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  • il y a 20 heures
Avec Karine Buisson, pair-aidante familiale au GHU Paris en psychiatrie et neurosciences conférencière et auteure de Maman je ne suis pas malade une mère face à la maladie psychiatrique de son enfant aux éditions Eyrolles

Parlons Femmes nous raconte les parcours des femmes extraordinaires qui tissent le lien de notre République.
Nous explorons des thèmes universels tels que la lutte pour l’Egalité des genres, la liberté d’expression, la diversité culturelle, le droit à disposer de son corps.
Emission tirée du livre de Valérie Perez-Ennouchi, "Destins de Femmes", sorti chez Ramsay, prix Edgard Faure 2021.
Une émission de Judith Beller.
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##DESTIN_DE_FEMMES-2026-06-13##
Transcription
00:00La Caisse d'Épargne-Île-de-France, fière de soutenir toutes les femmes, vous présente Sud Radio, Parlons Femmes, Judith
00:08Belaire.
00:09Vous êtes sur Sud Radio et vous écoutez Parlons Femmes, l'émission qui met en avant les femmes qui font
00:13la différence.
00:14Bonjour et bienvenue.
00:15Aujourd'hui, je reçois pour vous Karine Buisson, pardonnez-moi qui est père aidante, familiale au GHU Paris en psychiatrie
00:21neurosciences, conférencière
00:22et auteure de Maman, je ne suis pas malade, une mère.
00:25Sous-titres, face à la maladie psychiatrique de son enfant, c'est aux éditions Erol, bienvenue Karine.
00:31Bienvenue à vous aussi, bienvenue. Je suis heureuse d'être là et un peu émue.
00:37Écoutez, je suis heureuse d'être avec vous et puis ça nous parle à toutes et à tous a priori
00:41ce sujet. C'est parti.
00:42Sud Radio, Parlons Femmes, Judith Belaire.
00:46Alors le concept de cette émission, c'est que je vais vous poser des questions déjà, qui sont les questions
00:50Parlons Femmes, ma chère Karine.
00:52La première étant, quelles femmes connues ou inconnues vous inspirent totalement ?
00:58Il y en a plusieurs.
01:00Allez-y.
01:02Une qui m'a toujours inspirée, c'est Simone Veil.
01:06Je pense que je ne suis pas la seule.
01:07Non, on l'entend beaucoup dans cette émission.
01:09Mais vraiment pour à la fois l'épreuve qu'elle a vécue, pour sa pudeur, pour son authenticité et puis
01:18pour son engagement politique et puis pour évidemment tout ce qu'elle a fait pour les femmes.
01:24Rapprochez-vous du micro.
01:26Il y a aussi dans les femmes qui m'ont marqué ces derniers temps, c'est Gisèle Pellicot, clairement.
01:35Parce que je trouve que ce qu'elle a osé faire en demandant une audience publique, c'était très fort.
01:46Et la manière dont elle transforme son épreuve, c'est remarquable et je trouve que c'est des belles leçons
01:53de résilience pour toutes les femmes.
01:55C'est vrai.
01:56Et puis je dirais aussi pour toutes ces femmes qui sont dans des associations bénévoles et qui aident tous les
02:05jours des aidants comme moi, qui ont vraiment besoin d'être soutenues.
02:10Je pense à elles aussi.
02:12Bien sûr.
02:12Je trouve qu'elles sont très inspirantes.
02:14Elles vous ont beaucoup aidé, vous.
02:16Beaucoup ces derniers temps parce que j'ai mis longtemps à trouver des associations.
02:23Je n'ai pas cherché.
02:25Maintenant, évidemment, dès que je suis en contact avec des parents, je leur conseille bien entendu d'aller vers des
02:33associations pour les aider.
02:35Mais avant, je ne savais même pas que ça existait.
02:39Mais comme je ne savais même pas que les maladies psychiques étaient si nombreuses en France.
02:45Alors, on va le dire, la santé mentale, c'est la grande cause nationale 2025.
02:49C'est aussi la grande cause nationale 2026.
02:52Il y a 13 millions de Français qui sont touchés chaque année par un trouble psychique.
02:55Et puis les familles autour sont en difficulté.
03:00Est-ce qu'il y a une rencontre dans tout ça pour vous qui a complètement déplacé votre regard sur
03:04vous-même dans votre chemin des dentes ?
03:10Oui, il y a eu une rencontre avec un psychiatre qui m'a dit, vous ne vous en voulez pas,
03:18vous n'y êtes pour rien.
03:19Ça, ça m'a fait beaucoup de bien.
03:21Vous pensez que vous étiez fautive ?
03:23Est-ce que votre fils, on peut dire...
03:25Oui, bien sûr, mon fils a une maladie psychique sévère.
03:28Et j'ai mis longtemps avant de comprendre que...
03:31Que ce n'était pas vous.
03:31Que c'était... En tout cas, que tous les éléments successifs, le fait d'être un peu dans le déni
03:38au début,
03:39le fait de ne pas savoir comment bien réagir, le fait de le croire ou de ne pas le croire,
03:45le fait de ne pas avoir vu qu'il fumait du cannabis, le fait que j'ai eu une grossesse
03:49difficile,
03:51tout ça en fait que ça faisait énormément de paramètres qui m'ont mis dans une posture de culpabilité.
04:00Et le jour où il m'a dit ça, je me suis sentie...
04:03J'ai un gros poids qui est sorti, qui est descendu de vos épaules.
04:05Et après, il y a eu une rencontre avec une femme qui, justement, est père-aidante familiale.
04:11Donc, père-aidante familiale, je vais expliquer quand même pour les éditeurs qui ne savent pas.
04:16C'est quelqu'un qui a vécu l'accompagnement d'un proche et qui en a fait son métier.
04:24Il y a des pères-aidants.
04:25Donc, des pères-aidants sont des malades rétablis qui aident au sein des institutions.
04:31Et depuis peu en France, il y a des pères-aidants familiaux,
04:34comme moi aujourd'hui au GHU Paris, à Saint-Anne, entre autres.
04:40Et ça consiste en quoi exactement, alors ?
04:42Eh bien, à Saint-Anne, mon rôle est, avec à la fois des psychiatres ou des infirmiers ou des psychologues,
04:52d'accueillir des familles.
04:54Donc, ça peut être des parents, des fratries, des conjoints,
04:58pour les aider à mieux comprendre la maladie, pour les écouter,
05:02et puis pour faire le plus possible de médiation entre ce qu'ils vivent et ce que leurs proches vivent.
05:13Bien sûr.
05:15Est-ce qu'on revient un petit peu aux questions parlant femme ?
05:19On va continuer, évidemment, sur votre livre, que je rappelle d'ailleurs,
05:21Maman, je ne suis pas malade.
05:24Karine Buisson, est-ce que, selon vous, les femmes puissantes sont tolérées aujourd'hui ?
05:30Ou les femmes résilientes ?
05:31Oui, je trouve, je trouve, oui, oui, je trouve que ces derniers temps...
05:35Ça bouge bien ?
05:35Je trouve que ça bouge vraiment.
05:37Moi, j'ai vécu 28 ans dans un monde automobile...
05:40C'est pas pour ça que je vous pose la question.
05:42Très masculin.
05:43Très, très masculin.
05:45Où j'ai trouvé ma place, parce que finalement, on était peu de femmes.
05:50Vous avez joué des coudes ou pas du tout ?
05:52Non, je n'ai pas joué des coudes, parce qu'en fait, je n'avais pas de prétention particulière.
05:58Je pense que quelqu'un qui aurait été un peu plus ambitieux que moi, aurait peiné à l'époque,
06:06parce que oui, j'aurais pu être plus mise en avant, mais ce n'est pas ce que je cherchais.
06:12Et tous ces hommes ont été quand même très gentils avec la femme que j'étais,
06:16et m'ont fait progresser à la hauteur de mes compétences,
06:22même si, en effet, mon salaire n'a pas été celui que des garçons qui avaient le même poste que
06:30moi avaient.
06:31Mais voilà, c'est une autre époque.
06:34Mais oui, tu fais avec.
06:35Est-ce qu'il y a un message que vous voudriez transmettre aux petites filles du monde entier ?
06:40J'aimerais, oui, j'aimerais leur dire,
06:44croyez en vous, aimez la vie,
06:49et attachez-vous aux petites choses, à toutes ces belles petites choses qu'on voit tous les jours.
06:56L'art de faire attention aux choses.
06:59Oui, j'ai la chance d'être née comme ça.
07:02Vous voyez les éclats, vous ?
07:03Oui.
07:04La lumière, les éclats de bonheur.
07:05Et heureusement, parce que sinon, avec ce que je viens de vivre,
07:08je ne sais pas si je serai là, en tout cas comme ça.
07:11Et je pense qu'il faut vraiment
07:16prendre ce que Florence Servan-Schreiber appelle les kiffs.
07:20Et tous ces kiffs de la journée, on en a tous.
07:23Mais quand on vit des choses difficiles...
07:26On a du mal à les voir.
07:28On ne les voit plus.
07:29Vous avez toujours réussi.
07:31Oui.
07:33Votre titre, Maman, je ne suis pas malade,
07:35ça résume un drame majeur des troubles psychiatriques sévères,
07:38le refus, l'impossibilité de reconnaître sa maladie.
07:40Ça s'appelle l'anosognosie.
07:43J'ai appris ça, moi, en créant cette émission.
07:45Oui.
07:46Et pour les familles, vous parliez de culpabilité tout à l'heure,
07:49c'est vraiment ça que ça crée.
07:50C'est une tension permanente, en fait,
07:52entre l'amour, la protection, l'impuissance totale où on est
07:55et cette culpabilité, finalement,
07:56parce qu'on se sent responsable de quelque chose
07:58qui ne nous incombe pas, finalement.
08:00C'est exactement ça.
08:01On est perdu entre son désir de voir son enfant aller bien
08:08et l'impuissance totale de pouvoir...
08:12Enfin, totale, non, je reviendrai tout à l'heure,
08:15mais l'impuissance face à une maladie
08:17qui doit être traitée par des spécialistes.
08:21Et quand on est parent...
08:21Parce que ça ne se voit pas, en plus.
08:23Ce ne sont pas des maladies qui se voient,
08:24la schizophrénie, la bipolarité et tout.
08:25Ce ne sont pas des choses, ce ne sont pas des maladies handicapantes
08:27au même titre que quelqu'un qui vit en situation de handicap
08:30et qui a un bras en moins, par exemple.
08:31C'est ça.
08:32C'est ça.
08:32C'est ce qu'on appelle des handicaps invisibles
08:35parce que ce sont bien des handicaps.
08:36Ce sont des gros handicaps, bien sûr.
08:37Mais en effet, personne ne le voit.
08:40Pour autant, quand on est un proche,
08:43on voit bien que ça ne va pas.
08:45Quand on voit son enfant ou son conjoint
08:48halité toute la journée,
08:49quand on voit des propos très incohérents,
08:54des envies suicidaires,
08:56là, on voit bien que ça ne va pas, quand même.
08:59Bon, je vais lire un petit peu
09:00pour les auditrices, les auditeurs.
09:02Ne me laisse pas, maman.
09:03Le 29 septembre 2017,
09:04c'est mon été, les derniers que j'ai entendus
09:06avant de franchir le seuil d'un hôpital psychiatrique
09:07de banlieue parisienne.
09:08Derrière moi, mon enfant,
09:09ce jeune homme de tout juste 18 ans,
09:11en pleine bouffée délirante aiguë,
09:12me suppliant en pleurs de ne pas le quitter.
09:14La peur et la souffrance envahissaient ses yeux.
09:16Les miens étaient brouillés de larmes.
09:18C'est terrible.
09:20C'est un passage particulièrement fort.
09:23Quand on est maman,
09:25on compatit d'autant plus.
09:28Les dimensions que ça montre, ce texte,
09:31c'est aussi la souffrance des proches aidants,
09:34de la maman, mais quel que soit l'aidant.
09:37C'est-à-dire que tout d'un coup,
09:38on est obligé de le laisser à un moment donné.
09:40On ne peut plus l'accompagner.
09:41On n'a pas les capacités
09:43ou la formation, en fait,
09:45tout simplement pour s'occuper
09:46de ces gens qui sont malades.
09:48C'est ça.
09:49Et alors, quand c'est son enfant,
09:50ne me laisse pas maman.
09:51Ça me fait pleurer,
09:52rien que quand vous lisez ce chapitre.
09:56Ça me rappelle cette première hospitalisation
10:00où il faut quand même savoir
10:01que quelques jours avant,
10:03il allait très bien.
10:04Et il n'y avait aucun signe avant-coureur.
10:06Donc, du jour au lendemain,
10:09ça vous tombe dessus.
10:10Lui, il était en vacances,
10:12non pas en vacances,
10:13il était en voyage de classe
10:15et on nous a appelés en nous disant
10:17il faut à Venise.
10:19Venez vite le chercher.
10:22Il se passe quelque chose de grave.
10:24Mais c'est sa première crise, en fait.
10:25Oui, c'est la première crise psychotique.
10:28Qui a été déclenchée par le cannabis ?
10:30On ne sait pas.
10:31On ne sait jamais.
10:32On ne sait pas.
10:32Son papa a été le chercher.
10:34Il me l'a déposé
10:35puisqu'on était séparés à l'époque.
10:37Et là, je l'ai emmené à l'hôpital
10:39et on a été transféré
10:41dans un hôpital psychiatrique.
10:44Moi, je ne connaissais rien
10:45à la psychiatrie
10:46et je m'attendais vraiment.
10:48Mais je ne me suis jamais attendue
10:50à vivre ça.
10:51Donc, c'est un vrai choc.
10:53Et ça laisse des traces.
10:55C'est-à-dire ces hospitalisations
10:56qui, pour mon fils,
10:58ont été répétées
11:00comme pour beaucoup, en fait,
11:03de malades
11:04parce qu'ils prennent leurs médicaments
11:07et puis, quand ça va mieux,
11:09ils arrêtent.
11:10Et donc, ils sont réhospitalisés.
11:12Et c'est un cycle comme ça.
11:14Il en est où, votre fils, aujourd'hui ?
11:15Il va bien.
11:16Oui ?
11:17Il est sous traitement ?
11:18Il est toujours sous traitement.
11:19Il le prend ?
11:20Oui.
11:21Il est dans un centre
11:22de réhabilitation psychosociale.
11:25D'accord.
11:25Et c'est, je pense,
11:28ces dernières années,
11:29ce qui s'est fait de mieux
11:30dans la psychiatrie
11:31pour aider les jeunes patients.
11:34C'est quoi le centre ?
11:34Un centre de réhabilitation psychosociale.
11:37Il y en a, en fait ?
11:38Il y en a partout en France.
11:38Pas énormément.
11:40D'accord.
11:40Il y en a qui sont sous format
11:42hôpital de jour.
11:43Ok.
11:45Lui, il a la chance
11:46d'être dans un lieu
11:47qui est pris en charge totalement
11:49mais où c'est quand même ouvert.
11:52Donc, il a une forme de liberté également
11:54et où il travaille
11:55sur un projet de vie.
11:56Bravo.
11:57Parlons femmes,
11:58c'est un espace de parole libre
12:00pour celles qui avancent
12:01sans renoncer
12:02dans les situations difficiles.
12:04Sur ce plateau, aujourd'hui,
12:05la paire aidante familiale
12:06du GHU Paris
12:06en psychiatrie,
12:07neurosciences conférencière aussi d'ailleurs.
12:09Karine Buisson.
12:10Karine, vous êtes auteure
12:11de Maman, je ne suis pas malade.
12:12Une mère face à la maladie psychiatrique
12:14de son enfant.
12:14C'est sorti aux éditions Erol.
12:16Vous restez avec nous.
12:16On revient tout de suite.
12:18La Caisse d'épargne
12:19Île-de-France,
12:20fière de soutenir
12:20toutes les femmes,
12:21vous présente
12:23Sud Radio.
12:24Parlons femmes,
12:25Judith Belair.
12:26Parlons femmes sur Sud Radio.
12:27C'est votre rendez-vous
12:28du samedi à 13h30
12:29avec les femmes qui comptent.
12:31Et oui, mon invitée du jour,
12:32Karine Buisson,
12:32qui est père aidante familiale
12:34au GHU Paris
12:34en psychiatrie et en neurosciences.
12:36Elle est aussi conférencière
12:37et auteure de Maman.
12:38C'est votre premier livre.
12:39Je ne suis pas malade.
12:40C'est une mère face
12:41à la maladie psychiatrique
12:42de son enfant.
12:43Aux éditions Erol.
12:44C'est un livre coup de poing.
12:45C'est un beau livre.
12:47Vous m'avez dit hors antenne
12:48et on peut le dire
12:48à l'antenne du coup
12:49qu'il y a 60% des aidants
12:51qui sont des femmes.
12:53Oui.
12:53Ce qui veut dire
12:54que 40% sont des hommes.
12:56Mais dès qu'il y a
12:59un besoin de care
13:00qui est beaucoup plus présent,
13:02on passe à 78%.
13:05Et j'ai animé
13:07de nombreux groupes de paroles.
13:11Plus de 90% étaient des femmes.
13:14Aujourd'hui,
13:16c'est vrai que dans les consultations
13:18qu'on fait à l'hôpital,
13:21j'ai beaucoup plus d'hommes
13:23parce que je pense que
13:25quand ils sont dans un cadre
13:27avec moins de monde,
13:29ils ont plus de facilité
13:31à s'exprimer.
13:31D'accord.
13:32Les femmes en groupe,
13:34elles ont l'habitude.
13:34Elles ont l'habitude.
13:36Et on a l'impression
13:38qu'ils ne sont pas présents
13:40alors qu'ils sont bien présents.
13:41Mais ils ont plus de mal
13:42à faire part de leurs émotions
13:45et à parler de ce sujet
13:47très tabou encore.
13:51Vous animez des groupes de paroles
13:53depuis 2023, Karine,
13:54vous venez de le dire,
13:55au sein de l'association
13:56La Maison Perchée
13:57qui est devenue la sentinelle
13:58des aidants d'ailleurs
13:59depuis quelques temps.
14:01Ces groupes de paroles
14:02s'appellent La Boussole.
14:03Vous montrez le Nord en fait.
14:04On essaie.
14:06En tout cas,
14:07on essaie de redresser.
14:08Il y a quand même
14:095 millions de proches aidants
14:10qui accompagnent
14:103 millions de personnes
14:11qui sont atteintes
14:12de troubles psychiques sévères
14:14qui nécessitent
14:15une prise en charge permanente
14:17en fait.
14:17C'est ça.
14:18C'est énorme.
14:19C'est énorme.
14:21C'est énorme.
14:22Je comprends que ça soit
14:23une cause nationale.
14:24Tout d'un coup,
14:24quand on plonge un peu
14:25le nez dedans,
14:25on se dit,
14:26il y a quand même
14:26un gros problème.
14:27On ne se rend pas compte
14:28et moi,
14:28depuis que je parle
14:30de la maladie de mon fils,
14:32entre autres sur les réseaux sociaux,
14:34sur LinkedIn,
14:35j'ai fait pas mal de postes
14:36où j'ai eu beaucoup de gens
14:37qui m'ont écrit
14:38en message privé
14:40merci,
14:41merci parce qu'on n'a pas la force
14:43où on ne peut pas parler
14:44pour X raisons.
14:46merci de parler pour nous
14:47parce qu'en fait,
14:48on se rend compte
14:49que des malades
14:49ont pris la parole
14:51mais très peu,
14:53très très peu
14:54de familles.
14:56Donc,
14:56aujourd'hui,
14:57c'est important pour moi
14:59d'avoir réussi
15:00à écrire ce livre.
15:02C'était pas simple.
15:04mon fils,
15:04il était très fier de moi.
15:05Il n'a pas tout lu.
15:07Il a le livre
15:08à côté de lui.
15:09Instagram,
15:10tout ça,
15:10comment il le prend ?
15:11Au LinkedIn ?
15:12Au LinkedIn,
15:12il ne voit pas.
15:13Ça ne l'intéresse pas.
15:15Instagram,
15:16il est très peu.
15:16Il sait que vous en parlez en tout cas.
15:17Ah oui.
15:18Ça lui fait du bien à lui aussi ?
15:19En tout cas,
15:20il était heureux
15:20que j'écrive
15:21et il était heureux
15:23que je ne le mette pas en avance,
15:27qu'on n'a pas le même nom
15:28et je ne cite pas son prénom,
15:30je dis mon fils,
15:31pour garder son intimité,
15:34son anonymat.
15:35C'est déjà notre histoire,
15:37mais voilà,
15:39je pense que ça suffisait.
15:41Alors,
15:42vous voulez vraiment œuvrer,
15:43Karine Busson,
15:44à déstigmatiser la santé mentale
15:45et à faire prendre conscience
15:46du soutien aussi nécessaire
15:48pour les aidants.
15:49Et ce qui est intéressant,
15:51c'est que ça,
15:51c'est parce que vous avez vécu
15:53l'épreuve vous-même,
15:54parce que comme vous l'avez dit
15:55tout à l'heure,
15:56vous aviez été
15:58pendant presque 30 ans
15:59dans le secteur du design
16:00puis de la direction de création
16:01chez Peugeot,
16:02chez Citroën.
16:04Et puis,
16:05il y a 6 ans,
16:06après l'annonce du diagnostic
16:07de la maladie psychique
16:08de votre fils,
16:09vous aviez passé 2 ans
16:10très difficile,
16:11vous avez tout bouleversé
16:12dans votre vie.
16:14Et puis,
16:15vous avez découvert ensuite
16:16cet univers complexe
16:17de la psychiatrie,
16:18finalement,
16:18ça a fini par vous passionner.
16:19Oui.
16:20C'est ça ?
16:21Parce que vous allez passer
16:22un diplôme aussi,
16:23universitaire,
16:23en septembre.
16:24Qu'est-ce que vous avez passé
16:25comme diplôme ?
16:25Alors,
16:26ça s'appelle
16:26diplôme universitaire
16:29de père et danse familiale,
16:32en santé mentale
16:32et neurodéveloppement.
16:34D'accord.
16:34Et ça me semblait important
16:36de compléter mon expérience
16:39de vécu
16:40avec ce diplôme
16:42qui couvre
16:43le champ,
16:45évidemment,
16:46de la psychiatrie,
16:47mais aussi
16:48de tout ce qui est
16:49médico-social.
16:51Et quand on rentre
16:52dans l'univers
16:53de la maladie psychique,
16:55on rentre aussi
16:56dans l'univers
16:56médico-social,
16:57puisque tout d'un coup,
16:59votre proche
17:02devient handicapé,
17:03même si c'est très dur
17:05pour eux
17:05à supporter ce mot
17:06et même pour moi.
17:07Mais en tout cas,
17:08il a un handicap
17:09et ensuite,
17:11il faut trouver
17:12des structures
17:12pour nous aider
17:14tant que le rétablissement
17:16n'est pas là.
17:16Bon,
17:17si la résilience
17:17avait une définition,
17:18vous seriez sa définition
17:20en fait.
17:21Je pense.
17:22Je pense.
17:23Vous avez réussi
17:23à transformer
17:23quelque chose
17:24d'absolument douloureux
17:25et terrible
17:26en quelque chose de beau
17:27parce qu'il est fier de vous,
17:28votre fils maintenant.
17:29Oui.
17:29Est-ce que ce ne serait pas ça
17:30un message un peu universel
17:31à donner,
17:32c'est quel que soit le chemin
17:33dans la difficulté,
17:34etc.
17:34Finalement,
17:34il y a toujours
17:35une solution,
17:36une nouvelle marche
17:37à monter,
17:37etc.
17:38Oui,
17:38je pense.
17:39Et je pense que
17:45chaque chemin est unique.
17:46Donc,
17:48je ne peux pas dire
17:49à un autre parent
17:51qu'il faut faire comme moi.
17:52Dans le livre,
17:54j'essaie de dire
17:56comment j'ai réussi
17:57à faire ça.
17:58Qu'est-ce que vous diriez
17:59à quelqu'un
17:59qui est terrassé,
18:00par exemple,
18:00un parent qui est terrassé
18:01par la maladie de son enfant
18:02qui n'arrive pas
18:03à trouver la lumière ?
18:03Je lui dis,
18:04c'est normal.
18:06Il va falloir du temps.
18:08Il n'y a que ça,
18:08en fait.
18:09C'est le temps.
18:10Et on va marcher
18:11pas à pas.
18:11Et il faut vous faire aider
18:14et aller parler
18:15avec des gens
18:15qui ont vécu
18:16la même chose que vous.
18:17Il y a des associations
18:19formidables.
18:20Vous en avez cité une
18:21tout à l'heure
18:21où j'ai travaillé.
18:23Il y a l'UNAFAM
18:25qui est une des plus grandes
18:27associations françaises
18:28et une des plus anciennes.
18:29Il y a des associations
18:30qui sont plus spécialisées
18:32dans certaines pathologies.
18:34Connexion familiale,
18:35Argos 2001.
18:36Enfin,
18:36il y a une multitude
18:38de lieux
18:39et de gens
18:40pour vous aider.
18:41Après,
18:41évidemment,
18:42il y a les psychologues.
18:44Mais je vois bien
18:45à quel point
18:46ça fait du bien
18:47de rencontrer quelqu'un
18:48qui a vécu
18:49la même chose que vous.
18:50Je vois
18:51quand le psychiatre
18:52avec qui je travaille
18:53me présente
18:54le soulagement physique
18:56même
18:57de certains parents
18:59qui se disent
19:01« Ah ouais,
19:02il y a quelqu'un
19:03qui a vécu
19:03la même chose que moi. »
19:04Et puis ça va plus loin
19:05parce que vous êtes formée
19:06aujourd'hui à la psychoéducation,
19:08à l'accompagnement du deuil,
19:09à l'animation
19:09d'athlés de psychologie positive.
19:10Vous avez suivi une formation
19:12résilience d'ailleurs
19:13et altruisme
19:14avec Karuna Shéchen.
19:16Qui c'est ?
19:17C'est Mathieu Ricard
19:20qui a créé
19:21une association.
19:22C'est son nom
19:23de bouddhiste,
19:24c'est ça ?
19:24Oui.
19:24Karuna ?
19:25OK.
19:26Il a monté
19:27Karuna Shéchen
19:28et ils font
19:30des groupes
19:31comme ça
19:31pour réfléchir
19:32sur l'altruisme
19:33et la résilience.
19:35Je me suis rendue compte
19:36à l'époque
19:37je ne me suis pas rendue compte
19:38si ça m'aidait ou pas
19:40mais je prenais
19:41tout ce que je pouvais.
19:44Et je pense
19:44que ça aide beaucoup
19:46après à cheminer
19:47parce que
19:48pareil quand j'ai fait
19:50ma formation
19:51pour accompagner le deuil
19:54ça pouvait paraître étrange
19:55mais en fait
19:56c'est une forme de deuil
19:58ce qu'on vit.
20:00Deuil de quoi ?
20:01Le deuil de
20:03de ce qu'on a fantasmé
20:05de l'enfant de fantasmé
20:06alors que mon fils
20:07aujourd'hui
20:07je l'adore tel qu'il est.
20:08Je crois qu'on le fait
20:09tous ce deuil là
20:09à un moment donné
20:10vous savez Karine.
20:11On fait tous le deuil
20:12de l'enfant fantasmé
20:13vers 12-13 ans.
20:16Peut-être ouais.
20:18Mais finalement
20:21faire le deuil
20:21c'est quelque chose
20:22qu'on fait régulièrement
20:23dans la vie.
20:24Oui.
20:24C'est même parfois
20:25des petites choses
20:26dans la journée
20:26comme ça
20:27qu'on doit laisser partir.
20:28Mais ça c'est une très belle
20:29leçon de liberté.
20:31Oui.
20:31Qu'est-ce que vous en pensez
20:32de se détacher
20:33de ces choses là ?
20:33Oui.
20:34Mais on n'est pas tous capables
20:36et
20:38et ce que je me
20:39je me rends compte
20:40tous les jours
20:41c'est que
20:41quand on a cette base là
20:43cette
20:43de la pyramide
20:44de Maslow
20:45la base de la sécurité
20:47affective ou financière
20:48après c'est plus simple
20:50d'accepter les choses.
20:52Dès qu'il y a des éléments
20:53qui commencent à...
20:54L'organisation difficile.
20:55Et puis quand ça touche
20:56à votre enfant
20:59
21:00on rentre dans une sphère
21:02qui est
21:03très difficile
21:04à expliquer
21:04mais qui est
21:06de l'ordre
21:06viscérale.
21:07et donc
21:10moi j'ai un papa
21:11qui m'a dit récemment
21:13voilà
21:14je donnerai tout
21:15pour qu'il soit plus malade
21:17et je pense
21:18qu'il le pensait sincèrement.
21:19Parce que lui
21:19il vous voit souffrir ?
21:21Parce que
21:22oui
21:23et moi je
21:24je l'écris dans mon livre
21:28je disais
21:29dans mon livre
21:30j'explique aussi
21:32qu'à partir du moment
21:33où j'ai un peu
21:34lâché la bride
21:35où j'étais moins
21:36parce que je devenais
21:38un radar
21:39quoi
21:39dès que
21:40et je
21:41en fait ça mettait un poids
21:42sur mon fils
21:43mais je ne mesurais pas
21:44ce poids
21:45et à partir du moment
21:46où j'ai lâché la bride
21:47et ça je l'ai appris
21:48grâce à la psychoéducation
21:50lui aussi
21:52à respirer différemment
21:54et aujourd'hui
21:55on a trouvé
21:57cette balance
21:59
21:59on trouve nos marques
22:01où chacun
22:01essaie de
22:02de vivre au mieux
22:04avec ce problème
22:05qui en est un
22:07mais
22:07aujourd'hui
22:09on a beaucoup progressé
22:11je dis on
22:11parce qu'on est deux
22:12dans l'affaire
22:13et
22:14et moi je réagis
22:16différemment
22:16et lui
22:18logiquement
22:18aussi
22:19c'est très joli
22:20ce que vous racontez
22:22ce que vous dites
22:22c'est que malgré
22:23la fatigue
22:23et la détresse
22:25l'amour maternel
22:26il continue d'exister
22:27même quand tout
22:27semble s'effondrer
22:28c'est ce qu'il y a
22:29de plus puissant au monde
22:29en fait
22:30l'amour maternel
22:32et
22:32qu'est-ce que vous aurez
22:33comme conseil aussi
22:36à ces jeunes
22:37qui souffrent
22:38et qui peut-être
22:38ne veulent pas en parler
22:39ou
22:41sont tristes
22:41sans trop savoir pourquoi
22:42ou ont des sautes d'humeur
22:44mais peut-être
22:44qu'il faudrait
22:45qu'ils consultent
22:46ouais
22:46j'ai vraiment envie
22:47de leur dire
22:48pas hésiter à s'en saisir
22:49je ne sais pas
22:50s'il y a beaucoup de jeunes
22:51qui vont nous écouter
22:52mais en tout cas
22:54dès que vous sentez
22:55les choses
22:55qui
22:57qui commencent
22:58à basculer
22:59si vous n'avez plus
23:01envie de grand chose
23:02si vous avez
23:03des sautes d'humeur
23:04si
23:06vous n'avez plus faim
23:08si
23:09vous avez
23:10envie de mourir
23:12il faut vraiment
23:12aller
23:13consulter
23:14un médecin
23:15et il faut aussi
23:16en parler
23:16à vos parents
23:17parce qu'ils
23:18vous adorent
23:18et ils sont là
23:19pour vous protéger
23:21c'est beau ce que vous dites
23:22Karine
23:22merci beaucoup
23:23vous êtes très touchante
23:24merci
23:26écoutez
23:26on vous souhaite
23:27en tout cas
23:27que votre combat
23:29continue vers le positif
23:30vers la lumière
23:30comme vous le faites
23:31merci
23:31bravo
23:32je rappelle votre livre
23:33maman je ne suis pas malade
23:34une mère face à la maladie psychiatrique
23:35de son enfant
23:36c'est sorti aux éditions
23:37et Roll
23:37merci Karine Buisson
23:38d'être venue partager
23:39aujourd'hui
23:39c'est la fin de Parlons Femmes
23:41sur Sud Radio
23:42merci pour votre écoute
23:43votre fidélité
23:43on se retrouve samedi prochain
23:45à 13h30
23:45puis demain à 19h
23:47pour cet excellent
23:47évidemment
23:48merci à Julien
23:48à la réalisation
23:49puis à très vite
23:50Sud Radio
23:51Parlons Femmes
23:52Judith Belair
23:54avec la Caisse d'épargne
23:55Île-de-France
23:56fière de soutenir
23:57toutes les femmes
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