- il y a 4 mois
Dans Parlons Femmes, Judith Beller reçoit Sophie Chauveau, romancière, biographe des grands peintres et auteure de "J’ai adoré mourir" aux éditions Télémaque
"Parlons Femmes" nous raconte les parcours des femmes extraordinaires qui tissent le lien de notre République. Nous explorons des thèmes universels tels que la lutte pour l’Egalité des genres, la liberté d’expression, la diversité culturelle, le droit à disposer de son corps. Et surtout, nous donnons la parole aux hommes engagés. Oui, ils existent, et il est essentiel de les entendre et de les encourager !
Une émission de Judith Beller.
Retrouvez nos podcasts et articles : https://www.sudradio.fr/ Nous suivre sur les réseaux sociaux ▪ Facebook : / https://www.facebook.com/SudRadioOfficiel . ▪ Instagram : / https://www.instagram.com/sudradioofficiel/ . ▪ Twitter : / https://twitter.com/SudRadio ▪ TikTok : https://www.tiktok.com/@sudradio?lang=fr Et pour plus de vidéo du Grand Matin Sud Radio : • 🌞 Grand Matin Sud Radio
##DESTIN_DE_FEMMES-2025-09-13##
"Parlons Femmes" nous raconte les parcours des femmes extraordinaires qui tissent le lien de notre République. Nous explorons des thèmes universels tels que la lutte pour l’Egalité des genres, la liberté d’expression, la diversité culturelle, le droit à disposer de son corps. Et surtout, nous donnons la parole aux hommes engagés. Oui, ils existent, et il est essentiel de les entendre et de les encourager !
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NewsTranscription
00:00La Caisse d'Épargne-Île-de-France, fière de soutenir toutes les femmes, vous présente
00:05Sud Radio, Parlons Femmes, Judith Belair.
00:09Bienvenue chers amis dans Parlons Femmes, c'est la voie vers l'universalisme du féminisme pour tous.
00:14Le féminisme, autrement vous avez compris, c'est Parlons Femmes.
00:17C'est une voie libre et une plume sans concession.
00:19Sophie Chauveau est romancière, biographe des grands peintres et chroniqueuse de son époque.
00:23Sophie, vous publiez J'ai adoré mourir, c'est aux éditions Télémac.
00:26Et vous y affirmez, une fois n'est pas le coutume d'ailleurs, que la mort, loin d'être un effroi, peut devenir une voie d'apaisement et de lumière aussi.
00:34Oui, et puis la possibilité de vivre plus intensément.
00:36On va en parler justement.
00:38Allez, bienvenue dans Parlons Femmes, Sophie Chauveau.
00:40Sud Radio, Parlons Femmes, Judith Belair.
00:44Alors, Parlons Vrai, c'est Parlons Femmes.
00:45Sur Sud Radio, du coup, il y a les questions qui vont avec, Sophie.
00:48Je vais commencer par vous demander une femme contemporaine qui vous inspire vraiment.
00:53Pas morte donc.
00:53Non, pas morte.
00:54Sinon, j'aurais entendu Simone de Beauvoir, Simone Veil et tout ça, on le sait.
00:59Oui, voilà.
01:01Toutes vos connaissances ?
01:03Je vais répondre Liliane Candel.
01:04Alors, qui est-elle et pourquoi ?
01:05Liliane Candel, c'est sans doute la figure majeure du MLF historique.
01:09Oui.
01:10C'est la survivante de toute notre histoire.
01:18Est-ce que vous, vous étiez dans le MLF ?
01:20Oui.
01:20Je suis le bébé des historiques.
01:22D'accord.
01:23J'étais la petite jeune, elles avaient toutes 20 ans, 68, moi 15, donc ça change énormément.
01:27À cet âge-là, oui.
01:28Oh là là, terrible.
01:30Et voilà.
01:31Et Liliane est une mémoire, mais une mémoire hallucinante parce qu'elle n'est pas très jeune,
01:37mais elle se souvient absolument de tout.
01:39Et c'est fascinant.
01:40Vous faites des plongées avec elle.
01:43Ah ouais.
01:44C'est la soirée d'hier, je suis arrivée, Gare de Lyon est venu me chercher en voiture,
01:48c'est encore la dernière, c'est vraiment le dernier dinosaure avant l'autoroute,
01:51elle conduit dans Paris.
01:52Bon, c'est hallucinant.
01:54Évidemment, un diesel aussi.
01:56Je crois pas.
01:58J'en sais rien, je m'avais réussi.
02:00Mais vraiment, c'est quelqu'un qui a toute la mémoire du féminisme qui s'est fondée avec elle.
02:08Pas mal.
02:09Est-ce que vous trouvez, alors ça c'est pas une question commune à l'émission, mais bon,
02:14est-ce que vous trouvez que le féminisme d'aujourd'hui a pris le son,
02:19ou en tout cas que le féminisme d'avant a transmis les valeurs nécessaires à l'avancement des droits des femmes ?
02:25Moi je me dis qu'on a raté une marche, on n'a pas transmis,
02:28et je dis encore une fois, à part Caroline Forest et Fiam Etavener,
02:31il n'y a pas dans la jeune génération de femmes que je trouve pas dans les néo-féministes
02:36qui soient pas des néo-connasses.
02:37Parlons vrai sur Sud Radio.
02:40Vous l'avez demandé, hein ?
02:41J'adore.
02:42Ça fera un bon extrait.
02:45Alors à un moment de votre parcours, Sophie Cheveau, vous vous êtes dit,
02:47là je prends ma place, qu'on le veuille ou non ?
02:49Il y en a un en particulier qui revient à l'esprit ?
02:51Non.
02:51Non.
02:52Je ne me suis jamais posé le problème.
02:54Vous êtes assez narcissique pour me poser le problème de ma place.
02:58Le problème c'était, il fallait libérer l'avortement,
03:00il fallait libérer, il fallait criminaliser le viol,
03:03il fallait, je veux dire, battu, violé, avorté, il y en a marre, quoi.
03:07C'est fini, maintenant on agit.
03:08Et le mouvement des femmes s'est constitué comme un mouvement de mœurs.
03:12C'est le seul mouvement qui s'est constitué sur les mœurs.
03:15C'est quand même pas inintéressant.
03:16C'est vrai.
03:16On n'en parle jamais, hein ?
03:17On ne le dit pas.
03:18Mais on a libéré quelque chose de la société.
03:20Et je me souviens, quand on préparait, je sais pas où,
03:22le 40e ou le 50e anniversaire de 68,
03:24il n'y avait que des mecs qui discutaient, qu'est-ce que 68, etc.
03:27Puis Julie, dans cette espèce de fausse naïveté qu'il caractérise,
03:31a dit, quand même, ça a donné le mouvement des femmes.
03:33C'est la seule chose qu'il retenait.
03:34C'est fou, non ?
03:36Et là, on a dit, tiens, on va le faire nous-mêmes.
03:37On ne va pas leur laisser.
03:38Non, c'est sûr, c'est un peu compliqué.
03:40Est-ce qu'il y a un compliment qu'on adresse aux femmes en général
03:43qui vous exaspère totalement ?
03:45Je n'ai pas l'impression.
03:47Non ?
03:47Non.
03:48Je crois que je m'en fous, en vrai,
03:50parce que j'ai toujours l'impression qu'une femme
03:52à qui on fait un compliment peut renvoyer.
03:55Vous voyez ce que je veux dire ?
03:56Toi aussi, t'as de joli nichon.
04:00Je vais le faire.
04:02Qu'est-ce qu'être une femme a ajouté
04:04et non pas retiré à votre force de caractère, selon vous ?
04:07Sophie Chauveau.
04:08La pensée autour de la trentaine
04:11que j'avais droit à tous les privilèges des hommes
04:13et ceux des femmes en plus.
04:15Grande richesse.
04:16Oui.
04:18Si vous pouviez offrir un super pouvoir
04:19à toutes les femmes du monde,
04:21qu'est-ce que ça serait ?
04:22La volonté.
04:22Oui.
04:23Vous trouvez qu'elles manquent de volonté, les femmes ?
04:25Je ne trouve pas qu'elles manquent de volonté.
04:26Je trouve qu'elles sont attravées.
04:27Vous avez parlé du monde.
04:29Vous n'avez pas parlé des pays où...
04:30Liberté, quoi.
04:31En fait, c'est ça que vous voulez dire.
04:32La volonté de s'affranchir,
04:33de s'affranchir de tout,
04:35de toutes les sortes de voiles.
04:36Il faut faire disparaître la peur, quoi.
04:38Oui, mais c'est la volonté.
04:40Parce que la peur, ça se domine.
04:42Si on n'a pas peur, on ne fait rien.
04:43De toute façon, c'est un moteur.
04:45Une peur maîtrisée, ce n'est pas mal.
04:47Je crois que, oui,
04:50s'en affranchir,
04:51c'est aller où on a envie d'aller.
04:53Par exemple, la situation des femmes afghanes,
04:55j'imagine que c'est un sujet qui vous touche.
04:57C'est terrifiant.
04:58C'est régressif.
04:59Elles n'ont plus le droit qu'à un oeil,
05:00maintenant, pour marcher dans la rue.
05:01Oui, elles n'ont plus le droit à rien.
05:03Elles n'ont plus le droit de vivre.
05:04Elles ne sont même pas secourues
05:05quand il y a un séisme.
05:06Parce que les hommes secouristes
05:07n'ont pas le droit de les toucher.
05:08Vous savez, j'ai travaillé sur les Médicis,
05:09à Florence.
05:11Et j'ai découvert que les femmes étaient battues.
05:14Non, la dynastie qui a créé Florence.
05:16Donc, tous les riches de Florence
05:18vivaient sous cette loi-là.
05:21Tout le monde à Florence
05:22devait apprendre à lire et écrire,
05:23compter,
05:23parce qu'il fallait reprendre la boutique,
05:24possiblement, quand l'homme mourait.
05:26Mais on les couvrait moins en hiver.
05:28On leur donnait moins à manger.
05:31Parce que si elles mouraient,
05:32c'était moins grave.
05:34Ça, c'est la Renaissance.
05:36C'est la Renaissance.
05:37Et elles étaient battues toutes.
05:38C'est pour ça que dans les couvents,
05:40il y avait des pouponnières,
05:41elles allaient se réfugier.
05:42Le soir, elles mettaient leurs bijoux,
05:43elles se maquillaient,
05:44elles parlaient littérature,
05:45poésie, philosophie.
05:46D'accord.
05:47Ce qu'on ne sait pas.
05:47Non, c'est vrai qu'on ne le sait pas.
05:48Et ça m'a passionnée de le découvrir.
05:50C'est passionnant, ce que vous dites.
05:51Oui, effectivement.
05:52Et surtout, ça prouve
05:53combien on en est qu'au début,
05:56même encore maintenant,
05:56de l'évolution.
05:57On n'arrête pas de recommencer à zéro.
05:58J'en ai un peu marre.
05:59C'est un peu cyclique, oui.
06:06Je trouve qu'on a une chance
06:09en France d'avoir eu Marivaux,
06:11d'avoir inventé
06:12ces relations
06:14affleurées de dentelles
06:17où la séduction existe
06:19et où, dans la guerre des sexes,
06:20les femmes peuvent gagner.
06:23Gout de chance par rapport à la mairie.
06:24Oui, c'est pas chez tout le monde en plus.
06:26Non, c'est-à-dire que les protestants,
06:27ils n'ont pas ça.
06:28On a vraiment ça.
06:29C'est venu, je pense,
06:30de la chrétienté catholique
06:31qui a fabriqué
06:33et de l'ancien régime
06:34où les femmes ont pris le pouvoir.
06:36Bien sûr.
06:37C'est vrai.
06:37Et les paysannes,
06:38à l'intérieur des maisons,
06:39avaient le pouvoir.
06:40Ça s'appelle le matriarcat.
06:42Et on l'a oublié parce que...
06:44C'est encore le cas
06:44dans plein de maisons, finalement.
06:46Oui, mais ça ne se dit pas,
06:47ça ne se sait pas,
06:49ça ne se pense même pas.
06:50Et puis le patriarcat
06:51n'a pas très envie de ça.
06:52Non.
06:54Mais c'est pour ça que,
06:55finalement, le droit des femmes,
06:56si on veut qu'il avance,
06:56il faut s'allier aux hommes, non ?
06:58Bien sûr.
06:59Parce que le patriarcat nous domine,
07:00sinon on n'y arrive pas.
07:01Je n'ai pas d'hostilité
07:02envers les hommes.
07:04Il y a des systèmes
07:06qui renferment les femmes.
07:07Et je pense aussi les hommes
07:08dans une coercition des femmes.
07:10C'est ça.
07:10Ils n'ont pas choisi.
07:11Non.
07:12C'est difficile d'annoncer.
07:13Mais ils n'en ont pas
07:13souvent conscience.
07:15Ils n'ont pas été élevés
07:15comme ça, en tout cas.
07:17Sophie Cheveau,
07:17vous avez donc écrit
07:18J'ai adoré mourir,
07:19édition Télémac.
07:20Alors déjà, ce titre,
07:22J'ai adoré mourir,
07:23c'est un titre peu comme un.
07:25Vous savez,
07:25comme un, c'est comme un.
07:26Oui.
07:27Voilà.
07:27Donc c'est vraiment ça.
07:28Oui, mais il est venu,
07:30le titre est tombé
07:31pendant que j'écrivais.
07:32Parce que tout d'un coup,
07:33je me suis dit
07:34c'est peut-être pas si bête
07:35de raconter que je suis morte
07:36deux fois.
07:37Et que j'ai adoré ça.
07:38Et que, bon...
07:40C'est drôle de dire ça.
07:41C'est drôle.
07:43C'est un moment...
07:44Tout le monde l'a raconté.
07:45Il est d'une banalité crasse.
07:47Tous les gens
07:48qui ont eu des morts...
07:49Des expériences
07:50de mort imminente.
07:51Voilà.
07:52Dont ils sont revenus
07:52disent exactement la même chose.
07:54C'est pas drôle.
07:55Moi, je me suis ennuyée
07:56à lire leur bouquin
07:56parce qu'on a tous vécu
07:58la même chose.
07:59Mais cette même chose.
08:00Moi, la première fois
08:01que ça m'est arrivé,
08:02j'étais une jeune vierge.
08:03Je ne savais rien
08:04des choses sexuelles.
08:05Ben non, je vais 15 ans,
08:06c'est vrai.
08:07Mais alors la deuxième fois,
08:08je sais.
08:09J'étais plus vieille.
08:10C'est un immense orgasme.
08:12D'accord.
08:12Tout le corps flante
08:13dans une béatitude absolue.
08:15Et à 15 ans,
08:15ça vous est arrivé comme ça aussi ?
08:16Oui, mais...
08:17Vous n'auriez pas mis
08:17les mots dessus, c'est ça ?
08:18Ben non, parce que je ne le savais pas.
08:20Et donc plus tard,
08:20quand ça vous est arrivé
08:21la deuxième fois ?
08:22Ah, c'était donc ça !
08:23C'est extraordinaire.
08:24Ça donne envie de mourir,
08:25en fait, votre histoire.
08:26Ça ne fait plus peur de mourir.
08:29Ça, c'est un truc...
08:30C'est l'apaisement
08:31au sens noble du terme.
08:34Ce qui fait le fond commun
08:37de la psychanalyse,
08:38c'est la peur de la mort.
08:39C'est à cause de la peur de la mort
08:40qu'on fait tout ce qu'on fait,
08:41qu'on a toutes les névroses qu'on a.
08:42Celle-là, je ne l'ai plus.
08:43J'en ai plein d'autres,
08:44je vous rassure.
08:45Mais ça règle le reste un peu aussi, non ?
08:46Oui, ça règle plein de trucs
08:47et puis ça rend l'instant plus intense
08:49et puis on arrive vraiment
08:50à vivre au jour le jour.
08:51Ce n'est pas si mal.
08:52Ce qui est marrant,
08:53c'est que vous commencez
08:54sur la disparition
08:55de la chienne adorée de votre fille.
08:56C'est une mort animale
08:57qui agit comme un catalyseur
08:59chez vous
08:59et qui réactive la mémoire
09:01de vos morts à vous
09:02et puis des disparus
09:03qui ne sont pas n'importe lesquels,
09:04on va en parler,
09:05qui vous entourent
09:06et qui sont encore avec vous.
09:08Oui, je pense que tant qu'on pense
09:10aux gens qui sont morts,
09:11ils sont moins morts,
09:12un peu moins.
09:13Et puis on vit avec
09:14et puis on les fait un peu vivre.
09:16Mais il m'intéressait beaucoup
09:18dans notre passion familiale
09:19pour les animaux
09:20de prendre la mort de cette chienne
09:22à laquelle je n'ai pas pu assister
09:24alors qu'on avait toujours été
09:27tous ensemble
09:27autour des tables
09:28d'euthanasie de nos chiens
09:29et chats.
09:33C'était la mort la plus minuscule
09:35par rapport à la mort de leur père
09:38qui va intervenir
09:38quelques mois plus tard
09:39à mes filles.
09:40Je parle.
09:41Et là, vraiment,
09:42je me suis rendu compte
09:42que la mort,
09:45le manque,
09:45l'absence,
09:46c'était la même.
09:47Et donc,
09:47je passais du plus particulier
09:50à l'universel
09:51du 7 octobre.
09:54Donc, je suis passée
09:55de là...
09:55Vous passée de l'intime
09:56à la réflexion collective
09:57qu'a engendré ce 7 octobre
09:58qui est le pogrom
10:01du 21e siècle.
10:02On peut le dire comme ça.
10:04Comment vous décririez
10:05cet événement ?
10:06Moi, je ne le décris pas
10:06parce que j'y suis toujours.
10:07Je passe mes nuits
10:09dans les tunnels
10:09avec les otages.
10:10Enfin, je ne m'en remets pas.
10:13Je ne crois pas
10:14qu'on puisse s'en remettre.
10:14Comme beaucoup
10:14des Juifs de France.
10:15Mais je ne suis pas juif.
10:15Et du monde.
10:16Non.
10:17Mais je ne crois pas
10:17qu'on puisse s'en remettre.
10:18De toute façon.
10:20Il me paraît impossible.
10:21Ça, c'est appel
10:22à une humanité en vous,
10:23en fait,
10:25qui est, pour le coup,
10:25universaliste.
10:26C'est ça d'autrement.
10:27C'est-à-dire que
10:28qui que soient les gens touchés,
10:29qu'ils soient juifs,
10:30pas juifs, noirs,
10:31arabes ou verts et jaunes,
10:33j'ai envie de dire.
10:34On s'en fout.
10:34Même bleu, oui.
10:35Il n'y a pas de problème.
10:36Je suis dans une empathie réelle
10:39avec mon humanité.
10:40Sinon, je n'en suis pas
10:41de mon humanité.
10:43Ce qui est intéressant,
10:44c'est que dans la génération
10:45de figures que vous nous racontez,
10:47vous nous racontez une époque.
10:49Il y a Marceline Lauridan,
10:50évidemment.
10:51Ma fille.
10:52Grande déportée.
10:53Ma fille.
10:53Marceline, elle disait que...
10:55Vous, elle vous appelait sa fille ?
10:57Ah oui, elle s'appelait ma fille.
10:58Elle n'était pas ma mère.
10:59Elle n'était pas du tout maternelle.
11:00Marceline, oh là là.
11:01Je sais, moi,
11:02je me suis déjà fait engueuler
11:03une fois par elle.
11:03Elle était rude.
11:05Elle a engueulé mes filles aussi.
11:06Elle était un peu jalouse.
11:07Elle disait,
11:07comment tu les traites comme ça, moi ?
11:09Je n'ai pas eu ça.
11:09C'est vrai, elle n'a pas eu ça.
11:11Quand elle est rentrée de déportation,
11:13sa mère lui a dit,
11:13tu n'en parles pas quand même.
11:15Nous aussi, on a souffert.
11:16Très bien.
11:18Donc, Marceline,
11:19je l'ai connue pendant 35-40 ans.
11:23Donc, je m'en suis beaucoup occupée.
11:24Vous avez connu Simone aussi ?
11:25Oui, bien sûr.
11:26Je prenais ma voiture
11:27pour emmener Marceline chez Simone.
11:28Je restais dans le salon
11:29et elle s'était assise en tailleur
11:31et fumer Simone en tailleur Chanel
11:35assise en tailleur.
11:35J'adore.
11:36J'adore cette image.
11:38J'ai fumé avec Marceline.
11:39C'est génial.
11:40C'était quand même assez formidable.
11:42Bon, un petit mot
11:42sur Philippe Solers aussi quand même.
11:44Écoutez, je ne savais pas
11:47qu'il m'aidait à penser.
11:48Quand il est mort,
11:49il y avait comme un abîme à l'intérieur.
11:51Voilà, croisé.
11:53On n'a pas d'amitié,
11:55mais d'admiration
11:56et du respect pour une œuvre.
11:58Ce n'est pas n'importe quelle personnalité.
12:01C'est un cortège de personnalités
12:02qui ont façonné votre parcours
12:04et notre mémoire à nous,
12:05collective en fait.
12:06Je ne le savais pas
12:07parce que je ne les ai pas tous connus célèbres.
12:09Ils n'étaient pas forcément très connus
12:10quand je les ai rencontrés.
12:12Donc, je suis vieille.
12:13L'avantage.
12:13j'ai eu cette chance
12:15de pouvoir être
12:17sur un pied d'égalité.
12:19Oui.
12:20C'est intéressant
12:20et passionnant tout cela.
12:22On est bien sur Sud Radio.
12:24Merci de nous avoir choisis.
12:25On est bien avec vous d'ailleurs.
12:26On parle femme
12:27parce qu'on parle vrai.
12:28Vous le savez,
12:29restez avec nous.
12:29On revient dans un instant
12:30avec la romancière biographe
12:31des grands peintres aussi
12:32qui a écrit
12:33« J'ai adoré mourir »
12:34aux éditions Télémax.
12:35C'est Sophie Chauveau.
12:36A tout de suite.
12:37La Caisse d'épargne
12:38Île-de-France
12:39fière de soutenir
12:40toutes les femmes
12:41vous présente
12:42Sud Radio.
12:44Parlons femmes
12:44Judith Belair.
12:46Parlons femmes
12:46c'est la parole des femmes
12:47qui se vit au présent
12:48en direct
12:49libre
12:50essentiel
12:50sur Sud Radio
12:51pas de détour
12:52on parle vrai
12:52on parle femme
12:53aujourd'hui avec la romancière
12:54et biographe
12:55Sophie Chauveau
12:55qui vient avec son livre
12:56« J'ai adoré mourir »
12:58aux éditions Télémax.
13:00Alors, Sophie Chauveau
13:01vous, on l'a dit
13:02vous êtes du MLF
13:04une des fondatrices
13:06on peut le dire
13:07comme ça
13:07La petite dernière
13:08La petite dernière
13:08mais bon, vous êtes là
13:09depuis le départ
13:10et votre parcours littéraire
13:13il est aussi jalonné
13:14par des engagements
13:15pour la place des femmes
13:16donc quand vous nous parlez
13:18de Marceline Loridan
13:19ou de toutes ces grandes figures-là
13:20ce sont des figures aussi
13:22qui ont œuvré
13:23pour l'image
13:24pour la représentation
13:25qu'on se fait des femmes
13:26aujourd'hui
13:28Elles n'ont pas œuvré pour
13:29sans s'en rendre compte peut-être
13:30À l'arrivée
13:31elles sont devenues des icônes
13:33Comment dire en anglais
13:33leur legacy
13:34Absolument
13:34Oui, oui, je suis d'accord
13:36mais sur le moment
13:38moi j'ai connu Marceline
13:39je vais vous faire rire
13:39elle était timide
13:40j'ai connu une Marceline timide
13:42derrière Yoris Stevens
13:44son mari
13:44et qui promouvait son mari
13:46vraiment
13:47et elle s'en est émancipée
13:49après sa mort
13:49et quand elle a fait le montage
13:50de l'histoire de vent
13:51et qu'elle a enfin
13:52pu tourner son film
13:53pendant 16 ans
13:54elle l'a porté son film
13:5516 ans
13:56j'ai lu je ne sais pas
13:57combien de versions
13:58successives
13:58avant la petite prairie
13:59au boulot
13:59donc c'était quelqu'un
14:01qui avançait doucement
14:03et puis tout d'un coup
14:04explosait
14:05et elle s'est vengée
14:06c'est une vraie vengeance
14:07mais finalement
14:08les gens dont vous nous parlez
14:09sont des gens
14:10qui sont des grands esprits libres
14:12on a l'impression
14:14qu'il y en a moins
14:15aujourd'hui
14:15en tout cas
14:15qui sont moins libres
14:16les grands esprits
14:17j'ai le sentiment
14:18vous savez des personnalités
14:20comme par exemple
14:20je pense
14:21ça me traverse
14:22comme ça
14:22Joseph Kestel
14:23Henry Miller
14:24Maurice Clavel
14:27qui faisait partie
14:27de ces espèces
14:28Picasso
14:29sur qui j'ai écrit
14:30c'est une grande figure morale
14:31importante
14:31oui je trouve
14:33et ces gens là
14:34c'était des hommes monde
14:34ils touchaient à tout
14:35la résistance
14:36il avait fait autre chose
14:37ils n'avaient jamais
14:38arrêté d'avancer
14:39ils ne se regardaient pas vivre
14:41ils ne se regardaient pas parler
14:42ils ne s'écoutaient pas
14:43sans arrêt
14:43ils n'avaient absolument pas
14:45ce narcissisme là
14:46ils ne savaient pas
14:47ce qu'ils apportaient
14:48mais ça c'est très propre
14:48au 21ème siècle
14:49ce narcissisme
14:50aigu
14:50c'est fatigant
14:51moi j'en ai marre
14:53bon écoute
14:54on est deux
14:54on peut dire deux mots
14:57sur Honoré aussi quand même
14:58qui était un dessinateur
15:00qui a été un des
15:01alors c'est celui
15:01dont on ne parle jamais
15:02dans les dessinateurs
15:03de Charlie
15:03moi j'avais travaillé
15:05j'étais rédactrice en chef
15:06de la gueule ouverte
15:07en 80
15:08donc j'avais tous les trucs
15:10de Charlie
15:11qui tombait
15:11ou d'Arakiri
15:12même je ne sais plus
15:13Kavana
15:14qui me disait
15:15je t'envoie
15:15des dessins
15:16alors les dessins
15:17on choisissait ensemble
15:18et c'était
15:19je les ai tous connus
15:21c'était des potes
15:23j'ai déjeuné avec eux
15:2440 ans de ma vie
15:25et puis
15:26et puis un jour
15:28j'étais à une émission
15:30de radio
15:31quand j'ai appris
15:32qu'il tirait
15:36pendant qu'il s'était
15:37en train de tirer
15:38donc après j'ai appelé
15:38tous les copains
15:39les autres dessinateurs
15:40les rares survivants
15:41parce qu'il y en a plus
15:42beaucoup
15:42qui m'ont crié
15:45bien sûr
15:46il est mort
15:46après avoir essayé
15:48d'appeler sa fille
15:49de l'appeler lui
15:49enfin c'était
15:50voilà
15:51j'étais
15:51il y a un état de sidération
15:53on n'y croit pas
15:54sur le coup
15:55j'ai envie de dire
15:55un truc atroce
15:56mais de Charlie
15:56au 7 octobre
15:57la bouclée bouclée
15:58j'ai l'impression
15:58quand est-ce qu'on va se réveiller ?
15:59quand est-ce que ça va s'arrêter ?
16:01mais peut-être qu'il faut
16:02qu'on se réveille
16:02pour que ça s'arrête
16:03non ?
16:03oui mais alors
16:03il faudrait que tout le monde
16:04se réveille
16:05pour l'instant
16:05on est très très peu nombreux
16:06à se réveiller
16:07on se compte
16:07c'est ceux du 7 octobre
16:09ils sont 100 autres
16:10cadéraux
16:11une fois par semaine
16:11c'est pas beaucoup
16:12alors racontez-nous
16:17justement
16:17on va repartir
16:19sur votre bouquin
16:19quand même
16:20que je rappelle
16:20j'ai adoré mourir
16:21c'est sorti aux éditions
16:22Télémac
16:23la mort pour vous
16:26c'est pas un effroi
16:27c'est donc une voie d'apaisement
16:28c'est presque une voie de lumière
16:29et vous sombrez pas
16:31dans la nostalgie
16:32en fait
16:32dans votre bouquin
16:33vous trouvez
16:34dans ces évocations
16:36de ces disparus
16:37il y a une espèce de joie
16:37presque paradoxale
16:39idéalement
16:40mon sujet
16:41au départ
16:42c'était
16:44la mort et la joie
16:45la mort et l'éros
16:46quand on est jeune
16:47il y a de l'éros
16:47à côté de la mort
16:48dans les maisons
16:50quelqu'un meurt
16:50il y a toujours un couple
16:51qui va faire l'amour
16:51dans un coin
16:52c'est un truc qui se passe
16:54la mort ça fabrique
16:55des émotions fortes
16:56ça fabrique la vie
16:57et ça fait de la vie
16:59absolument
16:59et donc je voulais parler
17:01de cette proximité
17:02avec la joie
17:03et les émerveillements
17:05du coup
17:06rétroactifs
17:07qu'on avait avec nos morts
17:08et je voulais pas
17:10je veux pas de raison
17:11de pleurnicher
17:12parce que
17:13parce que le pire
17:15est déjà passé
17:15et donc il restait
17:17à s'émerveiller
17:19sur ce qu'on avait eu
17:19la chance de vivre
17:20de croiser
17:21on les a aimés ces gens
17:22c'est bien
17:22et donc la mort
17:24c'est une vérité essentielle
17:25mais pourquoi
17:25qu'est-ce qu'il y a d'essentiel
17:26dans la mort
17:26pour vous ?
17:27je vais vous dire un truc
17:28imaginez que ça s'arrête
17:29jamais la vie
17:29ça devient très chiant
17:30c'est sûr
17:32voilà
17:33c'est uniquement
17:34ce raisonnement-là
17:35qui m'a
17:35et puis aussi
17:36quand il y a
17:3730-40 ans
17:38je sais plus
17:38j'ai fait une dépression
17:39ce qui m'a permis
17:41d'y mettre fin
17:42c'est de me dire
17:43j'ai qu'à mettre fin
17:45à mes jours
17:46j'avais écrit
17:47je me souviens
17:47je voudrais me laisser mourir
17:48comme on se laisse vivre
17:49oui me laisser mourir
17:50pas attenter à ma vie
17:50ça j'en étais pas capable
17:52finalement ce qui est intéressant
17:54c'est que c'est pas qu'un livre
17:55où vous nous racontez
17:56les disparus
17:56c'est aussi une chronique
17:57de l'époque
17:59des cinq années
17:59sur les cinq années
18:01des gens sont morts
18:02des gens ont vécu des choses
18:04il s'est passé des choses
18:05et j'en tiens la chronique
18:07traversée par le passé
18:09c'est-à-dire qu'à un moment donné
18:10je lis le livre de Michael Prasant
18:12et je me dis
18:12merde on a failli faire
18:14les mêmes conneries
18:14avec Carlos
18:15Action Direct
18:16et les autres
18:17ah ouais
18:17on a vécu des trucs bizarres
18:19quoi
18:19et alors dans votre écriture
18:21il n'y a pas de concession
18:22c'est une écriture directe
18:23vous touchez au coeur
18:24et puis il n'y a pas de détour
18:26et de faux semblants
18:26vous parlez comme vous êtes
18:27vous écrivez comme vous êtes aussi
18:29j'essaye de parler comme j'écris
18:30ou d'écrire comme je parle
18:31d'accord
18:32mais je travaille beaucoup
18:33pour que la langue
18:34ait une certaine musique
18:35ah bien sûr
18:36c'est une langue châtiée
18:36mais ça touche au but
18:39c'est ça l'idée
18:40vous savez quand on donne
18:41un conseil à des gens
18:42qui veulent écrire
18:43on dit tu veux dire quoi ?
18:44tu veux dire ça ?
18:44écris-le immédiatement
18:45cette phrase-là
18:46qu'il faut dire
18:46pas une autre
18:47on cherche pas de détour
18:49et c'est comme ça
18:50qu'on écrit je crois
18:50quand il y a trop de fioritures
18:52et de détours
18:52ça veut dire qu'on perd l'essentiel
18:53ça veut dire qu'on n'a pas
18:54l'essentiel
18:55on n'a pas l'essentiel
18:56intéressant
18:57la force de votre texte aussi
19:00elle tient à cette sincérité
19:01à cette immédiateté
19:02qu'il y a dans votre écriture
19:03Sophie Cheveau
19:04et en général d'ailleurs
19:05je veux bien vous croire
19:06si vous le dites
19:07mais je ne suis pas
19:07est-ce que c'est conscient
19:08chez vous ça ?
19:09vous lisez beaucoup
19:10forcément quand même
19:11je fais comme Flaubert
19:12qui me disait
19:13qu'est-ce que vous lisez en ce moment
19:17hélas
19:18parce que si on ne l'a pas
19:19relu 30 fois
19:20on ne peut pas le donner
19:20à lire à d'autres
19:21c'est vrai
19:21c'est affreux
19:22et il y a aussi
19:26votre texte
19:28qui est sorti en 1999
19:29La fabrique des pervers
19:30dont je voudrais parler
19:31parce que ça a marqué
19:31un tournant important
19:32c'était pas en 99
19:33pourquoi j'ai eu ça
19:34sur internet ?
19:34c'est une erreur d'internet
19:36je l'ai fait en 2016
19:38ok
19:38alors je ne sais pas
19:39pourquoi c'est marqué
19:40non c'est pas grave
19:41ce qui est intéressant
19:42c'est que justement
19:42c'est un texte
19:43qui a marqué un tournant
19:44c'est ce que je voulais dire
19:45c'est parce que c'est un texte
19:47qui aborde l'inceste
19:48et les abus familiaux
19:49et qui a permis aussi
19:51d'ouvrir à cette prise
19:52de conscience collective
19:53parce qu'on parlait beaucoup
19:54des femmes victimes
19:55de violences etc
19:56mais finalement
19:57là on commence à peine
19:58à parler des enfants
20:00victimes de violences
20:01et d'inceste
20:01surtout quand c'est
20:02intrafamilial
20:03alors ça c'est le pire tabou
20:04on n'y touche pas
20:05or il y a un enfant
20:06par classe
20:07vous voyez le nombre
20:08de classes
20:09dans l'éducation nationale
20:09aujourd'hui
20:10il y en a un par classe
20:11qui est victime d'inceste
20:12oui
20:13je ne sais pas
20:14on ne se rend pas compte
20:15c'est des millions quoi
20:17et ces gens
20:19et je le sais
20:19ont une psyché perturbée
20:21à vie
20:22ah bah ça c'est sûr
20:23et malgré le travail
20:25il y a des années d'analyse
20:26ça c'est profond
20:28et après
20:29la perte de confiance
20:30dans les adultes
20:31et après on voit
20:31ces gamins
20:32mais comment ça se fait
20:33qu'on invisibilise tout ça
20:35parce que c'est mieux
20:35de mettre la poussière
20:36sous le tapis
20:36vous pensez
20:37ou que c'est quoi
20:38parce que toutes les familles
20:39sont touchées
20:39toutes les classes sociales
20:40sont touchées
20:41c'est trop énorme quoi
20:42bah oui
20:42c'est pas
20:44des enfants de minis
20:45si on prenait à bras le corps
20:46et que peut-être
20:47que ça changerait
20:48quelque chose
20:48qui prendrait ça
20:48à bras le corps
20:49bah je sais pas
20:50voilà
20:50c'est ça la question
20:51la réponse c'est qu'on sait pas
20:53il y a des associations
20:55il y a des organisations
20:55alors en plus
20:56les associations
20:57ne se coordonnent pas
20:58en plus elles sont
20:58mais ça c'est vrai
20:59sur le droit des femmes aussi
21:00mais c'est terrifiant
21:01terrifiant
21:02quel est ces microscopiques
21:04enjeux de pouvoir
21:05qui fait qu'elles se
21:05se rendent dedans
21:07c'est absurde
21:07on a quand même
21:08une seule cause à défendre
21:09et donc finalement
21:11ça a quand même permis
21:12de lever le voile
21:13et ça bouge un peu
21:14en ce moment finalement
21:14ça a déclenché
21:15deux trois trucs
21:16ça a déclenché
21:17quelques textes importants
21:19ça a déclenché aussi
21:20j'ai eu l'étarabe
21:21entre temps
21:21etc
21:22on peut en parler
21:23parce qu'on a un premier ministre
21:25qui vient de se faire
21:26harakiri
21:27on peut le dire
21:27oui je pense
21:28qu'il est tombé là dessus
21:29d'une certaine façon
21:30sauf que c'est pas de l'inceste
21:32c'est de la violence
21:34sur les enfants
21:35c'est de l'emprise
21:38et c'est de l'abus de pouvoir
21:39d'adultes sur les enfants
21:40moi j'avais été très frappée
21:41il y a des violences sexuelles aussi
21:42on peut le dire
21:43oui des violences sexuelles
21:44mais pas incestueuses
21:45c'est pas les parents
21:46le père sur la petite fille
21:48ou le petit garçon
21:49c'est le prêtre
21:50le confesseur
21:51le père, mon père
21:51oui
21:52c'était difficile
21:54c'était Christiane Rochefort
21:55qui avait écrit
21:56le plus beau roman
21:57qui existe
21:58sur l'inceste
21:58qui s'appelait
21:59La porte du fond
21:59et qui a tout dit
22:01alors vraiment
22:02c'est exceptionnel
22:03ce qu'elle a écrit
22:03c'était une amie
22:05et bien sûr
22:05c'était une défendatrice
22:06du MLF
22:07Christiane
22:07qui est dans un purgatoire
22:09que je ne m'explique pas
22:10que je ne comprends pas
22:11parce que
22:12dès que vous en lisez
22:12un fragment à une gamine
22:14elle prend le bouquin
22:14elle part chez elle
22:15c'est réussi
22:16je ne comprends pas
22:18quand on dit trop la vérité
22:20vous savez
22:20parlons vrai
22:24sur Sud Radio
22:24tiens
22:25votre écriture
22:26c'est un outil de dévoilement
22:27du coup aussi
22:28Sophie Chauveau
22:29mais toute écriture
22:30toute peinture
22:31normalement si on
22:31l'art c'est de l'existence
22:33oui
22:34puis il y a de l'inconscient
22:35on est mue d'abord
22:37par quelque chose
22:38d'inconscient
22:38qui fait qu'on y va
22:39et après
22:40on peaufine avec un pinceau
22:42ou avec une plume
22:43c'est comme quand vous écrivez
22:44sur les grandes peintes
22:45parce que vous avez écrit
22:47sur Botticelli
22:48sur Vinci
22:48Picasso
22:49sur Fragonard
22:50et c'est pareil en fait
22:52quand vous saisissez du stylo
22:54c'est pour leur rendre
22:54leur pinceau
22:55la langue doit aller fouiller
22:57et bon
22:59elle fouille là où
22:59on ne sait pas
23:00et on ne sait pas
23:01où on va
23:02quand on y va
23:03et l'idée c'est de raconter
23:04autre chose aussi
23:05autrement
23:06autrement
23:07c'est une autre fenêtre
23:09sur le monde
23:09c'est une
23:11manière de se mettre
23:13à la bonne distance
23:14et la bonne distance
23:15n'est jamais la même
23:15pour tous les objets différents
23:17bien sûr
23:18donc cet ajustement là
23:20que fait le peintre
23:20quand il prend
23:22comme ça
23:22croquis
23:23nous faisons tout le temps
23:25la même chose
23:26vous faites ça
23:27prenez mon livre
23:28vous regardez
23:28vous avez votre point de vue
23:29je m'ajuste en interview
23:30à vous surtout
23:31oui mais c'est votre point de vue
23:33de lectrice
23:34bien sûr
23:34bien sûr
23:35et finalement
23:38par exemple
23:38quand vous écrivez
23:39sur un mec comme Picasso
23:40alors que vous avez été
23:41une des fondatrices
23:42du MLS
23:42je ne savais pas
23:43en commençant
23:44est-ce que vous êtes torturée
23:44ou pas ?
23:45j'ai fini ce bouquin
23:46schizophrène
23:47c'est que dans le genre
23:48le mec qui a une emprise
23:49sur les femmes
23:49c'est moi qui l'ai dévoilée aussi
23:51c'était avant du tout
23:53je suis tombée
23:54mais j'ai une passion
23:56pour l'oeuvre de Picasso
23:56c'est exceptionnel
23:57il n'y a pas le 20ème siècle
23:58en peinture sans Picasso
24:00c'est très important
24:01ce type est une ordure
24:02une ordure totale
24:03mais je l'ai découvert
24:05je l'ai écrit
24:06avec ses femmes
24:06ses enfants
24:06ses amis
24:07même avec ses amis
24:08il est dégueulasse
24:10bon
24:11est-ce que c'est pas
24:12l'apanage des grands géniens ?
24:13non
24:13non
24:13c'est des types formidables
24:15j'ai travaillé sur Vinci
24:16c'était Léonard de Vinci
24:18il y en a un
24:19Kissel
24:21un type très très bien
24:22et au 21ème siècle
24:23il y en a des génies sympas ?
24:24pas encore
24:25on va attendre un peu
24:26on est tout au début
24:27ça va
24:28merci d'être venu par ici
24:29Sophie Chauveau
24:30je rappelle votre livre
24:31J'ai adoré mourir
24:32aux éditions Téléma
24:33que je le recommande
24:34c'est très éclairant
24:36d'ailleurs aussi
24:36pour les jeunes féministes
24:38qui veulent s'engager
24:39d'avoir quelques informations
24:40sur les racines
24:43sur d'où elles viennent
24:44il faut se cultiver
24:45un peu dans la vie
24:46merci beaucoup
24:48allez la saison de 3
24:49de Parlons Femmes
24:49si vous le savez
24:50c'est tous les samedis
24:51à 13h30
24:52c'est aussi en replay
24:53pour rien ne manquer
24:53de nos échanges sans filtre
24:55on se retrouve demain
24:56à 19h pour C'est Excellent
24:57merci à Julien
24:58qui réalise pour vous aujourd'hui
24:59bisous bisous
25:00Sous-titrage Société Radio-Canada
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