Dans les années 1990, un tueur terrorise l’est de Paris. Il viole et tue sauvagement plusieurs femmes, mais la police ne parvient pas à mettre la main sur lui. Crime story raconte cette célèbre affaire dans un podcast en deux parties.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network
Archives : INA.
#crime #paris
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00:01Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast de Faits Divers du Parisien.
00:08Décidément, ce sont les Faits Divers et leurs conséquences qui ont la vedette aujourd'hui.
00:14Des restes humains ont été retrouvés sur la propriété.
00:17Le préfet de la région Corse a été assassiné de plusieurs balles dans la tête ce soir.
00:21Un couple et ses quatre enfants ont donc disparu. L'enquête se vante aujourd'hui vers un geste criminel.
00:27Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle en m'appuyant sur l'expertise du chef du service police
00:33-justice du Parisien, Damien Delsenie.
00:38Bonjour Damien. Bonjour Claudia.
00:40Aujourd'hui Damien, l'affaire du tueur de l'Est parisien.
00:43Oui, le parcours d'un homme qui a semé l'effroi et la terreur dans Paris.
00:47Un tueur de femmes, un prédateur sexuel violent et froid qui a longtemps mis en échec la prestigieuse brigade criminelle
00:54du 36 quai des Orfèvres.
00:55Et un homme qui a aussi gardé ses secrets jusqu'à son procès.
01:01Le lundi 19 mars 2001, le palais de justice est plein à craquer.
01:06Les familles de victimes, les journalistes et les simples curieux sont venus nombreux pour assister au procès de celui que
01:13la presse a surnommé le tueur de l'Est parisien.
01:16Toute la salle attendait ce moment. Guy Georges entre dans son boxe, il l'air presque indifférent.
01:22Devant la cour d'assises de Paris, Guy Georges s'installe dans le boxe des accusés, habillé de son désormais
01:27célèbre t-shirt vert, floqué de la marque Humbrou.
01:30Des mères, des pères se retrouvent enfin face à celui qui est accusé d'avoir violé et égorgé leur fille.
01:37Dans cette cour d'assises ce matin, il régnait une lourde, très lourde atmosphère.
01:42Il comparait pour le viol et le meurtre de 7 femmes, âgées de 23 à 32 ans.
01:47Des accusations qu'il nie en bloc.
01:50Pour retracer le parcours meurtrier de Guy Georges, il faut revenir près de 7 ans en arrière, à la nuit
01:56du samedi 8 juillet 1995.
02:01Anne Gauthier, la cinquantaine, dort mal.
02:05Réveillée à 5h20, elle raconte qu'elle ne parvient pas à retrouver le sommeil, se retourne dans son lit, à
02:10dans le ventre comme une boule d'angoisse très forte.
02:13Elle ne sait pas d'où ça vient, peut-être un mauvais pressentiment.
02:17A 9h12, elle décide d'appeler enfin sa fille Hélène, qui vit à plusieurs centaines de kilomètres, à Paris.
02:24Franco-néerlandaise, quatrième d'une fratrie de 6 et psychomotricienne pour enfants en milieu hospitalier,
02:31Hélène s'est installée dans la capitale pour faire en parallèle de son travail une maîtrise en psychologie.
02:36Elle habite dans un petit deux-pièces du 10e arrondissement, situé au 213 rue du Faubourg Saint-Martin.
02:44A l'autre bout du fil, ce n'est pas la voix d'Hélène qui répond, mais celle d'un
02:48homme.
02:49Anne Gauthier s'excuse pour l'erreur de numéro qu'elle vient de faire et retende sa chance.
02:54La même voix répond à nouveau.
02:56Cette fois-ci, Anne Gauthier demande à l'homme qui il est.
02:59Il lui dit qu'il est pompier.
03:01Elle demande qu'on lui passe sa fille.
03:03L'homme répond que c'est impossible.
03:05C'est fini ? Demande la mère de famille.
03:09Oui, c'est fini.
03:12Les parents de la jeune étudiante prennent alors la route pour Paris.
03:16Plusieurs heures de voiture, avec un arrêt à chaque station-service,
03:20pour rappeler le fameux numéro auquel plus personne ne répond.
03:24Quand Anne Gauthier et son mari passent enfin le périphérique et entrent dans la capitale,
03:29ils prennent immédiatement la direction du siège de la brigade criminelle, 36 Quai des Orfèvres.
03:34Ils ne savent pas précisément ce qu'il s'est passé,
03:37mais ils ont bien compris qu'il n'y a plus aucun espoir.
03:40Les policiers confirment aux parents d'Hélène que leur fille a été assassinée,
03:44de plusieurs coups de couteau si l'on en croit les plaies que présente le corps de la jeune femme.
03:49Hélène a aussi été violée.
03:51Les murs et le sol de l'appartement étaient maculés de sang.
03:55Dans une flaque, on y a retrouvé une trace de pied.
03:58C'est celle d'un pied dit égyptien, c'est-à-dire que le deuxième orteil est plus grand que
04:03le premier.
04:05Les enquêteurs font le lien avec un autre meurtre,
04:08qui semble avoir été commis selon le même mode opératoire, six mois plus tôt.
04:13Le samedi 10 décembre 1994, Agnès Nischkamp a été retrouvée morte chez elle,
04:19dans le 11e arrondissement de Paris, au 75 rue du Faubourg Saint-Antoine.
04:24Cet architecte d'intérieur de 32 ans vivait seul.
04:27Son corps présentait à peu près les mêmes plaies que celui d'Hélène.
04:31Là aussi, sur les murs, le sol, le lit et sur un interrupteur, beaucoup de sang.
04:40Damien, sur les deux scènes de crime, on retrouve de l'ADN.
04:43Oui, alors il y a du sperme sur le corps d'Hélène Gauthier.
04:46Il y a également une trace ADN de l'agresseur qui a été prélevée chez Agnès Nischkamp.
04:52Mais à l'époque, ça ne permet pas aux enquêteurs d'identifier le tueur ?
04:55Non, parce que dans les années 90, plus spécifiquement en 1994-1995,
05:01il n'existe pas en France de fichier national automatisé des empreintes génétiques,
05:05le fameux FNAEG qu'on connaît tous aujourd'hui.
05:07A l'époque, tout ça, ça n'existe pas.
05:09Donc, ce qu'on sait, c'est qu'on retrouve des traces génétiques sur une scène de crime,
05:13mais ça n'apporte rien.
05:15En tout cas, ça ne permet pas surtout de mettre un nom sur cette empreinte.
05:17Ça permet juste de confirmer ce que pensent déjà les enquêteurs,
05:20c'est que c'est un seul et même homme qui a tué Hélène Frinking et Agnès Nischkamp.
05:26Alors, il le devinait d'ailleurs sur le mode opératoire, le procédé qu'il utilisait.
05:30On a parlé des plaies qui étaient un peu similaires.
05:32Et il y a aussi cette façon dont cet agresseur a découpé les soutiens-gorges de ces deux victimes.
05:37En fait, il a mis un coup de couteau au niveau du centre,
05:40à l'avant du soutien-gorge, entre les deux bonnets,
05:43ce qui est quelque chose d'assez particulier.
05:45Et il a également découpé les vêtements aussi avec son couteau,
05:48un petit peu en forme de Z.
05:49Et ça, on le retrouve sur les deux scènes de crime.
05:52Donc, c'était déjà une indication que l'agresseur était sans doute la même personne.
05:56Les policiers apprennent que le vendredi 16 juin 1995,
06:00Elisabeth Ortega, une psychomotricienne de 23 ans qui vit rue Détournelle
06:04dans le 4e arrondissement à Paris,
06:07est agressée par un homme auquel elle échappe.
06:10C'est une réaction assez incroyable et un scénario assez incroyable
06:12parce qu'Elisabeth Ortega, c'est un petit gabarit, elle fait 1m62.
06:16Et il y a un homme qui la bouscule, qui la pousse à l'intérieur de son appartement.
06:20Il la baillonne, il la ligote, il lui accroche les mains à la tête du lit.
06:24Et en fait, elle va profiter d'un moment où il s'absente
06:27parce qu'il voit qu'il y a de la lumière dans les parties communes de l'immeuble.
06:29Donc, il se rapproche un peu de la porte d'entrée.
06:31Elle, elle profite de ces quelques secondes pour défaire ses liens
06:34et mettre un énorme coup de pied par la fenêtre, pour sauter en fait par la fenêtre.
06:39Et elle va courir, courir, courir dans la rue jusqu'à un bar qui est encore ouvert à cette heure
06:42-là de la nuit.
06:43Et là, elle va appeler la police.
06:45Et évidemment, cette Elisabeth Ortega, c'est quelqu'un qui, pour la première fois,
06:49va être un témoin précieux pour l'enquête parce qu'elle va pouvoir raconter un certain nombre de choses.
06:53Extrait du témoignage d'Elisabeth Ortega, paru dans Le Monde, le 29 mars 2001.
06:59J'ai vu un individu qui s'est jeté sur moi.
07:02Il montait les escaliers 4 à 4.
07:03Il avait une telle force, une telle puissance que je me suis retrouvée plaquée au mur.
07:08Muette.
07:09Il m'a mis son couteau sous la gorge.
07:11Sa détermination m'a laissée pétrifiée.
07:14Il voulait dormir dans ma maison et pour cela, il devait m'attacher.
07:19J'ai placé mes mains de telle façon que je puisse avoir un bras en levier,
07:23afin de tirer sur mes liens.
07:25Il a commencé à délasser ses chaussures.
07:27Et j'ai pensé que s'il voulait me tuer, il se mettrait à son aise.
07:31Il avait tout son temps.
07:34Il s'est rendu compte que la lumière était allumée à l'étage.
07:37Il a monté les escaliers.
07:39J'ai arraché mes liens avec toutes les forces que je pouvais réunir.
07:42Et j'ai ouvert la fenêtre.
07:43Ça faisait un boucan.
07:44Il avait forcément entendu.
07:46J'ai compté les pas.
07:481, 2, 3.
07:50Je savais que j'avais seulement une dizaine de secondes devant moi.
07:53J'ai réussi à ouvrir le volet et j'ai sauté.
07:56Je ne sais toujours pas comment.
07:58Il m'a appelée et j'ai couru de toutes mes forces sans me retourner.
08:04A partir du témoignage d'Elisabeth Ortega, les enquêteurs parviennent à dresser le portrait robot de l'homme qu'ils
08:10recherchent.
08:11La jeune femme trouve le résultat très ressemblant.
08:13Il est de type maghrébin, a les sourcils fournis et rapprochés, de petits yeux et des oreilles un peu décollées.
08:22Son crâne rasé et sa carrure athlétique mettent les enquêteurs sur la piste potentielle d'un militaire.
08:27Mais ça ne donne rien.
08:29Comme l'homme agresse les femmes en soirée, il s'intéresse également au monde de la nuit.
08:34Les chauffeurs de taxi, les serveurs, le personnel qui travaille dans les clubs.
08:39A plusieurs reprises, Elisabeth accompagne même les policiers dans leur ronde pour voir si elle identifie l'agresseur au hasard
08:47d'une rue.
08:47Mais ça n'arrive pas.
08:49Quand Anne Gauthier apprend que l'assassin de sa fille a tenté de frapper une nouvelle fois, mais que la
08:55jeune femme s'est échappée,
08:56elle se remet à croire que l'homme peut être rapidement retrouvé et neutralisé.
09:02Au policier de la crime, Elisabeth Ortega a dit que l'agresseur s'était présenté comme un certain Flo.
09:08Pour Anne Gauthier, c'est une piste qu'il faut explorer.
09:11Convaincu qu'il pourrait être un membre du personnel d'un restaurant qui porte ce nom, Flo, situé boulevard de
09:17Sébastopol dans le centre de Paris,
09:18elle insiste auprès du juge d'instruction pour que des investigations poussées y soient menées.
09:23La brigade criminelle entend des dizaines de personnes, mais ça ne donne rien du tout.
09:28L'enquête s'enlise, et pour la mère d'Hélène Frinking, l'espoir de voir le meurtrier de sa fille
09:34jugée s'éloigne.
09:40Damien, les enquêteurs ont vraiment une conviction, c'est que c'est le même homme qui a agressé les trois
09:45femmes.
09:45Cette conviction est basée sur des éléments scientifiques, parce que l'ADN de cet agresseur est retrouvé sur les trois
09:50scènes de crime.
09:51On l'a vu sur la scène de crime d'Hélène, c'est du sperme qui est sur place.
09:55Il y a aussi une trace ADN chez Agnès Nischkamp.
09:58Et là, sur la scène de crime d'Elisabeth Ortega, même si Elisabeth Ortega n'est pas morte,
10:03on retrouve un mégot de cigarette, et sur ce mégot, il y a de la salive.
10:06Et cette salive, ça correspond aussi au même ADN que sur les deux autres scènes de crime.
10:10Le docteur Olivier Pascal, qui est un expert judiciaire et qui travaille au laboratoire de biologie moléculaire du CHU de
10:16Nantes,
10:17nomme cet ADN SK1 pour Serial Killer numéro 1.
10:21Oui, alors le docteur Pascal, c'est un généticien qui est devenu expert judiciaire en 1991.
10:26Et donc lui, une fois par semaine, il fait les retours entre Nantes et Paris
10:29pour récupérer tous les matériaux biologiques qu'on a prélevés sur les scènes de crime.
10:33Il les analyse ensuite dans son laboratoire.
10:35Alors, après l'agression d'Elisabeth Ortega, il va effectivement renommer cet ADN non identifié.
10:41Il va l'appeler SK1.
10:42Pourquoi ? Parce que c'est la première fois en France qu'on a le profil génétique d'un tueur
10:47en série.
10:48Alors, on voit bien à quel point on est de la préhistoire de la police technique et scientifique en France.
10:53Mais ces analyses, ces comparaisons, tous ces recoupements,
10:56ils se font d'ailleurs presque de manière clandestine,
10:59puisqu'à l'époque, il n'y a pas de cadre légal qui régit ces actes d'enquête.
11:02Donc, c'est un petit peu du bricolage entre les policiers, le juge, ce docteur.
11:06On fait ça un petit peu hors procédure, quoi.
11:09La notion même de tueur en série, en France, elle n'est pas du tout habituelle, voire elle est un
11:14peu taboue.
11:15Oui, c'est clairement une période où la police française, dans sa grande majorité,
11:19juge que les tueurs en série, c'est un truc américain, ça existe aux Etats-Unis,
11:23ou même dans l'imagination des écrivains ou des scénaristes,
11:25mais qu'il n'y a pas de tueur en série en France.
11:27Mais là, on est face à une série de faits et d'éléments qui sont assez têtus,
11:31et la crime, elle ne peut plus faire autrement que de se rendre à l'évidence.
11:36Il y a bien un tueur en série qui rôde dans la capitale.
11:40Le mardi 23 septembre 1997, la brigade criminelle est appelée au 71 Rudeau de Poule, dans le 19e arrondissement.
11:50Stéphane vient de découvrir sa fiancée, assassinée dans leur appartement.
11:54Elle s'appelait Magali Siroti, elle avait 19 ans et elle était étudiante à Paris, depuis un an.
12:00Il y a quelques mois, elle avait annoncé à ses parents que Stéphane l'avait demandé en mariage.
12:05Le vendredi 8 août, au cœur de l'été, toute la famille était venue à Paris pour choisir sa robe
12:10de mariée avec elle.
12:12Ils avaient ensemble fixé la date au 4 juillet de l'année suivante et cherché une salle.
12:18Mais cette nuit du 23 septembre, quand Stéphane appelle les secours, il n'y a déjà plus aucun espoir.
12:24Magali a été violée, suppliciée et ses vêtements ont été découpés.
12:28Le crime semble être signé de l'homme que la police recherche depuis déjà plus de deux ans.
12:34En apprenant ce nouveau meurtre, Anne Gauthier, la mère d'Hélène Frinking, assassinée en juillet 1995, explose de colère.
12:42« Rien ne permettait de prévoir et d'empêcher le meurtre de sa fille », dit-elle.
12:46Mais qu'il y en ait d'autres, elle ne le supporte pas.
12:50Anne Gauthier et la mère de Magali, Chantal Siroti, se rencontrent et se plaignent auprès du juge
12:56du manque d'efficacité de la brigade criminelle.
12:59Dans les bureaux du 36 quai des Orfèvres, la tension monte d'un cran.
13:04Les enquêteurs savent que ce dangereux prédateur va recommencer à tuer
13:07et qu'une course contre la montre s'engage s'ils veulent limiter le nombre de victimes.
13:11Mais le dimanche 16 novembre 1997, le tueur frappe à nouveau.
13:17Cette fois, c'est aux 12 rues de la Forge Royale, dans le 11e arrondissement, que le corps d'Estelle
13:22Magde est découvert.
13:25Voyant que la secrétaire de 25 ans ne répond plus au téléphone, ses parents, qui ont le double des clés
13:30de son appartement,
13:31se rendent directement chez elle.
13:33Ils trouvent alors le cadavre de leur fille, couvert de sang.
13:37Elle est nue, a les plaies caractéristiques du tueur autour du cou et ses vêtements sont découpés.
13:42Cette fois-ci, Anne Gauthier ne tient plus.
13:45Fin novembre, elle lance un avertissement à toutes les parisiennes sur la chaîne de télévision France 2.
13:52J'affirme qu'en fin juillet 1995, les autorités savaient qu'ils étaient en face d'un tueur en Syrie,
14:00un homme extrêmement dangereux et qu'en toute bonne logique de serial killer, on pouvait s'attendre à ce qu
14:07'il recommence.
14:08Et c'est en juillet 1995 qu'il aurait fallu mettre beaucoup plus d'effectifs sur l'affaire.
14:14Et le fait qu'en fin septembre, le 23 septembre 1997, c'est-à-dire 26 mois après, il y
14:22ait ce nouveau meurtre de Magali,
14:24c'est quelque chose que je ne supporte pas.
14:27J'ai vraiment eu l'idée que c'était de trop et que Magali n'aurait jamais dû mourir.
14:36Damien Delsenny, est-ce que vous pouvez nous raconter la psychose déclenchée par cette intervention dont on vient d'entendre
14:42un extrait ?
14:42C'est assez compréhensible parce que les faits, on le voit, sont extrêmement violents, très rapprochés.
14:46En plus, ils sont tous un peu dans le même quartier, plutôt dans l'est de Paris, le 10e, l
14:51'11e arrondissement.
14:52Il y a même un journal qui va titrer « Peur sur la Bastille », ce qui fait penser au
14:56fameux film avec Belmondo « Peur sur la ville ».
14:58Donc il y a tous ces ingrédients-là.
14:59Et puis, il y a même la ville de Paris qui va se mettre, vous savez, sur les affiches déroulantes
15:03de publicité,
15:04à mettre des messages de prévention pour les femmes, à leur dire de ne pas rentrer seules le soir quand
15:09elles sortent, etc.
15:10Il y a même des policiers au 36 qui vont aller chercher un peu dans les couloirs du 36 qui
15:15est désorfèves.
15:16Ils vont trouver des jeunes femmes policières et ils vont s'en servir un peu d'apa.
15:19Ils les font marcher dans la rue comme ça le soir pour essayer d'attirer en quelque sorte le fameux
15:24tueur et le fameux prédateur.
15:25Donc on voit bien qu'il y a une ambiance très particulière et encore, on n'est pas à l
15:29'époque des réseaux sociaux à l'époque et des chaînes d'infos.
15:32Mais on imagine qu'il y a une vraie peur et il y a une peur qui est justifiée parce
15:36qu'il y a des femmes qui meurent
15:38et on a l'impression qu'effectivement ce tueur, il est totalement insaisissable.
15:41À la crime, on ne voit pas du tout d'un bon oeil cette médiatisation de l'affaire ?
15:45Non, alors il faut savoir une chose.
15:46Les policiers, ils n'aiment pas être en échec.
15:48Et surtout ceux de la brigade criminelle qui est censée être la brigade un peu mythique du 36 qui est
15:54des Orphèves et de la police en général.
15:55Alors là, en plus, cet échec, ils dépassent largement les frontières de leur bureau parce qu'ils s'étalent à
16:00la une de tous les journaux.
16:01Alors oui, eux, ils évoquent le manque de moyens et d'outils techniques qui n'existent pas à l'époque
16:06pour justifier l'absence de résultats.
16:09Il faut dire aussi qu'ils souffrent d'un petit défaut d'organisation quand même parce qu'il y a
16:13quatre groupes d'enquêteurs différents qui enquêtent sur ces affaires.
16:16Alors certes, ils travaillent côte à côte dans des bureaux qui sont assez proches les uns des autres, mais travailler
16:20côte à côte, ça ne veut pas forcément dire travailler ensemble.
16:23Et puis, ils ont toutes ces empreintes génétiques mais qui finalement ne leur servent pas à obtenir l'essentiel puisque
16:27l'essentiel, c'est d'avoir le nom du propriétaire de ces empreintes et donc le nom du meurtrier.
16:32Mais comme on l'a dit, il n'existe pas de fichier qui centralise ces empreintes. On a du mal
16:37à l'imaginer aujourd'hui, mais à l'époque, la constitution d'un tel fichier, c'était très très loin
16:41de faire l'unanimité.
16:42Il y a même une majorité de Français, que ce soit citoyens ou dans la classe politique, qui étaient résolument
16:48opposés à la création d'un fichier des empreintes génétiques.
16:51En attendant d'obtenir la constitution d'un fichier qui regrouperait les empreintes génétiques, les policiers contournent la loi et
16:58font comparer l'ADN qu'ils ont à toutes les analyses dans les laboratoires.
17:02Oui, alors là, c'est un événement important de l'enquête parce que c'est assez rare que des policiers
17:06et des magistrats s'entendent pour contourner la loi.
17:08Là, c'est le cas. Les policiers vont recevoir le soutien du juge d'instruction qui s'appelle Gilbert Thiel.
17:13Alors Gilbert Thiel, il deviendra célèbre après parce que ça deviendra des grands juges antiterroristes français.
17:17Mais à l'époque, c'est lui qui instruit l'affaire des meurtres du tueur de l'Est parisien.
17:22Et il va tenter un coup, on peut le dire, un peu borderline.
17:24Il va exiger que tous les laboratoires privés et publics français qui pratiquent des tests génétiques ouvrent en quelque sorte
17:31leurs fichiers aux policiers
17:33pour qu'on compare tout ce matériel qui existe un peu partout en France à cette fameuse trace SK1.
17:39Et ça marche. C'est ça qui est formidable.
17:41Ça marche parce que le mardi 24 mars 1998, le docteur Pascal, qui centralise toutes ses analyses depuis le début,
17:47il va appeler la brigade criminelle et il va leur dire « On a identifié l'assassin. Il s'appelle
17:52Guy Georges ».
17:56Vous venez d'écouter le premier épisode de Crime Story consacré à l'affaire Guy Georges, le tueur de l
18:01'Est parisien.
18:02Suite et fin de ce podcast dans le deuxième épisode, déjà disponible sur leparisien.fr et sur toutes les plateformes
18:09d'écoute.
18:10Si vous aimez Crime Story, dites-le nous en nous laissant des petites étoiles et vos commentaires.
18:15Crime Story est le podcast fait divers du Parisien.
18:18Crime Story
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