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En octobre 1968, le corps d’un homme est retrouvé au bord d’une route départementale dans les Yvelines. Il n’a ni portefeuille, ni papiers d’identité, ni bijoux qui permettraient de l’identifier. Crime story raconte cette affaire dans un podcast en deux parties.

Crédits.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Clara-Garnier Amouroux, Clémentine Spiler et Pénélope Gualchierotti - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network -

Archives : INA

#alaindelon #crimestory #truecrimepodcast

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Transcription
00:02Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast faits divers du Parisien.
00:08Décidément, ce sont les faits divers et leurs conséquences qui ont la vedette aujourd'hui.
00:14Des restes humains ont été retrouvés sur la propriété.
00:17Le préfet de la région Corse a été assassiné de plusieurs balles dans la tête ce soir.
00:21Un couple et ses quatre enfants ont donc disparu.
00:24L'enquête se vante aujourd'hui vers un geste criminel.
00:26Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle en m'appuyant sur l'expertise du chef du service police
00:33-justice du Parisien, Damien Delsenie.
00:38Bonjour Damien.
00:39Bonjour Claudia.
00:39Aujourd'hui dans Crime Story, le premier épisode de notre podcast sur l'assassinat de Stéphane Markovic, ancien garde du
00:46corps d'Alain Delon.
00:47Il ne manque rien au scénario. Meurtre, complot politique au plus haut sommet de l'État et un casting 5
00:53étoiles.
00:54Alain Delon, Georges Pompidou, l'ombre du général de Gaulle et un tru en Corse tout droit sorti d'un
01:00film de gangsters.
01:04Le mardi 1er octobre 1968 est un jour historique pour la télévision française.
01:09Pour la première fois, la publicité, la réclame comme on dit à l'époque, fait son apparition sur le petit
01:15écran.
01:16C'est un spot pour le fromage boursin qui fait office de pionnier, juste avant la grande messe du journal
01:21de 20h.
01:22Mais à quelques kilomètres de Paris, dans les Yvelines, un groupe de policiers du service régional de police judiciaire de
01:28Versailles n'a pas le loisir de s'asseoir devant le poste de télévision.
01:32Les enquêteurs sont affairés depuis la mi-journée autour d'un mystérieux cadavre, retrouvé dans une petite zone boisée sur
01:39la commune d'Élancourt, entre Trappes et Plaisir.
01:42Remontons quelques heures plus tôt.
01:44Un ferrailleur du secteur fouine le long de la départementale 58, sur la colline d'Élancourt, au lieu dit «
01:50la cavée du roi ».
01:51Comme d'habitude, il cherche des objets jetés sur le bord de la route et qui feront peut-être son
01:56bonheur.
01:57Son œil est attiré par un grand sac en toile de jute, posé en contrebas de la chaussée.
02:02À cet endroit, le talus est profond d'une trentaine de mètres et le lieu est devenu une sorte de
02:08décharge sauvage.
02:09Le ferrailleur n'a pas besoin de descendre jusqu'au fond de ce petit ravin.
02:13Le sac, probablement jeté depuis la chaussée, a été retenu par débranchage.
02:18Il s'en approche, sort son petit couteau et entreprend d'ouvrir le sac pour voir ce qu'il y
02:24a à l'intérieur.
02:25La surprise est de taille.
02:27Le ferrailleur distingue le ventre d'un homme.
02:30Effrayé, il quitte le lieu de sa découverte et part prévenir la brigade de gendarmerie la plus proche, dans la
02:36commune de Pontchartrain.
02:38Quelques minutes plus tard, une patrouille arrive sur place et les militaires descendent à leur tour dans la ravine.
02:45Agglutinés autour du sac, ils procèdent aux premières constatations.
02:52Damien, les gendarmes ouvrent complètement le sac en toile de jute.
02:56D'abord, ils constatent que non seulement le corps a été placé dans ce sac, mais qu'il a aussi
03:00été empaqueté dans une housse de matelas en plastique.
03:04Le corps est en bon état de conservation, donc il n'est sans doute pas là depuis très longtemps.
03:08En revanche, le visage et le crâne portent des traces de coup d'une grande violence.
03:13La mâchoire est même presque arrachée.
03:16La victime est un homme.
03:17Qui mesure 1m78 et semble âgé d'environ 30-35 ans.
03:22Dans leur procès verbal, les gendarmes notent qu'il a les cheveux châtains, les yeux verts et une carrure plutôt
03:27imposante.
03:28Ils vont aussi détailler sa tenue vestimentaire.
03:31Le cadavre est vêtu d'un pantalon gris, d'une chemisette marron sous un pullover bleu marine.
03:36Et il porte aussi des chaussettes noires.
03:38En revanche, il est précisé que l'homme ne porte pas de chaussures.
03:42Ils n'ont aucun moyen de savoir qui c'est.
03:44Ils espéraient trouver des papiers sur lui, au moins un indice quelconque,
03:48mais aucun document d'identité, pas de portefeuille, pas d'argent, pas de montre, pas de bijoux, rien du tout.
03:57Avisé par les gendarmes de ce qui apparaît comme un homicide,
04:00le procureur de Versailles décide de saisir le SRPJ.
04:04Les hommes de la police judiciaire se mettent donc à enquêter.
04:07Et ils commencent, comme c'est l'usage, par une enquête de voisinage.
04:11Un premier témoignage attire leur attention.
04:14Celui d'une femme, qui a l'habitude de promener son chien dans le secteur.
04:18Elle leur indique que le sac en toile de jute, donc le corps,
04:22avait déjà retenu son attention le 27 septembre,
04:25soit cinq jours avant la découverte du ferrailleur.
04:28Elle s'en souvient, puisqu'elle avait repéré une paire de chaussures noires à côté du sac.
04:32Et elle s'était dit que c'était étrange.
04:35Plus étrange, les enquêteurs n'ont pas trouvé ces chaussures.
04:38La paire de souliers a donc disparu entre le 27 septembre et le 1er octobre.
04:43Où est-elle passée ?
04:45Les enquêteurs veulent en priorité identifier la victime.
04:49Ils prélèvent les empreintes digitales du cadavre
04:51pour les comparer à celles présentes dans le fichier national.
04:54En attendant les résultats, une autopsie est ordonnée.
04:57A l'Institut médico-légal, où le corps a été transporté,
05:01le médecin légiste établit que la mort remonterait à quelques jours seulement
05:04avant sa découverte.
05:06En tout cas, à moins d'une semaine.
05:08Les légistes confirment la violence des coups reçus par la victime.
05:11Son crâne a été enfoncé,
05:13le visage est lui marqué par des hématomes et des plaies nombreuses,
05:16et comme l'avaient déjà constaté les gendarmes,
05:19la mâchoire est en partie arrachée.
05:21De l'intérieur de la bouche de la victime,
05:23un médecin légiste extrait une boule de coton imbibée de sang.
05:27Dans ses conclusions, l'expert affirme que le décès est dû à un traumatisme crânien important,
05:32conséquence de graves lésions provoquées par un objet contondant, lourd et volumineux.
05:37Sans en être sûr, le médecin évoque comme arme du crime un marteau ou une masse.
05:46Damien, il y a pourtant un problème dans cet examen.
05:49Oui, c'est le premier couac de cette enquête qui n'en manquera pas.
05:52Cette autopsie est en réalité extrêmement sommaire,
05:56tellement que le légiste n'a même pas pris le soin de retourner le corps,
06:00qui n'a donc été examiné qu'en étant allongé sur le dos.
06:03En fait, même les policiers présents n'ont pas l'air de se sentir très concernés par cet examen.
06:08Eux, ils pensent à un meurtre de rôdeur,
06:11ou plus sûrement à un règlement de compte entre marginaux.
06:14Bref, pour eux, c'est pas clairement l'affaire du siècle.
06:17Pourtant, le commissaire Bardon de la police judiciaire de Versailles,
06:20qui assiste à l'autopsie, va tiquer sur un détail.
06:23Oui, parce que comme il est d'usage dans toutes les autopsies,
06:26on va disséquer le cadavre quand même.
06:28Alors, on ouvre la boîte crânienne pour examiner le cerveau,
06:31et là, le commissaire qui assiste à l'autopsie se souvient d'avoir été frappé
06:35par l'aspect de cet organe qu'il décrira plus tard comme une framboise écrasée.
06:40Alors, au-delà de l'image, c'est surtout que cet aspect lui rappelle une précédente affaire qu'il a
06:44traitée
06:45où la victime avait reçu une balle dans la tête.
06:48Mais malgré ce pressentiment, cette impression, il ne dit rien au médecin légiste.
06:54Quelques jours après l'autopsie, les empreintes digitales de la victime parlent.
06:59Cet homme s'appelle Stévan Markovic.
07:01Il est né le 18 mai 1937, à Belgrade, la capitale de l'ancienne Yougoslavie.
07:06Quand il est tué, Stévan Markovic est donc âgé de 31 ans.
07:11En France, il a le statut de réfugié politique.
07:14Il a quitté sa Yougoslavie natale en 1958.
07:18A l'époque, son pays vit sous le régime autoritaire du maréchal Tito.
07:22Il est issu d'une famille plutôt bourgeoise, son père est fonctionnaire
07:25et travaille à l'inspection des finances.
07:27Sa mère, soupçonnée de comploter contre le pouvoir en place,
07:31a été arrêtée et condamnée à l'exil.
07:33Le jeune Stévan a des envies d'ailleurs.
07:36Contrairement à son frère, qui est entré dans l'armée,
07:39il décide de quitter les Balkans.
07:41Direction la France, où il franchit clandestinement la frontière, près de Nice.
07:46Il ne reste pas longtemps sur la côte d'Azur
07:48et s'installe dans une pension de famille, à Paris,
07:51rue du Faubourg-Montmartre, dans le 9e arrondissement.
07:55Jeune, séduisant, Stévan ne tarde pas à jouer de ses charmes
07:58et à les vendre, et devient gigolo, fréquentant des femmes fortunées.
08:03Il s'essaie un temps à un travail plus traditionnel dans les usines Renault,
08:06habillant court.
08:07Mais l'oiseau de nuit qu'il est, attiré par les soirées en discothèque et le champagne,
08:12quitte très vite le travail à la chaîne.
08:14Quand il ne traîne pas dans les soirées mondaines en quête d'une riche veuve
08:17ou d'une femme cherchant une aventure extra-conjugale,
08:20Stévan Markovic cessait aussi au métier de photostoppeur.
08:24Muni d'un appareil photo, il passe l'été sur la Riviera ou à Biarritz
08:28et l'hiver dans les stations de ski pour prendre quelques clichés de vacanciers
08:31qu'il leur vend ensuite.
08:33Pour résumer, Markovic aime l'argent, le luxe et les femmes.
08:38Comment donc le petit immigré yougoslave habitué au palace
08:41se retrouve-t-il exécuté et empaqueté dans une décharge publique des Yvelines ?
08:49Damien, si les empreintes de Stévan Markovic ont matché dans le fichier,
08:54c'est parce qu'il a un casier judiciaire.
08:56Oui, en 1962, il a fait un premier séjour en prison
08:59après une série de rixes de bagarre dans la région de Chambéry, en Savoie.
09:04Il a aussi fréquenté les geôles belges en 1964 à Namur
09:08et il a de nouveau fait parler de lui en 1967,
09:12c'est-à-dire l'année précédant sa mort, encore dans les Alpes,
09:15cette fois-ci à Annecy, où il est arrêté à la suite de plusieurs cambriolages
09:19commis dans des palaces de la région.
09:21Mais l'immense surprise de cette affaire apparaît
09:24quand les enquêteurs découvrent la dernière adresse connue de Stévan Markovic.
09:28Découverte aussi surprenante que capitale,
09:31l'homme est domicilié à Paris, au numéro 22 de la rue de Messines,
09:36dans le 8e arrondissement, entre le boulevard Haussmann et le parc Monceau.
09:40Non seulement l'adresse est plutôt chic,
09:43mais c'est surtout celle du domicile d'un certain Alain Delon.
09:51Vous venez d'écouter le premier épisode de Crime Story,
09:54l'affaire Markovic, showbiz et affaires d'État.
09:58Suite et fin de ce podcast dans le deuxième épisode,
10:00déjà disponible sur toutes les plateformes d'écoute et sur leparisien.fr.
10:04Crime Story est le podcast fait divers du Parisien.
10:07Sous-titrage Société Radio-Canada
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