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Un déjeuner de famille qui vire au massacre, suivi d’une virée meurtrière dans le Doubs. Crime story raconte cette affaire dans un podcast en deux parties. 

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Photo : AFP - Musiques : Audio Network - Archives : France 3 Bourgogne-Franche-Comté. 
Cet épisode de Crime story a été préparé en puisant dans les archives du Parisien, avec l'aide de nos documentalistes. Nous nous sommes aussi appuyés sur des articles de l’Est républicain et sur le documentaire « Le Pavillon des irresponsables » réalisé par Alain Morvan, diffusé sur France 3.

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Crime Story: Le podcast faits-divers du Parisien: https://bit.ly/_Crimestory

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Transcription
00:01Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast fait divers du Parisien.
00:07Un jeune garçon de 10 ans a été tué par balle.
00:10Des aveux, 33 ans après.
00:12Son corps a été retrouvé un mois plus tard.
00:15Des hommes cagoulés ont tiré sur les mariés.
00:17Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle avec le chef du service polyjustice du Parisien, Damien Delsenie.
00:30Bonjour, Damien.
00:31Bonjour, Claudia.
00:32Aujourd'hui dans Crime Story, 30 minutes et 15 morts, la tuerie du doux.
00:36Luxiol, un petit village tranquille, va basculer le temps d'une journée d'été dans une violence absolue.
00:42Derrière ce carnage, beaucoup d'interrogations et une question, celle de l'irresponsabilité pénale.
00:55Le samedi 8 juillet 1989, le petit village bourguignon de Luxiol est en fête.
01:00A la mairie, Corinne Dornier et Daniel Maillard viennent de se dire oui.
01:05Ils ont 26 et 25 ans, beaucoup de projets et la vie devant eux pour les réaliser.
01:12Corinne porte une robe avec de larges emmanchures, un décolleté en V et des gants blancs.
01:16Elle a des cheveux bouclés, tirant vers le roux, qui sont relevés en chignon et surmontés d'un voile.
01:23Daniel porte une large veste grise, une chemise blanche et un nœud papillon.
01:28Sur la photo prise ce jour-là, les deux se donnent la main et sourient en regardant l'objectif.
01:35Luxiol est une petite commune qui compte 128 habitants.
01:38Elle est située dans le Doubs, à mi-chemin entre Besançon et Montbéliard.
01:42L'agriculture de la région est dictée par son relief de moyenne montagne et sa tradition fromagère,
01:48puisque c'est tout près d'ici, dans le massif du Jura, qu'on fabrique le Comté, le Morbier ou
01:53encore le Mont-d'Or.
01:55Sur les plateaux, on cultive principalement de l'herbe et des cultures fourragères pour nourrir les vaches laitières.
02:01On produit également des céréales, des oléagineux comme des noix ou du colza et des plantes aromatiques.
02:08La famille de Corinne est originaire de ce petit village et ses parents, Georges et Jeanne, y ont une ferme
02:14et élèvent des vaches.
02:16C'est là que Corinne d'Ornier a grandi avec son frère aîné de 6 ans, Christian, et son frère,
02:21plus jeune, Serge.
02:23Ce dernier travaille chez Peugeot, à Vesoul, dans le département voisin de la Haute-Saône.
02:28Christian, l'aîné, doit succéder aux parents à la tête de la ferme.
02:34Le jour du mariage de Corinne et Daniel, après la signature du registre, le couple quitte l'hôtel de ville
02:40sous les applaudissements de leurs proches.
02:42Ils se rendent ensuite à l'église de Verne, à 2 km au nord, pour la cérémonie religieuse.
02:504 jours plus tard, le mercredi 12 juillet au matin, Corinne d'Ornier et Daniel Maillard vont acheter une armoire
02:56à Beaum-les-Dames, juste à côté de Luxiol.
02:59Après quoi, tout le monde se retrouve dans la ferme familiale pour le déjeuner.
03:09Damien, la suite est racontée précisément par le marié Daniel Maillard, 30 ans plus tard, dans le journal L'Est
03:16Républicain.
03:17Il raconte qu'avec sa femme, ils sont arrivés à Luxiol, qu'ils se sont installés pour boire l'apéritif.
03:23Il y avait là les parents, les frères, la famille, déjeunent tout à fait normalement.
03:28Et à la fin du repas, le père de Corinne, Georges, s'assoupit comme d'habitude, c'est un peu
03:33sa sieste traditionnelle.
03:36Daniel parle ensuite d'un bruit et de confusion.
03:39Un grand bruit qui provient de l'arrière de la porte de la cuisine.
03:42Alors Corinne va se lever pour voir ce qui se passe, si quelque chose est tombé.
03:46Et elle constate que c'est le fusil du père de famille, Georges, qui effectivement est tombé contre la porte.
03:53Elle va le ramasser, elle va le reposer contre le mur.
03:56Elle va faire ce geste d'une manière un peu machinale.
03:58Ce fusil d'habitude, il est dans un étui et surtout, il n'est pas à l'extérieur comme ça.
04:03Il est rangé dans une armoire, il n'est pas dans la cuisine.
04:05Comme le père de famille, Georges, continue de faire sa sieste, personne ne va lui poser la question de pourquoi
04:12ce fusil se trouve derrière la porte de la cuisine.
04:14Personne ne remarque cette bizarrerie.
04:17Daniel se lève ensuite pour aller aux toilettes.
04:19Il explique, il se souvient précisément de l'heure où il va aux toilettes.
04:22Il est 14h10 et c'est à ce moment-là qu'il va entendre un bruit.
04:27Lui pense d'abord que ce sont les ballons de Baudruche qui ont été achetés et gonflés pour le mariage,
04:33pour décorer, qui sont encore dans la pièce.
04:35Il pense que ce sont ces ballons qui sont en train d'éclater, d'exploser.
04:39Mais en fait, ce ne sont pas du tout les ballons, ce sont des coups de feu.
04:48Daniel sort des toilettes et court à la cuisine.
04:51Il découvre deux corps, dont celui de sa belle-mère et celui d'un inséminateur qui était présent dans la
04:57ferme.
04:58Il baigne dans le sang.
05:01La pièce est pleine de fumée.
05:03Dans un coin, Daniel distingue Christian Dornier, son beau-frère, l'aîné de Corinne.
05:08Les regards des deux hommes se croisent, puis Christian recharge le fusil.
05:12Daniel court vers la sortie.
05:14Deux balles le ratent de peu.
05:17Dehors, sa femme est là.
05:19Daniel veut la convaincre de le suivre et de partir au plus vite.
05:22Mais dans la cuisine, Corinne a vu que sa mère était touchée et tombée par terre.
05:27Elle souhaite retourner la chercher.
05:29Elle décide de passer par l'arrière de la maison.
05:32Elle en fait donc le tour.
05:35Daniel, resté à sa place, ne la voit plus.
05:37Mais depuis l'extérieur de la maison, il entend d'autres cris.
05:42D'autres coups de feu.
05:47Il part en courant chez les voisins, tambourine à la porte, et crie « Je vous en prie, ouvrez, Christian
05:53est devenu fou ».
05:54Les voisins lui ouvrent, puis barricade la maison.
05:58Depuis une de leurs fenêtres, Daniel Maillard observe l'entrée de la ferme.
06:02C'est alors qu'il voit sur la route deux petits garçons arriver à vélo.
06:06Ce sont deux frères de 14 et 10 ans, Johnny et Johan.
06:10Ils n'ont visiblement aucune idée de la dangerosité de la situation.
06:15Des balles les atteignent, ils sont tués sur le coup.
06:19La scène a duré une poignée de secondes.
06:21« On n'a pas eu le temps de dire un mot », précise Daniel Maillard au journal L'Est
06:25Républicain.
06:26Plus tard, dans une interview pour France 3 Bourgogne-Franche-Comté, il revient également sur ce moment tragique.
06:32« Il m'a enlevé mon épouse, il y avait quand même toute une vie qui nous attendait en particulier,
06:40et il a tout brisé. »
06:43Après avoir fait feu sur déjà plusieurs personnes, Christian Dornier monte dans sa voiture, une Golf GTI noire, et démarre.
06:51Il pointe son fusil de chasse par la fenêtre, prêt à tirer sur tout ce qui bouge.
06:55Et il n'épargne personne, ni ses voisins, ni les inconnus.
07:00Un agriculteur est tué sur un tracteur au milieu d'un champ de betteraves.
07:04Un autre est blessé.
07:06Puis le meurtrier arrive au cœur du village.
07:09Il tire sur des enfants, tue une fillette de 3 ans, qui joue à la poupée devant la cour de
07:14sa maison.
07:15Une jeune femme entend les coups de feu, elle croit que ce sont des pétards.
07:19En moins d'une demi-heure, plusieurs cadavres jonchent les rues.
07:22Et la course folle de la voiture continue vers Haute-Chau, le village voisin.
07:29Des habitants de Luxiol se précipitent chez le maire pour le prévenir du drame.
07:33Une voiture noire circule dans le village, et son conducteur tire sur tout le monde.
07:38Pendant ce temps-là, la voiture arrive à Haute-Chau.
07:41Christian Dornier tue deux personnes de plus.
07:48Damien, en parallèle, les gendarmes sont prévenus et se mettent à la recherche de la voiture.
07:53Oui, alors, c'est pas une grosse gendarmerie, il n'y a que deux voitures de disponibles en patrouille.
07:57Mais leur objectif est clair, il faut intercepter la Golf, arrêter cette course folle.
08:02Une des deux voitures de gendarmerie va croiser la Golf de Dornier.
08:05Elle va prévenir l'autre voiture en patrouille pour essayer de le piéger, de lui barrer la route.
08:10Puis finalement, elle va revenir en arrière.
08:12Donc, la Golf GTI Noire se retrouve bloquée par les voitures de gendarmes.
08:16Son conducteur ne peut plus s'échapper.
08:18Non, et apparemment, il le comprend puisqu'il ouvre le feu immédiatement sur les gendarmes qui vont riposter.
08:23Le capitaine de gendarmerie qui est présent dans la patrouille va être grièvement blessé au cours de cet échange de
08:28coups de feu.
08:29Le forcené, lui, va recevoir deux balles, dont une dans le cou, et il est maîtrisé après.
08:34Le bilan est très lourd.
08:35Le premier bilan est extrêmement lourd.
08:3814 morts sur le cou, dont trois enfants, on l'a dit, et huit blessés.
08:42Parfois, des blessés qui sont très graves.
08:44D'ailleurs, il y aura une 15e victime, puisque quelqu'un qui a été blessé ce jour-là va mourir
08:49à l'hôpital des suites de ces lésions quelques mois plus tard.
08:52Christian Dornier a tué notamment sa mère.
08:54Un employé qui était chargé d'être un inséminateur à la ferme ce jour-là.
08:59Il a donc tué aussi sa sœur Corinne, celle qui venait d'épouser Daniel Maillard, quatre jours plus tôt.
09:04En fait, en moins de 30 minutes, c'est presque un dixième de la population du village de Luxiol qui
09:10a été tué, et pas par n'importe qui, par l'un de ses propres habitants.
09:19Les jours qui suivent, la tuerie de Luxiol, comme on l'appelle désormais, s'affiche dans tous les journaux.
09:24A l'été 1989, elle représente le plus lourd bilan enregistré après un meurtre de masse en France.
09:31Pour faire face, un hôpital de fortune est installé sur place.
09:35Les blessés y sont pris en charge.
09:36Pour honorer la mémoire des morts, la petite mairie est transformée en chapelle ardente.
09:41Le premier ministre, Michel Rocard, adresse une lettre au maire de Luxiol.
09:46« J'apprends avec une profonde émotion le déchaînement de violences qui frappent les habitants de votre commune, écrit-il.
09:51Je veux vous témoigner de la solidarité de la nation devant ce drame. »
09:56Blessé lui aussi, le tireur Christian Dornier ne fournit d'abord aucune explication à ce qui s'est passé.
10:02Dans la presse, on tente de dresser son portrait à partir des témoignages recueillis dans le village.
10:08Christian Dornier y est décrit comme un homme renfermé qui ne parlait à personne.
10:12Sa voisine, celle chez qui ses réfugiés Daniel, le connaît depuis l'enfance.
10:17Son fils était à l'école avec lui.
10:19« Un garçon taciturne, dit-elle, qui ne se liait avec personne. »
10:23Depuis six mois, cette voisine et amie des Dorniers s'inquiétaient de la santé du jeune homme de 31 ans.
10:28« La famille ne voulait pas en parler, confie-t-elle le jour même aux Parisiens.
10:32Vous savez, chez nous, on ne s'étale pas sur ces problèmes.
10:35Je sais seulement qu'il était suivi par un médecin généraliste qui le connaît.
10:39Je suis d'ailleurs allée le voir.
10:40Il m'a dit que tant que Christian ne faisait pas de mal, on ne pouvait pas intervenir. »
10:50Damien, au lendemain de cette tuerie de masse, on parle dans la presse d'un accès de folie.
10:54C'est effectivement le premier commentaire un peu de bon sens, facile.
10:58Ce sont les mots qui sont rapportés, sans qu'on sache exactement de quoi on parle,
11:02c'est-à-dire quel type de maladie pouvait souffrir Christian Dornier.
11:05Cette fameuse voisine, qui est un témoin privilégié, va poursuivre.
11:09Elle en précisant que Christian Dornier était célibataire.
11:12Il vivait avec ses parents, alors que son petit frère et sa petite sœur venaient tout juste de se marier.
11:17Et pour elle, elle pense que ces deux événements, c'est-à-dire son petit frère et sa petite sœur
11:21qui font leur vie d'adulte en quelque sorte,
11:23et lui qui reste là seul, pour un garçon fragile comme lui, ça a probablement été une épreuve.
11:29D'autres disent de Christian Dornier qu'il souffrait d'un mal de vivre, je cite.
11:33Ce qu'on sait, c'est qu'il était suivi pour des troubles psychiatriques.
11:36Un agriculteur qui est allé à l'école avec Christian Dornier, confiait à l'époque au quotidien François,
11:42que jeune, Christian n'était pas forcément différent des autres, ils sortaient ensemble, ils s'amusaient ensemble.
11:48Et ce même agriculteur rajoute que Christian était courageux au travail, qu'il participait aux travaux de la ferme,
11:54il faisait de l'élevage, il ne prenait jamais de vacances, et qu'il était devenu en quelque sorte le
11:58second de ses parents,
11:59enfin quelqu'un qui participait vraiment à l'activité de la ferme.
12:03Cette même connaissance de Christian Dornier affirme qu'il a changé une dizaine d'années plus tôt,
12:07quand il est revenu de son service militaire.
12:09C'est là que ce copain voit un petit peu Christian Dornier changer.
12:13Alors, Christian Dornier à l'armée, il travaillait dans la cantine pour les militaires,
12:17donc ce n'est pas un poste très exposé en principe.
12:19On n'imagine pas que c'est en servant des repas qu'on est face à un traumatisme ou une
12:23violence,
12:24comme peuvent l'être d'autres militaires dans leurs affectations.
12:26Un membre du conseil municipal va lui confirmer quand même que, au retour de l'armée,
12:32Christian Dornier a changé, que cette expérience a modifié son comportement,
12:36mais que, selon lui, il y a eu un autre palier franchi, cinq ou six ans plus tard environ.
12:40Ce témoin va donner des éléments intéressants pour la suite de l'histoire.
12:44Il dit que Christian Dornier était devenu imprévisible,
12:48qu'il pouvait les ignorer un jour, les insulter un autre,
12:51venir boire un coup avec eux le troisième.
12:53Puis il précise, ce qu'on craignait, c'est qu'ils s'en prennent à ses parents.
12:58Mais pas ça, pas cette boucherie.
13:01Le mercredi 12 juillet 1989 au matin,
13:05Christian Dornier, un agriculteur de 31 ans,
13:07qui travaille dans la ferme familiale dans un petit village du département du Doubs,
13:12commet l'impensable.
13:13Alors que toute la famille est réunie pour un déjeuner,
13:16il s'empare du fusil de son père et tue sa mère, sa sœur et un employé de la ferme.
13:21Puis il monte dans sa voiture et tire au hasard sur tous ceux qu'il croise.
13:24Le bilan est lourd.
13:2715 personnes sont tuées, dont plusieurs enfants, et 7 sont blessées.
13:31Christian Dornier est, lui, arrêté par les gendarmes.
13:35Blessé au coup, il est d'abord conduit à l'hôpital,
13:37puis placé en détention provisoire.
13:40Dans le village, les habitants dressent le portrait d'un homme
13:42qui avait beaucoup changé au retour de son service militaire, 10 ans plus tôt.
13:50Selon ceux qui l'ont côtoyé, à mesure qu'il vieillit,
13:53Christian Dornier voit son entourage se déliter.
13:55Ses camarades, devenus agriculteurs eux aussi,
13:58trouvent des compagnes, se marient et réinventent une vie à la ferme à deux.
14:03Lui reste seul, célibataire et sans enfants,
14:06une situation peut-être douloureuse intimement
14:08et forcément lourde socialement.
14:11Dans la région, l'exploitation des Dorniers est une belle ferme.
14:1470 hectares pour les pâturages, les foins, le maïs et d'autres céréales.
14:1980 bêtes et une bonne production laitière, malgré les quotas imposés.
14:24Mon frère avait suivi des stages de formation en agriculture l'année dernière,
14:28témoigne Serge Dornier, le Benjamin de la Fratrie, dans le journal France Soir.
14:32Mes parents, qui s'apprêtaient à prendre leur retraite,
14:34lui ont donc demandé de prendre le relais,
14:36mais il fallait encore s'investir, s'endetter,
14:38et il ne s'est pas senti les épaules assez solides.
14:41Il a refusé, mais il n'avait pas d'autre projet.
14:45Simplement, tout seul, c'était trop pour lui.
14:47Mes parents ont décidé d'attendre encore 3 ans dans l'espoir de le voir changer d'avis,
14:51et peut-être, entre-temps, aurait-il pu se marier.
14:55Mais le temps passe, et les choses ne changent pas.
14:58Christian Dornier se renferme,
15:00et semble s'éloigner de plus en plus de ceux qui l'entourent.
15:03On l'abordait gentiment,
15:04mais on ne savait pas comment il allait réagir, enchaîne un voisin.
15:08Puis le voisin décide d'en parler au conseil municipal du village.
15:11Il dit « Ce type est complètement fou, il faut faire quelque chose. »
15:16En vérité, poursuit-il dans les colonnes de François,
15:18tout le monde savait très bien qu'il pouvait arriver quelque chose.
15:21On avait averti les gendarmes, le maire,
15:23mais il ne pouvait rien faire tant qu'il n'avait pas été vraiment violent.
15:27Dans les journaux,
15:28les récits de ces petits éléments inquiétants
15:30dans le comportement de Christian Dornier,
15:32annonciateur du drame à venir,
15:34se multiplient.
15:35Il était déprimé, dit-on,
15:37prenait des neuroleptiques,
15:38avait sorti un fusil de chasse
15:40et tiré au-dessus de la tête d'un voisin un mois plus tôt.
15:42Il disparaissait parfois
15:44et ne réapparaissait qu'après deux ou trois jours.
15:46Il changeait ses plans à la dernière minute.
15:48Il avait préparé son costume
15:50pour assister au mariage de sa sœur
15:51et il ne s'y était finalement pas rendu.
15:58Damien Delsenny,
15:59dans les jours qui suivent ce terrible fait d'hiver,
16:01les analyses et les récits dans les journaux se poursuivent
16:04et pendant ce temps,
16:05que devient Christian Dornier ?
16:07Il a été placé, on l'a dit,
16:08en détention provisoire.
16:09Il est à la prison de Fresnes,
16:11dans le Val-de-Marne,
16:11juste à côté de Paris.
16:13Alors évidemment,
16:13les enquêteurs vont l'entendre à plusieurs reprises
16:15sur les circonstances de ce coup de folie,
16:18pourrait-on dire.
16:19Il va aussi s'entretenir beaucoup
16:20avec l'avocat qui l'a choisi,
16:22mais bizarrement,
16:23avec cet avocat,
16:24il ne parle jamais de son geste,
16:27il ne parle jamais de cette tuerie,
16:28il ne pose aucune question sur les victimes
16:30et en particulier sur sa mère et sa sœur
16:33qui l'a tué.
16:33Il semble presque ne pas se souvenir
16:36de ce qui s'est passé.
16:37En revanche,
16:38il y a quand même un degré de conscience
16:39puisqu'il s'inquiète beaucoup
16:41de savoir ce qu'on pense de lui
16:43à Luxiol, dans le village.
16:45Il fait l'objet d'expertise
16:47et quatre mois après la tuerie,
16:49trois experts psychiatres
16:50concluent à son irresponsabilité pénale,
16:53c'est-à-dire qu'il est selon eux malade,
16:55qu'il doit être pris en charge
16:57et que de ce fait,
16:58il échappe à la justice
16:59puisqu'il n'est pas en état d'être jugé.
17:02C'est l'article 64
17:03du Code pénal français.
17:05Il est très clair,
17:06il n'y a ni crime ni délit
17:08lorsque le prévenu
17:10était en état de démence
17:11au temps de l'action
17:12et lorsqu'il a été contraint
17:14par une force
17:15à laquelle il n'a pas pu résister.
17:18L'annonce de cette décision
17:19est extrêmement mal reçue
17:20au village de Luxiol.
17:22À la fois,
17:22les habitants du village,
17:23en tout cas ceux qui s'expriment encore
17:25à ce moment-là,
17:26disent leur choc et leur colère.
17:28Eux, ils veulent un procès,
17:29ils veulent une audience
17:30pour comprendre
17:30ce qui s'est passé
17:31et ceux qui l'ont vu agir
17:33ne comprennent pas
17:34qu'on puisse considérer
17:35qu'il n'est pas responsable
17:36alors qu'ils l'ont vu
17:37se déplacer
17:39froidement
17:39de manière apparemment
17:40très maîtrisée,
17:42presque calculée,
17:43contrôlée
17:43en sachant parfaitement
17:45ce qu'il faisait ce jour-là.
17:46Plus étonnant,
17:47Christian Dornier lui-même
17:49souhaite être jugé.
17:50En tout cas,
17:51son avocat de l'époque,
17:52maître Jean-Pierre Fortioli,
17:54le raconte.
17:55Il ne connaissait pas
17:56l'existence
17:56de l'article 64
17:58du code pénal,
17:58dit-il,
17:59qui prévoit
17:59l'acte de démence
18:01et donc
18:01l'irresponsabilité pénale.
18:03Il était persuadé
18:04qu'il irait au procès.
18:05Petit à petit,
18:06j'ai essayé de lui parler
18:07de l'autre éventualité.
18:08Il a commencé à paniquer,
18:10il a une peur
18:11viscérale
18:11de l'asile.
18:12Il imagine tout cela
18:13comme un camp
18:14de concentration
18:15où on fait
18:15des expériences humaines
18:17et d'où on ne sort
18:18jamais.
18:19Donc Dornier,
18:19il est tellement terrorisé
18:20par cette perspective
18:21de l'hôpital psychiatrique
18:23qu'il décide
18:24à ce moment-là
18:24de changer d'avocat
18:26pour essayer
18:26d'obtenir
18:27malgré tout
18:28un procès.
18:35Ce vœu ne sera pas
18:37exaucé.
18:38Pendant un temps,
18:39Christian Dornier
18:40rumine dans sa cellule
18:41de la prison de Fresnes.
18:42Il répète sans cesse
18:43que tout le monde
18:44le déteste
18:45et en particulier
18:45les villageois
18:46de Luxiol.
18:47Il se souvient
18:48de quelques détails
18:49de cette journée
18:49du mercredi 12 juillet
18:51mais apparemment
18:52pas du massacre
18:52qu'il a causé.
18:53Il est toujours seul
18:55dans sa cellule
18:55et il ne fait
18:56quasiment rien.
18:58Christian Dornier
18:59ne supporte
18:59ni la moindre contrariété
19:01ni la moindre contradiction
19:02dit son avocat.
19:04Si l'on ne rentre pas
19:05dans ses idées,
19:06il se met
19:06dans une colère épouvantable.
19:08Il explique
19:09qu'il est parfaitement normal.
19:10Les fous
19:11sont les autres.
19:13Un an après
19:14la tuerie de Luxiol,
19:15le village peine
19:16à revivre
19:16après la tragédie
19:17et ses habitants
19:18ont toujours du mal
19:19à accepter
19:19le diagnostic
19:20de Christian Dornier,
19:21une schizophrénie
19:22à tendance paranoïaque
19:23et cette conséquence
19:25qu'il n'y aura pas de procès.
19:26Le juge d'instruction
19:28finit par ordonner
19:28un non-lieu
19:29et le placement du tueur
19:30dans une UMD,
19:31une unité
19:32pour malades difficiles.
19:34Ces structures
19:35accueillent des patients
19:35atteints de troubles
19:36psychiatriques sévères
19:37présentant un danger
19:39pour les autres
19:39ou pour eux-mêmes
19:40et dont les hôpitaux
19:41psychiatriques classiques
19:42ne parviennent plus
19:43à assumer
19:44la prise en charge.
19:44A Luxiol,
19:46une cinquantaine
19:47de personnes
19:47se réunissent
19:48pour manifester
19:49contre cette décision
19:50de non-lieu.
19:55En juillet 1990,
19:57un an après la tuerie,
19:58l'article 64
19:59du Code pénal
20:00est remplacé
20:00par un nouvel article,
20:02le numéro 122.
20:03Ce texte
20:04garde le même esprit
20:05mais introduit
20:06des nuances
20:07dans la notion
20:07d'irresponsabilité pénale.
20:09n'est pas pénalement responsable
20:11la personne atteinte
20:12au moment des faits
20:13d'un trouble psychique
20:14ou neuropsychique
20:15ayant aboli son discernement
20:17ou le contrôle
20:18de ses actes
20:18mais demeure punissable
20:20la personne atteinte
20:22d'un trouble psychique
20:23ou neuropsychique
20:24ayant altéré
20:25ce discernement.
20:26La juridiction
20:27tient compte
20:28de cette circonstance
20:29lorsqu'elle détermine
20:30la peine
20:31et en fixe le régime.
20:32Pour faire simple,
20:34un trouble
20:34ou une maladie psychiatrique
20:36ne suffit plus
20:37à justifier
20:38de l'irresponsabilité pénale.
20:42Damien,
20:43finalement,
20:44ce qu'on peut dire
20:44c'est que dans une procédure pénale
20:46il y a trois issues possibles.
20:48Exactement.
20:48La première,
20:49c'est qu'on considère
20:50après les examens
20:51et les expertises
20:52pratiquées par les psychiatres
20:53que vous n'avez
20:53aucune maladie mentale
20:55donc vous êtes
20:55pleinement responsable
20:57des actes
20:57que vous avez commis.
20:59Il y a ensuite
20:59une deuxième option
21:00c'est que
21:01lorsque vous êtes examiné
21:02les médecins disent
21:03voilà,
21:04il y a une maladie mentale
21:05elle n'a pas complètement
21:06aboli
21:07le discernement
21:08de l'accusé
21:09mais elle l'a
21:10comme on dit
21:10altérée.
21:11Ça veut dire que
21:11la maladie a quand même
21:13participé
21:13à l'acte que vous avez commis
21:15et dans ces cas-là
21:16on estime que
21:16il peut y avoir un procès
21:18mais que la peine
21:18doit être réduite
21:19parce qu'on doit tenir compte
21:21de l'impact
21:22de cette maladie mentale.
21:23Et puis donc
21:23il y a la troisième solution
21:25qui est
21:25l'abolition du discernement.
21:27Là,
21:27ça veut dire que
21:28les médecins
21:28estiment
21:29que la maladie mentale
21:30dont souffre l'accusé
21:32emporte tout
21:32c'est-à-dire que
21:33vous n'êtes plus responsable
21:34des actes que vous avez commis.
21:36Précision utile
21:37ces médecins
21:38ils s'expriment toujours
21:39sur le jour des faits
21:40c'est-à-dire qu'au moment
21:41de l'examen
21:41ils examinent parfois
21:42l'accusé
21:43un an, deux ans,
21:44trois ans après les faits
21:45mais eux
21:45le but de leur expertise
21:47c'est de dire
21:47voilà, le jour
21:48où il a commis les faits
21:49en l'occurrence
21:49le jour où Dornier
21:50tue toutes ces personnes
21:52à Luxiol
21:52et bien les médecins
21:53estiment que ce jour-là
21:54il était dans un état
21:56de crise
21:56de démence
21:57frappé par une maladie mentale
21:59qui l'empêchait
22:00en fait
22:00de pouvoir raisonner
22:02et de pouvoir avoir
22:03un recul
22:04sur les gestes
22:04qu'il a commis.
22:05A la suite de cette affaire
22:06il y a eu un changement
22:07dans la loi
22:08mais ce fait divers
22:09n'a pas mis un terme
22:10aux discussions
22:11autour du sujet
22:12de l'irresponsabilité pénale.
22:13Il y a toujours eu
22:14il y a
22:15et il y aura
22:15toujours des discussions
22:17lorsque la question
22:18de l'irresponsabilité pénale
22:20arrive dans un dossier.
22:21Pourquoi ?
22:21Parce qu'en général
22:22les faits criminels
22:23quels qu'ils soient
22:24sont toujours
22:24d'une extrême gravité
22:25on parle parfois
22:26de meurtres d'enfants
22:27de meurtres de personnes âgées
22:28etc.
22:29Donc l'opinion publique
22:30est extrêmement sensible
22:31à ces affaires
22:32et lorsqu'on leur dit
22:33le problème c'est que l'auteur
22:34il est malade
22:35il a une maladie psychiatrique
22:37il ne peut pas être jugé
22:38tout le monde considère
22:39en quelque sorte
22:40que c'est une impunité
22:41qu'il n'y a pas de procès
22:43donc il n'y a pas de punition.
22:45En réalité
22:45les personnes qui sont
22:46frappées
22:47d'irresponsabilité pénale
22:48en général
22:49quand elles ont commis
22:50des actes suffisamment graves
22:51elle n'échappe pas
22:53à l'hospitalisation d'office
22:54au placement
22:55d'hôpital psychiatrique
22:56là dans le cas de Dornier
22:57c'est le placement
22:58le plus lourd
22:59parce que l'unité
22:59pour malades difficiles
23:00en réalité
23:01c'est comme une prison
23:02dans l'hôpital
23:03on est enfermé
23:04toute la journée
23:05on est sous traitement
23:06des traitements
23:06extrêmement durs
23:07et surtout
23:07on y reste
23:08extrêmement longtemps
23:09parfois même
23:10plus longtemps
23:11que si on avait été
23:12condamné
23:12à une peine de prison.
23:13Au mois d'avril 1991
23:15après avoir passé
23:16deux ans en détention
23:17Christian Dornier
23:18est transféré
23:19à l'UMD
23:20de l'hôpital psychiatrique
23:21de Sargemin
23:22près de la frontière
23:23allemande
23:23en Moselle.
23:24Il existe
23:25quelques UMD
23:26en France
23:26celui de Sargemin
23:27existe depuis assez longtemps
23:28comment ça se compose ?
23:30Ce sont quatre pavillons
23:31qui sont sous haute sécurité
23:32dans lesquels
23:33on est placé
23:34en observation
23:35et tous les six mois
23:36il y a un collège
23:36de psychiatres
23:37qui est en charge
23:38du suivi des patients
23:39qui évalue
23:40si le patient
23:41en question
23:41peut retourner
23:43non pas à l'extérieur
23:44mais dans un service
23:45général de psychiatrie
23:46ou s'il doit rester là
23:48c'est-à-dire
23:48s'il doit rester
23:49en réalité enfermé.
23:50A partir de ce moment-là
23:51on ne sait plus vraiment
23:52ce qui arrive à Christian Dornier.
23:54Non.
23:54D'ailleurs comme tous ceux
23:55qui finissent
23:56en unité pour malades difficiles
23:57ils disparaissent
23:58en réalité
23:59complètement du paysage
24:00de la société
24:01encore une fois
24:01ils sont isolés
24:02sous camisole chimique
24:04entre guillemets
24:05et enfermés dans un hôpital.
24:06D'ailleurs
24:06un article du Parisien
24:08revient sur cette affaire
24:09le 12 juillet 1992
24:10donc on est 3 ans
24:12après la tuerie
24:12et cet article
24:13il conclut par cette phrase
24:14Dornier est interné
24:16à Sarguemines
24:17où des médecins
24:18essaient sans doute
24:19de le soigner
24:19preuve quand même
24:20qu'on ne sait pas
24:21grand chose
24:22sur le devenir
24:22de Christian Dornier.
24:23un petit peu ancré
24:24avec des habitudes
24:26c'est les habitudes
24:27qui nous gagnent
24:29En avril 2025
24:30France 3 diffuse
24:31un documentaire
24:32intitulé
24:32Le pavillon des irresponsables
24:34Ils ont tué leur mère
24:36leur père
24:36ou tout ce qui se présentait
24:38sur leur route
24:39alors qu'ils étaient
24:40en pleine crise
24:41Pendant plusieurs semaines
24:42Alain Morvan
24:43journaliste
24:44et réalisateur
24:45de documentaires
24:46a pu filmer
24:47le quotidien
24:47de l'unité pour malades
24:49difficiles
24:49à l'hôpital psychiatrique
24:50de Sarguemines
24:51Il a choisi de suivre
24:53en particulier
24:53trois patients
24:54Parmi eux
24:55Christian Dornier
24:56Bonjour monsieur Dornier
24:57Bonjour monsieur
24:58Prenez place
24:59installez-vous
25:00Quand le documentaire
25:02est diffusé
25:02son visage refait surface
25:0436 ans après ses crimes
25:06Christian Dornier
25:08a désormais 67 ans
25:09On est un petit peu
25:11ancré
25:12avec des habitudes
25:13c'est les habitudes
25:15qui nous gagnent
25:16quand même
25:17petit à petit
25:18parce qu'on ne peut pas
25:20faire autrement
25:20On est privé
25:22de liberté
25:22Sur les images
25:23filmées par Alain Morvan
25:24le regard de Christian Dornier
25:26est doux
25:26ses gestes délicats
25:28Les affaires comme ça
25:29ça coûte cher
25:30Avec gentillesse
25:31il montre à l'équipe
25:32du film sa chambre
25:33et ses étagères
25:34admirablement rangées
25:35dont rien ne dépasse
25:36Il faut quand même
25:37un minimum
25:38de soin
25:40à apporter
25:41aux objets
25:43que j'ai achetés
25:44Plus tard
25:44Alain Morvan
25:45le réalisateur
25:46du documentaire
25:47assiste à sa commission
25:49Cet entretien
25:50qui a lieu
25:50tous les six mois
25:51avec un comité de psychiatres
25:52qui lui diront
25:53s'il peut retourner
25:54en hôpital psychiatrique général
25:55ou non
25:57J'ai fait un carnage
25:58avec un fusil
25:59dans ma famille
26:00et mes voisins
26:01Et vos voisins
26:02On vous a expliqué un peu
26:03la maladie
26:04enfin vous savez un petit peu
26:05ce que c'est comme maladie
26:06C'est de la schizophrénie
26:08à tendance paranoïde
26:10Je recherchais la solitude
26:13Je ne supportais pas les autres
26:15Vous considérez les autres
26:16comme une menace ?
26:17Pas vraiment
26:17mais à la fin si
26:19Je le ressentais comme ça
26:21Qu'est-ce que vous leur reprochiez ?
26:23Je ne sais pas
26:24Vous ne savez pas pourquoi ?
26:27Ils vous avaient fait du mal
26:29Ils vous avaient fait du mal comment ?
26:30C'est la fouille
26:37Damien
26:37On apprend dans ce documentaire
26:39que les patients irresponsables pénalement
26:41sont loin d'être majoritaires
26:43dans les UMD en général
26:44et dans celles de Sarguemines en particulier
26:46C'est même une infime partie
26:48des patients qui sont accueillis en UMD
26:50A Sarguemines
26:51environ 20 d'entre eux ont ce statut
26:54mais ce sont aussi ceux
26:55qui vont évidemment rester
26:56le plus longtemps internés
26:57à cet endroit-là
26:58En général
26:59au bout d'un an
27:00un an et demi
27:00les autres patients partent
27:02ceux qui ne sont pas dans cette situation
27:03mais ceux qui sont irresponsables pénalement
27:06qui présentent des maladies lourdes
27:09indéniables
27:10tout comme l'absence de conscience
27:11de ce qu'ils ont vraiment commis
27:12ça rend en réalité impossible
27:15leur sortie de ces unités
27:16pour malades difficiles
27:17même pour aller
27:19en hôpital psychiatrique classique
27:21c'est-à-dire dans une hospitalisation
27:22entre guillemets plus légère
27:23Pourquoi est-ce que d'autres patients
27:25que ce type de patients
27:26viennent en unités pour malades difficiles ?
27:28Parce que ces UMD
27:29sont un peu des unités
27:30de soins de secours
27:32de soins de recours même
27:33en général ces patients
27:35ils viennent déjà
27:35d'hôpitaux psychiatriques
27:37mais les plus déstructurés
27:38les plus délirants
27:39ceux qui posent problème
27:41y compris en HP
27:42viennent finalement
27:43gonfler les rangs
27:44des UMD
27:45difficiles
27:45c'est vraiment
27:46le terme qui convient
27:48pour ces patients
27:48parce que
27:49ils usent réellement
27:50les équipes soignantes
27:52ils ont besoin
27:52en quelque sorte
27:53de séjour de rupture
27:54et les UMD
27:55interviennent
27:56pour en quelque sorte
27:57permettre de dépressuriser
28:00un peu l'hôpital psychiatrique
28:01pour une structure
28:02un peu plus lourde
28:03et qui va prendre en charge
28:04ces patients difficiles
28:04Les médecins de Christian Dornier
28:06disent que ce patient
28:07au moment de la tuerie
28:09de masse de luxe
28:09a fait une décompensation
28:11accompagné d'une souffrance extrême
28:13avec une sensation
28:14à l'époque de mort imminente
28:15renforcée par des hallucinations
28:17ces symptômes avaient
28:18une importance considérable
28:20je cite le médecin
28:21au moment où a lieu la tuerie
28:23mais ils étaient déjà atténués
28:25quand il est arrivé à l'UMD
28:26Et ils ont réussi
28:27les médecins
28:28à atténuer encore un peu plus
28:29les effets de cette maladie
28:31mais pas à la faire disparaître
28:33et à faire surtout disparaître
28:34la composante persécutive
28:36de cette maladie
28:37Et ça, ça les laisse penser
28:38que Christian Dornier
28:40même après 37 années
28:41passées en UMD
28:42il pourrait recommencer
28:44récidiver
28:44Donc, selon eux
28:46Christian Dornier
28:47ne peut pas sortir
28:48de l'unité
28:49pour malades difficiles
28:50Ce qui est intéressant aussi
28:51c'est que les médecins
28:52posent la question
28:53de savoir à quel point
28:54ces décisions qu'ils prennent
28:56sont liberticides
28:57Oui, parce que finalement
28:58Christian Dornier
28:59il est en UMD
29:00donc il est enfermé
29:00privé de liberté
29:01depuis 37 ans
29:03donc presque sûrement
29:04plus de temps
29:05ou en tout cas
29:05autant de temps
29:06que ce à quoi
29:07il aurait été condamné
29:08s'il avait été jugé
29:09par une cour d'assises
29:10Les médecins disent aussi
29:11prendre en compte
29:12la dimension humanitaire
29:14de ce maintien
29:15et que les perspectives
29:16de vie pour ce patient
29:17sont évidemment
29:17très précaires
29:18Alors, il peut
29:20Christian Dornier
29:20avoir des permissions
29:21de sortie de l'UMD
29:23jamais seul
29:24toujours accompagné
29:25mais évidemment
29:26il n'aurait pas
29:27la même vie
29:28s'il était placé
29:29en extérieur
29:30et surtout
29:30s'il y était placé seul
29:44Christian Dornier
29:45espère toujours
29:45être pris en charge
29:46dans un hôpital psychiatrique
29:48classique
29:48En 2023
29:50un avocat
29:51a tenté d'obtenir
29:51sa sortie du UMD
29:52mais le juge
29:53des libertés
29:54l'a refusé
29:54après avoir demandé
29:55l'avis de plusieurs experts
29:57Le père de Christian Dornier
29:59blessé mais rescapé
30:00de la tuerie
30:01a essayé de reprendre
30:02en contact avec lui
30:03jusqu'à sa mort
30:04sans succès
30:05Son fils est resté convaincu
30:07d'avoir été persécuté
30:08par les siens
30:09En plus de 30 ans
30:10de prise en charge
30:11il n'a jamais
30:12pris conscience
30:13qu'il était malade
30:14A Luxiol
30:16dans le petit village du Doubs
30:17un monument
30:18est érigé en mémoire
30:19des 15 victimes
30:20de Christian Dornier
30:32Vous venez d'écouter
30:33Crime Story
30:3430 minutes
30:35et 15 morts
30:36la tuerie du Doubs
30:38Ce récit était écrit
30:39par Claudia Prolongeau
30:40et raconté avec
30:41Damien Delsenis
30:42Pour écouter
30:43tous nos autres podcasts
30:44c'est sur le site
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30:46et sur n'importe quelle
30:47plateforme d'écoute
30:47Cette semaine
30:49il y avait à la production
30:50Thibaut Lambert
30:51et à la réalisation
30:52Pierre Chaffanjon
30:53Jules Lavi
30:54et le rédacteur en chef
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