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  • il y a 6 semaines
Dans Parlons Femmes, Judith Beller reçoit Eleonora Galasso, autrice de 'La vie selon Zoé'


"Parlons Femmes" nous raconte les parcours des femmes extraordinaires qui tissent le lien de notre République. Nous explorons des thèmes universels tels que la lutte pour l’Egalité des genres, la liberté d’expression, la diversité culturelle, le droit à disposer de son corps. Et surtout, nous donnons la parole aux hommes engagés. Oui, ils existent, et il est essentiel de les entendre et de les encourager !

Une émission de Judith Beller.

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##DESTIN_DE_FEMMES-2025-12-20##

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Transcription
00:00La Caisse d'épargne Ile-de-France, fière de soutenir toutes les femmes, vous présente Sud Radio, Parlons Femmes, Judith Belair.
00:09Bonjour à toutes et à tous, Parlons Femmes donne la parole aux femmes incarnées, maîtresses de leur chemin.
00:15On parle vrai sur Sud Radio, vous le savez, c'est une artiste multiple, actrice, écrivaine, femme de scène, femme de mots.
00:21Et l'honora Galasso vous publie un roman assez bouleversant je dois dire, La vie selon Zoé, c'est sorti chez Michel Laffont.
00:27Un roman où l'amitié devient une déflagration, une histoire de femme, de vie ou de mort, même de mort et de mort.
00:33Vous êtes aussi actuellement sur scène dans le Bourgeois Gentilhomme au Théâtre Antoine, aux côtés de Jean-Paul Rouve, dans une mise en scène de Jérémy Lippmann.
00:39Ça c'est du mardi au vendredi à 21h et c'est à Paris et le samedi il y a deux séances, 16h et 21h aussi.
00:44Bref, vous ne vous arrêtez jamais et on aime ça, bienvenue dans Parlons Femmes.
00:48Merci beaucoup Judith et j'aime m'arrêter pour venir parler avec toi.
00:53Sud Radio, Parlons Femmes, Judith Belair.
00:56Alors Parlons Femmes vous pose des questions, Elonora Galasso, est-ce que vous êtes prête ?
01:00Toujours.
01:00Toujours prête.
01:02Quelle femme incarne le courage sans compromis pour vous ?
01:06Une femme qui continue de se chercher sans cesse.
01:10Qui n'est jamais arrivée quoi ?
01:11Oui.
01:12D'accord.
01:12Une femme qui ne s'est dit pas, je vois les choses comme ça.
01:14Une femme qui s'est remet en discussion pour essayer d'évoluer et tracer sa route selon ses désirs et ses convictions les plus profondes.
01:26D'accord, donc qui est en accord avec elle-même quoi, avec son centre.
01:30Oui.
01:32Est-ce qu'il y a un nom qui a changé votre vie ?
01:35Zoé.
01:38Oui.
01:38Alors pourquoi elle a changé votre vie ?
01:40Zoé étymologiquement signifie la vie.
01:43Ça provient du grec.
01:44Et Zoé a été ma grande amie et aussi la protagoniste du roman que j'ai publié.
01:50Donc vous répondez déjà à une des questions que j'allais vous poser, c'est une histoire vraie.
01:54Oui, c'est une histoire vraie.
01:56Est-ce que le pouvoir féminin, ça fait encore peur selon vous, Elonora Galasso ?
02:01Énormément.
02:01Énormément.
02:02Pourquoi ?
02:03Parce que c'est les pouvoirs féminins, mais les pouvoirs en général.
02:08C'est une prise des responsabilités sur soi de ce en quoi on croit le plus profondément.
02:17Et lorsqu'on y croit, on est persévérant.
02:18Et donc la persévérance est une vraie avenue et il faut beaucoup, beaucoup de poumons pour soutenir cette persévérance.
02:31Elle peut faire peur, mais elle peut aussi s'aimer des roses dans les déserts.
02:36C'est très joliment dit.
02:39Donc le patriarcat, ça existe ?
02:42Disons que ma vision des choses, c'est les ponts entre l'Italie et la France.
02:49Donc je viens de l'Italie.
02:50Oui, c'est très différent.
02:51Ou pas ?
02:52Je pense que c'est...
02:53C'est latin quoi, de toute façon.
02:54C'est très différent aujourd'hui.
02:56Je viens de l'Italie, mon enfance a eu lieu dans les années 80.
03:01Je peux tout à fait confirmer que c'était tout à fait du patriarcat.
03:07Et dans les sens où, même si j'ai grandi avec des femmes, il y avait l'ombre de l'homme.
03:16L'ombre de l'homme qui était absent, mais qui était donc encore plus présent.
03:21Dans mon cas en particulier.
03:23Puis en général, je peux voir que les choix des femmes dans mon pays, jusqu'il y a peu.
03:30Parce qu'aujourd'hui, même politiquement, les choses ont carrément évolué.
03:35Absolument.
03:37Les destins ont été quand même très marqués par le fait de se mettre derrière un homme
03:45et essayer de se débrouiller avec ça.
03:47Et de devenir quelque chose avec ça.
03:50Dans l'ombre quoi.
03:51Sinon, c'était scandaleux.
03:53C'est encore la chasse aux sorcières.
03:56En France, je trouve qu'il y a vraiment, grâce au féminisme probablement,
04:02et au fait que vous, les Français, vous êtes des militants et des militantes.
04:07Les choses ont changé.
04:09Je regarde, par exemple, des archives d'Elina qui parlent des pères d'autrefois,
04:17par rapport aux pères d'aujourd'hui.
04:18Je trouve qu'il y a une prise des consciences quand même différente qu'à l'éducation.
04:24Il y a de l'écoute.
04:26Il y a un échange et un travail qui s'est fait, par exemple, au sein des familles,
04:31de plus en plus.
04:32Pour la parité de l'implication.
04:34En co-création, évidemment, il y a toujours l'autorité parentale.
04:40Je parle du père, je parle de la mère.
04:42Mais je trouve qu'aujourd'hui, de plus en plus, il y a aussi une nouvelle forme de conservatorisme,
04:50si on peut ainsi dire.
04:51Conservatisme.
04:52Une nouvelle forme de conservatisme qui se fait, c'est-à-dire les couples,
04:57qu'elles soient ensemble ou explosées, pour les biens des enfants,
05:03ont la tendance à se parler plus.
05:07Moi, je viens d'une génération où, lorsque les gens s'est séparés,
05:11pouvaient ne plus se parler pendant 30 ans, par exemple.
05:13Et c'était très, très commun, puisque les divorces étaient moins communs.
05:17Bien sûr.
05:18Et devenait donc un drame.
05:19Aujourd'hui, c'est devenu la norme.
05:21Et donc, on essaye aussi de faire avec et de faire quelque chose de vertueux, d'un désastre.
05:27Est-ce que vous aussi, si vous aviez un souhait comme ça,
05:30qu'un petit génie pouvait vous réaliser, ça serait quoi votre souhait ?
05:34Comme ça.
05:34Il y a un génie qui apparaît, qui vous dit, je te réalise le souhait que tu veux, Eleonora.
05:38Ça serait quoi ?
05:39Fallait voir votre sourire.
05:43Mon souhait serait...
05:45Il faut que j'y réfléchisse.
05:47Non, il ne faut pas trop réfléchir.
05:48Mon souhait serait probablement qu'on garde une partie de notre enfance intacte et pure,
05:56jusqu'à la fin de nos jours.
05:59On dit souvent que lorsqu'on devient sénile, on rédévient enfant.
06:05Et c'est, pour moi, les combles de la sagesse.
06:08J'aimerais que chacun de nous puisse garder...
06:10Devenir enfant à n'importe quel moment.
06:12Puisse garder cette partie d'enfance intouchée quelque part, toujours en soi, parce que c'est l'espoir.
06:18Alors justement, qu'est-ce que vous lui diriez à l'enfant que vous étiez, cette petite fille,
06:22si vous aviez un petit message à lui passer ?
06:24Je lui dirais qu'après tout, tout va bien, c'est passé.
06:28Bon, ben voilà.
06:30Alors, Eleonora Galasso, vous publiez donc La vie selon Zoé, c'est chez Michel Laffont.
06:34Le pitch, c'est Zoé, qui est un personnage incandescent, excessive, lumineuse, démesuré,
06:38une femme trop, qui a vécu, que vous avez connue vraiment, maintenant on le sait,
06:44trop vivante, trop sauvage, trop fragile.
06:47Une de ses présences qui vous emportent, qui vous brisent aussi, mais qui vous apprennent
06:51à vivre plus fort.
06:52C'est un peu ça que vous nous racontez.
06:54Oui, elle a certainement laissé dans son sillage une forme de courage que je n'avais pas
07:00moi pour moi-même.
07:02D'accord.
07:02Elle a peut-être réveillé une étancelle qui était à moi,
07:06mais elle a laissé ça dans son sillage et je voulais en faire la cérémonie.
07:12Alors, ce qui est intéressant, c'est que c'est une histoire d'amour, mais en fait,
07:14c'est une histoire d'amitié.
07:15L'amitié, elle est souvent reléguée dans les romans, derrière l'amour ou la famille,
07:19etc.
07:20Et vous, c'est un peu le héros principal de votre récit, en fait.
07:23Est-ce que ça, c'est conscient chez vous ?
07:26Que vous changez un peu les codes ?
07:28Vous trouvez ?
07:29Je pense qu'on a droit, chacun de nous a droit, avec un peu de chance,
07:34à deux ou trois grandes amitiés dans une vie, vécue avec entièreté, avec aventure
07:41et avec une acceptation totale de l'autre.
07:45Et c'est ce qui m'est arrivé avec cette femme.
07:49Et c'est vrai que, comme vous avez dit un peu plus tôt, c'est de l'ordre de la déflagration.
07:54Lorsqu'on fait une vraie rencontre dans une vie, on sait.
07:58On sait que c'est pour toujours, que c'est important.
08:02Et c'était le cas avec Zoé.
08:04Donc, j'étais une plus jeune italienne, arrivée à Paris, il y a environ une dizaine d'années.
08:12Et je me retrouve tout de suite dans les décors de ces cocktails parisiens,
08:18où il faut toujours raconter quelle est l'actualité,
08:23qu'est-ce que tu fais à un de ces moments,
08:24ce qui donne quand même une certaine forme d'anxiété,
08:28l'anxiété de la performance, d'être toujours présent à soi,
08:32avec un projet qui va révolutionner quelque chose.
08:37Alors que, certaines fois, on est juste en train de se chercher
08:40et que peut-être on fait un travail d'introspection.
08:43Elle m'a donné une clé de légèreté par rapport à cette porte que j'ouvrais
08:51de la culture française et qui m'y semblait si grave.
08:55Elle m'a donné une clé de légèreté pour pouvoir y accéder.
08:59Et ces regards toujours un peu démystifiants par rapport aux gens,
09:09avec beaucoup de désillusions,
09:15avec beaucoup de distance par rapport à elle-même et aux autres,
09:20m'a grandement aidée à prendre de la hauteur, disons.
09:25Et alors, cette zoé, vous l'avez accompagnée au bord du vide
09:28jusqu'à son dernier souffle pendant que votre vie, elle continuait autour ?
09:31Absolument. Il y a eu effectivement...
09:34Je construis ces livres comme un conte à rebours.
09:37Donc, on croit toujours que lorsqu'on rencontre quelqu'un,
09:40on va fréquenter cette personne jusqu'à la fin.
09:44Mais la fin, c'est quand ?
09:45Il y a un temps, un temps limite pour tout.
09:48Et cette amitié, en l'occurrence, elle a duré dix ans.
09:51Donc, à partir de la première rencontre,
09:54jusqu'à la fin de la vie de mon amie Zoé,
09:56elle a duré dix ans.
09:58Et depuis les débuts, en fait,
09:59il y avait déjà tout tracé ce qui serait arrivé.
10:04Parce que la première phrase que j'entends dire à cette femme,
10:07c'est « j'aime la vie à mourir ».
10:09C'est vrai que nous avons passé quelques années absolument insouciants,
10:14typiques des amitiés qui s'efforgent,
10:17avec des valeurs en commun,
10:19avec beaucoup, beaucoup d'humour en commun,
10:22des vacances, des déjeuners, des terrasses, des fêtes.
10:26Et puis, à un moment, la maladie s'est insérée
10:31comme un troisième invité entre nous.
10:36Et cela a fait que la relation a basculé
10:39dans quelque chose qui pourrait ressembler à une emprise.
10:43Mais c'était certainement quelque chose de pas conscientisé.
10:47Elle est aidante, donc finalement, pendant un certain temps avec elle.
10:51Et ce n'est pas une emprise,
10:52c'est que quand on est en position d'aidant,
10:54on est à disposition, quoi.
10:55Et vous, vous étiez enceinte, donc...
10:57C'est assez particulier.
10:59C'est le combat entre la dualité de la vie, de la mort,
11:02d'où on se positionne soi aussi,
11:03par rapport à sa propre expérience.
11:05C'est exactement ça, Judith.
11:07Je portais la vie et Zoé portait la mort.
11:11Donc évidemment, elle en voulait à la vie.
11:14Elle ne m'en voulait pas directement.
11:15C'est là où je dis qu'il y avait une forme d'emprise
11:18non conscientisée et certainement non malicieuse.
11:21Mais c'était un rapport de force.
11:24La force de la vie et la force de la mort
11:26qui faisait qu'effectivement, être à ses côtés,
11:30être en général aux premières loges de la souffrance de quelqu'un
11:33fait qu'on devient bouc-émissaire.
11:36Fait qu'on est habité par toute une série des sensations
11:39qui ne sont même pas très agréables à vivre.
11:42Les plus joyeuses, c'est le courage
11:45d'être à côté de quelqu'un
11:47et de se donner du mal
11:49pour essayer de lui faire passer des bons moments.
11:52Mais les plus négatives sont aussi
11:54« Mais qu'est-ce que je fais avec cette personne ?
11:56Je perds mon temps.
11:56De toute façon, elle va crèver.
11:58Et les plus vite, les mieux c'est. »
12:00Il y a aussi des choses de cet ordre-là
12:02et il faut accepter et s'autoriser
12:04à cette vague.
12:05Parce qu'on vit tous des choses comme ça, bien sûr.
12:07Parlons Femmes, c'est l'émission
12:08qui vous fait découvrir des femmes d'exception.
12:10Vous êtes en compagnie de l'auteur
12:11et comédienne Eléonora Galasso.
12:13Surtout, restez avec nous.
12:15A tout de suite.
12:16La Caisse d'Épargne-Île-de-France,
12:19fière de soutenir toutes les femmes,
12:21vous présente
12:22Sud Radio.
12:23Parlons Femmes, Judith Belair.
12:26Parlons vrai et parlons femmes
12:27comme tous les samedis à 13h30 sur Sud Radio.
12:29À mes côtés, la comédienne et auteure
12:31Eléonora Galasso et son roman
12:34La vie selon Zoé, c'est chez Michel Laffont.
12:36Aussi à l'affiche, vous êtes aussi à l'affiche
12:38Eléonora du bourgeois gentilhomme.
12:40C'est au théâtre Antoine.
12:41C'est aux côtés de Jean-Paul Rouve
12:42dans une mise en scène de Jérémie Lippmann.
12:43Et je vous le conseille fortement à tous.
12:45On s'éclate avec les enfants, sans les enfants.
12:47C'est du mardi au vendredi à 21h.
12:49Et le samedi, il y a deux séances
12:51à 16h et à 21h.
12:52Alors, avant d'enchaîner sur le bourgeois gentilhomme,
12:54parce que quand même, j'ai passé un excellent moment,
12:56je voulais vous demander ce qu'a changé Zoé en vous
12:59et Eléonora Galasso, au plus profond de vous.
13:03C'était une révolution par rapport au courage
13:06d'aller vers la voie qui avait toujours été tracée
13:10à mon humble avis pour moi
13:12et que je n'arrivais pas à bâtir par moi-même
13:16parce que j'avais des conditionnements
13:18qui faisaient que je me disais
13:21que ce n'était pas pour moi.
13:23Et alors qu'elle faisait autour d'elle un déluge
13:26parce qu'elle n'avait plus rien à perdre
13:29et qu'elle ne faisait que construire,
13:32puis détruire, puis construire, puis détruire,
13:34en la regardant faire ainsi,
13:36je me suis dit, qu'est-ce que j'ai construit moi ?
13:39Est-ce que c'est bien ? Je m'y suis remise en discussion
13:41et j'irais bien aux premières phrases qu'on a échangées.
13:45Et puis aussi, j'ai résolu quelque part l'énigme de l'amitié.
13:51Souvent, il y a toujours cette amie
13:54que notre entourage ne comprend pas.
13:57Il y a toujours cette amie qu'on nous dit
13:59« Mais pourquoi elle, enfin ? »
14:02Parce que c'était lui, parce que c'était moi, quelque part.
14:05Eh bien, je me le suis demandé longtemps
14:08et j'ai compris, en fin d'amitié,
14:11que finalement, il y avait une véritable fêlure
14:13qui nous unissait
14:14et que j'ai découvert vraiment au fur et à mesure
14:18vers la fin des jours de mon amie
14:21et qui faisait qu'il y avait ces je-ne-sais-quoi au début
14:24qui m'avaient attirée de manière inexorable à elle
14:28et qui a fait qu'on s'est finalement beaucoup donné,
14:32même dans l'après.
14:34Et c'est pour ça que vous avez écrit ?
14:35C'est pour continuer, en fait ?
14:37J'ai écrit pour comprendre
14:38et pour explorer, effectivement, l'énigme de l'amitié,
14:42pour comprendre pourquoi on devient amie d'une telle personne
14:45et pas d'une autre,
14:47pourquoi on décide de donner plus que le quota habituel
14:50à quelqu'un qui le mérite, ne les mérite pas.
14:53Ce n'est pas une question de mérité, vraiment.
14:55Et je voulais explorer cela
14:58et aller vraiment au tréfonds
15:01de ce que cette personne avait laissé comme trace à moi
15:05et comment, là où elle s'était perdue,
15:09j'aurais pu me sauver.
15:10Bien sûr.
15:12Alors, on va parler d'un sujet un peu plus gay
15:14parce que vous faites des romans touchants
15:17et qui sont un peu un coup de poing
15:18et puis vous jouez aussi dans le bourgeois gentilhomme à côté.
15:21Et ça, c'est pas mal.
15:22Alors, je rappelle un peu aux auditeurs,
15:24c'est une pièce de Molière,
15:25c'est l'histoire délicieusement ridicule de M. Jourdain
15:28qui est un riche bourgeois obsédé par l'idée de devenir noble
15:31pour ressembler au grand.
15:32Il s'entoure de maître en tout,
15:33maître de musique, maître de danse, maître d'armes.
15:36Il a un costume, mais pas possible.
15:40Et alors vous, vous êtes dorimène,
15:43cette femme noble, c'est ça ?
15:44Je suis la marquise dorimène
15:46pour qui les bourgeois gentilhommes
15:49effectivement fait tout ce qu'il a à faire
15:52afin d'essayer de hanter la noblesse
15:55et de la rejoindre
15:57puisqu'il est un commerçant plutôt riche.
16:00Il veut devenir noble
16:01et en fait, il vous exhibe.
16:03Il a envie qu'on sache
16:04qu'il vous fréquente.
16:06Vous êtes courtisé,
16:07vous êtes exhibé, manipulé.
16:09Bon, à l'époque...
16:10Pas vraiment.
16:11Alors, je vais y revenir, justement.
16:13À l'époque, c'est ça.
16:14Parce qu'à l'époque,
16:14la femme était un objet social.
16:16On peut le dire,
16:17à l'époque de Molière,
16:18hein ?
16:19Oui.
16:19Voilà.
16:20C'était très compliqué de s'affirmer en tant que femme.
16:22Mais Molière était un grand féministe.
16:23Oui.
16:24Mais bon, on se demande même
16:25si c'était des femmes qui jouaient
16:26vraiment les femmes parfois sur scène.
16:28C'était pas si simple que ça.
16:29L'époque en elle-même.
16:30Ce qui n'est pas du tout le cas aujourd'hui.
16:32Et donc, votre interprétation,
16:34elle sort complètement de cette idée-là.
16:35Parce que finalement,
16:36elle, elle s'amuse beaucoup aussi.
16:38Et on se rend bien compte
16:39qu'elle sait à qui elle a affaire, finalement.
16:41Donc ça, c'est votre interprétation de ce rôle.
16:44Effectivement, c'était très drôle, Judith.
16:45Parce que le jour où j'ai passé l'audition
16:47pour les bourgeois gentilhommes,
16:49je me suis présentée avec une proposition.
16:52C'est ce qu'on appelle une proposition
16:53dans une audition.
16:54C'est-à-dire, j'ai essayé d'incarner les personnages.
16:57J'étais la marquise d'Orimène,
16:59mais une marquise italienne.
17:01Parce que je ne peux certainement pas
17:03sanger une marquise française
17:05que je ne serai jamais.
17:06Et donc, beaucoup, beaucoup de bijoux,
17:11des éventails, des chapeaux, etc.
17:13Et une bonne partie de cette proposition
17:16a été gardée, y compris l'accent.
17:20Ce qui fait que cette marquise,
17:23qui est une veuve, d'ailleurs,
17:25c'est une femme...
17:25C'était le seul moyen d'être libre à l'époque,
17:27d'ailleurs, il faut le dire.
17:27Les veuves, c'était les seuls...
17:28On se demande comment est-elle devenue veuve ?
17:32Qu'est-ce qu'elle laisse derrière elle ?
17:34Est-ce qu'il y a un crime passionnel ?
17:36Est-ce qu'elle a tué son mari ?
17:37Je me le demande chaque jour,
17:40parce que chaque soir, j'arrive sur scène
17:42et Dorimène, que j'incarne,
17:45porte un voile noir.
17:47Donc, elle incarne tout d'abord le deuil.
17:51Mais c'est un deuil assez allègre,
17:52puisqu'il y a Dorante,
17:56qui est le comte, qui est la courtise,
17:59qui voudrait l'épouser.
18:00Qui est incarnée par Michael Cohen.
18:01Et qui est incarnée par Michael Cohen,
18:03et qui est un partenaire des scènes absolument délicieux.
18:06C'est très drôle, vous vous amusez.
18:09C'est très drôle.
18:09Ça se voit que vous vous amusez,
18:10ça marche sur le public.
18:12Moi, j'y suis venue, je peux le dire,
18:14avec ma fille de 11 ans,
18:16qui s'est éclatée des rires aussi.
18:18Donc, ça fonctionne.
18:19Entendre l'erreur des enfants,
18:20c'est la plus belle chose.
18:22Et réussir à faire entendre Molière aux enfants,
18:24c'est quand même aussi une prouesse.
18:26C'est une prouesse de la mise en scène aussi
18:29de Jeremy Lippman,
18:29qui est très visuelle, très rythmée.
18:31Elle est très chorégraphique,
18:32il y a de la danse, il y a du chant.
18:34C'est très étonnant.
18:35C'est étonnant même, j'ai envie de dire.
18:38Oui, absolument.
18:39Et Jeremy Lippman avec Jean-Paul Rouve,
18:41ont tenu énormément à ce que,
18:42un, les textes soient absolument inaltérés,
18:46et de l'autre côté,
18:47que les textes soient dits et joués
18:50comme le quotidien d'aujourd'hui.
18:52C'est pourquoi les publics
18:54sont au rendez-vous probablement.
18:56Et ce qui est très intéressant,
18:57c'est qu'à l'époque,
18:57c'était quand même un conte sur le ridicule humain,
19:00une satire sociale totale,
19:02qui résonne complètement aujourd'hui.
19:03C'est un miroir de notre époque aussi.
19:05C'est-à-dire qu'on passe notre vie
19:06à vouloir être connue,
19:07à s'habiller,
19:08à se mettre en lumière,
19:09pour être sur les réseaux sociaux,
19:10pour appartenir à la case sociale des riches,
19:12en fait,
19:13ou de je ne sais quoi,
19:13ce qu'on projette.
19:14Finalement,
19:15on est vraiment au cœur du problème
19:17que nous propose le Bourgeois Gentilhomme.
19:19C'est impressionnant
19:19à quel point cette pièce est contemporaine.
19:21C'est impressionnant aussi,
19:23son regard vis-à-vis de la femme,
19:25parce que Madame Jourdain,
19:27interprétée par Marie Parouty,
19:29qui est extraordinaire,
19:31elle interprète une femme très forte
19:35qui ne s'agenouille pas
19:37au balivern de son mari,
19:40et qui essaye de le faire revenir à la raison,
19:44notamment lorsque son mari voudrait
19:46marier leur fille Lucille
19:48au fils du grand Turc,
19:50en lui disant
19:51« Mais c'est autant votre fille
19:54qu'est la mienne,
19:55donc j'ai mon mot à dire
19:56et j'ai ma décision à prendre aussi
19:58sur son destin. »
20:01Et nous avons tous trouvé cela
20:02absolument bouleversant
20:05qu'il y a 350 ans,
20:08on puisse écrire quelque chose
20:09d'aussi phénoménalement féministe.
20:12C'est un génie, Molière,
20:13ça a traversé les siècles, clairement.
20:16Vous, vous avez fait pas mal de scènes,
20:17je vous avais vu dans Dévorante,
20:18vous avez fait pas mal de petites choses
20:19et Léonora.
20:20Là, quand vous montez sur la scène
20:21d'un vrai théâtre comme le Théâtre Antoine
20:23avec des grands comédiens autour de vous,
20:25bon, c'est quand même une étape de passé.
20:26Qu'est-ce que ça vous fait comme effet ?
20:28Est-ce que c'est votre nouvelle route ?
20:29C'est une plus grande maison de poupées.
20:31Voilà, c'est ça.
20:33Ça me va très bien.
20:35Et du coup, les personnages,
20:36vous, vous êtes qui dans la maison de poupées ?
20:38On peut savoir.
20:39Ce qui est fou,
20:40c'est que Jérémy Lipman
20:41nous avait tous stylisés.
20:43Il avait stylisé chacun de nous
20:45et il y avait un vrai logo
20:48sur les fronts de chacun de nous.
20:50Et en fait,
20:50pour ceux qui viennent voir les spectacles,
20:54évidemment,
20:56c'est joué,
20:56c'est incarné,
20:57c'est quotidien,
20:58mais il y a quelque chose
20:59d'extrêmement graphique
21:00et d'extrêmement précis.
21:02Et puis, ces costumes,
21:03le costume de Jean-Paul Rouve,
21:04c'est M. Jourdain.
21:05C'est vraiment à voir.
21:07Et d'ailleurs,
21:07comment ça s'est passé avec lui ?
21:09Parce que Jean-Paul Rouve,
21:10c'est quand même
21:11pas n'importe quel comédien.
21:13Il accorde ce M. Jourdain
21:14qui est touchant
21:15et qui est ridicule en fait.
21:17La complicité entre vous,
21:18comment vous avez travaillé
21:19les scènes ?
21:20Comment ça se passe avec lui ?
21:21Il a travaillé avec chacun de nous
21:23en nous offrant.
21:26Il est dans le don ?
21:27Les jeux, absolument.
21:28Il est dans la générosité,
21:30complètement.
21:31Il adore la troupe.
21:32Il est toujours les derniers
21:34à boire des coups
21:35à la fin de la représentation.
21:38Il est très fédérateur.
21:40On passe beaucoup de temps ensemble,
21:41autant que troupe
21:43en dehors de la scène
21:44et ce qui fait que
21:46c'est irrésistible.
21:47Ça se voit sur scène.
21:48Ça crée une osmose.
21:49C'est important ça
21:49de se retrouver entre vous.
21:51Comme Jérémy Lippmann
21:52nous l'a dit,
21:53ça fait partie entièrement
21:55d'une mise en scène
21:57de réussite.
21:58Les temps passés
21:59dans la troupe,
22:01même en dehors
22:02de la scène
22:02et c'est ce que nous faisons
22:03avec grand plaisir.
22:05Vous touchez à beaucoup de choses.
22:07Et l'honora Galasso,
22:08que ce soit l'écriture,
22:09que ce soit la scène en général,
22:10que vous soyez seule en scène
22:13ou que vous soyez sur scène directement,
22:16vous êtes dans une expression
22:17permanente,
22:18finalement,
22:19quel que soit le médium.
22:20Ce qui vous importe,
22:21c'est de donner à dire,
22:23à voir aux gens,
22:25c'est ça ?
22:25C'est de donner à dire,
22:26à voir des choses
22:27dans lesquelles je crois.
22:29Et dans l'essence des Dorimènes,
22:31par exemple,
22:32ce qui m'a plu énormément,
22:34c'est le fait
22:34qu'elle joue
22:36à être la poupée manipulable
22:37par les hommes,
22:39mais finalement,
22:40que les choix
22:41reviennent à elle
22:42quant à qui
22:43elle veut épouser.
22:44Et elle n'est pas dupe,
22:46elle a compris très bien
22:47que Dorante
22:48est un conte,
22:50certes,
22:50mais il est totalement fauché.
22:52Il est profondément
22:53amoureux d'elle
22:54et que finalement,
22:55elle fait un mariage d'amour
22:57parce qu'elle a envie
22:59de s'amuser énormément
23:00avec cet homme
23:01si fantasiste,
23:03avec elle.
23:03Est-ce que ça résonne
23:04chez vous, ça ?
23:06Absolument.
23:07C'était un peu
23:08une évidence, quoi,
23:09pour vous.
23:10Ça résonne
23:11dans l'essence
23:12du choix entier
23:13et du choix sentimental
23:15et de vivre,
23:20en fait,
23:20de vivre uniquement
23:21selon les valeurs
23:24dans lesquelles on croit
23:25ou bien mourir des fièvres.
23:28Oui.
23:29Voilà.
23:30Eh bien, merci beaucoup.
23:31Et Léonora Galasso,
23:32j'espère que vous allez rester vivante
23:34bien longtemps encore
23:34pour continuer à nous amuser
23:37et surtout à nous toucher
23:39parce que je rappelle votre livre
23:40La vie selon Zoé,
23:41c'est chez Michel Laffont.
23:42Je le recommande,
23:43c'est un très très joli livre.
23:45Touchant,
23:46voilà,
23:46c'est le mot.
23:47Vous êtes aussi à l'affiche
23:48du Bourgeois Gentilhomme,
23:49c'est au Théâtre Antoine,
23:50on l'a dit,
23:51c'est à Paris,
23:51c'est aux côtés de Jean-Paul Rouve,
23:52c'est une mise en scène
23:53de Jérémy Lippmann.
23:54C'est du mardi au vendredi
23:55à 21h,
23:56le samedi,
23:57deux séances,
23:5716h et 21h.
23:58Merci beaucoup
23:59d'être venu par ici.
24:00Merci.
24:01Parlons Femmes sur Sud Radio,
24:03c'est terminé.
24:03On se retrouve samedi prochain
24:04à 13h30
24:05et puis sans oublier demain,
24:06vous le savez,
24:06à 19h pour cet excellent.
24:08Merci à Julien
24:09qui réalise pour vous aujourd'hui
24:10et moi je vous embrasse.
24:11Bye.
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