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  • il y a 6 heures
Avec Marie-Rose Guarnieri, fondatrice de la fête de la librairie indépendante, présidente fondatrice du Prix Wepler et fondatrice de la librairie des Abbesses en 1997

"Parlons Femmes" nous raconte les parcours des femmes extraordinaires qui tissent le lien de notre République.
Nous explorons des thèmes universels tels que la lutte pour l’Egalité des genres, la liberté d’expression, la diversité culturelle, le droit à disposer de son corps.
Emission tirée du livre de Valérie Perez-Ennouchi, "Destins de Femmes", sorti chez Ramsay, prix Edgard Faure 2021.
Une émission de Judith Beller.
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##DESTIN_DE_FEMMES-2026-04-18##
Transcription
00:00La Caisse d'épargne-Île-de-France, fière de soutenir toutes les femmes, vous présente Sud Radio, Parlons Femmes, Judith
00:08Belair.
00:09Parce que chaque femme qui s'impose fait avancer toutes les autres, Parlons Femmes sur Sud Radio, c'est maintenant.
00:14Marie-Rose Guarnieri, c'est une figure incontournable de la vie littéraire française, clairement, libraire indépendante.
00:20Elle fonde en 1997 la librairie des Abesses à Paris. Bienvenue Marie-Rose.
00:25Bonjour et merci de votre invitation.
00:26Avec plaisir. Vous êtes aussi à l'initiative du prix Véplaire Fondation La Poste, qui est 98, et puis de
00:32la fête de la librairie indépendante,
00:34qui est aujourd'hui suivie par des centaines de libraires en France.
00:37Et ça, c'est l'association Verbe, c'est votre association.
00:40On va en parler, j'ai un très joli petit livre dans les mains. Restez avec nous et on commence.
00:44Parlons Femmes, c'est parti.
00:46Alors Marie-Rose, Parlons Femmes vous pose des questions. Vous êtes prête ?
00:52Prête.
00:53Vous ne partez pas trop loin du micro.
00:54Je suis là.
00:56Être une femme pour vous, est-ce que c'est une force ou un combat ?
00:59Écoutez, moi, je n'ai pas clivé comme ça mon existence en me disant que je suis une femme, je
01:04suis un homme.
01:06Ce qui était important pour moi, c'était d'être libre.
01:08Et la question vitale, c'était d'être libre.
01:11Donc, je ne sais pas si c'était une question...
01:13Donc la vie est un combat pour la liberté, en fait.
01:14Voilà, indépendante, libre, avoir une chambre à soi, gagner sa vie.
01:20Mais ce n'était pas parce que j'étais une femme, c'était parce que c'était mon tempérament de
01:24chercher de l'espace pour respirer, créer, vivre.
01:28Et ce qui me fait dire que, par exemple, peut-être finalement, si on faisait moins attention au clivage, on
01:33les vivrait moins ?
01:34Qu'est-ce que vous en pensez ?
01:36Je pense que... Je sais qu'il y a des femmes qui ont pensé à avancer dans leur vie parce
01:41qu'ils avaient beaucoup de choses à faire et pour s'en sortir.
01:43Ils ont pensé plutôt à ces questions-là que leurs questions en tant que femmes.
01:47Mais bien sûr que je vois bien qu'il y a des différences, par exemple, quand vous créez des choses
01:52en France.
01:53Il y a bien des différences quand un homme le crée, quand une femme le crée.
01:56Moi, il m'a fallu 28 ans, beaucoup d'années pour...
01:59Voilà, c'est l'endurance qui a fait que tous les projets que j'ai essayé d'apporter dans la
02:05vie littéraire et qu'ils aient leur reconnaissance,
02:08je crois qu'il m'a fallu beaucoup plus de temps.
02:10Alors peut-être s'il y a quelque chose de cet ordre-là autour des femmes,
02:13c'est peut-être parce que j'étais une femme.
02:15Et je vois parfois des confrères ou des initiatives qui sont vite reconnues et vite en place.
02:21Moi, il a fallu vraiment une longue endurance et une longue course de fond.
02:24Et beaucoup de créativité pour pouvoir avoir cette reconnaissance.
02:29Donc si vous y pensez, ça a joué quand même ?
02:31Ça a joué sur la longueur en fait ?
02:33Oui, sûrement. Je le vois dans les commissions, parce que parfois je passe dans des commissions, tout ça.
02:36Il y a ce petit côté...
02:38Bon, voilà, on va voir si ça tient...
02:41Oui, peut-être. Il y a peut-être ces questions-là.
02:43Mais je n'essaie pas de le mettre, parce que je trouve que ça peut être un obstacle
02:47et ça peut être aussi une chose qui me positionnerait...
02:50Moi, j'essaie d'avancer en me disant, voilà, si j'ai une bonne idée,
02:55j'essaie de la défendre, de la penser, de la créer.
02:57Et c'est la seule chose qui m'agit.
03:01Donc on ne vous a jamais dit trop ambitieuse, trop visible, trop directe ?
03:05En plus, j'ai une femme qui crée des choses, qui est...
03:09Bah si, bien sûr, il y a bien sûr, bien sûr...
03:11Le trop, c'est un mot qu'on connaît bien, nous les femmes.
03:13Oui, voilà, c'est un trop, trop...
03:14Moi, je suis excessive, en plus, moi, je suis d'origine italienne,
03:17donc je suis exubérante, j'ai un phrasé direct et tout.
03:22Donc tout ça n'est pas dans ce qu'on dit être féminin.
03:24C'est vrai que c'est des attributs masculins, le phrasé direct, par exemple.
03:27Donc quand une femme parle trop directement, un homme, on trouve ça normal,
03:30une femme...
03:30On se dit, oh là là, mais ça c'est vraiment...
03:32Elle fait du bruit, celle-là.
03:33Voilà, c'est ça.
03:33Voilà, donc c'est vrai que sûrement, je suis regardée, peut-être,
03:37comme une personne, effectivement, qui n'a pas, en se disant,
03:42les marqueurs qu'on donne aux femmes.
03:45Discrète, attentionnée, généreuse, abstinente...
03:49Si ça peut vous rassurer, moi non plus.
03:52Est-ce que la sororité, c'est un mythe ou une réalité ?
03:54Ah, moi je trouve que c'est une réalité.
03:55J'ai beaucoup de...
03:57Vous êtes très entourée de femmes ?
03:59Oui, j'ai beaucoup d'amis femmes, et d'hommes aussi,
04:01mais je trouve qu'il y a une chose très très jolie qui s'est...
04:05J'essaye justement de ne pas placer...
04:08D'ailleurs, je travaille avec beaucoup de femmes,
04:09j'ai travaillé beaucoup de femmes dans mes 10 projets,
04:12et toujours j'essaye de leur dire, vous voyez,
04:13il faut qu'on essaye justement de ne pas nous placer
04:15ou être vraiment dans un rapport de rivalité,
04:19ce qui est souvent le cas dans l'amour,
04:22où tout de suite l'autre femme est une rivale,
04:24c'est celle qui va vous enlever quelque chose et tout.
04:27Et moi je dis vraiment, notre force c'est d'être unie,
04:29d'être tolérante sur comment nous sommes,
04:31et c'est vrai qu'il y a quand même...
04:32Et de reconnaître les qualités de nos soeurs.
04:35Mais bien sûr...
04:36C'est une belle femme ou une femme plus intelligente.
04:38Bien sûr, bien sûr.
04:39Mais ça j'ai envie vraiment de ce côté-là.
04:41Alors je ne compte pas non plus,
04:43parce que parfois avec le premier plan,
04:44on me dit, ah oui, vous n'avez pas fait la parité,
04:45il n'y a pas si dans la sélection.
04:47Et puis je dis, bon là, nous,
04:49c'est une écrivaine, c'est Linda Lé qui m'avait dit,
04:52non je trouve, et Marie-Anne Diaille aussi,
04:53elle me disait, non nous dans l'écriture,
04:56on est un petit peu épicène.
04:58On n'est pas, on n'est ni homme ni femme,
04:59on est écrivain, voilà.
05:01Ou écrivaine, on peut le dire aux gens qui sont liés.
05:03Écrivain, moi aussi, je trouve que, voilà,
05:05vous êtes, vous créez, vous travaillez.
05:07Donc voilà, j'essaye que ces questions-là,
05:09qui sont réelles,
05:11parce que je vois bien quand même
05:12dans tout ce qui est édité aujourd'hui,
05:14tout ce qui est pensé aujourd'hui,
05:15tout ce qui est aussi dévoilé aujourd'hui,
05:18on se rend compte qu'il y a beaucoup de femmes,
05:19effectivement,
05:21quand je viens de lire le dernier,
05:22par exemple, le dernier livre que je viens de lire
05:23de Natacha Apana,
05:24je trouve que c'est bouleversant
05:26de voir comment on peut être déterminé
05:29à les détruire et tout.
05:30Donc tout ça fait que, évidemment,
05:31je suis très consciente qu'il faut
05:34continuer à avancer
05:36et être très attentive aux femmes
05:38et surtout faire tout pour qu'elles s'affranchissent
05:41déjà intellectuellement.
05:42Et c'est vrai que quand elles ont des sentiments,
05:45il y a vraiment un passé sur les femmes
05:47et puis sur les femmes qui choisissent
05:49de ne pas avoir d'enfants
05:50ou les femmes qui choisissent de ne pas se marier,
05:52les femmes qui ont autre chose à faire
05:54et ce n'est pas du tout des femmes ratées.
05:55Il y a beaucoup de livres qui sont sortis
05:56sur cette question-là.
05:57Ce ne sont pas des femmes qui ont des problèmes,
06:02ce sont des femmes qui ont eu envie
06:03de faire d'autres choses.
06:06Elles avaient des désirs de création,
06:07des désirs d'entreprise,
06:08des désirs de voyager.
06:10Il y avait des femmes comme Choisseine Barre,
06:11comme Ella Maillard,
06:13Anita Conti qui montait sur les bateaux
06:16pour photographier la mer.
06:18Et souvent, on a mis les femmes
06:20surtout du côté domestique.
06:21Donc, ce qui est important, je pense,
06:22c'est que les femmes puissent,
06:24comme les hommes,
06:26inventer leur vie,
06:27créer leur vie
06:28et pas obligatoirement dans le schéma.
06:30Ce qui est sympathique
06:31quand on vous regarde parler,
06:32c'est que vous le faites avec le sourire
06:33et avec une énergie incroyable.
06:35Vous prenez plaisir aux choses, Marie-Rose.
06:37Ah bah oui, moi, j'ai quand même...
06:39C'est un peu le secret, ça.
06:40Oui, oui, je crois que...
06:41Alors, c'est une auteure l'autre fois
06:43qui m'a dit
06:43« Non, mais Marie-Rose, en fait,
06:44je pense que toi,
06:45t'as Dieu dans ton cœur.
06:46Parce que t'as gardé de l'enthousiasme. »
06:48Et c'est vrai.
06:49Et ça, c'est presque...
06:50Voilà.
06:51C'est presque...
06:53Parce que vraiment,
06:54ce métier dans les livres,
06:56ce métier des libraires,
06:57m'a rendue libre.
06:58Et je suis très émue
07:01de savoir que par un métier
07:02qui était quand même...
07:04qui demandait de la rigueur,
07:05c'est comme médecine.
07:06C'est-à-dire que pendant dix ans,
07:07il faut apprendre à lire,
07:09identifier les textes,
07:11la langue,
07:12connaître les catalogues,
07:13la construction des catalogues
07:15éditoriaux.
07:16Quels sont les grands livres
07:17importants chez Bourgois,
07:18chez Minuit,
07:19dans la découverte ?
07:20Donc, c'est un savoir
07:21qu'il faut quand même conquérir
07:23et construire.
07:26Et quand vous avez fait cette route,
07:29en tout cas,
07:30dans une librairie,
07:31ce qui m'a beaucoup émue,
07:32c'est les rencontres,
07:33évidemment,
07:34d'écrivains,
07:35de lecteurs,
07:37mais aussi d'être porté
07:38sans cesse par la création.
07:39Et donc ça,
07:40ça rend quand même...
07:41Voilà,
07:41ça vous fait devenir libre
07:43et vous connaître davantage
07:44et choisir...
07:45Est-ce qu'il y a une femme
07:45qui vous inspire plus
07:46que les autres ?
07:47Alors,
07:48les femmes qui m'inspirent
07:48plus que les autres...
07:50Une en particulier ?
07:51Oui,
07:51il y en a plusieurs.
07:51La première qui vous vient comme ça.
07:53Pourtant,
07:53elle est très opposée à moi.
07:54Quand je vous ai évoqué
07:55tout à l'heure,
07:56c'est Linda Lé,
07:58Natasha Pana,
07:59Marie-Anne Diaz
08:00qui sont des grandes amies.
08:01Maintenant,
08:01Linda Lé est décédée.
08:03C'est des rencontres,
08:03pour moi,
08:04de femmes écrivains
08:06vraiment qui m'ont impressionnée,
08:08qui m'ont impressionnée
08:09parce que je trouvais
08:10qu'elles avaient...
08:13Elles écrivaient
08:14comme elles respiraient.
08:15Ça s'est imposé à elles
08:16et elles n'avaient pas
08:18à en rajouter.
08:19D'ailleurs,
08:20elles sont très,
08:20très discrètes.
08:21Elles parlent tout doucement
08:22et j'ai été très impressionnée.
08:24Justement,
08:24Marie-Anne Diaz,
08:25par exemple,
08:25c'est quelqu'un
08:25qui parle très,
08:26très doucement
08:26et je dis toujours
08:26« Oh,
08:27j'aimerais bien »
08:27parce que du coup,
08:28on tend l'oreille.
08:30Ça,
08:30c'est la panache
08:30des grands patrons,
08:31d'habitude.
08:31Voilà,
08:32c'est ça.
08:32On parle tout doucement.
08:33Alors moi,
08:33je suis là tout le temps
08:34en train de...
08:34Il faut exprès
08:34pour que tout le monde
08:35les écoute.
08:36Plus personne ne parle.
08:37Et elle parle tout doucement
08:39et donc,
08:39on est attentifs
08:41pour chacun de ces mots.
08:42C'est pas mal.
08:43Je trouve que c'est...
08:45Voilà,
08:45elles ont beaucoup...
08:46Ce sont des vrais écrivains.
08:48Il y a des femmes
08:48comme Virginia Woolf.
08:49Évidemment,
08:50il y a des modèles
08:50de femmes.
08:51Grande dame,
08:51le Virginia Woolf.
08:52Et puis aussi...
08:53Très, très joli film sur elle,
08:55The Hours,
08:56que je recommande absolument
08:57aux auditrices,
08:58aux auditeurs
08:58qui nous écoutent aujourd'hui.
08:59Ça,
08:59c'est très important.
09:00C'est elle qui a fait
09:00une chambre à soi.
09:02C'est un livre important
09:02pour les femmes.
09:03C'est-à-dire qu'elle dit,
09:04voilà,
09:04il faut que vous gagnez...
09:05Elle disait 30 shillings.
09:06je ne sais plus.
09:07Elle parlait
09:08de l'indépendance financière.
09:09Financière d'abord.
09:10Et d'avoir un lieu à soi
09:12pour pouvoir...
09:13Voilà,
09:13quand vous voulez vous abstraire
09:15de tout ce qu'on attend de vous,
09:16vous avez quand même un lieu
09:17où vous girez votre solitude.
09:19On appelle ça
09:20la charge mentale.
09:21Voilà,
09:21exactement.
09:22Si vous aviez un petit conseil
09:23à une jeune femme comme ça ?
09:25De,
09:25je ne sais pas,
09:2520 ans,
09:26qui débarquent dans la vie
09:27qui veut faire comme vous.
09:28Ça serait quoi
09:28votre premier conseil,
09:29Marie-Rouge ?
09:29Dans la librairie,
09:30dans le monde du livre
09:30ou dans le monde en général ?
09:31Ce qui vous vient ?
09:32Moi,
09:32je trouve que...
09:33Déjà,
09:34il faut essayer d'aller
09:34vers des personnes...
09:36Bon,
09:36il faut lire
09:37parce que ça,
09:38c'est une grande source
09:38d'inspiration.
09:39Par exemple,
09:40moi,
09:40j'ai été très touchée
09:41quand à 12 ans,
09:42j'ai lu L'Écume des Jours.
09:43Je me suis dit,
09:44c'est dans ce pays-là,
09:44je ne savais pas trop...
09:45C'est dans ce pays-là
09:45que je voudrais vivre
09:46et quand je suis arrivée
09:47à Montmartre,
09:48quand j'ai appris
09:48qu'il habitait à Montmartre
09:50et que je sais son parcours...
09:51Parle de Boris Vian.
09:52Boris Vian.
09:53En fait,
09:54en ce moment-là,
09:55il est 80 ans
09:55de L'Écume des Jours.
09:56Quand je sais
09:57qu'il a été si peu reconnu,
09:59au fond...
10:00Il est étudié à l'école.
10:01Maintenant,
10:02il est institutionnel.
10:03Maintenant,
10:03il est même traduit
10:03dans 80 pays et tout.
10:05Mais à l'époque,
10:05c'était dur.
10:06Mais là,
10:07il y avait des livres fusés.
10:09Il est mort
10:09en regardant un film.
10:10Il a eu une crise cardiaque.
10:12Ce film,
10:12il n'était pas distribué.
10:13Il a eu beaucoup d'épreuves.
10:15C'est sa femme,
10:17Ursula Vian,
10:18qui a travaillé
10:19à faire reconnaître
10:20cette œuvre
10:20et à la faire rayonner.
10:22Donc,
10:22quand je suis arrivée
10:22à Montmartre,
10:22je me suis dit
10:23« Ah là là,
10:23mais moi,
10:23je suis avec les auteurs
10:24que j'adorais.
10:25Boris Vian,
10:26Prévert,
10:27mais aussi Éric Satie. »
10:28puis il y a aussi
10:29des grands artistes.
10:30Picasso,
10:31les surréalistes.
10:32Moi,
10:33je me suis dit
10:33que j'ai mis ma librairie
10:34sous le signe
10:35de ces gens
10:36qu'on appelait
10:37de l'en dehors.
10:37Alors,
10:38votre librairie des Abesses,
10:39c'est vraiment
10:39le lieu emblématique
10:40du quartier
10:41pour les amoureux
10:41de la littérature,
10:42pour les lecteurs exigeants,
10:43pour les gens qui flannent.
10:44Vous êtes un repère
10:45à Montmartre.
10:46Oui,
10:46je me suis inscrit
10:47dans la filiation
10:48de la culture
10:49de ce Montmartre.
10:50Pas du tout
10:50dans un sens nostalgique.
10:51Au contraire,
10:52j'ai essayé
10:53de faire une librairie.
10:54Je me disais
10:54« Si aujourd'hui,
10:56Jacques Prévert
10:56rentrait dans ma librairie,
10:58qu'est-ce qu'est-ce
10:58quelle librairie
10:59il aimerait trouver ? »
10:59Donc,
10:59j'ai pensé toujours à eux.
11:00D'ailleurs,
11:02je pense toujours
11:03aux écrivains
11:03que j'admire.
11:04Par exemple,
11:04Annie Lebrun
11:05qui est décédée
11:06il n'y a pas longtemps.
11:07Elle me parlait
11:07des auteurs de l'Andeur.
11:09Et moi,
11:09je me suis dit
11:10quand j'ai créé ma librairie,
11:11je me suis dit
11:12« Ce n'est pas une librairie de plus,
11:13je voulais que ce soit
11:13une aventure. »
11:15Je voulais apporter
11:15quelque chose
11:15au monde du livre
11:16qui m'a beaucoup apporté,
11:17qui m'a fait advenir
11:19moi-même.
11:21Et je voulais aussi
11:23soutenir les auteurs
11:24qui n'étaient pas
11:25toujours éclairés
11:26mais qui innovaient
11:27beaucoup dans l'art
11:28puisque j'étais
11:29près des surréalistes,
11:30près du bateau Lavoie
11:31où l'art moderne
11:31s'est inventé.
11:32Donc je voulais
11:33créer un prix de plus
11:34mais pas de plus
11:36pour essayer de soutenir
11:38ces auteurs
11:38qui sont moins éclairés
11:40mais pourtant très importants.
11:41Ils sont tout aussi importants.
11:43C'est important
11:43effectivement de le dire.
11:44Parlons femmes,
11:44c'est la voix des femmes
11:45qui s'engage.
11:46Vous l'aurez compris,
11:47on est sur Sud Radio.
11:48Votre caméra,
11:49elle est là vous.
11:50On est avec Marie-Rose Guarneri
11:51à la tête de la librairie
11:53des Abbeses,
11:54présidente du Privé Plaire
11:55à l'initiative
11:55de la fête
11:57de la librairie indépendante.
11:58Reste avec nous
11:59sur toi tout de suite.
12:00La Caisse d'épargne
12:01Île-de-France,
12:02fière de soutenir
12:03toutes les femmes,
12:04vous présente
12:05Sud Radio.
12:06Parlons femmes,
12:08Judith Belair.
12:09Quand on parle femmes,
12:10on parle en même temps.
12:11C'est ça les femmes.
12:13On parle vrai
12:14sur Sud Radio
12:15donc vous l'aurez compris,
12:16c'est Parlons femmes.
12:17Vous êtes en compagnie
12:18de Marie-Rose Guarneri
12:19qui est à la tête
12:19de la librairie des Abbeses,
12:22présidente du Privé Plaire
12:23dont vous êtes
12:24à l'initiative aussi Marie-Rose.
12:25Vous êtes aussi
12:26à l'initiative
12:26de la fête
12:27de la librairie indépendante
12:28en France.
12:29C'est votre association
12:30Verbe
12:32qui organise tout cela.
12:33Alors on va commencer
12:34par cette fête
12:34de la librairie quand même
12:35parce que j'ai dans mes mains,
12:36vous m'avez apporté,
12:37pour ceux qui nous regardent
12:38sur Youtube,
12:39vous pouvez voir
12:40le très très joli livre
12:41que j'ai dans les mains.
12:43C'est vous qui l'avez édité.
12:45C'est un livre
12:45sur Umberto Sabah
12:47qui était poète
12:47et libraire à Trieste.
12:49Et donc en fait,
12:50le concept de cette fête
12:51de la librairie indépendante,
12:52c'est que chaque libraire
12:53qui y participe
12:55offre ce livre
12:56ce jour-là.
12:56Avec une rose.
12:57Une rose, oui.
12:58Parce que l'origine
12:59de cette journée,
13:00ça m'a été soufflé
13:00par deux personnes
13:02peut-être que vous connaissez.
13:03Il y a Dani
13:03qui était chanteuse,
13:04actrice de la Nouvelle Vague
13:06et qui était rosiériste.
13:07Et c'était ma voisine.
13:08Je l'adorais, Dani.
13:09Dani, c'était mon amie.
13:10Je lui ai même fait son livre.
13:11J'ai été sa maigre
13:12pour son livre.
13:13D'accord.
13:14On a des choses encore,
13:15Marie-Rose.
13:16Et Roda Gilles,
13:16Roda Gilles,
13:17qui est le parolier
13:18que vous savez,
13:18Julien Clerc.
13:19Et tous les deux,
13:19un jour de fête,
13:20m'ont dit
13:21« Mais pourquoi vous
13:21tu ne fais pas
13:22la Sainte Jordi,
13:23Marie-Rose avec Dani ? »
13:24Et Dani,
13:24elle était de Perpignan,
13:25donc elle connaissait bien
13:25la Sainte Jordi
13:26parce qu'elle était
13:26prête d'Espagne
13:27et sa mère était catalane.
13:28Une inspiration catalane.
13:30Catalane.
13:30Et donc,
13:31ils m'ont expliqué.
13:32Et donc,
13:32j'ai fait une recherche
13:33et de ce coup,
13:33j'ai découvert,
13:34le soir même,
13:35en rentrant chez moi,
13:36je dis « Bon,
13:36les deux,
13:36là c'est assez joli
13:37parce que je voyais
13:37un livre ou un autre,
13:38je trouvais ça très beau. »
13:39Et donc,
13:40je commence à regarder
13:40et je m'aperçois
13:41que c'est une fête
13:42très importante,
13:43qu'il y avait 80 pays
13:44qui faisaient cette journée
13:45et surtout,
13:46Roda Gilles m'avait glissé
13:47dans l'oreille,
13:47il m'a dit
13:48« Sous le franquisme,
13:49c'était la seule journée
13:50où nous,
13:50les intellectuels,
13:51on pouvait sortir dans les rues
13:52avec des livres et des roses
13:53mais nous,
13:53c'était pour dire
13:53retour à la démocratie,
13:55retour à la liberté
13:56de publication,
13:57retour à...
13:57Enfin,
13:58c'était une journée de lutte
13:59mais libre pour eux.
14:00La liberté,
14:01votre maître mot.
14:02Voilà,
14:02alors je me disais,
14:03voilà,
14:03c'est intéressant,
14:04d'abord,
14:05dans l'année éditoriale,
14:07de faire connaître davantage
14:08la culture et l'histoire du livre
14:09mais aussi de faire connaître
14:11le métier de libraire
14:11parce que souvent,
14:12les gens me disent
14:12« Ah,
14:12vous n'êtes pas tout ici ?
14:13Ah,
14:14vous payez les livres ? »
14:15Ah,
14:15mais bon voilà,
14:16il y avait beaucoup de choses
14:17qui faisaient que je trouvais
14:17que les gens,
14:18c'est un...
14:19Je voulais essayer de...
14:20Ils ne se rendent pas compte
14:20qu'en fait,
14:21c'est comme un...
14:22Excusez-moi,
14:22c'est un primeur
14:24quand ils vendent des oranges,
14:26il les a payés
14:26avant de les vendre.
14:27exactement.
14:27Un libraire,
14:28c'est pareil.
14:29Voilà,
14:29nous,
14:29on les achète avant,
14:31on les choisit,
14:32on les achète aussi.
14:33vous les achetez évidemment
14:34à moindre coût
14:34pour pouvoir gagner
14:35votre vie derrière,
14:36un petit peu,
14:37mais la marge n'est pas folle.
14:38Pas folle chez les libraires,
14:39hélas,
14:39oui.
14:40Et en plus,
14:40en ce moment,
14:41c'est compliqué.
14:41Voilà,
14:42c'est un moment très compliqué
14:44parce que le rapport
14:44à l'écrit,
14:46par exemple,
14:47il y a des chiffres
14:47qui viennent sortir
14:48du Centre National du Livre,
14:49une étude
14:50qui nous dit
14:51que le lecteur moyen
14:53lise cinq livres par an
14:54et là,
14:54on est à deux livres par an.
14:56Donc nous,
14:56on sent quand même
14:57ce décrochage
14:57parce que les gens
14:58sont dans une sorte de
15:01très sollicités,
15:02très sollicités,
15:04remplis d'informations.
15:05On a tous du mal
15:05à suivre.
15:06Enfin moi,
15:06par exemple,
15:07je les ai beaucoup plus avant,
15:08on ne va pas se mentir non plus.
15:09Après,
15:09on fait des métiers aussi,
15:10mais c'est vrai
15:10qu'on a cet écran
15:13qui ne nous a qu'à part
15:14et qui fait que finalement,
15:16on oublie l'objet.
15:17Et ce qui est quand même très beau.
15:18Et ce qu'apporte
15:19la lecture d'un livre
15:19sur du long terme.
15:20C'est un objet aussi.
15:21Voilà,
15:22et c'est un bel objet.
15:23Les livres que j'ai dites
15:24avec mon partenaire
15:25qui est Antoine Gallimard,
15:26la librairie Gallimard,
15:27les éditions Gallimard,
15:28on les salue,
15:29on les remercie
15:30parce que c'est eux
15:30qui assurent la distribution
15:31dans les 700 librairies.
15:33Et sachez qu'il y a une chose
15:35bouleversante pour moi aussi,
15:35c'est que la Belgique francophone
15:37fait la journée
15:38que j'ai inventée
15:39et les Suisses francophones aussi.
15:41C'est-à-dire que quand même,
15:41c'est une grosse impulsion.
15:42International.
15:43C'est international.
15:45Mais quand même,
15:45c'est une journée
15:47où chaque libraire
15:48effectivement s'approprie ce...
15:50Les libraires,
15:51c'est des passeurs de culture.
15:52Oui,
15:53c'est des gens engagés.
15:55Quand on vous écoute,
15:56on voit que ça vous fait
15:56battre le cœur.
15:57Oui,
15:58c'est très particulier
15:59comme métier.
16:00C'est un métier très particulier.
16:01Et je voulais parler aussi
16:02de la métaphysique de la librairie,
16:04ce qu'elle apportait à l'esprit,
16:05ce qu'elle changeait en vous
16:06parce que par exemple,
16:07vous classez toute la journée
16:08des livres.
16:09Vous vivez...
16:10Je me suis dit
16:11quand j'ai commencé dans ce métier,
16:12je me suis dit
16:12c'est marrant,
16:13je suis très contente
16:14dans une librairie,
16:14je ne sais pas pourquoi
16:15je suis apaisée de quelque chose
16:16que j'ignorais,
16:17je ne savais même pas
16:17mettre des mots
16:18sur pourquoi c'était apaisé.
16:19Et j'ai compris un jour,
16:21mais beaucoup plus tard,
16:22avec beaucoup d'années de métier,
16:24qu'en fait,
16:24ce qui était bouleversant
16:25dans la librairie,
16:26c'est qu'il n'y avait pas de morts.
16:27Les vivants et les morts
16:28vivent en...
16:29Nous les coexistons.
16:31C'est mortel.
16:31Je parle de Kafka,
16:32un jeune qui me demande
16:33ah oui, Kafka,
16:33alors je parle de Kafka,
16:35d'un seul coup,
16:36je rentre,
16:36je range Hervé Guibert
16:38et là,
16:38j'ai des images
16:39d'Hervé Guibert
16:39et j'en parle,
16:40les gens me les demandent.
16:41Et pour nous,
16:42ils sont aussi vivants
16:43et on ne cesse pas
16:45de les faire venir,
16:46de les conseiller,
16:48de les avoir autour de nous.
16:49Et ce monde me protège,
16:51m'a beaucoup protégée
16:52de tous les questionnements
16:54qu'ils pouvaient se poser à moi
16:56parce que j'étais pleine
16:58de leur compagnie
16:59et de leur vie
17:00tout à fait singulière.
17:01Parce qu'ils n'ont pas...
17:02J'avais chez les écrivains
17:04Violette Ledug,
17:05des gens qui avaient eu
17:06des enfances,
17:07des familles détraquées
17:09et qui avaient fait des choix
17:10qui n'étaient pas ceux
17:10de la norme.
17:11Et être...
17:13Quand je pense à Jean Genet,
17:15j'ai tout de suite
17:15comme un compagnon
17:16à mes côtés.
17:17Voilà.
17:18Et je ne cesse
17:18d'être émue.
17:19C'est comme si je vivais
17:20un peu dans un ciel
17:22qui sont remplis d'écrivains
17:23vivants et morts.
17:25Mais je suis très engagée
17:26sur les auteurs vivants aussi.
17:27Alors justement,
17:28il y a le prix
17:28Vépler
17:29que vous avez initié aussi.
17:30C'est un des prix littéraires
17:31les plus singuliers
17:32parce que vous ne récompensez pas
17:33les grandes oeuvres
17:34qu'on voit partout.
17:35Non, déjà...
17:35C'est des oeuvres inclassables.
17:37Oui.
17:37Voilà, l'idée c'était
17:38de chercher des...
17:39Alors déjà,
17:40on a changé les règles.
17:41C'est peut-être des auteurs
17:41qui sont un peu snobés aussi
17:43par la nomenclature
17:44littéraire.
17:45Voilà, parce qu'ils ne sont pas
17:46dans les...
17:46Ce ne sont pas des gens de réseau.
17:47C'est des écrivains totaux
17:49qui sont vraiment engagés
17:50dans la littérature
17:51et donc pas du tout...
17:52Pas toujours de savoir-faire
17:53pour se faire repérer.
17:55Mais par contre,
17:56c'est des gens qui écrivent
17:57totalement, entièrement.
17:58Et la chose,
17:58on a changé la règle du jeu,
17:59c'est-à-dire que quand même
18:00le jury est intégralement
18:01renouvelable.
18:02Et c'était déjà
18:03le premier symptôme
18:04que je soulevais,
18:05c'était de dire
18:05bon, c'est aussi des lecteurs...
18:08J'ai la moitié...
18:08J'ai deux journalistes,
18:09un libraire qui vient
18:10avec nous chaque année
18:11et des très très grands lecteurs,
18:13une détenue de la prison de Rennes,
18:14des femmes qui sont là-bas à Rennes.
18:16Elle a le temps de lire, quoi.
18:17Ben oui, elle reçoit.
18:18Et puis moi,
18:19ce qui m'émeut,
18:19je me suis dit
18:20si moi j'étais en prison,
18:21je serais très heureuse
18:22de recevoir...
18:22Ils reçoivent 130 livres.
18:24C'est génial.
18:24Et la fille dans sa cellule...
18:25Elle a de quoi faire.
18:25Dans sa cellule,
18:26elle reçoit tous les jours...
18:27Elle s'ennuie jamais, quoi.
18:28Voilà, elle reçoit...
18:30Tous les jours,
18:31elle a des courriers,
18:31vous savez,
18:32tout ce qui vient de l'extérieur
18:32pour une femme
18:33qui est en prison.
18:34Et là-bas,
18:35c'est des prisonnières
18:36de longue peine,
18:37c'est des femmes
18:37qui ont tué et tout,
18:38donc elles refont des études.
18:40Elles sont...
18:40C'est vraiment
18:41un endroit extraordinaire
18:43pour que ce soit
18:44cette peine
18:45qui, elle a l'heure,
18:47puisse les amener
18:48à pouvoir regagner
18:50la société civile.
18:52Qu'est-ce qui vous motive,
18:53Marie-Rose ?
18:53Parce que quand on vous entend,
18:54vous avez une espèce
18:54de feu sacré comme ça
18:56qui est assez impressionnante.
18:56Alors, ce qui me motive,
18:57c'est que j'ai des causes.
18:58J'ai une cause
18:59qui est déjà celle
19:00de ce métier
19:00parce que je n'aimais pas du tout
19:01comment on parlait des libraires.
19:02En fait, on en parlait toujours
19:03avec le coup de cœur.
19:04Oh, les libraires...
19:05Oh, le coup de cœur du libraire !
19:07J'ai travaillé à la télé
19:07avec Michel Filth,
19:08tout ça,
19:08il me disait,
19:08bon, Marie-Rose,
19:09ton coup de cœur.
19:10Et je lui dis,
19:10bon, je n'ai pas que du cœur,
19:11j'ai aussi de la pensée.
19:13J'ai aussi un cerveau.
19:14Voilà, j'ai un cerveau.
19:15Et puis, il y avait
19:16une condescendance,
19:17ce bon petit libraire
19:18qui ne gagne pas sa vie.
19:19Il y avait une condescendance.
19:20Et tout ça,
19:21je voulais débarrasser
19:22le regard
19:23qu'on avait sur les libraires
19:24et qui, eux-mêmes,
19:25des libraires eux-mêmes,
19:26parfois,
19:26entrent dans ce...
19:27Pas volontairement, d'ailleurs.
19:29Ils se disent,
19:29bon, c'est par là
19:30qu'on nous donne la parole,
19:31donc on va jouer ce rôle-là.
19:32Donc, il y avait le côté...
19:34Je voulais aussi faire connaître
19:35ce métier
19:36dans tout ce qu'il y a de complexe.
19:37C'est-à-dire,
19:38c'est des gens
19:38qui ont un grand rôle
19:40dans la vie sociale.
19:40Moi, j'ai des gens
19:41qui viennent tous les jours
19:42me voir pour m'acheter
19:43une carte postale
19:44parce qu'ils ont besoin de parler
19:45ou ils ont acheté
19:46une tranche de jambon
19:48et donc,
19:48ils passent dans la librairie
19:49parce qu'ils savent
19:50qu'on les connaît,
19:50qu'on va parler avec eux.
19:52Donc, il y a un rôle social
19:54très important.
19:55Il y a aussi
19:56essayer de mettre
19:57à la portée des gens
19:58une diversité éditoriale
20:00là où tout se concentre.
20:00Vous appelez ça
20:00la biblio-diversité, non ?
20:02Oui, c'est ça.
20:03Là où tout le monde
20:03est en train de se concentrer,
20:05les mêmes informations,
20:06les mêmes figures
20:07qu'on monte
20:09et où les gens sont...
20:10Il est important de savoir
20:11qu'on a une chance en France
20:12grâce à la loi Langue.
20:14Je sais qu'il ne faut plus
20:14prononcer ce nom.
20:15Non, mais il a fait
20:16des trucs bien
20:16avant de faire n'importe quoi.
20:19Il a créé une loi
20:20avec Jérôme Lindon
20:21des éditions de Minuit.
20:22Ils ont eu cette intuition.
20:23Ils ont vu que les disquaires
20:24avaient disparu
20:25en l'espace d'un an.
20:26Donc, ils ont dit
20:26qu'il faut absolument protéger,
20:27sortir le monde du livre
20:29qui est notre ADN en France
20:30parce qu'on a
20:31beaucoup de libraires
20:32quand même en France.
20:33Et c'est une chance.
20:34Ça veut dire
20:34beaucoup de libraires,
20:35beaucoup de diversité éditoriale
20:37et beaucoup de petits éditeurs
20:38et beaucoup de créations
20:39qui vivent
20:40et qui ont des espaces
20:41pour exister.
20:42Par exemple,
20:42quand un cinéaste
20:44n'a pas de distributeur,
20:45son film n'existe pas.
20:47S'il a deux salles,
20:48son film...
20:49Nous, il y a
20:50plus de 5000 libraires en France.
20:52Donc, moi, j'ai 700.
20:53Donc, la littérature
20:54ne se porte pas si mal que ça, quand même.
20:55On est dans le pays du livre,
20:56quand même.
20:56Il y a une chance énorme.
20:58On a une chance énorme.
20:59C'est que, quand même,
21:00le livre a encore
21:01une grande valeur
21:02pour notre pays.
21:03Maintenant,
21:04on pense que c'est un dû
21:05et que c'est acquis
21:06et ce n'est pas vrai.
21:07C'est une conquête
21:08de chaque instant.
21:09Moi, tous les jours,
21:10moi, je croyais que
21:11après toutes ces années
21:12de librairie,
21:12je disais, bon,
21:13maintenant, je vais un peu souffler.
21:14Mais pas du tout.
21:14Je suis encore plus
21:16sur la barricade
21:16qu'au début
21:17quand j'ai commencé.
21:18Parce qu'effectivement,
21:19il faut que ce soit vivant.
21:21Il faut qu'on essaye
21:23d'éclairer des livres
21:24importants
21:24qui ne soient pas écrasés
21:25par ceux
21:27dont on entend parler,
21:28qui sont des livres
21:29qui ne vous nourrissent pas,
21:30qui ne vous font pas avancer,
21:31qui ne vous éclairent pas
21:32et qui sont des récits.
21:35Donc, nous,
21:36on a quand même essayé
21:37de défendre
21:38ce qu'est la langue,
21:39la forme.
21:40Pour en revenir un tout petit peu
21:41à vous avant de terminer
21:42cette émission,
21:42vous avez quand même dit
21:43que vous agissez
21:44pour rendre aux livres
21:45ce qu'ils vous ont apporté.
21:46Oui, beaucoup.
21:47Oui, bien sûr.
21:48J'ai une dette.
21:49Pourquoi ?
21:50Vous venez d'où ?
21:51Comment vous êtes tombée là-dedans ?
21:52Moi, je suis tombée...
21:53J'aimais les livres.
21:54J'aimais l'école.
21:54J'aimais les livres.
21:55Mais en tout cas,
21:55mes parents...
21:56Ma mère était italienne.
21:58Vous étiez à Paris ?
21:59À Paris.
22:00Ils sont venus à Paris
22:00avec ce désir de...
22:02De maîtriser la langue aussi.
22:04Voilà, de maîtriser la langue.
22:05Ma mère, elle écorchait.
22:06Ça m'agaçait et tout.
22:08Et puis, elle a tenu
22:09à garder l'accent.
22:10C'est un bel accent.
22:11Et c'est mes parents
22:13qui sont venus en France.
22:15Je pense qu'ils ont quitté...
22:16Toujours chez les gens
22:17qui immigrent,
22:18on pense qu'ils ont toujours
22:20un secret familial.
22:21Ils sont venus
22:22pour des raisons économiques,
22:24on croit.
22:24Mais en fait,
22:25il y a des raisons
22:25beaucoup plus secrètes.
22:26Et donc, j'avais, moi,
22:29ma mission...
22:30Je me suis sentie
22:31cette mission, enfant.
22:32C'était de les réhabiliter,
22:34de leur dire
22:34vous avez fait le bon choix
22:35et vous allez voir
22:37que ce pays
22:37que vous avez choisi,
22:38Paris en plus
22:39que vous avez choisi,
22:41eh bien, c'est un pays
22:43que vous avez bien fait
22:44de me faire naître ici
22:45parce que c'est un endroit
22:46où je vais pouvoir
22:48sûrement réaliser
22:49ce que vous avez espéré
22:50en venant.
22:51Et eux n'ont pas réalisé
22:52tout ce qu'ils attendaient,
22:52mais je crois que dans
22:54leur prolongement,
22:54je crois que j'ai essayé
22:57de...
22:57C'est pour ça que je parle
22:58beaucoup, je dis toujours
22:59moi, je ne parle pas seulement
23:00pour moi, je parle pour
23:01deux personnes.
23:02Je parle pour moi
23:03et ma mère.
23:03Voilà, j'ai deux...
23:05J'ai une défense à faire aussi,
23:07c'est celle de ces personnes
23:08qui n'osaient pas parler,
23:09qui faisaient attention.
23:12hélas, Marie-Rose.
23:13Qui étaient étrangers.
23:13On a fini.
23:14On a fini.
23:15On a fait le tour.
23:15Merci.
23:16Non, on n'a pas du tout
23:16fait le tour.
23:17On aurait pu parler
23:17encore bien longtemps.
23:19Mais je rappelle quand même
23:20que vous êtes à la tête
23:20de la librairie des Abesses
23:22à Paris.
23:22Donc pour ceux qui sont
23:23à Paris,
23:24n'hésitez pas à vous balader
23:25à Montmartre
23:26et venir voir cette librairie
23:27qui est incroyable
23:27où on peut trouver
23:28en fait tous les styles
23:30de littérature.
23:30Oui, il y a un choix
23:31de livres bien édités.
23:33Et puis le prix
23:34du Véplaire,
23:35ça c'est important aussi.
23:37Ce prix Véplaire
23:38qui récompense
23:39ce qu'on voit moins aussi.
23:4015 000 euros tous les ans
23:41à des auteurs
23:41qui ne vendent pas beaucoup
23:43mais qui ont fait reconnaître
23:44et qui ont tout de suite
23:45une place grâce à ce travail
23:46qu'on effectue
23:47parce qu'il est maintenant
23:47ce prix a une grande valeur
23:49sur le plan de découverte.
23:50On est un peu comme
23:51la quinzaine d'acteurs
23:52et surtout il y a 700 libraires
23:53qui seront samedi 25 avril
23:55sur toute la France.
23:57Notez bien cette date.
23:5825 avril,
23:59samedi 25 avril.
24:00La fête de la librairie indépendante.
24:01Voilà, vos libraires
24:02vont chercher votre livre
24:03et votre rose.
24:04Oui, puis ils seront
24:05vos interlocuteurs,
24:05ils n'ont plus une envie.
24:06Il y aura des lectures,
24:07des rencontres avec des écrivains,
24:09des jeux,
24:09enfin ils font plein de choses.
24:10On va être obligés
24:10de se quitter.
24:11Merci beaucoup Marie-Rose.
24:13C'était Parlons Femmes
24:14sur Sud Radio.
24:14Merci d'avoir été avec nous.
24:15Un grand merci à Julien
24:16pour la réalisation.
24:17On se retrouve samedi prochain
24:18à 13h30
24:19et puis demain,
24:19vous le savez,
24:2019h, c'est excellent.
24:21Très belle suite de journée
24:23sur Sud Radio.
24:23Bisous.
24:24Merci.
24:25Sud Radio,
24:25Parlons Femmes,
24:26Judith Belair
24:27avec la Caisse d'épargne
24:29Île-de-France,
24:30fière de soutenir
24:31toutes les femmes.
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