- il y a 19 heures
La justice doit examiner en février la demande de remise en liberté de ce détenu de 89 ans, qui en a passé plus de soixante en prison pour de multiples meurtres. Crime story raconte cette affaire dans un podcast en deux parties.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Thibault Lambert, Barbara Gouy et Raphaël Pueyo - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network
Archives : INA.
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00:02Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast faits divers du Parisien.
00:08Décidément, ce sont les faits divers et leurs conséquences qui ont la vedette aujourd'hui.
00:14Des restes humains ont été retrouvés sur la propriété.
00:17Le préfet de la région Corse a été assassiné de plusieurs balles dans la tête ce soir.
00:21Un couple et ses quatre enfants ont donc disparu.
00:24L'enquête se vante aujourd'hui vers un geste criminel.
00:26Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle en m'appuyant sur l'expertise du chef du service police
00:33-justice du Parisien, Damien Delsenis.
00:39Bonjour Damien.
00:40Bonjour Claudia.
00:41Aujourd'hui dans Crime Story, la malédiction de la tortue.
00:44Où l'histoire de Tommy Récaud, 89 ans aujourd'hui, un homme qui a passé 60 ans de sa vie
00:50en prison et qui se dit innocent comme le Christ.
00:56Propriano est un petit joyau de l'extrême sud de la Corse.
01:00Logé entre mer et montagne, la petite ville compte 3000 habitants.
01:04Dans les années 1960, les Récaud, une grande famille avec 10 frères et sœurs, tiennent une poissonnerie dans le centre
01:11-ville.
01:12Tous les jours, les hommes vont pêcher et rapportent le poisson aux femmes qui sont chargées de le préparer et
01:18de le vendre.
01:18Voici M. Récaud, pêcheur de Propriano et son matériel de plongée qui n'est pas destiné à la chasse sous
01:25-marine,
01:26pourtant très fructueuse dans les environs de Porto Polo, de Campo Moro ou de Tizan.
01:32Dans la commune, chacun sait que la famille Récaud se livre sans scrupule au braconnage et pêche à la dynamite
01:38plutôt qu'à l'hameçon.
01:39C'est la raison pour laquelle leurs filets reviennent au port toujours remplis de poissons.
01:44Et leur entreprise a encore de beaux jours devant elles.
01:47Car le garde maritime, Joseph Casabianca, à quelques mois de la retraite, n'a pas prévu de dénoncer l'illégalité
01:54de ses pratiques.
01:55D'ailleurs, pas question pour lui de nuire à la famille Récaud qu'il porte dans son cœur.
02:00Il est même le parrain d'un des enfants de la fratrie, Jean-Thomas, dit Tommy, alors âgé de 26
02:06ans.
02:07Le vendredi 28 octobre 1960, Joseph Casabianca amarre son bateau comme d'habitude et enfourche sa moto.
02:15Plus personne ne le voit à partir de ce moment-là.
02:19Les habitants commencent à s'inquiéter.
02:21Ils n'ont pas l'habitude de rester sans nouvelles du fonctionnaire.
02:24Les gendarmes partent à sa recherche.
02:27En fin de journée, ils repèrent enfin la mobilette, près d'une plage.
02:31Ils parcourent l'étendue de sable, l'emptorche en main,
02:34et aperçoivent une forme immobile.
02:37Ils s'approchent.
02:40Joseph Casabianca est couché sur le sable.
02:43Il a la tête écrasée sous un rocher de 30 kilos.
02:47Son corps porte de nombreuses traces de coups et celles d'un impact de balle.
02:52À l'annonce de cette nouvelle, la ville de Propriano est saisie d'effroi.
02:56Le meurtre sauvage du garde maritime animant immédiatement toutes les conversations.
03:01Qui pouvait bien en vouloir à ce point à Joe ?
03:04Les semaines qui suivent, les enquêteurs butent sur cette énigme.
03:08Pendant ce temps, la rumeur enfle et un nom revient de plus en plus souvent.
03:13Celui du propre filleul de Joseph Casabianca, Tommy Reco.
03:20Damien, qu'est-ce qu'on sait de la famille Reco et de Tommy en particulier ?
03:25Alors que c'est une famille modeste, avec 7 garçons et 4 filles, donc une famille nombreuse.
03:30Ils ont 3 bateaux de pêche.
03:32Et surtout, ce qui fait un peu la particularité de cette famille, c'est l'endroit où ils vivent.
03:35C'est une sorte de cabane en bois qui a été construite par le père de famille.
03:39Et cette cabane, elle est remplie de statues de la Vierge.
03:43Elle est bardée de guirlandes électriques.
03:46Elle est allumée par des bougies de jour comme de nuit dans cette maison,
03:49qui ressemble en réalité plus à une chapelle ou à un sanctuaire qu'à une maison de famille.
03:54En fait, la police a plusieurs raisons de croire que Tommy Reco est bien responsable de la mort de Joseph
04:00Casabianca.
04:00Oui, alors d'abord parce qu'il a été déjà impliqué dans un dossier criminel juste quelques mois avant le
04:07meurtre du garde maritime.
04:08Et pas n'importe quel dossier, ce sont 3 touristes allemandes qui étaient venus en vacances encore.
04:13C'est qui ont disparu en mer.
04:15Et qui les avait emmenés pour cette promenade en mer ?
04:18Eh bien, Tommy Reco.
04:19Donc évidemment, il a dû s'expliquer à l'époque devant les gendarmes.
04:23Mais l'enquête a été assez vite refermée par un non-lieu.
04:26Donc il n'a pas été impliqué, pas été inculpé à l'époque dans cette affaire.
04:30Mais enfin, son nom est quand même lié à cette triple disparition des touristes allemandes.
04:35Par ailleurs, il a la réputation, on l'a dit avec ses autres frères, de pêcher à la dynamite.
04:41Ce qui est totalement interdit, mais ce qui est une pratique qu'eux appliquent quasiment tous les jours pour pêcher.
04:47Et surtout, comme Propriano est quand même un tout petit port de pêche,
04:51tout le monde sait à peu près ce que fait son voisin.
04:53On sait que le jour de la mort du garde maritime de Casabianca,
04:57la barque de Tommy Reco est la seule qui a quitté le port d'abord.
05:01Et ensuite, elle a été vue en mer face à la plage où on a justement retrouvé le garde maritime.
05:06Les enquêteurs retrouvent aussi dans sa barque un élément de la crosse de fusil qui aurait servi au crime.
05:13Oui, alors c'est un petit peu la preuve ultime.
05:15C'est-à-dire que l'arme, elle n'a jamais été retrouvée, mais à côté du cadavre de Joe
05:20Casabianca,
05:21on a trouvé des éléments en bois qui étaient recouverts de peinture verte
05:24et qui semblaient provenir de la crosse d'un fusil qui aurait été brisé,
05:28sans doute sous l'effet de coups qui ont été donnés au garde maritime.
05:32Or, cette peinture verte est la même que celle qui se trouve sur le triporteur d'Ereco.
05:37Donc, la police va l'interroger encore sur ce détail.
05:39Il admet, lui, quand même qu'il y a des coïncidences, c'est même plus que des coïncidences,
05:44mais il se défend d'avoir tué le garde maritime.
05:47Contrairement à l'enquête sur les touristes allemandes, cette fois, il est inculpé et il est écroué.
05:51Environ un mois plus tard, le mercredi 30 novembre 1960,
05:55son petit frère fait des déclarations intéressantes à la police.
05:59Alors, c'est Pierre Recault, lui, il a 16 ans.
06:01Il se trouve que Pierre Recault, il était avec son frère Tommy dans la barque le jour du crime.
06:05Et Pierre, il va tout simplement charger, accuser son grand frère.
06:09Il raconte que le garde maritime les a vus de loin, depuis la plage, en train de pêcher à la
06:14dynamite,
06:14qu'il les a un petit peu interpellés,
06:16et que, du coup, les deux hommes se sont rapprochés, Pierre et Tommy, les deux frères Recault,
06:21et que Tommy est descendu de la barque,
06:23et qu'ensuite, Pierre dit, j'ai entendu un coup de fusil,
06:26et j'ai vu mon frère revenir couvert de sang,
06:29avec un fusil qu'il a brisé et qu'il a jeté dans la mer,
06:32et puis dit, après, on a repris notre partie de pêche.
06:39Placé en garde à vue, Tommy Recault passe à table.
06:42Il ajoute même quelques détails au récit qu'a livré son petit frère.
06:45« Je suis allé vers le garde avec mon fusil », dit-il aux enquêteurs
06:49lors d'une audition rapportée dans le journal Le Monde en 1962.
06:52Il m'a crié « Qu'est-ce que tu fais ? »
06:54J'ai répondu « Prends ça pour toi », et j'ai tiré.
06:57Tommy Recault ne semble pas capable d'expliquer pourquoi il a tué Joseph Casabianca,
07:02ni pourquoi le meurtre a été si violent.
07:04Il évoque une colère irraisonnée, complètement disproportionnée
07:08par rapport à ce qu'il risquait si le garde maritime dénonçait sa manière de pêcher,
07:12à savoir une simple contravention.
07:15Quelques temps après, alors qu'il est emprisonné dans l'attente de son procès,
07:19Tommy Recault revient sur ses aveux.
07:21Ce qui ne l'empêche pas d'être renvoyé devant une cour d'assises
07:24et de risquer la peine de mort.
07:27Le samedi 8 décembre 1962,
07:29il y échappe en étant condamné à la réclusion criminelle à perpétuité.
07:34Il a alors 28 ans.
07:36Tommy Recault se comporte bien en prison.
07:38À la centrale de Clairvaux, dans l'aube,
07:41il dirige la chorale des détenus.
07:43Il est bien vu du personnel pénitentiaire,
07:45surtout après avoir pris la défense des surveillants lors d'une mutinerie.
07:49Les rapports sont laudateurs.
07:51Très bon travailleur, excellent détenu, grande maturité,
07:55va se reclasser rapidement.
07:57Si bien que le 7 novembre 1977,
08:00il est libéré, après 15 années de détention.
08:04Il a 43 ans et s'installe dans les Bouches-du-Rhône,
08:07à Marseille, pour un nouveau départ.
08:09Il trouve un emploi de chauffeur-livreur chez Sporassub,
08:13une entreprise de fabrication et de vente d'équipements de plongée.
08:16Il s'habille bien, va danser le week-end et tombe même amoureux.
08:20Chantal, une dactylo avec qui il emménage en 1979,
08:25le décrit comme très gai, très gentil et très sociable.
08:29Il n'a plus le droit de retourner en Corse,
08:31mais il s'accommode bien de cette restriction,
08:33qui ne l'empêche pas de s'adonner à la plongée, une de ses passions.
08:37Bref, tout semble bien aller dans la nouvelle vie de Tommy à Marseille,
08:41qui est parvenue à mettre son passé criminel derrière lui.
08:45Le samedi 22 décembre 1979,
08:49l'hypermarché Mammouth de Béziers, dans l'Hérault,
08:51situé à plus de 200 km de Marseille,
08:54est plein à craquer, à deux jours du réveillon de Noël.
08:57Vers 14h, des policiers font irruption dans le magasin
09:01et encadrent la porte du local de la comptabilité.
09:05C'est dans cette pièce que trois caissières ont été abattues.
09:09Sylvette Morel et Josette Alcaraz, toutes les deux 27 ans,
09:12et René Chamaillou, 28 ans, gisent sur le sol, dans une mare de sang.
09:18Elles ont toutes les trois un impact de balle dans la tête, côté gauche,
09:22causée par une arme de calibre 38.
09:26Une demi-heure plus tôt, une autre caissière avait remarqué
09:29qu'une porte, d'habitude fermée à clé, était restée ouverte,
09:33celle qui donnait accès aux recettes des caisses.
09:35La personne qui a tué les trois femmes a aussi emporté 670 000 francs,
09:40soit un peu plus de 100 000 euros.
09:42Les clients n'ont rien vu, personne n'a rien entendu.
09:46Ce n'est pas surprenant, puisque ce local est totalement insonorisé
09:50afin que les employés qui y travaillent ne soient pas perturbés
09:53par l'agitation et la musique d'ambiance venant du magasin.
09:56Le bruit des coups de feu est donc passé totalement inaperçu.
10:00Aucun témoignage ne peut aider les enquêteurs.
10:02La vidéosurveillance n'existe pas et l'enquête s'annonce compliquée.
10:07Les policiers ont une seule certitude, la personne qui est venue abattre froidement ces trois femmes connaissait les lieux.
10:13Pour l'instant, on ne dispose encore que de peu de détails sur la façon dont ce triple meurtre s
10:18'est déroulé.
10:19Les corps de trois jeunes aides comptables ont été découverts par une employée,
10:22vers 13h30 environ, dans la salle des coffres du magasin.
10:26Tous trois présentaient la même blessure, mortelles, une balle de pistolet dans la nuque.
10:30Ce dernier fait indique que ces assassinats ont été commis de sang-froid.
10:33En effet, un tir instinctif déclenché par la panique aurait évidemment été moins précis.
10:39Actuellement, les enquêteurs ne disposent d'aucun témoignage sur ces meurtres.
10:42Nul n'a entendu les coups de feu, on ignore donc jusqu'à l'heure à laquelle ils ont été
10:46tirés.
10:46En outre, les coffres ont été retrouvés fermés.
10:49Bref, personne dans l'état actuel de l'enquête ne comprend le pourquoi de ce carnage.
10:56Damien, l'enquête s'oriente d'abord vers la piste d'un ancien employé.
11:00Oui, en tout cas, quelqu'un qui effectivement connaît les lieux et le fonctionnement du magasin.
11:05Donc, on pense à un livreur, on pense éventuellement à un convoyeur de fonds,
11:09puisque c'est le local où viennent les convoyeurs de fonds pour récupérer la recette des caisses.
11:13Mais toutes les pistes qui vont être étudiées dans les heures et les jours qui suivent le triple meurtre
11:18ne permettent pas d'identifier un ou plusieurs suspects.
11:21D'ailleurs, les policiers pensent au départ que ce n'est pas un homme seul qui est venu,
11:26c'est sans doute plusieurs, peut-être trois personnes, peut-être trois braqueurs.
11:30Donc, on va chercher aussi au sein du milieu local, du côté de Béziers dans les Raux,
11:34au niveau des voyous qui sont déjà fichés.
11:37Mais là non plus, ça ne va pas donner de résultat.
11:39Et c'est Sylvette Morel en particulier qui aurait été ciblée ?
11:43Alors, c'est ce qu'on pense parce que les personnes qui ont commis ce triple meurtre et ce vol
11:47ont semble-t-il attendu qu'elles se fassent ouvrir le bureau par les deux autres employés qui étaient déjà
11:51à l'intérieur.
11:52Ils espéraient sans doute, ces braqueurs-tueurs, qu'on leur remettrait les clés de la salle des coffres
11:57parce que c'est là où il y avait le plus d'argent.
11:59Ce coffre, il se trouve au sous-sol, mais aucune de ces trois femmes ne disposait des clés d'accès
12:04au coffre.
12:04On pense en revanche que les trois femmes sont des victimes collatérales.
12:08Le projet, effectivement, ça ne semble pas être de tuer ces trois caissières,
12:11ça semble plutôt être de mettre la main sur la recette du magasin pendant cette période de Noël qui est
12:16sans doute assez élevée.
12:17Donc pourquoi les tuer ?
12:19L'hypothèse la plus probable, c'est que le ou les meurtriers ne voulaient pas être reconnus.
12:23Donc s'ils ne voulaient pas être reconnus, c'est peut-être que les caissières,
12:26et notamment Sylvette Morel qui travaille là depuis 11 ans dans cet hypermarché
12:30et qui connaît tous les employés et qui connaît aussi l'emploi du temps,
12:33des personnels de la société de gardiennage, ceux qui sont chargés de la surveillance du magasin.
12:37Enfin, elle connaît un peu tout le monde, Sylvette Morel.
12:39Donc les enquêteurs se disent peut-être qu'elle a été tuée, elle et les deux autres,
12:43parce que le ou les meurtriers, ils étaient connus, les employés du magasin.
12:47Finalement, toutes les pistes explorées sont refermées les unes après les autres.
12:51Oui, les jours passent, mais l'épais brouillard qui enveloppe l'enquête va se lever brusquement
12:57à la fin du mois de janvier 1980, à 300 kilomètres de Béziers.
13:01On est à peine un mois après la tuerie du mammouth,
13:04et c'est un autre bain de sang qui va fournir la clé de l'énigme.
13:08C'est donc ici, dans le sous-sol du pavillon, que M. et Mme Le Goff occupaient
13:12dans cette banlieue résidentielle de Toulon à Carqueran, la résidence Californie,
13:16que M. Le Goff a été abattu hier soir d'un ou de plusieurs coups de feu
13:20par un mystérieux assassin venu régler on ne sait quel compte.
13:30Vous venez d'écouter le premier épisode de Crime Story,
13:33La malédiction de la tortue.
13:35Suite et fin de ce podcast dans le deuxième épisode,
13:39déjà disponible sur toutes les plateformes d'écoute et sur leparisien.fr.
13:43Crime Story est le podcast fait divers du Parisien.
13:46Sous-titrage Société Radio-Canada
13:49Sous-titrage Société Radio-Canada
13:52Sous-titrage Société Radio-Canada
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