00:00La Caisse d'épargne Ile-de-France, fiÚre de soutenir toutes les femmes, vous présente Sud Radio Parlons Femmes, Judith
00:08Belaire.
00:09Parce que chaque femme qui s'impose fait avancer toutes les autres Parlons Femmes sur Sud Radio, c'est maintenant.
00:13Bienvenue les amis.
00:14Le docteur Isabelle Sarfati est chirurgienne plasticienne, ancienne interne, ancienne chef de clinique des hĂŽpitaux de Paris.
00:21Bienvenue Isabelle.
00:23Merci, j'en dis plaisir.
00:24Vous avez cofondé l'Institut du Sein, c'est un lieu pionnier qui est dédié à la prise en charge
00:28globale des femmes touchées par le cancer du sein.
00:30C'est avec le docteur Krishnakloff.
00:32Vous ĂȘtes Ă©galement auteur du livre Histoire Plastique qui est paru chez Stock et qui vient d'ĂȘtre Ă©ditĂ© en
00:37poche avec un grand succĂšs.
00:39Parlons Femmes, c'est maintenant.
00:41Sud Radio Parlons Femmes, Judith Belaire.
00:44Alors Isabelle, Parlons Femmes vous pose des questions, vous ĂȘtes prĂȘte ?
00:47Absolument.
00:48Quelle femme vous fait rĂȘver ?
00:54Alors lĂ , je ne m'y attendais pas du tout.
00:58Quelle femme...
00:58La premiĂšre qui vous vient ?
01:01Vous n'ĂȘtes pas obligĂ©e, vous pouvez me dire qu'il n'y en a aucune.
01:04La fille qui a écrit Girls, qui s'appelle Léna Dunam.
01:09Oui, elle est super cette série.
01:10Oui, elle me fait rĂȘver.
01:11Je trouve que cette série, je l'ai revue récemment.
01:15Elle est incroyablement moderne et que la fille qui est à la fois scénariste, réalisatrice, actrice et qui joue avec
01:25un physique qui n'est pas un physique de bombe atomique, elle est géniale.
01:30Je suis d'accord, c'est un bon choix.
01:33Est-ce qu'il y a un moment de doute qui vous a totalement transformé Isabelle ? Dans votre vie
01:37?
01:40Alors, il y a trois mois, je suis tombée d'un escalier qui n'avait pas de rambarde.
01:48Un escalier talon, comme ça.
01:50Et ça va ?
01:52Oui.
01:52J'ai eu un corset, je me suis cassé trois vertÚbres.
01:55D'accord.
01:55Mais pendant que je tombais et que j'arrivais au sol et que j'étais absolument persuadée que j'allais
02:01mourir ou que j'allais ĂȘtre tĂ©traplĂ©gique, je me suis dit, ça sert bien.
02:05à quoi ça sert de s'occuper du corsaire du sein si c'est pour rater une marche dans un
02:09escalier ?
02:11Et qu'est-ce que ça a transformé chez vous alors, ça ?
02:16AprĂšs, j'ai vu qu'il y avait 20 000 personnes par an de plus de 65 ans qui mouraient
02:22d'une chute domestique.
02:24C'est-à -dire autant que de femmes qui décÚdent d'un cancer du sein par an.
02:29Et je me suis dit que la chute bĂȘte Ă©tait totalement sous-estimĂ©e comme problĂšme.
02:34C'est vrai.
02:35Et donc ça a changĂ© une certaine vision peut-ĂȘtre de votre...
02:39Non, je fais attention, je mets les pieds.
02:41Ok.
02:42On ne peut pas chercher trop loin parfois.
02:45Est-ce que notre société aime les femmes puissantes ?
02:48Isabelle Sarfati ?
02:53Globalement, oui.
02:54D'abord, on est dans une société qui aime les égéries.
02:56Ăa, c'est vrai.
02:57Et donc, la puissance est une forme d'égérie.
03:03Ensuite, on est dans une sociĂ©tĂ© oĂč moi, j'ai l'impression, en tout cas, dans le mĂ©tier que je
03:09fais et dans la vie que je vis,
03:12que c'est un avantage d'ĂȘtre une femme par rapport Ă un homme.
03:15Pourquoi ?
03:16Par exemple, une femme sur deux quasiment me dit en consultation qu'elle m'a choisie parce que j'étais
03:22une femme.
03:24Comme il y a beaucoup d'hommes et peu de femmes dans ce mĂ©tier, c'est quand mĂȘme un sacrĂ©
03:29avantage.
03:30Je suis d'accord.
03:31Et puis surtout, c'est un confort pour celles qui vous choisissent.
03:36Peut-ĂȘtre.
03:36Je pense qu'il y a des avantages et des inconvĂ©nients et qu'on a peut-ĂȘtre tort de genrer
03:42autant les gens.
03:45D'accord.
03:45Les médecins, normalement, ils n'ont pas de genre.
03:50D'ailleurs, on vous appelle le docteur et non la doctoresse.
03:53On vous dit doctoresse des fois ?
03:55Non.
03:56Mais on ne me dit pas le docteur.
03:57La docteur ?
03:58Non, on ne dit rien.
03:59On ne vous dit pas docteur ?
04:01Bonjour docteur, mais ça, on ne sait pas comment on l'écrit.
04:03C'est bien ce que vous dites, c'est non-genré.
04:04Non-genré.
04:06Donc, je ne suis pas sûre qu'on ait à ce point raison de genrer les gens,
04:09mais quand mĂȘme dans l'imaginaire des gens, que ce soit un homme ou une femme, ça change.
04:13Je pense que tant que c'est un sujet, on va continuer Ă en parler.
04:15Peut-ĂȘtre qu'un jour, ça ne sera plus un sujet ?
04:17Peut-ĂȘtre qu'un jour, ça ne sera plus un sujet.
04:18Ăa serait bien que ça ne soit plus un sujet.
04:20Ăa veut dire qu'il y a beaucoup de codes culturels de genre qui doivent voler en Ă©clats.
04:25Je suis bien d'accord.
04:27D'ailleurs, le patriarcat, pour vous, est-ce que c'est un vrai systÚme réel ?
04:31Ou est-ce que c'est un symbole ?
04:32Ou est-ce que... qu'est-ce que c'est ?
04:34C'est un systÚme dont les femmes, mais des générations précédentes,
04:40sont autant responsables que les hommes.
04:42Pourquoi vous dites ça ?
04:43Parce que je pense qu'il y a beaucoup de mĂšres qui ont transmis Ă leurs filles des valeurs de
04:48patriarcat.
04:49Et Ă leurs fils aussi, du coup ?
04:51Ă leurs fils aussi, mais particuliĂšrement Ă leurs filles.
04:54Vous pensez que les femmes sont responsables du systĂšme oĂč elles sont ?
04:56Non. Je pense que les humains, hommes et femmes...
05:00Non-genrés.
05:01Non-genrés.
05:02Sont responsables.
05:04Oui.
05:05Responsables.
05:06De leur caca.
05:08Pardon, parlons vrai sur ce studio, mais c'est vrai.
05:10Je sais que vous avez envie de le dire.
05:12Oui, quand mĂȘme.
05:14Qu'on ne peut pas dire, par exemple, que ce sont les femmes qui ont fait avancer le féminisme.
05:19C'est les hommes et les femmes.
05:20C'est vrai.
05:20Je trouve qu'ils ont été trÚs occultés.
05:25Oui.
05:26Et que...
05:26Mais en mĂȘme temps, on n'en voit pas beaucoup dans les manifs d'aujourd'hui, des hommes.
05:30C'est pas faux.
05:32J'avoue, c'est pas faux.
05:34Quand il y a eu le rassemblement, pardonnez-moi, pour la petite Liana, il n'y avait pas d'hommes.
05:37Enfin, trĂšs peu en tout cas.
05:38Je sais, j'ai vu ça.
05:39Et c'est assez étonnant.
05:40TrĂšs bizarre.
05:41Pourquoi ? Est-ce qu'ils ont peur, Ă votre avis, de prendre la place ?
05:43Ou est-ce qu'on ne leur donne pas ?
05:45Ou est-ce qu'il faut aller la chercher, la place, à un moment donné ?
05:47Ils n'ont pas peur de se faire.
05:48Peut-ĂȘtre qu'ils sont insultĂ©s aussi.
05:49J'ai l'impression que dans la protection de l'enfance,
05:55la protection des violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants,
06:02là , pour le coup, c'est genré.
06:04Je suis bien d'accord.
06:05Est-ce que, bah oui, du coup, vous avez déjà répondu à cette question.
06:08Ătre une femme, ça vous a appris quelque chose que rien d'autre
06:11ne vous aurait appris.
06:14Déjà , ça vous positionne autrement, ça c'est clair.
06:17Vous l'avez dit tout Ă l'heure.
06:18En tout cas, j'aime ĂȘtre une femme.
06:19VoilĂ .
06:20Ăa, c'est bien.
06:20C'est un manifeste, j'ai envie de dire.
06:22Je trouve qu'ĂȘtre une femme...
06:25Donc, moi, je suis née dans les années...
06:29Tu n'es pas obligée de le dire ?
06:30Non, non, non.
06:31Si, si, si.
06:32Je suis née en 1958.
06:34D'accord.
06:35Donc, je suis née juste aprÚs les féministes.
06:38Oui.
06:39Et juste avant l'autorisation d'avoir un compte bancaire, quand mĂȘme, je vous le dis en passant.
06:42Je sais, je sais.
06:42Vous étiez toute petite, vous avez 9 ans.
06:44Et donc, j'ai bénéficié d'une époque fabuleuse à observer pour les femmes.
06:51C'est-Ă -dire le moment oĂč nos aĂźnĂ©s avaient dĂ©jĂ bossĂ© vers la route.
06:58Vraiment, ils avaient bien déblayé la route.
07:00Et qu'on avait l'impression que les portes étaient ouvertes et que c'était passionnant.
07:05Alors, en 2004, Isabelle Sarfati, vous avez fondé avec le docteur Krishna Kloff.
07:10Est-ce que c'est Kloff ? Ăa se dit comme ça ?
07:11Absolument.
07:12L'Institut du sein, c'est un lieu pionnier qui est complÚtement dédié à la prise en charge.
07:16Global, c'est important.
07:19Mais pas du cancer du sein ?
07:20Du sein.
07:20Du sein en général.
07:22Du sein.
07:22VoilĂ .
07:22Que ce soit en cancéro, mais en réparatrice, en malformation, en esthétique, toute la chirurgie du sein.
07:34Et je dis global, quand il s'agit des cancers ou des maladies en tout cas, parce que c'est
07:38global, c'est important chez vous.
07:40Il n'y a pas le corps Ă part du psy en fait.
07:43C'est global.
07:44Ăa ne peut pas ĂȘtre autrement.
07:46D'abord, ça n'est pas autrement.
07:48Oui, mais ça l'a été longtemps dans la médecine cartésienne, j'ai envie de dire.
07:53C'est trÚs compliqué l'interaction, en particulier du psychisme et de la maladie.
07:59Ăa pose plein de questions auxquelles on n'a pas les rĂ©ponses, c'est trĂšs controversĂ©.
08:05Mais on va dire que dans la chirurgie plastique, c'est la chirurgie de l'Ăąme.
08:11Donc, on n'opĂšre pas un organe.
08:13Quand vous faites une reconstruction, vous vous redonnez de la confiance ?
08:18Oui, on renarcissise la personne, on lui redonne confiance en elle, on lui donne la possibilité de s'habiller autrement,
08:27on lui donne de la liberté.
08:28Parce que ce n'est pas pour le sein.
08:30Ce n'est pas que la reconstruction mĂšre, c'est la reconstruction de la personne en fait, dont on parle.
08:34Oui, parce que le sein, en vrai, il y en a deux, ne servent pas Ă grand chose et peu
08:39de gens les voient.
08:40C'est vraiment un organe facile Ă cacher.
08:42Donc, quand quelqu'un a envie d'une reconstruction, c'est une reconstruction qui touche quelque chose de beaucoup plus
08:49vaste que le sein.
08:52Vous avez participé aussi à des techniques trÚs innovantes, notamment dans le domaine de l'autogrÚve de GrÚce ou des
08:58choses comme ça.
08:59Vous ĂȘtes allĂ© chercher, vous ĂȘtes allĂ© faire de la recherche en fait Isabelle finalement ?
09:04Alors, c'est de la recherche clinique.
09:05Les chirurgiens, ce sont des chercheurs cliniques.
09:09Alors, qu'est-ce que c'est par exemple l'autogrĂšve de GrĂšce ?
09:11Alors, ce n'est pas moi qui ai inventé l'autogrÚve de GrÚce.
09:15Ăa a toujours balbutiĂ© un petit peu.
09:18En fait, depuis qu'on fait des lipoaspirations, et c'est un Français qui a mis au point la lipoaspiration,
09:23il s'appelle Gérard Illouz.
09:24Et depuis qu'on a mis au point la lipoaspiration, on se dit, puisqu'on l'enlĂšve quelque part, ce
09:28serait bien de la remettre ailleurs.
09:31C'est un Américain qui s'appelle Coleman, qui a protocolisé la technique,
09:36qui l'a publié, qui a écrit, qui a montré comment on pouvait injecter de la graisse.
09:42D'autres l'avaient fait avant, mais c'est lui qui l'a, on va dire, publié et vulgarisé.
09:48Alors maintenant, une fois que ça existe, Coleman le faisait essentiellement sur le visage,
09:53on a commencé à le faire sur le sein, mais ça a été un long parcours,
09:58mais c'est le parcours d'une époque et de plasticien dans plusieurs pays du monde.
10:02Parce que le sein, c'est un organe sensible, c'est-Ă -dire que c'est l'organe de la
10:07femme qui fait le plus de cancers.
10:10Donc, injecter de la graisse dans les seins, il fallait qu'on prouve que,
10:14premiÚrement, ça n'allait pas augmenter le nombre de cancers du sein,
10:17et que, deuxiĂšmement, ça n'allait pas gĂȘner les mammographies.
10:21Donc, entre le moment oĂč la technique est sortie, c'est-Ă -dire le dĂ©but des annĂ©es 2000,
10:25et maintenant, il y a eu au moins 15 ans oĂč on s'est posĂ© des questions,
10:29oĂč on a commencĂ© Ă regarder des radios, etc.
10:31Et la recherche clinique, c'est, quand on fait une technique,
10:36de colliger les cas, de les vérifier,
10:40de publier le nombre de complications qu'on a,
10:43les bons résultats, les techniques, etc.
10:46Donc, ce n'est pas de la recherche fondamentale.
10:48Et finalement, au bout du compte, une fois que vous avez passé toutes ces étapes,
10:52ça fonctionne, donc vous vous en servez.
10:54Ăa tient extrĂȘmement bien.
10:55Est-ce que c'est mieux, par exemple, pour les femmes qui nous écoutent, qu'un implant ?
11:00Les techniques, elles ne se remplacent jamais complĂštement.
11:03Elles s'en remplacent en partie, et elles apportent d'autres choses.
11:07Sur une fille toute mince, alors on va parler en esthétique,
11:11parce que sinon c'est difficile Ă comprendre,
11:13pour une fille toute mince, qui n'a pas de graisse ailleurs,
11:16la seule maniĂšre de faire une augmentation mammaire, c'est une prothĂšse.
11:20Pour une fille qui a un peu plus de graisse,
11:23et bien la maniÚre la plus intelligente, la plus écologique,
11:29il n'y a pas de cicatrice d'abord,
11:30c'est une petite cicatrice de 1 mm pour injecter la graisse,
11:33et il n'y a pas de maintenance.
11:34Il faut savoir que quand on pense des implants,
11:36il faut les surveiller par échographie,
11:38il faut les changer de temps en temps,
11:39c'est quand mĂȘme un fil Ă la patte,
11:41ce n'est pas vrai des feelings.
11:43Et puis, il y a une zone intermédiaire,
11:46oĂč on va se dire qu'on va mĂ©langer un implant et de la graisse autour,
11:51ça s'appelle une augmentation composite,
11:53et Ă ce moment-lĂ , les deux techniques apportent quelque chose.
11:57Ăa va ĂȘtre trĂšs intĂ©ressant.
11:59On est en parlant femmes, vous l'aurez compris,
12:01on parle des femmes.
12:02On parle des femmes dans cette émission,
12:04avec le docteur Isabelle Sarfati aujourd'hui,
12:06qui est chirurgienne, cofondatrice de l'Institut du Sein Ă Paris,
12:10que je vous recommande, mesdames,
12:11si vous avez des trucs Ă voir avec vos seins,
12:13quoi que ce soit d'ailleurs, esthétique ou pas.
12:15VoilĂ , on reste avec vous,
12:17et vous avec nous, Ă tout de suite.
12:19La Caisse d'Ă©pargne-Ăle-de-France,
12:21fiĂšre de soutenir toutes les femmes,
12:23vous présente
12:24Sud Radio, parlons femmes, Judith Belair.
12:28Parlons femmes et parlons vraies sur Sud Radio,
12:29comme chaque samedi Ă 13h30,
12:31vous ĂȘtes aujourd'hui en compagnie du docteur Isabelle Sarfati,
12:33chirurgienne plasticienne, cofondatrice et auteure du livre
12:36Histoire Plastique,
12:36c'est paru sur les stocks,
12:38c'est réédité en poche,
12:39et c'est un gros carton, Isabelle Sarfati,
12:41votre bouquin.
12:43Je ne sais pas si c'est un carton.
12:44Vous ne pouvez pas dire non,
12:45vous dites oui quand on vous dit c'est un gros carton.
12:47Oui, merci.
12:50Alors, pourquoi ?
12:50Ce n'est pas un livre sur la chirurgie esthétique, finalement.
12:53Ce n'est pas vraiment ça, votre livre.
12:54C'est un livre sur l'identité, la réparation,
12:56puis le regard qu'on porte sur soi.
12:57C'est ça, votre métier, Isabelle Sarfati ?
13:00Oui.
13:00Vous accompagnez les gens pour qu'ils aillent mieux, quoi ?
13:05Oui, on accompagne les gens pour qu'ils aillent mieux.
13:11C'est beaucoup de la discussion.
13:13C'est des consultations qui sont assez intimes,
13:16assez cash,
13:17parce qu'en une demi-heure,
13:18on n'a pas beaucoup de temps pour faire des digressions.
13:24Et ça touche Ă ce qu'on croit ĂȘtre,
13:28ce qu'on voudrait ĂȘtre, ce qu'on regrette de ne pas ĂȘtre.
13:31Parce que vous travaillez, on peut le dire aussi,
13:33votre expertise, ça vous amÚne à accompagner
13:35des personnes transgenres dans leur parcours de transition aussi,
13:38Isabelle Sarfati ?
13:38Absolument, étant spécialiste du sein,
13:41le sein, c'est l'organe sexuel
13:43qui se voit chez les gens quand ils sont habillés.
13:47Donc, la majorité des trans font une chirurgie mammaire,
13:51soit pour enlever des seins,
13:53soit pour rajouter des seins.
13:55Et alors, accompagner des personnes
13:57qui sont en quĂȘte d'identitĂ© comme ça,
13:59c'est les aider à trouver leur identité,
14:01c'est les aider à se réconcilier avec leur propre corps,
14:03leur propre ĂȘtre, en fait.
14:05C'est vraiment ça.
14:06Ăa touche Ă l'ĂȘtre profond, quoi.
14:08On ne s'en rend pas compte, hein.
14:09C'est pour ça que j'insiste un peu.
14:10Surtout que c'était, pour moi,
14:12quand j'ai commencé la chirurgie plastique,
14:17ce n'était pas imaginable, réellement,
14:19qu'on ait affaire Ă autant de personnes
14:23qui demandent de transiter.
14:24Il y en a beaucoup ?
14:26Il y en a...
14:26Plus qu'avant ?
14:28J'en vois beaucoup.
14:29Je ne peux pas faire des statistiques nationales.
14:31J'en vois pas mal.
14:34Moi, je suis chirurgienne.
14:35En pratique, je vois les gens une fois,
14:39deux fois, trois fois une demi-heure,
14:41et je tranche.
14:44J'adore.
14:45C'est pas avec moi.
14:46Est-ce que c'est vrai que les échangéens,
14:47pardon, je change de sujet deux secondes,
14:49ils sont obsédés du bistouri.
14:50Vous aimez ça, quand mĂȘme.
14:51Vous avez envie de trancher, quoi.
14:53On peut le dire ou pas ?
14:53Notre zone de confort, c'est le bloc opératoire.
14:55C'est ça, j'adore.
14:57On tranche, ouais.
14:58Allez, c'est parti.
14:59Donc, c'est pas avec nous que ça se précise.
15:01Je pense que cette recherche d'identité,
15:05de savoir est-ce qu'ils veulent transiter,
15:09qu'est-ce qu'ils veulent faire,
15:11ça se fait beaucoup en discutant avec des psys.
15:13Bien sûr.
15:14Donc, en fait, quand ils arrivent dans votre bureau,
15:16ils ont déjà fait un long parcours.
15:18Vous ĂȘtes un peu la cerise sur le gĂąteau, j'ai envie de dire.
15:21Ah ben, c'est trĂšs variable.
15:22Il y en a qui peuvent débarquer comme ça, direct,
15:25sans avoir vu ni personne avant, ni psy,
15:30ni endocrinaux.
15:31Et dans ces cas-lĂ , qu'est-ce que vous faites ?
15:36Je pense que c'est pas inintéressant.
15:39Je pense que c'est rarement une urgence.
15:41Et quand c'est une urgence, ils ont encore plus besoin d'un psy.
15:44Et que je leur dis que ce serait intéressant pour eux
15:50qu'ils aient le loisir d'en discuter pendant un certain temps
15:53avec un professionnel de la parole.
15:55Parce que c'est pas bĂ©nin, il faut le redire, c'est quand mĂȘme pareil.
15:57C'est un peu surtout pour les hommes trans.
16:01C'est-à -dire, quand on a enlevé les seins de quelqu'un,
16:05c'est peu réversible.
16:07Parce que finalement, si on met des prothĂšses Ă une femme trans,
16:12si elle ne les veut plus, on les enlĂšve,
16:14avec une petite cicatrice comme ça, c'est pas grave.
16:16Tandis que dans l'autre sens,
16:18c'est plus difficile de faire une reconstruction derriĂšre.
16:21C'est plus invasif.
16:24Votre livre s'appelle Histoire plastique.
16:26Le mot plastique, il prend un peu tout son sens.
16:27Parce qu'en fait, vous parlez aussi de la capacitĂ© de l'ĂȘtre humain
16:32Ă se transformer, Ă se reconstruire, Ă renaĂźtre,
16:35aprÚs une épreuve aussi, etc.
16:36La plasticité, l'idéal, c'est la plasticité psychique.
16:42Moi, je suis une spécialiste de la plastique,
16:45mais à titre personnel, je suis autant intéressé,
16:50mĂȘme plus intĂ©ressĂ© par la plasticitĂ© psychique
16:54que la chirurgie plastique.
16:57C'est comment on s'adapte,
16:59comment on négocie avec ce qui nous arrive.
17:02Comment on n'est résilient ou pas, etc.
17:03Oui, ou comment on se demande si faire une intervention,
17:08ça va nous ĂȘtre bĂ©nĂ©fique ou pas.
17:11C'est une prise de pouvoir de se faire opérer.
17:14C'est vrai.
17:14C'est dire, voilĂ ...
17:17Ăa ne me plaĂźt pas, donc je change.
17:18Voilà , et entre différentes choses qu'on n'a pas choisies,
17:22que ce soit la génétique, que ce soit la maladie,
17:25que ce soit des accidents, etc.,
17:28je décide de prendre le pouvoir
17:31et d'y pouvoir quelque chose.
17:34Vous avez le parcours d'une femme qui a choisi trĂšs, trĂšs tĂŽt l'excellence,
17:39quand mĂȘme Isabelle Sarfati.
17:40Vous ĂȘtes une des rĂ©fĂ©rences, aujourd'hui, française de la reconstruction mammaire.
17:44Vous avez été formée, notamment, auprÚs de Paul Tessier,
17:48qui est une figure légendaire d'a changé crùnio-facial.
17:53L'exigence absolue, finalement, que requiert votre métier,
17:56je pense qu'elle n'est...
17:56Enfin, c'est peut-ĂȘtre mĂȘme une question que je vais vous poser,
17:58au lieu de faire une affirmation.
18:00N'est-elle accessible que par cette espĂšce de passion,
18:02d'obsession absolue que vous avez de couper, de trancher ?
18:09Un bon chirurgien,
18:11c'est un chirurgien qui est Ă la fois obsessionnel et souple.
18:18C'est un chirurgien qui est à la fois humble et mégalomaniaque.
18:23Il faut...
18:24Juste comme Dieu, quoi.
18:25Oui, parce que quand mĂȘme, il faut...
18:26Vous ĂȘtes forcĂ©ment un peu mĂ©galo, quand vous avez...
18:28Pour inciser le corps de quelqu'un,
18:32et faire une effraction,
18:34et faire quelque chose,
18:36il faut vraiment penser qu'il n'y a pas 50 personnes
18:39qui le ferait mieux que moi.
18:40Voilà , c'est ça.
18:41Donc, il faut quand mĂȘme ĂȘtre persuadĂ©
18:43qu'on est à la bonne place, qu'on est légitime.
18:45Ce n'est pas le moment de se poser des questions.
18:46Et de votre maĂźtrise totale, absolue, aussi.
18:48Oui, qu'on sait qu'on a le bagage technique,
18:50qu'on a l'expérience, tout ça, c'est fondamental.
18:53Et en mĂȘme temps, c'est quelqu'un de humble,
18:57parce qu'on est confronté à la vie, à la mort,
18:59et qu'il faut en permanence
19:04se méfier un peu.
19:08Ătre prudente.
19:09D'accord.
19:10Donc, c'est un mélange entre les deux.
19:11Se méfier de quoi ?
19:12Du geste ?
19:13De ce que ça peut faire comme effet au patient,
19:15ce que vous lui dites ?
19:16Vous vous méfiez de quoi ?
19:17Ah non, non, non.
19:17Là , je parlais du bloc opératoire.
19:19Donc, vous vous méfiez de quoi ?
19:20De votre assurance, finalement ?
19:22Non.
19:24Des tissus.
19:26D'une maniÚre dont ils vont réagir.
19:27Oui, dont ils vont réagir.
19:30Il faut ĂȘtre prĂȘt Ă ce qu'on fait un...
19:33Il n'y a pas grand-chose dans le sein.
19:34Le sein, c'est de la sculpture et de la suture.
19:36Il n'y a pas le foie, il n'y a pas le cĆur,
19:38il n'y a pas le rein.
19:39Il ne peut pas se passer grand-chose.
19:40Ăa a l'air facile quand on vous Ă©coute,
19:42docteur Isabel Sarfati.
19:43Je ne fais pas de la chirurgie cardiaque.
19:45Moi, je m'occupe d'un organe externe
19:47que je peux modeler un peu comme on veut.
19:51Je ne rentre pas à l'intérieur du ventre,
19:53je ne rentre pas à l'intérieur du thorax, etc.
19:55Enfin bon, on peut couper un petit vaisseau
19:57et que ça se mette à saigner.
19:58Il faut ĂȘtre en permanence.
20:00Quand vous avez travaillé avec Paul Tessier,
20:02ce grand chirurgien crĂąnio-facial,
20:06c'est cette école d'exigence aussi
20:08qui vous a donné envie d'aller plus vers la reconstruction
20:10ou finalement vous saviez dĂ©jĂ
20:12que vous l'ĂȘtes chirurgien de plastique
20:13et puis c'est sur le biard lui-mĂȘme
20:15que vous avez décidé votre chemin ?
20:18Comment ça s'est créé tout ça dans votre tĂȘte ?
20:20Alors, j'étais en premiÚre année de médecine.
20:25J'entendais parler de lui.
20:26J'ai fait médecine pour faire chirurgie plastique.
20:29Donc ça, je n'avais aucun doute sur ce que je voulais faire.
20:31Et j'ai entendu parler de lui, c'était un mythe déjà .
20:34Oui, ce n'est pas n'importe qui.
20:35Et je me suis dit, mais je veux voir qui c'est cet homme.
20:40C'est un homme qui faisait de la chirurgie crĂąnio-maxillo-facial lourde.
20:46Je veux dire, il opérait des gens qui avaient deux yeux trÚs écartés,
20:49pas de nez, deux nez, une fente entre le palais et le cerveau.
20:53Ce n'est pas du tout une chirurgie que je comptais faire,
20:57ni mĂȘme une chirurgie qui m'intĂ©ressait particuliĂšrement.
21:00Mais lui était hallucinant.
21:04D'exigence, je me souviens,
21:08on terminait une intervention qui avait duré dix heures.
21:12Donc on avait ouvert,
21:14il y avait un neurochirurgien qui était venu,
21:16il avait récliné le cerveau,
21:18il avait desséqué autour des orbites,
21:21les nerfs optiques.
21:22Franchement, Ă la fin de l'intervention,
21:25on était passé par pas mal de dangers, etc.
21:29Et puis, fin de l'intervention,
21:32il enlĂšve ses gants.
21:35Moi, il est minuit,
21:36donc je dis, qu'est-ce qui se passe lĂ ?
21:39Il dit, là je vais prendre un café,
21:40parce qu'il ne faut pas oublier que cette intervention
21:42qui a duré douze heures,
21:43en fait, c'est qu'une rhinoplastie.
21:46Et donc, si on arrive au bout de l'intervention,
21:50en ayant passé pas mal de décueils,
21:52et qu'on dit, c'est fini, on ferme,
21:55il dit, non, c'est là que ça commence.
21:58Et c'est cette espĂšce d'exigence,
22:00il me disait aussi,
22:02alors ne demandez jamais autour de vous,
22:04dans la salle, si c'est bien,
22:05parce qu'Ă minuit,
22:06tout le monde est prĂȘt Ă vous dire que c'est bien.
22:09Ăa, c'est des prĂ©cieux conseils.
22:11Oui, et en fait, quand j'opĂšre,
22:15bon, ça a été,
22:16j'avais une admiration absolument folle pour lui,
22:19mais quand j'opĂšre, il me parle.
22:21De temps en temps,
22:22quand tout le monde me dit,
22:23mais non, c'est bien, c'est bien,
22:24j'entends Tessier qui dit,
22:25n'écoutez pas, n'écoutez pas.
22:28Vous avez bien raison, Isabelle Sarfati.
22:29Merci pour les femmes qui viennent vous voir,
22:31et pour cet institut du sein,
22:33qui est quand mĂȘme assez unique en son genre,
22:34qui devrait ĂȘtre reproduit un peu partout,
22:36c'est important.
22:37Vous pouvez donner l'adresse, s'il vous plaĂźt ?
22:39C'est 9 avenue MacMahon.
22:40Voilà , et puis, évidemment,
22:42il y a le site internet aussi,
22:45qui est l'institutdusain.com, je crois.
22:47Oui, c'est facile Ă trouver.
22:50Non, c'est l'institut du sein Paris Restitute.
22:52Parce que comme on a été copié,
22:54et que l'institut du sein,
22:55ce n'est pas protégeable,
22:57on a rajouté Paris Restitute,
22:59parce qu'il y a plein de gens qui se trompen.
23:02Donc, quel que soit votre problĂšme,
23:04mesdames, ou votre envie,
23:06il faut venir chez vous.
23:07C'est le meilleur endroit pour les seins,
23:09on peut le dire ?
23:10En tout cas, on s'applique à ce que ça le soit.
23:12VoilĂ , merci beaucoup.
23:14Merci Isabelle Sarfati.
23:15Histoire Plastique aussi Ă trouver en poche.
23:18C'était parlé chez Stock, à la base,
23:19pour celles et ceux que ça intéresse.
23:21Et puis, c'était Parlons Femmes sur Sud Radio.
23:23Merci de nous avoir accompagnés.
23:24On se retrouve samedi prochain Ă 13h30
23:25pour la derniĂšre de la saison.
23:28Et oui, évidemment, on se retrouve à la rentrée,
23:30vous le savez.
23:30Puis dĂšs demain, 19h pour cet excellent.
23:32Merci à Julien pour vous en régie.
23:33Surtout, prenez le sein de vous.
23:35Je vous embrasse.
23:36Sud Radio, Parlons Femmes,
23:38Judith Belair,
23:39avec la Caisse d'Ă©pargne-Ăle-de-France,
23:42fiĂšre de soutenir toutes les femmes.
23:43Sous-titrage Société Radio-Canada
23:43Sous-titrage Société Radio-Canada
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