00:00Le Grand Matin Sud Radio, 7h10, Jacques Cardoze.
00:047h12, soyez les bienvenus sur l'antenne de Sud Radio, c'est le Grand Matin.
00:07Premier rendez-vous ce matin avec Frédéric Louis, il a été aide-soignant pendant une vingtaine d'années.
00:12C'est sa profession, aide-soignant, et il est secrétaire général CFDT au CHU de Rouen.
00:17Bonjour Frédéric Louis.
00:19Oui, bonjour, et bonjour à tous vos auditeurs.
00:22Soyez les bienvenus sur l'antenne de Sud Radio.
00:23On va parler de cette tension dans les différents hôpitaux de France,
00:26et en particulier celui qui vous concerne, celui de Rouen.
00:31Une première question toute simple, comment vont les soignants dans cette période de canicule,
00:35ceux du CHU de Rouen ?
00:37Est-ce qu'ils sont en forme ou à l'inverse, est-ce qu'ils sont plutôt lassés et épuisés
00:41face à tout ce qui se passe ?
00:43Disons que tout est un peu dans votre question.
00:46Effectivement, face à cet nouvel épisode caniculaire, c'est encore l'hôpital public qui a tenu.
00:51Et il faut souligner l'engagement exceptionnel des professionnels.
00:54Mais ils sont épuisés, et on ne peut pas continuer à compter uniquement sur leur dévouement.
01:03On voit l'un des chiffres d'ailleurs, pour alimenter ce que vous dites,
01:06l'un des chiffres qui est tombé, c'est que le SAMU de Rouen a enregistré une hausse de 54
01:11% du nombre d'appels par rapport à l'année dernière.
01:14Oui, tout à fait, et on s'aperçoit que les gouvernements respectifs, depuis la canicule et ensuite après le Covid,
01:21le constat reste le même.
01:23A chaque crise, on salue les soignants, on annonce des mesures, on met des bouts de sparadrap,
01:28et puis après les contraintes budgétaires reviennent.
01:30Et du coup, et après le train-train reprend, et faute de moyens, l'hôpital public continue à toujours être
01:36en galère.
01:37Oui, c'est ça Frédéric Louis, à 7h13 sur Sud Radio, face à cette problématique de canicule dans les hôpitaux.
01:42Ce que vous nous dites, c'est que tout se déroule en trois temps.
01:45Dans un premier temps, tout le monde est très ému, assez terrible.
01:49Puis ensuite, arrive le temps des premières promesses.
01:52Et puis le troisième temps, malheureusement, quand on aura tout oublié, qu'on sera passé à autre chose,
01:56là, cette fois-ci, vous n'aurez plus rien.
01:58Qu'est-ce que vous demandez et que vous ne craignez de ne pas avoir, d'une certaine façon ?
02:04Depuis ce qu'on demande à la CDT, depuis des années,
02:07c'est d'arriver à avoir les moyens suffisants à l'hôpital public de tous corps confondus.
02:12Parce qu'un hôpital, on a besoin de soignants, de techniques, de logistiques, d'administratifs.
02:15Il y a besoin de tout pour que ça fonctionne.
02:17Il faut les effectifs suffisants, déjà d'une part.
02:20Vous n'avez pas actuellement ?
02:22Il y a les effectifs qui sont prévus par les maquettes organisationnelles.
02:26Mais sauf que le nombre de lits d'hospitalisation, il est toujours insuffisant.
02:30Actuellement, par exemple, le nombre de lits, ils sont tous pris ?
02:33Les lits sont tous pris ?
02:35Les lits sont tous pris à quelques lits près, parce qu'il y a des patients qui sortent, qui rentrent.
02:39Mais il n'y a pas de marge de manœuvre d'avoir des lits supplémentaires
02:42si jamais on devait avoir un autre épisode caniculaire dans les jours qui viennent.
02:46On est toujours sur l'immédiateté et on n'arrive pas à réfléchir à long terme.
02:52Et les réponses qu'on nous apporte à chaque fois, mais ce n'est pas au niveau local,
02:57ce sera au niveau national, c'est qu'on ne va pas maqueter des effectifs uniquement pour une hypothétique catastrophe.
03:02L'un des points dont on parle beaucoup, c'est le manque d'équipement en matière de climatisation.
03:09Est-ce que vous, vous ressentez cette chaleur dans l'hôpital ?
03:13Est-ce que vous avez vu des patients se trouver mal à cause de cette chaleur,
03:19voire des soignants d'ailleurs également ?
03:22Tout à fait, oui.
03:24Là, ce week-end, on est passé aussi également rencontrer nos collègues un peu partout sur l'hôpital.
03:29Vous avez le personnel soignant qui met des serviettes mouillées autour du cou,
03:34des patients qui sont dans les couloirs.
03:36Voilà, nos structures hospitalières datant des années, pour beaucoup datant des années 70-80,
03:42ne sont pas adaptées à ces gestions de température.
03:46Donc là, hier, en conseil de surveillance avec la direction générale,
03:48voilà, maintenant, on va adapter nos locaux et les futurs locaux
03:52pour les problématiques de chaleur qu'on va rencontrer.
03:56Mais nos bâtiments ne sont pas climatisés à la hauteur des besoins.
03:59Et ce n'est pas concevable non plus.
04:02Hier, vous avez d'ailleurs poussé un coup de gueule en interne, c'est bien ça ?
04:06Oui, oui. Hier, au conseil de surveillance, j'ai profité de siéger à cette instance,
04:13de pouvoir justement exprimer ce que les patients et ce que les soignants ressentent,
04:17le ras-le-bol. Voilà, comme vous l'avez dit, depuis toutes les crises qu'on passe,
04:21à chaque fois, tous les politiques de tous bords confondus viennent faire des annonces.
04:27Oui, l'hôpital, ils sont de l'hôpital, mais à chaque fois, il n'y a rien.
04:29Concrètement, Frédéric Louis, secrétaire général CFDT au CHU de Rouen,
04:33face à cette problématique de la canicule dont on parle et du manque de moyens dans les hôpitaux,
04:38précisément, quels sont les services, par exemple, à Rouen,
04:41qui manquent le plus de personnel et où vous pouvez pointer et nous raconter
04:45un point qui ne fonctionne pas.
04:48Après, je ne peux pas stigmatiser un service particulier.
04:52C'est l'ensemble du service hospitalier qui est sous-dimensionné.
04:57On avait déjà échangé quand il y avait eu la problématique des urgences
05:00où il y avait des conflits au niveau de nos collègues des urgences
05:03parce que dès qu'il y a un afflux de patients, tout le monde arrive aux urgences.
05:07Et comme faute de lits d'hospitalisation post-urgence,
05:10du coup, les patients stagnent nos urgences parce qu'il n'y a pas de lits après.
05:14Et c'est ça qui nous manque, c'est de pouvoir arriver à pouvoir ouvrir une unité,
05:19on va se dire, de 30 lits en cas d'urgence
05:22et qu'on puisse mettre du personnel pour faire fonctionner cette unité.
05:27Mais sauf qu'on n'a pas les moyens médicaux.
05:29Là, c'est intéressant. Je m'arrête une seconde, pardon de vous couper sur ce point-là,
05:33mais parce que je le trouve très intéressant et on est évidemment pris par le temps.
05:36Vous, ce que vous demandez, là, par exemple, c'est la possibilité de pouvoir,
05:40en cas de crise, d'avoir une sorte de deuxième salle,
05:44une spécifiée dédiée à l'accueil d'un certain nombre de malades
05:48de 20 à 30 lits supplémentaires.
05:50Oui, oui, c'est une idée comme une autre.
05:54Mais c'est vrai que ça permettrait de pouvoir, à l'instant T,
05:57de se dire, voilà, on ouvre une unité.
05:59Mais après, c'est utopique, ce que je vous dis,
06:01parce qu'on n'aura jamais les moyens humains de pouvoir le faire fonctionner.
06:05Et pour faire fonctionner une équipe 24 heures sur 24,
06:08il fait un certain nombre de TP.
06:10Il faut qu'il y ait des médecins.
06:11Et on est toujours en pénurie de médecins à l'hôpital public.
06:15Voilà, comme j'ai dit aussi hier, justement, au conseil de surveillance,
06:19à chaque fois, tout retombe sur le système hospitalier public.
06:22Après, le privé prend une partie.
06:24Je ne sais pas exactement combien,
06:26mais ils ne prennent pas forcément le gros du sujet.
06:30Donc, tout retombe sur l'hôpital public.
06:32Frédéric, ce sera ma dernière question.
06:33On est pris par le temps.
06:34Vous êtes secrétaire générale CFDT au CHU de Rouen.
06:37Et on parle avec vous de la canicule
06:38et du manque de moyens publics privés dans les hôpitaux
06:41ou les infrastructures médicales.
06:44Et vous nous donniez là, à l'instant, cette idée.
06:47Est-ce que vous avez le sentiment que finalement,
06:49malgré les coups de gueule,
06:51en face de vous, il y a une direction,
06:53il y a des politiques qui disent,
06:54oui, mais c'est pas ça gérer.
06:56Une fois que ce sera terminé, la canicule sera passée.
06:58On passera à autre chose.
06:59Donc, on ne va pas investir.
07:02Je le renverrai sur les politiques.
07:05Nos directions sont aussi en fonction des moyens qu'on leur donne.
07:10Je pense qu'elles n'apprécient pas du tout non plus
07:12la façon comment c'est géré.
07:14Mais ils ont des budgets contraints.
07:16Et malheureusement, il n'y a pas un euro de plus.
07:18Donc, c'est à nos politiques que j'en veux.
07:20Surtout que depuis 2003, enfin bien avant,
07:23d'avoir laissé tomber l'hôpital public
07:26et de vouloir gérer un hôpital comme une entreprise privée.
07:29Merci Frédéric Louis, aide-soignant de profession,
07:32secrétaire général CFDT au CHU de Rouen.
07:34Merci pour ces précisions et ce coup de gueule
07:37et cette demande que vous avez d'essayer de faire en sorte
07:40que les hôpitaux aient un peu plus de moyens
07:42sur l'antenne de Sud Radio.
07:44Il est 7h19.
07:45Passez une excellente journée, Frédéric Louis.
07:47Il est 7h19 un peu partout en France, bien sûr.
07:50Soyez les bienvenus sur l'antenne de Sud Radio.
07:52C'est le rappel des titres.
07:54Il est 7h20.
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