00:02Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast faits divers du Parisien.
00:08Décidément, ce sont les faits divers et leurs conséquences qui ont la vedette aujourd'hui.
00:14Des restes humains ont été retrouvés sur la propriété.
00:17Le préfet de la région Corse a été assassiné de plusieurs balles dans la tête ce soir.
00:21Un couple et ses quatre enfants ont donc disparu.
00:24L'enquête se vante aujourd'hui vers un geste criminel.
00:26Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle en m'appuyant sur l'expertise du chef du service police
00:33-justice du Parisien, Damien Delsenie.
00:38Bonjour Damien.
00:39Bonjour Claudia.
00:39Aujourd'hui dans Crime Story, le premier épisode de notre podcast sur l'assassinat de Stéphane Markovic, ancien garde du
00:46corps d'Alain Delon.
00:47Il ne manque rien au scénario. Meurtre, complot politique au plus haut sommet de l'État et un casting 5
00:53étoiles.
00:54Alain Delon, Georges Pompidou, l'ombre du général de Gaulle et un tru en Corse tout droit sorti d'un
01:00film de gangsters.
01:04Le mardi 1er octobre 1968 est un jour historique pour la télévision française.
01:09Pour la première fois, la publicité, la réclame comme on dit à l'époque, fait son apparition sur le petit
01:15écran.
01:16C'est un spot pour le fromage boursin qui fait office de pionnier, juste avant la grande messe du journal
01:21de 20h.
01:22Mais à quelques kilomètres de Paris, dans les Yvelines, un groupe de policiers du service régional de police judiciaire de
01:28Versailles n'a pas le loisir de s'asseoir devant le poste de télévision.
01:32Les enquêteurs sont affairés depuis la mi-journée autour d'un mystérieux cadavre, retrouvé dans une petite zone boisée sur
01:39la commune d'Élancourt, entre Trappes et Plaisir.
01:42Remontons quelques heures plus tôt.
01:44Un ferrailleur du secteur fouine le long de la départementale 58, sur la colline d'Élancourt, au lieu dit «
01:50la cavée du roi ».
01:51Comme d'habitude, il cherche des objets jetés sur le bord de la route et qui feront peut-être son
01:56bonheur.
01:57Son œil est attiré par un grand sac en toile de jute, posé en contrebas de la chaussée.
02:02À cet endroit, le talus est profond d'une trentaine de mètres et le lieu est devenu une sorte de
02:08décharge sauvage.
02:09Le ferrailleur n'a pas besoin de descendre jusqu'au fond de ce petit ravin.
02:13Le sac, probablement jeté depuis la chaussée, a été retenu par débranchage.
02:18Il s'en approche, sort son petit couteau et entreprend d'ouvrir le sac pour voir ce qu'il y
02:24a à l'intérieur.
02:25La surprise est de taille.
02:27Le ferrailleur distingue le ventre d'un homme.
02:30Effrayé, il quitte le lieu de sa découverte et part prévenir la brigade de gendarmerie la plus proche, dans la
02:36commune de Pontchartrain.
02:38Quelques minutes plus tard, une patrouille arrive sur place et les militaires descendent à leur tour dans la ravine.
02:45Agglutinés autour du sac, ils procèdent aux premières constatations.
02:52Damien, les gendarmes ouvrent complètement le sac en toile de jute.
02:56D'abord, ils constatent que non seulement le corps a été placé dans ce sac, mais qu'il a aussi
03:00été empaqueté dans une housse de matelas en plastique.
03:04Le corps est en bon état de conservation, donc il n'est sans doute pas là depuis très longtemps.
03:08En revanche, le visage et le crâne portent des traces de coup d'une grande violence.
03:13La mâchoire est même presque arrachée.
03:16La victime est un homme.
03:17Qui mesure 1m78 et semble âgé d'environ 30-35 ans.
03:22Dans leur procès verbal, les gendarmes notent qu'il a les cheveux châtains, les yeux verts et une carrure plutôt
03:27imposante.
03:28Ils vont aussi détailler sa tenue vestimentaire.
03:31Le cadavre est vêtu d'un pantalon gris, d'une chemisette marron sous un pullover bleu marine.
03:36Et il porte aussi des chaussettes noires.
03:38En revanche, il est précisé que l'homme ne porte pas de chaussures.
03:42Ils n'ont aucun moyen de savoir qui c'est.
03:44Ils espéraient trouver des papiers sur lui, au moins un indice quelconque,
03:48mais aucun document d'identité, pas de portefeuille, pas d'argent, pas de montre, pas de bijoux, rien du tout.
03:57Avisé par les gendarmes de ce qui apparaît comme un homicide,
04:00le procureur de Versailles décide de saisir le SRPJ.
04:04Les hommes de la police judiciaire se mettent donc à enquêter.
04:07Et ils commencent, comme c'est l'usage, par une enquête de voisinage.
04:11Un premier témoignage attire leur attention.
04:14Celui d'une femme, qui a l'habitude de promener son chien dans le secteur.
04:18Elle leur indique que le sac en toile de jute, donc le corps,
04:22avait déjà retenu son attention le 27 septembre,
04:25soit cinq jours avant la découverte du ferrailleur.
04:28Elle s'en souvient, puisqu'elle avait repéré une paire de chaussures noires à côté du sac.
04:32Et elle s'était dit que c'était étrange.
04:35Plus étrange, les enquêteurs n'ont pas trouvé ces chaussures.
04:38La paire de souliers a donc disparu entre le 27 septembre et le 1er octobre.
04:43Où est-elle passée ?
04:45Les enquêteurs veulent en priorité identifier la victime.
04:49Ils prélèvent les empreintes digitales du cadavre
04:51pour les comparer à celles présentes dans le fichier national.
04:54En attendant les résultats, une autopsie est ordonnée.
04:57A l'Institut médico-légal, où le corps a été transporté,
05:01le médecin légiste établit que la mort remonterait à quelques jours seulement
05:04avant sa découverte.
05:06En tout cas, à moins d'une semaine.
05:08Les légistes confirment la violence des coups reçus par la victime.
05:11Son crâne a été enfoncé,
05:13le visage est lui marqué par des hématomes et des plaies nombreuses,
05:16et comme l'avaient déjà constaté les gendarmes,
05:19la mâchoire est en partie arrachée.
05:21De l'intérieur de la bouche de la victime,
05:23un médecin légiste extrait une boule de coton imbibée de sang.
05:27Dans ses conclusions, l'expert affirme que le décès est dû à un traumatisme crânien important,
05:32conséquence de graves lésions provoquées par un objet contondant, lourd et volumineux.
05:37Sans en être sûr, le médecin évoque comme arme du crime un marteau ou une masse.
05:46Damien, il y a pourtant un problème dans cet examen.
05:49Oui, c'est le premier couac de cette enquête qui n'en manquera pas.
05:52Cette autopsie est en réalité extrêmement sommaire,
05:56tellement que le légiste n'a même pas pris le soin de retourner le corps,
06:00qui n'a donc été examiné qu'en étant allongé sur le dos.
06:03En fait, même les policiers présents n'ont pas l'air de se sentir très concernés par cet examen.
06:08Eux, ils pensent à un meurtre de rôdeur,
06:11ou plus sûrement à un règlement de compte entre marginaux.
06:14Bref, pour eux, c'est pas clairement l'affaire du siècle.
06:17Pourtant, le commissaire Bardon de la police judiciaire de Versailles,
06:20qui assiste à l'autopsie, va tiquer sur un détail.
06:23Oui, parce que comme il est d'usage dans toutes les autopsies,
06:26on va disséquer le cadavre quand même.
06:28Alors, on ouvre la boîte crânienne pour examiner le cerveau,
06:31et là, le commissaire qui assiste à l'autopsie se souvient d'avoir été frappé
06:35par l'aspect de cet organe qu'il décrira plus tard comme une framboise écrasée.
06:40Alors, au-delà de l'image, c'est surtout que cet aspect lui rappelle une précédente affaire qu'il a
06:44traitée
06:45où la victime avait reçu une balle dans la tête.
06:48Mais malgré ce pressentiment, cette impression, il ne dit rien au médecin légiste.
06:54Quelques jours après l'autopsie, les empreintes digitales de la victime parlent.
06:59Cet homme s'appelle Stévan Markovic.
07:01Il est né le 18 mai 1937, à Belgrade, la capitale de l'ancienne Yougoslavie.
07:06Quand il est tué, Stévan Markovic est donc âgé de 31 ans.
07:11En France, il a le statut de réfugié politique.
07:14Il a quitté sa Yougoslavie natale en 1958.
07:18A l'époque, son pays vit sous le régime autoritaire du maréchal Tito.
07:22Il est issu d'une famille plutôt bourgeoise, son père est fonctionnaire
07:25et travaille à l'inspection des finances.
07:27Sa mère, soupçonnée de comploter contre le pouvoir en place,
07:31a été arrêtée et condamnée à l'exil.
07:33Le jeune Stévan a des envies d'ailleurs.
07:36Contrairement à son frère, qui est entré dans l'armée,
07:39il décide de quitter les Balkans.
07:41Direction la France, où il franchit clandestinement la frontière, près de Nice.
07:46Il ne reste pas longtemps sur la côte d'Azur
07:48et s'installe dans une pension de famille, à Paris,
07:51rue du Faubourg-Montmartre, dans le 9e arrondissement.
07:55Jeune, séduisant, Stévan ne tarde pas à jouer de ses charmes
07:58et à les vendre, et devient gigolo, fréquentant des femmes fortunées.
08:03Il s'essaie un temps à un travail plus traditionnel dans les usines Renault,
08:06habillant court.
08:07Mais l'oiseau de nuit qu'il est, attiré par les soirées en discothèque et le champagne,
08:12quitte très vite le travail à la chaîne.
08:14Quand il ne traîne pas dans les soirées mondaines en quête d'une riche veuve
08:17ou d'une femme cherchant une aventure extra-conjugale,
08:20Stévan Markovic cessait aussi au métier de photostoppeur.
08:24Muni d'un appareil photo, il passe l'été sur la Riviera ou à Biarritz
08:28et l'hiver dans les stations de ski pour prendre quelques clichés de vacanciers
08:31qu'il leur vend ensuite.
08:33Pour résumer, Markovic aime l'argent, le luxe et les femmes.
08:38Comment donc le petit immigré yougoslave habitué au palace
08:41se retrouve-t-il exécuté et empaqueté dans une décharge publique des Yvelines ?
08:49Damien, si les empreintes de Stévan Markovic ont matché dans le fichier,
08:54c'est parce qu'il a un casier judiciaire.
08:56Oui, en 1962, il a fait un premier séjour en prison
08:59après une série de rixes de bagarre dans la région de Chambéry, en Savoie.
09:04Il a aussi fréquenté les geôles belges en 1964 à Namur
09:08et il a de nouveau fait parler de lui en 1967,
09:12c'est-à-dire l'année précédant sa mort, encore dans les Alpes,
09:15cette fois-ci à Annecy, où il est arrêté à la suite de plusieurs cambriolages
09:19commis dans des palaces de la région.
09:21Mais l'immense surprise de cette affaire apparaît
09:24quand les enquêteurs découvrent la dernière adresse connue de Stévan Markovic.
09:28Découverte aussi surprenante que capitale,
09:31l'homme est domicilié à Paris, au numéro 22 de la rue de Messines,
09:36dans le 8e arrondissement, entre le boulevard Haussmann et le parc Monceau.
09:40Non seulement l'adresse est plutôt chic,
09:43mais c'est surtout celle du domicile d'un certain Alain Delon.
09:51Vous venez d'écouter le premier épisode de Crime Story,
09:54l'affaire Markovic, showbiz et affaires d'État.
09:58Suite et fin de ce podcast dans le deuxième épisode,
10:00déjà disponible sur toutes les plateformes d'écoute et sur leparisien.fr.
10:04Crime Story est le podcast fait divers du Parisien.
10:07Sous-titrage Société Radio-Canada
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