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  • il y a 6 minutes
Avec Michel Boujenah, humoriste, comédien et directeur artistique du Festival de Ramatuelle

🗝 Découvrez plusieurs dates-clefs de la vie des plus grands artistes, auteurs et personnalités aux côtés de Jacques Pessis.
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##LES_CLEFS_D_UNE_VIE-2026-06-30##

Catégorie

Personnes
Transcription
00:00Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques Pessis.
00:03Sud Radio, les clés d'une vie, celle de mon invité.
00:06Afficher un air triste à la ville selon vos humeurs ne vous a jamais empêché de faire rire à la
00:10scène.
00:11Vous étiez un festival de talent à vous tout seul, avant d'en diriger un.
00:15Un moment où l'éternel amoureux du soleil que vous êtes se retrouve volontairement dans l'ombre.
00:20Bonjour Michel Bougenard.
00:21Bonjour.
00:22Alors on va se retrouver au Festival de Rue Natuelle, on va en reparler tout à l'heure.
00:26Mais le principe des clés d'une vie, c'est d'évoquer votre parcours à travers des dates clés.
00:30Vous étiez venu il y a bien longtemps, au début de l'émission, et j'ai trouvé d'autres dates.
00:34Et la première date que j'ai trouvée pour évoquer votre parcours, c'est un souvenir personnel.
00:39La sortie d'une chanson le 2 avril 1954.
00:47Rue 42 clock qui a été enregistrée en 2 minutes 8 secondes.
00:51Et en fait la chanson a été prévue en 52.
00:53Mais l'auteur ne voulait pas que Bill allait enregistrer.
00:58Donc il a dû attendre 2 ans pour qu'il puisse aller en studio.
01:01Et ça a été un succès mondial.
01:03Oui, mais c'est des souvenirs.
01:04Dès que j'entends cette chanson, je vois Tunis, ma maison, là où j'habitais.
01:12Je revois le tennis club, je revois...
01:15Cette chanson, elle accompagne énormément d'images.
01:18Pourquoi ? Parce que vous l'écoutiez en permanence ?
01:20Ma mère, pas moi.
01:22Moi, je n'ai pas le souvenir d'avoir mis le disque sur le tourne-disque.
01:27Mais cette chanson tournait très, très, très, très souvent à la maison.
01:30Plus la radio.
01:31Parce qu'à l'époque, effectivement, ce morceau passait tout le temps à la radio.
01:36C'est fou.
01:36Et c'est devenu la bande originelle du film Graines de violence,
01:39qui a été un succès mondial.
01:41Je crois aussi que c'est lié au Hula Hoop, dans votre souvenir.
01:43Absolument.
01:44Bravo.
01:45Le Hula Hoop, c'était très...
01:47J'arrivais à faire ça.
01:49Et donc, ça fascinait ma mère et mes frères.
01:52Parce que je le faisais très bien.
01:53J'étais le meilleur Hula Hooper du monde.
01:56En fait, le Hula Hoop, ce sont deux Américains
01:58qui se sont inspirés d'un cerceau de bambou d'enfants australiens.
02:03Et la première année de sortie du Hula Hoop,
02:05ils ont vendu 40 millions d'exemplaires dans le monde.
02:07C'est dingue.
02:08C'est fou.
02:08Ouais, c'est dingue.
02:09Alors, il se trouve que la Tunisie, le soleil,
02:12pour vous, ça correspond à une mère.
02:14Une mère que Tino Rossi a chanté.
02:19Méditerranée, c'est une fée qui t'a donnée.
02:23C'est vrai que cette chanson pourrait vous correspondre.
02:26Ouais.
02:26C'est un souvenir, cette chanson, pour moi.
02:28Pourquoi ?
02:29Très important.
02:29Parce qu'il y a quelques années,
02:32quand on a fait un truc qui s'appelait
02:35« Coup de soleil à l'Olympia »,
02:38parce qu'il y avait une association qui s'appelait « Coup de soleil ».
02:41C'était à la première guerre du Golfe.
02:44On avait fait une soirée incroyable avec Smaïn et Guy Bedos et moi.
02:49Et c'était une soirée absolument incroyable.
02:52Incroyable.
02:53Parce que c'est un truc pour la paix.
02:55Et donc, il y avait les trois religions réunies sur scène.
03:03Si on peut dire comme ça.
03:04Et on avait joué ensemble.
03:07Et moi, j'ai passé des moments avec Bedos sur scène ce jour-là
03:11qui étaient incroyables.
03:14On devait faire genre dix minutes.
03:15On a fait trois quarts d'heure à un moment donné.
03:17Il y avait les régisseurs en coulisses
03:19qui barraient d'autres choses qu'on ne pourrait jamais le faire.
03:22Il y avait un monde.
03:24Il y avait toutes les radios.
03:26Il y avait toutes les télés.
03:27Il y avait un monde de dingue.
03:28Les gens étaient dans la rue.
03:29Ils se battaient pour avoir des places.
03:32Et on chantait ça à la fin.
03:35Puisque ce qui nous réunissait tous les trois,
03:36c'était d'abord la Méditerranée.
03:38Et on avait chanté cette chanson à la fin.
03:40Je me souviendrai toujours.
03:42Il y a une cassette vidéo de ça
03:45qui avait été édité de cette soirée
03:48qui était complètement dingue.
03:49Il se trouve que cette chanson est née
03:50sur le bateau de Francis Lopez.
03:52Il prépare l'opérette.
03:53Et le bateau était sur la Méditerranée.
03:55Donc le titre est venu immédiatement.
03:57Et puis vous avez eu un privilège en Tunis,
03:59je crois, Michel Boujna.
04:01L'école, c'était l'alternance.
04:03Oui, c'était super.
04:04Parce qu'une semaine, on allait le matin,
04:06pas l'après-midi.
04:07Et la semaine d'après,
04:08on allait l'après-midi et pas le matin.
04:09C'était génial.
04:10Et on travaillait quand même très bien.
04:12Bien sûr qu'on travaillait très bien.
04:14Mais ça serait génial.
04:15Moi, je faisais du sport tout le temps
04:17dans les matinées ou les après-midi
04:20où je ne travaillais pas.
04:21Vous étiez de temps en temps malade
04:23et c'était presque un prétexte
04:24pour aller voir votre père.
04:26En fait, je suis tombé malade
04:27pour que mon père s'occupe de moi.
04:29Comme il était médecin,
04:31j'avais inventé cette combine,
04:32inconsciemment évidemment.
04:33Le jour où j'ai compris ça,
04:35j'ai arrêté d'être malade.
04:36Mais il travaillait énormément.
04:39C'était un médecin à l'ancienne
04:40qui s'occupait de tout le monde.
04:41Il était chef de service à l'hôpital.
04:43Il avait un cabinet.
04:46Les gens faisaient la queue.
04:48Comme mon père,
04:48c'était un peu le médecin des pauvres.
04:50Il y avait une queue
04:51qui allait jusque dans la rue.
04:52Les gens, ils attendaient.
04:53Alors, ils arrivaient avec des fruits
04:54parce qu'ils n'avaient pas d'argent
04:55pour payer.
04:56Une fois, il est arrivé
04:57avec une gazelle à la maison.
04:59Parce que c'était un patient
05:00qui lui avait amené la gazelle
05:01en disant
05:01« Docteur, merci beaucoup.
05:02Vous m'avez soigné.
05:03Mais je ne peux pas vous payer.
05:04Je vous donne la gazelle. »
05:06C'était complètement fou.
05:08Moi, j'ai des souvenirs
05:09vraiment
05:11d'un bonheur incroyable.
05:14À partir du mois de mai,
05:16l'été,
05:18quand on s'installait
05:19au bord de la mer,
05:20tous les matins,
05:21avant que mon père
05:22parte à l'hôpital,
05:23il y avait le son de natation.
05:24Mon père était un très grand nageur.
05:27Et donc,
05:27il y avait une course
05:30dans l'eau
05:31avec mes frères
05:31et c'était un souvenir
05:34magnifique pour moi.
05:35Vraiment magnifique.
05:36Je ne peux pas
05:39vous dire
05:39à quel point
05:41le départ de Tunisie...
05:43Alors, par contre,
05:43il y a eu un truc génial
05:44quand on acquitait la Tunisie.
05:46Mon père, pendant un an,
05:47il n'avait pas le droit de travailler.
05:48Ah bon ?
05:48Non, il était diplômé
05:50de la faculté de médecine de Paris.
05:52Mais,
05:54comme il avait été communiste jeune
05:56et qu'il était plutôt indépendantiste,
05:59on est arrivé en 1963,
06:00l'indépendance de la Tunisie,
06:01c'est 57,
06:02donc c'est assez frais tout ça,
06:04eh bien,
06:05ils lui ont fait des problèmes
06:05pour qu'il ait le droit
06:06de travailler en France.
06:07Mais bon, après,
06:08ça s'est réglé.
06:09Mais il n'a pas eu de poste
06:10à l'hôpital.
06:11En fait, il a un point commun
06:12avec Michel Fuguin.
06:14C'est-à-dire que Michel Fuguin
06:15avait un père,
06:16Pierre Fuguin,
06:16qui était à Varep,
06:17au-dessus de Grenoble,
06:18et qui soignait les gens
06:19comme ça,
06:20presque 24 heures sur 24.
06:21Ah oui, non, mon père,
06:22c'est incroyable, incroyable.
06:23Alors, vous arrivez en France,
06:25donc il y a Arcueil,
06:26c'est pas terrible.
06:27Bagneux, ce sera un peu mieux.
06:29Oui, Arcueil,
06:29c'était pas terrible.
06:30Je n'ai pas eu de chance.
06:31Je suis tombé dans une école catastrophique
06:32où j'étais vraiment,
06:33j'étais très, très malheureux.
06:34Je me souviendrai toute ma vie,
06:35j'avais une grande règle.
06:37Vous savez,
06:38qui faisait 30 centimètres
06:40pour aller à l'école, quoi.
06:41J'aimais beaucoup cette règle.
06:42Et ça se passait tellement mal
06:46dans cette école pour moi
06:48qu'un jour j'ai cassé ma règle
06:50devant le prof de maths
06:51en lui disant
06:51dans le pays où je suis né,
06:53quand je comprenais pas,
06:55on m'expliquait.
06:56Et j'ai cassé ma règle
06:57et je suis sorti de la salle
06:59en pleurant.
07:00Je me suis vengé quand même
07:01parce que je savais
07:04que j'allais partir de toutes les façons.
07:05Je me suis battu là-bas.
07:06Moi qui ne me bat jamais,
07:07je me suis battu,
07:07mais vraiment battu,
07:09physiquement.
07:10Me faire traiter de salle arabe
07:11ou de salle juif
07:13parce qu'à l'époque,
07:14ils ne voyaient pas la différence.
07:17À chaque fois,
07:18je me battais contre ça.
07:19J'étais vraiment...
07:21Et vous savez,
07:22à l'époque,
07:23à la fin de l'année,
07:25il y avait genre
07:27les classes qui faisaient
07:29un numéro dans le stade
07:30pour le maire et tout ça.
07:32Et c'était des mouvements,
07:33vous savez.
07:34On faisait des mouvements,
07:35on écartait les bras,
07:36on machin.
07:37C'était ridicule.
07:38C'était ridicule.
07:41Et moi,
07:42j'ai fait les répétitions
07:42et le jour du truc,
07:43je n'y suis pas allé.
07:44Il y avait un trou.
07:46Voilà, bien fait.
07:46Et c'était ma vengeance.
07:48Vous aviez un autre problème,
07:49c'était un cheveu sur la langue.
07:50Oui, il se parlait comme ça.
07:51Oui, mais il se parlait comme ça
07:52jusqu'à 14 ans à peu près.
07:55Après, j'étais à Bagneux.
07:56Oui.
07:57Bagneux, alors,
07:57c'était génial.
07:58J'avais un prof de maths
07:59qui s'appelait Boutzena.
08:01Presque comme moi.
08:02Vous vous rendez compte ?
08:03Boutzena.
08:04Et j'ai eu un prof de français génial
08:06qui s'appelait Monsieur Dalle.
08:08Monsieur Dalle
08:09qui était le père
08:11du premier mari de Béatrice Dalle.
08:13Curieusement.
08:14Ça, je l'ai su qu'après, évidemment.
08:16Et il a été formidable avec moi.
08:19Il a compris ma souffrance.
08:22Et j'ai été très heureux
08:24dans cette école.
08:24À l'école Paul Langevin à Bagneux.
08:27Et grâce à cette période-là,
08:29j'ai pu rentrer après
08:30à l'école asacienne.
08:31Et bon, évidemment,
08:31là, on a changé de catégorie.
08:34Voilà.
08:35Paul Langevin a fêté
08:35son centenaire cette année.
08:37C'est un physicien, Paul Langevin,
08:38qui a donné son nom à ce lycée.
08:40Alors, l'école asacienne,
08:41effectivement, ça vous a marqué.
08:43D'abord, c'est une école
08:44qui date de 1874,
08:46qui est une école
08:48où on apprend les vertus de l'humanisme.
08:51Et en même temps,
08:51vous avez découvert le théâtre
08:53avec cette école.
08:54pilote.
08:55Nous, à l'école asacienne,
08:57qui n'est pas une école privée,
08:59qui est une école subventionnée
09:00par l'État,
09:01reconnue d'utilité publique,
09:04on avait des profs...
09:06Par exemple,
09:06les profs de dessin,
09:07c'était des peintres.
09:08Et ils changeaient.
09:10On avait un circuit de télévision
09:11fermé.
09:12On avait des conférences régulières
09:14avec des grands hommes,
09:15des grands sportifs,
09:16des grands écrivains,
09:17des grands philosophes.
09:19Et une fois,
09:21plus d'une fois par mois,
09:22on avait des rencontres
09:23avec des gens comme ça.
09:24On avait une ouverture
09:25sur le monde incroyable.
09:27Et donc,
09:27il y avait une troupe de théâtre.
09:29Parce qu'en fait,
09:30j'avais fait un exposé
09:31sur le dernier des justes.
09:32J'avais raconté
09:33le dernier des justes
09:34d'André Schwarzbart à la classe.
09:35Un livre qui a obtenu
09:36le prix Goncourt quand même.
09:37Et les gars sont venus me voir.
09:40Les élèves,
09:41mes copains,
09:42enfin certains de mes copains,
09:43ils m'ont dit...
09:44Moi, j'étais copain...
09:45Enfin, je veux dire,
09:46c'était génial,
09:46moi, c'était une autre vie.
09:48Ils m'ont dit...
09:50Tu ne veux pas venir
09:51faire du théâtre avec nous
09:52parce que tu racontes bien.
09:54Et donc, je suis allé.
09:56Et j'ai commencé
09:57à faire du théâtre là-bas
09:58avec mon professeur Pierre Lamy
09:59qui est parti au paradis,
10:01lui aussi.
10:02Et c'était super.
10:03C'était vraiment...
10:05Je ne peux pas vous expliquer
10:06à quel point
10:08cette période de ma vie
10:09a été drôle.
10:11Bon, alors je pense peut-être...
10:13Non, mais je ne crois pas d'ailleurs.
10:14Je ne crois pas que tout le monde
10:15entre 14 et 18 ans
10:17a la possibilité
10:18d'avoir une vie
10:18aussi sympathique
10:19que ce que j'ai eu.
10:20Oui.
10:20Pierre Lamy était
10:21prof de lettres
10:22mais il était aussi
10:23comédien et auteur.
10:24Absolument.
10:24C'est un privilège.
10:25Oui.
10:25Et metteur en scène.
10:26Et vraiment,
10:27il adorait ça.
10:28Et la troupe
10:29de l'école de la Sienne,
10:29elle ne jouait pas n'importe où.
10:31On jouait à Chaillot.
10:33Bon, évidemment,
10:33le premier spectacle,
10:34j'étais figurant.
10:36Je jouais un soldat
10:37dans Montserrat de Roblesse.
10:39Oui.
10:40Et moi,
10:40j'ai travaillé pendant des heures
10:41pour savoir comment
10:42on tenait un fusil.
10:44et après le spectacle,
10:45mon père,
10:45il m'a dit
10:45pourquoi tu tiens ton fusil
10:46comme une canne à pêche ?
10:47J'étais désespéré.
10:50Il y a même eu un journal,
10:51je crois,
10:51Les Dromadaires.
10:53Oui.
10:53Alors ça,
10:53c'est après,
10:54c'est avec Pierre Aski,
10:55qui est un grand journaliste
10:57aujourd'hui,
10:58avec qui je ne suis pas
10:59toujours d'accord,
11:00mais que j'aime profondément,
11:01qui est un garçon
11:03extrêmement brillant.
11:06Lui, il voulait être journaliste.
11:08On disait,
11:09quand on était jeune,
11:10que lui,
11:11il ne rentrerait jamais au Figaro
11:12et moi,
11:12jamais à la comédie française.
11:14On était genre
11:15des rebelles.
11:16Il a été à Libération
11:17et moi,
11:18je n'ai jamais été
11:18à la comédie française.
11:21Donc,
11:22il était très déterminé
11:24à faire du journalisme.
11:25Donc,
11:25on avait créé
11:26Les Dromadaires.
11:27Voilà.
11:27Ça,
11:27c'est le début
11:28de votre carrière.
11:29Autre date
11:29dans votre parcours
11:30importante,
11:31le 14 juin 1973.
11:33A tout de suite
11:34sur Sud Radio
11:34avec Michel Bougenat.
11:36Sud Radio,
11:37les clés d'une vie,
11:38Jacques Pessis.
11:39Sud Radio,
11:40les clés d'une vie,
11:40mon invité Michel Bougenat.
11:42Nous parlerons tout à l'heure
11:43du festival de Ramatuel
11:44dont vous êtes
11:45le directeur artistique
11:46depuis 2007,
11:47si mes renseignements
11:48sont exacts.
11:48Exactement.
11:49Alors,
11:5014 juin 1973,
11:51c'est à la fois
11:52un bon ou un mauvais souvenir.
11:53C'est votre première télé.
11:55La première télé
11:56où vous êtes
11:58un intellectuel
11:59digne de passer
12:00à Nanterre.
12:01Oui,
12:01mais moi,
12:01je suis tout jeune.
12:04Je veux absolument
12:05me prouver à moi-même
12:06que je suis intelligent
12:07et cultivé.
12:08Donc,
12:08je joue un rôle
12:11du jeune homme
12:13très sérieux,
12:14très...
12:15Qui rêve d'engagement.
12:16Oui,
12:16absolument.
12:17Je veux m'engager.
12:18Je veux...
12:19Je pense que
12:20si on veut changer le monde,
12:22il faut déjà changer le théâtre.
12:23Mais c'est complètement...
12:24C'est très adolescent.
12:26Et en même temps,
12:27ça a été excessivement formateur.
12:29Parce que quand on voit ça,
12:30on sourit,
12:32dans le meilleur des cas,
12:33tendrement,
12:34en voyant ce garçon parler.
12:37Garçon barbu,
12:37moustachu.
12:38Oui,
12:39enfin,
12:40on n'est pas loin
12:41de mai 68.
12:43Voilà,
12:43c'est les années...
12:45C'est les années 60...
12:46Fin 70...
12:48Début 80.
12:49C'est important.
12:52Mais ça a été très formateur.
12:53Vraiment.
12:54Cette exigence-là.
12:55Parce que l'exigence,
12:56c'était pas d'être connu
12:57ou de gagner de l'argent.
12:59L'exigence,
12:59c'était de faire de beaux spectacles
13:01qui peuvent changer le monde.
13:02Et ces spectacles,
13:03vous aviez trouvé un lieu
13:04des Arènes de Lutèce,
13:06où il y a eu une répétition.
13:07Oui, absolument.
13:08Absolument.
13:08C'est là qu'on répétait.
13:09En plein air.
13:10Et c'est un lieu aussi
13:11qui a servi à faire débuter
13:13un duo célèbre,
13:14Charles et Edino,
13:15qui ont monté
13:15leur premier spectacle
13:16dans un cabaret
13:17dans les Arènes de Lutèce.
13:18Oui,
13:19et quel talent ils ont.
13:21Et puis,
13:22il y a quelqu'un
13:22à cette époque-là,
13:23et on le voit
13:23dans ce reportage,
13:25qui a compté pour vous.
13:27Très bien répondu à la place.
13:29En effet,
13:30le théâtre est...
13:31Michel Piccoli.
13:32Le lieu...
13:32Car vous aviez demandé
13:33à rencontrer Michel Piccoli.
13:35Oui,
13:35c'était une émission,
13:36d'ailleurs,
13:36je crois qu'il n'y a eu
13:38que deux épisodes.
13:40Un épisode avec Antoine Docone
13:42et un épisode avec moi.
13:44Et c'était l'idée
13:44de confronter
13:46un homme accompli,
13:48enfin une personne accomplie
13:49en face d'un jeune
13:50qui voulait
13:51plus tard s'accomplir.
13:53Et j'étais à...
13:54J'adorais Michel Piccoli.
13:56Et voilà.
13:57Et c'était sur le décor
13:58de La Grande Bouffe
13:58qu'on avait fait ça.
13:59Oui, parce qu'il venait
14:00de tourner La Grande Bouffe.
14:01Il était en train
14:02de tourner La Grande Bouffe.
14:03Et film, d'ailleurs,
14:04au départ,
14:04les dialogues étaient
14:05de Francis Blanche,
14:06mais Marco Ferreri
14:07a tout changé.
14:08C'est fou.
14:09Et cette rencontre
14:10était vraiment étonnante.
14:13Mais à ce moment-là,
14:15je veux dire,
14:16Michel Piccoli
14:16m'a un peu regardé
14:17comme un ovni,
14:18ce jour-là.
14:19En plus,
14:19vous le tutoyez ?
14:21Oui, oui, oui, bien sûr.
14:22Mais il y avait
14:23une espèce d'impertinence
14:25dans beaucoup de parties
14:27du travail à cette époque-là.
14:28Et c'était nécessaire.
14:30Alors, il se trouve
14:30qu'à cette époque-là,
14:31vous avez monté une compagnie
14:32qui s'appelle
14:33La Grande Cuillère.
14:34C'est un titre
14:35qui est repris
14:36par plein de sociétés
14:37aujourd'hui.
14:38Ah oui ?
14:38Et c'était avec
14:40Paul Halio et Corinne Atlas.
14:41Paul Halio qui a joué
14:42des classiques
14:42et Corinne Atlas
14:43qui a écrit des pièces
14:45qui ont eu du succès.
14:47Oui, absolument.
14:49Et puis La Grande Cuillère,
14:50c'était un dicton.
14:53Il faut une grande cuillère
14:54pour manger avec le diable.
14:55Le diable,
14:55c'était les institutions,
14:57enfin,
14:57tous nos ennemis, genre.
14:59Et c'était super
15:01comme aventure.
15:01Et en plus,
15:02vous avez appris
15:03votre métier
15:03sans aller dans un cours.
15:04Vous êtes un autodidacte
15:05du théâtre,
15:06Michel Pouchard.
15:06Complètement.
15:07J'ai été refusé
15:09à Strasbourg.
15:10Quand on passait Strasbourg,
15:11à l'époque,
15:12je ne sais pas comment
15:12c'est aujourd'hui,
15:13mais on était beaucoup,
15:15on passait des auditions
15:16et puis on était,
15:17il y avait une première sélection
15:18où ils prenaient 40.
15:20Et à la fin,
15:20ils étaient 10.
15:22Moi, je n'étais pas
15:23dans les 10.
15:24Quand ils ont écrit
15:24les noms sur le tableau
15:26pour dire ce qui était reçu,
15:28qui est un moment
15:30que je n'oublierai jamais,
15:32il n'y avait pas mon nom.
15:34Pour moi,
15:35c'était impossible
15:36qu'il n'y ait pas mon nom.
15:37C'était impossible.
15:37J'étais voir le mec
15:38qui a crié les noms
15:39avec la craie là.
15:40J'ai dit,
15:40vous êtes gouré,
15:40il manque mon nom.
15:41Il me fait,
15:41non, non,
15:42jeune homme,
15:42il n'y a pas votre nom.
15:44J'ai dit,
15:44mais ce n'est pas possible
15:45que je ne sois pas pris.
15:46Vous ne vous rendez pas compte ?
15:47C'est une énorme erreur.
15:49Je suis resté,
15:51il devait être 7 heures du soir.
15:54J'ai pris le dernier train
15:55pour rentrer à Paris
15:56et j'ai pleuré,
15:58je ne sais pas combien de temps,
15:59pratiquement tout le temps
15:59en attendant le train.
16:00J'ai essayé de faire tenir
16:01deux bouteilles de Coca-Cola,
16:03l'une sur l'autre
16:04par le goulot,
16:06ça ne tenait jamais.
16:07Il y avait un vieux monsieur
16:08dans la gare,
16:08il me voyait comme ça,
16:09il me disait,
16:10jeune homme,
16:10votre histoire de bouteille,
16:12ça ne marchera jamais.
16:13Arrêtez.
16:18Et il m'avait dit,
16:19je ne sais pas
16:19qui vous avait perdu,
16:22mais ça devait être
16:23quelqu'un
16:23que vous aimiez beaucoup.
16:25J'ai dit,
16:25oui monsieur,
16:26c'est moi.
16:28En même temps,
16:28vous vous êtes débrouillé
16:29très bien
16:30parce que vous avez monté
16:31plein de pièces,
16:32pendant des années,
16:32vous avez fait tout ce qu'il fallait
16:33pour progresser,
16:34pour apprendre votre métier,
16:35Michel Bougenard.
16:36On vous a presque rendu service.
16:38C'est ce que m'ont dit
16:39certaines personnes.
16:42J'ai un gros défaut,
16:43je suis très rancunier.
16:44Un jour,
16:44je crois,
16:45le monsieur qui était directeur
16:46de l'école du TNS,
16:48du Théâtre National de Strasbourg,
16:50dans la rue,
16:51et qui me dit,
16:52finalement,
16:52tu t'en es bien sorti,
16:53on ne t'a pas pris,
16:54mais tu t'en es bien sorti.
16:56J'ai craché dessus.
16:58Mais pourquoi ils ne vous ont pas pris ?
16:59C'est l'accent ?
17:00Je ne sais pas,
17:01je n'ai jamais su vraiment.
17:02Je n'ai jamais su vraiment
17:04est-ce que c'était parce que
17:05j'avais des problèmes physiques,
17:06est-ce que c'était à cause
17:07de mon accent,
17:08est-ce que parce que
17:08je voulais trop en faire,
17:10parce que j'étais déchaîné.
17:12Moi,
17:13j'étais...
17:14Le stage de sélection
17:16qui permet de passer
17:17de 40 à 10,
17:18il durait une semaine.
17:20Bon.
17:20Moi,
17:21à la fin de la semaine,
17:22j'avais déjà monté
17:22une troupe de théâtre
17:23avec les élèves,
17:24en disant,
17:25bon,
17:25si on est pris,
17:25alors on est ensemble,
17:26on va monter ça et tout.
17:27J'étais déchaîné.
17:29Et il y avait Jean-Pierre Vincent,
17:31oui,
17:32qui allait,
17:32que j'avais connu, moi,
17:35qui était en train de prendre
17:36la direction de Strasbourg
17:37après Perinetti
17:39ou après je ne sais plus qui.
17:41Et
17:43il m'avait trouvé dans les couloirs,
17:44il m'avait dit,
17:44mais qu'est-ce que tu fais là ?
17:45J'ai dit,
17:45je passe le concours,
17:48je suis en deuxième semaine là.
17:51Il me fait,
17:51mais attends,
17:52tu n'as qu'à me dire
17:53si tu veux rentrer à Strasbourg.
17:54J'ai dit,
17:54ben oui.
17:56on va s'en occuper.
17:58Il était avec Jean Jourdeuil,
17:59avec...
18:01Et j'ai dit,
18:01non,
18:02non,
18:02non,
18:02non,
18:02non,
18:02ça ne va pas,
18:03non.
18:03Pas de piston,
18:04rien du tout,
18:05je vais m'en sortir tout seul,
18:06je vais être pris de toute façon.
18:09Ça m'a...
18:12Oui, ça m'a aidé.
18:13Parce que l'indignation,
18:15ça vous aide.
18:16Charles Dullien disait,
18:17je fais du théâtre
18:17parce que je suis indigné.
18:20C'est vrai,
18:21l'indignation,
18:21ça vous aide.
18:22Alors,
18:23ça peut vous étouffer,
18:24ça peut vous tuer,
18:26mais si vous réussissez
18:27à en faire une force,
18:29alors,
18:29vous êtes indestructible après.
18:32Mais ça a été...
18:33J'en ai énormément souffert.
18:34J'aurais tellement aimé
18:35faire une école,
18:36si vous saviez
18:37comment j'en ai rêvé.
18:39Quand je vois mes enfants,
18:40ma fille est au Beaux-Arts,
18:42je l'envie.
18:44J'aimerais avoir son âge
18:45et aller au Beaux-Arts,
18:46moi aussi,
18:46ou au Conservatoire.
18:50J'aurais tellement aimé ça,
18:52si vous saviez.
18:52Ça m'a tellement manqué.
18:54Votre école,
18:54ça a été le théâtre
18:55et le café-théâtre
18:56car pendant des années,
18:57vous avez fait
18:58tout ce qui est possible
18:58et imaginable
18:59dans une époque
19:00où le café-théâtre
19:01était roi.
19:01Oui, absolument.
19:02J'ai fait tout.
19:03J'ai joué au théâtre,
19:04j'ai travaillé
19:05avec des enfants handicapés
19:07et ça a été fondamental
19:08et très formateur pour moi.
19:13Partout où il était possible
19:14de faire du théâtre,
19:14je le faisais.
19:15À l'époque,
19:16les cafés-théâtre,
19:16on payait une somme minimale,
19:18il y avait le chapeau
19:19à la fin pour les artistes.
19:20Vous avez fait tout ça
19:21en créant petit à petit
19:22votre personnage.
19:23Oui,
19:24les choses sont venues
19:25petit à petit.
19:26Les choses sont arrivées
19:27vraiment grâce aux enfants
19:29en classe d'adaptation
19:30avec qui je travaillais
19:31parce que
19:32ils m'ont montré la voie.
19:35Si je travaillais
19:35avec ces enfants handicapés,
19:37c'est parce qu'au fond
19:37de l'histoire,
19:39je me sentais comme eux.
19:41Je me sentais moi aussi
19:42inadapté au monde.
19:43On est devenus
19:44comme des frères
19:45alors que j'étais l'aîné.
19:47J'avais 20 ans,
19:4821 ans.
19:50à force de les voir
19:51créer leur spectacle,
19:54j'étais jaloux
19:55parce que ce qu'ils faisaient
19:55était magnifique.
19:56Et à la fin,
19:57qu'est-ce que j'ai fait ?
19:58J'ai fait comme eux.
19:59J'ai fait ce que je leur ai
20:01appris à faire.
20:02Et vous avez démarré
20:03le personnage d'Albert
20:04au Lucernaire.
20:05très discrètement au départ.
20:06Personne n'en voulait.
20:08Personne n'en voulait.
20:09À la fin,
20:10j'ai été voir le guilloché
20:11qui était le patron
20:12et j'ai dit
20:13écoutez,
20:13je vous paye.
20:14Donnez-moi le théâtre,
20:15je le loue.
20:16Voilà.
20:17J'ai demandé à tous mes copains
20:19qui, eux,
20:19étaient déjà
20:20dans la vie active
20:22presque,
20:23en tout cas,
20:23qui avaient plus d'argent
20:24que moi
20:24et j'ai eu 30 copains
20:26qui m'ont donné
20:27chacun 1000 balles
20:29et j'ai pris cet argent,
20:30j'ai dit voilà,
20:3130 représentations,
20:31c'était 1000 balles par jour.
20:33J'ai pris 30 représentations
20:34pour le petit théâtre.
20:35Au bout de 8 jours,
20:36c'était complet.
20:38Et au bout de 30 représentations,
20:41il est venu me voir,
20:42il m'a fait bon d'accord,
20:43alors maintenant on fait comment ?
20:44Il me dit quoi,
20:44on fait comment ?
20:45Il me dit bon,
20:46on fait 50-50.
20:47J'ai dit mais d'où
20:47on fait 50-50,
20:48ça va pas ?
20:50J'ai dit le théâtre
20:51c'est 1000 balles,
20:52je vous donne 1300 francs
20:53par jour
20:53et le reste c'est pour moi.
20:55Et vous avez 300 francs
20:57de bénéfice par jour
20:58et vous avez un de vos théâtres,
20:59parce qu'il y en avait plein,
20:59au Lucerne,
21:00il y en a plein,
21:01qui est occupé.
21:03C'était formidable.
21:05C'est la première fois
21:06que j'avais vu le mot complet
21:08à l'entrée.
21:08En plus, c'était venu
21:09par le bouche à oreille.
21:10Oui, complètement,
21:11complètement,
21:11complètement.
21:12Mais de toute façon,
21:13les gens de chez moi,
21:15c'est les plus grands
21:17haut-parleurs
21:18du monde.
21:19Vous croyez que la vérité,
21:21si je mens,
21:21ils font 9 millions d'entrées
21:22qu'avec des justes,
21:23tunisiens ?
21:24Non.
21:25Il y en avait 140 000
21:26en tout en Tunisie.
21:28Et de toutes les façons,
21:29il y a 400 000 juifs
21:30en France.
21:30Donc, quand ils font
21:319 millions d'entrées,
21:33c'est que
21:35le public
21:36a trouvé le chemin
21:39des films
21:40ou des spectacles
21:41grâce
21:42aux premiers
21:43qui sont allés
21:43et qui ont commencé
21:44à parler.
21:44Moi, si vous saviez,
21:46le Lucerne,
21:46moi je fais le journal
21:47de 20h
21:48de Léon Zitrone
21:49le dimanche.
21:49Comment je le fais ?
21:50Parce qu'il y a
21:51un dentiste
21:53qui a vu le spectacle
21:54et qui a adoré,
21:55il soignait
21:56un type qui s'appelait
21:57Michel Hallal
21:57qui travaillait
21:58à France 2 à l'époque,
22:01il y a dit
22:02je te soigne
22:02à moitié.
22:03Il dit,
22:03t'es fou quoi ?
22:04Il fait, oui,
22:05parce que je sais
22:05que je suis va me dire non.
22:06Non de quoi ?
22:07Je veux que t'ailles
22:07voir ce spectacle
22:08au Lucerne.
22:09Mais si tu m'emmerdes
22:10avec ton histoire,
22:11je te soigne plus.
22:12Il était tellement déterminé
22:14qu'il est allé voir
22:16le spectacle.
22:16Il a adoré,
22:17il est allé voir
22:17Betty Durot
22:18qui dirigeait
22:19l'information
22:20sur France 2
22:21à l'époque
22:22et je me suis retrouvé
22:23au journal télévisé
22:24de Léon Zitrone
22:25le dimanche soir
22:25devant 10 ou 12 millions
22:27de spectateurs
22:28de téléspectateurs.
22:29Et vous imaginez
22:30le théâtre,
22:30il faisait ça en place.
22:31Est-ce que vous imaginez
22:32le téléphone
22:33le lendemain
22:34au théâtre ?
22:35Ça,
22:35je souhaite à tout le monde
22:36de vivre ça.
22:38Il explosait le téléphone.
22:40Même le téléphone,
22:40il te disait
22:41je t'en supplie,
22:42coupe le fil,
22:43je ne peux plus,
22:44je vais mourir.
22:46Et il y avait
22:46trois personnes
22:47qui répondaient
22:48tout le temps
22:48et qui disaient
22:49non c'est complet,
22:50non c'est complet.
22:50Ah oui,
22:51non,
22:51on a une place
22:51dans un mois.
22:52Ah oui,
22:52il y a une défection,
22:53il y a une demi-place.
22:54Coupez-vous en deux.
22:55C'était
22:57la première fois
22:58de ma vie
23:00que j'avais l'impression
23:00de toucher
23:01le cœur des gens.
23:02C'était génial.
23:03Il y avait Laurent Terzièf
23:04qui était le patron
23:06de ce théâtre.
23:06Enfin,
23:08c'était pas le patron
23:09mais c'est pas lui
23:10qui choisit
23:10les spectacles
23:11et tout
23:12que j'ai rencontré
23:13à ce moment-là.
23:13Il marchait comme ça
23:14dans la tête.
23:15C'était une ombre
23:16magnifique.
23:17On a l'impression
23:18qu'il n'était pas
23:19sur terre,
23:20qu'il était d'ailleurs,
23:21qu'il venait
23:22nous rendre visite.
23:23Et il était
23:24très gentil avec moi.
23:26Il m'avait dit
23:28profite du succès,
23:30c'est pas tous les jours.
23:31Exactement.
23:31Mais le succès a continué
23:32et il y a une autre date
23:34importante dans votre parcours.
23:35c'est le 22 février 1986.
23:38A tout de suite
23:39sur Sud Radio
23:40avec Michel Boujna.
23:41Sud Radio,
23:42les clés d'une vie.
23:43Jacques Pessis.
23:44Sud Radio,
23:45les clés d'une vie.
23:45Mon invité,
23:46Michel Boujna.
23:47Nous parlons tout à l'heure
23:48du festival de Ramatuel.
23:49Cher à votre cœur,
23:50cher à notre cœur aussi.
23:52On en revient à une date.
23:53On a évoqué vos débuts
23:54au théâtre.
23:5522 février 1986.
23:57Votre premier trophée,
23:59le Palais des Congrès,
24:00la 11ème nuit des Césars.
24:02Une soirée présidée
24:03par Madeline Renaud
24:04et Jean-Louis Barraud.
24:05D'ailleurs,
24:05qu'on a totalement oublié
24:06ensuite,
24:06qu'on a laissé mourir
24:07dans la plus totale solitude.
24:10C'est un scandale.
24:10Et ce jour-là,
24:11vous montez sur scène
24:12grâce à ce film.
24:13Quand je vis Madeline
24:17pour la première fois...
24:19Un César du meilleur second rôle.
24:21Un moment fort.
24:22Vous y attendiez,
24:23ce César ?
24:24Moi, je pensais
24:25qu'on allait avoir
24:25un César collectif
24:26pour les trois.
24:28Parce que ce n'était pas juste.
24:29On aurait dû avoir
24:30le César du meilleur acteur
24:31à trois.
24:32Comme ça...
24:34Parce que moi,
24:35je me suis retrouvé
24:36un peu tout seul
24:37comme un idiot sur scène
24:38ce jour-là.
24:40Roland et Giraud
24:41et André Dussolier
24:42m'ont beaucoup manqué.
24:44Alors, j'étais content,
24:45évidemment.
24:46Parce que c'était...
24:48Voilà, c'était une reconnaissance
24:49et tout ça.
24:50Et ça fait toujours du bien.
24:52Moi, par exemple,
24:52j'ai toujours été très malheureux
24:53au fond,
24:54de ne jamais avoir de Molière
24:55pour l'ensemble
24:55de mon travail au théâtre.
24:58J'en ai souffert
24:59et j'en souffre, d'ailleurs.
25:00Honnêtement.
25:01J'en souffre pas
25:02au point de m'ouvrir les veines.
25:04Parce que...
25:05On va dire que
25:05ce n'est pas le plus important.
25:07Le plus important,
25:07c'est le public.
25:09Vous avez dit un jour,
25:10je crois...
25:11Je me suicide
25:11et je te rappelle.
25:12Oui, absolument.
25:13Mais ça, je fais ça souvent.
25:14Je me suicide beaucoup, moi.
25:18Donc,
25:19c'était bien.
25:20C'était bien,
25:20c'est triste en même temps.
25:22Voilà.
25:23Heureusement,
25:23Colline l'avait eu.
25:24Parce que ce jour-là,
25:25le couffin a eu
25:26trois Césars, je crois.
25:27Exactement.
25:28Alors,
25:29Colline Serraud,
25:29c'est aussi un miracle
25:30parce que vous voulez jouer
25:31avec Colline Serraud
25:32et elle vous téléphone.
25:33Oui, c'est incroyable.
25:34Au moment où je dis,
25:35ah, moi,
25:36il y a quelqu'un
25:36qui aimerait bien tourner
25:37et un assistant
25:38qui vient voir,
25:39je tournais un autre film
25:39à l'époque
25:40avec John Berry
25:41et il me dit,
25:42il y a Colline Serraud
25:43qui te demande au téléphone.
25:45Je dis,
25:45arrête de déconner.
25:46C'est pas possible.
25:47Je viens de le dire.
25:48Je croyais que c'était une blague, moi.
25:50C'était vraiment Colline Serraud.
25:52Et il lui manquait un acteur
25:54et elle cherchait.
25:55Parce que personne
25:55ne voulait être de ce film.
25:56Elle n'avait plus d'acteur.
25:57En fait,
25:58ce qui s'est passé,
25:58Daniel Auteuil devait faire
25:59le rôle que j'ai joué.
26:01Mais Daniel Auteuil,
26:02il rêvait de faire
26:03Malon des sources.
26:04Quand il a appris
26:04que Coluche ne le ferait pas
26:05avec mon temps,
26:06il a foncé chez Claude Berry,
26:08il lui a fait Hugolin
26:09et Claude Berry l'a engagé.
26:11Il a appelé Colline
26:12en disant,
26:12ah, c'est fini
26:13pour moi le couffin.
26:15Pardon, pardon,
26:15je ferai un autre film
26:16avec toi,
26:16mais pas maintenant,
26:17je ne peux pas.
26:17C'est trop important
26:18pour moi,
26:20Hugolin.
26:21Elle s'est retrouvée
26:21et l'autre rôle était,
26:23parce qu'elle n'en avait
26:23que deux à l'époque,
26:24elle s'était tenue
26:25étrangement par Guy Bedos.
26:27Et Guy,
26:28elle lui a dit,
26:29bon, on va repousser
26:30parce que je n'ai plus que toi.
26:32Et Guy a dit,
26:32non, non, je ne peux pas.
26:33Moi, je pars en tournée.
26:34J'ai une tournée énorme.
26:35Je ne peux pas annuler.
26:36Donc, il a quitté le film.
26:37Elle s'est retrouvée toute seule.
26:39C'est là où elle m'a appelé.
26:40Et après,
26:41on s'est retrouvés
26:41tous les deux avec Colline
26:42et on avait le bouquin
26:43des acteurs, là.
26:45Et on regardait les photos,
26:46on disait,
26:46alors, lui,
26:47non, il a dit non.
26:48Lui, il a dit,
26:48effectivement,
26:49il y avait énormément d'acteurs
26:50qui avaient dit non.
26:51Énormément.
26:52C'est fou, hein ?
26:53Et on est tombé sur Roland.
26:56Roland était tellement motivé.
26:57Parce qu'au début,
26:58elle n'était pas chaude.
27:00Et moi, j'habitais
27:01dans le même immeuble
27:02qu'André Dussolier,
27:04près de la porte d'Orléans.
27:05Lui, il avait un très bel appartement.
27:07Moi, j'avais un trou.
27:09Mais on était copains.
27:10Parce qu'il joue au foot
27:11avec mon frère.
27:12Enfin, moi, je vous passe
27:12les détails.
27:14Et j'ai été voir André.
27:15J'ai dit,
27:15lise ce scénario
27:15parce que je pense
27:16que ça serait super
27:17que tu fasses le film
27:18avec moi et Roland.
27:20Et c'est comme ça
27:20que ça s'est passé.
27:22Et André est arrivé
27:23sur le projet.
27:24Et à ce moment-là,
27:25elle avait ses trois comédiens.
27:26Et Coline Serrault,
27:27d'ailleurs, vous parliez de Coluche.
27:28Elle a débuté avec Coluche
27:29en écrivant l'un des premiers
27:31spectacles de Coluche
27:32qui était Thérèse et Triste
27:33au Café de la Gare.
27:34Absolument.
27:35Elle a beaucoup évolué depuis.
27:36Alors, il se trouve que,
27:37en plus,
27:38autre miracle,
27:38vous arrivez sur une civière
27:40alors que vous auriez pu
27:41ne pas tourner ce film
27:42la veille du premier jour.
27:43Oui, parce que
27:44dans Voyage à Paimpol
27:45de John Berry,
27:47le fameux film
27:48où on est venu me dire
27:49il y a Coline Serrault au téléphone,
27:51le dernier jour de tournage,
27:53je prends un coup de fusil,
27:55un coup de fusil,
27:56un coup de crosse de fusil
27:57dans les coronés.
28:02Très violent,
28:03j'ai très mal sur le moment,
28:04puis ça passe,
28:05et puis la nuit,
28:06je me tords de douleur,
28:07j'appelle mon père,
28:07le médecin,
28:09il me dit,
28:10allez hop,
28:10en urgence,
28:11à la clinique,
28:12opération,
28:13le lendemain,
28:14je tourne.
28:17Donc,
28:17c'est complètement dingue.
28:18On m'opère à 8h du matin,
28:20le lendemain,
28:21je commence à tourner le couffin.
28:22Et il n'est pas question
28:23de ne pas y aller
28:24parce qu'il y avait tellement
28:25peu d'argent sur ce film
28:27qu'il ne pouvait pas se permettre
28:28de prendre une journée dans les dents.
28:30Donc,
28:30j'étais sur une civière
28:32avec des perfs.
28:33Dès que je devais tourner,
28:35je me levais,
28:35on enlevait les perfs,
28:36je faisais la scène,
28:37je retournais dans le lit.
28:38et ça a duré comme ça
28:392-3 jours.
28:40Après,
28:41j'allais mieux.
28:43Et c'est pour ça
28:44que je cours dans le couffin
28:47en canard,
28:48les pieds en canard
28:49parce que j'ai des couches.
28:51J'ai des couches.
28:51Comme le bébé.
28:52Oui,
28:52comme le bébé.
28:53Et d'ailleurs,
28:54plusieurs fois,
28:54on a changé le bébé
28:55et moi.
28:56En même temps,
28:57c'est fou.
28:58En plus,
28:59vous avez été guéri
29:00et vous avez dû continuer
29:01à marcher en canard.
29:02Oui,
29:02puisque j'avais commencé comme ça.
29:04Non seulement j'ai été guéri,
29:06c'était rigolo,
29:07j'ai été obligé de continuer
29:09à...
29:09Et en même temps,
29:10à l'époque,
29:12c'est parce qu'on a tourné,
29:13c'était pendant Roland-Garros.
29:15Et moi,
29:16j'adorais,
29:16j'adore toujours jouer au tennis,
29:18il y avait un tournoi
29:19des personnalités à l'époque
29:20et j'ai gagné le tournoi
29:21avec mes couches.
29:23On ne peut pas dire
29:24que vous en teniez une couche pourtant.
29:26Non,
29:26pas du tout.
29:27On a bien rigolé.
29:29C'était dur,
29:30attention.
29:31Le tournage était dur,
29:32mais quand même,
29:32c'est un merveilleux souvenir.
29:34Oui,
29:34en plus,
29:34vous pensiez que ça marcherait,
29:35mais jamais à ce point-là.
29:37Ah oui,
29:37oui.
29:37Non,
29:38moi,
29:38j'aimais Colin Serrault,
29:39j'adorais tous ses films,
29:40elle n'avait jamais fait
29:41un grand succès populaire.
29:44J'aimais ça,
29:45j'espérais que ça marche.
29:46De toute façon,
29:47il n'y avait pas d'argent du tout,
29:48mais du tout,
29:49mais du tout.
29:50C'était vraiment
29:52ras la casquette.
29:54Et c'était Roland Giraud
29:55qui disait tout le temps,
29:56détendez-vous,
29:57on va gagner beaucoup d'argent
29:57avec ce film,
29:58détendez-vous,
29:59ce film va être un succès.
30:00Et je lui disais,
30:01arrête de peindre le diable
30:02sur le mur,
30:04même si j'espérais,
30:05évidemment.
30:06Mais il n'y avait que Roland
30:07qui était sûr
30:07que ça ferait un grand succès.
30:09Mais il ne savait pas
30:09à quel point.
30:10Mais comment on l'explique,
30:11ce succès ?
30:12Je pense que c'est la première fois
30:14d'abord qu'on voyait des hommes
30:16s'occuper d'un nourrisson.
30:18Ensuite,
30:19je pense que ça parle
30:20de la part féminine des hommes.
30:25Parce qu'on a tous
30:26une part féminine,
30:27une masculine,
30:29femme ou homme,
30:31qui avait une vraie sincérité
30:32dans cette histoire.
30:33Et c'était un regard
30:33sur les hommes
30:34complètement différent.
30:35Il ne faut pas oublier
30:36qu'on est en 86 à peu près.
30:40Le monde a changé depuis.
30:43Ce n'est pas choquant
30:44de voir aujourd'hui
30:44un homme avec un bébé
30:45dans les bras
30:46en train de pousser
30:46une poussette dans la rue.
30:48Nous, à notre époque,
30:49ce n'était pas si évident,
30:50malgré le MLF et tout ça.
30:52Et donc,
30:54je pense que ce qui a joué,
30:55c'était une nouvelle vision
30:57des hommes.
30:58En même temps,
30:59il y a eu une suite.
31:00On pourrait imaginer aujourd'hui
31:01un troisième couffin
31:04avec les grands-pères.
31:05Oui, absolument.
31:06Absolument.
31:06Ce serait rigolo de faire ça.
31:08Il se trouve aussi
31:08que le cinéma,
31:09vous avez tourné
31:10plusieurs films
31:10que vous avez enlevés
31:11de votre filmographie.
31:12Je crois que le premier
31:13vraiment qui vous a intéressé,
31:15c'est un film tiré
31:16de Gérard Lausier,
31:18Tranche de vie.
31:19Oui.
31:20Ça, c'est parce qu'il y avait
31:21Laurent Antonelli.
31:23Et ils m'ont appelé.
31:24Vous savez,
31:24ma voix a changé
31:25dès que je pense
31:26à Laurent Antonelli.
31:28Et j'étais amoureux
31:29de Laurent Antonelli.
31:30Amoureux.
31:31Comme un fou
31:31que j'avais vu ces films
31:32et tout.
31:33Que je voyais en boucle.
31:35Et on m'appelle
31:35et on me dit
31:37voilà,
31:38c'est un film à sketch.
31:39Est-ce que vous voulez bien
31:39en faire un
31:40avec Laurent Antonelli ?
31:41Mais monsieur...
31:42Et c'était deux grands
31:43producteurs,
31:44Mouchkine et Dan Singer.
31:46Et moi,
31:47j'étais prêt à leur dire
31:48mais gratos.
31:49Si vous voulez même,
31:50je paye pour faire le film.
31:51Moi,
31:51j'ai commencé à gagner
31:52pas mal ma vie
31:53avec mon spectacle
31:55que je jouais au Splendide.
31:56Et j'en avais rien à foutre.
31:58De toute façon,
31:58je gagnais déjà
31:59suffisamment pour vivre.
32:01Je me souviens,
32:01je m'étais acheté
32:02une Mercedes 190.
32:05Intérieur cuir.
32:05Toi,
32:06ouvrant.
32:06J'avais même mis
32:07le téléphone dedans,
32:08Télécom 2000.
32:10C'est-à-dire que
32:10je me servais
32:12de ce téléphone,
32:12vous savez comment ?
32:13Non.
32:13J'ai dit,
32:14allô,
32:15ça va ?
32:15Pourquoi je t'appelle ?
32:17C'est simple,
32:18c'est juste pour te dire
32:19que je t'appelle
32:19de ma voiture.
32:20Tu te rends compte
32:21ou pas ?
32:21De la bagnole.
32:22Et je raccrochais.
32:23Quand j'ai reçu la note,
32:26je croyais que j'avais acheté
32:28une compagnie de téléphone.
32:30Et tellement c'était cher.
32:31Et puis,
32:34comment dire ?
32:35De quoi je parlais ?
32:37Sur le téléphone,
32:37justement,
32:38il y a une chose extraordinaire.
32:39Un jour,
32:39Francis Blanche
32:40a le téléphone dans sa voiture.
32:41Et son premier coup de fil,
32:42c'est Pierre Lazareff,
32:44le directeur de France,
32:45en disant,
32:45je t'appelle de ma voiture.
32:47Et Pierre Lazareff a répondu,
32:48ne quitte pas,
32:49je suis sur l'autre ligne.
32:51C'est extraordinaire.
32:52Et c'est vrai.
32:52C'est tout à fait ça.
32:53Et donc,
32:54voilà,
32:55après,
32:56le couffin est devenu
32:57ce qu'il est devenu.
32:58Et je pense qu'il est devenu
32:59parce qu'il y avait
33:00une nouvelle vision des hommes.
33:01Alors,
33:01je reviens à Trange de Vie,
33:03effectivement,
33:03donc avec Laurent Antonelli.
33:04Ah !
33:05Laurent Antonelli,
33:06c'était tellement incroyable.
33:08Tellement incroyable.
33:09Je peux le dire maintenant.
33:10Il y avait une scène...
33:11Alors,
33:11moi,
33:12je jouais à un type
33:13qui devait rendre jaloux
33:15Jean-Pierre Cassel,
33:17que j'adorais
33:18parce qu'il faisait des claquettes.
33:19Et je ne le connaissais pas
33:21si bien que ça.
33:21Enfin,
33:21un petit peu quand même.
33:23Et donc,
33:23je devais me jeter
33:25sur Laurent Antonelli
33:26qui était allongé
33:27sur un divan.
33:28Et elle était
33:29en déshabillée.
33:30Il faut bien comprendre,
33:33Monsieur Péci,
33:34dans quel état
33:35je pouvais être.
33:36Et je répète
33:38avec elle
33:39et elle me dit
33:40« Fais attention,
33:41je n'ai pas la culotte. »
33:44j'étais dans un état
33:45d'émotion
33:48incroyable.
33:49Et il y avait une scène
33:52juste après
33:52où elle devait
33:53me donner une claque.
33:54Et c'est là
33:55où tout s'est écroulé.
33:56Parce que
33:57Laurent Antonelli
33:58faisait du jardinage.
34:00Et à mon avis,
34:01sans gants.
34:05Et elle m'a dit
34:06« C'est difficile la claque. »
34:08« Allez-y, donnez-le à moi.
34:10Tout ce qui vient de vous
34:11est un bonheur pour moi. »
34:12Elle m'a dit
34:12« Vous êtes sourd ? »
34:13J'ai fait
34:14« Oui, je suis sourd. »
34:15Elle m'a dit
34:16« C'est difficile la claque. »
34:16Elle m'a démonté la tête.
34:19J'ai vu des cloches
34:20pendant longtemps.
34:22C'était...
34:23Mais le tourner
34:24avec Laurent Antonelli.
34:26Quel rêve !
34:26Vous vous rendez compte ?
34:27Il y avait
34:27tous mes copains
34:29à 20 mètres du tournage
34:31qui essayaient
34:31de regarder.
34:33Et c'est vrai
34:34qu'après,
34:35vous n'êtes jamais revue
34:35avec Laurent Antonelli.
34:36Non, jamais.
34:37Elle partait le soir.
34:39Elle venait de rompre
34:40avec Belmondo.
34:42Oui.
34:45Et je pense
34:46qu'il a beaucoup aimé
34:47cette femme.
34:49Et elle avait un type
34:50qui venait la chercher
34:51en Rolls
34:51après le tournage
34:52qui souvient que je lutte, moi.
34:54Ce type,
34:55il arrive en Rolls
34:55et après,
34:56c'était un assez bel homme.
34:58J'avais envie
34:59de le buter, moi.
34:59Oui.
35:01Et...
35:04Elle a joué
35:04la comédie avec moi.
35:05Elle était très professionnelle.
35:07Elle était parfaite.
35:08Elle était adorable.
35:08Elle était très gentille.
35:10Mais bon,
35:11c'est la vie.
35:12Première scène
35:13avec Laurent Antonelli,
35:13je dois l'embrasser
35:14sur la bouche.
35:15Mais vous vous rendez compte
35:15ou quoi ?
35:16Mais les deux producteurs,
35:17moi,
35:18quand ils m'ont dit
35:19à l'époque,
35:20c'était 50 000 francs.
35:22Moi, j'allais leur dire
35:22mais non,
35:23je n'en veux pas
35:23de votre argent.
35:24Je peux dire quelque chose ?
35:25L'autre,
35:26il me fait 60.
35:27J'ai dit
35:27mais écoutez,
35:28je veux juste
35:28vous dire un truc.
35:29L'autre,
35:29il fait 70.
35:31À la fin de cette séance,
35:33il y a un des deux,
35:35je ne sais plus si c'est
35:35Mouchkine ou Dan Singer,
35:36qui dit
35:37bon,
35:37c'est 100 000 francs
35:38parce que je n'avais pas d'agent.
35:40C'est 100 000 francs
35:41et tu sors d'ici.
35:43Je sors,
35:43je me retourne.
35:44Juste avant de sortir,
35:45je leur dis
35:45non,
35:46je voulais juste vous dire
35:46j'étais prêt à le faire
35:47gratuitement.
35:49Ils m'ont jeté un cendrier.
35:51Et on a passé
35:52un tournage de rêve
35:54parce qu'ils venaient,
35:54évidemment,
35:55ils venaient sur le tournage.
35:57Grande classe.
35:58Et moi,
35:58on riait beaucoup ensemble.
36:01Et je leur disais
36:02pendant le tournage,
36:03vous vous rendez compte
36:03où je suis ?
36:04Vous vous rendez compte
36:04de ce que je suis en train de vivre ?
36:06Qu'est-ce que je suis ?
36:07Moi,
36:07je ne suis rien du tout.
36:08C'est un petit juif tunisien
36:09qui fait des spectacles.
36:10Je me retrouve avec
36:10Laurent Antonelli.
36:11C'est Malicia.
36:13C'est-à-dire que
36:15c'était fou, quoi.
36:16Malicia,
36:17j'ai dû le voir
36:18652 fois
36:19avant de faire ce film.
36:22Ah, mon Dieu.
36:23Ça, c'est les souvenirs du passé.
36:24Maintenant,
36:25on va revenir au présent
36:25avec la date du 29 juillet 2026.
36:28A tout de suite
36:28sur Sud Radio
36:29avec Michel Bougenat.
36:31Sud Radio,
36:31les clés d'une vie.
36:32Jacques Pessis.
36:33Sud Radio,
36:34les clés d'une vie.
36:35Mon invité,
36:35Michel Bougenat.
36:37Donc,
36:3729 juillet 2026,
36:39monsieur le directeur,
36:40si j'ose dire,
36:40puisque vous êtes
36:42depuis 2007
36:43le directeur artistique
36:44du Festival de Raventuel,
36:45manifestation
36:46devenue traditionnelle
36:47et importante.
36:48D'abord,
36:48comment êtes-vous arrivé
36:49dans cette aventure ?
36:50Ben, bizarrement,
36:53l'année de la disparition
36:55de Jean-Claude Briali
36:55qui l'avait créée
36:56avec Jacqueline Franjou,
36:57le festival,
36:59elle avait invité
37:01chaque soir
37:03un artiste
37:04que Jean-Claude
37:05et elle aimaient bien
37:06pour présenter la soirée.
37:08Puisque tous les soirs,
37:09il y a quelqu'un
37:09qui vient présenter la soirée.
37:10Bon, et moi,
37:11je me souviens très bien,
37:13j'étais venu en bateau,
37:14je n'avais pas de chaussures.
37:15J'avais un costume,
37:16j'avais oublié mes chaussures.
37:18Et,
37:20et après,
37:22elle m'a rappelé
37:23le lendemain en disant,
37:24voilà,
37:24le conseil d'administration
37:25du Fissel a décidé
37:26que ça serait toi
37:26qui prendrais la place
37:27de Jean-Claude.
37:28J'ai dit,
37:28mais vous êtes fou ?
37:30Fou !
37:30Charlie Marouani,
37:32mon agent,
37:33et ma mère,
37:34m'ont dit,
37:34si tu refuses,
37:35on te tape.
37:38J'ai dit à Jacqueline,
37:39pourquoi moi ?
37:40Elle me dit,
37:40parce qu'on a vu
37:41une photo
37:42de Briali et toi,
37:43où Briali
37:44te met la main
37:45sur l'épaule.
37:47et c'était comme
37:47s'il te désignait.
37:49C'est complètement mystique.
37:51Parce qu'on avait
37:51tourné un film
37:52avec Jean-Claude,
37:54avec Gérard Rouy,
37:57et on était devenus,
37:59enfin,
37:59pas amis,
38:01parce qu'il ne faut pas
38:02galvauder les mots.
38:03Aujourd'hui,
38:03les mots n'ont plus de sens.
38:04Mais disons qu'on s'appréciait
38:07vraiment.
38:08Et il appréciait
38:08mon travail aussi.
38:11Voilà.
38:12Et puis j'ai dit,
38:12bon, d'accord,
38:13ok,
38:13je le fais pendant un an.
38:15Mais je ne fais pas plus.
38:16Oui.
38:17Ça fait 19 ans.
38:19Donc,
38:20c'est un festival magnifique
38:23dans un théâtre magnifique.
38:25Je tiens à préciser
38:26qu'on voit bien
38:26de partout.
38:27De partout.
38:29Totalement.
38:29Je n'ai jamais compris
38:30pourquoi,
38:31quand on construisait
38:32des théâtres,
38:32on ne faisait pas
38:32comme les Grecs.
38:33Parce que les Grecs,
38:34ils sont loin d'être bêtes.
38:36En tout cas,
38:37au niveau du théâtre.
38:38Et on devrait,
38:39comme le théâtre de la ville.
38:40Le théâtre de la ville,
38:41c'est exactement
38:43la structure
38:43des théâtres antiques grecs.
38:45Bien sûr.
38:46Et au théâtre de la ville,
38:47on voit bien de partout.
38:48Exactement.
38:49Et alors,
38:49il se trouve,
38:49c'est un nouveau métier pour vous
38:50parce que,
38:51être directeur artistique
38:52d'un festival,
38:53ce n'est pas être sur scène
38:54tous les soirs
38:54ou ce n'est pas tourner un film.
38:56Absolument.
38:57C'est une autre fonction.
38:58C'est s'occuper des autres.
39:01Et j'adore ça.
39:02J'adore recevoir les gens.
39:04Chez moi,
39:05j'adore recevoir.
39:07Et je connais les artistes.
39:08Je sais leurs angoisses.
39:10Je sais qu'ils sont fragiles.
39:13Ou au contraire,
39:13ils ont besoin
39:14d'être tout le temps
39:15avec les autres
39:16avant de jouer,
39:17d'être dans l'énergie.
39:18Absolument.
39:18Il y en a d'autres
39:19qui ont besoin d'être seuls.
39:20Il y a tellement
39:21de gens différents.
39:22Mais c'est passionnant.
39:23Je rentre
39:26dans l'intimité d'artistes
39:27que j'admire
39:28et qui viennent à Ramatuel
39:29et je vis un...
39:32C'est un privilège pour moi.
39:33Pour enlever la montre.
39:35Je croise Mathieu Chédide
39:37en bateau.
39:38Il était en bateau,
39:39moi aussi.
39:40Et puis,
39:41on se parle.
39:44Et dans cette discussion,
39:46je dis,
39:46mais pourquoi vous ne viendrez pas
39:46à Ramatuel chanter ?
39:48Il me dit,
39:48ah oui,
39:48c'est une très bonne idée.
39:49Je veux bien venir.
39:51Et on a
39:52Mathieu Chédide
39:53à Ramatuel.
39:54Et ça a été extraordinaire
39:56parce que le théâtre
39:56est tellement génial
39:59qu'il se passe toujours
40:00quelque chose
40:00de bouleversant
40:01pendant les représentations.
40:02Toujours.
40:03Donc,
40:05et Mathieu,
40:06il n'y a pas dérogé.
40:07Il est sorti de là
40:08en me disant,
40:08mon Dieu,
40:09qu'est-ce que c'était bien.
40:10Mais non seulement ça,
40:11mais il y a ce fameux
40:12lancé de coussin.
40:13Moi,
40:13j'ai joué à Ramatuel
40:14un spectacle sur Piaf
40:16grâce à Briali
40:17qui l'avait repéré
40:18au moment des lancements
40:19de coussin,
40:20j'ai perdu une paire
40:20de lunettes.
40:21C'est-à-dire,
40:22mais c'est une ambiance
40:23qu'on ne peut trouver
40:23nulle part ailleurs.
40:24Ah non,
40:24ça c'est unique.
40:26Le lieu est unique,
40:27le comportement du public
40:28est unique,
40:29le rapport scène-sale
40:30est incroyable.
40:31Il est aussi chaleureux
40:33et intéressant
40:34pour le public
40:35que pour les acteurs.
40:36Et c'est un public
40:36très particulier
40:37parce qu'il y a aussi bien
40:38des gens
40:39qui sont des sponsors
40:40et qui sont des personnalités
40:41que le tout venant.
40:43Ah non,
40:43il y a tout.
40:44Bien sûr,
40:44parce qu'on ne remplit pas
40:461200 places par jour
40:47qu'avec des snobs.
40:49Non,
40:50il y a le grand public
40:50qui est là,
40:51qui est dans les campings,
40:52qui est à la plage,
40:53qui est...
40:53Voilà,
40:54et il y en a plein d'ailleurs
40:55qui viennent pour faire
40:56le festival.
40:58C'est leurs vacances.
40:59Donc la journée,
41:00plage, machin,
41:00tout ça,
41:01et le soir,
41:01théâtre.
41:02Théâtre ou musical,
41:03ou voilà.
41:04Mais quand on pense
41:05que ce festival
41:05était prévu au départ
41:06pour une édition
41:07en hommage à Gérard Philippe,
41:09parce que Briali
41:09avait rencontré
41:10Jean-Claude Franjou,
41:10je crois qu'il cherchait
41:11une maison,
41:12on n'imaginait pas
41:13que ce serait ça.
41:13Comment expliquer
41:14la longévité
41:15et le succès dramatuel ?
41:16Je crois que c'est parce
41:18que la sélection
41:19des spectacles
41:19chaque année
41:21remplit au fond
41:24le principal critère
41:26pour moi,
41:26c'est-à-dire
41:28est-ce qu'on veut
41:28vraiment parler aux gens ?
41:31Est-ce qu'on veut
41:31vraiment aller dans leur cœur ?
41:32Est-ce qu'on veut vraiment
41:34que nos émotions
41:35touchent les autres
41:36parce qu'au fond,
41:37ils ont les mêmes ?
41:38Je pense que
41:39quand on arrive
41:40à trouver
41:40et à chercher
41:41des spectacles comme ça,
41:42qui ont cette force-là,
41:44on ne peut pas se planter.
41:45Alors,
41:46il y a toutes sortes
41:47de spectacles.
41:47D'abord,
41:47il y a les classiques,
41:49il y a le bourgeois gentilhomme,
41:50il y a 12 hommes en colère.
41:5212 hommes en colère,
41:53au départ,
41:54c'était un film,
41:55vous qui êtes réalisateur,
41:57il y avait 365 plans
41:58parce qu'ils n'avaient
41:59pas de budget
42:00et ils ont tourné
42:01ce film en 21 jours
42:02et ça a été
42:02un succès mondial.
42:03Et c'est vrai
42:03que les classiques,
42:05tous les publics
42:06sont attentifs
42:07aux bourgeois gentilhommes,
42:09à 12 hommes en colère
42:10ou à l'avare
42:11que vous avez joué.
42:11Oui, absolument.
42:13Et ça,
42:14c'est la magie.
42:15Ça,
42:15c'est la magie
42:16en ce qui concerne
42:18l'avare de Molière.
42:20Il est incroyable.
42:21Moi,
42:22je dis il est incroyable,
42:22j'en parle au présent
42:23parce que
42:25tant qu'un auteur est joué,
42:26il n'est pas mort.
42:27Il n'est pas mort.
42:28Molière n'est pas mort.
42:29Non.
42:30Non.
42:30Il ne sera jamais mort.
42:31On ne peut pas le voir.
42:32Il refuse tous les interviews.
42:35Mais,
42:35il n'est pas mort.
42:37Et puis,
42:37il y a un auteur vivant
42:38que j'ai reçu
42:39dans les clés d'une vie
42:39qui est Jean-Claude Grimbert
42:40qui a eu un succès incroyable
42:42avec l'atelier
42:43et un succès mondial
42:44et qui est avec sa dernière pièce
42:46avec Jean-Pierre Daroussin
42:48et Christine Briot.
42:48Oui,
42:49mais ça,
42:49ce n'est pas...
42:50On est dans une vraie proposition,
42:55je dirais,
42:55plus dure,
42:56quoi,
42:57qui est du côté
42:58presque obsurde de la vie.
43:00alors que c'est vrai
43:02que l'ADN,
43:03enfin,
43:04le mien d'ADN
43:05pour Amatuel,
43:06c'est d'abord de rire.
43:07De rire et de pleurer,
43:08mais d'abord de rire.
43:09Mais ça va être
43:10un moment formidable, ça.
43:11Il y a des humoristes,
43:12de toute façon,
43:13qui sont là.
43:14Et puis,
43:14il y a un comédien extraordinaire,
43:16c'est Thierry Frémont
43:16qui est capable de tout jouer.
43:18Avec cette pièce,
43:19c'est aussi
43:20une évolution du théâtre,
43:21une heure à t'attendre
43:22qui a démarré discrètement
43:23pour un mois
43:24et qui est un triomphe.
43:26Oui,
43:26ça,
43:26c'est vrai.
43:26Et ça,
43:27l'évolution du théâtre aussi,
43:28c'est quelque chose.
43:29Vous qui avez fait
43:29beaucoup de théâtre,
43:31on ne va plus au théâtre,
43:32on ne fait plus
43:32les mêmes pièces
43:33qu'il y a 25 ans.
43:34Non,
43:35mais regardez,
43:35quand on a joué la barre,
43:36on a fait un succès populaire
43:38et on n'a pas changé
43:39une ligne de la barre.
43:42Donc,
43:43moi,
43:43ce que je crois,
43:44c'est qu'il n'y a pas
43:45de recettes,
43:46il n'y a pas de règles.
43:46La seule règle,
43:47c'est que les artistes
43:48qui sont sur scène,
43:49il faut qu'ils fassent
43:52ce qu'ils ressentent vraiment,
43:54il faut qu'ils fassent
43:54ce qu'ils aiment vraiment
43:55et que le théâtre
43:57ne soit pas un moyen
43:57pour plus tard faire du cinéma
43:59ou un moyen
44:00pour gagner de l'argent.
44:02Tout ça,
44:02on s'en fout
44:04parce que tout ça,
44:05c'est des conséquences.
44:06Mais le vrai cœur
44:08de l'histoire,
44:10c'est vous
44:12quand vous êtes
44:13à Casa Olanca.
44:17Oui,
44:18c'est ça.
44:21Et c'est vraiment
44:22les moments
44:23où il se passe quelque chose.
44:24il y a une fusion
44:25entre le public
44:26et l'artiste.
44:28C'est aussi
44:29pas courant
44:29dans le théâtre.
44:30Non,
44:30Ramatuel est un exemple
44:31pour ça.
44:33C'est magique.
44:34Je ne sais pas
44:35comment vous expliquer.
44:37Pourtant,
44:37je ne suis pas mystique.
44:40Vous savez,
44:41ce que c'est la référence
44:41souvent que je fais,
44:42c'est que
44:43ça vous est arrivé
44:43d'arriver dans un endroit
44:44et en disant
44:45qu'est-ce que c'est bien ici,
44:47je resterai bien dix ans.
44:50Vous avez un endroit
44:51où vous vous sentez bien.
44:52Et il y a l'inverse aussi,
44:53évidemment.
44:54Ramatuel,
44:54c'est ça.
44:55C'est un endroit
44:55où on se sent bien
44:56quand on est sur scène.
44:58On se dit,
44:58mon Dieu,
44:59je n'ai pas envie
44:59de partir de là.
45:01Benabar,
45:02par exemple,
45:02qui vient cette année,
45:03lui aussi,
45:04il n'imaginait pas
45:05un jour être à Ramatuel
45:06et sortir de sa banlieue
45:07pour aller là.
45:08Et je crois qu'il est très heureux
45:09d'être à Ramatuel.
45:10Oui, très.
45:11Très.
45:11Mais en gros,
45:12les gens qui viennent
45:13sont en général très heureux.
45:14Il y a Manu Payet
45:15qui vient,
45:15qui est très drôle.
45:16Il y a,
45:17comment dire,
45:18le spectacle
45:18qui s'appelle
45:18La Joconde
45:20qu'il faut absolument
45:21venir voir.
45:21Je vous le dis,
45:22chers auditeurs,
45:24j'aurai les noms
45:24et les adresses
45:25de ceux qui ne sont pas venus.
45:26Très bien.
45:27Alors,
45:27il se trouve aussi
45:27qu'il y a
45:28Yeufestival
45:29et il y a à côté
45:30des dédicaces
45:31des plumes de Ramatuel.
45:32Qu'est-ce que c'est, ça ?
45:34Ce sont les signatures
45:35des dédicaces.
45:36Oui, oui,
45:36je vois très bien.
45:37Je ne sais pas,
45:38je ne sais pas
45:38parce que je ne m'en occupe pas
45:39de la lecture.
45:40Je peux vous dire
45:40qu'il y a Raphaël Misrahi
45:42qui est là.
45:42Oui, ça,
45:42je sais qui est là.
45:43On va beaucoup rire avec eux.
45:45Mais ce que je sais,
45:46c'est que la gestion
45:48de tout ça
45:48et les raisons
45:49pour lesquelles
45:50ça, je ne m'en occupe pas.
45:51Vous vous occupez, vous,
45:52de recevoir les gens
45:53et de créer un climat
45:54et même qu'il y a les fêtes
45:55d'après-spectacles
45:56sur la plage.
45:57Absolument.
45:58Et puis moi,
45:58je m'occupe aussi
45:59de programmer.
46:00Ça veut dire
46:00d'essayer de trouver
46:01des spectacles
46:03où la qualité,
46:05l'exigence,
46:07la sincérité
46:08domine.
46:09Pas,
46:10regardez-moi
46:10comme je suis beau.
46:11Et ça,
46:12c'est de plus en plus difficile
46:13où il y en a encore beaucoup
46:13et il y a des petites perles rares.
46:15Oui, il y en a toujours,
46:16bien sûr.
46:18Vous savez,
46:19on est dans une société
46:20et la société française
46:21traverse une crise profonde,
46:25même identitaire,
46:25je dirais.
46:27Mais le théâtre
46:29a la vertu
46:30de fédérer les gens.
46:32Le théâtre a la vertu
46:33que les gens
46:36qui écrivent des livres
46:38et qui ne font pas de théâtre
46:40ont aussi,
46:41parce qu'il y a des livres
46:42qui marquent beaucoup
46:42la vie des gens.
46:44Mais
46:46le théâtre joue un rôle
46:47très important
46:48socialement
46:49et c'est parce qu'on est
46:50dans une période de crise
46:51qu'il faut faire
46:52comme disait Churchill,
46:53il faut doubler
46:54le budget de la culture.
46:55Et vous n'êtes,
46:57enfin,
46:57vous avez fait
46:57plusieurs spectacles
46:58dont les adios
46:59aux magnifiques.
47:00Ça ne vous donne pas
47:00envie de continuer,
47:02justement,
47:02parce qu'on a besoin
47:03de vous et de rire ?
47:05Là,
47:05je vais jouer cette pièce
47:06en tournée,
47:08toute la famille
47:08que j'aime.
47:10Après,
47:11je vais rejouer
47:13les adios des magnifiques
47:15un peu comme ça,
47:15de ci,
47:16de là.
47:16Pendant ce temps-là,
47:17je vais écrire
47:17mon nouveau spectacle,
47:19qui sera peut-être
47:20le dernier,
47:21d'ailleurs,
47:21parce que faire le combat
47:22de trop,
47:23ce n'est pas bien.
47:24Et donc,
47:28je pourrais mettre,
47:29j'ai un vélo
47:29dans ce spectacle.
47:30J'ai un vélo
47:31et un sac à dos,
47:32c'est tout.
47:33Peut-être que je dirais
47:34en jouant du vélo,
47:37c'est bizarre,
47:38parce que finalement,
47:40rien n'a changé.
47:43Et au fur et à mesure
47:44que je vais parler de ça,
47:45je vais faire le bilan.
47:48Je vais faire le bilan
47:48de ce que j'ai écrit.
47:49J'ai écrit tellement
47:50de bêtises.
47:52Oui, oui,
47:53parce que moi,
47:53je me dévalorise toujours.
47:55J'ai écrit tellement
47:55de choses dans ma vie,
47:57puisque je dois avoir
47:58dans 12 spectacles,
48:01je vais glaner
48:02de ci, de là
48:03des choses
48:03qui vont m'aider
48:04à ce que je veux dire
48:05au monde
48:06ou sur le monde
48:08ou dans le monde.
48:11On verra bien
48:11comment ça va se passer.
48:12Mais de toute façon,
48:14il n'est pas question
48:14que j'arrête
48:16pour l'instant.
48:17Mais il n'en a même pas question.
48:18D'ailleurs,
48:18c'est votre vie,
48:19c'est votre passion.
48:19Je meurs si j'arrête.
48:21En plus,
48:21vous ne vivez pas loin
48:22de Ramatuel,
48:22vous habitez le midi,
48:23donc vous êtes toute l'année
48:24au soleil.
48:25Oui, oui,
48:26mais vous fiez quand même
48:27du soleil,
48:28faites attention.
48:29Alors,
48:30il se trouve qu'il y a aussi
48:30nombre présentes
48:31à Ramatuel
48:32et je crois que c'est
48:33un de vos maîtres,
48:33c'est Raymond De Vos
48:34qui a éliminé
48:35le fêteur de Ramatuel.
48:37Raymond,
48:38c'est énorme.
48:38Raymond et Guy Bedos,
48:39c'est les deux
48:40qui m'ont guidé
48:42sans le vouloir.
48:43Ils m'ont tout montré
48:45parce que je les ai observés
48:47et j'ai fait comme eux.
48:49Sur l'improvisation,
48:50j'ai fait comme Guy
48:52et sur l'exigence artistique,
48:54surtout,
48:55j'ai fait comme Raymond.
48:56Ça veut dire que Raymond,
48:57il m'avait prouvé
48:57qu'on pouvait faire rire
48:59toucher ou bouleverser
49:00les gens
49:00sans parler de cul,
49:01sans parler de politique,
49:03sans parler d'argent.
49:04C'est incroyable
49:06parce que c'est toujours
49:08ces grands axes
49:08qui ressortent.
49:10Et avec Raymond,
49:11son univers est tellement fort
49:13qu'il n'a pas besoin
49:15d'aller les chercher.
49:16Donc Raymond m'a permis ça.
49:18Et évidemment,
49:20Jean-Paul,
49:22Jean-Paul,
49:23qu'est-ce que j'ai à dire
49:24sur Jean-Paul Belondo ?
49:25Je pourrais en parler
49:26pendant trois jours.
49:30C'était vraiment
49:31une source d'inspiration
49:32tout le temps.
49:33Il me manque terriblement.
49:34Ces gens-là
49:35nous manquent
49:36mais je pense que
49:37non seulement
49:37vous allez continuer
49:38mais vous allez continuer
49:39à trouver un public
49:40parce qu'on a plus que jamais
49:41envie de rire
49:41et finalement,
49:42vous êtes devenu un classique
49:44sans le vouloir.
49:45Oui, c'est ça,
49:46un classique.
49:46Je suis devenu un classique.
49:47Encore une fois,
49:48vos sketchs,
49:49aujourd'hui,
49:49touchent les nouvelles générations.
49:51Ça m'étonne.
49:52Je vous assure.
49:53Ça m'a fait plaisir,
49:54évidemment.
49:55Je suis un classique.
49:58Donc,
49:58Festival de Ramatuel
49:59à partir du 29 juillet
50:01jusqu'au 12 août
50:02avec votre présence
50:03dans l'ombre
50:03mais votre présence
50:04affectueuse
50:05car au fond de vous-même
50:06l'affection
50:07est plus importante que tout.
50:08Mais bien sûr.
50:09Je suis sur mon balcon
50:10pendant les représentations.
50:11Je peux surveiller
50:12le public
50:13et le spectacle
50:14en même temps.
50:15C'est très agréable
50:16et j'adore
50:18cette position-là
50:18parce que je peux
50:19vraiment observer
50:19les gens qui sont
50:20dans la salle,
50:21qui sont dans le théâtre
50:22et là je peux dire
50:23tiens c'est marrant
50:23parce que lui
50:24il doit être machin
50:25elle, elle doit être
50:26non, elle n'a pas de boulot
50:27elle est mariée
50:29et je m'invente
50:30une histoire formidable
50:31sur les gens que je vois
50:33et en même temps
50:34c'est très rassurant
50:35et pour les artistes
50:36et pour le public
50:36de savoir que je suis là.
50:38Sur votre balcon
50:39vous prenez de la hauteur
50:40exactement.
50:41C'est ce qu'il faut faire.
50:42Continuez ainsi
50:43Michel Bougenat
50:43donc rendez-vous
50:44à Ramatuel
50:44puis rendez-vous
50:45pour vos prochains spectacles.
50:47Merci Radio Sud.
50:48C'est vrai.
50:49Merci.
50:49Non, non,
50:50je remercie la radio.
50:51Ah d'accord.
50:51Et merci, merci M. Pessis
50:53de Radio Sud.
50:54Les clés d'une vie
50:55c'est terminé.
50:55M. Pessis
50:56le comte de Radio Sud.
50:59Les clés d'une vie
51:00c'est terminé
51:00pour aujourd'hui
51:01on se retrouve bientôt
51:02restez fidèles
51:02à l'écoute de Sud Radio.
51:03Sous-titrage Société Radio Sud.
51:04Sous-titrage Société Radio Sud.
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