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  • il y a 4 jours
Avec Avec Isabelle Sarfati, chirurgienne plasticienne,
co-fondatrice de l’institut du sein, autrice de l’ouvrage “histoires plastiques”

"Destins de Femmes" nous raconte les parcours des femmes extraordinaires qui tissent le lien de notre République.
Nous explorons des thèmes universels tels que la lutte pour l’Egalité des genres, la liberté d’expression, la diversité culturelle, le droit à disposer de son corps.
Emission tirée du livre de Valérie Perez-Ennouchi, "Destins de Femmes", sorti chez Ramsay, prix Edgard Faure 2021.
Une émission de Judith Beller.
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##DESTIN_DE_FEMMES-2026-06-27##
Transcription
00:00La Caisse d'épargne Ile-de-France, fiÚre de soutenir toutes les femmes, vous présente Sud Radio Parlons Femmes, Judith
00:08Belaire.
00:09Parce que chaque femme qui s'impose fait avancer toutes les autres Parlons Femmes sur Sud Radio, c'est maintenant.
00:13Bienvenue les amis.
00:14Le docteur Isabelle Sarfati est chirurgienne plasticienne, ancienne interne, ancienne chef de clinique des hĂŽpitaux de Paris.
00:21Bienvenue Isabelle.
00:23Merci, j'en dis plaisir.
00:24Vous avez cofondé l'Institut du Sein, c'est un lieu pionnier qui est dédié à la prise en charge
00:28globale des femmes touchées par le cancer du sein.
00:30C'est avec le docteur Krishnakloff.
00:32Vous ĂȘtes Ă©galement auteur du livre Histoire Plastique qui est paru chez Stock et qui vient d'ĂȘtre Ă©ditĂ© en
00:37poche avec un grand succĂšs.
00:39Parlons Femmes, c'est maintenant.
00:41Sud Radio Parlons Femmes, Judith Belaire.
00:44Alors Isabelle, Parlons Femmes vous pose des questions, vous ĂȘtes prĂȘte ?
00:47Absolument.
00:48Quelle femme vous fait rĂȘver ?
00:54Alors lĂ , je ne m'y attendais pas du tout.
00:58Quelle femme...
00:58La premiĂšre qui vous vient ?
01:01Vous n'ĂȘtes pas obligĂ©e, vous pouvez me dire qu'il n'y en a aucune.
01:04La fille qui a écrit Girls, qui s'appelle Léna Dunam.
01:09Oui, elle est super cette série.
01:10Oui, elle me fait rĂȘver.
01:11Je trouve que cette série, je l'ai revue récemment.
01:15Elle est incroyablement moderne et que la fille qui est à la fois scénariste, réalisatrice, actrice et qui joue avec
01:25un physique qui n'est pas un physique de bombe atomique, elle est géniale.
01:30Je suis d'accord, c'est un bon choix.
01:33Est-ce qu'il y a un moment de doute qui vous a totalement transformé Isabelle ? Dans votre vie
01:37?
01:40Alors, il y a trois mois, je suis tombée d'un escalier qui n'avait pas de rambarde.
01:48Un escalier talon, comme ça.
01:50Et ça va ?
01:52Oui.
01:52J'ai eu un corset, je me suis cassé trois vertÚbres.
01:55D'accord.
01:55Mais pendant que je tombais et que j'arrivais au sol et que j'étais absolument persuadée que j'allais
02:01mourir ou que j'allais ĂȘtre tĂ©traplĂ©gique, je me suis dit, ça sert bien.
02:05À quoi ça sert de s'occuper du corsaire du sein si c'est pour rater une marche dans un
02:09escalier ?
02:11Et qu'est-ce que ça a transformé chez vous alors, ça ?
02:16AprĂšs, j'ai vu qu'il y avait 20 000 personnes par an de plus de 65 ans qui mouraient
02:22d'une chute domestique.
02:24C'est-à-dire autant que de femmes qui décÚdent d'un cancer du sein par an.
02:29Et je me suis dit que la chute bĂȘte Ă©tait totalement sous-estimĂ©e comme problĂšme.
02:34C'est vrai.
02:35Et donc ça a changĂ© une certaine vision peut-ĂȘtre de votre...
02:39Non, je fais attention, je mets les pieds.
02:41Ok.
02:42On ne peut pas chercher trop loin parfois.
02:45Est-ce que notre société aime les femmes puissantes ?
02:48Isabelle Sarfati ?
02:53Globalement, oui.
02:54D'abord, on est dans une société qui aime les égéries.
02:56Ça, c'est vrai.
02:57Et donc, la puissance est une forme d'égérie.
03:03Ensuite, on est dans une sociĂ©tĂ© oĂč moi, j'ai l'impression, en tout cas, dans le mĂ©tier que je
03:09fais et dans la vie que je vis,
03:12que c'est un avantage d'ĂȘtre une femme par rapport Ă  un homme.
03:15Pourquoi ?
03:16Par exemple, une femme sur deux quasiment me dit en consultation qu'elle m'a choisie parce que j'étais
03:22une femme.
03:24Comme il y a beaucoup d'hommes et peu de femmes dans ce mĂ©tier, c'est quand mĂȘme un sacrĂ©
03:29avantage.
03:30Je suis d'accord.
03:31Et puis surtout, c'est un confort pour celles qui vous choisissent.
03:36Peut-ĂȘtre.
03:36Je pense qu'il y a des avantages et des inconvĂ©nients et qu'on a peut-ĂȘtre tort de genrer
03:42autant les gens.
03:45D'accord.
03:45Les médecins, normalement, ils n'ont pas de genre.
03:50D'ailleurs, on vous appelle le docteur et non la doctoresse.
03:53On vous dit doctoresse des fois ?
03:55Non.
03:56Mais on ne me dit pas le docteur.
03:57La docteur ?
03:58Non, on ne dit rien.
03:59On ne vous dit pas docteur ?
04:01Bonjour docteur, mais ça, on ne sait pas comment on l'écrit.
04:03C'est bien ce que vous dites, c'est non-genré.
04:04Non-genré.
04:06Donc, je ne suis pas sûre qu'on ait à ce point raison de genrer les gens,
04:09mais quand mĂȘme dans l'imaginaire des gens, que ce soit un homme ou une femme, ça change.
04:13Je pense que tant que c'est un sujet, on va continuer Ă  en parler.
04:15Peut-ĂȘtre qu'un jour, ça ne sera plus un sujet ?
04:17Peut-ĂȘtre qu'un jour, ça ne sera plus un sujet.
04:18Ça serait bien que ça ne soit plus un sujet.
04:20Ça veut dire qu'il y a beaucoup de codes culturels de genre qui doivent voler en Ă©clats.
04:25Je suis bien d'accord.
04:27D'ailleurs, le patriarcat, pour vous, est-ce que c'est un vrai systÚme réel ?
04:31Ou est-ce que c'est un symbole ?
04:32Ou est-ce que... qu'est-ce que c'est ?
04:34C'est un systÚme dont les femmes, mais des générations précédentes,
04:40sont autant responsables que les hommes.
04:42Pourquoi vous dites ça ?
04:43Parce que je pense qu'il y a beaucoup de mĂšres qui ont transmis Ă  leurs filles des valeurs de
04:48patriarcat.
04:49Et Ă  leurs fils aussi, du coup ?
04:51À leurs fils aussi, mais particuliùrement à leurs filles.
04:54Vous pensez que les femmes sont responsables du systĂšme oĂč elles sont ?
04:56Non. Je pense que les humains, hommes et femmes...
05:00Non-genrés.
05:01Non-genrés.
05:02Sont responsables.
05:04Oui.
05:05Responsables.
05:06De leur caca.
05:08Pardon, parlons vrai sur ce studio, mais c'est vrai.
05:10Je sais que vous avez envie de le dire.
05:12Oui, quand mĂȘme.
05:14Qu'on ne peut pas dire, par exemple, que ce sont les femmes qui ont fait avancer le féminisme.
05:19C'est les hommes et les femmes.
05:20C'est vrai.
05:20Je trouve qu'ils ont été trÚs occultés.
05:25Oui.
05:26Et que...
05:26Mais en mĂȘme temps, on n'en voit pas beaucoup dans les manifs d'aujourd'hui, des hommes.
05:30C'est pas faux.
05:32J'avoue, c'est pas faux.
05:34Quand il y a eu le rassemblement, pardonnez-moi, pour la petite Liana, il n'y avait pas d'hommes.
05:37Enfin, trĂšs peu en tout cas.
05:38Je sais, j'ai vu ça.
05:39Et c'est assez étonnant.
05:40TrĂšs bizarre.
05:41Pourquoi ? Est-ce qu'ils ont peur, Ă  votre avis, de prendre la place ?
05:43Ou est-ce qu'on ne leur donne pas ?
05:45Ou est-ce qu'il faut aller la chercher, la place, à un moment donné ?
05:47Ils n'ont pas peur de se faire.
05:48Peut-ĂȘtre qu'ils sont insultĂ©s aussi.
05:49J'ai l'impression que dans la protection de l'enfance,
05:55la protection des violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants,
06:02là, pour le coup, c'est genré.
06:04Je suis bien d'accord.
06:05Est-ce que, bah oui, du coup, vous avez déjà répondu à cette question.
06:08Être une femme, ça vous a appris quelque chose que rien d'autre
06:11ne vous aurait appris.
06:14Déjà, ça vous positionne autrement, ça c'est clair.
06:17Vous l'avez dit tout Ă  l'heure.
06:18En tout cas, j'aime ĂȘtre une femme.
06:19VoilĂ .
06:20Ça, c'est bien.
06:20C'est un manifeste, j'ai envie de dire.
06:22Je trouve qu'ĂȘtre une femme...
06:25Donc, moi, je suis née dans les années...
06:29Tu n'es pas obligée de le dire ?
06:30Non, non, non.
06:31Si, si, si.
06:32Je suis née en 1958.
06:34D'accord.
06:35Donc, je suis née juste aprÚs les féministes.
06:38Oui.
06:39Et juste avant l'autorisation d'avoir un compte bancaire, quand mĂȘme, je vous le dis en passant.
06:42Je sais, je sais.
06:42Vous étiez toute petite, vous avez 9 ans.
06:44Et donc, j'ai bénéficié d'une époque fabuleuse à observer pour les femmes.
06:51C'est-Ă -dire le moment oĂč nos aĂźnĂ©s avaient dĂ©jĂ  bossĂ© vers la route.
06:58Vraiment, ils avaient bien déblayé la route.
07:00Et qu'on avait l'impression que les portes étaient ouvertes et que c'était passionnant.
07:05Alors, en 2004, Isabelle Sarfati, vous avez fondé avec le docteur Krishna Kloff.
07:10Est-ce que c'est Kloff ? Ça se dit comme ça ?
07:11Absolument.
07:12L'Institut du sein, c'est un lieu pionnier qui est complÚtement dédié à la prise en charge.
07:16Global, c'est important.
07:19Mais pas du cancer du sein ?
07:20Du sein.
07:20Du sein en général.
07:22Du sein.
07:22VoilĂ .
07:22Que ce soit en cancéro, mais en réparatrice, en malformation, en esthétique, toute la chirurgie du sein.
07:34Et je dis global, quand il s'agit des cancers ou des maladies en tout cas, parce que c'est
07:38global, c'est important chez vous.
07:40Il n'y a pas le corps Ă  part du psy en fait.
07:43C'est global.
07:44Ça ne peut pas ĂȘtre autrement.
07:46D'abord, ça n'est pas autrement.
07:48Oui, mais ça l'a été longtemps dans la médecine cartésienne, j'ai envie de dire.
07:53C'est trÚs compliqué l'interaction, en particulier du psychisme et de la maladie.
07:59Ça pose plein de questions auxquelles on n'a pas les rĂ©ponses, c'est trĂšs controversĂ©.
08:05Mais on va dire que dans la chirurgie plastique, c'est la chirurgie de l'Ăąme.
08:11Donc, on n'opĂšre pas un organe.
08:13Quand vous faites une reconstruction, vous vous redonnez de la confiance ?
08:18Oui, on renarcissise la personne, on lui redonne confiance en elle, on lui donne la possibilité de s'habiller autrement,
08:27on lui donne de la liberté.
08:28Parce que ce n'est pas pour le sein.
08:30Ce n'est pas que la reconstruction mĂšre, c'est la reconstruction de la personne en fait, dont on parle.
08:34Oui, parce que le sein, en vrai, il y en a deux, ne servent pas Ă  grand chose et peu
08:39de gens les voient.
08:40C'est vraiment un organe facile Ă  cacher.
08:42Donc, quand quelqu'un a envie d'une reconstruction, c'est une reconstruction qui touche quelque chose de beaucoup plus
08:49vaste que le sein.
08:52Vous avez participé aussi à des techniques trÚs innovantes, notamment dans le domaine de l'autogrÚve de GrÚce ou des
08:58choses comme ça.
08:59Vous ĂȘtes allĂ© chercher, vous ĂȘtes allĂ© faire de la recherche en fait Isabelle finalement ?
09:04Alors, c'est de la recherche clinique.
09:05Les chirurgiens, ce sont des chercheurs cliniques.
09:09Alors, qu'est-ce que c'est par exemple l'autogrĂšve de GrĂšce ?
09:11Alors, ce n'est pas moi qui ai inventé l'autogrÚve de GrÚce.
09:15Ça a toujours balbutiĂ© un petit peu.
09:18En fait, depuis qu'on fait des lipoaspirations, et c'est un Français qui a mis au point la lipoaspiration,
09:23il s'appelle Gérard Illouz.
09:24Et depuis qu'on a mis au point la lipoaspiration, on se dit, puisqu'on l'enlĂšve quelque part, ce
09:28serait bien de la remettre ailleurs.
09:31C'est un Américain qui s'appelle Coleman, qui a protocolisé la technique,
09:36qui l'a publié, qui a écrit, qui a montré comment on pouvait injecter de la graisse.
09:42D'autres l'avaient fait avant, mais c'est lui qui l'a, on va dire, publié et vulgarisé.
09:48Alors maintenant, une fois que ça existe, Coleman le faisait essentiellement sur le visage,
09:53on a commencé à le faire sur le sein, mais ça a été un long parcours,
09:58mais c'est le parcours d'une époque et de plasticien dans plusieurs pays du monde.
10:02Parce que le sein, c'est un organe sensible, c'est-Ă -dire que c'est l'organe de la
10:07femme qui fait le plus de cancers.
10:10Donc, injecter de la graisse dans les seins, il fallait qu'on prouve que,
10:14premiÚrement, ça n'allait pas augmenter le nombre de cancers du sein,
10:17et que, deuxiĂšmement, ça n'allait pas gĂȘner les mammographies.
10:21Donc, entre le moment oĂč la technique est sortie, c'est-Ă -dire le dĂ©but des annĂ©es 2000,
10:25et maintenant, il y a eu au moins 15 ans oĂč on s'est posĂ© des questions,
10:29oĂč on a commencĂ© Ă  regarder des radios, etc.
10:31Et la recherche clinique, c'est, quand on fait une technique,
10:36de colliger les cas, de les vérifier,
10:40de publier le nombre de complications qu'on a,
10:43les bons résultats, les techniques, etc.
10:46Donc, ce n'est pas de la recherche fondamentale.
10:48Et finalement, au bout du compte, une fois que vous avez passé toutes ces étapes,
10:52ça fonctionne, donc vous vous en servez.
10:54Ça tient extrĂȘmement bien.
10:55Est-ce que c'est mieux, par exemple, pour les femmes qui nous écoutent, qu'un implant ?
11:00Les techniques, elles ne se remplacent jamais complĂštement.
11:03Elles s'en remplacent en partie, et elles apportent d'autres choses.
11:07Sur une fille toute mince, alors on va parler en esthétique,
11:11parce que sinon c'est difficile Ă  comprendre,
11:13pour une fille toute mince, qui n'a pas de graisse ailleurs,
11:16la seule maniĂšre de faire une augmentation mammaire, c'est une prothĂšse.
11:20Pour une fille qui a un peu plus de graisse,
11:23et bien la maniÚre la plus intelligente, la plus écologique,
11:29il n'y a pas de cicatrice d'abord,
11:30c'est une petite cicatrice de 1 mm pour injecter la graisse,
11:33et il n'y a pas de maintenance.
11:34Il faut savoir que quand on pense des implants,
11:36il faut les surveiller par échographie,
11:38il faut les changer de temps en temps,
11:39c'est quand mĂȘme un fil Ă  la patte,
11:41ce n'est pas vrai des feelings.
11:43Et puis, il y a une zone intermédiaire,
11:46oĂč on va se dire qu'on va mĂ©langer un implant et de la graisse autour,
11:51ça s'appelle une augmentation composite,
11:53et Ă  ce moment-lĂ , les deux techniques apportent quelque chose.
11:57Ça va ĂȘtre trĂšs intĂ©ressant.
11:59On est en parlant femmes, vous l'aurez compris,
12:01on parle des femmes.
12:02On parle des femmes dans cette émission,
12:04avec le docteur Isabelle Sarfati aujourd'hui,
12:06qui est chirurgienne, cofondatrice de l'Institut du Sein Ă  Paris,
12:10que je vous recommande, mesdames,
12:11si vous avez des trucs Ă  voir avec vos seins,
12:13quoi que ce soit d'ailleurs, esthétique ou pas.
12:15VoilĂ , on reste avec vous,
12:17et vous avec nous, Ă  tout de suite.
12:19La Caisse d'Ă©pargne-Île-de-France,
12:21fiĂšre de soutenir toutes les femmes,
12:23vous présente
12:24Sud Radio, parlons femmes, Judith Belair.
12:28Parlons femmes et parlons vraies sur Sud Radio,
12:29comme chaque samedi Ă  13h30,
12:31vous ĂȘtes aujourd'hui en compagnie du docteur Isabelle Sarfati,
12:33chirurgienne plasticienne, cofondatrice et auteure du livre
12:36Histoire Plastique,
12:36c'est paru sur les stocks,
12:38c'est réédité en poche,
12:39et c'est un gros carton, Isabelle Sarfati,
12:41votre bouquin.
12:43Je ne sais pas si c'est un carton.
12:44Vous ne pouvez pas dire non,
12:45vous dites oui quand on vous dit c'est un gros carton.
12:47Oui, merci.
12:50Alors, pourquoi ?
12:50Ce n'est pas un livre sur la chirurgie esthétique, finalement.
12:53Ce n'est pas vraiment ça, votre livre.
12:54C'est un livre sur l'identité, la réparation,
12:56puis le regard qu'on porte sur soi.
12:57C'est ça, votre métier, Isabelle Sarfati ?
13:00Oui.
13:00Vous accompagnez les gens pour qu'ils aillent mieux, quoi ?
13:05Oui, on accompagne les gens pour qu'ils aillent mieux.
13:11C'est beaucoup de la discussion.
13:13C'est des consultations qui sont assez intimes,
13:16assez cash,
13:17parce qu'en une demi-heure,
13:18on n'a pas beaucoup de temps pour faire des digressions.
13:24Et ça touche Ă  ce qu'on croit ĂȘtre,
13:28ce qu'on voudrait ĂȘtre, ce qu'on regrette de ne pas ĂȘtre.
13:31Parce que vous travaillez, on peut le dire aussi,
13:33votre expertise, ça vous amÚne à accompagner
13:35des personnes transgenres dans leur parcours de transition aussi,
13:38Isabelle Sarfati ?
13:38Absolument, étant spécialiste du sein,
13:41le sein, c'est l'organe sexuel
13:43qui se voit chez les gens quand ils sont habillés.
13:47Donc, la majorité des trans font une chirurgie mammaire,
13:51soit pour enlever des seins,
13:53soit pour rajouter des seins.
13:55Et alors, accompagner des personnes
13:57qui sont en quĂȘte d'identitĂ© comme ça,
13:59c'est les aider à trouver leur identité,
14:01c'est les aider à se réconcilier avec leur propre corps,
14:03leur propre ĂȘtre, en fait.
14:05C'est vraiment ça.
14:06Ça touche Ă  l'ĂȘtre profond, quoi.
14:08On ne s'en rend pas compte, hein.
14:09C'est pour ça que j'insiste un peu.
14:10Surtout que c'était, pour moi,
14:12quand j'ai commencé la chirurgie plastique,
14:17ce n'était pas imaginable, réellement,
14:19qu'on ait affaire Ă  autant de personnes
14:23qui demandent de transiter.
14:24Il y en a beaucoup ?
14:26Il y en a...
14:26Plus qu'avant ?
14:28J'en vois beaucoup.
14:29Je ne peux pas faire des statistiques nationales.
14:31J'en vois pas mal.
14:34Moi, je suis chirurgienne.
14:35En pratique, je vois les gens une fois,
14:39deux fois, trois fois une demi-heure,
14:41et je tranche.
14:44J'adore.
14:45C'est pas avec moi.
14:46Est-ce que c'est vrai que les échangéens,
14:47pardon, je change de sujet deux secondes,
14:49ils sont obsédés du bistouri.
14:50Vous aimez ça, quand mĂȘme.
14:51Vous avez envie de trancher, quoi.
14:53On peut le dire ou pas ?
14:53Notre zone de confort, c'est le bloc opératoire.
14:55C'est ça, j'adore.
14:57On tranche, ouais.
14:58Allez, c'est parti.
14:59Donc, c'est pas avec nous que ça se précise.
15:01Je pense que cette recherche d'identité,
15:05de savoir est-ce qu'ils veulent transiter,
15:09qu'est-ce qu'ils veulent faire,
15:11ça se fait beaucoup en discutant avec des psys.
15:13Bien sûr.
15:14Donc, en fait, quand ils arrivent dans votre bureau,
15:16ils ont déjà fait un long parcours.
15:18Vous ĂȘtes un peu la cerise sur le gĂąteau, j'ai envie de dire.
15:21Ah ben, c'est trĂšs variable.
15:22Il y en a qui peuvent débarquer comme ça, direct,
15:25sans avoir vu ni personne avant, ni psy,
15:30ni endocrinaux.
15:31Et dans ces cas-lĂ , qu'est-ce que vous faites ?
15:36Je pense que c'est pas inintéressant.
15:39Je pense que c'est rarement une urgence.
15:41Et quand c'est une urgence, ils ont encore plus besoin d'un psy.
15:44Et que je leur dis que ce serait intéressant pour eux
15:50qu'ils aient le loisir d'en discuter pendant un certain temps
15:53avec un professionnel de la parole.
15:55Parce que c'est pas bĂ©nin, il faut le redire, c'est quand mĂȘme pareil.
15:57C'est un peu surtout pour les hommes trans.
16:01C'est-à-dire, quand on a enlevé les seins de quelqu'un,
16:05c'est peu réversible.
16:07Parce que finalement, si on met des prothĂšses Ă  une femme trans,
16:12si elle ne les veut plus, on les enlĂšve,
16:14avec une petite cicatrice comme ça, c'est pas grave.
16:16Tandis que dans l'autre sens,
16:18c'est plus difficile de faire une reconstruction derriĂšre.
16:21C'est plus invasif.
16:24Votre livre s'appelle Histoire plastique.
16:26Le mot plastique, il prend un peu tout son sens.
16:27Parce qu'en fait, vous parlez aussi de la capacitĂ© de l'ĂȘtre humain
16:32Ă  se transformer, Ă  se reconstruire, Ă  renaĂźtre,
16:35aprÚs une épreuve aussi, etc.
16:36La plasticité, l'idéal, c'est la plasticité psychique.
16:42Moi, je suis une spécialiste de la plastique,
16:45mais à titre personnel, je suis autant intéressé,
16:50mĂȘme plus intĂ©ressĂ© par la plasticitĂ© psychique
16:54que la chirurgie plastique.
16:57C'est comment on s'adapte,
16:59comment on négocie avec ce qui nous arrive.
17:02Comment on n'est résilient ou pas, etc.
17:03Oui, ou comment on se demande si faire une intervention,
17:08ça va nous ĂȘtre bĂ©nĂ©fique ou pas.
17:11C'est une prise de pouvoir de se faire opérer.
17:14C'est vrai.
17:14C'est dire, voilĂ ...
17:17Ça ne me plaüt pas, donc je change.
17:18Voilà, et entre différentes choses qu'on n'a pas choisies,
17:22que ce soit la génétique, que ce soit la maladie,
17:25que ce soit des accidents, etc.,
17:28je décide de prendre le pouvoir
17:31et d'y pouvoir quelque chose.
17:34Vous avez le parcours d'une femme qui a choisi trĂšs, trĂšs tĂŽt l'excellence,
17:39quand mĂȘme Isabelle Sarfati.
17:40Vous ĂȘtes une des rĂ©fĂ©rences, aujourd'hui, française de la reconstruction mammaire.
17:44Vous avez été formée, notamment, auprÚs de Paul Tessier,
17:48qui est une figure légendaire d'a changé crùnio-facial.
17:53L'exigence absolue, finalement, que requiert votre métier,
17:56je pense qu'elle n'est...
17:56Enfin, c'est peut-ĂȘtre mĂȘme une question que je vais vous poser,
17:58au lieu de faire une affirmation.
18:00N'est-elle accessible que par cette espĂšce de passion,
18:02d'obsession absolue que vous avez de couper, de trancher ?
18:09Un bon chirurgien,
18:11c'est un chirurgien qui est Ă  la fois obsessionnel et souple.
18:18C'est un chirurgien qui est à la fois humble et mégalomaniaque.
18:23Il faut...
18:24Juste comme Dieu, quoi.
18:25Oui, parce que quand mĂȘme, il faut...
18:26Vous ĂȘtes forcĂ©ment un peu mĂ©galo, quand vous avez...
18:28Pour inciser le corps de quelqu'un,
18:32et faire une effraction,
18:34et faire quelque chose,
18:36il faut vraiment penser qu'il n'y a pas 50 personnes
18:39qui le ferait mieux que moi.
18:40Voilà, c'est ça.
18:41Donc, il faut quand mĂȘme ĂȘtre persuadĂ©
18:43qu'on est à la bonne place, qu'on est légitime.
18:45Ce n'est pas le moment de se poser des questions.
18:46Et de votre maĂźtrise totale, absolue, aussi.
18:48Oui, qu'on sait qu'on a le bagage technique,
18:50qu'on a l'expérience, tout ça, c'est fondamental.
18:53Et en mĂȘme temps, c'est quelqu'un de humble,
18:57parce qu'on est confronté à la vie, à la mort,
18:59et qu'il faut en permanence
19:04se méfier un peu.
19:08Être prudente.
19:09D'accord.
19:10Donc, c'est un mélange entre les deux.
19:11Se méfier de quoi ?
19:12Du geste ?
19:13De ce que ça peut faire comme effet au patient,
19:15ce que vous lui dites ?
19:16Vous vous méfiez de quoi ?
19:17Ah non, non, non.
19:17Là, je parlais du bloc opératoire.
19:19Donc, vous vous méfiez de quoi ?
19:20De votre assurance, finalement ?
19:22Non.
19:24Des tissus.
19:26D'une maniÚre dont ils vont réagir.
19:27Oui, dont ils vont réagir.
19:30Il faut ĂȘtre prĂȘt Ă  ce qu'on fait un...
19:33Il n'y a pas grand-chose dans le sein.
19:34Le sein, c'est de la sculpture et de la suture.
19:36Il n'y a pas le foie, il n'y a pas le cƓur,
19:38il n'y a pas le rein.
19:39Il ne peut pas se passer grand-chose.
19:40Ça a l'air facile quand on vous Ă©coute,
19:42docteur Isabel Sarfati.
19:43Je ne fais pas de la chirurgie cardiaque.
19:45Moi, je m'occupe d'un organe externe
19:47que je peux modeler un peu comme on veut.
19:51Je ne rentre pas à l'intérieur du ventre,
19:53je ne rentre pas à l'intérieur du thorax, etc.
19:55Enfin bon, on peut couper un petit vaisseau
19:57et que ça se mette à saigner.
19:58Il faut ĂȘtre en permanence.
20:00Quand vous avez travaillé avec Paul Tessier,
20:02ce grand chirurgien crĂąnio-facial,
20:06c'est cette école d'exigence aussi
20:08qui vous a donné envie d'aller plus vers la reconstruction
20:10ou finalement vous saviez déjà
20:12que vous l'ĂȘtes chirurgien de plastique
20:13et puis c'est sur le biard lui-mĂȘme
20:15que vous avez décidé votre chemin ?
20:18Comment ça s'est créé tout ça dans votre tĂȘte ?
20:20Alors, j'étais en premiÚre année de médecine.
20:25J'entendais parler de lui.
20:26J'ai fait médecine pour faire chirurgie plastique.
20:29Donc ça, je n'avais aucun doute sur ce que je voulais faire.
20:31Et j'ai entendu parler de lui, c'était un mythe déjà.
20:34Oui, ce n'est pas n'importe qui.
20:35Et je me suis dit, mais je veux voir qui c'est cet homme.
20:40C'est un homme qui faisait de la chirurgie crĂąnio-maxillo-facial lourde.
20:46Je veux dire, il opérait des gens qui avaient deux yeux trÚs écartés,
20:49pas de nez, deux nez, une fente entre le palais et le cerveau.
20:53Ce n'est pas du tout une chirurgie que je comptais faire,
20:57ni mĂȘme une chirurgie qui m'intĂ©ressait particuliĂšrement.
21:00Mais lui était hallucinant.
21:04D'exigence, je me souviens,
21:08on terminait une intervention qui avait duré dix heures.
21:12Donc on avait ouvert,
21:14il y avait un neurochirurgien qui était venu,
21:16il avait récliné le cerveau,
21:18il avait desséqué autour des orbites,
21:21les nerfs optiques.
21:22Franchement, Ă  la fin de l'intervention,
21:25on était passé par pas mal de dangers, etc.
21:29Et puis, fin de l'intervention,
21:32il enlĂšve ses gants.
21:35Moi, il est minuit,
21:36donc je dis, qu'est-ce qui se passe lĂ  ?
21:39Il dit, là je vais prendre un café,
21:40parce qu'il ne faut pas oublier que cette intervention
21:42qui a duré douze heures,
21:43en fait, c'est qu'une rhinoplastie.
21:46Et donc, si on arrive au bout de l'intervention,
21:50en ayant passé pas mal de décueils,
21:52et qu'on dit, c'est fini, on ferme,
21:55il dit, non, c'est là que ça commence.
21:58Et c'est cette espĂšce d'exigence,
22:00il me disait aussi,
22:02alors ne demandez jamais autour de vous,
22:04dans la salle, si c'est bien,
22:05parce qu'Ă  minuit,
22:06tout le monde est prĂȘt Ă  vous dire que c'est bien.
22:09Ça, c'est des prĂ©cieux conseils.
22:11Oui, et en fait, quand j'opĂšre,
22:15bon, ça a été,
22:16j'avais une admiration absolument folle pour lui,
22:19mais quand j'opĂšre, il me parle.
22:21De temps en temps,
22:22quand tout le monde me dit,
22:23mais non, c'est bien, c'est bien,
22:24j'entends Tessier qui dit,
22:25n'écoutez pas, n'écoutez pas.
22:28Vous avez bien raison, Isabelle Sarfati.
22:29Merci pour les femmes qui viennent vous voir,
22:31et pour cet institut du sein,
22:33qui est quand mĂȘme assez unique en son genre,
22:34qui devrait ĂȘtre reproduit un peu partout,
22:36c'est important.
22:37Vous pouvez donner l'adresse, s'il vous plaĂźt ?
22:39C'est 9 avenue MacMahon.
22:40Voilà, et puis, évidemment,
22:42il y a le site internet aussi,
22:45qui est l'institutdusain.com, je crois.
22:47Oui, c'est facile Ă  trouver.
22:50Non, c'est l'institut du sein Paris Restitute.
22:52Parce que comme on a été copié,
22:54et que l'institut du sein,
22:55ce n'est pas protégeable,
22:57on a rajouté Paris Restitute,
22:59parce qu'il y a plein de gens qui se trompen.
23:02Donc, quel que soit votre problĂšme,
23:04mesdames, ou votre envie,
23:06il faut venir chez vous.
23:07C'est le meilleur endroit pour les seins,
23:09on peut le dire ?
23:10En tout cas, on s'applique à ce que ça le soit.
23:12VoilĂ , merci beaucoup.
23:14Merci Isabelle Sarfati.
23:15Histoire Plastique aussi Ă  trouver en poche.
23:18C'était parlé chez Stock, à la base,
23:19pour celles et ceux que ça intéresse.
23:21Et puis, c'était Parlons Femmes sur Sud Radio.
23:23Merci de nous avoir accompagnés.
23:24On se retrouve samedi prochain Ă  13h30
23:25pour la derniĂšre de la saison.
23:28Et oui, évidemment, on se retrouve à la rentrée,
23:30vous le savez.
23:30Puis dĂšs demain, 19h pour cet excellent.
23:32Merci à Julien pour vous en régie.
23:33Surtout, prenez le sein de vous.
23:35Je vous embrasse.
23:36Sud Radio, Parlons Femmes,
23:38Judith Belair,
23:39avec la Caisse d'Ă©pargne-Île-de-France,
23:42fiĂšre de soutenir toutes les femmes.
23:43Sous-titrage Société Radio-Canada
23:43Sous-titrage Société Radio-Canada
23:43Sous-titrage Société Radio-Canada
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