00:00La langue française, il ne faut peut-être pas la défendre, mais il faut l'honorer en tout cas.
00:09Pour moi, ils sont très inspirants les messages des auditeurs parce que j'ai la chance de travailler une matière
00:15dans laquelle tous les avis sont valides, c'est la musique.
00:19Les goûts, les couleurs, ça ne se discute pas certes, mais on en parle beaucoup.
00:23Donc moi, savoir que quelqu'un a craqué sur telle nouvelle chanson, a repéré tel jeune artiste
00:30ou que la chanson de son mariage, de son divorce, de sa vie, c'est telle ou telle chanson, moi ça m'intéresse beaucoup.
00:36A tel point donc que les avis des auditeurs, moi j'en ai fait une émission, mon émission Décibel,
00:42qui est déclinée avec des invités du lundi au samedi.
00:46Mes invités du dimanche, ce sont les auditeurs qui viennent parler de musique et me dire quelles chansons ils aiment.
00:52Ça c'est tous les dimanches à 20h.
00:53Pour moi, le service public, ça veut vraiment dire quelque chose.
00:59Je pense même que je l'écris avec des majuscules, service public.
01:02Et la langue française, ça fait partie des missions du service public, évidemment.
01:06Je n'aime pas dire défendre la langue française, parce que ce n'est pas comme si on était attaqués de toutes parts.
01:11Je pense que sur notre territoire, il y a des langues qui sont plus attaquées que la langue française.
01:14Je pense notamment aux langues régionales.
01:16J'en avais parlé d'ailleurs avec Francis Cabrel,
01:19qui a fait toute une session de ses rencontres musicales d'Astafor autour des langues régionales.
01:24J'en ai parlé aussi avec Patrick Fiori, qui est très attaché à la défense de la langue corse.
01:28Donc voilà, ce sont des langues qui ont besoin d'être défendues.
01:30La langue française, il ne faut peut-être pas la défendre, mais il faut l'honorer en tout cas.
01:34J'essaye de ne pas dire live, pour parler des concerts.
01:42Mais alors figurez-vous que les nouveaux concerts que la radio ici a lancés, qui sont une super idée en fait,
01:50c'est d'envoyer les groupes, les artistes jouer chez les auditrices et les auditeurs dans leur salon.
01:55Et ça s'appelle « Ici, parents live ».
01:58Donc là, qu'est-ce que je fais moi dans ce cas-là ?
02:00Est-ce que je fais preuve d'insubordination et je ne donne pas le nom du programme à l'antenne ?
02:05Ou est-ce que je me dis que bon, les auditeurs et les auditrices et les amoureux de la langue française
02:10me pardonneront pour une fois l'emploi du mot live ?
02:13Mais j'essaye vraiment, oui, de ne pas trop le dire.
02:18Est-ce que j'ai un tic de langage à l'antenne ?
02:21C'est drôle, à mes tout débuts, j'avais 21, 22 ans et j'étais à Toulouse au siège de la radio Le Mouve,
02:32la radio jeune de Radio France, avant de devenir Mouve, elle s'appelait Le Mouve et elle était rock.
02:38Et il y avait un directeur d'antenne qui s'appelait Stéphane Ramzy et qui me faisait réécouter mes premières interventions à l'antenne.
02:46Il avait repéré un tic de langage, je disais quoi ?
02:49Et on faisait des séances d'écoute ensemble, j'étais assise à côté de lui à son bureau
02:52et à chaque fois que je disais quoi, il faisait une petite barre sur un papier
02:58et à la fin des deux heures d'émission qu'on a écoutées, le papier était rempli de petites barres.
03:05Et ça m'a fait un tel frisson de honte, je me suis dit mais comment les gens peuvent supporter de m'entendre parler comme ça ?
03:10Et je crois que ça m'a vaccinée contre les tics de langage
03:13et c'est quelque chose que je surveille énormément parce que je sais que je suis capable du pire dans le domaine.
03:19J'aime beaucoup Mente parce que je le trouve très beau quand il est écrit avec ce T, ce H, je sais pas, Mente je le trouve magnifique.
03:28Dans le domaine dont je m'occupe qui est la musique, je vois bien qu'on essaye de la grignoter un petit peu cette langue française
03:37en parlant de single, en parlant de hit, des mots anglais comme ça qui viennent se nicher dans la manière dont on parle de la musique en France.
03:47Les lives, ça c'est le côté que je dois surveiller, même moi d'ailleurs dans mon langage.
03:52De toute façon si je ne me surveille pas, il y a toujours un auditeur ou une auditrice pour envoyer un email à la médiatrice
03:57et lui dire « attention, elle a dit live ». Je suis désolée, vraiment, j'essaye de ne pas le dire, de ne pas l'employer.
04:04À côté de ça, il y a aussi des choses très réjouissantes dans la musique pour la langue française
04:08et je pense notamment à tous ces auteurs, compositeurs, toutes ces autrices, compositrices
04:12qui mettent en avant la langue française et que nous, sur la radio ici, on joue très régulièrement.
04:18Donc voilà, pas d'attaque contre la langue française ici.
04:25Tellement de choses, c'est ma vie la radio.
04:27J'ai 45 ans, j'ai commencé à parler dans le micro, j'avais 21 ans.
04:31Donc j'ai passé plus de temps sur terre à la radio que pas à la radio.
04:36Voilà.
04:36Après la radio, c'est aussi des souvenirs d'enfance parce que même avant de parler dans le micro, j'ai beaucoup écouté la radio.
04:41J'étais dans ma chambre avec un petit poste à pile et quand c'était l'heure d'éteindre la radio et la lumière,
04:47j'éteignais pas la radio, je me planquais sous ma couette et j'écoutais la radio.
04:51Donc la radio, c'est vraiment une compagne pour moi depuis toujours.
04:56La voix de Laurent Petit-Guillaume, qui est mon collègue sur la radio ici,
05:00il était dans l'émission de Super Nana dans les années 90, une émission de libre antenne un peu folle
05:06qui est devenue culte évidemment et Super Nana qui était une animatrice radio
05:10qui m'a montré, moi quand j'étais adolescente, qu'une femme pouvait être à la tête d'une émission de radio.
05:17Raconter des horreurs, être drôle, être sexy, dérangé, interpellé.
05:22Et parmi les voix autour de la voix de Super Nana, il y avait la voix de Laurent Petit-Guillaume.
05:28Et donc de le croiser dans cette radio ici et de passer du temps avec lui,
05:33à chaque fois j'ai ce souvenir là et donc la voix de Laurent,
05:36mais même quand il me demande si je veux aller manger à la cantine,
05:38il n'a pas besoin de me dire un truc fascinant,
05:40sa voix tout de suite me transporte à ce moment de mon adolescence
05:45où je me suis dit grâce à Super Nana, les filles ont le droit de tout faire et tout dire.
05:52Je vais le noter dans un coin de ma tête, je ne vais pas oublier.
05:54Sous-titrage Société Radio-Canada