d'exemplarité quant à ce qu'est la langue dans ce qu'elle devrait avoir, en tout cas de meilleur.
00:46C'est quelque chose, quand on apprend le métier de producteur qu'il faut véritablement intégrer, on prend vraiment des baffes de ce point de vue-là et de la part de nos premiers auditeurs,
00:55qui sont parfois assez cruelles, mais aussi souvent assez justes par rapport, en tout cas, à la rigueur de la langue.
01:04La justesse de la langue, c'est une sacrée question. Il se trouve que moi, dans mes études de lettres, c'était il y a des années de cela, à Jussieu,
01:10et à l'époque, quand on faisait des études de lettres classiques et modernes, on avait des cours de linguistique.
01:14Et j'ai retenu une chose de mes professeurs de linguistique, c'est que la langue, c'est quelque chose qui évolue.
01:18C'est une sorte de grand corps vivant qui existe avec tous les locuteurs de cette langue.
01:23C'est-à-dire que le français, ce n'est pas le français qui se parle à Paris, c'est le français qui se parle à Bordeaux, à Marseille,
01:28mais aussi à Montréal, à Dakar, en Asie, partout, en Amérique du Sud aussi.
01:32Tous ces français-là sont, d'une certaine manière, corrects et justes.
01:35Donc, quel français doit-on défendre là-dessus ?
01:38A priori, c'est le français de l'académie, sachant que le français de l'académie n'est pas non plus le plus créatif.
01:42Donc, il y a une sorte d'équilibre à tenir vis-à-vis de nos auditeurs.
01:46Il faut qu'on soit juste, mais en même temps, il ne faut pas qu'on soit non plus comme une sorte de porte-à-faux
01:51à ce qu'est la réalité de la langue, telle qu'elle se pratique de manière générale aujourd'hui.
01:58J'ai quand même un problème personnel, c'est qu'au naturel, je suis très mal embouché.
02:03Dans la vie de tous les jours, vous pouvez dire plein de gros mots à tous les coins de rue, à la radio, ce n'est pas possible.
02:08Donc, est-ce qu'il y a un mot ? Non. Il y en a des dizaines et des centaines.
02:11Autant dire que quand on est au micro, on a un surmoi gros comme ça, au-dessus de soi, et ça fait partie du métier.
02:19Le tic de langage, par définition, on ne le connaît pas, parce que si on le connaît, on arrête de le faire, donc ça ne devient plus un tic.
02:24Quand j'ai commencé la radio, je disais tout le temps un petit peu de...
02:26Je ne sais pas pourquoi. Peut-être qu'un psychanalyste aurait pu me donner une explication là-dessus.
02:30Je l'avais trouvé. Un producteur ami me l'a fait remarquer un jour. Je ne l'ai plus jamais dit.
02:33Donc, je ne sais pas. C'est à quelqu'un d'autre de le dire.
02:39Sur les anglicismes, on retrouve la question de l'évolution de la langue.
02:43Très souvent, lorsque tu dis à l'antenne de France Musique, on vient d'entendre un concert en live, enregistré à tel moment,
02:48les auditeurs écrivent immédiatement, comme le ferait des Québécois.
02:51On sait que les Québécois ne supportent pas d'avoir des anglicismes dans leur langue,
02:54parce que, pour une raison, c'est qu'ils ont évidemment le Canada côté anglais,
02:58et puis ils ont le grand voisin américain à côté.
03:00On n'est pas tout à fait dans la même perspective en France,
03:02et le mot live est passé dans le langage courant.
03:04Simplement, beaucoup d'auditeurs considèrent que c'est en effet un anglicisme qu'on doit éviter.
03:09Moi, je ne suis pas là-dessus encore.
03:10Je pense que c'est un reste de cette expérience de linguistique.
03:13Je ne suis pas du tout un dogmatique, c'est-à-dire que la langue évolue, entre autres, par l'apport des autres langues.
03:18Il y a des mots qui rentrent, il y a des mots qui sortent, il y a des évolutions.
03:21Le live, par exemple, moi, je ne suis pas grand.
03:24Je n'ai jamais été fasciné vraiment par les voix de radio, mais par les personnalités radiophoniques.
03:30Vous allez me dire, ça va ensemble.
03:31Quand je dis personnalités radiophoniques, c'est que là, le temps que je suis en train de vous parler,
03:34c'est à peu près la voix que j'ai quand je suis au micro.
03:37C'est une voix qui est construite, d'une certaine manière.
03:38Elle est construite sur la personne que je suis.
03:40Elle n'est pas fondamentalement différente de ma voix de tous les jours.
03:44Mais il y a quand même une petite inflexion, comme si on le fait de passer sur une forme de scène,
03:48fait qu'on changeait de voix.
03:50C'est d'ailleurs très troublant, parfois, il y a des producteurs ou des productrices
03:52qui se retrouvent à adopter dans la vie même la voix qu'ils ont cultivée au micro.
03:57Ce qui me fait toujours un petit peu peur.
03:59Je me dis une sorte de confusion entre l'être et la représentation,
04:02qui est presque un peu pathologique de mon point de vue.
04:03Mais bon, c'est mon point de vue, ça n'est que le mien.
04:05Alors, des personnalités radiophoniques que j'ai vraiment aimées,
04:08donc la voix, le personnage, le discours, le débit, tout ce qui va avec.
04:12J'adorais Jean Lebrun sur France Culture, que j'ai écouté du temps de sa matinale,
04:16qui était un producteur absolument remarquable.
04:17Et sur France Musique, j'adorais Dominique Jameux,
04:20qui était un producteur très érudit, avec une très belle voix,
04:23qui a fait des magnifiques émissions pendant des années.
04:24Musique

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