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Le 6 février 1998, il est presque 21 heures quand le préfet de Corse, Claude Erignac, remonte à pied l’avenue du Colonel Colonna d'Ornano. Il se dirige vers le théâtre Kallisté, où il doit y retrouver sa femme pour assister à un concert. Soudainement, deux hommes font irruption derrière lui. L’un d’entre eux lui tire une balle dans le dos puis l’achève de deux balles à bout portant, derrière la nuque. La nouvelle fait l’effet d’une déflagration partout en France. Jamais on ne s’était attaqué à un préfet en exercice. La réponse politique se veut forte et d’importants moyens sont déployés sur l’île.

Quelques jours plus tard, un groupe non-identifié revendique dans une lettre l’assassinat du préfet, qui symbolise selon eux l’oppresseur : « l’État français colonial ». Après plusieurs mois d’enquête et de fausses pistes, le 21 mai 1999, plusieurs Corses sont arrêtés. En garde-à-vue, plusieurs craquent et désignent le tireur, Yvan Colonna, un berger originaire de Cargèse et bien connu des services de renseignement pour ses engagements nationalistes. Mais quand les enquêteurs viennent chez lui pour l’interpeller, il s’est déjà volatilisé dans le maquis.

Dans Crime story, la journaliste Clawdia Prolongeau raconte cette enquête avec Damien Delseny, chef du service police-justice du Parisien.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Raphaël Pueyo - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network

Archives : INA, France 5, France 3

#crime #yvancolonna #claudeerignac

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Transcription
00:02Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast fait divers du Parisien.
00:08Nous, on veut l'autodétermination du peuple corse, c'est-à-dire c'est le peuple corse qui fera son
00:14choix.
00:14Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle en m'appuyant sur l'expertise du chef du service police
00:21-justice du Parisien, Damien Delsenis.
00:23Ses assassins ne lui ont laissé aucune chance, trois balles dans la tête de calibre 9mm tirés dans le dos.
00:38Bonjour Damien. Bonjour Claudia.
00:40Aujourd'hui dans Crime Story, Yvan colonna une tragédie corse, les deux premiers épisodes de notre podcast en quatre épisodes.
00:47Oui, la trajectoire de ce berger corse qui aspirait à vivre tranquillement sur son île et qui est devenu l
00:54'homme le plus recherché de France après avoir assassiné un préfet.
00:59Cela faisait des années qu'on n'avait plus parlé de lui.
01:02Le mercredi 2 mars 2022, il est environ 14h quand l'information tombe.
01:08L'assassin du préfet Erignac a été agressé dans la salle de sport de la prison d'Arles.
01:13Yvan Colonna, 61 ans, a été victime d'une très violente agression dans sa prison de Arles par un co
01:20-détenu.
01:20Il a été étranglé à main nue, puis étouffé avec un sac plastique dans la salle de sport du centre
01:26pénitentiaire.
01:27L'un des détenus les plus connus de France, Yvan Colonna, est ce soir entre la vie et la mort.
01:32Yvan Colonna est incarcéré depuis 19 ans pour avoir tué en Corse le préfet Claude Erignac en 1998.
01:39Gravement atteint, il a été transporté à l'hôpital nord de Marseille.
01:43L'état du militant indépendantiste est stable, mais on ne peut pas assurer qu'il s'en sortira.
01:49En quelques heures, l'île de beauté s'enflamme.
01:51La façade du palais de justice calcinée à Ajaccio.
01:54Oui, ce sont des manifestations qui ont encore dégénéré hier soir à Ajaccio,
01:58mais aussi à Bastia et Calvi faisant au moins 40 blessés.
02:01À Ajaccio, la préfecture est attaquée. Le palais de justice incendié.
02:05Les jours qui suivent, jusqu'à 15 000 manifestants défilent en Corse.
02:09Les nationalistes se mobilisent. Ils exigent la vérité et la justice sur cette tentative d'assassinant.
02:16Écrit en langue corse sur cette banderolle, état français assassin.
02:20La violence et la colère, en sommeil depuis plusieurs années, ont été réveillés.
02:25Jette projectile, gaz lacrymogène. Il est environ 20 heures pendant la manifestation dégénérée.
02:31Situation toujours tendue en Corse, où des lycéens se rassemblent ce matin après les violences d'hier soir.
02:39L'histoire d'Yvan Colonna commence six décennies plus tôt, le jeudi 7 avril 1960.
02:45La France est gouvernée par le premier président de la Vème République, Charles de Gaulle.
02:50Elle se remet doucement de la Seconde Guerre mondiale et goûte enfin au calme.
02:54Ce jour-là, en Corse, à Ajaccio, les Colonna accueillent Yvan, le deuxième enfant, d'une fratrie qui en comptera
03:00trois.
03:02Nom corse comme papa, prénom breton comme maman.
03:05Jean-Hugues et Cécile Colonna, ses parents, se sont rencontrés quelques années plus tôt, lors d'un stage de plongée.
03:12Tous les deux sont profs de gym et ils vivent à Ajaccio la vie classique de la bourgeoisie locale,
03:17composée d'activités sportives, de balades au soleil et de bains de mer.
03:20L'enfance d'Yvan Colonna est heureuse et sans histoire.
03:23La famille est unie. Christine, Yvan et Stéphane, les trois frères et sœurs, s'entendent très bien.
03:32A l'été 1975, Yvan Colonna a 15 ans et il découvre pour la première fois des images d'insurrection.
03:39Ça se passe sur la côte est de Lille, au sud de Bastia, à Aléria.
03:43Des militants autonomistes occupent une cave viticole.
03:47Paris décide d'intervenir.
03:49Le ministre de l'Intérieur envoie sur place des blindés, des hélicoptères et 1200 hommes casqués.
03:58Rébellion autonomiste en Corse.
03:5950 agriculteurs armés de fusils de chasse occupent toujours à Aléria, la cave viticole d'un pied noir, Henri de
04:05Peil.
04:05Le gouvernement a envoyé 13 escadrons de gendarmerie en renfort sur place.
04:09Ce combat n'a pas pour vocation un quelconque séparatisme ou une atteinte aux institutions ou une dénaturation de notre
04:16lutte.
04:16Il n'y a pas d'esprit de provocation.
04:18Il y a simplement la volonté affirmée d'élargir la lutte pour la corcisation des emplois, la défense de l
04:24'identité culturelle, la charte de retour des exilés.
04:27L'opération se termine en bain de sang.
04:29Deux gendarmes sont tués et un militant est grievement blessé.
04:33Ce coup de force est l'acte fondateur du nationalisme corse.
04:37Et pour l'adolescent Ivan Colonna, il plante la première graine de ce qui deviendra sa cause.
04:47Damien, Ivan Colonna suit ces événements depuis la maison familiale de Cargès, un lieu qui va beaucoup compter pour lui.
04:54Vous savez, les Corses, ils ont toujours un village d'attache.
04:57Qu'ils habitent à Jaccio, Bastia ou qu'ils habitent sur le continent, ils gardent toujours beaucoup d'intérêt, beaucoup
05:02d'affection.
05:02Pour leur village d'attache.
05:03Cargès, c'est le berceau de la famille Colonna, donc le berceau aussi d'Ivan.
05:08Alors, Cargès, c'est un village qui est au nord d'Ajaccio, à peu près à une heure de route.
05:13C'est juste à côté des Calongues de Piana.
05:15Et Cargès, c'est vraiment le petit village corse avec ses rues escarpées, sa place du village, très peu d
05:21'habitants l'hiver et en dehors de l'été.
05:23Et puis, Cargès, c'est une ville qui tient sa particularité de la présence de deux églises qui se font
05:28face d'ailleurs.
05:29Elles sont toutes les deux sur un promontoire rocheux.
05:31Il y en a une qui est de rite latin et l'autre qui est de rite grecque.
05:35Parce qu'en réalité, Cargès a une histoire avec les grecs, des immigrés grecs qui sont venus s'installer, qui
05:40ont presque fondé Cargès quelques siècles auparavant.
05:42Donc, il y a toujours cette double identité à Cargès, à la fois latine et à la fois grecque.
05:47À partir de l'été 1975, donc, Yvan Colonna commence à militer.
05:52Oui, parce que comme beaucoup d'adolescents ou de jeunes de son âge, il y a une sorte de fascination
05:57par rapport à ce qui vient de se passer à Alleria.
05:59Cet acte, la mort de gendarmes, cette espèce de siège qui a tenu pendant plusieurs jours, ça devient une espèce
06:05de référence pour les jeunes.
06:07Et c'est un peu l'acte de naissance, comme vous l'avez dit, de l'indépendantisme corse.
06:12Ce n'est pas du tout dans cette idéologie-là que les enfants Colonna ont été élevés.
06:17Alors, pas du tout, effectivement. Le papa, lui, c'est un militant socialiste de la première heure, un républicain.
06:23La maman, elle est communiste. Il n'y a aucun militantisme indépendantiste dans la famille.
06:28En revanche, il y a toujours quand même une identité assez forte.
06:32Son père, on l'a dit, il est Corses, le berceau, ses Cargès.
06:34Sa maman, elle, elle était bretonne.
06:36Elle dira d'ailleurs dans une interview au Monde plus tard qu'Yvan était le plus breton de ses enfants.
06:42Elle va raconter aussi comment il avait piqué dans la bibliothèque familiale le livre
06:46« Comment peut-on être breton » de Morvan-le-Besque.
06:50Cette vie corse s'arrête soudainement, un an plus tard.
06:54En 1976, Yvan Colonna a 16 ans et il doit suivre ses parents qui quittent l'île pour les Alpes
07:01-Maritimes.
07:02Son père se rêve député et c'est à Nice qu'il espère être élu.
07:05Et détrôné au passage l'indéboulonnable député maire de droite, Jacques Médecin.
07:10Installés dans la baie des Anges, les Colonna investissent une grande villa
07:14dans laquelle les enfants réunissent les autres jeunes Corses exilées.
07:18Et ils sont nombreux.
07:19Et pour cause, il n'y a pas, à ce moment-là, d'université sur l'île et beaucoup d
07:24'étudiants atterrissent ici.
07:26À la fac, où Yvan a entamé des études pour devenir prof de sport comme ses parents,
07:31on parle beaucoup Corse.
07:32On y parle du pays qui manque tant et de cette agitation politique qui grandit.
07:36Avec Christine, sa grande sœur, et Stéphane, son petit frère,
07:41Yvan interroge les projets du gouvernement pour la Corse, qu'il qualifie de coloniaux,
07:45et défie, avec un certain plaisir, les idéaux paternels.
07:49De l'autre côté de la Méditerranée, le Front de Libération Nationale Corse, le FLNC,
07:54commence à se faire connaître.
07:56Ce mouvement clandestin, qui a émergé dans la foulée des événements d'Alleria,
08:00mène des actions coup de poing.
08:01À Paris, on évoque un problème Corse.
08:04Et depuis la villa de Nice, Christine, Yvan et Stéphane suivent son évolution avec attention.
08:12Les parents et les trois enfants retournent souvent en vacances
08:15dans le fief familial de Cargez, en Corse du Sud.
08:18Dans le petit village, la famille Colonna voit arriver l'un des premiers Club Med.
08:23Pour eux, comme pour les autres locaux, c'est une catastrophe.
08:26Les touristes débarquent par cars entiers pour vivre en vase clos
08:29et ne consommaient que des produits emportés.
08:32Ce changement de décor offre à Yvan Colonna l'occasion de perpétrer son premier acte militant.
08:38En 1977, le Club Med est victime d'un attentat à l'explosif.
08:42Et c'est sur ces murs tout juste remis en état que le jeune homme écrit
08:46« Le peuple français doit soutenir le peuple corse dans sa lutte de libération nationale ».
08:52A l'été 1981, la gauche vient de prendre le pouvoir en France.
08:57Colonna Paire, lui, a gagné son bras de fer contre Jacques Médecin.
09:00Il est enfin député des Alpes-Maritimes.
09:04Après le traditionnel était en Corse du Sud,
09:07les trois enfants Colonna décident de ne pas revenir à Nice.
09:10Yvan ne sera pas prof de PS.
09:12Il veut rester dans son village.
09:14Après un service militaire aux pompiers de Paris,
09:17il s'installe, ou plutôt se réinstalle, à Cargez.
09:20Il a 21 ans.
09:22Il refuse un petit boulot de surveillant dans un établissement scolaire,
09:25fait un peu le maître nageur sur les plages
09:27et encadre les jeunes du club de foot local.
09:30C'est là qu'il rencontre Alexandre Alessandri,
09:32qui anime le club de tir à l'arc de Cargez.
09:35Les deux hommes nourrissent un même rêve,
09:37celui de devenir berger.
09:39Ils se lancent.
09:41Ils achètent une centaine de bêtes
09:42et construisent leur propre bergerie,
09:45pierre après pierre.
09:46La montagne, le maquis, la solitude, le silence.
09:50Yvan Colonna semble heureux.
09:59Damien, dans les années 80,
10:01Cargez tient une place particulière en Corse.
10:03C'est un village qui est à la fois décrit
10:05comme un foyer important du nationalisme naissant
10:09et combattant qui se déroule sur l'île,
10:11mais c'est aussi le village où a été créée
10:14une organisation anti-nationaliste,
10:16elle, qui s'appelait Corse Française Républicaine.
10:18Donc on peut imaginer que dans ce petit village
10:21qui compte quelques centaines d'habitants hors saison,
10:24il y a des disputes parce qu'on ne pense pas à la même chose,
10:26mais c'est dans ce creuset que vont effectivement
10:28grandir Yvan Colonna, sa soeur et son frère.
10:32Même si Yvan Colonna vit désormais un peu retiré du monde,
10:36il n'arrête pas de militer.
10:37Oui, pas du tout.
10:38Son nom va même figurer sur une liste nationaliste Corse
10:41pour les élections municipales à Cargez en 1983.
10:44Il est d'ailleurs avec sa soeur sur cette liste.
10:47Donc à partir de ce moment-là,
10:49non seulement il va avoir une activité politique,
10:52c'est-à-dire une activité publique ouverte de nationalistes,
10:55mais on va aussi commencer à parler de Colonna
10:58et d'Yvan Colonna dans les rangs des services
11:00de renseignement français.
11:01Yvan Colonna, jeune nationaliste,
11:05détaille son projet politique pour l'émission Dimanche Magazine,
11:08diffusée sur La Deux, le 25 septembre 1983.
11:12Nous, on veut l'autodétermination du peuple corse,
11:15c'est-à-dire faire en sorte que le peuple corse
11:17ne soit plus en situation coloniale à tous les niveaux.
11:20C'est le peuple corse qui fera son choix,
11:23à savoir indépendance ou autonomie ou statut court.
11:26Il milite tellement que son propre père
11:29demande au préfet de l'époque, Robert Broussard,
11:32de lui faire remonter toutes les informations
11:34concernant ses enfants.
11:36Oui, parce que son père, il est député,
11:37il a donc une fonction assez importante,
11:40il n'a pas tellement envie que son nom soit mêlé
11:42aux activités potentiellement illégales de ses enfants.
11:45Donc effectivement, il va demander à ce qu'on le renseigne
11:47s'il y a des choses qui se passent.
11:49Son fils Yvan n'est pas le leader des indépendantistes
11:53et des poseurs de bombes locaux,
11:54mais le nom revient quand même souvent,
11:56on l'a dit, aux oreilles des policiers
11:58et des services de renseignement.
11:59Il va d'ailleurs être entendu plusieurs fois
12:01dans plusieurs procédures
12:02qui concernent des actions clandestines
12:04qui sont attribuées directement au FLNC.
12:07L'événement le plus saillant sans doute,
12:09c'est qu'on va quand même un jour
12:10retrouver dans un puits
12:12de la propriété familiale à Cargèze
12:14des munitions et une panoplie
12:16qui est assez peu ambiguë,
12:18qui est la panoplie un peu du poseur de bombes
12:20type corse.
12:21Il va être arrêté, Yvan,
12:23entendu, mais à chaque fois,
12:25il va être immanquablement relâché
12:27et ça, ça va durer des années.
12:33Vous venez d'écouter le premier
12:34de nos quatre épisodes consacrés à Yvan Colonna,
12:38suite de ce podcast dans le deuxième épisode,
12:40déjà disponible sur leparisien.fr
12:42et sur toutes les plateformes d'écoute.
12:44Crime Story est le podcast fait divers du Parisien.
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