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  • il y a 3 mois
En 2007, un petit garçon de 5 ans est enlevé dans le Nord. Rapidement, les enquêteurs retrouvent son kidnappeur : il s’agit de Francis Evrard, un pédocriminel connu de la justice, qui vient tout juste de sortir de prison. Crime story raconte cette affaire dans un podcast en deux parties. 


Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Ecriture et voix : Clawdia Prolongeau et Damien Delseny - Production : Thibault Lambert, Clara Garnier-Amouroux - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : Audio Network - Photo : AFP - Archives : INA.

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Transcription
00:01Bonjour, je suis Claudia Prolongeau et vous écoutez Crime Story, le podcast fait divers du Parisien.
00:07Un jeune garçon de 10 ans a été tué par balle.
00:10Des aveux, 33 ans après.
00:12Son corps a été retrouvé un mois plus tard.
00:15Des hommes qui a voulu ont tiré sur les mariés.
00:17Chaque semaine, je vous raconte une grande affaire criminelle avec le chef du service polyjustice du Parisien, Damien Delsenis.
00:31Bonjour Damien.
00:32Bonjour Claudia.
00:33Aujourd'hui dans Crime Story, Francis Évrard, une vie de prédateur sexuel.
00:37Francis Évrard, pédocriminel, arrêté, condamné, incarcéré, relâché et qui récidive.
00:44C'est à la fois l'histoire d'une impossible rédemption et celle de l'épineux sujet de la gestion
00:50de ces prédateurs par la justice.
00:53Le mercredi 15 août 2007, en début d'après-midi, Ennis, un petit garçon de 5 ans,
00:59rentre chez lui avec sa grand-mère, fière des baskets qu'elle vient de lui acheter, à la braderie.
01:04La famille vit à Roubaix, dans le nord de la France, dans une modeste maison de ville.
01:09Ennis a les cheveux bruns, les yeux noirs, c'est un petit garçon gentil, discret et prudent.
01:15Avant Roubaix, il a vécu à Paris.
01:17Il était bébé et n'en garde aucun souvenir.
01:19Quelques mois après sa naissance, sa mère cesse de donner des nouvelles.
01:23Quand Ennis a 10 mois et alors qu'elle a déjà disparu du paysage,
01:26son père, Moustapha, obtient sa garde, puis déménage à Roubaix, dans le nord de la France,
01:32où il s'installe avec ses parents.
01:34Quand il rentre chez eux après la braderie,
01:37Ennis demande à sa grand-mère s'il peut essayer les baskets.
01:40Elle dit oui.
01:41Il s'installe alors sur le pas de la porte.
01:43Il entend le bruit des travaux qu'effectue son grand-père à l'étage.
01:46Il met les baskets à ses pieds, sans attacher les lacets,
01:49et marche jusqu'au bout de cette rue des Charpentiers,
01:52où il habite et où tout le monde le connaît.
01:55Quelques minutes plus tard, à 14h,
01:58Moustapha, le père d'Ennis, rentre chez lui.
02:00Son fils n'est pas là,
02:02alors que d'habitude il l'attend toujours avec impatience.
02:05Sa mère lui dit qu'il était sur le pas de la porte il y a seulement quelques minutes.
02:09Ils vont ensemble dans la rue,
02:11cherchent Ennis, demandent à quelques voisins.
02:14L'un d'eux demande à son propre fils s'il n'a pas vu le petit garçon.
02:18« Si », répond celui-ci.
02:20Selon lui, Ennis est parti avec un homme âgé.
02:24À 15h, Moustapha contacte le commissariat de Roubaix.
02:27On lui dit de venir.
02:29Sur place, les policiers se veulent rassurants.
02:32« Ne vous inquiétez pas, lui dit-on,
02:33votre fils va revenir, il s'est sans doute perdu à la braderie. »
02:37Mais Moustapha n'y croit pas.
02:38Il est persuadé qu'il est arrivé quelque chose à Ennis.
02:41Et au fond de lui, il commence déjà à se dire qu'il ne le reverra pas.
02:47Plusieurs témoins sont entendus,
02:49deux adultes et le fils du voisin âgé de 12 ans.
02:52Tous décrivent le même homme,
02:5440-50 ans, 1m80 ou 85.
02:57Son visage, mal rasé,
02:58était dissimulé par la visière d'une casquette.
03:01Il portait un blouson.
03:03Le garçon de 12 ans ajoute un détail.
03:05L'homme avait au bras un plâtre blanc ou bleu.
03:15Damien, à 22h, le parquet de Lille déclenche un dispositif
03:19qui vient d'être créé, le plan alerte-enlèvement.
03:22Effectivement, le plan alerte-enlèvement a été mis en place
03:25l'année précédente, en février 2006.
03:28Et c'est seulement la cinquième fois qu'il est déclenché en France.
03:31Alors ce dispositif, il vient des Etats-Unis.
03:34Il s'est largement inspiré de ce qu'on appelle l'amber alerte là-bas.
03:38En 1986, l'affaire Amber Hagerman au Texas a traumatisé l'Amérique.
03:45Il s'agissait d'une petite fille de 10 ans qui avait été enlevée devant chez elle
03:48alors qu'elle faisait du vélo.
03:49Un témoin avait donné une description assez sommaire de l'homme
03:52qui venait de la kidnapper.
03:54Elle sera finalement retrouvée morte 4 jours plus tard.
03:57L'idée vient alors de mettre en place un dispositif permettant,
04:00en cas d'enlèvement d'enfants, de diffuser rapidement et au plus grand nombre
04:05les circonstances des faits et surtout le signalement du ou des auteurs
04:09afin de permettre de réagir au plus vite.
04:12On vient de la prendre vive inquiétude.
04:14Ce soir, à Roubaix, un enfant de 5 ans a disparu.
04:18Il a été vu pour la dernière fois à la braderie du quartier de l'homme-lait,
04:22aux côtés d'un homme.
04:23Sa famille est sans nouvelles depuis 14h30.
04:26Des recherches sont en cours.
04:28La description du petit garçon à 1m30.
04:30Suite bleu foncé avec un motif bermuda kaki, basket montante.
04:35En seulement quelques heures, les opérateurs reçoivent 668 appels et 80 mails.
04:40Oui, ce qui est considérable.
04:42Mais ce ne sont évidemment pas que des appels utiles.
04:45Alors, c'est en plus un dispositif assez nouveau pour les enquêteurs,
04:49on l'a dit à l'époque,
04:49qui vont eux-mêmes découvrir à la fois l'intérêt de ce dispositif
04:53parce que le plus grand nombre de personnes sont sensibilisées,
04:56mais aussi les écueils avec des témoignages inopérants
05:00ou en tout cas complètement farfelus.
05:02Par exemple, ce soir-là, il y a un homme dans les Pyrénées-Orientales,
05:05donc on est quand même à l'opposé de Roubaix,
05:08on est dans l'extrême sud de la France,
05:09qui va appeler une cinquantaine de fois,
05:11alors qu'il n'a strictement rien à dire,
05:13aucune information à donner.
05:15Si bien qu'à un moment donné,
05:16la direction centrale de la police judiciaire
05:18va faire envoyer une brigade de gendarmerie
05:21à son domicile
05:22pour faire cesser ces appels
05:24qui à la fois mobilisent la ligne
05:25et mobilisent inutilement des enquêteurs.
05:28Il y a aussi eu des petits loupés.
05:29À cette époque, il n'y a pas de numéro unique
05:32pour l'alerte enlèvement,
05:33ce qui va créer une forme de confusion.
05:35Par exemple, le soir de l'enlèvement du Petit-Énis,
05:38Canal+, va diffuser le numéro
05:40de la préfecture de police de Paris,
05:42qui n'est pas le service qui a déclenché l'alerte
05:44et qui n'est pas le service enquêteur.
05:49Parmi ces nombreux appels reçus par les autorités,
05:52deux vont permettre de faire avancer l'affaire.
05:54Le premier, c'est celui du patron du Métropole,
05:57un café du centre-ville de Roubaix,
05:58où le suspect avait ses habitudes
06:00depuis quelques semaines.
06:02Il parle d'un client bien sous tout rapport,
06:04réglo, un monsieur tout le monde.
06:06C'est le détail du plâtre
06:08qui l'a convaincu de décrocher son téléphone.
06:10Mais la description générale diffusée par les spots télé
06:13lui avait déjà fait penser à un client régulier de son bar.
06:16Même chose pour le second témoin,
06:18un chauffeur de taxi.
06:19Qu'est-ce qui vous a mis la puce alors ?
06:21Tout de suite, le plâtre bleu.
06:22Le plâtre bleu, la braderie.
06:24Parce qu'il m'avait dit,
06:24bon, je vais faire un tour à la braderie.
06:26Et lorsqu'on a dit,
06:27oui, un enfant a disparu à la braderie,
06:29le plâtre bleu,
06:31un homme d'une cinquantaine d'années,
06:32j'ai fait avancer.
06:34Il contacte la police
06:35et explique que dans l'après-midi,
06:38il a conduit un homme
06:38ressemblant à la description
06:40un peu à la sortie de Roubaix,
06:42à une poignée de kilomètres du quartier
06:44où Ennis a disparu.
06:45Une patrouille est déployée
06:46dans le secteur indiqué par le chauffeur de taxi.
06:49Très vite,
06:50un chien policier flaire la trace de l'enfant.
06:53Concentré,
06:53il arpente les trottoirs,
06:55s'arrête,
06:56semble s'assurer qu'il ne se trompe pas,
06:57puis indique clairement aux enquêteurs
07:00la porte d'un garage.
07:01Les policiers se mettent doucement en place
07:03pour intervenir.
07:05Ils ne savent pas
07:05ce qu'il y a derrière cette porte.
07:07Et si c'est bien le petit garçon,
07:09s'il n'est pas seul
07:10et s'il est encore vivant surtout,
07:12ils doivent neutraliser son ravisseur
07:13avant qu'il ne lui fasse plus de mal.
07:16L'assaut est donné.
07:18Derrière la porte,
07:19il y a un réduit minuscule
07:20dans lequel sont entassés des meubles,
07:22des draps,
07:23des appareils électriques.
07:24Un fatras impressionnant,
07:26du sol au plafond.
07:27Et Ennis est là.
07:29Il semble sain et sauf,
07:31il ne bronche pas.
07:32Le suspect est là aussi.
07:33Il ne réagit pas non plus.
07:35Comme s'il s'attendait
07:36à être interpellé.
07:37Les policiers récupèrent l'enfant.
07:39Il est emmené à l'hôpital
07:41où il doit être ausculté
07:42et où son père l'attend.
07:45Le petit garçon a été retrouvé
07:47avec son ravisseur
07:48dans ce box
07:49aux environs de minuit.
07:51Il est a priori en bonne santé
07:52et a été transporté
07:54au centre hospitalier de Lille.
07:55Grâce à la mise en place
07:56du système d'alerte enlèvement,
07:58les enquêteurs ont recueilli
08:00des témoignages déterminants.
08:01Selon nos informations,
08:03Ennis était dénudé
08:04lors de l'intervention
08:05de la police.
08:06On ignore
08:07s'il a été agressé.
08:10Damien,
08:11à l'unisson,
08:12les autorités judiciaires
08:13et policières
08:13saluent l'efficacité
08:15du dispositif d'alerte.
08:16Le vice-procureur de Lille
08:18affirme ce soir-là
08:19qu'un drame plus grand
08:20encore a pu être évité
08:22grâce à la mise en place
08:23de ce dispositif.
08:25Notamment parce qu'au moment
08:26de l'arrestation
08:27du ravisseur,
08:28on va retrouver
08:29dans ce réduit
08:30où se trouve le petit Ennis,
08:31du sparadrap,
08:32de la ficelle
08:33et un couteau.
08:34Et donc,
08:34les enquêteurs pensent que
08:36s'il n'était pas intervenu
08:37à temps,
08:38il aurait probablement
08:39tué le petit garçon.
08:41Ennis est sain et sauf,
08:42on l'a dit,
08:43mais quelques heures plus tard,
08:44la famille d'Ennis
08:45doit encaisser
08:46l'insoutenable.
08:47Oui,
08:48à l'hôpital,
08:48des examens sont pratiqués.
08:50Le petit garçon
08:51est entendu aussi
08:53et il affirme
08:54qu'il a été victime
08:55d'attouchements sexuels
08:56et même d'un viol.
08:58Donc,
08:58quelque part,
08:59le soulagement
09:00de l'avoir retrouvé
09:01en vie
09:01est assez vite
09:03remplacé
09:03et submergé
09:04par un choc immense.
09:06On s'aperçoit aussi
09:07qu'Ennis
09:08a été drogué.
09:09Donc,
09:09il a des souvenirs
09:10assez flous,
09:11assez partiels
09:12de ce qu'il a subi.
09:13Sans compter qu'il est
09:14très jeune,
09:15on l'a dit,
09:15il a 5 ans
09:16et donc,
09:17c'est un cas
09:17tout à fait particulier
09:18qui va nécessiter
09:19qu'il soit suivi
09:20de très près
09:21ainsi que sa famille
09:23puisque le traumatisme
09:24est évidemment considérable.
09:26Très vite,
09:26on va en savoir plus
09:28sur l'homme
09:28qu'il a enlevé.
09:29Oui,
09:30et alors,
09:30ce qu'on va découvrir
09:31va donner
09:31une toute nouvelle
09:33perspective encore
09:34à ce drame.
09:35L'homme qui a enlevé
09:36et violé Ennis
09:38s'appelle
09:38Francis Evrard
09:40et il est sorti de prison
09:41seulement 7 semaines
09:43plus tôt
09:44après avoir purgé
09:45une peine
09:45de 27 ans
09:47de prison
09:47dont les deux tiers
09:48étaient couverts
09:49par une période
09:50de sûreté.
09:51Il avait été condamné
09:52en 1989
09:53pour le viol
09:55de deux petits garçons.
09:58Francis Evrard
09:59ne cachait à personne
10:01ses 20 années de prison.
10:02Il avançait
10:03une explication
10:04qu'il estimait respectable.
10:05L'homme de 61 ans
10:07se vantait
10:07d'avoir commis
10:08un meurtre d'honneur
10:09dû à un conflit familial.
10:11La vérité était sûrement
10:13moins avouable
10:13estime le propriétaire
10:14du bar Le Métropole
10:15un des témoins
10:16qui a permis son interpellation.
10:18Mais même si personne
10:19ne croyait ce qu'il racontait
10:20sur les causes
10:21de sa condamnation
10:22poursuit-il
10:22comment imaginer
10:24qu'il était pédophile ?
10:26Francis Evrard
10:27avait réussi à se faire
10:28une place
10:28dans ce troquet
10:29situé juste en face
10:30de l'hôtel de ville
10:31de Roubaix.
10:32Ici
10:32personne ne pensait
10:33que cet homme
10:34décrit comme courtois
10:35était capable
10:36de kidnapper
10:37un petit garçon
10:38de 5 ans
10:38dans le but
10:39d'abuser de lui.
10:40Il déjeunait ici
10:41payait toujours en liquide
10:43était sympathique
10:44avec les autres clients.
10:46En réalité
10:46Francis Evrard
10:47venait de sortir de prison
10:48et en tant que pédocriminel
10:50il n'en était pas
10:51à sa première condamnation.
10:54Né le 12 juillet 1946
10:55à Roubaix
10:56Francis Evrard
10:57a été condamné
10:58pour la première fois
10:58avant ses 30 ans.
11:00Il avait alors
11:01écopé de 15 ans
11:01de prison
11:02pour attentat à la pudeur
11:03avec violence sur mineurs.
11:05En 1985
11:06il écope de 4 ans
11:08pour des faits similaires.
11:09Puis le 18 octobre 1989
11:12la cour d'assises de Douai
11:13le condamne à 27 ans
11:15dont les 2 tiers de sûreté
11:16pour les viols
11:17de 2 petits garçons.
11:19Il sort de la prison de Caen
11:20le lundi 2 juillet 2007
11:22après avoir purgé
11:2318 ans de prison
11:24avec une série
11:25d'obligations judiciaires
11:26prescrites
11:27en raison de sa dangerosité
11:29et du risque de récidive.
11:31Mais il y échappe.
11:33Comment ?
11:33Tout simplement
11:34en déclarant
11:35une fausse adresse à Rouen.
11:37Depuis,
11:38Francis Évrard évoluait donc
11:39dans ce quartier de Roubaix
11:40sans aucun contrôle
11:42sur ses activités.
11:43Il était reconnaissable
11:45par sa tenue
11:45qu'il ne changeait
11:46que très rarement
11:47et par ses lunettes
11:48à double foyer
11:49qu'il ne quittait pas.
11:50Il portait une veste usée
11:52en toutes circonstances
11:53et ne sortait jamais
11:54sans sa casquette rouge
11:55vissée sur la tête.
11:5715 jours avant le rapte
11:58du petit tennis
11:59Francis Évrard
12:00avait acheté un scooter.
12:02Une semaine seulement
12:03après son acquisition
12:04il avait chuté du deux-roues
12:06se blessant à un bras
12:07ce qui l'obligeait
12:08à porter un plâtre
12:09et lui a donné
12:10un signe distinctif
12:11qui a permis
12:12de le retrouver.
12:16Damien,
12:16il faut préciser
12:17que cette affaire
12:18qui montre
12:19qu'il y a un vrai problème
12:20sur le suivi
12:21des délinquants sexuels
12:22a lieu à l'été 2007
12:24dans un contexte politique
12:25particulier en France.
12:26Oui,
12:27puisque Nicolas Sarkozy
12:28vient d'être élu
12:29président de la République
12:31trois mois plus tôt
12:32et il a pris ses fonctions
12:33après avoir fait
12:34une campagne
12:35basée sur la lutte
12:37contre cette délinquance
12:38et cette insécurité.
12:40On se souvient
12:41à évoquer même
12:42le fait de nettoyer
12:43les banlieues au Karcher
12:43dans une de ses formules
12:44assez célèbres.
12:46Donc,
12:46cette affaire
12:47qui survient quasiment
12:48dès sa prise
12:48de fonction
12:50elle réunit
12:51les thèmes
12:51qui lui sont chers
12:52sur lesquels
12:53il a fait campagne
12:54il a été aussi
12:54avant ministre de l'Intérieur
12:55donc c'est des problématiques
12:56qu'il connaît parfaitement bien
12:57et il veut en quelque sorte
12:59faire de cette affaire Evrard
13:00une affaire emblématique
13:02et donc dès le lundi
13:03qui suit
13:04l'affaire
13:05c'est passé un mercredi
13:06donc cinq jours plus tard
13:07il organise
13:08une réunion
13:09interministérielle
13:10pour étudier
13:11les mesures
13:11pour empêcher
13:13la récidive
13:13en matière
13:14d'agression sexuelle.
13:15Francis Evrard
13:16est entendu
13:17en garde à vue
13:18qu'est-ce qu'il dit
13:19aux policiers ?
13:19Lui il dit
13:20qu'il n'a pas prémédité
13:21l'enlèvement
13:22du petit Ennis
13:24qu'il n'avait
13:24aucune arrière-pensée
13:26mais qu'il a eu
13:26une pulsion
13:27une fois qu'il était
13:28dans son garage
13:29là mais pas avant
13:30il confirme
13:31qu'il a drogué
13:32l'enfant
13:33c'est-à-dire
13:33qu'il lui a donné
13:33du Lexomil
13:34qui est un somnifère
13:36parce qu'il trouvait
13:37que l'enfant
13:38était nerveux
13:38et qu'il ne voulait pas
13:40lui faire du mal
13:41s'il se mettait
13:42à se débattre
13:42mais il n'arrive pas
13:44vraiment à expliquer
13:45clairement
13:45le cheminement
13:47il a dit
13:48qu'il essayait
13:49d'arrêter
13:49mais qu'il n'y arrivait pas
13:50que ses pulsions
13:52étaient en quelque sorte
13:52plus fortes que lui
13:53Son profil
13:54est particulièrement
13:55inquiétant
13:56parce qu'il évoque
13:57des pulsions
13:58et une incapacité
13:59à s'empêcher
14:00de commettre
14:01ses crimes
14:01alors il va être qualifié
14:03par les experts psychiatres
14:04de dangereux
14:05de peu réadaptables
14:07un des surveillants
14:08d'ailleurs
14:08qui l'a fréquenté
14:10qui l'a côtoyé
14:11en prison
14:11dira
14:12voilà
14:13il est sans problème
14:14au quotidien
14:15en tant que détenu
14:15comme le sont d'ailleurs
14:17la plupart
14:17des condamnés
14:18pour des crimes sexuels
14:19mais en revanche
14:20ajoute ce surveillant
14:21nous on savait
14:22qu'il n'était pas guéri
14:23et dans les propos
14:24qu'il tenait
14:24dans les conversations
14:25qu'on avait avec lui
14:26il ne cachait nullement
14:28ses pulsions
14:29un autre surveillant
14:30dira
14:30il fait partie
14:31de ces détenus
14:32dont on se dit
14:33en les voyant partir
14:34en les voyant quitter
14:35la prison
14:36qu'il risque
14:37malheureusement
14:38de recommencer
14:38on était tous
14:39convaincus
14:40qu'on le reverrait
14:41mais ajoute-t-il
14:43on reste impuissant
14:44au regard de la loi
14:45il a purgé sa peine
14:46on connaît le problème
14:48des conditions
14:48du suivi
14:50en dehors des murs
14:51et du manque
14:51de structure
14:52et de moyens
14:53on peut aussi profiter
14:54de ce cas
14:54pour rappeler
14:55qu'à l'époque
14:55on emploie beaucoup
14:56le terme pédophile
14:57et pas du tout
14:59ou très peu
14:59le terme pédocriminel
15:01oui c'est une distinction
15:02qui est assez récente
15:03effectivement pendant longtemps
15:04le terme pédophile
15:05était utilisé
15:06de manière très générique
15:07à la fois pour décrire
15:09ce qui est une pathologie
15:10ce qui est une déviance
15:11mais ce qui était aussi
15:12devenu criminel
15:15en quelque sorte
15:15aujourd'hui
15:16on fait un peu plus
15:17la distinction
15:18et on parle vraiment
15:19de pédocriminel
15:20lorsque ce sont
15:21des pédophiles
15:22qui sont passés
15:23à l'acte
15:24et qui sont poursuivis
15:25par la justice
15:25l'affaire de l'enlèvement
15:27des Nice
15:27par Francis Évrard
15:28relance tout de suite
15:29la question de la prévention
15:31de la récidive
15:32des crimes sexuels
15:32et elle va prendre encore
15:34une autre tournure
15:35dans les jours qui suivent
15:36on va rappeler le calendrier
15:37Francis Évrard
15:38a enlevé
15:39et violé
15:40le petit Ennis
15:40le 15 août 2007
15:42il était sorti de prison
15:43le 2 juillet
15:45c'est à dire
15:45un mois et demi
15:47auparavant
15:47avant cette libération
15:49en principe
15:50sous surveillance judiciaire
15:52on l'a dit
15:52c'est à dire
15:53avec un certain nombre
15:54de garde-fous
15:55Évrard
15:56a passé
15:57une visite médicale
15:58de sortie
15:59au centre pénitentiaire
16:00de Caen
16:01où il était détenu
16:02c'est un examen
16:03traditionnel
16:04obligatoire
16:04pour tous les détenus
16:06qui vont sortir de prison
16:07on est alors
16:08le 19 juin
16:09quand il passe
16:10cette visite médicale
16:11et face au médecin généraliste
16:13qui l'examine
16:14Évrard va faire part
16:15de problèmes
16:16d'érection
16:17et que va-t-il se passer ?
16:19et bien le médecin généraliste
16:20il va lui prescrire
16:21du Viagra
16:22qui est un médicament
16:23une sorte de
16:24dopant sexuel
16:25Damien Delceny
16:27la question que tout le monde
16:28se pose à l'époque
16:29c'est de savoir
16:30comment cet homme
16:31toujours évalué
16:32comme dangereux
16:32a pu sortir de prison
16:34et la réponse
16:34c'est tout simplement
16:35qu'il avait purgé sa peine
16:37Oui
16:37sur sa sortie de prison
16:38sur sa libération
16:39il n'y a pas de débat
16:41entre guillemets
16:41dans la mesure
16:42où il a été condamné
16:43à 27 ans
16:44alors oui
16:45il n'en a fait
16:45que 18
16:46mais ça c'est le jeu
16:47habituel
16:48pour tout le monde
16:49des remises de peine
16:50il avait une peine
16:51de sûreté des deux tiers
16:52donc sa sortie
16:53au bout de 18 ans
16:54correspond
16:54à ce qui est
16:55l'usage
16:56de l'exécution
16:57des peines
16:58en France
16:59il n'a pas eu
16:59de passe droit
17:00ou il n'y a pas eu
17:01d'erreur
17:02à ce niveau là
17:02le débat
17:03il est plutôt
17:04sur ce qui s'est passé
17:05après sa sortie de prison
17:07et sur cette surveillance judiciaire
17:09qui devait être
17:10très serrée
17:10et qui finalement
17:11ne l'a pas été du tout
17:12Les tribunaux disposent
17:13d'un arsenal
17:13relativement maigre
17:15face au délinquant sexuel
17:16Alors depuis 2005
17:18la surveillance judiciaire
17:20qui était le régime
17:21qui était attribué
17:22à Francis Evrard
17:23à sa sortie de prison
17:24permet au juge
17:25d'application des peines
17:26d'ordonner un suivi
17:27des condamnés
17:28les plus dangereux
17:29alors ça peut prendre
17:30différentes formes
17:31celle d'une obligation
17:32de soins par exemple
17:33c'est à dire
17:33de justifier
17:34de rendez-vous fréquents
17:35chez le psychiatre
17:37chez le médecin
17:37ça peut être aussi
17:39le port d'un bracelet
17:40électronique mobile
17:40qui permet un peu
17:41de situer dans l'espace
17:43le détenu
17:44lorsqu'il a été remis
17:45en liberté
17:45mais ça concerne
17:47assez peu
17:47d'auteurs de crimes sexuels
17:49à cette époque
17:50cette façon de surveiller
17:51par bracelet
17:52elle sera généralisée
17:53d'ailleurs en 2008
17:54c'est à dire
17:55postérieurement
17:56à l'affaire Evrard
17:57Comment est-ce qu'on explique
17:58pouvoir se retrouver
17:59dans une situation
18:00où un détenu
18:01incarcéré pour des faits
18:02de délinquance sexuelle
18:03se voit prescrire
18:04du Viagra ?
18:05Alors depuis une loi
18:07de 1994
18:08tous les médecins
18:09qui interviennent
18:10en prison
18:11hormis les psychiatres
18:12n'ont plus accès
18:14au dossier pénal
18:15des détenus
18:16donc pour faire simple
18:17le médecin n'a pas
18:18à connaître
18:19du passé judiciaire
18:20du patient
18:21qu'il examine
18:21et la raison
18:22pour laquelle
18:23il a été incarcéré
18:24ceci étant dit
18:25le médecin a quand même
18:27évidemment
18:27accès au dossier médical
18:29du détenu
18:29à ses antécédents médicaux
18:31et il se trouve
18:32que présentement
18:33dans le dossier médical
18:34de Francis Évrard
18:35il est fait mention
18:37d'une condamnation
18:38datant de 1991
18:40à 27 ans
18:41de réclusion
18:41la fameuse condamnation
18:43qu'il finit de purger
18:43à la prison de Caen
18:44pour des viols
18:46sur mineurs
18:46donc si ce médecin
18:48qui examine Évrard
18:49à quelques jours
18:50de sa sortie de prison
18:51avait simplement lu
18:52le dossier
18:53qu'il avait sous le nez
18:54en entier
18:54il aurait pu disposer
18:56de cette information
18:57et d'ailleurs
18:58lorsqu'il a été entendu
18:59au procès
19:00en 2009
19:01ce médecin
19:02il a reconnu
19:03qu'il n'avait pas feuilleté
19:05qu'il n'avait pas
19:05pris connaissance
19:06de tout le dossier
19:07mais évidemment
19:08cette prescription
19:09d'un médicament
19:10qui est donc
19:11on l'a dit
19:11un dopant sexuel
19:13à un criminel
19:14sexuel récidiviste
19:15c'est quand même
19:16consternant
19:19et l'affaire
19:20n'a pas encore dévoilé
19:21toutes ces zones d'ombre
19:22le mardi 21 août 2007
19:24le dossier prend encore
19:25une autre tournure
19:26on apprend qu'en garde à vue
19:28le mis en cause
19:29a multiplié les confessions
19:30l'une d'entre elles
19:32fait froid dans le dos
19:33spontanément
19:34Francis Evrard a affirmé
19:36dans ma vie
19:37j'ai connu
19:37une quarantaine d'enfants
19:38mais je n'ai été condamné
19:40que pour trois
19:41dit-il la vérité
19:42pourquoi mentirait-il
19:44il est impossible
19:45aujourd'hui
19:45de dire
19:46s'il a violé 40 enfants
19:47explique un policier
19:48il peut aussi s'agir
19:49d'autres faits
19:50que des viols
19:51attouchements sexuels
19:53exhibitionnismes
19:53nous allons passer
19:54toute sa vie
19:54au peigne fin
19:55pour être sûr
19:56de retrouver d'autres victimes
19:57s'il y en a
19:58en attendant
19:59de connaître
20:00l'étendue exacte
20:01des crimes commis
20:02par Francis Evrard
20:03l'affaire prend une dimension
20:04de plus en plus politique
20:05Nicolas Sarkozy
20:07président de la République
20:08et Rachida Dati
20:09ministre de la Justice
20:10présentent de nouvelles mesures
20:12parmi elles
20:13le chef de l'État
20:14demande que les conditions
20:15de suivi des délinquants sexuels
20:17à leur sortie de prison
20:18soient renforcées
20:19sans préciser
20:20de quelle manière
20:21il décrète aussi
20:22la fin des remises de peine
20:23pour les délinquants sexuels
20:25ces derniers
20:26ne sortiront de prison
20:27qu'une fois
20:27leur peine entièrement
20:28exécutée
20:29et après examen
20:30de leur dangerosité
20:31par un collège de médecins
20:32ceux qui seront
20:33toujours jugés dangereux
20:34et c'est là
20:35la mesure la plus spectaculaire
20:37devront rejoindre
20:38un hôpital fermé
20:39le premier établissement
20:41de ce genre
20:41est prévu pour 2009
20:43à Lyon
20:43les hôpitaux fermés
20:45seront réservés
20:45à ceux que Nicolas Sarkozy
20:47qualifie
20:47de pédophiles
20:48récidivistes
20:49ou de prédateurs
20:50ceux qui refuseront
20:52les soins
20:52ne pourront pas en sortir
20:53pendant tout le temps
20:54où on estimera
20:55qu'ils sont dangereux
20:56ceux qui accepteront
20:57d'être soignés
20:58pourront avoir
20:59des permissions
21:00et sortir de l'hôpital fermé
21:01en portant
21:02un bracelet électronique
21:03cet arsenal
21:04de lutte
21:05contre la récidive
21:06doit être inscrit
21:07dans la loi
21:07sur la condition pénitentiaire
21:09qui viendra
21:10en lecture au Parlement
21:11en novembre
21:12Marie-Lise Lebranchu
21:14ancienne garde des Sceaux
21:15dans le gouvernement
21:16de Lionel Jospin
21:17accuse le président
21:18de suppléer
21:19la peine de mort
21:19par l'enfermement à vie
21:21je comprends que les victimes
21:22réagissent dans l'émotion
21:23et ne pensent qu'à une chose
21:25éliminer l'agresseur
21:26dit-elle
21:26mais l'homme politique
21:28doit prendre du recul
21:29la société doit être
21:30une société de justice
21:31et non de vengeance
21:35Damien
21:35ces mesures font
21:37largement réagir
21:38y compris dans le propre
21:39camp politique
21:40de Nicolas Sarkozy
21:41oui
21:41certains estiment
21:42que ce sont des mesures
21:43démagogiques
21:44que surtout
21:44une nouvelle loi
21:46n'est pas nécessaire
21:47qu'il faut surtout
21:47d'abord donner
21:48à l'institution judiciaire
21:50les moyens
21:51d'appliquer
21:51les lois existantes
21:52en l'occurrence
21:53dans l'affaire Evrard
21:53c'était juste
21:54d'assurer
21:55que la surveillance judiciaire
21:57a bien été réalisée
21:58alors qu'on s'est aperçu
21:59qu'elle avait été
21:59très vite relâchée
22:00pour des tas de raisons
22:02des raisons humaines
22:02des raisons de moyens
22:03des raisons de responsabilité
22:04mais bon
22:05Nicolas Sarkozy
22:06lui encore une fois
22:06il vient d'arriver
22:07il vient d'être élu
22:08président de la république
22:09il veut taper fort
22:10il veut agir vite
22:10il veut répondre
22:12à l'émotion légitime
22:13de l'opinion publique
22:14face à cette affaire
22:15alors dans son propre camp
22:17on se pose quand même
22:18la question de la mise en place
22:19effective juridique
22:21de ces propositions
22:22sur le plan constitutionnel
22:24par exemple
22:24c'est assez délicat
22:25parce qu'il y a un risque
22:26de rupture d'égalité
22:27entre deux sortes
22:28de détenus
22:29ceux qui ont commis
22:30des crimes
22:30et ceux qui ont commis
22:32des crimes sexuels
22:32de plus
22:33l'hôpital fermé
22:34c'est une idée
22:35qui a en fait
22:35déjà fait son chemin
22:36oui Dominique Perben
22:37qui est un ancien garde des Sceaux
22:39un ancien ministre de la justice
22:40rappelle qu'il avait lancé
22:41dès 2002
22:43une structure
22:44qui ressemble en fait
22:45à cet hôpital fermé
22:46voulu par Nicolas Sarkozy
22:48ça s'appelle
22:48les unités hospitalières
22:50spécialement aménagées
22:52les UHSA
22:53structures
22:54qui sont en fait installées
22:55au sein des hôpitaux
22:56mais destinées
22:57à accueillir
22:58les détenus
22:58dangereux
22:59qui sont donc toujours
23:00en quelque sorte
23:01incarcérés
23:02à l'hôpital
23:03et ces ouvertures
23:04de ces premières UHSA
23:05elles sont prévues
23:06dès 2008
23:07donc voilà
23:08on est quand même déjà
23:09dans la prise en compte
23:10de cette problématique
23:12des pédocriminels
23:13à la sortie
23:14en quelque sorte
23:15de leur peine de prison
23:16il y a une autre mesure
23:17annoncée par le président
23:18et qui mérite
23:19qu'on se penche dessus
23:20c'est la castration chimique
23:21oui alors
23:22cette castration chimique
23:23c'est un peu une chimère
23:25qui existe depuis
23:26très très longtemps
23:26en France
23:27elle existe déjà
23:28dans d'autres pays
23:29c'est notamment le Canada
23:31qui a été assez précurseur
23:33dans cette castration chimique
23:34alors ça consiste
23:36en fait
23:37dans la prise
23:38d'un certain nombre
23:38de médicaments
23:39d'un traitement
23:39sur une durée assez longue
23:40il ne s'agit pas
23:41de prendre un cachet
23:42ça dure pendant des mois
23:44et ça élimine
23:45en quelque sorte
23:46toute forme
23:47de désir sexuel
23:48donc de pulsions sexuelles
23:50pour ceux qui en sont
23:51la cible
23:52entre guillemets
23:53alors pour beaucoup
23:54d'autres politiques
23:55d'autres bords
23:56et de psychiatres
23:56il faut selon eux
23:58qu'il y ait surtout
23:58une vraie prise en charge
24:00et faire le distinguo
24:01entre les délinquants
24:03et les criminels sexuels
24:04qu'ils estiment
24:05impossibles à soigner
24:06parce qu'ils existent
24:07et ceux qui selon eux
24:08en étant suivis
24:10et accompagnés
24:11peuvent être soignés
24:13traités en tout cas
24:14et ne pas forcément
24:15récidiver
24:16et repasser à l'acte
24:17finalement
24:18cette volonté politique
24:20se traduit
24:20quelques mois plus tard
24:21par l'adoption
24:22de la loi
24:22du 25 février 2008
24:24loi relative
24:25à la rétention
24:26de sûreté
24:27à partir
24:28du 1er septembre 2008
24:30on peut être condamné
24:32à une peine de prison
24:33avec rétention de sûreté
24:35ça concerne
24:35les peines les plus lourdes
24:36de 15 ans
24:37jusqu'à perpétuité
24:39à la fin
24:39de la peine de prison
24:41on ne sort pas
24:42vraiment de prison
24:43on en sort
24:44mais en réalité
24:44pour être placé
24:46dans un centre de soins
24:47donc finalement
24:48la réponse apportée
24:49à la question
24:50de la récidive
24:51notamment en matière
24:53de crimes sexuels
24:54c'est une privation
24:55de liberté
24:56quasi définitive
25:00après ces déclarations
25:01tonitruantes
25:02en garde à vue
25:02devant le juge
25:03Francis Evrard
25:04revient sur ce qu'il a dit
25:06j'ai dit
25:07j'ai dit une quarantaine
25:07d'enfants
25:08comme j'aurais pu dire
25:08une centaine
25:09ou un millier
25:10argue-t-il
25:11il raconte
25:12qu'à sa sortie de prison
25:13il avait des projets
25:14faire le traitement hormonal
25:16acheter une maison
25:17et avoir une vie normale
25:19avec une femme
25:20d'où la demande
25:21de prescription
25:21de Viagra
25:22comme j'ai de la misère
25:24à avoir une érection
25:24dit-il
25:25je ne voulais pas
25:26me retrouver en panne
25:27devant une femme
25:28le lundi 26 octobre 2009
25:30le procès de Francis Evrard
25:32s'ouvre devant
25:32la cour d'assises du Nord
25:33à Douai
25:34quel suivi
25:35pour les délinquants sexuels
25:36la question sera
25:37au coeur du procès
25:38avec cet élément
25:39qui fait polémique
25:40juste avant
25:40sa dernière sortie de prison
25:42Evrard s'est vu prescrire
25:43du Viagra
25:44par un médecin
25:44une plaquette
25:45est retrouvée sur lui
25:46lors de son interpellation
25:48Ennis
25:49âgé de 7 ans
25:50et toujours traumatisé
25:52ne viendra pas témoigner
25:53au coeur de ce procès
25:54il y a l'épineuse question
25:56de la récidive
25:57des crimes sexuels
25:57dans le box
25:59Francis Evrard
26:00continue à dire
26:00qu'il a vraiment
26:01voulu se soigner
26:02il raconte même
26:03qu'en 2002
26:04en prison
26:04il avait commencé
26:05un traitement
26:06de castration chimique
26:07par injection
26:07et que ça fonctionnait
26:09mais qu'un psychiatre
26:10a décidé de l'arrêter
26:10au motif qu'il n'y avait
26:12pas d'enfant en prison
26:12mais pour le personnel
26:14de la prison
26:15Evrard ment
26:16vous jouez au yo-yo
26:17avec les experts
26:18avec les juges
26:19la fin de la partie
26:20est sifflée
26:20déclare Luc Frémio
26:21l'avocat général
26:22en reconnaissant timidement
26:24les lacunes
26:25dans le suivi d'Evrard
26:27le juge
26:27d'application des peines
26:28c'est un dysfonctionnement
26:29je le regrette
26:30mais cela n'aurait rien changé
26:32dit-il
26:32et le Viagra
26:33prescrit en détention
26:34à Evrard
26:35une erreur majeure
26:36concède le magistrat
26:37mais là encore
26:38ça n'aurait selon lui
26:39rien changé
26:40s'approchant de l'accusé
26:42il lance
26:43vous avez échoué
26:44on ne peut plus rien pour vous
26:45je ne veux pas prendre
26:46le pari sur la tête
26:47d'autres enfants
26:48que vous allez changer
26:49l'avocat de l'accusé
26:51invite les jurés
26:52à se méfier
26:53de la tyrannie de l'émotion
26:54récusant le terme
26:55de prédateur
26:56pour Evrard
26:57maître Jérôme Pianezza
26:58rappelle que son client
27:00a avoué des faits
27:01dramatiquement simples
27:02commis de façon
27:03quasi suicidaire
27:04on ne naît pas pédophile
27:06on le devient
27:07ajoute le pénaliste
27:09il explique que
27:10Francis Evrard
27:11a lui-même été violé
27:12quand il avait 10 ans
27:13puis il dénonce
27:15le suivi défaillant
27:16de son client
27:17Evrard ne voyait en prison
27:18que 3 psychiatres par an
27:19le 2 juillet
27:21ce n'est pas une sortie
27:22de prison
27:22dit-il
27:23c'est l'abandon
27:24d'une grenade dégoupillée
27:25dans les rues de Roubaix
27:26faisons un rêve
27:27poursuit l'avocat
27:28son traitement
27:29débute dès février 2007
27:30on lui fixe un rendez-vous
27:32avec un psychiatre
27:33dès début juillet
27:34et le juge
27:34d'application des peines
27:35le reçoit très rapidement
27:36pour mettre les choses
27:37en place
27:38qui peut me dire
27:39droit dans les yeux
27:40que
27:41si cette chronologie
27:42avait été respectée
27:43Ennis
27:44aurait été violée
27:46Enfin
27:46l'avocat critique avec force
27:48les réquisitions
27:49de l'avocat général
27:49qui réclame la prison à vie
27:52Perpétuité
27:52avec 22 ans de sûreté
27:54c'est une élimination
27:55réalité humaine
27:56et terrible
27:57C'est aussi la facilité
27:59dans ce dossier
27:59dit-il
28:00c'est faire croire
28:01que tout est résolu
28:033h30 plus tard
28:04la cour et les jurés
28:05ont peut-être été sensibles
28:07à cet argument
28:08Le pédocriminel
28:09multirécidiviste
28:10est condamné
28:11à 30 ans de réclusion
28:12assorti d'une période
28:13de sûreté
28:14de 20 ans
28:18Damien
28:19Francis Evrard
28:20évite donc
28:21la peine maximale
28:22Oui certes
28:23mais il était quand même
28:24en conditionnel
28:25donc il va d'abord
28:26devoir purger encore
28:27le reliquat de peine
28:29qui lui restait
28:30avant de commencer
28:31à purger
28:33cette peine
28:33de 30 ans de prison
28:35donc
28:35en réalité
28:36si on veut faire des calculs
28:38sa date de sortie
28:39elle n'est pas prévue
28:40avant qu'il soit âgé
28:42de 87 ans
28:43Finalement
28:43est-ce qu'on sait
28:44combien d'enfants
28:45Francis Evrard
28:46a réellement agressé ?
28:47On sait qu'il y en a d'autres
28:49certainement
28:49mais après
28:50sur le nombre de 40
28:51qu'il avait d'ailleurs
28:51lui-même
28:52donné lors de sa garde à vue
28:54on ne sait pas
28:55si ce nombre est vrai
28:57pas vrai
28:57on ne le saura sans doute
28:59jamais
28:59puisque
29:01certaines de ses agressions
29:02remontent sans doute
29:03à des années
29:04voire des décennies
29:05passées
29:06et on n'avait pas
29:07à l'époque
29:07d'utilisation d'ADN
29:09et voilà
29:09on n'a pas de traces
29:11judiciaires
29:11de son parcours
29:12On l'a dit un peu plus tôt
29:13la loi du 25 février 2008
29:15relative à la rétention
29:17de sûreté
29:17a été promulguée
29:18en écho
29:19à l'affaire Evrard
29:20Alors évidemment
29:21c'est toujours un peu
29:22la même histoire
29:22c'est-à-dire qu'il est à l'origine
29:24forcément de cette nouvelle loi
29:26mais elle ne s'applique pas
29:27à lui personnellement
29:29en raison du principe
29:30de non-rétroactivité
29:31des lois en France
29:32En revanche
29:33évidemment
29:34l'application
29:35de ce type de peine
29:36et de ce type de dispositif
29:38après l'affaire Evrard
29:39montre que la justice
29:41durcit un peu le ton
29:42même clairement le ton
29:44contre la pédocriminalité
29:45et la prise en charge
29:47des délinquants
29:47et des criminels sexuels
29:49En revanche
29:50est-ce qu'elle s'est considérablement
29:52améliorée
29:53cette prise en charge
29:54depuis la loi
29:55de la rétention de sûreté ?
29:56Le débat reste assez ouvert
29:57Le 14 novembre 2023
29:59on apprend que Francis Evrard
30:01a changé de nom
30:02en prison
30:03Oui
30:03Alors il a tout simplement
30:04utilisé, profité
30:06une loi qui a été promulguée
30:07début 2022
30:08notamment sous l'impulsion
30:10d'Éric Dupond-Moretti
30:11l'ancien avocat
30:12est devenu garde des Sceaux
30:13elle permet à tout adulte
30:15de changer le nom de son père
30:17qui est un nom donné
30:18arbitrairement à la naissance
30:20pour le remplacer
30:21par celui de sa mère
30:22et bien c'est tout simplement
30:24ce qu'a fait Francis Evrard
30:25alors en théorie
30:26le délinquant sexuel
30:27condamné à 30 ans
30:28en 2007
30:29on l'a dit
30:30peut imaginer
30:31une libération
30:32en 2037
30:33il pourra
30:35dès l'année prochaine
30:36demander une libération
30:37conditionnelle
30:38simplement
30:39pour qu'elle soit accordée
30:40soyons réalistes
30:41il devra franchir
30:42plusieurs étapes
30:43à commencer
30:43par un examen
30:44une dangerosité
30:45une évaluation médicale
30:47et psychologique
30:48réalisée
30:49dans un des trois centres
30:50de détention spécialisée
30:51en France
30:52rien ne dit
30:53et a priori
30:55rien ne présage
30:56qu'il obtiendra
30:57cette faveur
31:00en novembre 2023
31:02toujours
31:02dans la revue
31:03Agi pénale
31:04consacrée à l'actualité juridique
31:05Ludivine Grégoire
31:07maître de conférences
31:08en droit privé
31:08et sciences criminelles
31:09a écrit un article
31:10sur Francis Evrard
31:11et l'origine
31:12de la rétention de sûreté
31:13Francis Evrard
31:14a incontestablement
31:16été le catalyseur
31:16de la création
31:17de la rétention de sûreté
31:18écrit-elle
31:19son cas a conduit
31:20à une petite révolution
31:21dans notre droit
31:22de la sanction pénale
31:23avec la privation
31:24de liberté
31:25potentiellement définitive
31:26le virage est amorcé
31:28celui d'une politique
31:29orientée
31:30vers la sécurité
31:31avant tout
31:32après le procès
31:33de Francis Evrard
31:34Ennis
31:35et son père
31:35Mustapha
31:36n'ont plus fait l'objet
31:37d'une grande médiatisation
31:38Ennis
31:39est aujourd'hui
31:40âgée de 24 ans
31:51Vous venez d'écouter
31:52Crime Story
31:53Francis Evrard
31:54une vie de prédateur sexuel
31:55ce récit
31:57était écrit
31:57par Claudia Prolongeau
31:58et raconté
31:58avec Damien Delsenis
31:59pour écouter
32:00tous nos autres podcasts
32:01c'est sur le site
32:02leparisien.fr
32:03et sur n'importe quelle
32:04plateforme d'écoute
32:05Cette semaine
32:06il y avait à la production
32:08Thibaut Lambert
32:09Clara Garnier-Amourou
32:10et Clémentine Spiller
32:11à la réalisation
32:13Julien Moncouquiol
32:14et à la rédaction
32:14en chef
32:15Jules Lavi
32:16Vous pouvez retrouver
32:17les sources
32:18qui m'ont permis
32:18d'écrire cet épisode
32:20sur la page
32:20de Crime Story
32:21Si vous aimez
32:22Crime Story
32:23vous pouvez vous abonner
32:24et nous laisser
32:24des commentaires
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32:26Vous pouvez également
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